- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans un nouvel épisode de Sans Détour, le podcast qui rend la politique sympathique et accessible, le tout dans une ambiance détendue et authentique. Je vous laisse avec l'épisode.
- Speaker #1
Bonjour Aurore Berger.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation à Xenuel pour être une nouvelle invitée sur Sans Détour.
- Speaker #2
Merci à vous.
- Speaker #1
Et je vais laisser rapidement Xenuel vous présenter un peu ce qu'il va se passer pendant cet échange.
- Speaker #0
Alors le but c'est qu'on ait vraiment un échange un peu décontracté pendant une petite heure. On va vraiment parler d'abord de votre parcours. Puisque vous faites au quotidien votre rôle de ministre, puis on va parler un peu d'actualité politique pour avoir un peu vos avis sur ce qui se passe. Alors avant de commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement ?
- Speaker #2
Alors me présenter, je suis Aurélie Berger, je suis ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. J'ai été plusieurs fois à ce poste-là, mais bon, les circonstances politiques ont fait que parfois on entre, on sort. Mais je suis heureuse d'être à ce poste de manière à pouvoir continuer à faire avancer des sujets qui me tiennent particulièrement à cœur. Je pense qu'on en reparlera. Je suis élue députée en 2017, réunie en 2022 et en 2024. Et avant, j'étais dans une vie professionnelle dans le privé. Je suis maman d'une petite fille qui vient d'avoir 3 ans.
- Speaker #1
D'accord. Moi, pour démarrer, j'ai envie de vous demander si je vous croise adolescente au fond d'un bus. Je te prends en train de penser à quoi ?
- Speaker #2
Alors, j'étais déjà intéressée par l'actualité de manière générale. En fait, j'ai eu la chance d'être élevée par des parents qui ont fait en sorte que je sois curieuse. Que je sois curieuse de livres, que je sois curieuse de musique, que je sois curieuse de films, que je sois curieuse d'actualités, que j'ai le droit aussi de m'exprimer, de prendre part au débat qu'il y avait à table, qui était parfois animé avec mes parents comme avec leurs amis. Donc il y avait de la curiosité et de l'intérêt pour aussi ce qui se passait dans la vie politique. Et puis moi j'appartiens à une génération où il y a eu le 21 avril 2002. Aujourd'hui c'est devenu une habitude de se dire que l'extrême droite est au second tour d'une élection présidentielle. 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen est qualifiée. C'est la première fois, c'est un séisme. À ce moment-là, j'ai 16 ans. Et donc c'est vraiment à ce moment-là que je décide de m'engager, donc d'adhérer à un parti politique.
- Speaker #1
Est-ce que pour vous, actuellement, le Rassemblement national est encore un parti d'extrême droite, comme l'était le parti présidé par Jean-Marie Le Pen à l'époque ?
- Speaker #2
Alors, il a changé dans peut-être ses statuts. Il a changé parce que ce ne sont plus les mêmes dirigeants. Mais il n'a pas rompu non plus avec ses racines. avec son identité profonde. Et puis d'ailleurs, ça se voit. C'est-à-dire qu'on peut essayer de baumer un certain nombre de choses. On peut ne pas avoir de déclaration qui soit outrageante comme elle l'était avec Jean-Marie Le Pen, qui a été quand même de nombreuses fois condamnée, notamment pour antisémitisme. Sauf que quand vous regardez très récemment les élections législatives 2024, 10 solutions, il faut investir des candidats. Donc il se passe quoi ? Il se passe que le Rassemblement national, ils investissent qui dont ? Comme candidats disponibles. Dans les candidats disponibles, il se trouve que vous avez des candidats qui sont à l'un des événements néo-nazis. Et il se trouve que Jordan Berdella, au président du parti, a passé la campagne législative à s'excuser d'avoir présenté certains candidats et à désinvestir des candidats. Donc oui, ça reste quand même au cœur de leur parti politique. Parce que si vous attirez à vous des gens qui partagent ce genre d'idéologie, c'est qu'à un moment, ils se disent que c'est là qu'elles sont bien représentées. Ils n'adhèrent pas ailleurs. Donc oui, je pense qu'il faut qu'on garde cette qualification même s'il ne l'aime pas.
- Speaker #0
On en reparlera un peu plus tard. J'aimerais revenir sur ce que vous me disiez sur votre repas de famille. Est-ce que vous avez grandi dans un environnement très politisé ?
- Speaker #2
Alors, pas politisé au sens où mes parents n'avaient pas d'engagement partisan. Moi, je ne connaissais pas un seul élu. Je ne connaissais pas même un adjoint au maire, un maire, etc. Je n'avais pas du tout de réseau. Mes parents n'avaient pas du tout de réseau politique ou militant. Par contre, c'était des gens qui étaient intéressés. profondément intéressés par la vie politique. Donc on regardait les grands débats, et puis c'était un moment où déjà tout passait par la télé, un peu par la radio, mais tout passait quand même beaucoup par la télé quand on faisait de la politique. Et il y avait des grandes émissions politiques majeures. Il y avait Christine O'Krent, il y avait encore Anne Sinclair, mais si là j'étais petite, il y avait Yves Calvi qui présentait aussi des grandes émissions politiques sur le service public. Donc moi j'ai baigné là-dedans. et puis des toutes petites, d'accompagner mes parents au bureau de vote, tout genre de choses. Donc il y a quand même cet éveil et cette conscience-là des très jeunes.
- Speaker #1
Je trouve que c'est intéressant ce que vous dites. Est-ce que vous trouvez qu'actuellement, il y a encore des grandes émissions politiques ?
- Speaker #2
Moins. Moins déjà parce que même si on continue à regarder la télévision, alors on ne la regarde pas toujours en direct le moment venu, sauf qu'ensuite on la retrouve parce qu'on la retrouve ici sur X, ici sur Instagram, ici sur TikTok éparpillé, où on la regarde en replay. mais il y a pas le côté un peu grande messe qu'il y avait. Et c'était vraiment une grande messe, l'émission politique, qui était quand même très structurante, très importante, à des sortes de grandes écoutes. Il y a aujourd'hui moins ça. Même les soirées électorales, elles ont beaucoup raccourci aujourd'hui. Ça dure une heure, une heure et demie parfois, alors qu'avant, c'était toute la soirée. On commençait à 20h avec... On prenait l'antenne vers 19h sur la participation, est-ce que ça a voté, pas voté, on allait voir dans les grandes, les petites villes, etc. 20h les résultats, et jusqu'à minuit, 1h du matin, les personnalités politiques venaient, les présidents de partis, de groupes, les membres du gouvernement, ça commentait, ça vivait. Je me souviens là, même post-dissolution, j'ai l'impression que je crois sur TF1, c'était de 20h à 21h, parce qu'après il y a le film, ou la série du dimanche, et qu'il faut qu'on continue. Donc oui, je pense que ça, on a un petit peu perdu cette habitude-là, malheureusement.
- Speaker #0
D'accord. Donc, vous avez toujours été un peu baignée, un peu dans cet environnement. Mais comment vous vous lancez ? Vous avez dit que vous avez commencé à travailler dans le privé.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Comment se passe un peu la transition ?
- Speaker #2
Alors, j'ai fait les deux en parallèle, en fait. C'est-à-dire que moi, j'ai 16 ans, j'adhère à l'époque à ce qui s'appelait l'UMP, union pour un moment populaire, qui était donc le parti de la droite et du centre, et des libéraux, puisque l'UMP, c'était déjà une réunion de plusieurs partis. C'était la réunion du RPR, la réunion de démocratie libérale, et puis une partie des centristes. qui avait fait le choix aussi de rejoindre l'UMP. Et donc moi j'ai un engagement qui est un engagement militant, comme beaucoup de jeunes de cette génération-là qui se sont engagés tant au MJS et Parti Socialiste qu'aux Jeunes Populaires UMP. Et puis les mouvements de jeunesse à l'époque étaient très importants aussi, très structurants dans la vie politique. C'est un petit peu moins le cas aujourd'hui, on connaît moins les présidents ou les présidentes des mouvements et les organisations de jeunesse. Donc je suis militante dans les Yvelines, là où aujourd'hui je suis élue. J'ai des fonctions d'abord locales, Et puis après, on va me confier la responsabilité d'être responsable des jeunes UMP du département. Et puis ensuite, je vais avoir des fonctions nationales au bureau national des jeunes UMP et ainsi de suite. Et puis en parallèle, je fais mes études, je suis à Sciences Po Paris. Je passe un master qui est un master affaires publiques, qui est assez, j'allais dire, classique quand on a envie de ce parcours politique-là. J'entre dans la vie professionnelle, dans le privé, en agence de communication, de conseil. de grands événements à l'international. Donc je fais les deux en parallèle. Un engagement militant, sur le terrain, dans les Yvelines, au niveau local et national, et puis ma vie professionnelle. Et les deux vont se rejoindre au moment de la primaire de 2016, où je fais la campagne d'Alain Juppé. Alain Juppé ne remporte pas la primaire, c'est François Fillon qui gagne, c'est de faire vite. Moi je décide de ne pas faire la campagne de François Fillon, parce que je la trouvais trop éloignée de mes idées, de mes valeurs et de celles que défendait Alain Juppé. Et c'est là où je rejoins Lionel Macron. et où on propose très vite d'être candidate aux élections législatives. Avant, moi, j'étais juste élu local. J'avais été tête de liste au municipal dans une vie difficile qui a toujours été dirigée par la gauche et même par le Parti communiste. Donc, je deviens députée en 2017.
- Speaker #0
Donc, c'est à partir de ce moment que vous mettez de côté un peu...
- Speaker #2
De facto, je ne peux pas continuer à travailler dans une vie professionnelle, salariée du privé et être députée. Mais jusque-là, moi, je tenais beaucoup à mon indépendance. Je ne voulais pas dépendre d'un job dans la vie politique tout en faisant en parallèle de la politique. Je voulais être indépendante, je ne voulais pas être tenue par les positions d'un député, par exemple, pour lequel j'aurais travaillé ou pas. Donc je voulais être libre de mes prises de position, même si ça faisait parfois des doubles journées, parce que j'étais au bureau de 8h30 jusqu'à 19h, et puis ensuite j'enchaînais le soir, le week-end, etc. Mais comme plein de gens qui ont des doubles ou triple I, mais oui, c'est très important pour moi.
- Speaker #1
Justement sur votre parcours vous avez fait Sciences Po et on a un peu l'impression quand on est jeune que les politiques ils seront forcément passés par Sciences Po par l'ENA on a un peu l'impression que c'est un monde très fermé et donc vous êtes même passée par Sciences Po Paris et pour vous est-ce que justement c'est une forme de passage obligatoire ou pas ?
- Speaker #2
Alors non c'est pas obligé, moi c'est ce dont j'avais envie parce que j'avais envie d'une formation très généraliste et Sciences Po c'était ça Sciences Po c'était faire Du droit, une loi civile, du droit pénal, du droit européen. C'était faire de l'économie et des finances, de l'analyse financière. C'était faire de l'histoire, de la philosophie. Donc c'était aussi cette formation très généraliste. Et après, ça préparait à plein de choses. Ça pouvait préparer au fait d'entrer dans une profession dans le privé, la preuve. Mais ça pouvait préparer aussi au concours de l'Assemblée, du Sénat, du Quai d'Orsay, de l'ENA. Donc ce n'est pas obligé. Et heureusement que ce n'est pas obligé. et puis d'ailleurs quand vous regardez La composition de l'Assemblée nationale, où les grands élus, les maires, présidents de départements ou de régions, on a des parcours qui sont très différents. Et c'est plutôt riche d'ailleurs d'avoir des parcours qui sont différents. En 2017, moi quand je suis élue, on est même une minorité à avoir fait Sciences Po, avoir fait ce type d'études. On a des infirmières, on a des sages-femmes, on a des médecins, on a des avocats, on a des agriculteurs, on a des chefs d'entreprise. On a des gens qui avaient arrêté une vie professionnelle parce qu'ils avaient le choix d'élever leurs enfants. donc on avait une petite vraiment une richesse, une diversité de parcours.
- Speaker #1
Est-ce que ce n'est pas ça un petit peu la force de Emmanuel Macron quand il s'est lancé justement, d'avoir permis à tout le monde de s'investir et pouvoir avoir des responsabilités, devenir député et comme vous, devenir ministre par la suite ?
- Speaker #2
Alors je pense que tout le monde, je ne sais pas, c'est-à-dire qu'il y a quand même eu une sélection, n'importe qui n'a pas été présenté. Donc il y a eu en tout cas, je trouve que ça a créé une forme d'appel d'air où chacun s'est dit il y a un nouveau mouvement politique qui est en train de se créer, j'ai envie d'y participer parce que je ne me reconnaissais pas forcément dans les parties d'avant. Dans ce découpage Ausha, il y a eu cette dynamique-là que ça a créé, ce mouvement que ça a créé, donc ça oui. Et des gens qui n'auraient jamais pensé à s'engager se sont engagés à ce moment-là. Moi j'étais déjà engagée, mais on va dire qu'il y avait peut-être un tiers de gens qui étaient déjà engagés dans une vie politique un peu publique, puis deux tiers de gens qui n'avaient jamais eu d'engagement militant. Donc oui, ça, ça a été une vraie force.
- Speaker #1
Il faut faire la transition un peu à votre fonction de ministre, désormais. Une question un peu large, on se posait avec Samuel et qui est en lien avec ce ministère, c'est est-ce que c'est plus compliqué à vos yeux d'évoluer en politique en tant que femme ? Pourquoi ? Et en règle de sorte, comment est-ce qu'on peut lutter en tant que ministre, même en tant que citoyen, contre ça ?
- Speaker #2
Alors, ce n'est pas si simple de répondre à cette question. Je pense que sous certains aspects, c'est évidemment moins compliqué aujourd'hui que ça ne l'était il y a 20 ans ou il y a 30 ans, c'est certain. Déjà parce qu'on est beaucoup plus nombreuses, parce que c'est devenu plus logique, plus habituel de se dire que oui, il y a des hommes et des femmes politiques, et que ces femmes politiques, elles sont députées, elles sont sénatrices, elles sont maires, présidentes de départements, de régions, et elles sont ministres. Donc ça, oui. Après, je pense que sur le rapport au pouvoir, dans l'imaginaire, c'est un peu différent. Je pense que même si vous, des gens encore plus jeunes que vous, vous leur demandez de faire le portrait robot, l'emprison de la République, On l'écrit plus aux masculins. Le pouvoir, aujourd'hui, quand on le projette, quand on l'imagine, on l'écrit plus en part aux masculins. Et ça, c'est un sujet. C'est-à-dire que les femmes, comme les hommes, ont le droit d'avoir toutes les ambitions. Les ambitions de diriger des grandes entreprises, les ambitions d'être de grandes scientifiques, de grandes chercheuses, les ambitions aussi de pouvoir présider un jour. Et ça, je pense que c'est extrêmement important. Et ça, ça nous concerne tous, en tant que citoyens, de se dire qu'en fait, on doit pouvoir... Accepter l'idée qu'une femme comme un homme, de manière indifférente, puisse accéder à tous les postes et à toutes les fonctions.
- Speaker #0
Alors donc ça c'est la mission de votre ministère ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Donc la question que je me pose, par exemple moi je suis en études scientifiques, je suis en école d'ingénieur, et il y a beaucoup d'efforts qui sont faits pour la rendre le plus accessible aux femmes possible, notamment des bourses, essayer d'aller dans les lycées, etc. pour inciter les femmes à faire plus de sciences, parce que le constat c'est que moi dans ma promo il y a 20% de femmes. Comment votre ministère et comment l'État peuvent faire pour augmenter, pour que ces proportions ne deviennent plus normales ?
- Speaker #2
Alors déjà, c'est bien de noter que ce n'est pas normal. C'est important de le dire, notamment parce que vous, vous êtes dans cette filière-là. Donc c'est important qu'on ait des gens qui prennent la parole en disant « moi, je suis dans cette filière, mais ce que je constate n'est pas normal. Ça n'est pas normal qu'il y ait 80% d'hommes et 20% de femmes, parce que ce n'est pas la proportion normale qu'on devrait avoir dans la société et dans ce type d'études. » Donc il y a plein de choses qu'on doit faire. Il y a ce qu'on fait sur la question de la lutte contre les stéréotypes, parce que les inégalités, les stéréotypes, ça ne tombe pas du ciel. Ça commence dès la naissance, ça commence dès le berceau, comment on considère nos enfants, petites filles et petits garçons, les jouets qu'on va leur offrir, les manières avec lesquelles on les sollicite, les compliments qu'on va leur faire. On ne peut pas reproduire en permanence les mêmes stéréotypes, soit en tant que parents, soit en tant qu'enseignants, soit en tant que société. Merci. en considérant que les petits garçons peuvent être turbulents autant qu'ils veulent, mais qu'il faut surtout que les petites filles soient bien sages, en considérant que la cour de récré, il faut qu'au milieu, ce soit d'abord pour les garçons qui doivent jouer au foot et puis que les filles vont se contenter des bords pour jouer à la corde à sauter et ainsi de suite. Et ça, ce n'est pas anecdotique en fait. Parce qu'ensuite, c'est la manière avec laquelle vous occupez l'espace. Vous occupez l'espace dans la société. Parce que si depuis toute petite, on vous dit « prends la parole » versus « ce sera bien que tu te taises » , forcément, vous n'allez pas agir de la même manière ensuite. Vous allez vous sentir autorisé à exister, autorisé à prendre la parole, ou au contraire, considérer qu'on attend plutôt de vous de la discrétion. Pareil sur votre rapport à l'espace. Vous avez le droit de prendre l'espace, de l'occuper pleinement, ou est-ce qu'au contraire, il vaut mieux se mettre au bout de table et se cacher tout ? C'est très important, ça, parce que ça va structurer aussi la manière avec laquelle on peut évoluer. Il y a la question des filières scientifiques. C'est un enjeu majeur de souveraineté pour notre pays. c'est à dire on parle De souveraineté, ce mot-là est devenu à la mode, tout le temps. La souveraineté, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne doit pas dépendre des autres. Si on ne veut pas dépendre des autres, ça veut dire qu'il faut qu'on ait les compétences en France. Si on veut les compétences en France, ça veut dire qu'on ne peut pas se dire que la moitié de l'humanité en est exclue. Il faut des femmes et des hommes qui accèdent à ces métiers-là. Donc, c'est pour ça qu'on a fait des plans spécifiques, filles et maths, filles et sciences, de manière à garantir l'accès des filles à toutes les filières. Et inversement aussi. On a des filières aujourd'hui où les hommes sont sous-représentés, c'est pas normal. Quand vous regardez la magistrature, les proportions sont inverses par rapport à celles que vous avez en filière scientifique. Est-ce que c'est bien d'avoir que 80% de femmes dans la magistrature ? Non, moi je veux de la mixité. C'est pareil quand vous regardez les études de médecine aujourd'hui. Ce qui compte, c'est toujours d'avoir de la mixité, d'avoir de la diversité et d'avoir de la liberté. Que personne ne se sente contraint, que chacun se sente autorisé à être qui il est. à accéder aux filières auxquelles il veut accéder. ne dépendant que de son travail, de son mérite et de ses compétences.
- Speaker #0
C'est sûr. Je suis d'accord avec vous sur tout ce que vous disiez sur les stéréotypes. Est-ce que vous êtes pour mettre des quotas, par exemple ?
- Speaker #2
Oui, on est en train de le faire sur la partie prépa. Parce qu'aujourd'hui, on voit que le premier empêchement pour les études scientifiques qui beaucoup se font par d'abord une sélection et un concours d'entrée, c'est la question des classes préparatoires. Et aujourd'hui, dans les classes préparatoires, les filles sont se représenter en lettres. là où les garçons sont sous-représentés, et inversement sur la partie maths et sciences. Et donc, avoir des quotas, ce n'est pas dire qu'on veut moins de garçons, parce que s'il faut augmenter le nombre pour avoir plus de monde, tant mieux. C'est vraiment garantir qu'on ait au moins 30% de filles dans ces filières. Parce que si, en fait, c'est le sujet du vivier. C'est-à-dire que si progressivement, vous voyez que tout se réduit... Il y a de moins en moins de filles qui choisissent les options mathématiques et scientifiques. Elles sont de moins en moins nombreuses à aller en prépa. Elles seront de moins en moins nombreuses à aller ensuite dans les grandes écoles qui sont polytechniques, les mines, etc. Donc, on a besoin d'avoir des filles partout comme on a besoin d'avoir des garçons partout.
- Speaker #0
Donc, le but, c'est de mettre ces quotas pour ensuite changer les stéréotypes.
- Speaker #2
Changer les stéréotypes à la racine, dans la manière avec laquelle en tant que parent on agit, dans la manière avec laquelle en tant qu'enseignant on enseigne. dans la manière avec laquelle la société se comporte, parce que les médias aussi peuvent permettre justement de lutter contre ces stéréotypes, ou au contraire, ils peuvent plutôt faire en sorte qu'ils soient en permanence reconduits. Donc ça, c'est tout le monde. Et après, c'est garantir un socle minimal d'accès à des filières. Parce que ce qui doit compter, ce n'est pas le sexe qui doit compter, c'est la compétence, c'est le potentiel, c'est l'énergie, le talent, l'envie et rien d'autre.
- Speaker #1
Pour rester sur l'égalité, il y a un autre type d'égalité dont on parle beaucoup, c'est l'inégalité salariale. Et est-ce que vous, à votre échelle, vous pouvez réellement lutter contre cette inégalité salariale ? Puisqu'on dit en plus, apparemment, une étude qui est sortie, qui explique qu'à partir d'une certaine période de l'année, c'est comme si les femmes n'étaient plus payées. Oui, exactement. C'était non-co-opéré récemment. Donc est-ce que déjà, c'est vrai, c'est vérifié ? Est-ce que vous pouvez lutter contre ça ?
- Speaker #2
Alors, c'est une étude qui est faite par une association qui s'appelle Les Glorieuses. qui dit que cette année, à partir du 10 novembre 11h31, c'est comme si les femmes travaillaient gratuitement. C'est-à-dire, en fait, ils disent, voilà, on regarde l'écart moyen de rémunération qu'il y a entre les femmes et les hommes, ça veut dire que ça équivaudrait au fait qu'on travaille gratuitement entre le 10 novembre et le 31 décembre. Donc, c'est imager ce que veulent dire les inégalités pour que chacun réalise l'impact que ça a sur nos vies. Alors, déjà, on a agi. Depuis 2007, cet écart salarial, il s'est réduit. Donc ça, c'est quand même important de le dire. Voir que la courbe, elle baisse année après année sur les écarts de rémunération. Ensuite, ça dépend de ce qu'on regarde. Quand on dit à 14% d'écart, c'est 14% de revenu moyen. Sauf que ça, ça ne prend pas en compte les filières. Et ça revient à votre question d'avant. C'est-à-dire qu'en fonction des filières dans lesquelles on s'engage, il y en a qui rémunèrent mieux que d'autres. Et ça, d'ailleurs, est un sujet. Comment on rémunère mieux des filières qui sont essentielles, métiers du soin, du lien ? Les femmes sont surreprésentées et bien moins payées que dans des métiers d'ingénierie par exemple, ou des métiers avec des compétences scientifiques ou mathématiques. Donc ça, c'est extrêmement important. Et il y a la question du temps plein ou du temps partiel. 14% d'écart de rémunération, c'est aussi parce que les femmes sont beaucoup plus à temps partiel qu'à temps plein. Quand c'est choisi, ce n'est pas un problème. Une femme qui fait le choix de dire... Moi, j'ai envie d'avoir du temps pour moi ou d'avoir du temps pour ma femme ou un homme qui fait ce choix-là, parce qu'il n'y a pas de raison que ce soit que les femmes qui fassent ce choix du temps partiel pour s'occuper des autres. Ce n'est pas un problème, c'est une liberté. Quand c'est subi, parce qu'on pense à leur place, parce qu'on dit « Ah, mais quand même, vous venez de rentrer de maternité, ce serait peut-être bien que vous leviez un peu le pied » . En fait, moi, je n'ai pas envie qu'on pense à ma place. Moi, je l'ai subi quand j'étais enceinte. J'étais présidente de groupe à l'Assemblée nationale et j'avais l'impression que je ne donnais jamais la bonne réponse. Soit, quand on me pose la question, comment ça va se passer quand vous aurez votre bébé, vous allez revenir, etc. Parce que vous êtes député, il n'y a pas de congé maternité, les choses ne sont pas organisées comme ça. En fait, soit j'étais une mauvaise mère parce que je disais que je voulais revenir et reprendre mon job, soit je n'étais pas vraiment une femme politique parce que je disais que je voulais m'occuper de ma fille. À un moment, il faut de la liberté. Il faut qu'on foute la paix aux gens. Il faut qu'ils puissent, à un moment, faire ce qu'ils considèrent être bien pour eux, pour leur santé, pour leurs enfants, pour leur famille. Ces 14%, c'est des choix de filière qui ne sont pas les mêmes. Et ça, la société peut agir. Et c'est du temps partiel. Si on regarde par contre exactement au même poste.
- Speaker #0
Et au même diplôme.
- Speaker #2
Et au même diplôme, au même poste, là c'est 4%. Donc c'est 4% qui sont intolérables. Parce que là, il n'y a aucune justification. Mais c'est plus 14%. Donc on a progressé. Puis à ce qu'a fait la loi, on a créé un index pour mesurer les inégalités. Et les entreprises qui ne respectent pas le cadre, elles sont sanctionnées. Elles ont des sanctions financières, notamment.
- Speaker #1
Moi, j'aimerais bien revenir à votre poste de ministre en tant que telle. Parce qu'en fait, quand on en parle avec des gens de 19-20 ans, c'est assez flou, ce que fait un ministre. Et est-ce que vous pourriez nous dire concrètement, c'est quoi votre journée type de ministre ? Non, si vous allez me dire que ça ne se ressemble jamais, je ne veux pas.
- Speaker #0
C'est exactement ce que je vais vous dire.
- Speaker #1
Je vais donner la grosse. Mais de comprendre un petit peu, quelle est la part administrative, quelle est la part politique, il y a des vraies propositions. qu'est-ce qui se passe dans une semaine même de ministre
- Speaker #2
Je peux vous dire ce qui revient, quoi qu'il arrive, toutes les semaines. S'il revient toutes les semaines, c'est quoi ? Le lundi matin, je réunis mon équipe, c'est-à-dire mon cabinet ministériel, les gens qui travaillent pour moi, mon directeur de cabinet, qui lui fait le lien et l'interface avec les administrations au quotidien. Mon équipe qui travaille sur les sujets techniques, ici la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations, là la haine anti-LGBT, là l'égalité entre les femmes et les hommes, là la lutte contre les violences, et puis l'équipe travaille sur la communication. les relations avec le Parlement. Là, je réunis mon équipe. Ensuite, je vais réunir mes services, c'est-à-dire les administrations dont j'ai la responsabilité. Parce que c'est moi qui vais dire concrètement les intentions politiques qui sont les nôtres. Donc voilà ce qu'il va falloir retranscrire pour garantir que ça existe vraiment. Quand on parle d'égalité salariale, si on fait la loi mais qu'ensuite elle n'est pas appliquée, ça ne sert pas à grand-chose. Quand on parle de lutte contre les violences, si on change les procédures judiciaires, l'accompagnement, mais que derrière, ce n'est pas appliqué, etc. Ça ne change pas grand-chose. Donc, je vais réunir mes services. Après, il y a des temps au Parlement. Et donc là, ça va dépendre du débat parlementaire. Donc, il y a ce qu'on appelle les questions d'actualité au gouvernement. Il y en a à l'Assemblée le mardi. Il y en a à l'Assemblée au Sénat le mercredi. Donc ça, quand on a des questions, évidemment, on est présent parce que c'est notre obligation. On est contrôlé par le Parlement. Donc, on n'a pas d'autre choix, évidemment, que d'être là. Quand j'ai des textes, c'est-à-dire des projets de loi ou des propositions qui sont en discussion à l'Assemblée nationale et au Sénat, je suis présente. Récemment, on a fait adopter une proposition de loi importante sur la question des violences sexuelles, sur la question de la définition pénale du viol. Et ça, ça veut dire que c'est moi qui suis ce qu'on appelle au banc, c'est-à-dire que je suis physiquement sur le banc des ministres à l'Assemblée nationale et au Sénat pour répondre aux amendements des parlementaires, donner l'avis du gouvernement, porter nos convictions. Il y a les déplacements. Moi, j'essaie de faire beaucoup de déplacements parce que ça ne suffit pas d'être ici. Donc, la semaine dernière, j'étais dans le Pas-de-Calais. La semaine prochaine, je serai dans la Somme. Ensuite, je vais aller dans l'Indre, l'Indre-et-Loire et le Cher. Je vais essayer de retourner à La Réunion et d'aller à Mayotte en fin d'année. Donc ça, j'essaie au moins une à deux fois par semaine de faire des déplacements pour rencontrer des associations, rencontrer des entreprises, débattre avec les Français, rencontrer des élus. Donc, c'est tout ça, répondre à des interviews. Ça fait aussi partie du job. Donc, juste avant vous, j'étais chez Pascal Praud sur Cien News et Europe 1. Vous voyez, pour le passif, il faut parler à tout le monde. Ça, c'est aussi notre responsabilité. Donc, je ne peux pas vous dire de 8h du matin le lundi jusqu'au week-end. Voilà, exactement. Chaque semaine, c'est toujours la même chose. Mais il y a, quoi qu'il arrive, ces grands jalons-là que je vous ai décrits.
- Speaker #0
Donc, du management, de la communication, de l'intention politique,
- Speaker #2
l'idée qu'on est politique, ce qu'on a envie. de portée, garantir que ça se retranscrive ensuite dans les administrations, dans nos services, que ce soit vrai sur le terrain et qu'on s'en rende compte, qu'on réponde aussi aux sollicitations du Parlement et qu'on fasse avancer des textes législatifs et qu'on en fasse parler, parce que c'est aussi important que les Français sachent ce qu'on fait, puisqu'on est dans un moment qui n'est pas simple, politiquement, donc il faut aussi expliquer, répondre aux questions pour espérer que les gens comprennent un peu plus ce qui se passe.
- Speaker #0
Alors, j'ai une question, parce que Merci. concrètement, comment vous faites pour avoir de l'impact sur toutes les missions et tous les problèmes dont on discutait ? Est-ce que ce n'est pas plus au rôle de l'éducation nationale ? Pour tout ce qui est stéréotypes, éducation, comment vous faites concrètement ?
- Speaker #2
Nous, on travaille ce qu'on appelle en interministériel. Interministériel, ça veut dire qu'il y a des politiques qu'un ministre ou un ministère ne peut pas porter tout seul. Typiquement, quand on parle d'égalité entre les femmes et les hommes et de lutte contre les violences, il y a des ministères avec lesquels... on doit travailler et ils doivent travailler avec nous. Donc ça, c'est ministre à ministre, c'est administration avec administration, et que ce soit au niveau national ou au niveau local. Donc quand on parle des stéréotypes, quand on parle des plans filles et maths, quand on parle des plans filles et sciences, évidemment, on se travaille main dans la main avec le ministère de l'Éducation nationale et avec le ministère de l'Enseignement supérieur de la Recherche. Quand on parle lutte contre les violences, on se travaille main dans la main avec le ministère de l'Intérieur quand il s'agit de former des policiers ou des gendarmes, de garantir que le dépôt de plainte soit... effectifs, que les personnes soient bien reçues, qu'il y ait des intervenants sociaux dans les commissariats ou dans les gendarmeries. Je travaille évidemment avec le ministère de la Justice, le traitement judiciaire, l'accompagnement, la formation aussi des magistrats. On travaille aussi avec le ministère de la Santé sur la question de la santé des femmes, qui n'est pas que la santé sexuelle, ce n'est pas la question uniquement de l'IVG, de l'accès à la contraception, c'est en général la santé des femmes qu'on fait pour mieux l'appréhender, faire plus de prévention. mieux rembourser, mieux faire connaître un certain nombre de droits. On a travaillé pendant les JO beaucoup avec le ministère des Sports, parce que là aussi, quand on parle de stéréotypes, c'est la représentation des femmes aussi sur le sport au quotidien, mais en tant que licenciées sportives ou pratiquantes, mais aussi les athlètes. Donc en fait, il y a quasiment tous les ministères à un moment avec lesquels on est en lien, en interaction avec lesquels on doit travailler.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une difficulté qu'on ne soupçonne pas avant de devenir ministre ?
- Speaker #2
C'est très différent du rôle de députée. Moi, j'ai été députée de 2017 à juillet 2023. En plus, j'étais présidente de groupe à l'Assemblée nationale. Mais c'est vraiment un rôle qui est différent. Alors, il y a des choses qui restent. Évidemment, l'aspect politique des choses reste. Le lien, justement, avec les parlementaires reste. Mais on n'est pas dans les mêmes fonctions. Le parlementaire, sa fonction, c'est une fonction de contrôle du gouvernement. Qu'est-ce que le gouvernement fait ? C'est un rôle d'initiative, déposer des propositions de loi, déposer des amendements, participer au débat. Puis c'est un rôle de terrain aussi, là où il est élu, que ce soit au niveau du département pour un sénateur ou de sa circonscription pour un député. Un ministre, c'est différent. Un ministre, lui, doit porter, initier les politiques publiques, vérifier que tout le monde est d'équerre et que tout le monde bosse et avance dans chacune des administrations. Parce que c'est ça la plus grande difficulté. Surtout qu'on est dans un moment, on n'a plus de majorité à la semaine nationale. il y a beaucoup plus d'instabilité, beaucoup plus d'incertitude. Ce n'est pas parce qu'il y a de l'incertitude ou de l'instabilité que pour autant les choses ne doivent pas avancer. Donc il faut garantir que ça avance. Donc il faut tenir, être extrêmement présent, être extrêmement vigilant, attentif, pour que partout, les choses continuent à avancer malgré tout.
- Speaker #1
Alors à l'inverse, ce n'est pas pour vous les meilleurs moments qu'on vit en tant que ministre et qu'on ne pourrait pas forcément vivre en tant que parlementaire ?
- Speaker #2
J'ai eu des grands moments parce que quand j'étais députée et présidente de groupe, J'ai porté la constitutionnalisation de l'avortement.
- Speaker #0
Faire entrer la liberté des femmes de pouvoir avorter dans la Constitution, j'avais déposé la proposition de loi en tant que députée et au nom de mon groupe. Et puis après, je l'ai portée au nom du gouvernement en tant que ministre de l'égalité. Donc ça, c'est évidemment un moment qui est exceptionnel. Déjà parce que vous ne cherchez pas la Constitution tous les jours. Et puis se dire qu'on sanctuarise, on garantit une liberté des femmes qui est une liberté aussi essentielle dans la Constitution pour maintenant, mais surtout pour l'avenir. Ça, ça a été un moment extrêmement, extrêmement fort. Et puis, vous avez accès à des gens que vous ne rencontreriez pas sinon, et de tous les niveaux, et de tous les territoires. Et ça, c'est passionnant. C'est-à-dire que, vous voyez, quand j'étais dans le Pas-de-Calais, parce que c'est le déplacement le plus récent que j'ai fait, et que je rencontre une dame qui dirige l'épicerie sociale de Frévent, qui est la commune où j'étais. Il se trouve que cette dame, je comprends, on regarde notre échange, qu'elle a traversé sans doute des moments difficiles dans sa vie, peut-être même des violences. Et puis qu'elle a réussi à transformer ça, à élever ses enfants, à s'en sortir, à créer l'épicerie. Elle a 300 familles chaque mois. Donc ça, c'est des gens que je ne rencontrerai pas si je n'étais pas ministre. Donc vous rencontrez à la fois des très grands patrons. J'ai eu la chance d'être au G20 pour représenter la France à Johannesburg en Afrique du Sud. puis la semaine d'après je suis dans le Pas-de-Calais et en fait les deux Moi, ça m'importe autant parce que je trouve ça aussi important, aussi utile. Et je sais à quel point j'ai de la chance d'avoir ces moments-là, à la fois des moments où vous représentez la France à l'international, où vous rencontrez vos homologues, où vous rencontrez des grandes personnalités du monde artistique, culturel, sportif, entrepreneurial, et celles et ceux qui, concrètement, font que notre pays tient, il tient debout et qui continue à avancer.
- Speaker #1
C'est en bien. Et comment votre nomination en tant que ministre se passe ? Comment vous receviez un coup de fil de Sébastien Lecornu ? C'était quoi votre réaction ? Comment ça se passe à chaque fois ?
- Speaker #0
Alors ça a été passé à plusieurs reprises. Maintenant, pour moi, je suis devenue ministre pour la première fois des Solidarités et des Familles. Donc c'était en 2023. Donc là, c'était Elisabeth Borne qui était la première ministre. Donc si Elisabeth Borne m'en parlait, parce qu'on travaillait déjà beaucoup ensemble. Elle était première ministre, j'étais présidente de groupe. Donc on se voyait tout le temps, on se parlait tout le temps. je savais qu'elle voulait que En cas de remaniement, j'intègre le gouvernement, donc les choses se sont faites de manière, j'allais dire, assez naturelle, parce qu'on en parlait assez ouvertement. Et puis à la fin, vous avez toujours des contingences, donc parfois les ministères évoluent, changent la composition, parce que nous on a imposé la règle de parité, et puis au-delà de la parité, il y a aussi l'équiline des territoires. On ne peut pas tous venir des mêmes départements, on ne peut pas tous venir des mêmes régions. La question de l'âge, la question aussi des mouvements politiques. Alors à l'époque, c'était avec le Modem et Horizon. Aujourd'hui, ça s'est encore un peu élargi avec l'UDI, avec les LR. Donc il y a toujours un peu des contingences. Mais ça s'est fait de manière assez naturelle. Et puis ensuite, quand j'ai été renommée à l'égalité sous Gabriel Attal, sous François Bayrou et sous Sébastien Lecornu, ça a été le président de la République qui m'en a parlé les trois fois et qui me l'a annoncé, même si c'était en lien évidemment très direct. avec ses premiers ministres. Donc, il n'y a pas de mode d'emploi. Je pense qu'il y en a d'ailleurs qui la prennent de manière différente en fonction des liens que les uns et les autres ont pu avoir. Ici, le président de la République, là, avec le ou la première ministre. Mais voilà, ça se passe comme ça.
- Speaker #2
Avant de passer à quelques questions d'actualité, je vais vous poser une question un peu légère. Est-ce que vous êtes un gouvernement ? Donc, c'est, comment dire, vous travaillez ensemble. Vous avez dit, est-ce que, par exemple, vous avez un groupe ? WhatsApp, vous pouvez t'éliminer dessus comme un groupe de famille où on échange, on discute.
- Speaker #0
On a plein de boucles, parce qu'entre WhatsApp, Telegram, Signal, AllVide, on a plein d'applications, etc. On essaie de faire en sorte que ça soit un peu sécurisé aussi. Donc oui, j'ai des boucles d'échange avec le Premier ministre, j'ai des boucles avec des ministres, j'ai des boucles avec des députés. On a même un groupe où il y a tout le gouvernement. Donc voilà, il y a un peu de tout. C'est aussi en fonction de nos parcours, de nos affinités, des sujets qu'on a envie de traiter. Mais oui, déjà on se parle, on se voit au Conseil des ministres, on se voit dans les séminaires, on se voit au Parlement beaucoup, à l'Assemblée, au Sénat pendant les questions d'actualité. On se voit parce qu'on a des sujets qu'on a envie de faire ensemble et de faire avancer ensemble. Et puis oui, on peut aussi échanger. Mais moi, je préfère qu'on se voit physiquement, qu'on fait mieux avancer les choses quand on se voit que sur les boucles.
- Speaker #2
Alors pour revenir à l'actualité. J'ai une question un peu spécifique. C'est sur Paris, c'est-à-dire que récemment, Gabriel Attal, avec Renaissance, ont soutenu la candidature de Pierrick Bournaldet. Je pense que ce n'est pas un secret que vous, vous êtes plutôt du côté de Rachel Aziz. Je ne veux pas vous parler de Paris, peut-être que c'est un sujet compliqué, mais de façon plus générale, est-ce qu'on peut marquer clairement un désapport avec son présent parti ?
- Speaker #0
La preuve ?
- Speaker #2
Mais est-ce que vous n'avez pas ensuite, vous, un appel de Gabriel Attal ?
- Speaker #0
Non, mais il ne m'a pas appelé parce que moi, ma position, elle était claire et connue. Moi, j'ai envie qu'on puisse gagner Paris parce que je suis aussi élue d'Île-de-France. Dans les Yvelines, on est ce qu'on appelle en grande couronne et on a beaucoup souffert des décisions prises par la mairie de Paris et qui ont beaucoup impacté notre vie. Celles de ceux qui veulent se rendre à Paris. qui bosse à Paris, dont les enfants font des études à Paris. Et moi, j'ai envie d'avoir un Paris qui soit à nouveau ouvert, qui soit à nouveau dynamique. Puis je pense qu'il y en a une qui peut gagner, qui se trouve qu'elle est ma collègue au sein du gouvernement, et qui s'appelle Rachida Dati. Donc je préfère gagner avec Rachida Dati que de perdre avec les autres. Parce qu'elle, je pense qu'elle est en capacité de pouvoir le faire. Donc moi, j'ai dit, la preuve, je l'ai dit. Et puis de toute façon, moi, je n'ai jamais, et je ne dirai jamais quelque chose en quoi je ne crois pas. Sinon, je fais autre chose. Je vais avoir 39 ans dans quelques jours. J'ai une famille, j'ai une petite fille. J'ai, je crois, quelques compétences. Donc, le jour où je n'ai plus la liberté de parole, je fais autre chose. Je suis venue parce que j'ai des convictions, des choses auxquelles je crois et auxquelles je crois sincèrement, des combats que j'ai envie de mener. Sinon, encore une fois, il vaut mieux aller travailler ailleurs, aller gagner sa vie ailleurs. Donc, si je suis là, c'est parce que j'estime que j'ai des choses à dire et à faire. Et que j'entends bien pouvoir les dire, pas par principe ou par plaisir d'être en désaccord, mais parce que si j'avais été en accord avec la décision, je l'aurais soutenue. Mais là, je pense que ce n'est pas la bonne décision.
- Speaker #1
Et ça paraît normal d'avoir ce mot à dire dans une démocratie, quand même.
- Speaker #0
Exactement. Les partis politiques devraient aussi être des démocraties.
- Speaker #1
Et donc, pour revenir à ce qui se passe, le gouvernement de Locornion est tombé très rapidement. Est-ce que vous l'avez vu venir ? Comment vous l'avez vécu personnellement ? Est-ce qu'après, je ne sais pas, vous étiez anxieuse de ne pas être rappelée ?
- Speaker #0
Alors... C'était vraiment très particulier. C'est-à-dire qu'on est nommé le dimanche et le lundi matin, le Premier ministre fait le choix contraint de la démission, mais aussi pour mettre un peu tout le monde face à ses responsabilités en disant « Un moment, on n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Si on n'est même pas capable de former un gouvernement qui tient et solidaire les uns des autres, dans ces cas-là, il vaut mieux en effet qu'on arrête tous et qu'on passe la main à d'autres. » Sauf que passer la main à d'autres, c'est un saut vers l'inconnu. Et c'est un risque d'instabilité majeur pour le pays. Donc, je crois qu'il a été courageux de faire ça. Et je crois que ça a un peu sonné tout le monde. Personne ne s'attendait à se réveiller le lundi matin alors que le lendemain, on s'était couché avec un nouveau gouvernement en disant, OK, le Premier, il vient de démissionner. Et donc, comme ça a remué tout le monde, sonné tout le monde, ça a remis un peu d'équerre, je pense, les uns et les autres, quels que soient les partis politiques. Et je pense que c'est ça qui a permis peut-être de débloquer un peu la situation, se dire, oui, on a... Les ministres qui viennent de la droite et qui ont accepté de rester, même s'ils sont suspendus de leur parti politique, ce qui n'est pas une décision évidente pour eux. Oui, on a un partialiste qui ne gouverne pas avec nous, qui est dans l'opposition, clairement, mais qui est prêt quand même à s'y déconcession. Et est-ce qu'on puisse avancer ? On verra jusqu'où on va, si on y arrive. Mais en tout cas, pour l'instant, qui est dans cette démarche-là. Je pense que ça, c'était important. Et puis après, c'est ce que je disais tout à l'heure, il n'y a jamais de mode d'emploi sur un remaniement. moi je savais que le président de la République et le Premier ministre avaient envie que je reste au gouvernement. Et moi aussi, j'ai envie d'y rester parce que j'avais envie d'aller au bout d'un certain nombre de chantiers, de sujets que j'avais initiés ici. Ils ne sont pas finis du tout. Sur la lutte contre les violences, sur la lutte contre l'antisémitisme, sur la lutte contre les discriminations et l'égalité des chances. Et donc, ils ont considéré que j'avais encore ma place. Et après, voilà, c'est la vie. Moi, j'ai des gens que j'estime beaucoup. qui était au gouvernement, qui l'a redevenu députée. Si politique, elle est aussi faite de moments qui sont plus difficiles, personnellement, intimement, qui peuvent être injustes aussi. Pas parce que vous avez été un mauvais ministre que vous ne restez pas. Mais parce qu'il y a des circonstances qui justifient que d'autres doivent entrer, que certains ont moins leur place, etc. Donc c'est évidemment des moments qui ne sont jamais les plus agréables, si on est honnête. Moi, il se trouve qu'il se fait le choix. de considérer qu'il fallait mieux que je reste.
- Speaker #2
Vous étiez porte-parole de façon assez éphémère. Est-ce que vous étiez déçue de ne pas la rester ou pas ?
- Speaker #0
Moi, l'image que je donne dans la formation d'un gouvernement, c'est un peu un remix cube. C'est-à-dire que dès que vous déplacez une pièce, ça déplace toutes les autres. Et donc, on le sait. Au moment où on intègre un gouvernement, moi, je préférais rester à choisir vraiment au ministère de l'Égalité, la lutte contre les discriminations, parce que je me disais que c'est là où je pouvais avoir un impact. Regardez les sujets dont on a parlé, on a parlé de la lutte contre les stéréotypes, on a parlé des filières scientifiques, l'égalité salariale, on a parlé de la lutte contre les violences, de la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, la NLGBT, la question de la lutte contre les discriminations et l'égalité des chances, que ce soit en fonction du territoire duquel on vient, que ce soit en fonction du nom de famille qu'on porte. Donc tous ces sujets-là, moi j'ai envie de continuer à les porter. Et pour ça, il faut aussi s'inscrire un peu dans un temps long. Si le ministre change tous les trois mois, il y a des sujets que vous n'avez pas le temps de porter, ou pas jusqu'au bout. Et moi, j'avais envie d'aller au bout.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors j'ai une question un peu polémique sur un sujet qui s'est passé quelques mois, mais qui a beaucoup fait parler. Donc vous avez suspendu le compte TikTok. Vous avez demandé à faire...
- Speaker #0
Je n'ai pas suspendu.
- Speaker #1
Vous avez demandé à Siptock de faire suspendre le compte TikTok d'Adé Laurent. Est-ce que vous pensez que c'est au rôle de l'État, ou de vous, ou d'un ministre, de faire ce travail de régulation sur les réseaux ?
- Speaker #0
Non. En fait, on voit qu'on a un enjeu majeur de régulation des réseaux sociaux. Si moi, dans votre interview, je tiens des propos racistes, antisémites, LGBTphobes, qui incitent à la violence, en fait, vous n'aurez pas le droit de les diffuser. Parce que si vous les diffusez à un moment, comme vous êtes producteur de votre émission, vous, vous pourrez être mis en cause. Et moi aussi, je peux être mis en cause. Mais il n'y a pas de raison que ça... dans une émission de télé, dans un podcast, ce soit interdit, puis qu'on se dise, en fait, c'est pas grave si je crée mon propre compte et que sur mon propre compte, je peux déverser ma haine de l'autre.
- Speaker #1
Parce que c'est la haine de l'autre. Sur TikTok, il y a des régulations. Oui,
- Speaker #0
il ne vous a quand même pas totalement échappé. Vous pouvez quand même y trouver des contenus qui sont des contenus qui incitent à l'haine. Aujourd'hui, plus jeunes que moi, et on le voit parmi ceux qui sont encore plus jeunes que vous, l'influence que ces réseaux sociaux ont sur nos vies. À 11 ans, 12 ans, 13 ans, TikTok dit à partir de 13 ans, mais enfin on est tous lucides sur le fait qu'il y a des jeunes bien avant 13 ans qui ont déjà un téléphone portable dans les mains, malheureusement, et qui ont déjà des comptes sur les réseaux sociaux, et qui sont contaminés par ça parce que ça devient une addiction, ça devient une dépendance parce qu'ils les regardent en permanence, parce qu'ils se comparent les uns aux autres, parce qu'ils se font cyber harceler. On a des gamins très jeunes qui ont été jusqu'à mettre fin à leur jour. avec parfois des modes d'emploi qu'ils ont trouvés sur les réseaux sociaux pour parvenir à cette fin-là. Donc oui, on a un enjeu majeur de régulation. Et donc moi, c'est aussi mon rôle. Parce que les sujets de lutte contre l'haine, contre toutes les formes de haine, c'est partout et tout le temps. C'est dans les transports, c'est sur un lieu de travail, c'est dans la rue, c'est dans les médias, c'est aussi sur les réseaux sociaux. D'autant plus que c'est d'abord ça et d'abord comme ça. que les plus jeunes aujourd'hui s'informent. Et parfois se déforment aussi sur un certain nombre de sujets, notamment quand on parle d'égalité entre les femmes et les hommes.
- Speaker #1
Après la ligne, je parle de régulation, entre réguler le contenu qui ne va pas et la liberté d'expression, elle est assez fine ?
- Speaker #0
Non, elle n'est pas assez fine en fait.
- Speaker #1
Où on trace la ligne ?
- Speaker #0
Mais dans la loi. La ligne elle est tracée dans la loi. L'antisémitisme ce n'est pas une opinion, c'est un délit. Le racisme, ce n'est pas une opinion, c'est un délit. L'homophobie, ce n'est pas une opinion, c'est un délit. L'apologie de la haine, c'est pareil. Et donc, il y a un certain nombre de contenus qui n'ont pas le droit d'exister en France. Alors, il y a d'autres pays, d'autres démocraties qui considèrent, aux Etats-Unis, qu'on a le droit de tout dire. Aux Etats-Unis, vous pouvez faire l'apologie du nazisme. C'est autorisé, ce n'est pas illégal. C'est révulsant, c'est amoral, mais ce n'est pas illégal. En France, heureusement, il y a des choses que vous n'avez pas le droit de dire. Et parce qu'on considère que ce sont des faits qui sont trop graves, des qualifications qui sont trop graves, et qu'en plus, à force sinon de les entendre, on commence à y croire et à y adhérer. Et quand vous regardez, il y a un sondage qui est sorti il y a peu de temps sur la question de l'antisémitisme, où il y a presque un jeune sur deux de 16 à 24 ans, un sur deux de 16 à 24 ans, qui ne sait même pas ce que veut dire la Shoah. Un surde. Alors vous, vous savez, et puis j'espère que ceux qui nous regardent ou nous écoutent savent. Mais ça, ça veut dire que si vous laissez en même temps prospérer l'A.N., l'appel à l'A.N., l'utilisation de termes, que vous laissez se galvauder, etc., vous participez aussi à ça. Et nous, on ne doit pas participer à ça. On doit poser des lignes claires, je trouve, dans nos démocraties par rapport à nos vannes.
- Speaker #1
Et comment vous pouvez forcer la main ? On voit par exemple qu'Instagram a fait un peu marche arrière sur ces régulations quand Trump a été élu. Pour au contraire laisser plus de liberté d'expression, comment vous dites voilà, on n'est pas d'accord, il faut qu'il y ait un cadre.
- Speaker #0
C'est ce qu'a commencé dans la République, notamment en lançant un grand tour de France où il va justement en lien avec des jeunes, avec des professionnels de santé, avec des enseignants. Parce que les réseaux sociaux, ils ont un impact multiple, ils ont un impact sur nos démocraties, comment on s'informe ou comment on se désinforme. Ils ont un impact sur notre santé, notre santé mentale, notre santé physique. Ils ont un impact sur la diffusion malheureusement de la haine. dans un certain nombre de cas. Donc, il y a des régulations. au niveau européen et au niveau français. Quand on parle d'une majorité numérique à 15 ans, avant 15 ans, on ne devrait pas avoir de comptes sur les réseaux sociaux parce qu'on considère qu'on n'est pas suffisamment mature sur un certain nombre de sujets. Je crois que c'est une mesure de protection de nos azotes.
- Speaker #1
C'est à mettre en place.
- Speaker #0
Vous savez, quand vous faites un achat sur Amazon, vous vous êtes vérifiés. On vérifie votre identité.
- Speaker #1
Avec un mail, vous pouvez faire ça sur Amazon.
- Speaker #0
Oui, enfin, on vérifie votre identité, on vérifie votre carte bancaire.
- Speaker #1
Votre carte bancaire.
- Speaker #0
Donc, c'est possible. Donc, vous voyez, c'est possible de le faire pour Amazon, qui, je crois, est une société qui ne va pas trop mal et qui réussit même à gagner de l'argent, ce qui n'est pas le cas des réseaux sociaux, où ils en perdent et ils ne vérifient pas. Donc, à un moment, c'est-à-dire que c'est possible. Mais oui, c'est contraignant. C'est contraignant pour eux, pas pour nous. C'est contraignant pour eux. mais je pense que sinon on va en payer le prix très très très charmant dans nos démocraties. C'est pas un hasard par exemple, si en Chine, qui je crois a un peu inventé TikTok, TikTok n'est pas utilisé.
- Speaker #3
Je crois que les contenus sont différents pour le coup.
- Speaker #0
Il y a la volonté de les promouvoir ailleurs, il y a la volonté de les promouvoir ailleurs, mais pas forcément sur leur propre sol de la même utilisation. Donc ça dit quelque chose aussi sur à quel point ça peut être des armes. Donc on peut les utiliser pour le meilleur, comme on le fait, on débat. On n'est pas forcément d'accord, on diffuse des idées, des gens qui vont commenter, qui vont dire je suis d'accord, je suis pas d'accord. Ça c'est un vrai débat démocratique, c'est sain et c'est bien de l'avoir. La haine, c'est pas du débat.
- Speaker #2
Alors juste avant de laisser Samy le conclure avec sa dernière question, j'aimerais vous parler rapidement de l'avenir. Est-ce qu'en 2020 vous imaginez retourner en privé, retourner au Parlement, être candidat d'une primaire par exemple, ou pas ?
- Speaker #0
Alors déjà il faut qu'il y ait une primaire.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Mais je vous remercie de dire oui. Mais moi, je me bats pour ça. Pourquoi ? Parce que 2027, ça va être une élection peut-être historique, mais il ne faut pas qu'elle le soit, je le trouve dans le mauvais sens du terme. Si on se réveille en mai 2027, avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella, élu président de la République, je pense que on n'en mesure peut-être pas encore tous les conséquences. Les conséquences sur notre vie sociale, les conséquences sur la démocratie, les conséquences sur notre économie. Donc, si on ne veut pas que ce soit la seule perspective, la seule option dans notre pays, c'est-à-dire qu'il faut s'organiser, se structurer d'un point de vue démocratique. Et donc s'organiser, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que on ne doit pas avoir deux, trois ou quatre candidats venant de ce qu'on appelle le bloc central, Renaissance, Modem, Horizon, l'UDI, peut-être même les LR, mais il vaut mieux avoir une candidature unique. Et si on veut une candidature unique, le seul levier pour sélectionner, pour choisir, C'est qu'il y ait une primaire, que les Français puissent voter et que les Français puissent dire je veux telle candidate ou je veux tel candidat. Donc avant de savoir qui doit pouvoir être candidat, moi je me bats déjà pour garantir qu'il y ait une candidature unique et qu'il y ait une primaire.
- Speaker #1
D'accord. Alors juste en terminant, si on peut parler deux minutes de la réforme des retraites qui va être votée tout à l'heure.
- Speaker #0
On verra, en tout cas il y aura un débat.
- Speaker #1
La suspension ou pas ? J'aimerais bien avoir votre avis sur notre système de répartition. Est-ce que vous pensez qu'il faut suspendre la réforme ? Est-ce que vous pensez qu'au contraire, il faut réformer complètement et passer par une retraite par capitalisation, ce qui aurait plein d'avantages ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Speaker #0
Déjà, je pense que le débat sur les retraites ne va pas s'arrêter aujourd'hui.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Clairement pas. Moi, je prends un modèle qui est le nôtre, qui est un modèle par répartition, un modèle de solidarité intergénérationnelle. Sauf que ce modèle de solidarité intergénérationnelle, il commence à être de plus en plus difficile à financer, pour une raison démographique assez simple. Il y a de plus en plus de gens qui partent à la retraite, et il y a de moins en moins d'actifs. Et ça risque de s'aggraver parce qu'il y a en plus de moins en moins de naissances. Donc la situation qu'on vit, elle ne va pas s'améliorer, elle va s'aggraver. Donc comment on fait pour garantir de la solidarité, garantir que ceux qui ont travaillé puissent bénéficier des choix de leur travail à la retraite et avoir une retraite digne, garantir aussi que ceux qui ont eu des accidents de la vie, je pense par exemple à des gens qui ont été aidants, familiaux, qui sont des millions dans notre pays, avoir dû s'arrêter de travailler parce qu'il y a un enfant en situation de handicap, un parent malade. ne se retrouvent pas sans rien au moment de la retraite. Donc ça veut dire que quel que soit le vote des députés et quelle que soit la copie finale qu'il y aura sur la suspension ou pas de la réforme des retraites, le débat ne va pas s'arrêter aujourd'hui. Et le débat doit être au cœur de la campagne présidentielle. Est-ce qu'on maintient notre modèle ? Est-ce que c'est un modèle partagé entre une part de répartition et une part de capitalisation ? On a déjà une possibilité de capitalisation aujourd'hui. On a déjà des dispositifs fiscaux, mais ils sont très peu utilisés. Ils sont beaucoup plus utilisés un peu par les mêmes personnes. Il faut que ce soit bien plus partagé, je pense, beaucoup mieux diffusé.
- Speaker #1
Ça permettrait de libérer pas mal d'argent pour les fonds de pension ?
- Speaker #0
Ça permettrait, plutôt que d'avoir une épargne qui n'est pas forcément très productive, d'avoir une épargne qui devient productive, qui est fléchée vers les bons investissements, notamment d'ailleurs en France, auprès de nos PME, de nos ETI, de nos entreprises, et puis qui permet de se préserver un capital pour sa retraite. Mais ça, je pense que ce n'est pas un débat qui se fait là, maintenant, au détour de ce projet. projet de loi de financement de la sécurité sociale. Ça doit être un vrai débat. Toute la société est interrogée. Quel modèle on veut ? Quel financement on veut ? Quels efforts on est prêt à faire ou quels efforts on n'est pas prêt à faire ? Parce que sinon, on va se retrouver dans la situation où de toute façon, on ne pourra plus payer. Vous vous rendez compte ? Juste pour donner un chiffre, je ne sais pas, vous avez enrichi juste un. Cette année, juste pour financer les nouvelles personnes qui arrivent à la retraite et qu'ils aient leur retraite, ça nous coûte 6 milliards d'euros. C'est 6 milliards d'euros en plus sur les retraites en 2026, juste pour financer. les nouvelles personnes qui arrivent à la retraite. Donc ça veut dire que ce rythme-là, de toute façon, avec le modèle d'aujourd'hui, d'autant plus que certains disent qu'il faut travailler moins, il ne tiendra pas.
- Speaker #1
C'est sûr. D'accord. Merci beaucoup. Merci à vous. Juste avant de finir, on a une question qu'on pose à tous nos invités. Si aujourd'hui, vous pouviez faire passer une loi carte blanche sans qu'elle soit votée, elle est directe, elle est effective directement. Alors on y va tout de suite. Qu'est-ce que vous faites ?
- Speaker #0
Moi je travaille sur la loi cadre, sur les violences sexuelles, notamment violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Parce que ça je crois que c'est l'un des pires scandales qui existe et c'est une réalité qu'on ne veut pas voir, parce que c'est une réalité qui est extrêmement violente, extrêmement dérogeante. C'est les violences que subissent nos enfants dans nos propres familles, parce que c'est ça qui se passe. Donc oui, s'il y avait peut-être une loi où là en appuyant sur un bouton magique on garantisse qu'elle soit adoptée et surtout qu'elle soit appliquée. qu'elle change vraiment la vie des gens, ce serait la question de la lutte contre les violences, que ce soit des majeurs, des mineurs, les femmes, les enfants.
- Speaker #2
Merci beaucoup madame. Merci à vous.
- Speaker #1
Et merci à tous de nous avoir écoutés.
- Speaker #0
Au revoir.