- Aurélie Roux
Bienvenue dans ce deuxième épisode de Ramène ta joie. Aujourd'hui, je reçois Amélie Fioretta, cofondatrice de la société LELL. Amélie en quelques mots : petite fille d'agriculteurs, fille de cheminots, gourmande et sportive depuis toujours, curieuse de bons plans et, m'a-t-elle dit, collectionneuse de belles rencontres. En 2015, un séjour en famille la pousse à donner un nouvel élan à sa vie professionnelle. Elle monte un projet en phase avec ses valeurs et sa personnalité. et elle se lance dans l'aventure entrepreneuriale pour une consommation responsable. Amélie, je l'ai rencontrée il y a quelques années, on était toutes les deux bénévoles sur une course en rose, Courir pour Elles. Et puis on s'est croisées et recroisées, avec une constante, son grand sourire. J'avais donc envie de l'inviter pour qu'elle nous parle de sa joie, dans les moments de construction, de service aux clients et de danse brésilienne, et aussi dans des moments plus difficiles qu'elle a eu à traverser. Première question toute simple, comment tu arrives aujourd'hui ?
- Amélie Fioretta
Je suis reconnaissante qu'on puisse faire ce deuxième épisode ensemble. Et puis comme tu l'as dit, je suis collectionneuse de belles rencontres et du coup, t'en fais partie. T'as fait partie des belles rencontres de mon parcours. Et je suis ravie de faire cette petite pause aujourd'hui pour échanger et parler d'un sujet qui nous anime toutes les deux, la joie.
- Aurélie Roux
Merci. Alors Amélie, en quelques mots manqués que tu voudras bien nous partager. Dis-moi, qu'est-ce qui t'a amenée là ?
- Amélie Fioretta
Alors, donc aujourd'hui, voilà, je suis épicière, nouveau métier. C'est une deuxième vie professionnelle parce que moi, ma première vie professionnelle, c'était le métier de communicante qui a fait suite à mes études. Et voilà, en 2015, j'avais envie de... J'avais l'impression d'avoir fait un petit peu le tour de mon métier de chargée de communication. J'avais été confrontée à quelques difficultés aussi. Finalement, pas dans le métier, mais plus dans le contexte dans lequel on exerce les métiers, avec des fois des problèmes de cohérence entre les discours des dirigeants et puis finalement les actes concrets qui découlaient. Et voilà, j'avais l'impression que je n'avais pas les bonnes armes pour évoluer dans ce monde-là. Ça a amené à quelques situations un petit peu difficiles à gérer. et finalement, je réfléchissais à... une autre suite de carrière. Donc ça a failli se faire dans le domaine de la collecte de fonds parce que j'ai eu travaillé beaucoup dans l'enseignement supérieur sur ma fin de carrière de communicante. Et puis j'ai fait de la collecte de fonds justement pour l'association Université catholique de Lyon. Donc ça a été ma dernière expérience professionnelle avant l'entrepreneuriat. Perspective intéressante, mais finalement, à l'époque j'étais une jeune maman. Mon fils était tout petit, je ne me projetais pas forcément dans cette structure et de là est venu un séjour à la ferme pour des vacances avec mon conjoint et mon fils. Et du coup, ce séjour a été tellement ressourçant. Et ceux qui étaient à la tête de ce camping à la ferme, c'était des éleveurs d'agneaux bio en Charente-Maritime, à la ferme de la Gravelle. Et ça a été vraiment un séjour très ressourçant et puis très inspirant. On va dire que je me suis laissée inspirée aussi par les échanges et puis la nourriture qu'on partageait, parce que c'était un moment où on partageait, c'était une formule camping à la ferme, mais on partageait les repas du matin, les petits déjeuners et les dîners. Et ça a été vraiment des moments déjà très bons. Et puis au retour de ces vacances-là, j'avais une fin de contrat à l'Université catholique de Lyon. se présentait l'opportunité pour moi de faire un petit break pour justement faire un petit point sur comment je veux faire évoluer ma carrière, etc. Faire peut-être une pause, en fait, parce que j'avais enchaîné pas mal d'expériences professionnelles dans la communication, marketing, etc. Et finalement, du retour de ce voyage, j'ai fait quelques recherches. Et de là, je suis tombée sur un entrepreneur clermontois qui avait créé une structure qui s'appelait Marchand des 4 saisons. et en fait c'était le principe de... de créer des réseaux de producteurs avec une plateforme internet. Il y avait des animateurs en local qui s'occupaient de développer un territoire et des terroirs, des liens avec ces terroirs-là, et il n'y avait personne sur la région de Lyon. Et je me suis dit, tiens, et pourquoi pas moi ?
- Aurélie Roux
Mais comment tu tombes sur un site comme ça ? C'était un site internet ?
- Amélie Fioretta
Oui, c'était un site internet.
- Aurélie Roux
Et comment un jour, tu scrolles et tu tombes là-dessus ?
- Amélie Fioretta
Je rentre de vacances. Il me restait quelques semaines de CDD. J'avais l'intention de ne pas renouveler pour justement faire cette pause. En fait, je voulais prendre mon temps. Et puis finalement, en fait, c'est comme quoi des fois, quand on est peut-être sur le bon chemin, il y a des choses qui se présentent à nous. Et là, oui, assez... Assez naturellement, je suis tombée sur ce site-là. J'ai pris contact avec cet entrepreneur qui, du coup, quelques jours après m'a dit qu'il y a deux personnes qui ont aussi la volonté de développer ce projet sur la région de Lyon. Et en fait, la veille de mon pot de départ de l'Université catholique de Lyon, on s'est retrouvés à la brasserie du TNP à Villeurbanne pour un déjeuner à quatre. Finalement, ça a été mes... Deux futurs associés que je rencontrais ce jour-là, et ça c'était le 11 septembre 2015.
- Aurélie Roux
Wow, et ça a matché tout de suite ?
- Amélie Fioretta
Et bien ça a matché assez rapidement, c'était deux personnes qui arrivaient, Bruno et Christophe, mon actuel associé, et au départ c'était deux informaticiens qui avaient envie de monter aussi pareil un projet qui avait du sens, etc. Et du coup... Moi, avec mon profil communication, marketing assez polyvalent, je venais vraiment compléter l'équipe. Et on a pris quelques semaines pour faire connaissance et puis étudier un peu le projet. Très rapidement, quand même, le projet s'est lancé. Grâce à Bruno, qui était déjà entrepreneur, on a loué le local où on est aujourd'hui. Ça fait bientôt dix ans. Et du coup, l'activité s'est lancée dès début janvier 2016. Et donc, en fait, c'était assez fou parce que je me disais, je prends un temps dans ma vie pour prendre le temps. Et puis, en fait, finalement, il y a eu cette rencontre qui a enchaîné sur la rencontre de mes associés. Et puis, un démarrage qui s'est fait rapidement. Et là, je sortais un peu de ma zone de confort parce que l'entrepreneuriat, pour moi, c'était un grand saut. Surtout que je ne suis pas du tout issue d'une famille d'entrepreneurs. Mais bizarrement... Je me sentais bien et vraiment cette sensation de se sentir alignée entre le projet, ses propres valeurs, et ça, ça n'avait pas de prix. Et ça a tout de suite été très satisfaisant.
- Aurélie Roux
Mais du coup, tu y es allée tout de suite, tu ne t'es pas dit, puisque je suis à la veille de m'accorder cette pause, prenons le temps d'explorer d'autres pistes, rationnellement. Est-ce que tu arrives à identifier ce qui a fait, non, c'est là que je veux aller ? C'était physique ? C'était rationnel peut-être ? C'était le business plan qui était rassurant ?
- Amélie Fioretta
Non, je pense que forcément, la rencontre avec mes associés ont fait que ça a été des éléments rassurants parce que dans le trio, il y avait une personne qui était déjà entrepreneur. Mais par contre, effectivement, c'est souvent ce que je dis, je pense qu'il faut un peu de folie aussi pour se lancer dans ces projets-là. Bon, après, il faut aussi énormément d'énergie, de temps et voilà. Aujourd'hui, Bruno, qui avait démarré avec nous, du coup, ne fait plus partie de l'aventure. Mais avec Christophe, mon associé, ça fait dix ans qu'on s'investit énormément pour ce projet. Dans le projet, c'est toute une communauté de producteurs et d'artisans qu'on accompagne, pour certains, depuis dix ans. Donc c'est un débouché supplémentaire à leur marché, à leurs magasins de producteurs qui sont situés en périphérie de Lyon. Et nous, on avait vraiment voulu créer un lieu, en fait, faciliter la consommation de produits locaux, c'est-à-dire de permettre à des gens qui sont en ville, urbains, qui n'ont pas forcément la possibilité d'aller en périphérie dans les magasins de producteurs ou d'aller directement à la ferme, de pouvoir consommer facilement des produits locaux. Et ça, ça s'est traduit par l'épicerie physique, telle qu'elle existe aujourd'hui et qui a beaucoup évolué depuis le départ. Et dès le début aussi, on a créé un site internet qui s'appelle LELL market, où là, c'est une vitrine et puis c'est avant tout un outil de précommande, où les gens peuvent justement nous transmettre leur liste de besoins pour qu'on puisse anticiper les approvisionnements chez nos producteurs.
- Aurélie Roux
Ok, donc là, on est dans la boutique. Alors d'abord, ça s'appelle LELL. L-E-L-L. Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Amélie Fioretta
Les Epicuriens Locavores Lyonnais. Ça, c'est le nom, c'est la marque qu'on a déposée à l'INPI. Les Épicuriens Locavores Lyonnais, d'où LELL. On est connus sous ce nom-là. Les gens disent, voilà, c'est LELL à Villeurbanne, à Grand Clément. Donc là, on vient de faire, pour les dix ans, on a évolué un petit peu dans le code couleur. On est passé sur un code couleur plutôt orangé. Et on va continuer à développer la communication avec une nouvelle signature qui est : "du bon, du bio, du local".
Le local, c'était plutôt un tiers-lieu, qui était un lieu de co-working, un lieu où on avait nos bureaux. On avait juste un petit espace, un peu showroom, où il y avait quelques produits d'épicerie. Et après, tous les produits frais, le local était à l'époque en deux parties, et on avait en arrière-boutique, en fait, les frigos, etc. Et j'avais même mon associé Christophe, qui avait, au début, on a créé... de briques et de brocs, mais lui, il avait amené carrément son salon de jardin. On avait un salon dans l'espace, juste à côté. Là, on échange. Du coup, les gens, les familles, venaient chercher leur commande et en attendant qu'ils la récupèrent, pouvaient passer un petit moment, faire un petit jeu. C'était un espace très atypique et on a rapidement évolué et transformé en épicerie. C'était il y a dix ans et le click and collect était loin d'être aussi dans la norme
- Aurélie Roux
Puis ça devait être assez innovant pour le quartier aussi. Tu peux nous donner l'adresse ?
- Amélie Fioretta
Alors, on est situé au 159 Cours Tolstoï. Sur Villeurbanne, dans un quartier qui s'appelle le quartier Grand Clément, on est situé vraiment à côté de la place Grand Clément, quartier vraiment populaire. C'est vrai qu'au départ, les gens nous disaient mais vous êtes fous.
- Aurélie Roux
C'est ça. On est loin du bobo chic là.
- Amélie Fioretta
Ah, on est loin du bobo chic. Mais après, il faut avouer aussi que, et c'est aussi pour ça qu'aujourd'hui, on a la chance d'être toujours en croissance en tout cas, c'est que les prix des loyers étant... tellement chers sur Lyon, sur Croix-Rousse, Lyon 7,. Et c'est vrai qu'il n'y a pas une semaine où on n'a pas un nouveau client, une nouvelle cliente qui viennent d'acheter dans le quartier et qui, du coup, sont ravis de nous trouver. Et aujourd'hui, alors c'est vrai que ça va sûrement évoluer dans les mois, années à venir, c'est qu'aujourd'hui, on n'a pas de concurrence frontale à proximité.
- Aurélie Roux
Ok. Et comment vous les choisissez, vos producteurs ?
- Amélie Fioretta
Alors au départ, les premiers producteurs qu'on est allés voir, c'était des tournées sur le terrain. Moi je suis originaire du Bugey dans l'Ain, donc j'ai souvenir d'une tournée avec Christophe où on est allé rencontrer nos vignerons qu'on a toujours là. On a un vigneron en biodynamie et puis un autre en bio. Donc à Vaux-en-Bugey et à Saint-Sorlin-en-Bugey. Voilà, tournées sur le terrain, rencontres et c'est vrai que c'était très riche aussi cette période-là. Au départ, tous nos producteurs partenaires, c'était indispensable de faire une visite sur place, de prendre le temps de se connaître, etc. Après, on a commencé à créer aussi un petit réseau avec la marque collective Monts & Coteaux du Lyonnais. À l'époque, en novembre 2015, on avait fait un speed dating entre producteurs.
- Aurélie Roux
Ça aussi, c'était hyper innovant.
- Amélie Fioretta
Ah ouais, c'était hyper innovant il y a 10 ans. On a eu nos premiers producteurs partenaires suite à ce rendez-vous-là. Et on a démarré avec une quinzaine de producteurs. Et aujourd'hui, on a entre 60 et 70 partenaires, artisans ou producteurs locaux.
- Aurélie Roux
Et comment on est accueillis chez LELL ? Où sont les fruits frais ?
- Amélie Fioretta
Donc aujourd'hui, on est trois dans l'équipe. On est très contents de ça. Christophe, mon associé, et puis on a recruté Mylène, une jeune femme qui devrait prolonger l'aventure avec nous parce qu'on va bientôt la passer en CDI. Donc on est ravis qu'elle continue avec nous. Donc aujourd'hui, à temps partiel, mais on espère plus tard pouvoir faire en sorte qu'elle puisse être à temps plein avec nous. Et là, aujourd'hui, c'était la petite joie de ce matin. Le réveil a sonné un peu tôt, mais c'était pour la bonne cause. Réappro chez les producteurs et j'ai ramené les premières tomates de la saison. Donc des tomates qui viennent du nord de la Drôme et les fraises aussi. Donc voilà, les clients ont des grands sourires de découvrir ces jolies nouveautés sur l'étal.
- Aurélie Roux
Donc ce matin, tu étais là à 5h. Qu'est-ce qui te motive le matin à venir ici, à part les tomates et les fraises ?
- Amélie Fioretta
A part les tomates et les fraises. Alors, petite anecdote, mais c'est vrai que moi, je suis, contrairement à mon associé, à Christophe, mon collègue qui est très matinal et qui, lui, se lève encore plus tôt. Moi, je mets le réveil un maximum pour gagner un peu d'heures de sommeil. Par contre, c'est vrai que c'est toujours des bons moments, soit en plein hiver, quand on voit la pleine lune et qu'on se fait accompagner par la lune. Du coup, c'est vrai qu'on se sent accompagné, en tout cas. Et puis là, ce matin, c'est vrai que je suis rentrée un peu tard, mais du coup, j'ai eu la chance de voir sur mon retour sur Lyon, un superbe lever de soleil avec des couleurs magnifiques. Et ça, c'est un petit moment de joie que j'ai capté dans le quotidien. Et c'est vrai que ça fait relativiser le fait de se lever tôt, le fait de porter des charges lourdes. Et après, c'est vrai que c'est de voir le sourire des clients qui apprécient faire leurs courses ici. Moi, ce qui me met en joie, c'est aussi d'avoir des échanges. La convivialité, c'est quelque chose qu'on a toujours essayé de mettre en avant. On traverse des rencontres avec les producteurs, des petits événements à la boutique. Et puis après, ça passe aussi par le quotidien, de se souvenir du prénom de la petite mamie cliente et qui est toute émue parce qu'on se souvient de son prénom. Ou alors, c'est d'échanger des conseils cuisine. Nous, on en donne, mais les clients nous en donnent plein aussi. Ils nous donnent plein d'idées recettes. Ça, c'était le cas hier, notamment. On a hâte de rentrer chez nous pour pouvoir, nous aussi, tester les recettes. Mais bon, comme on dit des fois, c'est les cordonniers les plus mal chaussés. Des fois, c'est nous qui n'avons plus rien dans notre frigo et qui n'avons plus le temps de cuisiner.
- Aurélie Roux
Tu fais comment tu vas chez LELL en rentrant du boulot ?
- Amélie Fioretta
Voilà, c'est vrai que oui, des fois, on ne prend même pas le temps de faire ses courses. C'est vrai que c'est très agréable, surtout aussi le réapprovo auprès des producteurs et puis globalement le fait qu'on connaisse tous les producteurs. Une des choses qui me motive, c'est de mettre des visages sur ceux et celles qui nous nourrissent.
- Aurélie Roux
Et de les nourrir quelque part aussi ?
- Amélie Fioretta
Et de les nourrir aussi, parce que quand on voit la difficulté du métier d'agriculteur et même de producteur, d'artisan, c'est... C'est des gens passionnés, mais effectivement, c'est des gens aussi qui s'investissent énormément et qui gagnent peu. Donc en fait, c'est vrai que ça, c'est une grosse source de motivation de se dire je contribue à mon échelle. Un système qui est de relocaliser l'alimentation. Et au-delà d'un simple échange de commercial, il y a aussi ce côté où on recrée du lien entre la ville et la campagne. Ça nous tient à cœur. C'est pour ça qu'on essaye de multiplier ces rencontres dans la mesure du possible.
- Aurélie Roux
Vous les faites venir ici ?
- Amélie Fioretta
Oui, régulièrement. On fait des rencontres producteurs.
- Aurélie Roux
Ils apprécient ça, les producteurs, de venir là et d'être au contact des clients ?
- Amélie Fioretta
Oui, oui. Après, il faut que ça soit dans des périodes qu'il leur permet.
- Aurélie Roux
Oui, parce qu'ils n'ont pas, eux, toujours une vente directe.
- Amélie Fioretta
Et non, certains d'entre eux, ils ont les marchés. Mais c'est vrai que quand nous, on a fait des événements ici, on est le lien avec les clients. C'est vrai que ça leur permet aussi de profiter d'un temps, parce qu'organiser des choses. En plus, ce week-end, par exemple, il va y avoir deux fermes en ferme. Donc il va y avoir plein de portes ouvertes dans les fermes. Donc c'est une super occasion d'aller rencontrer les producteurs. Mais il faut savoir que c'est un investissement en temps énorme en fait. Et des fois, il faut avoir suffisamment d'énergie et de temps pour pouvoir le faire. Donc à travers nous, les petits événements qu'on organise, et j'aimerais peut-être que dans le futur, on développe encore plus ça. On aide justement à resserrer les liens entre la ville et la campagne. Et ça, c'est un échange commercial, mais derrière, c'est réunir des humains autour de la nourriture, de l'alimentation et de la gourmandise aussi. En général, c'est tout le temps des très bons moments. C'est très nourrissant. Ben complètement, on y revient.
- Aurélie Roux
Est-ce qu'il y a une joie dans ton métier que tu n'avais pas prévue ? Quelque chose... Enfin, tu es venue dans ce projet, tu as été embarquée. tu étais à fond et est-ce qu'il y a un jour un truc qui te fait dire « Ah ouais, il y a ça aussi » .
- Amélie Fioretta
Ce qui est très chouette avec l'activité qu'on développe, c'est qu'on a les retours directs des gens. Alors, des fois, ça peut être aussi... C'est rarement négatif, mais il faut l'accepter aussi. Et des fois, voilà. Mais du coup, d'avoir... J'aurais peut-être pas pensé que j'appréciais autant cet échange direct avec les gens. Et c'est vrai que moi, c'est... C'est quelque chose qui m'anime, d'avoir le petit mot, de faire l'effort de connaître, de mémoriser les personnes. Je me rends compte que c'est assez naturel en fait. Et c'est quelque chose que j'ai découvert. C'est vrai que moi, toute petite, enfant, j'étais plutôt timide en fait. Eh ben oui ! Et c'est vrai qu'aujourd'hui, oui, c'est assez marrant du coup que j'ai cette aisance relationnelle que j'ai développée. au fil du temps, de part aussi ma pratique sportive quand j'étais adolescente, puis après mon métier, etc. Mais effectivement, il y a eu une belle transformation, et en tout cas, c'est une des choses qui me motive, et ça peut être des petits échanges, j'aime créer du lien, en fait, et ça, c'était un peu le dénominateur commun avec mes autres activités pendant le passé, parce qu'en plus de l'épicerie, comme on aime bien être occupé, on développe aussi une activité traiteur. On vous propose des buffets traiteurs pour les entreprises. Grâce aussi au réseau professionnel de mon ancien métier, c'est vrai que je me suis dit, j'ai plein de pépites que je peux valoriser sur des événements professionnels. Ça va du petit déjeuner au cocktail.
- Aurélie Roux
Et encore autant de prétextes de faire du lien.
- Amélie Fioretta
Et encore autant de prétextes de faire du lien. Et puis, quelque part aussi, j'avoue, sortir aussi ... Parce qu'elle est super l'épicerie, on voit du monde, mais on y passe énormément de temps. Et c'est vrai que c'est aussi des fois le problème des entrepreneurs.
- Aurélie Roux
Il y a quand même une grande solitude, même si tu as des clients toute la journée. Même si tu as un associé, mais vous êtes obligé d'être un peu en décalé.
- Amélie Fioretta
On est beaucoup en alternance. Effectivement, du coup, moi, la partie que j'aime beaucoup développer, la partie traiteur, c'est aussi aller connecter avec d'autres. Et puis, c'est des occasions aussi de se faire connaître. En fait, c'est assez win-win, on va dire, parce que du coup, c'est des prestations qui nous sont rémunérées. Donc, nous, ça nous fait du chiffre d'affaires qui nous permettent qu'en boutique, les prix soient le plus raisonnable possible. Et puis derrière, ça nous fait connaître. Ça a autant d'occasions. Chaque buffet est l'occasion.
- Aurélie Roux
Mais c'est vous qui cuisinez ?
- Amélie Fioretta
Alors non, on ne cuisine pas. On va dire qu'on propose une prestation traiteur de type assemblage. C'est-à-dire qu'à partir des fromages fermiers de nos producteurs, on va proposer des plateaux. Pareil pour la charcuterie, pareil pour des légumes à croquer. La cervelle des canules, belle spécialité lyonnaise. Et on a quelques collaborations quand on a des prestats où on a besoin de cuisiner, c'est-à-dire des salades ou des petites pièces cocktail un petit peu travaillées. Dans ces cas-là, on fait des collaborations avec des traiteurs locaux, ce qui nous permet de remporter des appels d'offres pour des prestations plus élaborées qu'un simple buffet. Nous, on est plus dans le buffet campagnard, c'est très convivial, partagé, mais des fois, s'il y a besoin d'une prestation plus élaborée, on peut se positionner aussi avec l'appui de nos partenaires traiteurs.
- Aurélie Roux
Est-ce qu'il y a des moments dans ta vie, peut-être pour LELL ou autre chose, où tu as perdu un peu de joie en cours de route ?
- Amélie Fioretta
Je repense particulièrement à un moment où je pense que c'était une perte de joie liée aussi à la perte de l'énergie ou en tout cas à trop d'énergie qui avait été dépensée. C'est après la période Covid. En tant qu'épicerie, nous, on a fonctionné à plein régime, et notamment pendant avril-mai 2020. Il y a eu une période où les marchés étaient interdits, donc en fait les petites structures, les petites épiceries comme la nôtre ont été vraiment plébiscitées. Et d'un coup, concrètement, ça s'est traduit sur le site internet parce que nous on avait la chance d'avoir déjà un outil. Donc du coup, d'un coup, mais ça a été, je me souviens, sur une semaine, une centaine de clients en plus. Et puis des journées où on préparait plus de 100. Plus de 100 paniers. Il y a même une journée avec mon associé, on avait démarré le matin à 3h du matin avec la réception de légumes. On avait des piles et des piles dans l'épicerie, donc on avait aménagé un petit comptoir en fait. Et les gens venaient chercher au fur et à mesure que les commandes étaient prêtes, venaient chercher leurs paniers. Et en fait, on s'était engagé à livrer tous les paniers avant le week-end. Les gens comptaient sur nous, donc on avait fait ce jour-là du 3h du matin à 23h. À deux ? À deux. Et c'est vrai que cette période, elle a quand même laissé... Pendant l'été, on a ensuite fait qu'un jour de pause.
- Aurélie Roux
Mais qu'est-ce qui vous a fait tenir pendant cette période ? Parce que ça a été long quand même.
- Amélie Fioretta
Eh bien, en fait, on ne se posait pas trop la question. Après, on avait aussi plein de super retours des clients. On voyait aussi plein de nouveaux clients arriver. Donc c'est vrai que suite à ces vacances d'été qui ont... je pense, n'était pas suffisante. Je sentais que j'avais la petite flamme qui m'anime et qui fait qu'on a envie de se lever le matin et qu'on est motivé. Je sentais qu'elle en avait pris un petit coup. Pour autant, je me disais, mais en fait, je ne m'écoutais pas. Parce que quelque part, j'ai senti qu'il fallait peut-être plus de pause. Mais en fait, quand on est deux... Quand on travaille avec des produits frais, en fait, même faire une pause d'une semaine, c'est compliqué parce que ça veut dire qu'est-ce qu'on fait de nos produits. Là, quand on ferme l'été, 15 jours ou 3 semaines, on vide tous les frigos, par exemple. Donc on fait des promos, les gens en profitent, les gens jouent le jeu, les clients sont chouettes. Pour continuer à aller là-dessus, c'est vrai qu'à ce moment-là, je sentais que j'étais fatiguée et que j'ai eu un moment compliqué. Mais en fait, je ne me serais jamais arrêtée parce qu'à l'époque... Je me disais, LELL, c'est mon deuxième enfant. Du coup, je me disais, je ne l'abandonnerai pas. Et puis, on avait tellement donné. Ça faisait cinq ans qu'on cravachait sur le projet.
Et ce qui m'a fait arrêter, et ce qui m'a obligée à faire une pause, c'est finalement une tumeur cancéreuse que j'ai découvert au niveau de la poitrine. Et ce qui m'a obligée à arrêter quelques semaines après. Et c'est vrai qu'à partir de ce moment-là, Et puis aussi, j'ai été... Pendant mon traitement, j'ai été beaucoup accompagnée par des arts thérapeutes. Et en fait, ça m'a vraiment aidée aussi à aller un peu creuser, à prendre du recul, à essayer d'oser m'écouter, en fait. Et essayer d'accepter ce qui venait. Donc c'est vrai, quand je repense à ce que j'ai créé, produit, en tout cas, et je me dis que ça m'a vraiment aidée aussi à prendre conscience que prendre soin de soi, c'est la priorité. et qu'on a beau être motivé, impliqué dans sa vie familiale, dans sa vie professionnelle, si on s'oublie, il y a un truc qui ne fonctionne pas. Ça coince. Et c'est vrai que quand je vois mon parcours, et finalement c'est la maladie qui m'a forcé à vraiment prendre conscience de ça, aujourd'hui j'ai l'impression que je vois les choses un peu différemment, même si... C'est vrai que suite à mes traitements, à ma reprise, je me disais mais comment je vais faire pour reprendre ? J'ai failli même arrêter en fait. Je me suis dit mais qu'est-ce que je vais changer dans ma vie ?
- Aurélie Roux
Mais à cette époque, tu reprends pourquoi ? Parce qu'il faut tenir le projet ? Parce que tu as besoin de sous ? Parce que tu veux vite reprendre une vie « normale » ? C'est quoi ton moteur pour reprendre ?
- Amélie Fioretta
Là, c'est vrai qu'on touche du doigt une période qui a été compliquée, c'est l'après-traitement. C'est à dire que Moi finalement, les traitements, je les ai vécus en mode la sportive. Allez, tel objectif, on y va. Et on est très, très encadré. Donc c'est un peu comme si on est dans un espèce de tunnel et on a nos étapes, nos objectifs. Et en fait, je l'ai plutôt bien vécu. Mais l'après, c'est comme si... En fait, on sent aussi un peu abandonné par le corps médical parce qu'on ne va plus toutes les semaines, toutes les trois semaines. Même si on a la chance d'être encore là, moi, cinq ans après. Donc, on peut dire que c'est la rémission. J'ai encore des rendez-vous assez réguliers avec mes différents médecins. Donc, franchement, on a une très bonne prise en charge. Et ça, c'est chouette. Mais effectivement, l'après-traitement pour plein de femmes, en tout cas, touchées par le cancer du sein, c'est vraiment une période critique. Et c'est que finalement, comment on évolue avec tout ça, en fait ? Qu'est-ce qu'on continue à faire comme avant ? Et c'est pour ça qu'au départ, je me suis dit, c'est l'épicerie, en fait, il faut que j'arrête.
- Aurélie Roux
L'idée t'a traversée ?
- Amélie Fioretta
Oui, à un moment où je ne me sentais pas capable de reprendre à un tel rythme. Et après, je me suis dit non, ce projet, tu as fait un virage professionnel à une époque, cinq ans plus tôt, et je me suis dit non. Aujourd'hui, ce qu'il faut que j'arrive à faire, et ce n'est pas tout le jour facile, je fais ma maline, mais c'est d'essayer de se fixer un cadre. Et voilà, de se dire, non, les 70 heures par semaine, là, on arrête. Mais par contre, on essaye de se fixer à 50 heures maxi par semaine, ce qui est déjà pas mal. Après, je ne te dis pas que ça ne déborde jamais. Mais d'avoir cette prise de conscience de se dire, de toute façon, si je vais trop loin, si je m'épuise, ça ne sera pas positif pour le projet.
- Aurélie Roux
J'aimerais bien que tu me parles de Samba. Alors la Samba... Comment tu arrives là-dedans ?
- Amélie Fioretta
Eh bien, alors, la Samba, s'est présentée à moi, on va dire... Quand j'ai démarré ma vie professionnelle à Valence, dans la Drôme, j'ai eu l'occasion de rencontrer Patricia, une brésilienne installée à Valence et qui avait pour objectif de créer une petite école de Samba sur Valence, en fait, et de nous apprendre... Les danses traditionnelles brésiliennes, danses de carnaval. Et on participait même chaque année à un carnaval régional de romans, de romans sur les airs, mais qui avait une belle notoriété. Et du coup, c'est vrai que je me suis découvert une passion pour à la fois la danse, mais aussi, et ça c'était aussi grâce à Patricia, qui nous transmettait beaucoup plus que des pas de danse en fait. Elle nous transmettait en fait la... Elle partageait sa culture. Elle était originaire de Sao Paulo. Donc, sa culture et du coup, ça m'a donné vraiment l'envie de découvrir le Brésil. En tout cas, il y a eu quelque chose, c'est une graine qui a été mise ici. Et puis, on va dire que cette graine, elle a germé à mon arrivée à Lyon en 2008, 2008, 2009. En fait, j'ai eu le bonheur de rencontrer une autre Brésilienne qui s'appelle Teresa, Teresa Azevedo. qui est danseuse, chorégraphe, qui donne des cours. Et du coup, ça fait plus de... Ouais, ça fait... Quelques années. Ça fait quelques années que du coup, c'est rentré dans... C'est ma bulle de bien-être et de joie hebdomadaire. Donc c'est vrai que même si j'ai, avec l'épicerie, un planning qui est assez dense, j'ai vraiment essayé de me garder cette activité qui m'apporte beaucoup de plaisir. Pour moi, c'est un voyage Rio-Lyon chaque semaine. Et sans décalage horaire. Non, franchement, c'est quelque chose qui m'apporte beaucoup. Ça m'a apporté beaucoup aussi pendant mes traitements pour guérir du cancer.
- Aurélie Roux
Qu'est-ce qui vibre en toi quand tu danses ?
- Amélie Fioretta
Beaucoup de choses. Oui, il y a vraiment quelque chose. C'est vrai que je suis passionnée par toutes les musiques. En fait, il y a vraiment des musiques incroyables. En fait, il y a beaucoup de percussions qui résonnent avec le bruit de notre cœur. Et après, c'est aussi la découverte de son corps. En fait, on est sur une culture complètement différente de la nôtre, avec les racines afro-brésiliennes, avec les mouvements. Beaucoup de pas de danse partent du bassin, bouger ses hanches. Je pense que ça m'a aidée aussi à découvrir ma féminité.
- Aurélie Roux
À connecter avec ton corps aussi, puisqu'on oublie quand on est pris dans un projet.
- Amélie Fioretta
Ah oui, oui, complètement. Et ça, c'est vraiment le... En tout cas, moi, ça me nourrit à tel point que ça m'aide, je pense, à me connecter à une partie de moi, peut-être à mon âme, du coup. Ton âme danse. Mon âme danse. Carrément, elle aime bien ça. Et c'est quelque chose qui vraiment me fait du bien. D'ailleurs, une année, j'avais arrêté parce que, justement, je m'étais dit, ah non, mais je... Il faut que je me consacre exclusivement au projet et en fait c'était une erreur que j'avais fait parce qu'en fait on a besoin, quelle que soit notre activité, on a besoin d'avoir des moments pour soi où on reconnecte avec toutes les parties de soi. Même pendant mes traitements, j'ai essayé de danser un maximum, c'était la période Covid, donc mes Thérésas, notre prof de danse, faisaient des lives tous les jours. C'était une période où elles s'étaient énormément investies. Et puis, dès qu'on a pu se voir en physique, en présentiel, c'était que du bonheur. Donc, je me souviens avoir dansé sans cheveux, du coup, parce que j'ai perdu mes cheveux à cause des chimios. Mais c'était un des très, très bons souvenirs. En fait, on se sent vivant.
- Aurélie Roux
Par le mouvement. Complètement. Tu as l'ouïe, tu as les yeux aussi qui sont sollicités. Et puis encore, tu es encore dans le lien.
- Amélie Fioretta
Et on est encore dans le lien, parce qu'effectivement, moi ça fait une quinzaine d'années que je danse avec tout un groupe à Lyon, et c'est vrai qu'on a des liens forts aussi, et on a aussi un projet associatif qui est aussi de faire des spectacles, de faire des représentations, d'ailleurs en février 2025, on a dansé dans l'épicerie, figurez-vous.
- Aurélie Roux
Parce qu'évidemment, LELL le Brésil se connectent.
- Amélie Fioretta
Voilà, c'est pas très local. Mais c'était un très joli moment. Il faisait très très froid. On avait voulu faire ça à l'époque du carnaval, en février.
- Aurélie Roux
C'est pas la même chose février à Rio ou février à Villeurbanne.
- Amélie Fioretta
Ce n'est pas le même temps. Mais en plus, on avait eu un temps exécrable. Et du coup, ça avait donné des farandoles dans l'épicerie. Ça avait donné un très joli moment. Voilà, donc c'est vrai que c'est un gros kiff pour moi la danse et ça m'accompagne. J'ai eu le bonheur de partir. C'était un vrai rêve que j'avais depuis une vingtaine d'années, depuis que j'ai découvert la musique et la danse brésilienne. C'était de partir à Rio, de vivre l'expérience du carnaval à Rio. Et j'ai eu la chance de vivre cette expérience-là en 2024.
- Aurélie Roux
Tu as dansé là-bas ?
- Amélie Fioretta
J'ai dansé.
- Aurélie Roux
Mais non ! Avec les plumes et tout ? Alors non, pas avec les plumes. En fait, à Rio, il y a le grand Sambaodrome où il y a les grandes écoles de samba. Mais il y a possibilité, peut-être que l'an prochain, je danserai avec les plumes à Rio, avec les Lyonnaises. On est en train de préparer un projet de voyage là-bas. Inch'Allah. Comment c'est en brésilien ?
- Amélie Fioretta
Je ne sais pas. Alegria, c'est la joie. Alegria. Donc voilà, projet de voyage. Mais effectivement, grâce à Teresa, que j'ai rejoint sur place, elle allait danser dans la deuxième division des écoles de samba. Et c'était dans un quartier très populaire. Il y avait très peu de touristes. Ça s'appelle Madureira. Et c'était le jour de mon arrivée à Rio. Donc je venais de faire le voyage parfait. Les meilleures conditions.
Et en fait, ce n'était pas prévu qu'on danse. Mais il y avait sa sœur. qui l'accompagnait aussi, on était toutes les trois et en fait on s'est vu proposer Bia, sa soeur et moi des costumes, des robes et on a dansé, on a fait partie du défilé c'était un très beau moment une très belle nuit pour moi, ça a été ma première nuit au Brésil et ça restera un souvenir assez... un cadeau de la vie un cadeau de la vie et c'est vrai que suite à ça je pense que J'ai pris des décisions, j'ai fait des choix qui ont été quand même difficiles, très difficiles. Mais j'ai l'impression que, justement, et là, Samba m'aide, mais il y a d'autres choses aussi. Il y a la connexion avec la nature. J'arrive davantage à m'écouter et à faire des choix, on va dire, en conscience. Me laisser guider, justement, par ce que je ressens pour faire des choix. En tout cas, j'essaye, même si des fois ce n'est pas très rationnel, de faire attention justement à cette vibration. Parce qu'on sent que quand on fait un choix qui est aligné, qui est aligné avec la joie, qui nous met en joie, il y a quelque chose qui passe par le corps physique. Et je pense que dans mon passé de petite fille, de bonne élève, de sportive, sportives. En fait, ça m'a apporté plein de choses, mes valeurs familiales, etc., qui sont un socle qui est très important aujourd'hui. Mais c'est vrai que par mon parcours, j'ai pu justement toucher du doigt ce côté oui, j'essaye d'aller vers des choix qui sont le plus alignés possible. Et pour ça, j'essaye de faire confiance à cette vibration, à cette résonance.
- Aurélie Roux
C'est hyper courageux. C'est un peu osé. Mais qu'est-ce que c'est bon !
- Amélie Fioretta
Mais qu'est-ce que c'est bon, tout est plus fort et plus fluide aussi, complètement.
- Aurélie Roux
Est-ce que tu as un rituel perso à partager ? Un truc qui te met en joie ou qui te remet dans une bonne vibe à tous les coups ? Il y a la musique brésilienne.
- Amélie Fioretta
Tu nous partages une playlist ?
- Aurélie Roux
Ouais, avec plaisir. Oui, j'ai une playlist. qui s'appelle Alegria, justement. Il s'appelle la joie. Et c'est vrai que ça fait beaucoup de bien. Des fois, mon fils en a un petit peu marre d'écouter la musique brésilienne. Mais voilà, je pense qu'il voit aussi que sa maman est heureuse et ça lui remet bien le sourire. Donc du coup, il supporte un peu. Si je parle avec Amélie dans 10 ans, donc on est en 2036 déjà. De quoi est-ce que tu es fière pour ces dix dernières années ?
- Amélie Fioretta
Alors 2036, 2036 ça voudrait dire, voilà, LELL aura 20 ans. J'espère qu'on souflera ses 20 bougies. Du coup, ça sera avec des nouveaux équipiers. Parce que Christophe, mon associé, lui à l'horizon de 4-5 ans, il espère pouvoir prendre sa retraite. Voilà, il est un peu plus âgé que moi. Et aujourd'hui, c'est vrai qu'on est en train de préparer un petit peu cette phase-là. On vient d'intégrer en fait un coopératif qui s'appelle le GRAP, un Groupement Régional d'Alimentation de Proximité. Donc en fait, on rejoint plein d'autres épiceries et des producteurs, des artisans, fabricants. C'est une structure qui permet de soutenir des projets d'alimentation responsable. Et malgré nos dix ans, en fait, là aujourd'hui, on vient de rentrer dans cette structure qui va nous aider justement en bas. à nous structurer, à nous solidifier. On espère aussi, alors au niveau juridique, ça va peut-être se traduire, on va démarrer un accompagnement avec l'Union régionale des SCOP pour étudier la possibilité qu'on bascule de SAS. Aujourd'hui, on est en SAS, donc avec Christophe, on est dirigeant salarié. Mais là, on basculerait, si tout va bien, peut-être d'ici l'été ou septembre, sur une coopérative. C'est vraiment une démarche où... La société, quelque part, appartient à ses salariés. Et du coup, peut-être Mylène, notre salariée aujourd'hui, mais peut-être des futurs, seront mes associés de demain. Et j'espère qu'on arrivera à créer une structure qui ait encore plein de valeurs, mais qui soit aussi performante pour que chacun s'y retrouve et que chacun soit payé minima au salaire minimum, si on peut un peu plus d'ailleurs. pour récompenser aussi le travail fourni. Et puis qu'on trouve l'équilibre, que les produits continuent à être accessibles, que les producteurs puissent avoir un débouché qui soit pérenne et qu'on crée une équipe qui apprécie de faire un travail qui a du sens. C'est de redonner aussi de la valeur à des métiers du quotidien qui font que clairement, on permet d'avoir une belle alimentation. Je crois vraiment au fait que dans l'avenir, en fait, on a tout intérêt à créer un maximum de liens avec nos voisins, avec les gens du quartier. Alors c'est ce qu'on essaye de faire. On essaye de relancer l'association des commerçants du quartier. Je suis la présidente actuellement, mais on va essayer de recréer vraiment un nouveau bureau. Parce qu'effectivement, en fait, plus on peut s'entraider en local, en travailler les uns avec les autres. C'est aussi, j'espère, ça qui nous sauvera d'un monde uniquement marchand. Et voilà, on voit bien que la mondialisation, etc., elle a beaucoup de limites. Elle a permis d'arriver où on en est aujourd'hui. Mais si on peut corriger le tir en se disant, sur des aspects aussi importants que l'alimentation, le lien social, on peut vraiment aussi recréer des petits échos au système. qu'il soit le plus résilient possible pour dépendre le moins possible de tout ce qui se passe autour. Donc voilà, c'est un petit peu mon rêve.
- Aurélie Roux
Et en 2036, tu me raconteras aussi ta première fois au Sambodrome...
- Amélie Fioretta
Avec les plumes.
- Aurélie Roux
Avec les plumes. Et au grand Sambodrome. Et ta deuxième fois. Bah oui.
- Amélie Fioretta
Tous les ans au moins. Il paraît qu'on y a goûté une fois. Après, c'est... C'est addictif.
- Aurélie Roux
Amélie, on arrive à la fin. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais voulu dire que tu as oublié de dire ou dont on n'a pas parlé ?
- Amélie Fioretta
J'ai envie de te dire merci. Merci pour ce moment partagé. Merci pour tous les autres aussi. C'est chouette de connecter comme ça et de sentir que malgré des parcours différents, on arrive à se connecter, reconnecter. Et je souhaite vraiment... Un très très bel avenir à ce podcast Ramène ta joie ! et plein plein de nouvelles invitées, nouveaux invités qui vont aussi toi t'accompagner, te faire grandir, continuer à grandir.
- Aurélie Roux
Merci Amélie, merci pour cette conversation et pour la joie partagée, en particulier la joie du lien. Amélie, on te retrouve, toi et LELL, sur les réseaux sociaux et je vais mettre les liens en description et je mettrai aussi ta playlist. que tu vas m'envoyer. J'ai juste une dernière question, la question clôture de Ramène ta joie ! En ce moment, qu'est-ce qui te ramène de la joie ?
- Amélie Fioretta
Eh bien, cette période, ce printemps. Par le passé, le printemps, c'était souvent une période où justement j'avais des bons coups de blues. Et là, voilà, aujourd'hui, je savoure en fait tout ce nouveau printemps. J'ai l'impression que c'est une petite comparaison avec mon parcours. en fait, une petite renaissance quelque part et en fait je me surprends à m'émerveiller un petit peu de tout, du petit détail comme le lever de soleil de ce matin mais qui est pas qu'un petit détail parce que je me suis dit il faut que j'en refasse parce que c'est une énergie de fou en fait de voir le lever de soleil mais après voilà ça va être installer les fraises sur mon étal, sentir le parfum et effectivement du coup la joie finalement elle est partout quand on veut bien la voir Je finirai là-dessus.
- Aurélie Roux
Merci Amélie.