- Aurélie Roux
Bienvenue dans Ramène ta joie, le média des gens ordinaires extraordinaires. Je suis Aurélie Roux, depuis plus de 15 ans je photographie la joie et aujourd'hui je la raconte. Ici je rencontre celles et ceux qui font vibrer le quotidien. On parle de ce qui les anime, on cherche ce qui crée de la joie pour eux et pour les autres et ce qui fait dire je suis à ma place. Installe-toi, ici on documente la joie.
Bienvenue dans ce tout premier épisode de Ramène ta joie!
Aujourd'hui, je reçois Juliette Saragoussi. Juliette, elle est fleuriste, elle est artisan et elle est dirigeante d'entreprise. Une particularité de sa boutique à Bourgoin-Jallieu, c'est qu'avec son associée, elles ont décidé de ne travailler que de la fleur française. Elle va nous expliquer tout ça un peu plus tard.
Pourquoi Juliette est là aujourd'hui ? C'est un épisode particulier pour Ramène Ta Joie !, puisque c'est le premier. Et il faut que je vous dise qu'avec Juliette, on se connaît depuis de nombreuses années. On se suit de loin, avec beaucoup de bienveillance. Et il y a quoi, 3-4 ans ? On avait un projet de podcast, sur lequel on a eu des réunions de travail intenses. Moi, j'avais même acheté le livre « Créer son podcast pour les nuls » . Et finalement, on n'a pas concrétisé ce projet, parce que je pense qu'on n'avait pas trouvé un sujet assez... vibrant. Bref, tout ça pour dire que, pour moi, ça faisait vraiment sens d'avoir Juliette avec moi pour ce premier épisode, en clin d'œil à notre rapide expérience commune, et parce que je sais que Juliette, c'est la joie incarnée, donc oui, j'ai choisi la facilité. Bonjour Juliette.
- Juliette Saragoussi
Bonjour Aurélie.
- Aurélie Roux
Première question toute simple, comment tu arrives aujourd'hui ?
- Juliette Saragoussi
Aujourd'hui, je me sens bien mieux qu'hier. Je suis un peu dans le speed, j'aurais espéré être un peu plus relax, mais voilà, c'est toutes nos vies qui sont mêlées et ça c'est tant mieux. Et je suis très contente que tu sois là, très contente que tu me fasses l'honneur d'être ta première invitée pour ton superbe podcast.
- Aurélie Roux
Alors Juliette, pour commencer, on a super envie de te connaître. Et du coup... Sans forcément me dérouler ton CV, parce qu'on n'est pas là pour ça, mais dis-moi juste, si je te rencontre aujourd'hui, je te rencontre à quel moment de ta vie ?
- Juliette Saragoussi
Pour faire simple, j'ai 48 ans, j'ai un grand garçon de 14 ans qui compte énormément dans ma vie et je suis à presque 10 ans de ma crise de la quarantaine précoce.
- Aurélie Roux
Que tu as faite à fait 22 ans donc !
- Juliette Saragoussi
Que j'ai bien bien lancé à mes 38 ans. effectivement moi j'ai tout changer sauf mon fils du coup j'ai déjà bien avancé sur le nouveau chemin et je dois te dire que pour rien au monde je ne ferai marche arrière.
- Aurélie Roux
Alors vas-y raconte, t'étais quoi ? T'es devenue quoi ?
- Juliette Saragoussi
Moi j'ai fait un parcours que je me suis auto-imposé très académique, formel, classique ; j'avais envie de réussir dans le monde auquel j'étais nourrie quand j'étais ado, qui était celui du capitalisme à tout crin et de la réussite financière et économique dans de grandes entreprises. Donc, je me suis dit que c'était l'économie qui dirige le monde. C'est la monnaie qui dirige le monde. Et donc, je me suis dit, je vais faire ce genre d'études. Et puis, on m'a parlé de trucs genre prépa HEC. Je dis, ouais, ça claque et tout, je vais faire ça. Et donc, moi, je suis partie comme ça, en fait. J'ai fait une prépa HEC. J'ai fait Sup de Co Marseille, parce que quand même, faut pas déconner, on va aller dans les calanques. Et après, j'ai commencé à travailler dans le marketing, dans le bâtiment. Je travaillais chez des industriels. Après, j'ai fait des trucs chouettes et je suis passionnée. Donc tout ce que j'ai fait, j'ai vraiment aimé. J'ai travaillé aux États-Unis, dans les stores d'intérieur. Après, je suis revenue en France pour reconquérir celui qui est devenu le père de mon fils. Et j'ai retravaillé dans les stores, après j'ai travaillé dans l'isolation, petit à petit je suis rentrée dans le lourd, dans le dur, dans les murs. Et au final, j'ai été directrice marketing au bout de 15 ans dans le béton.
- Aurélie Roux
Waouh ! Tu me parleras de la joie dans le béton ?
- Juliette Saragoussi
C'est sûr que j'ai grandi dans le bVar et que j'ai fini en Isère. Voilà, comment donner de la joie ? Demandez-moi ! Et en fait, j'ai recommencé une formation à l'époque, c'est l'entreprise qui m'a payé ça, c'était un exécutive MBA, donc c'est en gros apprendre à gérer une boîte, mais pour les vieux qui ont déjà de l'expérience.
- Aurélie Roux
C'était dans le cadre d'une évolution dans ta boîte ?
- Juliette Saragoussi
Oui, à l'époque, c'était le DRH du groupe qui m'avait dit qu'ils voulaient me faire évoluer et je pense qu'ils avaient besoin de femmes patronnes pour les quotas. Et puis du coup, ils m'avaient dit, dans le cadre d'évolution, on vous accompagne avec une formation, je ne savais même pas. parce que c'était un MBA.
- Aurélie Roux
Pourtant ça claque bien aussi ça.
- Juliette Saragoussi
Pour moi, c'était l'inconnu. J'étais là, ah oui, j'ai fait genre je connais.
- Aurélie Roux
C'était un peu les débuts des MBA, j'ai l'impression aussi.
- Juliette Saragoussi
Je ne sais pas, mais c'est vrai que quand j'ai vu que j'en parlais aux gens, ils étaient tous waouh et tout. Je me suis dit, ah bon ? Et donc, moi, je suis juste allée à une réunion d'anciens à l'EM Lyon un soir. Et quand j'ai vu le programme, je me suis dit que ça avait l'air génial. C'était vraiment axé à l'époque sur l'humain. Donc, sur le développement personnel, comprendre les leviers des gens, tes collègues ou les gens qui travaillent pour toi ou même peut-être tes patrons, leur motivation, tout ça. Donc, il y avait beaucoup d'humain. Et en fait, c'est ça qui m'a conquise. Donc, voilà, à l'époque, le père de mon fils a dit OK, parce que c'était beaucoup d'investissement en plus du boulot pour le travail perso et tout. Et voilà, j'ai commencé ça. Mais en fait, ça n'a pas loupé. c'est-à-dire que dès la première semaine de formation, on s'est retrouvé en développement personnel, donc en sous-groupes. C'était en 2015, en septembre. Dès la première semaine, en fait, on a réfléchi sur c'est quoi nous, nos circuits de réussite. C'est quoi notre dynamique de réussite. Et là, en fait, on était en sous-groupes et ça n'a pas loupé. Je m'en suis pris plein la tête, en fait. D'un seul coup, j'ai réanimé la machine à questionnement que j'avais mise en pause depuis longtemps. Et en fait, moi, ce qui me motivait à l'époque, c'était de satisfaire mon chef. C'était ça qui me portait.
- Aurélie Roux
C'était ça qui te donnait de la joie ?
- Juliette Saragoussi
C'était ça qui me portait dans le boulot. En fait, moi, tout le reste n'avait pas d'importance tant que je voulais un chef pour qui avoir envie de déplacer des montagnes et le faire. Et dès le premier échange là-dessus avec quelqu'un qui est devenu mon ami, il m'a dit « Mais Juliette, si tu fais des trucs pour ton chef, quand c'est toi qui vas devenir chef, comment ça va se passer ? » Et là, je me suis dit « Oui, oui, oui, vu que je suis dans cette formation pour devenir chef. » C'est une très bonne question. Et là, il m'en a mis plein en mode à rapprocher ça du perso. Je lui ai dit "mais toi, tu ne fonctionnes pas comme ça ?" Il me dit "Non". Je dis : "Mais jamais?". Il me dit " Non, je n'ai jamais fonctionné comme ça de ma vie." Donc déjà, j'ai compris que c'était quelque chose d'assez singulier. Enfin, en tout cas, qui me concernait vraiment personnellement. Et là, il m'a dit : "c'est assez bizarre cette relation chef. Raconte-moi l'histoire avec ton père." Et là mais je te jure, d'un seul coup, on s'est retrouvés dans une bulle. Alors qu'on allait dans une classe avec 30 personnes, la prof et tout, je ne voyais plus personne. Le temps s'est arrêté, l'espace aussi. Et je dis: "B ah mon père, il voulait vraiment m'avoir avec ma mère, mais ensuite, il est parti et il ne m'a pas reconnue." Il me dit: "Ah bah voilà !"
- Aurélie Roux
Alors ça peut peut-être paraître un peu raccourci comme ça, mais j'imagine très bien le point de bascule là que t'as eu.
- Juliette Saragoussi
Et là, d'un seul coup, tu dis, ok, il faut que j'attende 40 ans, et de rencontrer un inconnu pour voir une pierre aussi évidente de mon parcours, de mon histoire et de ma quête de reconnaissance.
- Aurélie Roux
Alléluia.
- Juliette Saragoussi
Donc là, tout a commencé. Je me suis dit: " il faut que j'entame un dialogue déjà avec moi-même. J'ai bientôt 40 ans. Si je dois faire une thérapie, autant que je la commence maintenant pour régler le max de choses." Et j'ai entamé un dialogue avec ma mère aussi. J'ai commencé à comprendre plein de choses. L'histoire est longue, mais j'ai fini fleuriste.
- Aurélie Roux
Ouais, alors, waouh ! Quelle idée ! Quelle idée t'as prise ? Quelle mouche t'as piquée ? Qu'est-ce qui fait qu'un jour, on te dit, tiens, si je ne devenais fleuriste ? Est-ce que c'est arrivé comme ça ? Est-ce que tu as pensé le matin en te lavant les cheveux ?
- Juliette Saragoussi
Non, mais justement, c'est tellement long, en fait. C'est tout des processus de maturation. Déjà, je pense que quand je suis arrivée dans cette formation, c'était un détonateur. Moi je fonctionne beaucoup à l'émulation de groupe. Donc, je me suis retrouvée dans un collectif incroyable. On était une classe de 30 personnes, on est tous encore hyper soudés.
- Aurélie Roux
C'est des compagnons de passage en fait.
- Juliette Saragoussi
Ah oui, c'était des gens très bienveillants. Mais oui, c'est des passages en fait. Et en fait, c'est tout un process, ça a pris énormément de temps. Là, on est en 2015, j'ai ouvert en 2020.
- Aurélie Roux
Et ton MBA c'était en ... ?
- Juliette Saragoussi
Mon MBA c'était 2015-2017.
- Aurélie Roux
Ok, t'as aussi mis du temps à mûrir le projet.
- Juliette Saragoussi
J'étais encore en poste, enfin moi, tout allait bien, je voulais toujours faire plaisir à mon chef. On est toujours là-dedans, ça a duré longtemps. Et je me souviens en fait que tous les gens de ma promo, parce que ça a quand même toujours été dans mon parcours, d'essayer d'être de plus en plus moi-même, ce que je trouve assez difficile dans une ambiance corporate classique, surtout quand tu es sans savoir de responsabilité, des équipes, des pilotages, de projets, des trucs comme ça. En fait, ça faisait un moment vraiment que c'était hyper important pour moi d'être de plus en plus moi-même dans le monde du travail classique. Evidemment dans l'ambiance apprentissage, la formation m'épanouit de ouf. Mais moi, j'adore. Je suis arrivée, premier jour, première semaine, j'avais des étoiles dans les yeux, j'étais en mode pétarade. Tout le monde m'avait remarquée. Et en fait, ça me galvanise. Quand je suis arrivée dans ce groupe, j'étais ultra moi-même, mais ultra moi-même. Et tout le monde me disait : "on ne comprend pas ce que tu fais dans ton entreprise ..."
- Aurélie Roux
Il y avait deux Juliettes ?
- Juliette Saragoussi
Non ! C'est une entreprise ultra tradi, conservatrice, classique, et puis le béton ça fait rêver personne. Et j'étais directrice marketing, etc. Et en fait, tous ils me disaient : " on ne comprend pas ce que tu fais dans cette entreprise." Je disais: " mais pourquoi ?" Moi j'étais dans cette entreprise. Tout allait bien en fait. Donc non, ils ne me connaissaient même pas dans le cadre de cette entreprise, parce qu'ils venaient tous horizons.
- Aurélie Roux
C'était l'idée qu'ils projetaient sur ce milieu.
- Juliette Saragoussi
Mais en fait, ils trouvaient qu'il y avait vraiment un schisme entre ce qu'ils voyaient en face d'eux et ce qu'ils savaient de mon poste dans quelle entreprise. Et ça, ça m'a vraiment interpellée parce que c'était quasi unanime.
- Aurélie Roux
Et qu'est-ce qui t'a permis de te sentir mieux alignée à ce moment-là ? Ou de réaligner toutes ces personnes en toi ?
- Juliette Saragoussi
Moi, dans mon entreprise, j'étais moi-même aussi. C'est juste que, moi, j'étais à fond, en fait. Je me suis bien rendue compte en reprenant ma formation que j'avais laissé mon cerveau un peu de côté quand même. Je ne le stimulais pas assez. Parce que quand on commence à re-goutter à toute cette science psycho-sociale, business moderne, par les lectures, les articles, les bouquins, etc. On se dit : "ouais, OK, j'ai fait quoi de mon cerveau toutes ces dernières années ?" Parce qu'en fait, on est peut-être dans le guidon, dans son job, à accomplir des choses les unes après les autres. Mais il y a toujours beaucoup d'humain, en fait, dans une entreprise, quoi qu'il arrive. Moi, c'est ça qui me drive, c'est les gens. Et puis, accomplir des choses à partir de rien aussi, je trouve ça génial. Donc non, non, je ne me rendais pas compte. Il a fallu que je sorte de cette entreprise pour comprendre que ce n'était pas fait pour moi d'être assise sur une chaise toute la journée, m'enfermer dans des salles de réunion aveugles. pour des réunions sans queue ni tête qui vont nulle part, de voir cette moquette bleue rase tous les matins. En fait, il m'a fallu en sortir pour comprendre que ça ne me convenait pas, mais je n'avais pas compris.
- Aurélie Roux
Donc, tu deviens fleuriste. Donc, tu crées La Petite Abeille. Donc aujourd'hui, on est là, dans ton magasin, à Bourgoin, au milieu des fleurs. Et tu as le sourire.
- Juliette Saragoussi
Et il y a des grandes baies vitrées.
- Aurélie Roux
Il y a des grandes baies vitrées, et je jure qu'il n'y a pas de moquette.
En trois mots, tu nous pitches La Petite Abeille quand même? Parce que tu l'aimes bien ta Petite Abeille...
- Juliette Saragoussi
Alors La Petite Abeille, je dois rendre hommage à quelqu'un que j'aime beaucoup qui s'appelle Guillaume Blanchet qui avait planché avec moi pendant le confinement sur le nom de l'entreprise depuis le Québec et c'est grâce à lui qu'on a trouvé La Petite Abeille. La Petite Abeille c'est un magasin physique est un webshop où on propose uniquement des fleurs françaises pour les fleurs coupées, ce qui est quand même très rare parce que 80% des fleurs vendues en France viennent de l'autre bout du monde. Et également, il y a des plantes, des objets déco. On essaye beaucoup de faire du local au maximum, que tout soit français. Pas parce qu'on n'aime pas ce qui vient des autres pays, mais pour que ça voyage le moins possible. Donc, je suis associée avec Sarah Bontempi. Nous avons co-créé cette entreprise ensemble. Et avec Sarah, on s'est rencontrées quand j'ai fait ma formation CAP fleuriste, en 2017-2018, après mon MBA. Et c'était la plus jeune de la formation, on a 15 ans d'écart. La Petite Abeille, en fait, l'idée au-delà des produits, c'est vraiment que les gens, on a envie de les comprendre, on a envie de les accueillir. Il n'y a pas de trop petits montants à dépenser, il n'y a pas de mauvaise raison pour être ici, pour voir des fleurs. Voilà, je pense que ça, les gens le ressentent. On est vraiment, vraiment, vraiment gentils avec eux.
- Aurélie Roux
Ce qui va sans dire va mieux en le disant.
- Juliette Saragoussi
Sarah et moi, on est là pour ça et on a beaucoup de remarques là-dessus. Beaucoup, beaucoup de remarques. Sur notre gentillesse, notre accueil, le temps qu'on prend avec les gens, le fait qu'on soit OK pour faire du sur-mesure, prendre un bouquet déjà fait, en rajouter des fleurs, enlever des fleurs, etc. Donc apparemment, ça n'est pas tout le temps le cas. Et on a créé l'entreprise en 2020. On est à Bourgoin-Jallieu.
- Aurélie Roux
OK, on va prendre quelques minutes pour comprendre d'où vient ta joie. Donc avec le prisme de la fleur. Du coup, voilà, dans cette activité, qu'est-ce qui te donne, toi, de l'élan ? Donc tu as parlé d'accueil... Qu'est-ce qui fait qu'un jour tu t'es dit ce métier il est vraiment pour moi je suis à ma place ?
- Juliette Saragoussi
Moi j'ai travaillé avec des gens qui m'ont accompagnée sur mon projet professionnel quand je me suis séparée de l'entreprise qui m'avait financé cette formation. Ça s'appellait Solerys, c'était financé par Pôle emploi. Je tiens à le dire parce qu'on critique tout et tout le temps mais en fait c'était un accompagnement extraordinaire d'une psychologue du travail qui m'a emmenée vers : comprendre que j'avais envie de créer une boîte. Et en fait, j'avais plein d'idées que j'ai notées sur un carnet, mais pas pour moi, pour dire : il me manque ça dans le monde. Et dans ces idées, il y avait une petite ligne de fringues éco-responsable, mais chouchou. Et il y avait les fleurs coupées qui sentent bon. Parce que pour moi, c'était vraiment malheureux à chaque fois de rentrer chez un fleuriste, de plonger mon nez dans les roses et de ne rien sentir. Donc, à part le lys, je ne trouvais pas de fleurs parfumées. et en fait finalement tu vois la combinaison de ces deux choses font que je me suis dit : "mais oui, c'est génial, pourquoi je ne créerais pas une boutique où les fleurs sentent bon ?" Et à l'époque, je n'avais pas encore soulevé le tapis du marché et j'ai compris pourquoi elles ne sentaient pas bon. Et en fait, moi, si tu veux, l'olfactif met tous mes sens en eveil. Finalement, je me suis rendue compte, après avoir eu un boulot et un parcours très intello, que c'est ça qui me rend heureuse.
- Aurélie Roux
Alors, je dois te dire que tu m'as fait sentir des freesias qui sentaient la fraise. Et ça, c'est assez formidable.
- Juliette Saragoussi
C'est ma fleur préférée, le freesia. Et celle de ma maman aussi. En fait, je suis une olfactive et je suis ultra sensible. Et ça, si tu veux, je pense que c'est quelque chose qui concerne peut-être beaucoup de personnes qui ont souffert ou souffrent en entreprise. Apparemment, il y en a beaucoup puisqu'il y a plein de bacs plus 5 qui deviennent artisans ou auto-entrepreneurs. Mais donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que moi, je souffre d'être dans un milieu hostile. J'en souffre énormément. Je fais partie de ces gens qui, quand je travaillais en entreprise classique, se posent des milliards de questions sur des petites phrases, des petites remarques, un mail. La chose qui est sûre et certaine, c'est que j'ai besoin que mon environnement, que ce soit par ce que je vois, par ce que je sens, par ce que je ressens, émotionnellement parlant également, me fasse du bien.
- Aurélie Roux
Parce que tu parlais de l'odeur, mais là, il n'y a pas de vidéo au podcast, mais il y a des couleurs partout. Et puis tes fleurs, tu les touches, tu les manipules, tu les mets en forme.
- Juliette Saragoussi
Donc en fait, je l'ai compris ça quand j'ai fait la formation CAP fleuriste. Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais. Je me suis dit, mon Dieu, tu vas être nulle. J'avais commencé toujours par deux jours ou trois jours de pratique florale par semaine pendant six mois. Et en fait, j'ai compris à force de couper des tiges de fleurs. que j'aimais ça, le contact à la fleur, le côté extrêmement manuel, visuel, sensoriel. Sentir, ce n'est pas anodin. Sentir, c'est respirer. Et respirer, c'est vivre. C'est ça, en fait, le chemin que j'ai pris. Et les fleurs, ce n'est pas anodin non plus. C'est que je pense qu'on met notre corps en pause. Quand on est dans cette phase de vie, 30, 40, 50 ans, je ne sais pas, ça dépend des gens, mais en gros la phase où tu as des boulots à responsabilité, des enfants, un foyer, un mari ou un conjoint, etc. Toi, c'est après. Et en fait, notre corps, il ne peut pas rester en pause indéfiniment. C'est pour ça que souvent, il y a des maladies qui se déclarent parce qu'il y a un moment où il se signale, en fait. Moi, j'ai repris contact avec mon corps dans tous les sens du terme. Et ce métier, ça symbolise ça parce que les fleurs, c'est des sexes. les fleurs sont pollinisées. Les fleurs, c'est ce qui permet de faire des fruits. Pourquoi les abeilles sont nécessaires sur cette planète ? Parce qu'il n'y a plus de reproduction des végétaux et du monde végétal sans abeilles qui vont polliniser les fleurs pour faire des fruits. Quoi de plus représentatif que les fleurs ? Et ça, je l'ai appris grâce à mes cours de botanique parce que j'étais nulle ! En botanique, en biologie, en SVT, tout ça, je m'en foutais, royal ! Et d'un coup, je me dis, what ? Ah oui ? Ok, t'es partie loin, meuf ! En réalité, c'est ça, c'est toute la nature qui s'organise pour l'abondance, pour persévérer, pour se reproduire, pour être épanouie, florissante. Tous ces termes ne sont pas anodins.
- Aurélie Roux
J'adore.
- Juliette Saragoussi
Voilà pourquoi je me sens bien, d'autant qu'au final, on a créé un univers avec Sarah qui nous ressemble parce qu'elle est encore plus entière que moi. Au bout d'un moment, les gens qui viennent chez nous, nos clients, les partenaires de La Petite Abeille, ils viennent nous voir, nous. Donc, il n'y a pas à se poser la question de travestir quoi que ce soit. Aujourd'hui, je ne rencontre pas plus d'hostilité avec les humains non plus, car on a la chance d'avoir un environnement où les gens qui viennent nous correspondent.
- Aurélie Roux
Oui, c'est ça en fait, à être complètement incarné, vous attirer des gens qui vous ressemblent ou a minima que vous ne dérangez plus.
- Juliette Saragoussi
Qui apprécient l'univers et l'unicité qu'on a créé, qui on est. Et si, ce qui peut arriver, évidemment, ce qu'on fait ne leur convient pas, ou notre façon d'être, il y a toujours la musique derrière, on ne checke pas les playlists, eh bien... une grande liberté. Vous n'êtes pas obligé. Il y a beaucoup d'autres endroits pour choisir des fleurs.
- Aurélie Roux
Mais ça, c'est une grande force entrepreneuriale de l'admettre, de l'accepter, de prendre ce risque quelque part de ne pas plaire à tout le monde.
- Juliette Saragoussi
Voilà, c'est ça. Et en fait, tu vois, c'est très important parce que j'ai rencontré des gens, même au tout début, qui me disaient, oh là là, ou même dans des formations, on me disait, même au CAP, il ne faut surtout pas parler politique quand on a un commerce. Et moi, j'étais là: "Q uoi ? La vie de la cité, il ne faut pas en parler quand il y a un commerce au sein de la cité ???" Non. Bon, évidemment, ce n'est pas mon sujet quand je suis avec les gens. Mais si jamais on parle politique, mais évidemment qu'on ne va pas se fermer. Donc, on est entièrement nous. Et ça, ça rend vraiment... Je me sens à ma place, sans aucun doute. Et de plus en plus, j'avoue qu'aujourd'hui, je fais la maligne, mais au début, c'était compliqué de se faire une place. que les gens nous essayent, qui viennent même ne serait-ce qu'ouvrir la porte. Parce que quand t'es nouveau en commerce, on hésite, on attend. Ça peut prendre des années avant que les gens franchissent le pas de la porte. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, maintenant, que les gens nous connaissent, qu'on a beaucoup de clients réguliers, etc., on a ce luxe vraiment de pouvoir être totalement nous-mêmes. Et moi, ça fait quelques mois, on a échangé avec Sarah, qu'on sent qu'il y a une fluidité commerciale, du coup. qu'on n'avait pas senti avant. Là, elle est quasi systématique.
- Aurélie Roux
Est-ce qu'on pourrait faire un petit focus sur quelque chose que tu aimes particulièrement faire ? Là, je voudrais vraiment qu'on soit dans le faire.
- Juliette Saragoussi
Dans mon métier ?
- Aurélie Roux
Dans ton métier, oui.
- Juliette Saragoussi
Donc, moi, j'adore quand quelqu'un rentre dans la boutique, réussir à comprendre l'univers de la personne, comment se sent cette personne aujourd'hui, pourquoi elle est là, pour qui. Parce qu'on peut acheter des fleurs pour soi-même aussi. Donc, maintenant, vraiment, Je ne pars jamais avec un a priori. Je pense que Sarah m'a appris beaucoup là-dessus. D'ailleurs, parce qu'elle est très ouverte à l'autre. Elle l'accueille comme dans une bulle. Et une bulle confortable et rassurante. Et donc, en fait, vraiment, l'idée, c'est de comprendre ce client. Pourquoi il est là aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'il veut ? Dans quel mood également il est ? Parfois, il y a des gens qui sont un petit peu rudes. quand ils arrivent dans la boutique, plutôt que de se braquer, de s'énerver, de commencer à ne pas aimer l'autre, être hostile à lui. En fait, parfois, il faut juste essayer de comprendre. Peut-être que cette personne, sa vie, elle est toujours dure, qu'elle est toujours dans la dureté parce qu'elle n'a jamais eu les choses faciles pour elle. Peut-être que c'est sa façon d'appréhender quelque chose de nouveau ou dans lequel elle n'est pas à l'aise. Peut-être qu'elle vient de vivre un événement dur, qu'elle est perdue, qu'elle a perdu quelqu'un. Donc, en fait, l'idée, c'est vraiment d'être dans une posture d'ouverture maximale. Et ensuite, pareil, pour apporter la solution à cette personne en version fleurie, de s'adapter à elle, à son besoin, à son envie. Au maximum. Nous, il n'y a pas de barrière. Elle veut prendre quelque chose qui a déjà été fait, complètement le changer, on le fait. Elle veut dépenser 5 euros, on y va. Elle veut dépenser 150, on y va. Elle a peur que ça ne dure pas, elle a plein de questions. On échange sur toutes ces questions. Et même quand les gens n'osent pas dire, mais qu'on voit que ça tique, on essaie. et de comprendre ce qui les dérange. Parfois, c'est comment le papier est mis, parce que ça va être quelqu'un qui est très, très méticuleux et qui ne veut pas que le papier soit comme ça, donc il faut le replier, le scotcher, etc. Ça peut être des choses comme ça qui font que la personne, elle va être déçue de l'expérience pour une petite note comme ça. Non! Si on sent que la personne, et quand on a nos antennes ouvertes et qu'on est ultra sensibles, on le sent, quand quelque chose ne va pas, on demande. On essaie de comprendre pourquoi. Et alors, on va ajuster en fonction du besoin. Si c'est parce que c'est un peu trop cher, parce qu'on prend les fleurs une à une, on ne sait pas trop le résultat. Donc, on dit toujours : "voilà, on est à tant. Est-ce que c'est bon pour vous ? Oui, vous êtes sûre ? N'hésitez pas, je peux enlever cette fleur." "Ah oui, merci." "Ou celle-ci, voilà." Donc, voilà, ça, j'adore. J'adore le faire et savoir que la personne, elle part, elle est contente, elle est ravie.
- Aurélie Roux
Elle a pas juste acheté des fleurs. Elle a eu un moment de considération et d'attention même pour elle-même, même si elle achète les fleurs pour quelqu'un d'autre.
- Juliette Saragoussi
Je suppose. Et surtout, en fait, c'est vrai que c'est assez plus parce que moi, je me suis déjà sortie de commerce en étant déçue d'un petit truc peut-être. Mais déçue, alors que je viens de dépenser de l'argent. Ce n'est pas pour l'argent, c'est pour dire que j'investis dans cet acte, dans ce temps. dans ce moment, dans ce produit.
- Aurélie Roux
Dans cette émotion.
- Juliette Saragoussi
Dans ce produit même, tout simplement. Si je ressors déçue, même si c'est un petit détail, non. Je ne veux pas que ça arrive aux gens qui passent chez nous.
- Aurélie Roux
Donc ça, c'est une chose.
- Juliette Saragoussi
Ça, c'est une chose.
- Aurélie Roux
Tu m'as dit qu'il y en avait deux.
- Juliette Saragoussi
L'autre chose qui est plus nerd.
- Aurélie Roux
J'ai hâte, j'ai hâte.
- Juliette Saragoussi
J'adore. En fait, on peut hyper bien piloter nos chiffres parce qu'on a une caisse, on rentre tout dedans. On a des comptables en or.
- Aurélie Roux
Alors là, elle est en train de regarder sa caisse enregistreuse avec les yeux de l'amour.
- Juliette Saragoussi
J'adore qu'on puisse piloter nos fêtes, qu'on puisse piloter les ventes par type de produit, qu'on puisse se projeter, qu'on puisse faire de la stratégie. Peu importe, ce n'est pas de la stratégie, mais voilà, des anticipations, qu'on pilote notre rentabilité, notre chiffre d'affaires. En fait, avoir une boutique, c'est faire en vrai ce qu'on a toujours fait en mode corporate, dans son bureau, mais ce n'est pas nous qui faisons derrière. C'est les commerciaux, c'est la production, etc. Là, on fait tout. Tu commerces, tu produis, tu achètes, c'est toi qui fais tout. Donc, en fait, ce qui est incroyable, c'est quand tu te dis l'année prochaine, il faut que j'augmente ma renta de 5 points, il faut que j'augmente mon chiffre d'affaires de tant de milliers d'euros, etc. Et l'année d'après, tu l'as fait. Mais tu comprends les leviers et combien il y en a, et tous les jours que tu as dû actionner pour y arriver. Alors ça. C'est génial. En fait, on est dans le concret. Il n'y a plus... En fait, il n'y a pas d'esbrouf. Voilà. Ça, je l'ai compris quand j'ai passé mon CAP, qui est quand même le diplôme le plus dur que j'ai eu à passer de ma vie. J'ai compris que là, on n'est plus dans le PowerPoint, la pirouette, les petites phrases qui vont bien. Il faut que tu produises, il faut que tu réalises et que tu livres un produit dans un temps donné avec des spécifications claires, point barre. Et t'es dans la matière. Tu peux pas être plus dans la matière T'es noté là-dessus, on s'en fout que tu parles bien Que tu présentes bien, que tu fasses des PowerPoints Que quelqu'un t'aime bien politiquement parlant, non c'est pas le suje. Et c'est pareil finalement pour ton compte de résultats. T'es dans la matière. Quoi qu'il arrive, il y a un moment, ça tombe. Le résultat tombe Et ça dépend De tout ce que tu as fait, toutes les heures Et tous les jours de toute l'année passée
- Aurélie Roux
Et ça tu pouvais prévoir à un moment que ça te plairait autant de piloter ?
- Juliette Saragoussi
Pas du tout ! Non, au départ, t'intègres toutes les contraintes. Compts, papiers, les machins, la caisse, enregistreuse, c'est comme des contraintes.
- Aurélie Roux
Trouver son bon comptable, tout ça, c'est pas facile, facile quand on se lance.
- Juliette Saragoussi
Ah oui, ça c'est sûr, je me suis dit tout de suite, nous, ce qui va être clé pour nous, et on était d'accord avec Sarah, ça va être banque. D'avoir une bonne banquière, mais quelqu'un où on sait que c'est bim bam boum, dynamique, efficace. La comptable. Et puis l'avocate aussi, au début, c'est hyper, hyper important quand tu constitues tes statuts, etc. Voilà. Donc nous, on s'est dit, c'est que des femmes. Comme par hasard, on n'a que des femmes. On s'est dit, ça, c'est nos partenaires. C'est comme des personnes de l'entreprise. Il faut qu'on les apprécie.
- Aurélie Roux
Et donc, c'est à leur contact que tu t'es pris d'amour pour la rentabilité de ton entreprise. Il y a une solidité qui te permet de...
- Juliette Saragoussi
J'avoue que c'est des femmes suffisamment géniales pour que ce soit... agréable. Moi, j'aime la compta. Enfin, c'est pas que j'aime du tout faire des factures, des machins. Mais j'aime quand on a des rendez-vous ensemble. Parce qu'on a une vision un peu globale. C'est hyper agréable. Non, mais c'est en voyant, en fait, que tous ces outils me servent à piloter. Parce que ça me donne des infos. En fait, c'est des infos toutes cuites. Tu cliques, là, t'as tes infos. T'essayes de voir où tu vas. C'est en voyant à quoi ça servait, en fait, toutes ces contraintes que j'ai eues. Je me suis dit, c'est cool.
- Aurélie Roux
Oui, quand tu te mets en mode pilotage...
- Juliette Saragoussi
C'est vraiment cool. Et je me demande comment font les gens qui notent sur des carnets, des trucs comme ça. Ils se tirent une balle dans le pied, en fait. Selon moi.
- Aurélie Roux
On est bien conscients de toutes les deux que malgré nos efforts, la joie n'est pas toujours là, pas tous les jours. Qu'est-ce qui peut altérer ta joie, toi, dans le quotidien ?
- Juliette Saragoussi
Beaucoup de choses. Alors, je ne sais pas comment répondre à cette question parce que, si tu veux, aujourd'hui, je pense, peut-être que c'était tout l'objet de mon parcours, mais jusqu'à présent, j'espère qu'il n'est pas fini, je touche du bois. Mais aujourd'hui, si tu veux, même ce qui me contrarie, mais qui m'énerve, qui me met en colère, même ce qui m'attriste au plus haut point, je l'accueille complètement. Je suis heureuse d'être vivante, je suis heureuse de ressentir. Ça fait quelques années que je repleure et je trouve ça magnifique, c'est-à-dire que je suis vivante. Le temps s'écoule beaucoup plus lentement aujourd'hui, pour moi, qu'il y a dix ans. Je n'ai plus l'impression d'avoir ces grains de sable qui me filent et coulent et fuient entre mes mains, comme j'ai pu le ressentir de nombreuses années dans mon autre vie. Donc en fait, même si hier j'étais très très triste parce que j'ai appris le décès d'une cliente qui était mais incroyable, Christiane B. Elle avait 95 ou 96 ans, on ne sait même plus. Elle était toujours habillée en rouge, toujours coiffée, hyper dynamique. Et elle avait 20 arrières-petits-enfants. Elle me disait : "Je ne sais même plus comment ils s'appellent, tellement il y en a, ce n'est pas possible!" Et c'était vraiment un numéro exceptionnel, cette femme. Toujours curieuse, toujours, on le voyait, à se nourrir intellectuellement, etc. On lui a enlevé sa voiture parce qu'elle avait eu un accident. Donc ça, elle m'en avait parlé plein de fois. Elle était très malheureuse de ça. J'avais été la voir chez elle. Et un jour, on me dit, un commerce qui est juste en bas de chez elle, on me dit "Mais vous la connaissiez ? Elle s'habillait toujours en rouge et tout. Ah, ben justement, on voulait vous en parler parce qu'on a vu qu'on l'a déménagée." Donc j'avais eu très peur. J'avais regardé les avis de décès. J'étais rassurée. Et on avait fait l'enquête avec une cliente qui s'occupe d'anciens. Et elle m'a dit, ah, je ne connais pas, mais je vais me renseigner. Elle était revenue une semaine après, elle m'avait dit, elle est dans un EHPAD à Bourgoin. Je dis, ok, ça doit être très dur pour elle. Et elle est revenue me voir cette dame hier pour me dire, désolée, j'ai une mauvaise nouvelle. Et là, j'ai tout de suite su que c'était Christiane. Et en fait, j'ai dû pleurer. J'ai pleuré. Tout le reste de la journée a été affreux. Je... pense encore à elle. Donc non, on ne peut pas dire que c'est joyeux. Mais sauf que ça va avec beaucoup de choses qui sont très vivantes, qui sont très vraies, qui s'inscrivent en plus dans la lignée, dans la famille, dans cette femme aimée, les fleurs. Elle avait énormément de caractère. C'est peut-être quelqu'un de dur quand elle était plus jeune, je ne sais pas. C'est sûr qu'elle aimait les fleurs et elle aimait être ici. Elle aimait qu'il y ait du répondant, je pense, aussi, ici, avec nous, avec Sarah et moi. Elle adorait quand elle venait. Voilà, donc, oui, ça, ça me casse ma joie.
- Aurélie Roux
Mais tu arrives à la renourrir, en fait, en te remémorant la joie de l'avoir connue, cette dame.
- Juliette Saragoussi
Ben, oui, en fait. Et puis, c'est la vie, quoi. C'est les cycles. C'est-à-dire que...
- Aurélie Roux
Tu te sens encore plus vivante toi-même quand tu es confrontée à des choses comme ça ?
- Juliette Saragoussi
Non, je ne pense pas à ces choses-là parce que non, vraiment au contraire, ça nous met la mort en pleine face. Puis ça nous demande aussi, ok, qu'est-ce qu'on fait de nos vieux ? Qu'est-ce qu'on fait de nos anciens en France ? Qu'est-ce que moi, je fais pour mes anciens ? Donc non, je pense que ça soulève beaucoup de questions qui ne sont pas forcément drôles, pour lesquelles on n'a pas forcément les réponses. Simplement, l'équilibre, j'ai appris ça quand j'étais en philo, en prépa, donc ça date, mais ça m'avait marquée. C'est pas... un encéphalogramme plat, ce n'est pas une ligne droite, c'est une oscillation et une contre-oscillation. Donc l'équilibre, c'est un mouvement permanent. Sinon, ce n'est pas l'équilibre, c'est la mort. Donc ça veut dire que quoi ? Pour qu'on soit bien, il y a l'ombre et la lumière. Il y a la joie, il y a la tristesse, il y a la colère, il y a la peur. Tout fait partie d'être en vie et d'être bien dans sa vie. C'est pour ça. Pour moi, on ne peut pas dire « je suis joyeuse parce que je vais toujours bien » , mais « je suis joyeuse quoi qu'il arrive parce que j'aime ma vie comme elle est dessinée aujourd'hui » .
- Aurélie Roux
Et tu parlais de lumière, est-ce que tu as en tête un moment très lumineux que tu avais vécu ? Ou une rencontre ?
- Juliette Saragoussi
Moi, je pense que la relation la plus forte de La Petite Abeille, c'est notre association avec Sarah, qui est très très intense en fait. qui est très intense parce qu'on est associés pour 99 ans. Sarah, je l'ai rencontrée, elle disait « Moi, je veux m'engager sur rien. Je ne veux pas faire de CDI, je ne veux pas me marier. » Elle s'est mariée, elle s'est associée pendant 99 ans, bref. On se parle tous les jours, ou presque, et beaucoup de manière intense sur plein de sujets. Finalement, je pense qu'on s'apporte de la lumière toutes les deux. Mais c'est toujours la même chose. Là-dessus, j'ai du mal à être très tranchée. C'est parce qu'aussi, on sait voyager dans nos parts d'ombre. Moi, je pense la connaître très bien. Elle me connaît très bien. Et on sait exactement, on a des très forts caractères, on est sanguines toutes les deux, on est des affectives toutes les deux. Et en fait, oui, évidemment, on s'engueule, mais heureusement, en fait, on se dit toujours les choses. Parfois, c'est mieux qu'elles sortent de manière belle, mais parfois, elles sortent en vrai. Et c'est ça, en fait, qui fait qu'on se transmet, qu'on s'améliore l'une l'autre. On se fait grandir l'une l'autre. Et moi, j'avais entendu qu'une des choses qui sollicite le plus intellectuellement les êtres humains, c'est les relations humaines. Pourquoi ? Parce qu'en face, t'as quelqu'un qui est imprévisible, t'as quelqu'un qui n'a pas du tout la même histoire que toi, familiale, tout, en fait. Rien n'est la même histoire que toi, etc. Donc ça demande une capacité d'adaptation incroyable la relation humaine. Et ça t'auto-remet en question. Donc en fait, je pense que ça, c'est ce qui fait le plus grandir. Et c'est aussi ce qui me rend énormément heureuse aujourd'hui et qui me manquait dans ma vie d'avant. C'est faire ensemble, collectif, mais avec des gens que j'ai choisis. Ma vie amicale est beaucoup plus riche qu'avant. Voilà, les autres. Mais là, à la petite abeille, ça va être la relation avec Sarah, c'est évident.
- Aurélie Roux
On avance doucement vers la fin. Pour finir en beauté, moi, je voudrais savoir... comment tu transmets la joie. Qu'est-ce que tu voudrais qu'on trouve de toi dans dix ans ? Parce que tu as déjà fait un tel chemin. En fait, est-ce que tu te vois encore améliorer dans cette joie, dans cette plénitude que tu nous as décrite ?
- Juliette Saragoussi
Alors oui, plénitude, franchement, je me sens alignée, mais je ne suis pas quelqu'un de calme ou de serein.
- Aurélie Roux
Ce n'était pas le bon mot, mais c'était plus ajustement, alignement. Aujourd'hui, je te trouve à ta place, de mon regard extérieur. Et du coup, c'est quoi la Juliette de demain ?
- Juliette Saragoussi
Je me sens énormément à ma place. Je crois que ça va continuer. Et j'ai craqué quelques codes. Je vais encore en craquer. Moi, en fait, j'ai envie de dire, parce que tu me demandais la transmission, qui est une vraie grande question. J'ai envie de dire: " osons raconter ce qu'on vit et ce qu'on ressent, même si on a l'impression que c'est bizarre, même si on a l'impression d'être des anormales, même si on a l'impression que c'est chelou, même si on a l'impression, parfois, qu'on ne s'aime pas, on se dit qu'on a ou ce qu'on fait, c'est mal, ou ce qu'on pense, c'est choquant."
- Aurélie Roux
On se juge.
- Juliette Saragoussi
Oui, on s'auto-juge.
- Aurélie Roux
On s'auto-limite beaucoup. Énormément. Et donc, les choses les plus importantes de notre vie, qui nous bouffent, qui nous questionnent, où on ne trouve pas de solution, on ne les dit pas. Mais disons-les. Au contraire, parce que le dire, ce n'est pas de l'impudeur, c'est... permettra l'autre deux choses. De comprendre que tu es vulnérable, que tu as des failles, que tu n'as pas toutes les réponses et de comprendre que, du coup, lui, il a le droit aussi de tout ça et aussi, il a le droit de te le dire. Alors, il n'est pas obligé de te le dire, mais en fait, voilà, moi, je me suis retrouvée vraiment dans des cas de travaux, justement aussi dans cette formation où tu dois... te mettre ton cœur sur la table. En tout cas, moi, j'avais décidé de mettre mon cœur sur la table sur ces travaux-là, où j'ai vu moi-même, ma voix chevrotait, si on parlait de la voix, de ce qu'elle révèle, pendant ma présentation au tableau, avec mon PowerPoint. Mais je voyais très bien que l'audience, c'est-à-dire les gens qui étaient dans la classe avec moi, étaient émus. Je voyais que ça leur parlait, mais ça ne leur parlait pas de moi, ça leur parlait d'eux. Et je l'ai confirmé avec les réactions que j'ai eues après de gens qui sont venus me voir pour me confier que ça leur rappelait leur histoire, celle-ci, ou encore une autre histoire. Voilà, donc je pense que le mieux, c'est finalement d'oser se raconter en se disant que non, ça n'est pas impudique, non, ça n'est pas égoïste. Au contraire, c'est généreux. Et c'est ce que tu nous invites à faire avec ce podcast. Ben oui, ça fait écho, ça fait écho. Bien. Est-ce que tu as autre chose que tu avais envie de dire qu'on n'aurait pas évoqué ?
- Juliette Saragoussi
Merci vraiment pour cette interview, parce que tu m'as amenée à re-réfléchir à des choses qui sont vraiment importantes. Et je trouve toujours que quand on verbalise, ça prend forme. Ça permet de faire du tri, ça permet de remettre l'essentiel en perspective. Et oui, c'est ce qu'on retrouve dans la thérapie. En ce moment, je n'en fais pas, mais j'ai fait une analyse. Je trouvais ça bizarre, ce fonctionnement où je parle. Je me disais: " mon Dieu, déjà que je fais ça tout le temps. Qu'est-ce que je viens faire là ? Je paye 60 balles, je perds une heure." Et en fait, non, quand tu parles, on t'entend, mais ce n'est pas ça qui compte. C'est que tu t'entendes et que tu t'entendes avec toi-même au final. Donc, merci de me faire m'entendre.
- Aurélie Roux
Avec grand plaisir.
- Juliette Saragoussi
Merci d'avoir osé lancer Ramene ta joie!. Merci de m'avoir invitée pour la première éditio. Longue Vie à ton média !
- Aurélie Roux
Waouh. Merci, Juliette. Merci pour cette conversation et pour toute cette joie partagée.
Juliette, on te retrouve dans ta boutique, La Petite Abeille à Bourgoin-Jallieu. Et aussi en ligne sur Instagram, sur Facebook, sur LinkedIn. Et je mettrai tous les liens dans la description.
Merci, merci, un grand merci d'avoir été ma première invitée. Je suis toute émue.
Et je te laisse le mot de la fin avec cette dernière question. Aujourd'hui, qu'est-ce qui te ramène de la joie ?
- Juliette Saragoussi
Aujourd'hui, ce qui me ramène de la joie, c'est les autres. Merci Juliette. C'est déjà la fin de cet épisode de Ramène ta joie. Merci d'avoir été là. Si ce moment t'a parlé, abonne-toi pour ne pas manquer les prochains. et laisse un avis, ça aide vraiment le podcast à grandir. S'il t'a touché, fais-le circuler. Partage-le à quelqu'un qui crée, qui doute, qui ose. Ensemble, faisons vivre ces histoires. Et si tu connais quelqu'un dont la joie mérite d'être entendue, écris-moi. On documente la joie, une rencontre à la fois. À très vite !