Speaker #0Bibiche, mon coach de full contact et de MMA, avait une phrase. Une phrase qu'il sortait exactement au mauvais moment. C'est-à-dire au moment où on avait le plus besoin, mais le moins envie de l'entendre. La douleur, c'est la vie. Et il en avait une autre encore meilleure. Si tu arrives encore à sourire, c'est que tu n'as pas vraiment mal. Sur le moment où on avait tous envie de lui répondre des choses vraiment pas sympas. Parce que nos jambes brûlaient. que notre souffle était parti depuis longtemps et que sourire était vraiment la dernière chose à laquelle on pensait. Et pourtant, il n'avait raison. Pas de façon cruelle, de façon très précise. Parce que dans 95% des cas, ce qu'on appelle la douleur en plein monde, ce n'est pas de la douleur, c'est de l'inconfort intense. C'est de la brûlure musculaire. C'est du souffle qui manque, du lourd qui pèse. C'est... Tout ce que l'entraînement nous a appris à traverser des centaines de fois, depuis des mois ou des années. Ce n'est pas un signal d'arrêt, c'est de la familiarité que notre mental a décidé de traiter comme une urgence. Et c'est exactement là que tout se joue. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Shift Your Mindset. On est en train de construire quelque chose ensemble au fil de ces épisodes. La chambre d'appel, le go, et maintenant... On va aller voir ce qui se passe en plein milieu du WOD, ce moment où ça devient dur, où le corps veut ralentir et où le mental entre dans un dialogue avec lui-même qui va déterminer la suite. Le vrai shift commence quand tu comprends ce que ton mental te cache. Tu pratiques le crossfit, tu t'entraînes régulièrement, tu fais des WOD, tu la connais la brûlure dans les jambes après une série de thrusters, tu le connais le souffle. qui lâche à mi-parcours d'un wood tellement long. Tu connais la barre qui pèse deux fois plus lourde dans les dernières répétitions que dans les premières. Tout ça, tu connais par cœur. Tu l'as vécu des centaines de fois. Alors en compétition, quand ça arrive, et ça va arriver, ce n'est pas une surprise. Ce n'est pas un territoire inconnu. C'est exactement ce pour quoi tu t'es entraîné. Ton corps sait faire ça. Il l'a appris, il l'a répété, et il a des ressources pour ça. pour traverser tout ça. Le problème, ce n'est pas la brûlure, ce n'est pas le souffle, ce n'est pas le lourd. Le problème, c'est ce que ton mental raconte à ce moment-là. Parce que ton mental, lui, il ne fait pas toujours la différence entre l'inconfort intense et le vrai danger. Entre ta brûlure musculaire normale d'un effort à haute intensité et un signal qui dit vraiment « arrête, quelque chose ne va pas » . Et quand il confond les deux, ce qu'il fait souvent, surtout sous la pression d'une compétition, Il va déclencher quelque chose qu'on va aller regarder de plus près. La négociation. Tu connais cette voix, tu l'as déjà entendue. Encore 5 crêpes et je pose. Je ralentis juste sur ce mouvement, je pose la barre 10 secondes, pas plus. En apparence, c'est raisonnable. C'est de la gestion, c'est intelligent. En réalité, c'est ton mental qui cherche une sortie. Pas parce que ton corps en a forcément besoin. Parce que l'inconfort est là. Et que ton mental, il va toujours préférer éviter l'inconfort au fait de le traverser. Et voilà ce que personne ne dit vraiment sur la négociation. Elle te coûte, pas physiquement mais mentalement. Ce débat intérieur entre tenir et lâcher, entre encore une répétition ou poser la barre, ce débat-là, il te consomme de l'énergie. Et c'est de l'énergie qui ne va pas pouvoir aller dans le mouvement. Parce que pendant que tu négocies avec toi-même, tu n'es plus dans le wood. tu es dans ta tête et le woe de lui, il continue à dérouler. Et il y a pire encore que ça, c'est que ton cerveau s'entraîne à la négociation. Je t'explique. Chaque fois que tu cèdes à la première offre de ton mental, ton cerveau note que ça fonctionne. Et la prochaine fois, c'est possible qu'il te propose de poser juste 5 secondes beaucoup plus tôt, avec des arguments encore plus convaincants. et des conditions encore plus faciles à accepter. Au bout de plusieurs mois, plusieurs compétitions, plusieurs fois où la négociation a gagné, tu te retrouves avec un mental qui va commencer à marchander dès le premier tiers du road. Pas parce que tu es moins bien physiquement, parce que tu auras gravé ça sans t'en rendre compte. Exactement comme on grave des habitudes de départ au go. Et le moment où tu vas vraiment réaliser ce qui se passe, c'est quand tu finis un road et que tu sais. Tu le sais que tu avais encore un peu d'énergie, que tu aurais pu tenir, mais que ta voix était trop bien argumentée à ce moment-là. On va poser une nuance importante ici. Tout ça, ça ne veut pas dire ignorer son corps, ça ne veut pas dire passer au-dessus de tout, ça ne veut pas non plus dire que la douleur est toujours un mensonge. Il y a deux types de signaux qui arrivent quand c'est difficile. Et apprendre à les distinguer, c'est une des compétences mentales utiles. Le premier type, c'est le signal d'ajustement. Ton souffle est trop haut pour tenir ce rythme-là sur la durée, tes épaules ne récupèrent pas assez vite entre les répétitions, et là, tu es en train d'utiliser une réserve d'énergie dont tu auras besoin après. Ce signal-là, il est utile, il te demande d'ajuster, pas d'arrêter, d'ajuster. Baisser un tout petit peu le rythme, changer ta respiration, marquer une petite pause courte et intentionnelle, pas une pause de négo, une vraie pause courte et intentionnelle. Ça, c'est de la lucidité, pas de la faiblesse. Et après, le deuxième type de signal, c'est le bruit du mental. Ce bruit-là, souvent, il ressemble à « c'est trop dur, je n'y arriverai pas » . Tout le monde avance plus vite que moi, j'aurais dû mieux me préparer. Tu sais, toutes ces histoires qu'on se raconte, ce sont des projections, des interprétations de l'inconfort qui n'ont absolument rien à voir avec ce dont ton corps a réellement besoin. Et sous la fatigue, sous la pression d'une compétition, ces deux types de signaux vont arriver mélangés dans le même flux et on va souvent les traiter comme s'ils disaient la même chose. Bibiche, mon coach. Il avait une façon très directe de faire la distinction. Si tu arrives encore à sourire, c'est que tu n'as pas vraiment mal. Autrement dit, si tu peux encore avoir une pensée, une conscience de ce qui se passe, une capacité à observer, tu n'es pas à la limite réelle. Tu es simplement dans un inconfort intense. Et cet inconfort intense, tu sais faire. C'est pour ça que tu t'entraînes. Alors, la prochaine fois que tu veux poser la barre, essaie. Essaie de sourire. Juste une seconde. Et si tu y arrives, tu as ta réponse. Et c'est là que quelque chose devient intéressant. Parce qu'à partir du moment où tu comprends que le problème, ce n'est pas toujours la douleur elle-même, la vraie question devient, qu'est-ce que certains font différemment dans ce moment-là ? Pourquoi certains traversent ce passage sans se faire happer par la négociation, alors que d'autres se font embarquer alors qu'ils avaient encore des ressources ? Ce n'est pas une question de seuil de douleur. Ce n'est pas une question de génétique ou de force mentale innée. C'est une question de ce sur quoi tu vas mettre ton attention dans ces moments-là. Quand tu mets ton attention sur la brûlure, sur combien tu as mal, sur combien il reste, sur combien c'est dur, tu vas amplifier le signal. Ton cerveau, il va recevoir ce signal et le traiter comme une urgence absolue. Et là, la négociation, elle va s'emballer et la spirale, elle commence. Alors que si tu mets ton attention sur quelque chose que tu peux actionner là tout de suite, ta prochaine répétition, ton souffle, ton mouvement lui-même, un point fixe, quelque chose va changer. Pas la brûlure, pas la fatigue, mais tout l'espace mental autour. Ta brûlure, elle est toujours là, mais elle ne prend plus toute la place. Et ce déplacement d'intention, ce n'est pas de la pensée positive, ce n'est pas se raconter que ça va bien alors que clairement, ton corps, il est en train de brûler de partout. C'est simplement donner à ton cerveau quelque chose de précis sur quoi se concentrer, plutôt que de le laisser tourner en roue libre sur combien c'est insupportable. Et ça, tu peux l'entraîner chaque semaine quand tu vas faire tes séances. Dans les moments où ça devient dur, au lieu de négocier automatiquement, tente de déplacer ton attention. Tu remarques que la négociation commence, alors choisis délibérément où tu vas poser ton attention ensuite. Sur le mouvement, sur ton souffle, sur un point fixe. Et tu verras, au fil des répétitions, ça va devenir un réflexe. Et le jour de la compétition, ce réflexe-là, il sera disponible sans même que tu aies trop à y penser. Ok, tu vas dire, tout ça, c'est bien joli à comprendre à froid, mais soyons honnêtes, au milieu d'un wood, quand le cardio tape au plafond, que les jambes hurlent, et que le cerveau commence à vendre un plan de sortie très convaincant, On ne va pas faire une analyse théorique. On a besoin de choses simples, d'un repère, d'un truc auquel on va s'accrocher pour traverser le moment sans partir en vrille. Quand il reste beaucoup, beaucoup de répétitions, beaucoup de temps, beaucoup de mouvements enchaînés, ton mental, il peut se noyer dans la quantité. Tout ce qui reste va devenir écrasant. Et écrasant, c'est l'antichambre de la négociation. L'outil est simple, et je suis sûre que tu le connais. Tu découpes. Si tu es habitué à penser en rôde entier, pense en passage. Si tu es habitué à penser en passage, pense en série de répétition. Et si tu penses en série, pense en répétition. Et si à un moment donné, la brûlure est tellement intense que même une répétition, c'est encore trop, pense en demi-mouvement. Découpe jusqu'à ce que l'unité, elle te semble faisable maintenant. Confortable, faisable. Et ce changement d'unité, il ne va pas réduire la distance à parcourir. Par contre, il va réduire la charge que ton cerveau associe à cette distance. Et souvent, c'est largement suffisant pour relancer le mouvement et pour passer le moment difficile. Si tu es coach, quand tu vois que ton athlète s'arrête ou qu'il ralentit fortement, au lieu d'encourager de façon générale, donne-lui une unité précise. Encore deux reps, la prochaine barre, juste ça maintenant. Il faut que ce soit concret, immédiat et atteignable. Mais parfois, même en découpant, ton cerveau continue à tenter l'anégo. Il continue à commenter. Il continue à parler, à faire du bruit mental, à essayer de reprendre la main. Et dans ces moments-là, tu peux essayer quelque chose d'encore plus simple. Un mot, un seul, court, que tu te dis exactement à ce moment-là. Pas une phrase de motivation, un mot que tu as choisi à froid, que tu as testé à l'entraînement et qui signifie pour toi « on continue » . Sous la fatigue intense, une phrase va te demander trop d'énergie. Un mot, il fonctionne presque comme un réflexe. Il n'a pas besoin d'être analysé, il dit juste « on est là, on sait quoi faire » . Des exemples de ce qu'on entend chez les athlètes qui utilisent ça, « encore » , « go » , « maintenant » , « une » , « debout » , « aller » . Ce sont des mots qui sont courts, percutants, qui vont te ramener à l'action immédiate plutôt qu'à la réflexion. Ce mot, tu dois le choisir à froid, le tester à l'entraînement et le répéter suffisamment pour que ça devienne un automatisme. Parce que dans le moment difficile, tu n'as pas le temps d'en trouver un. Il doit déjà être là. Et souvent, il est déjà là, c'est juste que tu n'y as jamais vraiment porté attention. Si tu es coach, demande à chacun de tes athlètes de choisir son mot. Et certains l'ont déjà sans même le savoir. Ils se le disent depuis des mois sans vraiment l'avoir formalisé. À toi de les aider à le nommer et à l'utiliser consciemment. Et puis il y a un outil que j'aime vraiment bien, que j'utilise au quotidien quand je vais m'entraîner. Et vraiment je l'aime bien parce qu'il peut sembler presque absurde de simplicité. C'est ce truc que Bibiche utilisait sans probablement imaginer toute la mécanique qu'il y avait derrière. Il est aussi simple qu'efficace. Quand tu veux poser la barre, quand la négo commence et que tu te dis que c'est trop, essaie de sourire. Tu te rappelles, au début, on disait, Bibi, j'avais cette phrase, si tu souris, c'est que t'as pas vraiment mal. Alors, essaie de sourire. Une seconde, un micro-sourire. Et si tu y arrives, tu as ta réponse. Tu n'es pas à ta limite réelle. Tu es dans l'inconfort intense. Et l'inconfort intense, tu sais faire. Ce n'est pas une provocation, c'est un test très concret. Sourire, ça va mobiliser des muscles du visage qui vont envoyer un signal à ton cerveau. Un signal qui dit « calme, zéro danger » . Et ce signal, aussi bref soit-il, il peut couper toute la spirale de négociation juste assez longtemps pour que tu reprennes une répétition et puis une autre. Et si tu n'arrives pas à sourire, si même ça c'est trop, là écoute ton corps. Parce que là, c'est peut-être un vrai signal de ralentir. Si tu es coach, tu peux intégrer ce test dans ton vocabulaire de coaching, même si tu ne t'appelles pas bibiche. La prochaine fois qu'un athlète pose la barre trop tôt, demande-lui après. Tu pouvais sourire ? Cette question seule va créer une prise de conscience. Et justement, quand on parle de coach, il y a quelque chose de fondamental à comprendre. Le moment où ton athlète bascule, tu peux apprendre à le lire. Et ce que tu fais à ce moment-là va changer la fin de son road. Les signaux, ils peuvent être subtils. Une barre qui reste au sol, deux secondes de trop. Un regard qui part vers les autres athlètes. Un mouvement qui va perdre sa fluidité sans raison physique évidente. Sa respiration qui va changer de rythme. Ce ne sont pas des signaux de faiblesse, ce sont des signaux que le dialogue intérieur a commencé, que la négo est en cours. Et dans ce moment-là, une consigne courte. et concrète, ça vaut mille encouragements généraux. Pas « allez, tu peux » , pas « encore un effort » , juste. Deux répétitions, ton souffle, pose et reprend, quelque chose d'immédiat, quelque chose qui va lui donner une action plutôt qu'une émotion. Parce que sous la fatigue intense, le cerveau traite mal les informations complexes. On pourrait même dire que sous la fatigue intense, le cerveau, il ne traite pas les informations complexes. Les rappels de stratégie, les analyses en temps réel, tout ça ne passe pas. Ce qui passe, ça doit être simple, court, faisable, maintenant. Et après le WOD, ne débriefe pas uniquement sur sa performance physique. Demande-lui où il était à son moment de bascule. Ce que sa voix lui a dit, ce qu'il a fait avec, ce qui a marché. C'est cette conversation-là qui fait progresser quelque chose que les kilos et les répétitions ne touchent pas. Bibi, j'avais raison. La douleur, c'est la vie. Pas parce qu'il faut souffrir pour performer, mais parce que l'inconfort intense, la brûlure, le souffle qui manque C'est la preuve que tu es en train de faire quelque chose qui compte, que tu te bats et que tu es là. Et ce moment où le corps, il veut ralentir et où le mental commence à marchander, ce moment n'est pas ton ennemi. C'est le moment où le road, il devient intéressant. Parce que c'est là que tu choisis sur quoi tu mets ton attention, si tu laisses la négo gagner ou si tu changes d'unité, si tu utilises ton déclencheur, tu sais ce petit mot court, ou si tu essaies de sourire. Ces choix-là, ils ne s'improvisent pas en compétition. Ils se répètent à l'entraînement, dans les WOD chaque semaine, dans les moments où l'enjeu est bas et où tu peux t'observer. Dans le prochain épisode, on va parler de l'après, ces minutes qui suivent un WOD en compétition. Et elles ne se ressemblent pas toutes. Juste après le chrono, ton cerveau est encore en surchauffe. Tu n'analyses rien, tu subis. 15 minutes après, la lucidité commence à revenir. 30 minutes après, tu peux... commencer à relativiser, à mettre des mots dessus, à préparer la suite. Ce que tu fais dans chacune de ces fenêtres, ce que tu te dis, comment tu gères la descente, ça prépare soit le terrain, soit le chaos pour le route suivant. Derrière chaque performance, il y a un mental qui tient, un corps qui parle et un humain qui choisit d'y croire. Et c'est ça l'ultime performance. Si cet épisode t'a parlé, si tu t'es reconnu quelque part, Abonne-toi pour t'entraîner autrement.