- Voix générique
Réemployer, repenser, réinventer, ralentir, rêver, réenchenter, rééquilibrer, régénérer. Grrrr. Scénogrrrraphie Bienvenue dans Scénogrrrraphie, le podcast qui explore la transformation écologique de la culture. Suivez-nous dans les coulisses de l'écoconception de spectacles et d'expositions, guidé·es par des professionnel·les engagé·es. Observez avec vos oreilles. Écoutez des conversations libres et inspirantes pour envisager un futur résilient et joyeux. Le châssis là tu le mets plus à jardin, s'il te plaît. Scéno-grrrraphie.
- Emmanuelle Sacchet
Je m'appelle Emmanuelle Sacchet, je suis scénographe et membre de l'Augures Lab, toujours à la recherche de lieux inspirants où j'observe la transition écologique dans le monde de la création. Aujourd'hui, je vous emmène au cœur de Paris, et peut-être un peu en 1799, entre les murs chargés d'histoire du théâtre de la Comédie-Française. Bonjour, j'ai rendez-vous avec Benoît Simon, le directeur technique. Benoît Simon, un homme bien de son époque, et peut-être même en avance, quand il s'agit d'aborder les questions de développement durable. Dans sa vie personnelle, comme dans ses fonctions, il inscrit l'éco-responsabilité au cœur des pratiques techniques de la maison de Molière. Sans doute un parcours semé d'embûches, voire de solitude, mais il a su partager et transmettre la prise de conscience qu'il incarne, jusqu'à en faire une dynamique collective. Il est de fait un homme de l'ombre derrière la scène, mais un moteur essentiel de la transformation écologique de la Comédie-Française.
- Technicien
À cours messieurs !
- Emmanuelle Sacchet
Benoît Simon, si vous étiez un matériau, lequel seriez-vous ?
- Benoît Simon
Je crois que je serais du béton qui est en train de se fissurer pour laisser place à un nouveau matériau, un autre matériau qui nous permettrait d'être plus responsables.
- Emmanuelle Sacchet
Alors on se trouve dans la salle de répétition. Bonjour Benoît Simon.
- Benoît Simon
Bonjour Emmanuelle.
- Emmanuelle Sacchet
Merci de nous accueillir ici, dans les coulisses de la Comédie-Française, pour lancer le bal des podcasts Scénogrrrraphie qui dénichent les personnalités inspirantes. Et ici, au Français. Même derrière la salle Richelieu, le lieu est très impressionnant, presque aussi mythique qu'immuable. Et pourtant, vous y faites bouger les lignes. Alors, je ne sais pas combien de directeurs techniques vous ont précédés, mais vous êtes ici depuis 2019, je crois, à la fois gardien du passé et garant du futur. Donc, si je ne devais vous poser qu'une seule question, Benoît Simon, ce serait, que faites-vous concrètement pour porter un projet de transition écologique dans un navire aussi emblématique et aussi complexe que la Comédie-Française ?
- Benoît Simon
Merci de cette question. Je suis directeur technique adjoint depuis 2017 et en 2020, l'administrateur général Eric Ruff m'a fait confiance pour devenir directeur technique. Grâce à son appui, où il portait des convictions assez importantes sur la transition écologique, ça nous a permis de perpéter une dynamique qui était déjà présente à la Comédie-Française, mais qu'on a essayé de renforcer pour faire en sorte que ce sujet devienne un axe majeur dans notre travail et notre mode de pensée de la scénographie, de la construction et du travail autour des décors. Et donc on s'est donné les moyens budgétaires et humains pour permettre aux artisans et aux salariés qui travaillent pour la Comédie-Française d'évoquer ce sujet et de creuser ce sujet dans chacun de leurs services et de leurs spécialités. C'est une donnée qui était importante parce que la Comédie-Française a une spécificité, c'est celle de l'alternance, à savoir de faire 9 spectacles par semaine et de proposer jusqu'à 4 spectacles différents qui sont alternés tous les soirs, et 2 le samedi et 2 le dimanche. Cette contrainte de l'alternance, ou en tout cas cette spécificité de l'alternance, nous amène à penser différemment la construction que dans d'autres lieux qui jouent plutôt en série et c'est une spécificité qui nous amène à penser la construction, l'étude des décors de manière assez particulière et qui du coup est un moteur pour pouvoir penser l'écoscénographie d'une manière un peu spécifique et qui ne peut être que validée par l'action des salariés pour l'amélioration de leur quotidien et l'amélioration de leur technique de fabrication ou d'études des décors.
- Emmanuelle Sacchet
Concrètement, par exemple, quand un spectacle quitte le répertoire, alors que devient son décor qui est réformé ?
- Benoît Simon
On réforme de manière irrégulière les décors. Très récemment, on a eu l'occasion de réformer Lucrèce Borgia qui s'est créée en 2014, mais aussi Cyrano de Bergerac qui s'est créée en 2023, la version 2023. Ce sont des actions sur lesquelles on est amené à travailler de manière irrégulière, mais avec le plus de méthodes possibles. Historiquement, la Comédie-Française a toujours réutilisé et réemployé une majeure partie des éléments de décor quand ils pouvaient avoir un second souffle au sein de son institution, soit dans l'usage pour la salle Richelieu, soit dans l'usage de ses deux filiales, le Vieux Colombier ou le Studio Théâtre. Et depuis peu, on fait appel à une valorisation extérieure pour faire en sorte que l'ensemble des matériaux utilisés et qui ne seraient pas réemployés par la Comédie-Française puissent avoir une seconde vie, en l'occurrence par l'usage de ressourceries telles que La Réserve des arts ou Muto. Voilà ce qu'on fait actuellement dans le cadre de la réforme d'un décor, c'est ce qu'on va faire pour Lucrèce Borgia, après avoir fait une réunion en interne pour décider des éléments qui sont conservés et ceux valorisés en externe.
- Emmanuelle Sacchet
Ce qui veut dire qu'il y a beaucoup de contraintes en tous les cas d'arbitrage qui accompagnent la question du réemploi.
- Benoît Simon
La question du réemploi est une notion qui est aussi bien budgétaire que pratique. L'ensemble des matériaux réemployés peuvent avoir une seconde vie à l'extérieur. S'ils ont une seconde vie en interne, ils nécessitent d'être pensés en amont pour pouvoir bénéficier d'un meilleur réemploi possible, sachant que la valorisation pour retourner à un état brut est une étape assez conséquente et qui nécessite de penser les métiers un peu autrement, puisque ce n'est pas le cœur de métier initial. Il y a une facilité plus importante à aller acheter du matériau neuf que de prendre du réemploi. En revanche, celle-ci peut, d'un point de vue budgétaire, avoir un intérêt important et d'un point de vue environnemental, évidemment, c'est le cas. Donc c'est un mouvement, une dynamique globale qu'on est en train d'observer, mais qui est en cours de faisabilité et de mise en œuvre.
- Emmanuelle Sacchet
Alors justement, vous qui êtes en amont des spectacles, comment voyez-vous évoluer les pratiques des métiers techniques, de la scénographie et de la construction ? Quel levier faudrait-il encourager ? Quels freins lever selon vous ? Et surtout, comment parvenir à faire dialoguer les exigences artistiques et les contraintes techniques dans une logique de durabilité, à votre avis ?
- Benoît Simon
L'ensemble de ce secteur agit majoritairement sous contrainte. La contrainte est jamais à voir sous un angle néfaste, mais plutôt comme un cadre qui est posé. Ce cadre, il permet de rassurer, mais il peut aussi permettre de jouer avec ses limites, voire d'essayer de les transgresser. C'est ce cadre de l'écoscénographie, en tout cas d'une conception de la scénographie avec des préoccupations environnementales qui, si elle est posée en amont, permet en fait un dialogue fondamental, fructueux généralement, avec l'ensemble des acteurs, que ce soit les acteurs techniques ou les acteurs artistiques, car il n'y a pas d'opposition à cet endroit. C'est un dialogue permanent. En l'occurrence, il y a une évolution très visible et très marquée depuis un certain nombre d'années. Je pense que sur les deux à trois années récemment, ce sont des discussions qu'on a très régulièrement et qui permettent d'infléchir certains tabous dont on ne parlait pas et qui maintenant permettent d'être abordés assez facilement. Il est aussi bien maintenant question de budget que d'impact environnemental. Quand on parle de la conception ou la réalisation d'un décor, ce sont des leviers qui sont en train de se mettre en place. Je n'y vois pas de frein majeur, puisque c'est sur un temps long que j'envisage que les choses se fassent, et que j'ai bien conscience que on ne peut pas opérer un changement aussi brutal, parce que on hérite, et c'est tant mieux, d'une décennie, voire de siècles de pratiques aussi bien artisanales que de pensées de la scénographie. Ça s'opère dans un mouvement long, même s'il y a urgence, même si c'est important d'accélérer le mouvement sur cette prise de conscience et sur le changement des façons de faire ou de penser, c'est quelque chose qui doit s'ancrer avec la compréhension de toutes et tous quand on aborde le sujet. Il y a de nombreux leviers mais le levier principal est celui de la pédagogie et de la compréhension aussi bien au niveau du travail que de la citoyenneté en règle générale. C'est indéniable qu'il y a une prise de considération grandissante à cet endroit. Faire dialoguer la logique de durabilité et les contraintes techniques, c'est complexe. C'est des sujets dont de nombreuses personnes s'emparent. Il y a le collectif 17h25 sur le sujet de la standardisation c'est quelque chose qui est en train de prendre de manière durable et qui fera, j'en suis sûr, des émules, aussi bien sur des contextes internes de chaque institution ou compagnie, ou lieu de théâtre, mais qui permettra de standardiser ou de rendre ces pratiques durables et améliorées au fur et à mesure du temps. Les exigences artistiques, elles ont aussi une capacité à durer dans le temps. On peut le voir évidemment dans le domaine muséal, où on est capable de conserver des œuvres depuis un certain nombre de temps. Donc on a cette capacité à faire traverser les œuvres à travers le temps et c'est sûr que le réemploi notamment peut permettre de faire ça, si tant est qu'on arrive à s'occuper de la question des droits d'auteur et de faire une harmonisation législative pour que ça puisse ne pas créer de freins et donc agir comme un levier de réemploi. Le sujet aussi de l'ignifugation est un sujet majeur qui constitue une contrainte. Et le levier est là aussi législatif, mais aussi industriel, pour trouver les bonnes pratiques et pour trouver comment les mettre en œuvre. Ce sont des sujets à regarder de très près et qui, eux, sont des préalables, que ce soit les droits d'auteur ou la législation sur la sécurité incendie, sont des préalables à libérer les possibles et les imaginaires auprès aussi bien de la technique que de l'artistique.
- Emmanuelle Sacchet
Il y a quelque chose de vertueux dans votre démarche Benoît Simon, une vraie notion d'exemplarité. D'ailleurs, si vous, à la Comédie-Française, pouvez relever ce défi de transition, d'autres peuvent suivre. Ressentez-vous cette responsabilité ? C'est un moteur ou est-ce un poids ?
- Benoît Simon
Honnêtement, je ne ressens pas de pression à cet endroit-là. Je n'ai pas conscience d'une responsabilité différente que ceux qui sont à ma place, qui ont pu l'être avant ou qui seront plus tard, ou d'autres homologues, d'autres structures, c'est quelque chose que j'aborde de manière assez naturelle et sans pression, je pense que c'est pas un bon moteur en l'occurrence que d'agir sous la pression, j'ai évidemment conscience et d'une part d'avoir une chance énorme vis-à-vis de nombreux de mes homologues, notamment d'un point de vue budgétaire et temporel, d'avoir des capacités d'action. Je me dois d'exécuter une mission de service public, celle d'utiliser à bon escient l'argent public, qui est une des choses majeures et qui nous motive, en tout cas qui nous cadre tous les jours. Donc l'exemplarité, elle est juste dans le fait de pouvoir le communiquer ou en tout cas faire savoir que ça existe, et qu'on puisse avoir la chance de faire des tests, ou d'aboutir à des résultats peut-être un peu plus rapidement que d'autres structures. Donc c'est en ça que la Comédie-Française, et non pas moi en tout cas, soyons exemplaires, c'est d'assouvir et de faire une mission de service public qui puisse faire avancer la cause globale dans le milieu du spectacle vivant, ou plus largement si tant est que ça puisse être inspirant.
- Emmanuelle Sacchet
Donc on y croit à la mutualisation des savoir-faire ?
- Benoît Simon
On y croit évidemment à la mutualisation des savoir-faire, c'est évidemment ensemble qu'on fait, pas forcément plus, mais qu'on fait mieux, qu'on dialogue. C'est des choses là aussi qui sont encore balbutiantes, il y a énormément d'initiatives, de réseaux autour de ce sujet. C'est une forme primordiale pour pouvoir avancer. Ce n'est pas forcément simple à mettre en œuvre, mais c'est quelque chose qui pourra et devra aller de soi une fois qu'on aura mis en place ces démarches et qu'on aura pu communiquer autour de ce qu'on fait et solliciter les autres institutions pour échanger.
- Emmanuelle Sacchet
Je sais que votre engagement remonte déjà à bien longtemps, Benoît, mais vous vous souvenez de l'instant qui a compté, celui qui vous a amené à vos premières démarches d'écoconception ? Y a-t-il un moment particulier ?
- Benoît Simon
Il y a une succession de moments, mais ils sont tous liés à un endroit que je trouve toujours pertinent, magique et ressourçant, ce sont notamment les ateliers de construction de la Comédie-Française, qui par le biais de certains de ses acteurs, et notamment je pense au service de la décoration, a été mon premier moteur parce que par des individualités, ils ont su me transmettre l'amour de leur travail, leur passion. Et cette passion, elle était très reliée à l'artisanat, un artisanat qui était très conscient de la situation écologique et a fortiori de l'écologie dans le cadre du spectacle vivant. Et c'est par ce biais-là, après de multiples discussions, de sentir la passion et l'intérêt et la citoyenneté de ce groupe de salariés pour les sujets de la transition écologique que ça m'a vraiment missionné. Je me suis donné cette mission que d'aboutir et d'avancer dans ce domaine plus largement que uniquement la décoration. Mais le vrai moteur, il est parti de rencontres en interne qui ont été très très fructueuses. Donc ça ne date pas de si longtemps, mais c'était suffisamment intense pour y trouver un intérêt majeur.
- Emmanuelle Sacchet
Peut-on imaginer un futur, ou doit-on, où les scénographes penseraient uniquement à partir de l'existant, une forme de design inversé si je puis dire, inspiré d'un matériau déjà là ? Alors je vais me faire l'avocat du diable, mais doit-on craindre que la forme ne l'emporte sur le fond, voire que l'écoconception bride la créativité ou la dramaturgie ? Comment voyez-vous le rapport entre contrainte et invention ?
- Benoît Simon
Les contraintes sont... sont des limites, sont des cadres. L'artiste pratique avec contrainte et je pense qu'il s'en porte d'autant mieux. Ça permet d'établir un langage commun, ça ne bride pas la créativité puisque le but étant de réaliser l'objet, la pensée finale, tout concours vers une modification de ces contraintes ou un assouplissement de ces contraintes au fur et à mesure où le projet est pensé. L'écoscénographie est une contrainte parmi d'autres. Je n'y vois pas un frein majeur. Pour parler d'une forme de rétro-ingénierie, il faut l'envisager à plusieurs niveaux différents et ça peut être un niveau très radical qui est celui de réutiliser, réemployer les éléments aussi bien décoratifs et techniques tels qu'ils ont été pensés une première fois et du coup, ils ont un impact fort en créant un assemblage de différentes provenances. En fait, on peut aussi créer une unicité ou proposition. Donc, si on s'en tient à une bibliothèque, une possibilité d'avoir un nombre de ressources importantes, ça peut être, j'imagine, une forme possible de scénographie, de composer ce puzzle. Il y a aussi une autre forme de réemploi, c'est celui de repartir d'une valorisation des éléments qui peuvent être mis à l'état brut ou dans un état qui permette de proposer une structure technique qui est déjà composée et de réinventer un nouveau parement artistique. Et dans ce cas-là, on libère un peu la contrainte parce que du coup le geste artistique peut être pensé quasiment dans sa totalité. Donc il y a plusieurs réponses à cette contrainte. Le fait d'aller jusqu'à un réemploi des matériaux et des ressources telles qu'ils ont été pensés plusieurs années en amont peut être envisagé comme une forme de jeu. Et pour exemple, on s'est appuyé sur le décor du Misanthrope qui a été créé en 2014 pour créer la scénographie d'un nouveau projet qui est en cours de répétition actuellement, qui est l'École de danse, qui, à la manière des scénographies telles qu'elles pouvaient être pensées il y a plusieurs dizaines d'années, répond à ce format, à savoir un décor unique ou légèrement modifié pour proposer plusieurs propositions artistiques. C'est le cas dans ce qu'on est en train de développer actuellement : un décor pensé en 2014, quelques modifications faites en 2025. C'est en effet le même scénographe Eric Ruff qui a pensé les deux espaces différents. C'est aussi le même metteur en scène, Clément Hervé-Léger, qui a imaginé faire un texte d'une toute autre nature, mais le support de l'existant a permis de penser l'espace et la narration, la dramaturgie du nouveau projet en espérant qu'il n'y ait pas forcément un esprit de comparaison qui vienne au public mais l'idée de voir évoluer devant leurs yeux un espace qui a été pensé pour le spectacle.
- Emmanuelle Sacchet
On pense la notion d'une même boîte pour plusieurs spectacles en somme.
- Benoît Simon
Dans le cadre de ce spectacle c'est ce qui a été pensé avec un trait graphique, esthétique qui est quand même assez prononcé et donc qui ne peut pas forcément être envisageable sur l'ensemble de toutes les productions mais qui dans la pensée de sa forme, puisqu'en fait pour parler de la genèse du projet du Misanthrope, quand il a été conçu en 2014, il avait déjà été pensé comme quelque chose qui pouvait dans un futur plus ou moins proche avoir cette destinée et il s'est trouvé que quelques années plus tard ça a été un argument parce que là, il y a des contraintes extérieures qui sont venues renforcer ce choix puisque nous n'avions pas la possibilité de changer de décor aussi fréquemment que d'habitude parce que nous sommes dans une phase de travaux. En fait, cette contrainte extérieure est devenue le prétexte à s'ouvrir, à mettre en œuvre cette pensée qui avait été mise en place il y a quelques années en avant.
- Emmanuelle Sacchet
C'est intéressant cette idée de bibliothèque de décors.
- Benoît Simon
Cette bibliothèque de décors est en effet très intéressante. C'est évidemment l'apanage de ceux qui peuvent avoir de l'espace et du budget pour pouvoir le mettre en œuvre. C'est là où en effet la Comédie-Française peut avoir ce luxe de pouvoir y réfléchir. C'est eb effet une demande qui est de plus en plus croissante et c'est en ça, pour revenir à des questions précédentes, qu'on peut trouver une amélioration, voire en tout cas un changement des pratiques des scénographes et aussi des salariés de la Comédie-Française, parce que ça devient des questions qui se posent au-delà de les amener comme contraintes, c'est aussi un questionnement qui se pose de plus en plus, et notamment de la part des scénographes, c'est : vous êtes engagé dans une démarche, nous l'avons entendu, nous l'avons compris, nous souhaitons y participer, comment faisons-nous, avez-vous à disposition du mobilier, des accessoires, des éléments de décor sur lesquels on peut s'appuyer, puisque votre démarche nous plaît et on souhaite s'y inscrire dedans. Donc c'est des bibliothèques, ou en tout cas le stock d'éléments de décor, qui serait bien inventorié, dont on pourrait présenter ses qualités et ses caractéristiques au scénographe en amont, est vraiment une solution qui peut être intéressante pour modifier tout ou partie la façon d'élaborer une nouvelle scénographie.
- Emmanuelle Sacchet
Et à propos de place, celle qui est importante et très impressionnante dans les ateliers de Sarcelles, c'est cette fameuse Salle des Maquettes où vous conservez un modèle de chacune des scénographies depuis... j'avais envie de dire depuis toujours, mais peut-être pas...
- Benoît Simon
Là aussi, on a la chance d'être une institution séculaire. Ça nous donne des responsabilités, mais ça nous fait aussi voir et rappeler régulièrement le poids de ce qui s'est passé dans le cadre des précédentes décennies et on a la chance pour nous le rappeler d'avoir la constitution d'un nombre assez impressionnant de maquettes en volume qui sont de plus de 400 maquettes dont la plus ancienne date de 1867 et en effet ça permet par l'intermédiaire de ces maquettes d'avoir une vision assez exhaustive de l'évolution des scénographies à la Comédie-Française dans le cadre des contraintes de la Comédie-Française puisque en fait c'est ce qui préside à chaque fois à la construction d'une scénographie, c'est la contrainte du plateau de Richelieu. Mais grâce à cette bibliothèque de maquettes qui est assez exhaustive, ça nous permet aussi de voir les phénomènes de mode, de voir aussi quelles sont les typologies de scénographie et c'est assez inspirant. En tout cas, ça peut être une ressource pour les scénographes d'y voir déjà une grande bibliothèque de ce qui s'est déjà fait et puis aussi une inspiration vis-à-vis de modèles précédemment utilisés qui ont fait leur preuve.
- Emmanuelle Sacchet
Deux petites questions rapides. Qu'est-ce qui vous agresse le plus dans nos pratiques actuelles ?
- Benoît Simon
L'accélération du temps est une agression assez importante parce qu'on est souvent soumis à une forme de frénésie qui ne nous permet pas de penser sereinement, avec du temps, sur ce qu'on veut faire. La démultiplication des projets sont des éléments qui perturbent la bonne réflexion et le fait d'étudier, de se positionner de manière sereine sur un projet. Pour moi, l'accélération du temps et l'accélération des projets est un facteur un peu agressif.
- Emmanuelle Sacchet
Et qu'est-ce qui vous réjouit le plus dans cette transformation en cours ?
- Benoît Simon
Cette transformation en cours amène à penser que ça peut rassembler les gens, on ouvre des discussions qui dépassent le cadre du travail, on rejoint régulièrement la citoyenneté, on rejoint régulièrement des prises de position personnelles et ça fait débat, ça fait discussion, ça crée des groupes, des groupes plus ou moins contrastés, mais des groupes qui se parlent. C'est un des endroits où, en fait, on n'oppose pas la technique et l'artistique, qui est souvent un modèle assez commun. Là, on parle d'un même sujet, avec les mêmes problématiques, avec des réponses qui ne sont pas encore connues, avec le fait d'inventer ensemble le futur et ça c'est assez réjouissant parce qu'en fait on fait du lien, on fait du commun et c'est plutôt une opération réjouissante parce que c'est ce qui fait sens au travail et en règle générale.
- Emmanuelle Sacchet
Alors je sais que le temps nous en manquons mais est-ce qu'on aurait oublié une question ?
- Benoît Simon
C'est bizarrement un sujet, l'écoresponsabilité, la transition écologique, même si j'y étais sensible de manière assez naturelle depuis très longtemps, c'est quelque chose qui a donné un nouveau sens à mon métier, qui a donné une nouvelle façon de voir les choses et de se rapprocher de manière presque indirecte sur un autre sujet qui est celui de la prévention des risques qui m'a du coup par l'intermédiaire de finalement ces deux thématiques, m'a rapproché encore plus du sens au travail et que je considère finalement être basé sur la relation humaine et qui constitue et qui est devenu un des axes majeurs de ma pensée du travail. Donc c'est grâce à cette thématique de la transition écologique que ça a permis d'orienter ma façon d'être et de diriger ou de prendre des décisions dans le cadre de mon travail. Et c'est non négligeable parce que ça a opéré une transformation assez majeure.
- Emmanuelle Sacchet
Et si vous aviez un outil magique, lequel serait-il ?
- Benoît Simon
C'est une question assez difficile. Très concrètement, je n'en vois pas. Je ne pense pas que la magie puisse nous sauver. On va essayer de travailler ensemble pour essayer de trouver les bons outils, pour essayer d'œuvrer ensemble à ce que notre monde aille le mieux, que nos limites planétaires puissent ne pas être dépassées et qu'on puisse vivre dans un monde plus serein, moins rapide et plus en considération de l'être humain et de son environnement, aussi bien la faune et la flore.
- Emmanuelle Sacchet
Eh bien, merci infiniment Benoît Simon pour cet échange constructif. Merci également à Annabelle Vergne et à la prise de son. Et à bientôt et vivement le futur.