Speaker #0Bonjour et bienvenue dans Réflexions, je suis vraiment très heureuse de vous retrouver. Aujourd'hui, pour cet épisode de Nouvelle Lune, je voulais vous parler d'un moment plutôt inconfortable que j'ai vécu il y a quelques jours et de toutes les réflexions qui en ont découlé. La semaine dernière, J'ai passé une journée entière à faire des photos. Comme vous devez vous en douter si vous suivez ce podcast, c'est quelque chose que j'ai toujours détesté. Pour cette séance, j'ai repéré des lieux qui avaient du sens pour moi, choisi une tenue avec soin et sollicité l'aide de mon mari pour prendre les photos, tout en essayant de garder en tête ce que je voulais transmettre. Et pourtant, au bout de quelques heures, je ne savais plus quoi faire de mon corps. Je ne savais plus où poser mes mains, si je devais sourire, ne pas sourire, regarder l'objectif, regarder ailleurs. Et sans même m'en rendre compte, mon esprit a doucement commencé à glisser pour finir de plus en plus concentré sur mes complexes, cherchant comment les atténuer et complètement embrumé dans mes pensées. C'était comme si je me retrouvais d'un coup face à une vulnérabilité dont je n'avais pas anticipé l'ampleur et qui me submergeait complètement. Je sentais mon mari un peu désemparé face à ma réaction. Et même si j'essayais de me faire violence pour donner bonne figure, cette séance devenait de plus en plus difficile, et je n'avais qu'une envie, que ça s'arrête. A la fin de la journée, j'ai regardé les photos, j'ai fait un premier tri, puis j'ai ajusté les couleurs, les expositions, retouché le cadrage. Il m'en restait 4 ou 5, qui techniquement, esthétiquement, étaient très jolis. Et c'est ce que j'avais voulu, mais c'était tout. Une fois tout ce travail effectué, Je me suis retrouvée face à ce constat que j'avais de jolies photos, oui, mais il me manquait quelque chose. Et j'ai mis du temps à comprendre quoi. Ce n'était pas la lumière, ce n'était pas le lieu, ce n'était pas même mon visage ou ma posture, ou tel ou tel détail qu'on aurait pu corriger en changeant d'angle. C'était plus profond que ça, c'était comme si ces photos étaient trop lisses, trop silencieuses. J'ai compris que je n'avais pas assez pris en compte la profondeur de mes exigences par rapport à cette séance. Parce qu’en fait, je ne voulais pas que des jolies photos, je voulais des photos qui vivent, qui racontent quelque chose, qui partagent une émotion quand on les regarde. Et ça, ça va m'amener à vous parler des prises de conscience que j'ai eues suite à ça. Mais juste avant, je dois vous parler d'un post qui m'a bien bousculée. Quelques jours après cette séance et toutes mes grandes réflexions, je tombe sur une publication LinkedIn. Elle avait beaucoup circulé et avait généré de nombreux commentaires allant tous dans le sens de son auteur. L'idée était simple, presque évidente à première lecture. Le personal branding, ce n'est pas devenir quelqu'un d'autre. C'est assumer qui on est. Pas un personnage, pas un rôle, pas une mise en scène, juste soi, sans filtre. Et sur le moment, j'ai été vraiment dérangée par cette publication parce que, oui, bien sûr, c'est vrai. C'est même plutôt sain comme message dans un monde où de plus en plus de personnes mettent en scène leur quotidien. Mais au fond de moi, quelque chose continue de résister. Un profond désaccord, une gêne que je ressentais presque physiquement et que j'ai eu beaucoup de mal à définir sur l'instant et qui, bien sûr, une fois installé dans mon esprit, ont continué de m'accompagner encore pendant quelques jours jusqu'à ce que je comprenne. Parce qu'au final, cette publication m'avait ramené, sans que je m'y attende, à cette journée de photos ratées et surtout à un sujet beaucoup plus ancien auquel je n’avais pas pensé. Avant Calliope, avant la communication, il y a eu le théâtre équestre. Ça a été mon quotidien pendant dix ans, et ce qui m'animait à l'époque, c'était créer des univers pour partager ma vision des chevaux, inviter les spectateurs à y entrer, et leur offrir une parenthèse hors du temps. Quand je montais sur scène, j'avais peur. Et ce qui m'aidait à le faire, c'est que je savais pourquoi je le faisais. Je voulais contribuer à éveiller les regards et les consciences, en montrant qu'un autre lien avec les chevaux était possible. Le premier personnage que j'ai créé me demandait une heure de préparation. Entre la coiffure, le maquillage, il y avait tout un rituel qui me permettait de faire la transition entre la Mylène de tous les jours, celle qui est timide et effacée, et celle qui allait oser se montrer devant des centaines de spectateurs. Ce personnage, j'avais passé des heures à le réfléchir, à lui trouver une identité, une gestuelle, une palette émotionnelle, une histoire. Et pourtant, ce personnage-là, c'était moi, ou tout du moins, une petite partie de moi. Une part que j'avais soigneusement choisie, et que j'étais d'accord et prête à montrer. Tout, dans les moindres détails, racontait quelque chose de moi. Du choix de la musique aux accessoires, en passant par le costume, l'histoire ou le décor, j'y partageais beaucoup plus de choses sur moi que je ne le faisais dans la vraie vie avec les gens qui m'entouraient. Je n'ai jamais eu l'impression de devenir quelqu'un d'autre. Ça peut paraître étrange à dire, mais c'est presque l'inverse qui se produisait. J'avais l'impression de devenir plus moi-même que dans la vie de tous les jours. Comme si le personnage ne me cachait pas, mais me permettait au contraire de révéler une part de moi que le quotidien ne me laissait jamais exprimer. Parce qu'il est parfois difficile de pouvoir montrer ses différences dans une société où la norme tend à rassurer, et là, c'était exactement le contraire qui se produisait. Tout ce qui avait toujours pu paraître bizarre chez moi devenait ma force, et me permettait de rassembler et de créer un lien avec le public. Ça a été une longue période de ma vie où j'ai donné une très grande place à la créativité, à l'imagination, à la création des personnages que j'allais incarner sur scène et je crois que sans tout ça, je n'y serais jamais arrivée. Et je commence à me dire que pour moi, la clé d’une visibilité apaisée et sereine est peut-être à chercher ici. Je me souviens très bien de mon tout premier spectacle, et le souvenir n'est pas forcément agréable. Je me suis retrouvée figée au milieu de la scène, les yeux des quelques spectateurs braqués sur moi. J’étais paniquée, j’avais complètement perdu mes moyens, et je ne pensais qu’à une chose, disparaître sous terre. Rien ne me laissait supposer à cet instant que quelques années plus tard je me produirait en festival. Et il y a un autre souvenir tout aussi inconfortable, celui de mes premières démonstrations commentées avec mes chevaux. Au début, ça a été une épreuve, je ne savais pas quoi dire, je cherchais mes mots, et chaque minute me paraissait interminable. Puis avec le temps, j'ai construit mon discours, j'ai choisi mon angle, mon positionnement, mes mots, je suis allée à la rencontre de ce public, et ces mêmes démonstrations ont commencé à durer de plus en plus longtemps et sont devenues quelque chose que j’ai adoré faire, parce que je sentais que mon message résonnait chez les personnes qui étaient là. Ces exemples de transformations m’ont permis de comprendre que ce n’est pas le regard du public qui avait changé entre ces deux moments. C'étaient les mêmes yeux, la même exposition, le même risque d'être jugé, à quelques mois d’écart. Ce qui avait changé, c'est qu’entre temps, j’ai compris pourquoi j'étais là. Et je crois que c'est peut-être ça, la vraie question que cette séance photo est venue rouvrir chez moi. Pas de savoir si je supporte le regard des autres. Ça, je sais que j'en suis capable. Je l'ai déjà fait pendant dix ans. Mais la question de savoir ce qui se passe quand je suis regardée sans savoir pourquoi. Parce que dans ce vide-là, sans discours, sans angle, sans intention, il ne reste que moi, livré au jugement, sans savoir ce que je suis censé transmettre. Et c'est peut-être exactement ce vide que j'ai retrouvé, sans le comprendre sur le moment, pendant cette séance photo. Alors je me suis posé la question en repensant à cette journée de photo. Est-ce que ce qui m'a manqué devant l'objectif, ce n'était pas exactement ça ? Savoir quel message je voulais transmettre, quelle part de moi choisir pour le porter, et comment l'incarner. Alors forcément, quand je lis des injonctions à se montrer, sans phare qui sous-entendent que sinon nous ne sommes pas capables d'être authentiques, je comprends mieux pourquoi c'est quelque chose qui vient me piquer si fort. Parce que ça touche à quelque chose qu'on nous répète beaucoup en ce moment, sur les réseaux, dans les formations, dans les conseils qu'on nous donne pour mieux se montrer. Sois toi-même. Sans filtre, sans artifice, comme si l'authenticité se mesurait à la quantité de choses que l'on montre de soi, plutôt qu'à ce qu'on choisit. Et si moi, au fond, j'avais finalement besoin de ça pour me sentir vrai et en sécurité pour oser me montrer ? Parce que je crois qu'il y a une confusion dans tout ça. Quand on parle de personnage, on a tendance à l'associer au mensonge, à la comédie, à quelque chose qu'on joue pour tromper l'autre, pour taire qui l'on est vraiment, pour paraître... plus intéressantes, plus compétentes. Mais il y a aussi, à l'inverse, des personnes qui ne portent aucun costume visible, qui ne construisent rien qu'on puisse repérer de l'extérieur, et qui pourtant mentent en toute conscience sur qui elles sont. qui se mettent en scène pour tromper, pour manipuler, pour créer une fausse proximité avec leur audience sans qu'aucun signe extérieur ne le laisse jamais deviner. Mais choisir une facette de soi, la mettre en lumière parce qu'elle porte quelque chose qu'on a envie de transmettre, ce n'est pas pareil que se cacher pour tromper. Alors pourquoi nous demandons aujourd'hui de tout montrer, sans aucun filtre, comme si c'était la seule façon d'être vrai ? Je reviens à cette science photo une dernière fois. Ce qui m'a mise mal à l'aise, Ce n'était peut-être pas d'être regardé. J'ai passé des années de ma vie sous les regards sur une scène sans que ça me pose de problème. Le regard en soi, j'ai appris à l'accepter. Même si je n'aime pas ça, j'ai appris à faire avec. Ce qui m'a peut-être mis mal à l'aise, c'est de ne pas savoir quelle part de moi j'étais en train de montrer. De ne pas avoir de fil conducteur, pas d'histoire, pas de raison d'être là, devant cet objectif, à cet instant précis, un après-midi comme un autre. Juste une tâche à accomplir. Faire de belles photos pour LinkedIn. Mais ça, c'est pas quelque chose qui a du sens pour moi. C'est une tâche. Et une tâche, ça ne dit rien de nous. Une tâche, ça remplit des to-do list, ça se coche, ça se termine. Alors qu'une présence choisie, ça, ça raconte quelque chose de nous. Ça a une direction. Je ne sais pas encore si personnage est le bon mot, peut-être qu'il s'agit plus d’alter ego, mais ce que je sais aujourd'hui, c'est que la question n'est plus faut-il se montrer avec ou sans filtre ? La vraie question... en tout cas celle qui reste ouverte pour moi, c'est plutôt celle-ci. Qu'elle part de moi et j'ai envie de faire exister aux yeux des autres. Celle qui, une fois révélée, dit quelque chose de vrai sur moi et sur le message que je veux porter, parce qu'elle vient du cœur, en toute sincérité, et que je suis apaisée à l'idée de la faire exister en dehors de moi. Et il y a quelque chose que mon métier m'apprend, jour après jour, sur cette question. Ce n'est presque jamais la quantité de choses qu'on montre de soi qui touche les gens. C'est le lien qu'on arrive à créer entre cette part de nous et ce qu'on a à transmettre. Une confidence seule reste une confidence. Elle peut créer de la proximité ou parfois de la gêne, mais reliée à ce qu'on fait, à la mission qu'on porte, elle prend toute sa puissance et devient une véritable clé de compréhension. Elle permet à l'autre de voir non seulement qui on est, mais pourquoi on fait ce qu'on fait. Et je me dis que c'est peut-être là quelque chose d'important pour moi. Non pas me demander si j'ose montrer telle part de moi, mais si, une fois montrée, elle sert vraiment ce que j'ai à transmettre. Je n'ai pas encore complètement répondu à toutes les questions que je me pose sur l'univers que je veux créer pour ma communication, mais je sais maintenant dans quelle direction je veux aller, de quelle manière, et qu'il est important pour moi que cela a du sens. Jusqu'à maintenant, j'avais essayé de raisonner, de contrôler ma créativité et mon imagination. Je les associais à mon passé d'artiste équestre. et je pensais qu'elles étaient incompatibles avec les standards de l'entrepreneuriat. Et pour être honnête, ça me manquait. Cette séance photo, elle m'aura aussi rappelé ça, que je ne suis jamais vraiment rentrée dans les cases, parce que je ne m'y suis jamais sentie bien, et qu'il est peut-être temps, aujourd'hui, d'en sortir pour renouer avec cette part de moi qui me manquait tant. Alors je vous partage cette question. La prochaine fois que vous serez face à un regard, que ce soit un objectif, un public, une personne en face de vous, Quelle part de vous aurez-vous envie de laisser exister ? Comme à chaque fois, avant de refermer cet épisode, j'avais envie de vous partager quelques pistes de réflexion pour celles qui le souhaitent. Pour la première, je vous invite à repenser un moment où vous vous êtes senti exposé, regardé, sans plus vraiment savoir pourquoi vous étiez là. Peut-être que vous avez ressenti de la gêne, peut-être que vous aviez envie de disparaître. Puis maintenant réfléchissez à un autre moment, ou au contraire... Vous vous êtes senti à votre place malgré l'exposition. Entre ces deux souvenirs, quel est l'élément qui a modifié votre rapport à l'exposition et à la visibilité ? Et la seconde piste de réflexion ? Il y a sûrement chez vous aussi une part de vous que vous n'avez encore jamais reliée à votre message. Une sensibilité, une expérience, une différence que vous avez peut-être toujours vécue comme un simple détail personnel. Et si elle n'était pas qu'un détail ? Et si elle était une clé pour que l'on comprenne un peu mieux qui vous êtes et pourquoi vous faites ce que vous faites ? Nous voilà arrivés au terme de ce onzième épisode de Réflexions. Merci infiniment d'avoir été là, merci de m'avoir écoutée et merci de continuer ce chemin avec moi. Si cet épisode vous a touché, si c'est bon, raisonnez en vous, je vous invite à le partager autour de vous. Et si ce podcast vous plaît... vous pouvez lui offrir 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. C'est vraiment un très grand soutien. Quant à moi, je vous donne rendez-vous à la prochaine nouvelle lune pour un nouvel épisode. D'ici là, prenez soin de vous, soyez douce avec vous-même et rappelez-vous, le plus souvent, la présence qui touche n'est pas celle qui cherche à être vue, c'est celle qui sait pourquoi elle est là et qui ose exister en toute sincérité. A très bientôt dans Réflexions.