- Speaker #0
Salut Etienne !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Comment ça va ?
- Speaker #1
Bah ça va et toi ?
- Speaker #0
Ça va très bien, bienvenue dans cet épisode de Safe Spaces. Je suis contente que tu aies accepté mon invitation pour qu'on puisse parler de la respiration aujourd'hui. J'ai une toute première question à te poser, toi qui es facilitateur de breathwork, comment t'en es arrivé à t'intéresser à la respiration et en faire ton métier ?
- Speaker #1
Alors la respiration c'est venu un peu à moi comme ça, comme une illumination si j'ai envie de dire. Je me rappellerai toujours, c'était un soir où je discutais justement avec un client auquel j'essayais de vendre un de mes programmes pour le bruxisme, pour tout ce qui est en aspect très maxilo, santé, etc.
- Speaker #0
Parce que t'es aussi kiné ?
- Speaker #1
Ouais, spécialisé dans la mâchoire. Ce soir-là, le mec il m'a dit « Ouais mais Etienne, c'est pas du tout concret ce que tu me dis » . Et je sais pas, là, il y a une petite voix dans ma tête qui m'a dit « Respire, c'est la respiration qu'il faut » . Et je me rappellerai toujours parce que tout le reste de l'appel, il y avait juste cette voix qui me parlait « respire, respire, respire, respire, respiration » . Et c'est là où je me suis dit « mais en fait, il faut que je parte dans le breastwork, il faut que j'aille vraiment dans la respiration » . Et un truc, tu sais, un peu une intuition viscérale qui te dit « c'est le chemin que tu dois prendre » . C'est parti comme ça. Un mois après, j'étais en formation. J'ai trouvé une place, j'ai un peu envoyé un message comme ça en dernière minute. L'organisateur, c'était complet, il m'a trouvé une place, il a essayé de voir comment pouvoir m'intégrer et voilà, l'aventure a commencé.
- Speaker #0
Et depuis, du coup, maintenant tu organises des sessions de breastwork une fois par mois et tu as aussi du travail en one-to-one avec des personnes qui font appel à tes services.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, j'ai fait la formation de facilitateur en breastwork pour justement créer ces sessions de groupe. fois c'est des sessions privées. Et en parallèle, j'ai fait une formation aussi en tant que praticien Westwork, où là, on utilise la respiration d'un point de vue clinique, avec tout un raisonnement, c'est-à-dire qu'on part d'un objectif qui peut être l'anxiété, améliorer le sommeil, améliorer justement les respirations dysfonctionnelles, ou carrément des phases de vie qui peuvent être compliquées. Et le but, c'est d'utiliser le corps, le souffle pour pouvoir atteindre l'objectif et atteindre, moi j'aime bien l'appeler l'état de performance d'un point de vue vraiment état mais non pas résultat.
- Speaker #0
Performance dans le sens fonctionner de manière optimale avec la respiration.
- Speaker #1
Yes, c'est ça, optimale et j'aime pas trop le mot optimale parce que tu vois il y a vraiment cette notion de pression derrière et c'est un peu le paradigme que j'essaie de casser dans mes accompagnements, c'est que l'optimale... arrive justement avec la simplicité, avec le fait de faire moins. Tu vois, c'est vraiment être performant à 70%, être à 70% en permanence. Et lorsque c'est nécessaire, une compétition pour un sportif, un talk, tu vois, pour quelqu'un qui a besoin de parler devant une assemblée, eh bien à ce moment-là, il va atteindre les plus de 100%. Mais globalement, c'est récupérer de l'énergie, restaurer de l'énergie à travers le souffle, pour que, lorsque c'est nécessaire, il est la capacité d'envoyer le max.
- Speaker #0
Tu parlais de respiration dysfonctionnelle, tu parlais du stress un petit peu tout à l'heure. C'est des sujets qu'on va explorer dans cet épisode du podcast. J'ai lu il n'y a pas très longtemps le livre de Jim Nestor qui s'appelle « Respirer » et qui est hyper intéressant. Il parle du fait que la plupart d'entre nous, malheureusement, on a un petit peu perdu ce savoir de bien respirer. Il y a beaucoup de gens qui respirent mal, qui respirent trop. ou qui ne respirent pas en utilisant leur capacité pulmonaire complète. Et ça, ça peut être lié à simplement avoir perdu l'usage des bons mécanismes de respiration, mais ça peut être lié aussi au stress, comme tu l'expliquais, à des phases de vie peut-être difficiles, comme des traumatismes ou des chocs émotionnels qui font que la respiration est affectée par tout ça. J'avais envie de te demander, du coup, à quoi ça ressemble concrètement ? Ça veut dire quoi, mal respirer ?
- Speaker #1
Alors mal respirer, d'un point de vue très mécanique, on va dire, tu vois, clinique, dysfonctionnel, c'est une respiration qui va être plutôt haute, plutôt au niveau du thorax. Et surtout, c'est une respiration qui va être plutôt rapide. Il faut savoir qu'en moyenne, on va parler d'hyperventilation quand on respire à environ une fréquence de 14-15. Donc c'est finalement la plupart des gens.
- Speaker #0
14-15 cycles de respiration par minute.
- Speaker #1
Cette respiration rapide va entraîner justement... Un état un peu stressant pour le système nerveux qui lui va interpréter ça d'un point de vue, ok bah on va passer en mode survie, on va devoir répondre en fait à ce message stressant. On se retrouve justement avec cette respiration dysfonctionnelle, haute, rapide, qui peut entraîner des états de stress, qui peut entraîner des difficultés respiratoires. D'un point de vue clinique, on peut retrouver des gens qui ont du mal à monter les escaliers, qui vont se sentir essoufflés, qui vont se sentir essoufflés tout simplement en marchant, tout simplement en parlant, qui ont du mal à reprendre leur souffle.
- Speaker #0
On est stressé par la vie, parce que la vie c'est difficile et c'est stressant, et donc on respire moins bien. Et le fait de moins bien respirer envoie encore plus de stress sur le corps, ce qui fait qu'on est toujours dans un cycle de stress où finalement le corps ne se repose jamais, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est une boucle d'auto-activation, on va dire. Ça fait partie du process et tant qu'on ne régule pas justement ce souffle, on ne régule pas le système nerveux.
- Speaker #0
Tu disais les personnes qui respirent mal et qui sont en hyperventilation chronique, on peut dire ça finalement ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est complètement ça.
- Speaker #0
Qui respirent environ 15 cycles de respiration par minute. C'est quoi du coup le bon chiffre, le bon nombre de respirations par minute pour se dire qu'on respire de manière efficace ?
- Speaker #1
C'est environ 10 respirations, idéalement même 8. Et ça, tu vois, c'est par exemple la cohérence cardiaque. Si tu fais de la cohérence cardiaque, on est sur 6 respirations par minute. Là, on n'est pas très loin des moines bouddhistes ou bien... Tu vois, James Nestor, il parlait justement de ceux qui faisaient la prière au chapelet. Donc le temps d'expiration qui est allongé lorsque tu fais ta prière, ça correspond à peu près à 6. Et ça, ça va être, on va dire, tu sors de l'hyperventilation chronique. Il y a d'ailleurs un syndrome d'hyperventilation qu'on peut diagnostiquer. On a des tests, des questionnaires pour pouvoir diagnostiquer le syndrome d'hyperventilation et donc là, entamer justement un protocole de rééducation. Donc la baseline, c'est ça, respirez moins. Pour bien respirer, il faut respirer moins.
- Speaker #0
Cette capacité à respirer moins, ça se réentraîne avec des techniques qu'on va peut-être développer un petit peu plus tard, comme tu viens de mentionner la cohérence cardiaque. Mais c'est vrai que dans le yoga, il y a plein de choses qu'on peut explorer pour réentraîner sa capacité à bien respirer, mais aussi réussir à respirer avec, on va dire, pas qu'une respiration thoracique, mais de réussir à respirer de manière plus pleine et plus profonde. Avant de... passer un petit peu aux solutions, est-ce que tu pourrais nous dire à quoi ça ressemble concrètement, des symptômes physiques d'une respiration qui n'est pas fonctionnelle ou d'une hyperventilation chronique ? Comment est-ce qu'on peut savoir chez soi si la respiration, en fait, elle active notre système nerveux plutôt que l'inverse ?
- Speaker #1
La question qu'on peut se poser, c'est est-ce que tu as besoin de reprendre ton souffle régulièrement ? Est-ce que tu as envie de soupirer ? Est-ce que tu fais des apnées ? Tu vois inconsciente, mais... Moi j'ai des patients qui me disent, je me rends compte que souvent je passe en apnée. De quelques secondes, tu vois, pendant la journée, je parle pas du sommeil. Là, ça, ça peut être des signes évocateurs. Après, d'un point de vue, on va dire plus symptomatique, il y a des maux de tête, le brouillard mental, l'anxiété de façon générale, le stress, tu vois, les angoisses, les crises d'angoisse qui peuvent monter. Parfois des crises d'asthme, si tu fais de l'asthme pas forcément chronique, mais t'as l'impression que ça peut être des crises d'asthme. Des difficultés respiratoires, tout simplement. Les difficultés de gestion émotionnelle aussi, au niveau des émotions. Parce que finalement la respiration c'est un truc à trois dimensions. Moi j'aime bien expliquer un peu ça. Il y a la dimension mécanique, donc tu vois les sensations de diaphragme un peu tendues, de cage thoracique un peu fermée. La dimension biochimique, donc là on va explorer justement la composition du sang et ce que induit une respiration rapide. avec les échanges de gaz, et puis la dimension neurophysiologique, système nerveux, émotionnel. Donc on va s'intéresser un peu à tout ce cortège, ces trois dimensions, et avec tous les symptômes qui peuvent être associés. Tu vois, si on va sur la biochimie, on doit utiliser des outils, les capnographies, etc., pour voir, mesurer le taux de CO2, par exemple. Si c'est la biomécanique, c'est ce fameux diaphragme, c'est voir si tu as du mal à ouvrir ton... Taquage thoracique, à respirer avec le ventre, avec les côtes. Et puis la dimension neurophysiologique, vraiment système nerveux. Moi j'aime bien parler du sommeil. Quelqu'un qui a des troubles du sommeil, moi je peux le relier plutôt au souffle. Voir comment le souffle peut améliorer le sommeil. Il y a les émotions. Chaque émotion va avoir une fréquence respiratoire associée. Tu vois, une question que je peux poser à mes patients ou mes clients, comment gérez-vous vos émotions ? Est-ce que vous remarquez justement, lorsque vous êtes en colère, triste, en joie, quelle est votre fréquence respiratoire ? Donc c'est vraiment poser cette conscience du souffle, de comment on respire.
- Speaker #0
Tout ça, ça a l'air assez abstrait. Parfois, peut-être qu'on a du mal à faire le lien entre la respiration et les émotions. En fait, c'est vrai que le fait de trop respirer, finalement, ça fait qu'on crée un déficit de CO2. On a tendance à penser que le CO2, le dioxyde de carbone, c'est un déchet, mais finalement, on en a besoin pour... qui est un échange entre oxygène et CO2. Le fait d'avoir un déficit de CO2, ça fait que finalement, l'oxygène va moins bien aller desservir, oxygéner les muscles, les tissus, etc. Et donc moins d'oxygène, comme tu disais, ça peut créer brouillard mental, fatigue, maux de tête, douleurs, etc. Et forcément, quand on n'est pas bien dans son corps, les émotions, c'est un effet un petit peu cascade où finalement tout commence à se déstabiliser. C'est bien ça que tu essaies d'expliquer.
- Speaker #1
C'est exactement ça. Là, tu parles, tu as pris en compte toutes ces dimensions dont on parlait. J'aime bien prendre l'image des chaises musicales. Il faut imaginer que sur ton hémoglobine, ton globule rouge, tu as des chaises, tu as une chaise disponible. Il y a toujours quelqu'un dessus. Donc si tu n'as pas de CO2, tu as l'oxygène. Donc ça veut dire que, comme tu disais, l'oxygène, il ne va pas dans les cellules, il reste dans le sang. Et le système nerveux, lui, il est beaucoup plus sensible. à la variation de CO2 que tu as dans le sang, ou pas, et c'est ça qui va être interprété par le système nerveux comme message stressant ou pas. Respirer rapidement, c'est expulser plus de CO2, donc c'est diminuer son niveau de CO2, sa pression artérielle en CO2, et donc, tu as moins d'oxygène qui est délivré dans les cellules. Donc tu passes, finalement, tu vois le corps en fait comme s'il était en train de suffoquer. Mais ça veut dire que, comment c'est interprété au sens commun, on va dire, de l'esprit, c'est comme tu n'as pas de... d'oxygène dans les cellules, tes cellules se disent quoi ? On n'a pas l'oxygène, on ne respire pas en fait.
- Speaker #0
Donc il y a comme un système d'alerte qui se met en place en fait dans le corps ?
- Speaker #1
Complètement, qu'est-ce qui se passe ? On n'a pas d'air en fait, c'est dû justement à cette hyperventilation.
- Speaker #0
Mais donc je remarque chez moi que j'ai des difficultés à respirer, je fais un diagnostic avec un praticien de breastwork, qu'est-ce que je peux faire concrètement ensuite pour... Rétablir cette sensation d'équilibre et de sécurité dans le corps avec la respiration, comment je peux réentraîner ma capacité à bien respirer ? Est-ce qu'il y a des petites choses simples à mettre en place ? Il y a une liste d'exercices de respiration très complexe à faire, ça peut paraître parfois un petit peu impressionnant, mais finalement, est-ce qu'il n'y a pas des choses très simples qu'on puisse mettre en place pour commencer à recréer cette sensation d'équilibre ?
- Speaker #1
La première chose, c'est de prendre conscience de sa respiration, de la façon dont on respire. C'est-à-dire que moi je demande toujours, ferme les yeux, inspire, expire et regarde, observe comment tu respires. Et simplement de poser ta conscience sur ton inspiration, ton expiration, c'est le premier exercice. C'est vraiment la base, tu vois, de prendre conscience qu'on respire mal peut-être. Ou peut-être qu'on respire bien, j'en sais rien.
- Speaker #0
Ou qu'on respire tout court, c'est vrai que parfois les gens sont complètement déconnectés de leur souffle. Et c'est vraiment que quand il y a un problème avec la respiration, parfois on commence à y prêter attention, je trouve.
- Speaker #1
Ouais, et pourtant c'est la base première, tu vois. On peut s'arrêter de manger, on peut s'arrêter de boire, on peut s'arrêter de dormir pendant un certain temps, mais on ne peut pas s'arrêter de respirer. Enfin, on peut si on fait de l'apnée, mais ça ne dure pas plus de cinq minutes, quoi. Et encore que. Donc c'est vraiment la base essentielle de notre vie. C'est ce qui nous apporte de l'énergie, etc. Donc voilà, la première chose, c'est vraiment... De fermer les yeux, de regarder comment on respire et de simplement observer le trajet du souffle. De développer, on pourrait en parler, le sens interoceptif, la conscience de ce qui se passe à l'intérieur du corps lorsqu'on respire. Est-ce que c'est plutôt rapide, lent ? Est-ce que c'est plutôt thoracique ou dans le ventre ? Est-ce qu'il y a de l'amplitude ? Est-ce que c'est plutôt court ? Il y a plein de paramètres en fait. Et déjà de poser cette conscience sur ces différents paramètres, la respiration elle se calibre, petit à petit. Parce qu'on met justement de la conscience sur quelque chose qui devrait être naturel. Naturel dans le sens où physiologique. Et bien petit à petit, soit on arrive à redevenir sur une certaine homéostasie, dans le sens où ça se recalibre, on respire plus lentement, etc. Soit c'est un peu plus compliqué, et là, ça engendre du stress. Donc c'est là où c'est un peu délicat. Et oui, il faut prendre le temps. Parce qu'apprendre à bien respirer, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Mais ça se fait en instaurant une certaine discipline, quelque chose de récurrent, de constant. Et petit à petit, justement, le comportement change. Parce que la respiration, au-delà d'être une fonction physiologique inconsciente, c'est aussi un comportement. Si on mesurait, pendant que tu me parles... ta respiration, ta fréquence cardiaque, ou bien le niveau de CO2, tu verrais un relevé. Si je te dis, ok, on s'assoit, tu fermes les yeux, tu regardes juste comment tu respires, le relevé, il change. Parce que t'as posé ta conscience dessus. Et le fait de mettre sa conscience dessus va changer l'amplitude, peut-être le rythme, peut-être le niveau aussi où tu respires, d'un point de vue anatomique. Donc, c'est vraiment la base.
- Speaker #0
Donc, prendre conscience... Ralentir les respirations et utiliser des exercices comme par exemple la cohérence cardiaque ou l'allongement de l'expiration, ça peut être quelque chose d'assez facile à mettre en place. Et respirer par le nez ?
- Speaker #1
Oui, respirer par le nez c'est indispensable. Alors là, on peut en parler pendant des heures, pourquoi il faut respirer par le nez, mais si je devais faire un résumé, respirer par le nez c'est essentiel, 1 parce que ça va, il va y avoir du un gaz lorsque tu respires par le nez, ça s'appelle le nitride d'oxyde, et qui va permettre un meilleur échange gazeux au niveau pulmonaire. Donc tu améliores tes échanges gazeux rien qu'en respirant avec le nez. Donc ça, c'est le premier point. Deuxième point, c'est pour toute la sphère maxillo, tu vois, quand tu respires par le nez, t'as aussi la première barrière immunitaire qui va filtrer les microbes, les germes, et t'as aussi Une histoire de pression mécanique. Le conduit aérien est plus petit, donc la pression est plus grande et peut envoyer, insuffler l'air beaucoup plus loin. Donc il y a plein de vertus et c'est un essentiel de respirer avec le nez. Je demande toujours à mes patients, c'est plutôt mes patients en maxillot, le nez il sert à quoi ? A respirer, à sentir les odeurs, à sentir, à respirer tout simplement. Parce que souvent ils viennent avec une respiration buccale, avec la bouche. Et là, la question c'est à quoi ça sert la bouche ? Et c'est tout bête, c'est une question qui est presque logique, mais dont on n'a pas conscience, on n'a pas été sensibilisé à ça, ou tout simplement parce qu'on le fait depuis 20, 30, 40 ans. Ça semble naturel de respirer par la bouche, sauf que non, ce n'est pas naturel d'un point de vue physiologique. C'est, je ne vais pas dire lourd de conséquences, mais ça entraîne justement une respiration dysfonctionnelle. et d'autres troubles de la sphère ORL. Donc une respiration fonctionnelle, ça répond à un principe. Le principe en anglais NGSE, nasal, gentle pour une respiration non forcée. C'est-à-dire que tu n'es pas en respiration comme ça. Là, tu es en train d'activer justement ton système nerveux, tu es en train de forcer, d'augmenter ton seuil de vigilance. Donc ça, c'est plutôt une respiration douce, de repos. S pour slow, une respiration longue, donc on se rapproche des 8-6 de respiration par minute. Et E pour expansive, dans le sens où ta respiration est horizontale, au niveau diaphragmatique costal, c'est-à-dire que ça va ouvrir tes côtes. Là, c'est toujours cet exercice. Pour ceux qui font du pranayama, par exemple, c'est le jirga pranayama, où. Tu vas avoir une respiration sur trois temps.
- Speaker #0
J'adore, je l'enseigne beaucoup.
- Speaker #1
Et bien tu vois, ça c'est un des exercices de base aussi. On ne cherche pas à respirer d'une bonne façon, finalement, quand tu fais ce pranayama. Mais tu cherches à respirer dans une zone. Et finalement, quand tu mets justement cette conscience de respiration dans le ventre, les côtes, ou peut-être le thorax, ou bien les trois, et bien là, tu développes justement une bonne respiration.
- Speaker #0
C'est la respiration complète. C'est la respiration complète où tu inspires en trois parties. Donc d'abord dans le ventre, mais en fait, techniquement, c'est plus en haut de l'abdomen, bas de la cage thoracique, ensuite dans les côtes et ensuite dans la poitrine pour ensuite expirer en chemin inverse. Ça m'avait marqué quand j'ai fait ma formation. Moi, j'ai fait ma formation Bracework en 2021. Ça date un petit peu à Londres avec Laurent Roux, mon professeur de Pranayama. je recommande beaucoup d'ailleurs pour les personnes qui Il faudrait se former en ligne. C'est vrai que j'avais toujours trouvé le souffle extrêmement compliqué, toutes les techniques de pranayama, et le fait de décomposer comme ça, de manière aussi simple, une respiration en trois parties, mais qui te permet finalement de bien sentir, même en posant les mains pour les avoir comme un repère et de sentir là où ça bouge. En fait, c'est fou comme ça éclaircit ce que doit être une respiration pleine, complète. Donc oui, c'est vraiment un peu ma technique préférée à enseigner. en cours parce qu'en plus, j'estime qu'elle est quand même assez accessible à tout le monde.
- Speaker #1
Mais c'est ça, tu vois moi, avec des clients qui viennent en coaching respiratoire, ça peut être pendant une semaine, tu vas faire du DIRG après un aïma. Parce que justement, t'as pas cette conscience de ton corps, de là où le souffle peut aller. Et donc pendant une semaine, 10 minutes par jour, 5 à 10 minutes, bah tu vas juste faire ça. Tu respires, t'essaies d'aller dans le ventre, dans les côtes, dans la poitrine, et d'avoir un peu ce yo-yo en fait, entre ces différentes zones, pour justement développer cette conscience respiratoire, que tes poumons, bah en fait, ils sont pas juste là. Ils sont dans tout l'abdomen, quoi. C'est un exercice phare, tu vois, c'est un des exercices basiques. Pour répondre à ta question de comment régler justement une respiration dysfonctionnelle finalement, comment amorcer les choses, il faut faire simple. Il faut aller sur des exercices très simples. La cohérence cardiaque par exemple, ce n'est pas un exercice que je vais conseiller en premier lieu, en première intention, mais plutôt justement où, à partir du moment où tu as restauré une conscience respiratoire. Un contrôle diaphragmatique par exemple. Mais ce n'est vraiment pas le premier exercice, parce que J'ai eu beaucoup de patients et des clients aussi qui me disaient « je fais de la cohérence cardiaque et c'est pas pour moi en fait, c'est dur. C'est dur parce que je sens le cœur qui commence à palpiter. Et en fait, ouais, tu fais de la cohérence cardiaque, mais comment tu le fais ? » Et donc on se retrouve avec, pendant 5 secondes, un truc hyperactif ou bien à rester complètement en haut, ou bien carrément à avoir l'amplitude justement respiratoire, mais derrière, il y a la relation que tu as avec le souffle et ce que ça engendre. pour aller un peu plus loin, qui va provoquer plus de stress. Donc en fait, il faut passer nécessairement par des étapes de restauration progressive. La conscience, descendre avec le nez, de reprendre une respiration vraiment douce. Et le mot d'ordre à chaque fois, c'est douceur et progressivité. Et là, après, tu peux commencer à ajouter du timing. 5-5, 3-6, 4-7-8. Ce genre de timing qui va faire que tu as la capacité. de pouvoir accepter justement des temps plus longs, des temps plus conscients, des respirations qui peuvent être un peu plus activantes, ou au contraire de sentir que ça te régule. Mais ça, ça se fait uniquement si tu es passé par la première étape de restauration, de développement de la conscience, développement d'une respiration, d'un schéma de respiration qui est OK, on va dire, safe.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu dis parce qu'il y a beaucoup de personnes dans le yoga, et ça a été mon cas, moi personnellement. qui rapporte que manipuler la respiration ou le simple fait de suivre un compte quand le professeur ou la professeure va compter le temps des respirations, ça crée plus de stress voire d'angoisse qu'autre chose. Alors qu'on peut penser qu'on vient faire du yoga, on vient respirer pour justement se détendre et se calmer un petit peu. Le simple fait de parfois mettre l'attention sur la respiration et de commencer à changer le souffle, ça crée du stress. Moi, ça a longtemps été mon cas, jusqu'à justement que je fasse ma formation. Et c'est pour ça que j'ai voulu me former, c'était surtout et avant tout pour moi. Pour comprendre pourquoi, en fait, je devenais anxieuse à l'idée de respirer. Je n'arrivais pas à suivre, en fait, dans les cours de yoga, les respirations, même les plus basiques. Alors autant te dire qu'aller explorer des respirations activantes comme Kapalabhati ou ce genre de choses, ce n'était vraiment pas possible pour moi. Pourquoi ça se passe ? Qu'est-ce qui se passe dans le cerveau ? En fait, soudainement, on va mettre du contrôle sur la respiration.
- Speaker #1
La première chose qu'il faut comprendre, c'est que le souffle nous informe sur... C'est une relation, une relation de nous avec nous-mêmes. Et donc, comme tu le décris, t'as des respirations qui peuvent être très douces et qui vont entraîner plus de stress, plus d'anxiété que ça ne devrait. Tu vois, en cours de yoga, si on te fait des... En général, on cherche pas à t'activer, mais plutôt à te relâcher. Ou bien, t'es avec quelqu'un de la sophro, par exemple. et tu vois que tu n'arrives pas à faire les exercices ou quoi, ça va te stresser. Mais c'est ce que je viens de dire. C'est-à-dire que tu n'arrives pas à faire l'exercice correctement tel que le prof le demande. Donc qu'est-ce que ça fait ? Ça te ramène à toi sur le fait que tu n'arrives pas, sur l'échec, sur les choses comme ça. Donc là, tu as la dimension un peu psychologique. Et c'est là où le souffle t'informe en fait sur ce que tu ressens, sur qui tu es, sur ta dimension à ne pas pouvoir être dans le contrôle ou peut-être... justement à être un peu une personne qui aime bien contrôler les choses. De venir s'intéresser à ça, c'est quand tu vas sur le souffle, et c'est ce que tu as vécu, tu viens justement mettre en lumière sur différentes facettes de ta personnalité, parce que justement, c'est ce truc, cet outil, tu vois, très concret, qui va te ramener sur ce que tu peux faire et que tu ne peux pas faire, et sur ce que tu ressens et ce que tu ne ressens pas. Sur finalement, quelque chose de très profond à l'intérieur de toi. et d'un point de vue plus, on va dire, physiologique. Quand tu respires, toutes les phases de ta vie vont être calées sur une respiration. Tu vois, quand tu vas vivre, tu vas dans un skate game, t'es hyper excité, c'est une respiration aussi derrière tout ça. Et notre cerveau est une machine à apprendre les choses. Et chaque moment de vie, chaque respiration va encoder au niveau de notre cerveau le contexte et la respiration. Donc il est possible aussi, tu vois, qu'en fonction de la respiration que tu as, en fonction de ta physiologie, de ton état du moment, tu puisses faire ressortir, coller un contexte qui soit anxiogène pour toi, et donc devienne anxiogène simplement par la technique. Tu vois ce que je veux dire ? C'est que tu as vraiment cet ancrage entre le contexte et l'état qui fait que respirer, venir stimuler un peu le système nerveux, va engendrer du stress et de l'anxiété. Et c'est souvent ce qui va arriver, c'est que les personnes qui vont faire des exercices, je prends l'exemple, du coup on est dans le yoga, qui n'arrivent pas à respirer, tout simplement ça les ramène à eux, j'arrive pas à le faire, j'arrive pas à suivre, tout le monde y arrive, moi j'y arrive pas, déjà c'est le premier agent stresseur. Deuxième chose, du coup on force, on essaie d'aller plus loin, on essaie de comprendre pourquoi ça marche pas, donc on commence à inconsciemment s'auto-dévaloriser, donc c'est une deuxième source de stress, et en forçant justement sa mécanique ventilatoire, renforçant. C'est tout bête, mais sur le Dhirgapra Naryama, si quelqu'un a du mal ou le Nadi Chodana, on va prendre des grandes amplitudes pour essayer de bien respirer. Parce qu'on n'est pas sensibilisé à ça, c'est l'agent stresseur par la chimie. Parce qu'on prend une grande amplitude respiratoire et qu'on souffle longtemps. Donc finalement, on bascule, si tu veux, sur une modification chimique au niveau de la pression de CO2. Et qu'est-ce que ça fait ? Ça envoie un message stressant pour le système nerveux.
- Speaker #0
Quel conseil tu donnerais au professeur de yoga pour guider une respiration qui reste accessible dans le cadre d'un cours collectif où on n'a pas toujours l'information sur chacun des élèves qu'on a en face de nous, pour qu'il y ait peut-être de la progressivité, peut-être une certaine forme de choix ?
- Speaker #1
J'ai eu la chance d'avoir des bons profs de yoga et qui proposaient des alternatives. Et qu'ils disaient toujours c'est ok si vous n'y arrivez pas. C'est ok si... c'est plus compliqué. Mais du coup, on offre une alternative, respirer peut-être différemment, ou bien de se dire, tout simplement, de mettre les mots. Si tu informes la personne que ça peut être un peu difficile, que ça peut être un peu anxiogène, ça offre un cadre de sécurité, de se dire, ok, là c'est peut-être pas pour moi, et ça le sera plus tard en fait. Par la parole, par la compréhension et l'adaptabilité, flexibilité, tu offres ce cadre de sécurité pour que la personne, elle puisse y aller, et si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, ce n'est pas grave, c'est OK, et on revient plus tard. Tu vois, si tu donnes ces informations, en tout cas moi, de mon point de vue, le participant, le respirant, il sait à quoi s'attendre. Et donc, quand on sait à quoi s'attendre, on est moins, si tu veux, dans le stress, finalement. C'est plus safe. On sait qu'est-ce qui va arriver. On a tous les champs possibles, en fait. Et donc là, on peut vraiment plus accueillir les choses.
- Speaker #0
Et tu te sens surtout moins seul. Si tu sais qu'effectivement, c'est assez commun d'avoir des difficultés à suivre un exercice de respiration, tu vas peut-être moins t'auto-flageller à te dire « Ah, je suis le seul à ne pas y arriver. Il y a un problème avec moi, je suis cassé, etc. » Alors que c'est vrai que si le professeur ou la professeure va directement installer le fait que c'est une probabilité que certaines personnes aient plus de difficultés et que c'est quelque chose qui s'apprend, finalement, comme... On prendrait le temps de construire une posture, ça prend du temps, ça prend beaucoup de pratiques et de répétitions. Effectivement, ça enlève ce côté responsabilité individuelle de ne pas y arriver, je trouve.
- Speaker #1
Mais complètement, complètement. Tu vois, c'est comme pendant une séance de yoga, quand vous faites des propositions de posture, il y a souvent des alternatives. Quand les postures sont un peu plus compliquées, plus techniques, moi je me rappelle, j'avais des profs où ils disaient, Si vous y arrivez, c'est bien, mais pour ceux qui n'y arrivent pas, vous allez faire comme ça, peut-être plus poser le genou par là. Et donc on offre des alternatives pour, comme tu disais, se sentir moins seul finalement et ne pas être dans l'échec. Parce que c'est dur, si on arrive vraiment sur cet effet de groupe où on voit tout le monde bien respirer, on n'en sait rien en fait. Si ça se trouve, nous on n'est pas au top, et là il y a 10 personnes, si ça se trouve sur les 10, il y en a 8 qui ne le sentent pas bien non plus. Puisqu'on est en train de respirer dans son truc, on le sait pas. C'est pas visible comme pourrait l'être une posture.
- Speaker #0
Là, quand on respire, on est vraiment seul avec soi-même.
- Speaker #1
Je trouve que c'est ce que tu viens de dire, être dans l'échec, quand c'est une posture, ça peut être un petit peu difficile parfois à vivre. Toutes les postures de yoga ne sont pas forcément essentielles à la vie, alors que respirer, c'est quand même une partie essentielle de tout. Donc ça devient vite un problème, en fait, si ça ne fonctionne pas.
- Speaker #0
Oui, complètement. Tu vois, ça me fait penser à ce truc de fuite aussi. C'est-à-dire que tu as des personnes qui... Pour revenir un peu sur ce que le souffle te dit sur toi, les gens qui ont du mal justement avec la respiration, comme je te disais, ça fait remonter des choses en toi et ça te met face justement à certaines facettes de ta personnalité. Et face à la difficulté, face à l'anxiété que ça peut générer, il y a des personnes qui ont le premier réflexe, c'est la fuite. Je ne le fais pas parce que ce n'est pas pour moi. C'est ce truc de « non, je ne vais pas le faire parce que ce n'est pas pour moi, la respiration, ça ne marche pas » . Mais en fait, c'est parce que tu n'y arrives pas, parce que tu as besoin de ce contrôle, parce qu'il y a plein d'explications. Et c'est là où moi j'adore cette approche du souffle, c'est que en travaillant sur ce souffle, tu développes quelque chose en toi finalement. Parce que tu mets encore cette histoire de conscience, ça fait ressurgir des choses.
- Speaker #1
Et la fuite, elle peut aussi être complètement inconsciente si on est par exemple dans un état de survie. Parce qu'on a vécu un trauma ou un choc émotionnel qui fait qu'on n'est pas forcément maître de nos réactions. C'est d'autant plus important d'avoir ce choix qui est donné par le ou la professeur pour redonner justement un petit peu d'agentivité, un petit peu de pouvoir aux personnes et progressivement qu'elles reprennent possession de leur respiration. Je pense qu'on peut quand même mentionner, c'est important, le terrain assez particulier des personnes qui souffrent de stress post-traumatique ou de trauma. Moi, ça a été mon cas et ça a vraiment été un long processus d'apprentissage ou de réapprentissage avec la respiration, que je le veuille ou non à l'époque. Je n'y arrivais pas, mais ce n'est même pas tant que j'étais dans la fuite parce que moi, ce n'était pas mon schéma de réponse. Ça a été un problème pendant assez longtemps. J'ai mis du temps avant de faire le lien que c'était lié au fait que mon système était vraiment en surcharge aussi.
- Speaker #0
La respiration. est fortement lié au trauma, est fortement lié au choc émotionnel, à tous ces complexes énergétiques émotionnels, je veux dire. Je risque de parler d'énergie pendant cette session, mais quand je parle d'énergie, c'est vraiment d'un point de vue biologique énergique. Tu vois, l'ATP, tout ce qui est production. Tout à l'intérieur de notre corps, tous les mécanismes relèvent de l'énergie. Donc pour revenir un peu au trauma... Bon, je ne suis pas un psychologue, psychanalytique, etc., mais d'un point de vue physique, physiologique, lorsque tu vis un trauma, il se passe deux choses. Donc, tu as ces différentes réactions de survie. Tu as le freeze, le combat ou la fuite. Donc, dans le freeze, tu vois, tu as vraiment... tu freezes totalement. Mais tu as aussi une respiration qui va s'arrêter, qui passe en apnée aussi. Cette apnée va produire, justement, au niveau du cerveau, un encodage chimique. de la respiration, du trauma, et donc l'enregistrer comme expérience réelle, tu vois. Enfin, c'est réel, mais l'enregistre en tout cas dans le cerveau. Et c'est ça qui va créer, si tu veux...
- Speaker #1
Réel et actuel dans le moment présent, même si on n'est plus dans l'événement traumatique.
- Speaker #0
Exactement. Et ça, ça encode quoi ? Ça veut dire que ça va attacher l'expérience à, on en parlait au début, au contexte. Donc au contexte qui peut être l'environnement, la lumière, tu vois, tout ce qui est signaux extérieurs et à l'état, les signaux intérieurs, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, ton métabolisme interne. Tu as la deuxième solution, c'est l'hyperventilation. Tu vis le trauma, tu es hyperventile, ça engendre justement un stress métabolique. Enfin, ce stress métabolique va engendrer aussi un encodage par d'autres canaux chimiques. et créer justement encore cet ancrage qui soit contextuel ou d'état, signaux internes. Quand tu vas vers des exercices de respiration, tu vois, c'est tout bête, mais il suffit que tu fasses des exercices de respiration dans un lieu ou bien dans un environnement qui te rappelle, mais de façon très inconsciente, puisque tu n'es pas projeté dans le même lieu, mais comme je te disais, ça peut être les murs, les couleurs, des signaux externes. tu fais ressurgir justement un trauma en fait finalement. Un complexe émotionnel qui est beaucoup trop intense, dont tu n'as pas la capacité de pouvoir gérer. sur l'instant. Et le meilleur moyen, c'est la progressivité. Tu parlais du souffle, au début, ce n'est pas possible. Et plus tu travailles en exposition progressive, tout doucement, avec douceur, avec sécurité, c'est là où tu te réappropries ton état. Tu te réappropries le contexte aussi, pour pouvoir finalement travailler sur le trauma. Comme fait la thérapie d'exposition, le MDR. C'est vraiment toujours exposer de façon safe. Et c'est là où tu te réappropries les choses. C'est là où tu changes la perception, tu changes le prisme. Et tu dissocies l'émotion, le vécu, l'interne de l'expérience.
- Speaker #1
Tu parles de déclencheur, je pense aussi peut-être au rythme de la respiration, à son intensité qui finalement te ramène dans un rythme et une intensité de l'instant du trauma. Ou forcément, quand tu vis l'expérience traumatique, tu vas avoir le corps qui se met en état d'alerte, donc le souffle qui s'accélère, tout le corps qui mobilise l'énergie vers la fuite ou le combat. Du coup, faire des respirations qui sont activantes. Et là, je pense à ces techniques qui sont très à la mode en ce moment, comme le breastwork hypnotique que toi, tu enseignes. pour avoir essayé je trouve sont assez Alors dangereuse, je n'ai pas envie d'utiliser ce terme-là, mais on peut quand même l'utiliser, si c'est enseigné ou proposé par des personnes qui n'ont pas une formation au trauma ou qui n'ont pas une connaissance de ce que ça peut engendrer chez certaines personnes et qui n'ont pas les outils aussi pour ramener les gens dans l'ancrage et dans le calme après la session. Juste pour expliquer ce que c'est que le braissoir hypnotique, c'est une forme d'hyperventilation consciente et prolongée sur 45 minutes environ. En tout cas, c'était 45 minutes la session que j'avais faite. Et c'est vendu souvent comme une expérience transformatrice, voire libératrice, voire guérisseuse des traumas. Ce que moi, je trouve assez mensonger et assez dangereux, en fait. Qu'est-ce que tu en penses, vu que tu le proposes toi, et comment tu le proposes d'ailleurs ?
- Speaker #0
Alors, sur le breastwork, il y a plein de types, tu vois. Il y a l'hypnotique, que je propose, qui correspond, si tu veux, à tout un processus, dont on parlera après, mais il y a plein de types de breastwork. Et puis, surtout, le problème, c'est que tous ces breastworks, on va dire, peuvent être faits par manque de sécurité. C'est-à-dire, on n'offre pas assez le cadre. pour apporter de la sécurité. Sauf que quand tu viens te connecter à toi, il faut de la sécurité pour rester ancré. Le risque, c'est que quand tu pars dans ces hyperventilations, tu fais ressortir des traumas. Moi, je les appelle des complexes. Des complexes énergétiques à l'intérieur de toi. En les faisant ressortir, tu as deux solutions. Soit tu te dissocies totalement, soit tu es assez ancré parce qu'on t'a donné la capacité de le faire, on a offert le cadre de sécurité, ou simplement, toi, tu as... tellement travaillé sur toi que t'es en mesure de le faire. Et là, justement, tu peux travailler le complexe. Parce que si tu te dissocies, tu te fais bouffer par le complexe. Et donc là, après, tu repars dans ton trauma, en fait. Donc c'est là où c'est dangereux, parce que moi, de ce que j'ai pu avoir comme écho de personnes qui ont tenté l'expérience, dont tu parlais aussi, il n'y avait pas ce cadre de sécurité qui était proposé, en tout cas. Ça passe par, avant même la séance, de faire des contre-indications, d'expliquer un peu ce que c'était. Pour parler un peu de moi, comment je procède, t'as toujours un échauffement, de redescendre un peu dans le corps. Il y a une phase où je blabla beaucoup, un petit laus de ce que c'est le breastwork, de comment ça va se passer, de ce que ça provoque, de ce que ça ne provoque pas, de comment on peut justement être amené à faire ressortir des choses. Mais tu vois, c'est toujours ce cadre de prévenir, d'anticiper l'imprévu. Et du coup, de pouvoir proposer justement une alternative. Et moi, dans mon processus, Donc l'hypnotic breastwork, t'as l'hyperventilation qui dure 35 minutes, t'as une phase d'hypnose régressive, ou juste de voyage intérieur, donc avec des suggestions, et après un moment d'ancrage à la fin où tu redescends un peu. Et moi dans ma manière de pratiquer et d'enseigner, ce que j'aime bien c'est le phénomène de pendulation, c'est-à-dire que c'est toujours cette idée d'exposition progressive, c'est-à-dire t'exposes un peu au stress et tu reviens, tu relâches. T'exposes, tu relâches, t'exposes, tu relâches. Du coup, pour le coup, moi, mes séances, elles sont pas waouh. C'est-à-dire, j'ai pas de catharsis, j'ai pas de cris de personnes qui partent en trance totale. Mais je pense volontaire, parce que pour moi, la meilleure façon de faire du breastwork, c'est ce phénomène de pendulation, parce que ça apporte de la sécurité. Et quand tu as justement cet effet j'avance, je recule, d'exposition progressive, tu crées de l'adaptation. Donc tu crées de la flexibilité, tu stimules ta neuroplasticité, de façon safe finalement.
- Speaker #1
C'est un peu le principe de l'hormèse. En fait, tu travailles la capacité du système nerveux à aller à un endroit qui peut être au bord de sa capacité ou légèrement au-dessus, et ensuite à revenir et progressivement à expandre cette capacité sans forcément la dépasser d'un coup et ne jamais pouvoir revenir finalement.
- Speaker #0
C'est exactement ça, le principe de l'hormèse, le principe d'homéostasie, d'homéostasie émotionnelle aussi, de pouvoir se réguler, d'apprendre à se réguler, de montrer au système nerveux que voilà. Il peut arriver ça, mais tu as la capacité de revenir en état relâché, en état bien, en état safe. Et à partir de ce moment-là, c'est là où tu opères des changements durables. Parce que le problème de beaucoup de breastwork, c'est... En fait, on vend l'expérience. On vend l'expérience de libération, on vend que ça va être génial, tu vas libérer des choses. Et il y a un peu ce truc aujourd'hui, dans le monde du wellness, puisque la spiritualité prend de l'ampleur. dans le monde hypertech d'aujourd'hui où on a envie justement de revenir un peu à soi. Donc on part un peu dans de la spiritualité et on vend le fait de, une fois qu'on est allé en catharsis, qu'on s'est reconnecté à soi, c'est ça qui a changé les choses. C'est pas ça. La catharsis, elle va libérer justement un complexe énergétique sur le moment, mais il n'y a pas d'intégration derrière. Et parfois c'est un peu trop violent, t'es pas revenu sur l'homéostasie. Donc oui, tu l'as libéré. Mais on se retrouve justement dans ce phénomène de dissociation où tu revis, tu rentres chez toi, tu dors mal, t'es pas bien, et t'as personne derrière pour t'épauler. Parce que ce que t'as vécu, t'étais tout seul. Tu sais, même si t'es dans une salle avec 15 personnes, t'es tout seul en fait dans ta respiration et on t'a peut-être un peu stimulé aussi pour aller là-dedans. Donc finalement, c'est ça qui est un peu dangereux à mon sens parce que t'as fait ta respiration, ton bracelet, tu rentres chez toi et t'es pas bien. T'es pas bien, et t'as personne pour te supporter, tu sais pas comment le faire aussi, t'as aucun outil pour venir te réancrer. Et tu te retrouves à être dissocié pendant des mois.
- Speaker #1
Ça arrive pas à chaque fois, et j'imagine que chez certaines personnes, ça a un effet très positif, mais je pense que c'est important de préciser que ça peut arriver. Et effectivement, je te confirme que quand moi j'avais fait l'expérience, il n'y avait pas eu d'explication de contre-indication au départ. Moi, je savais pas trop à quoi m'attendre, et forcément ça m'avait un peu stressée, et c'est vrai que tu... Tu te tétanises un petit peu, tu as un peu les mains qui se contractent, le visage, la mâchoire qui se contractent au bout d'un moment. Et aussi, je trouve que tu n'as pas forcément cette possibilité d'arrêter non plus. Parce que comme tu dis, on est dans un groupe. En général, tu as la musique à fond. Donc c'est vraiment, tu te laisses embarquer dans l'expérience. Et il y a ce truc un petit peu presque gênant de dire je vais arrêter, je vais me lever alors que tout le monde est en plein dans son expérience. Parce que le choix, il n'est pas proposé. d'arrêter quand on en a envie, quand on en a besoin. Et surtout, il n'y a pas eu la redescente après. Donc moi, effectivement, je me rappelle, j'avais beaucoup pleuré après. J'étais sortie de la séance, j'étais un peu égarée en me dirigeant vers le métro, etc. Et puis après, dans le métro, de se reprendre de pleine face, juste le quotidien, les gens, etc. C'était vraiment intense, j'avais trouvé. Je n'ai jamais retesté parce que je n'avais pas senti de transformation et j'avais senti que c'était plutôt un sujet de stress pour moi qu'autre chose finalement.
- Speaker #0
Mais c'est exactement ça. En fait, tu fais quoi pendant la séance en hyperventilon ? Tu stresses ton corps. Donc tu arrives avec un système nerveux qui est déjà en surcharge. Tu viens le stresser encore sans lui donner une capacité de régulation vers le bas, de le déstresser entre guillemets. Peut-être que sur le moment, tu as beaucoup d'endorphines, de dopamine, des choses comme ça. donc Tu peux avoir cette sensation, on va dire, trompeuse, falsifiante, que ton corps te dit « Ah, j'ai tout lâché, ça fait du bien ! » parce que oui, ça peut faire du bien. Mais derrière, la réalité, c'est que tu as surstimulé ton système nerveux, sans lui offrir, si tu n'as pas offert de capacité de régulation, tu rentres chez toi avec un niveau qui est déjà plus élevé.
- Speaker #1
Il faut aussi ne pas se dire qu'on est coincé dans le moins et qu'on doit se... Se restreindre de vivre certaines expériences parce qu'on a vécu un trauma. En fait, il y a un moment où effectivement, et ça j'en parle toujours de mon point de vue personnel parce que c'est ce que j'ai vécu, mais j'ai une grande phase aussi de faire très attention à tout ce que je faisais parce que je voulais éviter d'être déclenchée et de retomber dans certains schémas qui m'effrayaient un petit peu. Mais en fait, le vrai moment de progression que j'ai senti chez moi, c'est aussi quand je suis allée chercher des expériences nouvelles. Comme tu disais tout à l'heure, dans la progression, donc par petite dose, jusqu'à ce que je sente que finalement, j'ai un petit peu progressé, donc je peux aller encore un petit peu plus loin et encore un petit peu plus loin. Et en fait, c'est ça, c'est redonner à mon système nerveux cette capacité d'aller vers des expériences qui sont nouvelles, qui sont peut-être un petit peu déclencheuses, mais pas au point où je ne vais pas m'en remettre, tu vois ce que je veux dire ? Donc je pense que c'est vraiment la progressivité, c'est vraiment le mot-clé, je pense, le choix, le consentement, et d'être bien bien encadré par des personnes qui sachent ce qu'elles font.
- Speaker #0
Oui, c'est ça le plus important. En fait, et c'est simple, il suffit juste de poser le cadre, de prévenir, tu vois, comme un cours de yoga, de voilà comment ça va se passer, d'offrir des contre-indications, des alternatives, des possibilités de régulation, c'est très simple. Et après ? De voir ce qui est cohérent aussi par rapport à ce qu'on a envie de faire. Si on se sent capable de pousser, et que derrière, on a la possibilité d'offrir la possibilité de régulation, fine, moi ça me va aussi. On a tous, je le dis toujours lors de mes sessions, il y a autant de breastwork possible qu'il y a de facilitateurs. Parce qu'on a tous une approche différente. Mais il faut que ce soit fait dans un cadre safe. Il faut poser le cadre de sécurité, parce que c'est s'intéresser, c'est proposer quelque chose de puissant. Et il est puissant dans tous les sens du terme, ça veut dire qu'il peut autant amener une transformation qu'il peut amener une dissociation. Donc il faut juste être vigilant avec ça et être conscient, comme tu disais, de savoir ce qu'on fait en tant que facilitateur. Et c'est pour ça que moi je suis allé explorer... aller me former davantage sur qu'est-ce qui se passe d'un point de vue biologique, qu'est-ce qui se passe d'un point de vue neurophysiologique, et actuellement, d'un point de vue on va dire plus conscience, tu vois. Ils appellent ça la neuropsychanalyse. Donc de voir qu'est-ce que la conscience, qu'est-ce que l'ego, d'où ça émerge, etc. Bon, on va pas aller dedans, parce que c'est très long, mais du coup, c'est important, c'est vraiment, si on doit se rappeler de quelque chose sur le breastwork, c'est le cadre de sécurité.
- Speaker #1
Et peut-être que, avant d'explorer ces expériences collectives, c'est de prendre contact avec un praticien breastwork et faire une session individuelle si on n'est pas sûr. Oui, ça coûte de l'argent, mais moi je pense que faire un diagnostic de sa respiration avant de vouloir aller plus loin, que ce soit avec un praticien de breastwork ou son prof de yoga, je pense que ça peut valoir le coup, vraiment.
- Speaker #0
Le souffle, c'est ta première fonction physiologique, t'arrives au monde avec ta respiration. L'air, c'est ta ressource, c'est ce qui produit ton énergie. Et je vois toujours le travail respiratoire comme quelque chose d'efficient. C'est-à-dire que tu t'intéresses simplement au souffle, t'as 20% d'effort, t'as 80% de bénéfice. Et c'est ça qui est formidable avec le souffle, c'est que, tu vois, de par cette... Sa triple dimension psychologique, mécanique, chimique, en fait, c'est un seul levier d'action. Et tu as autant de bénéfices. Donc pourquoi ne pas le faire ? Alors oui, ça coûte un peu d'argent, si on va justement s'intéresser, faire un diagnostic, voir un kiné, voir quelqu'un qui est pro du souffle. Mais derrière, en fait, moi je le vois, tu vois, avec les gens que j'accompagne, ça change la vie, en fait, ça transforme. Et je ne parle pas simplement du breastwork hypnotique. Je parle simplement de restaurer une respiration fonctionnelle. En faisant ça, tu améliores ton sommeil, tu améliores ta gestion du stress, de ton anxiété, tu libères des traumas s'il faut, tu changes ta vie en fait. Et dans toutes les personnes que j'ai vues, sans exception, il y a eu des changements. Il y a toujours eu quelque chose où tu vois, ça trigger des choses qui te font avancer sur ton quotidien. Moi ça m'a trigger aussi, et c'est pour ça que j'essaie de le transmettre. Mais c'est toujours avec cette notion de progressivité. Ça, c'est un principe de vie, de faire les choses progressivement. Ça marche toujours comme ça, que ce soit pour le souffle, que ce soit pour la psychologie, les expériences, les traumas, que ce soit pour le corps, tu vois. Si on veut la minute un peu kiné, sur un tissu musculaire, un tissu biologique, si tu veux l'adapter, qu'il s'adapte à des choses plus dures, c'est l'exposition progressive. Tu charges progressivement. Tu fais beaucoup de sport, tu ne passes pas sur un deadlift à 300 kilos. Tu commences par 10, 20, 30, 40 et tu montes au fur et à mesure. C'est toujours cette notion de progressivité pour ne pas se blesser, progressivité pour être en sécurité.
- Speaker #1
Du coup, pour finir... Où est-ce qu'on peut trouver ton travail, en savoir un petit peu plus sur ce que tu fais ? Est-ce que tu as des événements à venir prochainement ?
- Speaker #0
On peut me trouver principalement sur Instagram, on peut me trouver sur mon site etianyong.com et puis après les events, c'est des braissoirs. J'essaie d'en faire un par mois, de proposer des ateliers comme ça pour avoir un travail régulier. Comme ça, il y a des gens, s'ils ont envie de venir une fois par mois, c'est ok. S'il y en a qui ont envie juste de tenter l'expérience. C'est ouvert à tout le monde. Il n'y a pas de niveau. Parce que le travail du souffle, même moi, je le fais tous les jours encore. C'est une discipline.
- Speaker #1
Trop bien. Merci beaucoup, Etienne.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci de nous avoir partagé ce que tu sais sur la respiration. Je vais venir essayer de me redonner une chance avec le breastwork hypnotique avec toi pour ne pas finir sur une expérience négative. Donc avec plaisir pour tester.
- Speaker #0
Je t'accueille quand tu veux.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci à toi.