- Speaker #0
Le podcast qui vous embarque à la rencontre de personnalités dont la sensibilité au monde inspire à inventer d'autres manières d'être vivant. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi nous sommes ici ? Quels sont nos rôles, individuels et collectifs, dans la marche du monde ? Quelles sont les racines de la crise écologique et sociale que nous vivons aujourd'hui ? Comment faire pour réenchanter ceux qui nous entourent ? et imaginer un futur commun, désirable. Je m'appelle Lise et tous les deux mois, on se retrouvera ici pour tenter de répondre à ces questions, en abordant plusieurs thématiques telles que, entre autres, l'écologie profonde, la justice sociale, l'activisme, la spiritualité, les sagesses ancestrales ou encore la psychologie. J'espère que ces discussions vous éclaireront sur les causes profondes de la crise que nous vivons. et vous donneront des pistes de solutions pour vous reconnecter à vous-même, aux autres et au monde, afin d'imaginer les mondes à venir. Bonne écoute. Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Sensible. Cette fois-ci, je suis allée interviewer un homme politique français un peu atypique. A la personnalité plutôt discrète, mais au look rock'n'roll et à la détermination sans faille, il est de ceux qui m'ont permis de garder espoir en la politique. Tout au long de son parcours, il n'a jamais dérogé à ses valeurs d'humanité et de simplicité. Il a su faire de sa sensibilité et de sa vulnérabilité une véritable force. Cet homme, c'est Joël Labbé. Il est originaire de Saint-Nolfe, une petite commune de 3900 habitants située dans le département du Morbihan en Bretagne, dont il a été maire pendant 19 ans. Après avoir énormément œuvré au niveau local, il entre dans l'arène politique nationale en 2011 avec son arrivée au Sénat. Il exercera sa fonction pendant deux mandats, avant de raccrocher l'écharpe tricolore en 2023. Son passage sera marqué par son originalité, son franc-parler et ses multiples combats, en particulier sa victoire contre les pesticides avec la loi Labbé promulguée en 2014. Aujourd'hui sénateur retraité, Joël n'est pas pour autant devenu inactif. Il inspire encore par son courage, sa détermination et sa volonté. Sa poésie aussi. J'espère que ces échanges avec lui vous plairont autant qu'à moi et vous donneront l'envie de cultiver l'espérance et de vous mettre en action. Bonjour Joël ! Merci d'être ici avec moi, ça me fait très plaisir de pouvoir enregistrer ce nouvel épisode avec toi. Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Je vais plutôt pas trop mal à titre personnel. Le monde tel qu'il est me va pas bien, c'est en train de pas s'arranger. Mais malgré tout je suis un optimiste, d'un optimisme combatif et donc il y a de quoi faire. Alors tu dis je suis retraité, oui je suis retraité du Sénat et de la vie politique. Mais je ne suis pas à la retraite, je suis sur liberté.
- Speaker #0
Oui, on aura l'occasion d'en discuter. Je voulais commencer cette interview avec une première question liée à une citation que tu as mis dans ton livre. En fait, c'est la citation qui ouvre ton livre, qui s'intitule « L'utopie et la vie, le combat d'un sénateur breton contre les pesticides » , qui est parue en 2023 chez Actes Sud. Et donc, ton livre commence avec cette citation de René Char. Parfois, le réel désaltère l'espérance. C'est pourquoi, contre toute attente, l'espérance survit. Donc aujourd'hui, il y a beaucoup de personnes qui ont perdu foi en la politique, et ce avec raison, mais pour moi, tu incarnes très bien justement cette citation, si on la ramène au monde politique. Tu fais partie de ces figures très rares qui, moi, me permettent de continuer à espérer et à croire qu'il y a des gens qui continueront de se battre. Pourquoi as-tu choisi de commencer ton livre comme ça, et quelle est la place de l'espérance dans ta vie aujourd'hui ?
- Speaker #1
Pour moi, l'espérance, c'est quelque chose d'absolument fondamental. Si on n'a plus, il n'y a plus rien. À quoi bon ? Pour moi, l'espérance, c'est... Malgré toute cette question du réel qui est attristant, révoltant, malgré tout, quand j'ai plutôt la forme... Parce que quand je n'ai plus la forme, là j'ai du mal et là je ne suis plus bien. Et donc l'espérance, j'en ai besoin pour avancer moi aussi. Et j'aime bien diffuser l'espérance dans la mesure du possible.
- Speaker #0
Donc on va commencer peut-être par le début. Tu es né et tu as grandi à Saint-Nolfe, cette ville dans le Morbihan, en Bretagne, Bretagne Sud. À quoi ressemblait ton enfance et ton adolescence dans cet endroit ? Et comment ta vie dans la ferme de tes parents a-t-elle forgé ton rapport au monde ? T'en parles un petit peu dans ton livre,
- Speaker #1
je me souviens. Donc mes parents étaient des petits paysans, comme il y en avait plein en Bretagne, il y en avait plein partout. paysans traditionnels, donc on était, nous, on y est nés, et j'y ai grandi. Première chose, j'étais très timide, d'une timidité maladive. Donc très solitaire et très à part, comme des yeux joels, il est à part. Et donc j'adorais m'isoler et je me suis imprégné de la vie de la nature, des prairies, des champs, des insectes. de la vie du sol, je sens que j'ai eu des mots dessus, j'étais et je reste imprégné de cela. Et cette enfance-là, pour moi, solitaire et en toute liberté, elle a été magnifique. J'ai eu une enfance extraordinaire de la chance d'être un enfant pouvant vivre ça. Alors il y avait ces côtés-là, mais il y avait aussi les côtés de travail. Dès qu'on peut travailler à la campagne, quand on est petit, on y va, on doit y aller. J'allais travailler avec les autres aussi. Mais par contre, mes moments de solitude, où je cultivais aussi la poésie sans le savoir, ça faisait aussi partie de qui j'étais et je me suis construit comme ça. Après, il y a la question de l'adolescence où j'ai été... une adolescence très très difficile rapidement révoltée jusque là je travaillais plutôt bien à l'école mes parents étaient fiers de moi et ils avaient aussi investi sur moi que le petit joël on va en faire quelqu'un et l'adolescence je suis parti en vrille à plein de points de vue et c'était l'époque rock'n'roll c'était l'époque hippie c'était l'époque peace and love c'était Bob Dylan et tout ça m'a énormément parlé parce que j'avais mes révoltes et le garçon trop sage et très timide avait besoin de s'exprimer et n'y arrivait pas alors sans doute ça passe je me suis mis à picoler pas picoler tout seul, picoler avec des copains faire des grosses grosses fêtes Merci. et puis au prix de mes études de les négliger voilà mon adolescence n'a pas été facile elle m'a construit aussi j'ai énormément déçu mes parents, je m'en suis rendu compte après pendant cette période, suite à ça j'ai énormément...
- Speaker #0
qui ne déçoit pas ses parents à l'adolescence ? Je suis obligée que... Souvent, quand on est révolté, un peu comme ça, nos parents, quand on est jeune, quand on commence à faire des études, ils ont souvent des grandes ambitions pour nous. Mais après, parfois, comme tu dis, quand on se révolte un petit peu, souvent, c'est pas forcément rester dans le droit chemin selon leur... Oui,
- Speaker #1
Après, ils trouvaient que je me gâchais et que j'avais... Après, je les ai compris totalement. Je me dis, putain, qu'est-ce que... J'étais abominable avec mes parents, mais je ne pouvais pas être autrement, parce que j'étais tellement mal. Et le pire, ce qui n'est pas le pire, parce que c'est le plus magnifique, mais je n'avais pas 20 ans, que je deviens papa. Parce que c'était l'insouciance, on était amoureux, avec ma copine de l'époque, c'est toujours ma femme maintenant, ça fait 53 ans, et on fait un bébé, donc on ne se pose pas de questions, on a un bébé, voilà, on va s'installer. Donc il faut travailler. Je quitte mes études. Je suis recruté à la Sécurité sociale, où le mec me dit, vous venez lundi dans 8 jours, par contre vous vous coupez les cheveux et vous porterez un costume et une cravate, parce que c'est la tenue de chez nous. Je dis rien, je rentre, je dis non mais ça c'est pas possible, je retourne le lundi qui suit.
- Speaker #0
Petit spoiler, des années après, t'as toujours pas les cheveux coupés, t'as toujours pas de cravate.
- Speaker #1
Non. Et donc j'ai travaillé dans une coopérative à l'école pendant un an et des poussières. J'étais payé au SMIC, c'était un boulot d'employé agricole, mais je m'en foutais, je gagnais ma croûte. Et tout le reste, il fallait... On a un deuxième enfant dans la foulée. Et puis, en cherchant quand même d'autres boulots, je suis tombé au service vétérinaire, au laboratoire, où ils recrutaient avec le bac. C'est des boulots scientifiques. Et moi, c'est un bac littéraire que j'avais, mais le DRH... avec le profil que vous avez, on peut vous trouver une place ici, au moins pour un temps, en attendant autre chose. Finalement, ça ne me déplait pas, et je me forme aux travaux de laboratoire, je vais en stage à l'Institut Pasteur, et comme je travaillais sur la microbiologie, sur la qualité de l'eau, la qualité des produits alimentaires, ça me parlait. Voilà. et... Mais ça n'a jamais été un boulot passion, c'était un boulot alimentaire. Et à côté de ça, comme je finissais à 5 heures, j'avais tout le temps pour faire de l'associatif, de la famille. Donc mon équilibre était là.
- Speaker #0
Et en 1977, si je ne me trompe pas, tu es devenue conseiller municipal après la victoire de Thalys lors des élections, c'est ça ? Donc là, tu avais 25 ans à l'époque, si je ne me trompe pas.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et du coup ? Quel souvenir tu gardes de cette période ? Et surtout, est-ce que tu t'intéressais à la politique avant ça ? Comment est-ce que tu t'es retrouvée à cette place-là ? Ça a dû changer quand même beaucoup de choses dans ta vie, et en même temps te permettre peut-être de venir, tes idéaux politiques, de venir les mettre dans un cadre, qui était le cadre de la commune où tu vivais à l'époque.
- Speaker #1
Mes idéaux politiques étaient tellement révolutionnaires qu'ils étaient inclassables. Mais il y a eu un mec, qui m'a révélé ce que pouvait être la politique, c'est René Dumont, qui a été le premier candidat écolo en 1974. C'était la première fois où je votais. Je me suis intéressé, évidemment, là, précisément à la télé, pour qui je vais voter. J'ai vu ce mec et je me suis dit que c'est lui qui a évidemment raison. Du coup, je me suis intéressé à ce qu'il a écrit, ce qu'il a fait, l'utopie ou la mort, son bouquin. Rachel Carson tu fais le parallèle justement à ce bouquin là avec le tien qui s'appelle Utopie et la vie oui oui et donc ça a été ma première injection d'écologie et je m'en suis pas défait depuis et donc en 1977 donc c'est trois ans après les élections municipales j'avais pas du tout prévu d'y aller j'étais très inséré dans cette commune alors je joue au football alors quand tu joues au football à cette époque ça avait de l'importance pour le public, pour la commune, tu te bats pour tes couleurs, et tout, enfin bon, c'était... Et il y a les élections, alors c'était pas par liste, il y avait des listes, mais les gens, ils pouvaient rayer, donc c'était nominatif, quoi. Et puis, ils insistent, donc je vais pour compléter la liste, en disant, bon, si ça leur fait plaisir, et au final, après tous les votes, tout comptabilisé, je suis le mieux élu de tous les candidats.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc grosse surprise pour moi, évidemment. Après les explications, il joue au foot, il est sympa avec tout le monde. Ok, il déconne, mais il est parent, il assure avec ses enfants. Enfin bon, je ne sais pas, en tout cas, ça l'avait bien fait.
- Speaker #0
Ton profil plaisait bien.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce qu'il y avait quelque chose qui était proche des gens aussi, qui parlait aux gens. C'est aussi ton identité aujourd'hui qui est restée dans ta carrière politique. C'est que tu es toujours resté très proche des gens et accessible aussi.
- Speaker #1
Oui. Il y a eu un personnage dans cette histoire aussi, j'en parle pas souvent, c'était mon papa, que j'avais déçu total, et qui m'avait vu avancer, évoluer, comme il était adorable, mes enfants, ses premiers petits-enfants, et il voyait comment j'avançais, donc je me réhabilitais avec lui, après ne s'être plus parlé, ou presque pas parlé, pendant beaucoup de temps. C'est lui qui m'a poussé à aller aux élections. Et il était super, super content du résultat du premier tour. Mais il était un peu malade et entre les deux tours, il est mort. Et au deuxième tour, ça l'a confirmé. Mais moi... si je n'étais pas réentendu avec mon papa avant qu'il meure, ça aurait été une blessure éternelle.
- Speaker #0
C'est une manière de réhabiliter ta relation avec ton père. Oui,
- Speaker #1
oui. Et le fait qu'il était fier de moi avant de mourir, après l'avoir énormément déçu, pour moi c'est des choses qu'on connaît. de l'importance.
- Speaker #0
Merci pour ce partage. Tu es ensuite devenue maire de cette commune en 1995 de Saint-Nolfe. Tu as mis de nombreuses choses en place et je crois que c'est encore pour cette raison qu'on t'apprécie beaucoup là-bas. Comment as-tu vécu ces 19 années ? Parce que tu as passé 19 années en tant que maire de Saint-Nolfe. De quoi est-ce que tu pourrais être... De quoi est-ce que tu es le plus fier aujourd'hui, de toutes ces années-là ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pas facile, c'est une question.
- Speaker #1
Il y avait un projet fort auquel mon équipe adhérait. Alors, il y avait un cercle proche, mes adjoints, qui adhérait beaucoup. Et puis les autres, qui étaient de bonne volonté et tout contents d'être là. Mais je me rends compte qu'il y a eu des fois où j'ai un peu forcé la main pour faire passer les choses. Sans violence, sans rien du tout.
- Speaker #0
Qui étaient moins convaincus.
- Speaker #1
Moins convaincus, j'avais besoin de... de force de persuasion. Et il y a plusieurs choses que j'ai faites avec mon équipe. Si ça avait été soumis à un référendum, ça ne passait jamais. Pourquoi, par exemple ? Quand on a adhéré à l'agenda 21, donc la démarche agenda 21, plein de gens ne savaient pas trop ce que c'était.
- Speaker #0
C'était une des premières communes en France, en plus. Oui, C'est quelque chose qui est très connu aujourd'hui, mais qui n'était pas du tout à l'époque. Non,
- Speaker #1
non, non. Et moi, comme j'avais travaillé là-dessus, je me disais, on a vraiment besoin d'un cadre, d'une cohérence et tout ça. Et ça, ça s'y inscrivait totalement. Et donc le fait d'avoir réussi à faire ça, à emmener le conseil, enfin ma majorité, à y emmener la majorité, mais aussi emmener la population, du moins une majorité de la population, parce qu'il y a aussi ça. Si on mène des politiques avancées, on peut aussi se faire plaisir, et puis après on verra bien. Moi, mon objectif, c'était de durer.
- Speaker #0
Pour rappeler peut-être ce que c'est l'agenda 21, parce que les gens qui nous écoutent ne savent peut-être pas exactement ce que c'est, c'est un cadre, tu sauras mieux l'expliquer que moi, mais c'est un cadre pour faire en sorte qu'il y ait une transition écologique et sociale qui soit mise en place à l'échelle d'une commune, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. J'avais tiré ça de Rio 92, Rio 92. Moi, ça aussi, ça m'a marqué. Le premier sommet de Rio, je m'y étais intéressé. Et puis, donc là, parmi les pistes de travail, il y avait les collectivités locales qu'elles doivent s'impliquer et, sur leur propre territoire, mettre leurs décisions politiques sous le prisme du développement durable. Et pour ça, il y a une forme d'agenda qui a été mis en place. J'ai trouvé ça absolument génial qu'ils aient pensé tout ça. et que toutes les décisions que l'on prend, sociales, politiques, culturelles, économiques, on voit quel est l'impact sur la planète. Et ça, c'était 1995, c'était hyper innovant, on en parlait très peu, et j'avais ça en moi. Alors s'il y a des petites fiertés, ça en fait partie, la capacité d'y arriver, la force de l'audace, et la force de conviction pour justement mener des politiques avancées. Il y a eu des fois où certains de mon entourage disaient « Non Joël, tu vas trop loin, c'est suicidaire, les prochaines élections ça ne va pas passer. » Oui ça peut ne pas passer, mais on va se démerder pour que ça passe, et pour ça il faut communiquer. Donc on avait instauré une forme de débat permanent, avec des débats publics, tout était transparent. Et ce qui fait qu'on a fait avancer la population, les gens qui étaient intéressés. Plus on faisait avancer, plus les gens intéressés venaient. Maintenant, les opposants réaccent. On leur donnait des arguments, évidemment. C'est là où c'était intéressant. Il y a la pédagogie,
- Speaker #0
après, aussi, à mettre en place. C'est comme dans toute politique qu'on met en œuvre. C'est-à-dire qu'il y a un agenda qu'il faut respecter. Toi, tu es un peu là. l'image globale et que les gens, les habitants n'ont pas forcément, et donc c'est aussi de pouvoir faire de la pédagogie et d'expliquer, et puis d'amener du débat aussi, parce que j'imagine que tu n'as pas passé ça non plus complètement en force et qu'il y a eu un dialogue aussi, c'est aussi ce qui est intéressant quand on met en place des politiques un peu innovantes comme celle-ci.
- Speaker #1
Ce qu'il y aurait à faire, plus que jamais, c'est travailler avec les jeunes générations. et je me rends compte parce que dans ma vie post-sénat je donne assez souvent des conférences et je vois l'impact auprès des jeunes auprès des étudiants lycéens ils sont tellement en attente de croire en quelque chose et par rapport à ce que je peux leur dire ça match et je me dis il y a vraiment des choses à faire pour eux, avec eux et à construire ensemble et ça d'une manière ou d'une autre je pourrais Je ne sais pas comment, mais ça, ça me plaît bien, cette idée-là. La question de l'avenir et la question de la jeunesse.
- Speaker #0
On aura l'occasion de rediscuter de ta vie post-Sénat ensuite, mais du coup, parlons de ta vie justement, ton arrivée au Sénat en 2011. Peut-être que déjà, tu peux rappeler aussi un petit peu pourquoi est-ce que tu as décidé d'arriver au Sénat ? Pourquoi est-ce que tu as décidé de quitter la vie politique locale pour aller te lancer dans l'arène nationale ? Et après, je sais que ça a été un petit peu difficile au début d'arriver justement dans cette chambre du Sénat qui est quand même une chambre assez conservatrice, où c'est difficile un peu de se faire sa place. Qu'est-ce qui t'a poussé à te présenter en tant que sénateur ? Et comment est-ce que tu as vécu ces premières années au Sénat ?
- Speaker #1
D'abord, je ne quittais pas la vie locale pour partir à la vie nationale. La vie locale, j'y étais toujours. J'étais toujours maire. Ce que je savais, j'avais fait deux mandats, le troisième était en cours, et je me disais trois mandats ça suffit, je laisserai la place. Mais j'étais toujours en mer lorsque j'étais candidat. Donc ça a été une élection surprise, et puis je me suis retrouvé là-bas, sans être trop bien préparé, avec toujours une constante... Merci. ne pas vouloir rentrer dans le moule comme ça. Se faire respecter, se faire admettre, pouvoir travailler avec les autres, mais tout en gardant ma personnalité, mon style, ma manière de parler. Donc ça, c'était pas gagné, loin d'être gagné. Et bon, j'ai débarqué là-bas. J'avais cité Bob Dylan à ma première intervention. Ça avait fait un peu de bruit, parce qu'ils n'étaient pas habitués à ça. Et au fil du temps... Pendant un temps, je me suis senti par certains très méprisé. Je n'étais pas à ma place. Quand j'étais fatigué, je me disais qu'ils ont raison. Ils parlent tellement bien que moi, je ne fais pas le poids. Il y a eu des fois où j'ai même pensé qu'il fallait que j'arrête parce que je n'en peux plus.
- Speaker #0
Tu ne t'en es jamais caché. Tu es un grand sensible. Tu le disais au début de l'interview, tu es quelqu'un d'assez timide. Comment est-ce que tu as fait pour réussir ? à faire face et puis à te faire ta place, qu'est-ce qui t'a permis de gagner peut-être en confiance ?
- Speaker #1
Toujours les convictions d'abord. Ensuite, le local, parce que autant c'était difficile à Paris que je revenais dans le Morbihan, je revenais à Saint-Nolfe, les Pays de Vannes et tout. Chaque semaine, là, je me ressourçais. La famille, les copains, proches, tout ça, ça me regalvanisait. et puis le fait que se dire mais t'as été élu maintenant il faut que t'assumes aussi et donc ça a été des fois où j'ai eu ces idées là de dire je me souviens être rentré à mon hôtel tout seul, une soirée des débats j'avais des choses à dire, j'ose même plus lever la main pour demander la parole tellement ils vont encore se foutre de ma gueule donc je ne lève même plus la main et j'arrive à mon hôtel et là je me fonde tout seul Merci. t'es minable, t'asures pas ça a été un peu douloureux ces temps là et t'es arrivé, il y a eu quelque chose de marquant une mission d'information sur les pesticides et leur impact sur la santé et sur l'environnement les missions d'information je savais pas ce que c'était, comment ça marchait je découvre pour les écolo je suis le représentant du groupe et comme il fallait un vice-président dans chacun des groupes J'étais le seul écolo, donc j'étais vice-président de la mission en même temps. Et cette mission, c'est six mois de travail. Et on mène des investigations du début à la fin sur tout le sujet. On auditionne qui on veut. Je trouve ça comme outil absolument extraordinaire. Et puis...
- Speaker #0
Les missions d'information, les rapports qui découlent de ces missions d'information, qu'on peut d'ailleurs retrouver sur le site du Sénat. N'importe qui peut les lire. Moi, j'avais lu justement celle que tu avais faite sur les pesticides. Et tu m'as fait une autre sur l'herboristerie aussi, plus récemment.
- Speaker #1
Oui. Et celle-là, au fil du temps, là, je me dis, je vais faire à quelque chose. Puis je voyais les interlocuteurs, y compris ceux qui faisaient la promotion, les fabricants de pesticides et tout. Donc, dans les débats, je ne loupais pas. Alors, évidemment, ou la FNSE, je les avais tous en pleine gueule. Mais il y avait aussi les autres dans le monde médical, dans le monde scientifique et aussi les alternatives, les communes qui étaient sans pesticides comme la mienne, puisque je l'étais. En tout cas, là, je me dis, Là, j'ai un vrai boulot à mener, j'ai un vrai rôle à jouer. Et voilà, suite à cette mission de la formation, je me suis dit, je vais faire une proposition de loi, non pas pour les pesticides agricoles, parce que ça ne passera jamais, mais tous les pesticides non agricoles. Donc je l'annonce comme ça, je pensais à ça, je l'annonce en séance quand on approuve le rapport. Et puis, on vient me voir après, Joël, c'est bien ton idée de faire une... proposition de loi, mais jamais ça passera ici. T'as les lobbies, t'as l'Europe et tout. Et là, spontanément, je disais, non, non, mais avec ce qu'on a entendu, on peut pas... Si ça passe pas, c'est pas possible. Je me donne un an pour faire passer ça. Et donc là, ça me donnait une super motivation.
- Speaker #0
Ouais, bien sûr.
- Speaker #1
Et puis, j'ai travaillé d'arrache-pied, joué de stratégie, parce que j'aime bien la stratégie aussi. Comment y arriver sans être mis en tête ? Et au final, cette proposition de loi, elle est passée. donc elle s'appelle la loi Labbé elle est appliquée alors il y a un certain nombre de choses pour lesquelles il y a eu des retours en arrière on parle beaucoup des néonicotinoïdes c'est ceux pour lesquels j'avais fait une résolution européenne je m'étais fait foutre de ma gueule par les élus de droite j'avais arraché ma cravate de colère ça avait fait un peu le buzz et je me disais j'ai dû faire une connerie et en fait de connerie un an et demi après les néonicotinoïdes étaient interdits par contre avec la loi ils sont en train de revenir mais par contre la loi Labbé n'est pas touchée personne ne revient dessus c'est une petite satisfaction mais pour le reste je suis écœuré de comment ça avance les évolutions vers l'agriculture bio à côté de la plaque là par contre ça me révolte et je me dis qu'il faut que je fasse quelque chose dans ce domaine
- Speaker #0
Justement, ce podcast s'appelle Sensible et j'aimerais qu'on approfondisse ce sujet ensemble. Qu'est-ce qui t'a fait tenir et en même temps, ta sensibilité, ça reste ce pourquoi tu as continué de garder les mêmes valeurs et de continuer tes combats jusqu'au bout ?
- Speaker #1
Tout ça, c'est parce que j'y crois. On a évoqué l'espérance tout à l'heure. Pour moi, tout ça, c'est vital. Et si je n'ai plus ça, et j'ai eu des périodes de ma vie politique comprise, où j'étais tellement... Je croyais tellement que je n'étais plus bien du tout. Bon, après, les choses sont... Mais oui, cette force intérieure poussée par mes convictions... que je ne peux pas y résister. La fois c'est bon signe, mais aussi la sensibilité qui est la mienne et que je ne cache pas, me permet de la relation humaine, y compris avec des opposants, parce que ça s'est joué par exemple pour trouver les majorités. Hum...
- Speaker #0
je ne sais plus comment le dire, beaucoup me regardaient en chien de faïence avant. Il y en a d'autres qui... plutôt neutres. Et puis d'autres avec un regard plutôt sympathique parce que je ne suis pas un violent. Et on a fini par faire connaissance avec des gens qui n'étaient pas de mon bord et avec qui j'ai pu avoir des conversations directes, non pas de... séances sur comment toi tu peux aller voter un truc comme ça au point de les déranger sur certains sujets j'ai bousculé, j'ai dérangé je crois que ma sensibilité est pour quelque chose derrière la sensibilité il y a la sincérité je ne vais pas me pavaner j'ai plein de travers mais la question de la sincérité pour moi elle est importante et je vais... J'aime pas les bluffeurs, les rouleurs de mécanique, tout ça, ça m'énerve.
- Speaker #1
Et tu parlais des jeunes, notamment, tout à l'heure. Il y a une grande sensibilité, j'ai l'impression, chez les jeunes, justement, sensibilité au monde. Enfin, tu vois, il y a quand même beaucoup de... On voit beaucoup de gens, de jeunes personnes, en fait, s'exprimer sur des sujets aujourd'hui, comme l'écologie, comme certaines guerres, comme sur certaines... certains sujets d'actualité comme par exemple Gaza etc ça montre qu'il y a une certaine sensibilité mais il y a aussi une fragilité quel conseil pourrais-tu leur donner à ces personnes là qui ont envie de s'engager parce que ils ont une rage de vivre, une rage effectivement de justice, d'humanité etc mais en même temps on peut sentir parfois se faire complètement submergé par ces émotions là est-ce que toi tu j'imagine que t'es passé par ces phases là aussi donc est-ce que temps. Qu'est-ce qui t'a aidé, en fait, toi ? Et quels conseils pourrais-tu donner aux gens qui ont envie de continuer à se battre, mais qui parfois se sentent trop sensibles, trop fragiles, en fait ?
- Speaker #0
J'ai connu ça par le passé, mais le monde n'était pas le monde qu'il est actuellement. Moi, lorsque j'étais jeune, lorsque j'avais 20 ans, par rapport au jeune de 20 ans de maintenant, là, lorsque j'avais 20 ans, tout était possible. On pouvait se projeter dans l'avenir. il n'y avait pas ce mur là et là aujourd'hui il y a ce gouffre vers lequel on va si on continue comme ça et lorsqu'on a 20 ans et que certains s'entendent en 2050 on ne sait pas dans quel état sera notre planète je me dis ça c'est pas entendable Quand tu as 20 ans, ce n'est pas entendable. C'est révoltant. Ou alors, ça met par terre.
- Speaker #1
C'est terrifiant.
- Speaker #0
Oui. Alors, moi, j'ai envie de les voir avoir la patate. Et il y a des raisons. Il y a des motivations pour ça. Ce n'est pas simple. Mais ça suppose déjà que cette monstruosité de machine il faut la casser attention cassée parce que j'en ai discuté il y a ceux qui veulent aller à la baston maintenant et ça se comprend maintenant la baston je vois pas d'issue dans la baston parce qu'après ça va être la répression et tout oui aujourd'hui plus que jamais, mais par contre la mobilisation, il y en a besoin il y en a vraiment vraiment besoin déjà les jeunes s'y sont à même de se mobiliser ce qui est dommage, c'est vrai que ils le font en plus, et ils disent ouais on le fait mais ça sert à rien d'abord ça ne peut pas être que c'est nous en même temps que enfin nous je parle du monde des plus vieux
- Speaker #1
Il y a beaucoup de jeunes qui se mobilisent, j'ai l'impression, sur le côté associatif, dans des mouvements comme les soulèvements de la terre ou des choses comme ça. Est-ce que tu penses que ça irait, pas forcément ça irait plus vite, mais est-ce que tu penses qu'il faut que les jeunes entrent en politique, comme toi tu l'as fait quand t'avais 25 ans ? Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, entrer en politique, vraiment commencer à vouloir faire carrière en politique, pas pour faire carrière mais pour... comme toi, essayer de défendre des causes qui nous tiennent à cœur, c'est rentrer d'une certaine manière dans le système et pouvoir le changer de l'intérieur. Est-ce que tu penses que ce serait une chose importante ? à proposer, à divulguer ? Est-ce que tu penses que c'est un des moyens ? Quel conseil tu pourrais donner à des jeunes qui auraient envie de se lancer mais qui n'osent pas, peut-être ? Parce qu'ils pensent que le système est trop corrompu. En vérité, c'est quand même le cas.
- Speaker #0
Il y a ceux qui sont déjà mobilisés sous l'évement de la Terre, Extinction Rebellion, je les ai rencontrés. Et puis ceux qui, dans d'autres ONG, sans faire de bruit, Merci. qui sont engagés. Ça, c'est une chose, il y en a besoin, il faut que ça continue. Mais en parallèle, il faut aussi qu'il y ait des jeunes qui entrent dans le monde politique institué, pour justement de l'intérieur. Pour ça, ça suppose que le monde politique soit à même d'être suffisamment ouvert, mais ça ne sera pas aussi simple que ça, il faut forcer les portes. Évidemment qu'une des clés, elle est là. Et pour moi, c'est la conjugaison. entre le monde politique et le monde périphérique, le monde des gens, des associations, des citoyennes et des citoyens, la société civile, et qu'il y a besoin de reconnecter la politique avec tout le reste. Les jeunes, on a besoin d'eux, ils ont besoin de ça, mais par contre, ils ne voient pas les clés, trop souvent, ils ne voient pas les clés. Il y a ce... qui sont formatés déjà, parce qu'il y a des jeunes qui sont prêts, qui entrent dans le monde politique. Ils sont bien formatés pour ça aussi.
- Speaker #1
Ils sont formatés, comme tu dis, ils n'y vont pas forcément avec une ardeur de vouloir changer les choses. C'est pas forcément... C'est plus parce qu'ils ont fait des choses politiques, plus par carrière.
- Speaker #0
Alors il y en a. Il y en a, parce qu'il y en a d'autres. Mais... Moi, je souhaiterais un monde où... où l'ensemble de la jeunesse s'intéresse à la politique, rentrent dedans et suivent la politique de l'extérieur pour faire bouger les politiques. C'est comme ça qu'on pourra avancer, parce qu'il faudra bien qu'on avance, même si pour le moment on continue de reculer.
- Speaker #1
C'est deux mondes qui se répondent de toute façon, c'est la société civile et puis... Et alors, quels sont, toi, aujourd'hui, les combats qui te tiennent le plus à cœur ? Tu parlais justement de la jeunesse. Est-ce qu'il y en a d'autres ? Et comment est-ce que tu te bats aujourd'hui pour faire avancer des sujets qui te tiennent à cœur ?
- Speaker #0
Alors oui, quand on est en politique, on doit s'intéresser à tous les sujets. Mais on ne peut pas être à fond la caisse sur tous les sujets à la fois. Il y en a un qui a, pour moi, beaucoup d'importance. Les questions de l'agriculture, on revient à mon enfance, agriculture, alimentation, relocalisation de l'alimentation, agriculture biologique, là c'est un sujet majeur, là il y a du travail à mener, et on peut en faire une révolution sans faire de révolution. La question du développement de l'agriculture biologique, on voit bien qu'il y a deux mondes agricoles. il y a le monde productiviste écrasant, dominant qui ne veut pas voir l'eau de monter parce que l'eau est trop dangereuse pour eux et quand je parle de l'eau c'est l'agroécologie l'agriculture biologique et là véritablement il faut que ce soit ceux-là qui gagnent et qui vont faire gagner toute la société en fait pour le moment il y a encore des écueils je me disais c'est en train d'avancer vers le bio l'état qui sucre les... les crédits à la communication pour la bio. Je crois que je vais travailler là-dessus encore un petit peu, reprendre là-dessus. Il y a des chiffres. C'est 48 milliards d'euros qui sont consacrés au soutien à l'agriculture. Sur ces 48 milliards, l'essentiel, c'est pour la grosse agriculture productiviste. À côté de ça, cette agriculture crée des dommages. que ce soit la santé, l'eau, le sol, l'air, le pollinisateur, la biodiversité, c'est la totale. Et bien là, c'est 19 milliards, ça a été chiffré par le Secours catholique, 19 milliards de coûts de réparation. Alors, on aide énormément une agriculture à polluer et les coûts de réparation, ce n'est pas eux qui payent, c'est encore l'ensemble des contribuables. C'est absolument anormal. C'est incompréhensible que ces chiffres-là sur la table ne fassent pas changer les politiques. Parce que puisque l'agriculture biologique, il n'y a pas de coûts de réparation avec elle, et qu'au contraire, elle bonifie les choses, c'est celle-là qui doit être aidée. Et rien que ça, si elle est aidée à cette hauteur-là, elle est moins chère que notre agriculture. Faire passer ça, ce n'est pas simple tellement. Mais par contre, ça peut se jouer sur les marchés, ça peut se jouer avec les paysans locaux. avec les maraîchers locaux. Là, sur ce sujet, je veux croire à une petite révolution qu'on peut mettre en œuvre. Je vais travailler sur les projets alimentaires territoriaux. Donc, honte qu'on avait réussi à faire admettre à Stéphane Le Foll, loi d'avenir agricole 2014, un projet alimentaire territorial sur un territoire, pays de Vannes par exemple. Il y a des terres, il y a une population à nourrir. Comment faire en sorte que dans 10, 15, 20 ans, une proportion grandissante... des produits consommés par la population de ce territoire soient produits sur le territoire. Et si tout ça s'est organisé, d'abord il faut revenir à la polyculture, ce qui est la meilleure des formules, polyculture élevage par territoire, et là on passe à côté de l'industrie agroalimentaire qui ponctionne beaucoup de marge, à côté de la grande distribution qui ponctionne beaucoup de marge. Et là, ça va au-delà des abats, parce que ça suppose d'organiser ça, des abattoirs de proximité, tout ça. En tout cas, il y a des moyens là pour faire en sorte que ce soit gagnant pour tout le monde, les paysans, les consommateurs, et puis l'environnement, l'ensemble de l'environnement. Et ça, c'est vachement enthousiasmant.
- Speaker #1
Pour venir à des projets locaux, communautaires, et puis qui font du sens,
- Speaker #0
finalement. Oui. Et là, on est dans le concret.
- Speaker #1
Donc tu parlais de la jeunesse aussi Je sais que tu travailles un petit peu Avec des universités Ou avec des mouvements Comment est-ce que tu travailles avec la jeunesse aujourd'hui ? Justement tu en parlais un petit peu En début d'interview
- Speaker #0
C'est aléatoire en fait C'est en fonction d'où je suis invité Donc Université de Lille Sciences Po Lyon Je l'ai fait On m'a demandé mcbonk qu'elle est pour Sciences Po, Rennes aussi. Les Sciences Po, ça m'intéresse parce que les Sciences Po, c'est bien eux, l'essence même des futurs cadres politiques. Je me rends compte que là, il y a du boulot. Il y a plein de gens très brillants, de très bonne volonté, mais même chose, ils ont du mal à y croire. sauf ceux qui se disent le monde il est bien comme ça, on va rentrer dans le monde politique et puis on va jouer notre rôle mais les autres qui veulent faire changer les choses donc là il y a vraiment vraiment à travailler alors on parlait de l'espérance au tout début de
- Speaker #1
l'épisode qu'est-ce qui toi aujourd'hui te fait garder espoir dans le fait que ça va fonctionner, est-ce que c'est justement de voir tous ces jeunes qui ont envie de s'impliquer mais qui attendent juste qu'on On leur donne des clés, finalement ?
- Speaker #0
Oui, donner les clés. Il y a aussi la question de l'accompagnement. Ce n'est pas leur dire, vous avez les clés, vous vous débrouillez maintenant. Nous, on a une immense part de responsabilité dans la situation actuelle. Sans les driver, mais comment on peut les accompagner et faire en sorte qu'il y ait une véritable transition avec eux, pour eux, mais que nous, on n'est pas de côté. Parce qu'on a un sacré passif, notre génération. à propos des jeunes il y a aussi le côté direct des petits enfants j'en ai 10 et je les vois grandir et je me dis merde si je suis égoïste je me dis mais merde mes petits gamins comment comment ils vont devenir dans tout ça plein de jeunes il y a des jeunes qui dépriment et en général on ne les voit pas ça c'est terrible mais plein de jeunes quand on va au festival par exemple l'enthousiasme, la patate quand on va dans les bars à jeunes le regard enthousiaste la joie de vivre la joie de vivre elle est essentielle en plus quand t'as 20 ans ou 15 ou 25 et moi la joie de vivre ça se cultive il faut absolument qu'on y enfin là je suis flou mais il faut absolument qu'on y revienne à
- Speaker #1
redonner la joie de vivre et comment on fait qu'est-ce qui toi par exemple te redonne la joie de vivre, est-ce que tu as des petits rituels ou des choses qui, bon j'imagine effectivement de passer du temps avec ta famille mais mais... on a tous des petits rituels qui nous permettent de nous faire du bien de prendre soin de soi à un moment donné ou quand on n'y croit plus c'est quoi les tiens ?
- Speaker #0
le retour à la nature dans laquelle j'ai baigné je fais pas mal de marches de marches en forêt sur les sentiers de forêt en plus de s'entretenir physiquement ça me ressource énormément et puis une autre activité sportive c'est le vélo le vélo de longue distance je me régale sur le vélo c'est la dimension humaine t'es à portée des éléments et le fait de faire l'effort sur la longue durée Ton mental, il fonctionne bien. Pour moi, ça clarifie plein de choses. Par le passé, j'ai fait des discours sur mon vélo.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Ça venait...
- Speaker #1
Il y a quelque chose de très beau dans le vélo, effectivement, la lenteur, les rencontres, ça amène à se poser des questions aussi sur le monde. Je pense que c'est ça, la marche et le vélo, c'est aussi des... des activités qui sont aussi très méditatives d'une certaine manière, qui font du bien au corps, mais aussi à l'esprit.
- Speaker #0
Donc ces côtés-là, méditatifs, d'abord j'en ai besoin, et j'en ai besoin régulièrement. Je me rends compte, quand j'étais à Paris, la semaine, j'étais trop longtemps à Paris. Ça fait partie du boulot, il faut y être. Mais j'ai tout fait très très rapidement là-bas.
- Speaker #1
C'est difficile, quand on est en ville, c'est plus difficile de... Moi je vois bien quand je... Depuis que j'habite à Belle-Île, je peux vraiment beaucoup plus m'aérer. Le fait d'être d'avoir l'horizon vraiment à portée de marche ou effectivement de trois coups de pédale, ça fait quand même un grand bien fou au moral. Quand tout va mal, se reconnecter à ça, c'est aussi ça qui nous permet d'avancer et d'avoir ces espaces méditatifs un petit peu. Et finalement, c'est ce que tu disais un petit peu dans ton enfance, c'est-à-dire que tu as eu un côté très rigoureux de travail à la ferme avec tes parents, mais tu avais aussi des possibilités de t'échapper un petit peu dans la nature et ça forge aussi une personnalité dès le départ. Oui. Est-ce qu'il y a une personne, une expérience ou un livre qui t'a particulièrement inspiré sur ton chemin ? J'aime bien aussi, je trouve que parfois, tu vois... Un film qu'on voit ou un livre d'où quelqu'un nous parle peut changer beaucoup de choses sur un parcours. Est-ce que toi, il y a quelque chose comme ça qui a un peu dévié ton parcours pour te remettre d'une certaine manière dans le droit chemin ?
- Speaker #0
Alors, dans mes années de jeunesse bien rock'n'roll, il y a eu Bob Dylan.
- Speaker #1
Oui, Bob Dylan qui revient beaucoup.
- Speaker #0
Oui. Bob Dylan, voilà. Et puis, pour n'en citer qu'un deuxième, il y a Bruce Springsteen aussi. Sa musique, ses paroles me parlent beaucoup, tout comme Bob Dylan. En littérature, il y a un mec qui m'a touché plus que touché, c'est Albert Camus. Il faisait partie des auteurs de ma jeunesse que j'aimais beaucoup. Et il y a eu les 50 ans... ou les 100 ans de la naissance de Camus, quand j'étais au Sénat. Et puis, il y avait une association des amis de Camus qui était venue me voir pour me demander si j'étais Camus. Si je voulais bien organiser un colloque pour le 100e anniversaire de Camus. Donc, j'avais été OK. Et pour être bien dans mon histoire, c'était un mois avant ça, j'avais relu Camus. Et je me suis rendu compte là qu'il y a plein de choses de Camus qui... qui... qui m'ont nourri sur comment j'étais devenu et sur ma manière de penser et puis aussi le goût de l'esthétisme et l'humanisme profond la poésie qu'il peut y avoir justement dans certains livres et puis le côté un peu utopique aussi parce que finalement c'est ça,
- Speaker #1
c'est des histoires et puis toi je sais que l'utopie prend une grande place dans ta vie aussi et puis dans dans dont dans le monde un peu auquel tu aspires. C'est pas pour rien que ton livre s'appelle l'utopie et la vie aussi. Ouais. Merci beaucoup, Joël, d'avoir pris ce temps avec moi. Et puis, je te dis à bientôt.
- Speaker #0
Ouais, merci beaucoup, Elise. C'était presque trop court.
- Speaker #1
Vous l'aurez compris, Joël Labbé inspire par son courage, sa détermination et sa simplicité. Si vous voulez en savoir plus sur son parcours et ses combats, je vous invite à lire son livre « L'utopie et la vie » paru chez Actes Sud et à regarder le documentaire « Au risque d'être soi » réalisé par Jean-Jacques Roux. Vous retrouverez tous les liens dans la description de l'épisode.
- Speaker #0
Bravo !
- Speaker #1
Merci d'être allé au bout de cet épisode avec nous. Si vous avez apprécié cette nouvelle discussion, n'hésitez pas à lui mettre 5 étoiles et à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Vous pouvez aussi suivre le compte Instagram du podcast que je vous remets en lien dans la description. N'hésitez pas à m'envoyer un message pour me dire ce que vous en avez pensé. Ça me fait toujours plaisir d'avoir un retour et même des suggestions d'autres personnes que vous aimeriez entendre au micro de Sensible. On se retrouve ici dans deux mois pour le prochain épisode. Et en attendant, prenez bien soin de vous et du monde qui vous entoure. A très vite !