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38 episodes


En quoi la famille est-elle traversée et instrumentalisée par des intérêts et des normes qui la dépassent? Comment penser et repenser la famille en accordant une place centrale aux identités et libertés individuelles de ses membres? Ce seconde épisode aborde des analyses sociologiques et critiques, ainsi que des enjeux éthiques de la réflexion qu’il importe de relancer sur cette réalité aux multiples aspects qu’est la famille. Il en va de l’émancipation, indissociablement individuelle et collective, et aussi de la tendresse propre à toute pratique adoptive. Références bibliographiques: Elizabeth Badinter, L’amour en plus (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782253029441/) Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782355220777/) Gabrielle Radica, Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirs (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782711624829/) Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782130631828/) Aristote, Les politiques (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081358775/) Rousseau, (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081275232/)Du contrat social (ch. 2) Hegel, Principes de la philosophie du droit (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782070715312/) Pour écouter ce second épisode (23 mn), cliquez en bas de l’article. Pour les abonnés, le texte intégral du podcast sera inséré dans le numéro 2 de Simone et les philosophes. Et pour rejoindre les abonnés, vous pouvez me contacter (https://simoneetlesphilosophes.fr/contact/) ou vous rendre sur tipeee (https://www.tipeee.com/simoneetlesphilosophes). L’article ÉPISODE 7 Saison 1 : Qu’est-ce que la famille ? (2) (https://simoneetlesphilosophes.fr/quest-ce-que-la-famille-episode-2/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
23min | Published on June 28, 2017


Avancer grâce aux différences Aussi omniprésente soit-elle, la famille n’est pas si facile à définir qu’elle n’en a l’air. La « famille politique », la « famille de cœur », et même cette grande famille de l’humanité au sein de laquelle nous sommes tous frères comme disait Épictète… toutes ces expressions semblent être des métaphores de quelque chose qui serait « la famille » prise au sens propre. Alors qu’est-ce que « la famille »? Entre le schéma restreint de la famille nucléaire et le riche éventail de configurations familiales possibles, qu’est-ce qui fait une famille ? Qu’est-ce qui empêche qu’on parle de famille pour telle ou telle configuration et au nom de quoi? Où commence et où s’arrête la famille ? Cette première partie vise à travailler la définition de la famille, à la fois par le détour de l’histoire de la philosophie et par l’exploration libre des polarités contradictoires et sans doute communes à toutes les familles. Références bibliographiques: Elizabeth Badinter, L’amour en plus (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782253029441/) Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782355220777/) Gabrielle Radica, Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirs (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782711624829/) Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782130631828/) Aristote, Les politiques (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081358775/) Rousseau, (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081275232/)Du contrat social (ch. 2) Hegel, Principes de la philosophie du droit (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782070715312/) Pour écouter ce premier épisode (21 mn), cliquez en bas de l’article. Pour écouter ensuite le second épisode, cliquez sur l’article suivant (https://simoneetlesphilosophes.fr/quest-ce-que-la-famille-episode-2/). Pour les abonnés, une version intégrale du texte sera insérée dans le numéro 2 de Simone et les philosophes. Et pour rejoindre les abonnés, vous pouvez me contacter (https://simoneetlesphilosophes.fr/contact/) ou vous rendre sur tipeee (https://www.tipeee.com/simoneetlesphilosophes). L’article ÉPISODE 6 Saison 1 : Qu’est-ce que la famille ? (1) (https://simoneetlesphilosophes.fr/quest-ce-que-la-famille/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
21min | Published on June 28, 2017


Les citoyens font la démocratie. Mais l’histoire montre qu’ils peuvent aussi la défaire en soutenant des mesures contraires à l’égalité et à la liberté de tous. Le vote ne suffit donc pas à définir la démocratie. Où s’exerce la démocratie si ce n’est pas seulement dans les urnes et les batailles politiciennes? Ne commence-t-elle pas en nous, dans la capacité que nous avons de préférer le respect d’autrui à nos peurs? et comment cultiver cette capacité si fragilisée par de multiples discours anxiogènes? Dans Les émotions démocratiques. Comment former le citoyen du XXIe siècle? (https://www.leslibraires.fr/livre/1902992-les-emotions-democratiques-comment-former-le-c--martha-craven-nussbaum-climats), la philosophe américaine Martha Nussbaum montre comment le combat pour les valeurs démocratiques se joue d’abord en nous-mêmes et devrait constituer l’enjeu prioritaire des programmes d’éducation. Un livre à lire et à méditer pour prendre conscience de la responsabilité de chacun dans la vie d’une démocratie. Les initiatives émancipatrices ont leurs germes en nous-mêmes. [Le lien renvoie vers un site de librairies indépendantes. Vous pouvez aussi trouver votre libraire près de chez vous. (http://www.librairiesindependantes.com/)] Musique: Filu&Dina L’article ÉPISODE 5 Saison 1 : Où est la démocratie ? La réponse de Martha Nussbaum (https://simoneetlesphilosophes.fr/democratie-reponse-de-martha-nussbaum/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
19min | Published on June 18, 2017


Introduction de l’exercice La première séquence de cette chronique consiste à imaginer l’inversion des situations et procède en trois exercices : le premier visait à déverrouiller notre regard sur la réalité sociale telle que nous la vivons quotidiennement. N’hésitez pas à le relire ou le réécouter : plus le regard est entraîné à renverser les proportions et les rôles, plus des aspects du réel que nous pouvions négliger ou occulter apparaissent sous un jour nouveau. Par le renversement imaginaire des situations, nous ouvrions notre regard aux multiples dissymétries qui ne nous apparaissaient pas auparavant ou qui nous semblaient très ordinaires, « normales ». Mais constater la dissymétrie nous conduit souvent à l’accepter. Au lieu de l’interroger, on recourt souvent à de vieilles rengaines qui viennent couper court à la remise en question : « si les choses se passent ainsi, c’est que les personnes impliquées le veulent bien »… Nous disons ainsi que ce qui est est ce qui doit être, puisque rien n’aurait empêché qu’il en soit autrement. C’est là un préjugé bien simpliste, que nous répétons parce que nous l’avons souvent entendu. Nous gagnerions pourtant à acquérir d’autres gestes pour mieux comprendre les situations! Dans ce deuxième exercice, c’est cette difficulté que l’on cherche à pallier en vue de ne pas refermer les yeux sur les inégalités observées: il s’agit de comprendre en quoi la dissymétrie sociale que vous percevez est un fait qui, quelles que soient ses apparences, est le résultat de toute une histoire où, au fil des encouragements et découragements, valorisations et dévalorisations, l’individu s’est forgé certaines capacités et certaines peurs aussi. Celles-ci définissent pour lui une grille de comportements qu’il n’a pas choisis librement : par l’adoption spontanée du mimétisme et par l’intériorisation de censures multiples, nous nous retrouvons avec un pouvoir d’agir qui est intimement structuré par les normes de notre environnement social. De sorte que lorsque nous voulons faire autre chose que ce qu’on attendait et attend encore de nous, nous pouvons peiner à en acquérir la capacité réelle, surtout si on ne rencontre aucun soutien. Nous le comprenons très bien pour nous-mêmes, mais dans nos interactions quotidiennes, nous oublions de l’appliquer aux autres. Plutôt que de s’en remettre à la violence ordinaire du « si elle fais ceci ou cela, c’est parce qu’elle l’a bien voulu », on rapporte la situation de la personne aux attentes du milieu social dans lequel elle gravite. Il ne s’agit pas d’en faire une victime, mais de comprendre que ses choix et ses renoncements sont liés à une histoire complexe. En imaginant un récit vraisemblable qui rende compte de l’actuelle dissymétrie, on peut comprendre plus finement la quantité indéfinie des facteurs sociaux et historiques qui ont participé à l’actuelle répartition des rôles, des prises de parole, et des multiples dissymétries que vous observez. C’est ce type d’imagination narrative que Virginia Woolf, dans son magnifique texte Une chambre à soi, mobilise avec génie lorsqu’elle dessine l’histoire qui aurait pu être celle de la petite sœur de Shakespeare. Si la sœur de Shakespeare, dotée du même don et de la même passion que lui pour la poésie, l’écriture et le théâtre, avait tout mis en œuvre pour vivre de son art, les obstacles qu’elle aurait rencontrés dans sa rébellion l’auraient rendues folle, à moins qu’elle ne se soit décidée à renoncer à son projet. Vous trouverez une version audio de cet extrait, enregistré par mes soins (d’humble non-comédienne) dans un article bonus en cliquant ici. (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-la-petite-soeur-de-shakespeare/) En se figurant les attentes et les interdits rencontrées par les femmes dès leur naissance parce qu’elles ne sont pas des hommes, on prend conscience que les rôles des uns et des autres sont moin...
17min | Published on June 8, 2017


Complément de l’exercice n°2 de la thérapie anti-sexismes. Voici un enregistrement de l’extrait d’Une chambre à soi de Virginia Woolf, dans lequel l’écrivaine imagine ce qu’aurait vraisemblablement pu être l’histoire de la talentueuse petite sœur de Shakespeare. Cliquez en bas de cet article pour l’écouter. V. Woolf Une chambre à soi (trad. Clara Malraux) L’article Bonus : la petite sœur de Shakespeare (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-la-petite-soeur-de-shakespeare/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
31min | Published on June 8, 2017


Introduction de l’exercice Songez à un cube placé devant vous. Combien de faces voyez-vous? et combien de faces possède un cube? Comment se fait-il que nous voyions un cube alors que nous n’en voyons pas les 6 faces? Cet exemple du philosophe allemand Edmund Husserl illustrait cette thèse: quand nous percevons un objet, notre sensation ne suffit pas. L’imagination ( ici, des faces cachées du cube, celles que nous ne voyons pas) intervient par sa capacité d’anticipation à l’égard de ce qui n’est pas actuellement vu. Notre perception est intentionnelle au sens où elle vise un horizon qui structure notre champ perceptif. Dans l’acte de percevoir, notre conscience projette nécessairement des images d’aspects du réel qui ne sont pas actuellement sentis par nos sens. Quel rapport cette idée a‑t-elle avec notre sujet? Dans les situations que nous vivons, ce que nous percevons combine pour partie des sensations, pour partie des images que nous projetons à partir de ce que nous désirons, redoutons et croyons. Ces images sont produites comme automatiquement. Vous n’avez pas besoin de réfléchir longuement pour percevoir un cube. La réflexion viendra seulement si des représentations ultérieures venaient contredire votre premier jugement. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous trompons souvent: notre regard est comme automatiquement réduit par un ensemble d’attentes correspondant à nos préjugés. À partir d’un même contenu visible, spontanément et sans nous en rendre compte, notre regard occulte certaines caractéristiques et ne voit que celles qui confirment nos anticipations, c’est-à-dire nos attentes ou nos craintes (la crainte étant à sa façon une forme d’attente: on anticipe le pire qu’on perçoit presque déjà). Aussi ce qui rend le sexisme – comme toute discrimination – si ordinaire, c’est qu’il correspond à des caractéristiques situationnelles qui sont tout à fait conformes à nos attentes héritées de notre acculturation. Elles ne surprennent que lorsqu’on a saisi à quel point nos anticipations perceptives étaient induites. Nous nous attendons à ce que les situations confirment ce à quoi nous avons été habitués et c’est la raison pour laquelle nous « fermons les yeux » sur les brides imposées aux individus. Nous évaluons spontanément comme correctes, admirables, désirables, bonnes, justes, des situations dites de « répartition des rôles » par habitude et nous occultons toutes les images qui pourraient infirmer nos attentes. Notre regard s’est rétréci pour n’être plus que l’expression de nos préjugés accumulés au long de notre passé. Les gens disent souvent que c’est un déclic qui leur a rendu perceptible tout ce qu’ils occultaient auparavant et qu’ils ne sauraient plus manquer de voir. Que nous manque-t-il pour affiner et déverrouiller notre regard? De l’imagination. Sans elle, les perceptions que nous façonnons répètent nos idées préconçues. On a donc besoin de la stimuler, l’entraîner, l’affûter, l’approfondir, la préciser, pour ouvrir notre champ de perception et ainsi nous émanciper, femmes et hommes. Formulation de l’exercice Entraînez votre imagination à inverser les postures ordinairement adoptées par les hommes et les femmes. À ce premier stade, nous nous contentons d’imaginer ce que les situations actuellement vécues – dans un dîner, une réunion, une activité, et toute situation de la vie quotidienne – « donneraient » si les postures récurrentes y étaient inversées. C’est donc régulièrement faire mentalement un pas en arrière et observer la situation dans laquelle vous vous trouvez, en imaginant des renversements de genre (mais cela marche très bien aussi pour toutes les discriminations sociales, raciales, religieuses, etc.). Par exemple, au cours d’un dîner, observez la façon dont hommes et femmes parlent (ou peinent à parler) ainsi que les sujets de conversation dans lesquels ils s’expriment (ou sont autori...
17min | Published on May 4, 2017


Pourquoi reprochons-nous à la vie d’être trop courte si ce n’est pour nous déresponsabiliser de nos propres pertes de temps? Et si la vie n’était pas toute entière concentrée dans ce présent que nous fuyons? Dans son De la brièveté de la vie, Sénèque écrit à son beau-frère les raisons pour lesquelles il ne faut pas remettre au lendemain le moment de vivre heureux. Il n’y a rien de plus essentiel que le temps dont nous disposons et que nous gaspillons si souvent. La sagesse consiste à bien en user… mais comment y parvenir? Voici un podcast (18 mn) pour vous introduire à la lecture de ce beau texte, à écouter sans plus attendre Références bibliographiques: Baudrillard La société de consommation (https://www.leslibraires.fr/livre/412769-la-societe-de-consommation-ses-mythes-ses-str--jean-baudrillard-folio?affiliate=simoneetlesphilosophes) Pascal Pensées (https://www.leslibraires.fr/livre/8263380-pensees-blaise-pascal-flammarion?affiliate=simoneetlesphilosophes) Sénèque De la brièveté de la vie (https://www.leslibraires.fr/livre/9429459-de-la-brievete-de-la-vie-seneque-rivages?affiliate=simoneetlesphilosophes) [attention! Emportés par un vent de liberté, les liens renvoient vers un site de librairies indépendantes. Vous pouvez aussi trouver votre libraire près de chez vous (http://www.librairiesindependantes.com/#journaliste)] Musique: Spanish romance de Filu&Dina L’article ÉPISODE 2 Saison 1 : La vie est-elle assez longue ? La réponse de Sénèque (https://simoneetlesphilosophes.fr/vie-assez-longue-reponse-de-seneque/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
19min | Published on April 3, 2017


Pour écouter cet article, cliquez sur la flèche en bas de l’article. Quand on veut commencer à « parler philo » avec ses amis, survient assez vite une remarque du type : « Enfin, tout cela dépend de ce qu’on entend par faire de la philosophie »! Remarque en queue de poisson qui reviendra de manière lancinante et pourrait verrouiller vos échanges. Dès qu’on invoque le « ça dépend de chacun », on ferme la réflexion d’un bon vieux geste relativiste, marqueur d’une réticence à mettre sa propre opinion en question. Certains mettront en avant leur image de la philosophie (par exemple, être serein comme Yoda ou le Dalaï Lama) tandis que d’autres soutiendront une autre vision (par exemple, tenir des raisonnements cohérents). Et personne ne sera sorti de son point de vue… donc n’aura appris quoi que ce soit. S’il s’agit là d’un problème récurrent, c’est que la philosophie n’est pas une discipline toute faite avec des contenus théoriques tout faits (des textes, des idées dans ces textes, des philosophes-icônes derrière ces idées et ces textes) qu’il suffirait d’apprendre – et de répéter ensuite. On apprend à philosopher et non la philosophie, écrivait Kant. D’ailleurs, cela ne vaut-il pas pour tous les savoirs? Derrière le mot qui désigne la discipline en question, il y a toujours une pratique ou un ensemble de pratiques. L’histoire est ce qui est relatif à des pratiques historiographiques, des manières de faire de l’histoire. Il s’agit toujours de faire quelque chose, selon des méthodes différentes qui se rapportent à un objet particulier (le passé pour l’histoire, les nombres pour les mathématiques, la langue pour les lettres, etc.). Bref, se demander ce qu’est une discipline, c’est confronter son verbe à la diversité des modes de faire ainsi qu’à l’objet qui leur serait commun. Voyons donc quelles sont ces pratiques, disjointes voire même contradictoires, qu’on désigne par « philosopher »: étudier des textes et des auteurs. Faire de la philosophie, c’est en ce sens se familiariser avec la culture philosophique, c’est-à-dire avec l’histoire de la philosophie, celle qui est enseignée à l’université. Ici, c’est le travail de compréhension, d’assimilation et d’interprétation des textes qui est désigné. En ce sens, faire de la philosophie, c’est s’approprier un héritage culturel dit « philosophique » parce qu’il a à voir avec des débats d’idées. vivre « en philosophe », c’est-à-dire donner à ses actions une certaine cohérence en les rendant conformes à des principes qu’on se fixe. Souvent, ces principes ou règles sont élaborés en vue de poursuivre une fin agréable, comme le bonheur, la joie, la paix, la sérénité, ou tout au moins de nous épargner des souffrances causées par nos propres représentations et habitudes. En ce sens, la philosophie est un mode d’être de sorte que c’est la vie qui témoigne de la « philosophie » de son auteur. Exercer une capacité dialogique et critique à l’égard des énoncés proposés, c’est-à-dire « penser par soi-même » pour reprendre la formule de Kant dans Qu’est-ce que les lumières ? En ce sens, la philosophie est un travail de la pensée, ayant pour objectif d’acquérir une indépendance d’esprit (ainsi libéré des opinions héritées) propice à la découverte d’une vérité (fût-elle sceptique ou critique!). D’autres occurrences peuvent être proposées, mais elles se rattacheront très vraisemblablement à l’une ou l’autre de ces pratiques. Une option serait de batailler pour l’une de ces représentations, en faisant valoir la stérilité des autres. Comme s’il fallait nécessairement choisir ! Or, raisonner par disjonction est utile quand cela permet d’établir des distinctions… mais peut devenir stérile quand ça nous conduit à édifier des clôtures et des compartiments, en entretenant des impensés. Dire par exemple qu’il ne sert à rien d’étudier les auteurs, que le tout est d’être philosophe en vivant...
13min | Published on March 22, 2017
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38 episodes


En quoi la famille est-elle traversée et instrumentalisée par des intérêts et des normes qui la dépassent? Comment penser et repenser la famille en accordant une place centrale aux identités et libertés individuelles de ses membres? Ce seconde épisode aborde des analyses sociologiques et critiques, ainsi que des enjeux éthiques de la réflexion qu’il importe de relancer sur cette réalité aux multiples aspects qu’est la famille. Il en va de l’émancipation, indissociablement individuelle et collective, et aussi de la tendresse propre à toute pratique adoptive. Références bibliographiques: Elizabeth Badinter, L’amour en plus (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782253029441/) Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782355220777/) Gabrielle Radica, Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirs (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782711624829/) Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782130631828/) Aristote, Les politiques (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081358775/) Rousseau, (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081275232/)Du contrat social (ch. 2) Hegel, Principes de la philosophie du droit (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782070715312/) Pour écouter ce second épisode (23 mn), cliquez en bas de l’article. Pour les abonnés, le texte intégral du podcast sera inséré dans le numéro 2 de Simone et les philosophes. Et pour rejoindre les abonnés, vous pouvez me contacter (https://simoneetlesphilosophes.fr/contact/) ou vous rendre sur tipeee (https://www.tipeee.com/simoneetlesphilosophes). L’article ÉPISODE 7 Saison 1 : Qu’est-ce que la famille ? (2) (https://simoneetlesphilosophes.fr/quest-ce-que-la-famille-episode-2/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
23min | Published on June 28, 2017


Avancer grâce aux différences Aussi omniprésente soit-elle, la famille n’est pas si facile à définir qu’elle n’en a l’air. La « famille politique », la « famille de cœur », et même cette grande famille de l’humanité au sein de laquelle nous sommes tous frères comme disait Épictète… toutes ces expressions semblent être des métaphores de quelque chose qui serait « la famille » prise au sens propre. Alors qu’est-ce que « la famille »? Entre le schéma restreint de la famille nucléaire et le riche éventail de configurations familiales possibles, qu’est-ce qui fait une famille ? Qu’est-ce qui empêche qu’on parle de famille pour telle ou telle configuration et au nom de quoi? Où commence et où s’arrête la famille ? Cette première partie vise à travailler la définition de la famille, à la fois par le détour de l’histoire de la philosophie et par l’exploration libre des polarités contradictoires et sans doute communes à toutes les familles. Références bibliographiques: Elizabeth Badinter, L’amour en plus (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782253029441/) Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782355220777/) Gabrielle Radica, Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirs (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782711624829/) Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782130631828/) Aristote, Les politiques (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081358775/) Rousseau, (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782081275232/)Du contrat social (ch. 2) Hegel, Principes de la philosophie du droit (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782070715312/) Pour écouter ce premier épisode (21 mn), cliquez en bas de l’article. Pour écouter ensuite le second épisode, cliquez sur l’article suivant (https://simoneetlesphilosophes.fr/quest-ce-que-la-famille-episode-2/). Pour les abonnés, une version intégrale du texte sera insérée dans le numéro 2 de Simone et les philosophes. Et pour rejoindre les abonnés, vous pouvez me contacter (https://simoneetlesphilosophes.fr/contact/) ou vous rendre sur tipeee (https://www.tipeee.com/simoneetlesphilosophes). L’article ÉPISODE 6 Saison 1 : Qu’est-ce que la famille ? (1) (https://simoneetlesphilosophes.fr/quest-ce-que-la-famille/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
21min | Published on June 28, 2017


Les citoyens font la démocratie. Mais l’histoire montre qu’ils peuvent aussi la défaire en soutenant des mesures contraires à l’égalité et à la liberté de tous. Le vote ne suffit donc pas à définir la démocratie. Où s’exerce la démocratie si ce n’est pas seulement dans les urnes et les batailles politiciennes? Ne commence-t-elle pas en nous, dans la capacité que nous avons de préférer le respect d’autrui à nos peurs? et comment cultiver cette capacité si fragilisée par de multiples discours anxiogènes? Dans Les émotions démocratiques. Comment former le citoyen du XXIe siècle? (https://www.leslibraires.fr/livre/1902992-les-emotions-democratiques-comment-former-le-c--martha-craven-nussbaum-climats), la philosophe américaine Martha Nussbaum montre comment le combat pour les valeurs démocratiques se joue d’abord en nous-mêmes et devrait constituer l’enjeu prioritaire des programmes d’éducation. Un livre à lire et à méditer pour prendre conscience de la responsabilité de chacun dans la vie d’une démocratie. Les initiatives émancipatrices ont leurs germes en nous-mêmes. [Le lien renvoie vers un site de librairies indépendantes. Vous pouvez aussi trouver votre libraire près de chez vous. (http://www.librairiesindependantes.com/)] Musique: Filu&Dina L’article ÉPISODE 5 Saison 1 : Où est la démocratie ? La réponse de Martha Nussbaum (https://simoneetlesphilosophes.fr/democratie-reponse-de-martha-nussbaum/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
19min | Published on June 18, 2017


Introduction de l’exercice La première séquence de cette chronique consiste à imaginer l’inversion des situations et procède en trois exercices : le premier visait à déverrouiller notre regard sur la réalité sociale telle que nous la vivons quotidiennement. N’hésitez pas à le relire ou le réécouter : plus le regard est entraîné à renverser les proportions et les rôles, plus des aspects du réel que nous pouvions négliger ou occulter apparaissent sous un jour nouveau. Par le renversement imaginaire des situations, nous ouvrions notre regard aux multiples dissymétries qui ne nous apparaissaient pas auparavant ou qui nous semblaient très ordinaires, « normales ». Mais constater la dissymétrie nous conduit souvent à l’accepter. Au lieu de l’interroger, on recourt souvent à de vieilles rengaines qui viennent couper court à la remise en question : « si les choses se passent ainsi, c’est que les personnes impliquées le veulent bien »… Nous disons ainsi que ce qui est est ce qui doit être, puisque rien n’aurait empêché qu’il en soit autrement. C’est là un préjugé bien simpliste, que nous répétons parce que nous l’avons souvent entendu. Nous gagnerions pourtant à acquérir d’autres gestes pour mieux comprendre les situations! Dans ce deuxième exercice, c’est cette difficulté que l’on cherche à pallier en vue de ne pas refermer les yeux sur les inégalités observées: il s’agit de comprendre en quoi la dissymétrie sociale que vous percevez est un fait qui, quelles que soient ses apparences, est le résultat de toute une histoire où, au fil des encouragements et découragements, valorisations et dévalorisations, l’individu s’est forgé certaines capacités et certaines peurs aussi. Celles-ci définissent pour lui une grille de comportements qu’il n’a pas choisis librement : par l’adoption spontanée du mimétisme et par l’intériorisation de censures multiples, nous nous retrouvons avec un pouvoir d’agir qui est intimement structuré par les normes de notre environnement social. De sorte que lorsque nous voulons faire autre chose que ce qu’on attendait et attend encore de nous, nous pouvons peiner à en acquérir la capacité réelle, surtout si on ne rencontre aucun soutien. Nous le comprenons très bien pour nous-mêmes, mais dans nos interactions quotidiennes, nous oublions de l’appliquer aux autres. Plutôt que de s’en remettre à la violence ordinaire du « si elle fais ceci ou cela, c’est parce qu’elle l’a bien voulu », on rapporte la situation de la personne aux attentes du milieu social dans lequel elle gravite. Il ne s’agit pas d’en faire une victime, mais de comprendre que ses choix et ses renoncements sont liés à une histoire complexe. En imaginant un récit vraisemblable qui rende compte de l’actuelle dissymétrie, on peut comprendre plus finement la quantité indéfinie des facteurs sociaux et historiques qui ont participé à l’actuelle répartition des rôles, des prises de parole, et des multiples dissymétries que vous observez. C’est ce type d’imagination narrative que Virginia Woolf, dans son magnifique texte Une chambre à soi, mobilise avec génie lorsqu’elle dessine l’histoire qui aurait pu être celle de la petite sœur de Shakespeare. Si la sœur de Shakespeare, dotée du même don et de la même passion que lui pour la poésie, l’écriture et le théâtre, avait tout mis en œuvre pour vivre de son art, les obstacles qu’elle aurait rencontrés dans sa rébellion l’auraient rendues folle, à moins qu’elle ne se soit décidée à renoncer à son projet. Vous trouverez une version audio de cet extrait, enregistré par mes soins (d’humble non-comédienne) dans un article bonus en cliquant ici. (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-la-petite-soeur-de-shakespeare/) En se figurant les attentes et les interdits rencontrées par les femmes dès leur naissance parce qu’elles ne sont pas des hommes, on prend conscience que les rôles des uns et des autres sont moin...
17min | Published on June 8, 2017


Complément de l’exercice n°2 de la thérapie anti-sexismes. Voici un enregistrement de l’extrait d’Une chambre à soi de Virginia Woolf, dans lequel l’écrivaine imagine ce qu’aurait vraisemblablement pu être l’histoire de la talentueuse petite sœur de Shakespeare. Cliquez en bas de cet article pour l’écouter. V. Woolf Une chambre à soi (trad. Clara Malraux) L’article Bonus : la petite sœur de Shakespeare (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-la-petite-soeur-de-shakespeare/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
31min | Published on June 8, 2017


Introduction de l’exercice Songez à un cube placé devant vous. Combien de faces voyez-vous? et combien de faces possède un cube? Comment se fait-il que nous voyions un cube alors que nous n’en voyons pas les 6 faces? Cet exemple du philosophe allemand Edmund Husserl illustrait cette thèse: quand nous percevons un objet, notre sensation ne suffit pas. L’imagination ( ici, des faces cachées du cube, celles que nous ne voyons pas) intervient par sa capacité d’anticipation à l’égard de ce qui n’est pas actuellement vu. Notre perception est intentionnelle au sens où elle vise un horizon qui structure notre champ perceptif. Dans l’acte de percevoir, notre conscience projette nécessairement des images d’aspects du réel qui ne sont pas actuellement sentis par nos sens. Quel rapport cette idée a‑t-elle avec notre sujet? Dans les situations que nous vivons, ce que nous percevons combine pour partie des sensations, pour partie des images que nous projetons à partir de ce que nous désirons, redoutons et croyons. Ces images sont produites comme automatiquement. Vous n’avez pas besoin de réfléchir longuement pour percevoir un cube. La réflexion viendra seulement si des représentations ultérieures venaient contredire votre premier jugement. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous trompons souvent: notre regard est comme automatiquement réduit par un ensemble d’attentes correspondant à nos préjugés. À partir d’un même contenu visible, spontanément et sans nous en rendre compte, notre regard occulte certaines caractéristiques et ne voit que celles qui confirment nos anticipations, c’est-à-dire nos attentes ou nos craintes (la crainte étant à sa façon une forme d’attente: on anticipe le pire qu’on perçoit presque déjà). Aussi ce qui rend le sexisme – comme toute discrimination – si ordinaire, c’est qu’il correspond à des caractéristiques situationnelles qui sont tout à fait conformes à nos attentes héritées de notre acculturation. Elles ne surprennent que lorsqu’on a saisi à quel point nos anticipations perceptives étaient induites. Nous nous attendons à ce que les situations confirment ce à quoi nous avons été habitués et c’est la raison pour laquelle nous « fermons les yeux » sur les brides imposées aux individus. Nous évaluons spontanément comme correctes, admirables, désirables, bonnes, justes, des situations dites de « répartition des rôles » par habitude et nous occultons toutes les images qui pourraient infirmer nos attentes. Notre regard s’est rétréci pour n’être plus que l’expression de nos préjugés accumulés au long de notre passé. Les gens disent souvent que c’est un déclic qui leur a rendu perceptible tout ce qu’ils occultaient auparavant et qu’ils ne sauraient plus manquer de voir. Que nous manque-t-il pour affiner et déverrouiller notre regard? De l’imagination. Sans elle, les perceptions que nous façonnons répètent nos idées préconçues. On a donc besoin de la stimuler, l’entraîner, l’affûter, l’approfondir, la préciser, pour ouvrir notre champ de perception et ainsi nous émanciper, femmes et hommes. Formulation de l’exercice Entraînez votre imagination à inverser les postures ordinairement adoptées par les hommes et les femmes. À ce premier stade, nous nous contentons d’imaginer ce que les situations actuellement vécues – dans un dîner, une réunion, une activité, et toute situation de la vie quotidienne – « donneraient » si les postures récurrentes y étaient inversées. C’est donc régulièrement faire mentalement un pas en arrière et observer la situation dans laquelle vous vous trouvez, en imaginant des renversements de genre (mais cela marche très bien aussi pour toutes les discriminations sociales, raciales, religieuses, etc.). Par exemple, au cours d’un dîner, observez la façon dont hommes et femmes parlent (ou peinent à parler) ainsi que les sujets de conversation dans lesquels ils s’expriment (ou sont autori...
17min | Published on May 4, 2017


Pourquoi reprochons-nous à la vie d’être trop courte si ce n’est pour nous déresponsabiliser de nos propres pertes de temps? Et si la vie n’était pas toute entière concentrée dans ce présent que nous fuyons? Dans son De la brièveté de la vie, Sénèque écrit à son beau-frère les raisons pour lesquelles il ne faut pas remettre au lendemain le moment de vivre heureux. Il n’y a rien de plus essentiel que le temps dont nous disposons et que nous gaspillons si souvent. La sagesse consiste à bien en user… mais comment y parvenir? Voici un podcast (18 mn) pour vous introduire à la lecture de ce beau texte, à écouter sans plus attendre Références bibliographiques: Baudrillard La société de consommation (https://www.leslibraires.fr/livre/412769-la-societe-de-consommation-ses-mythes-ses-str--jean-baudrillard-folio?affiliate=simoneetlesphilosophes) Pascal Pensées (https://www.leslibraires.fr/livre/8263380-pensees-blaise-pascal-flammarion?affiliate=simoneetlesphilosophes) Sénèque De la brièveté de la vie (https://www.leslibraires.fr/livre/9429459-de-la-brievete-de-la-vie-seneque-rivages?affiliate=simoneetlesphilosophes) [attention! Emportés par un vent de liberté, les liens renvoient vers un site de librairies indépendantes. Vous pouvez aussi trouver votre libraire près de chez vous (http://www.librairiesindependantes.com/#journaliste)] Musique: Spanish romance de Filu&Dina L’article ÉPISODE 2 Saison 1 : La vie est-elle assez longue ? La réponse de Sénèque (https://simoneetlesphilosophes.fr/vie-assez-longue-reponse-de-seneque/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
19min | Published on April 3, 2017


Pour écouter cet article, cliquez sur la flèche en bas de l’article. Quand on veut commencer à « parler philo » avec ses amis, survient assez vite une remarque du type : « Enfin, tout cela dépend de ce qu’on entend par faire de la philosophie »! Remarque en queue de poisson qui reviendra de manière lancinante et pourrait verrouiller vos échanges. Dès qu’on invoque le « ça dépend de chacun », on ferme la réflexion d’un bon vieux geste relativiste, marqueur d’une réticence à mettre sa propre opinion en question. Certains mettront en avant leur image de la philosophie (par exemple, être serein comme Yoda ou le Dalaï Lama) tandis que d’autres soutiendront une autre vision (par exemple, tenir des raisonnements cohérents). Et personne ne sera sorti de son point de vue… donc n’aura appris quoi que ce soit. S’il s’agit là d’un problème récurrent, c’est que la philosophie n’est pas une discipline toute faite avec des contenus théoriques tout faits (des textes, des idées dans ces textes, des philosophes-icônes derrière ces idées et ces textes) qu’il suffirait d’apprendre – et de répéter ensuite. On apprend à philosopher et non la philosophie, écrivait Kant. D’ailleurs, cela ne vaut-il pas pour tous les savoirs? Derrière le mot qui désigne la discipline en question, il y a toujours une pratique ou un ensemble de pratiques. L’histoire est ce qui est relatif à des pratiques historiographiques, des manières de faire de l’histoire. Il s’agit toujours de faire quelque chose, selon des méthodes différentes qui se rapportent à un objet particulier (le passé pour l’histoire, les nombres pour les mathématiques, la langue pour les lettres, etc.). Bref, se demander ce qu’est une discipline, c’est confronter son verbe à la diversité des modes de faire ainsi qu’à l’objet qui leur serait commun. Voyons donc quelles sont ces pratiques, disjointes voire même contradictoires, qu’on désigne par « philosopher »: étudier des textes et des auteurs. Faire de la philosophie, c’est en ce sens se familiariser avec la culture philosophique, c’est-à-dire avec l’histoire de la philosophie, celle qui est enseignée à l’université. Ici, c’est le travail de compréhension, d’assimilation et d’interprétation des textes qui est désigné. En ce sens, faire de la philosophie, c’est s’approprier un héritage culturel dit « philosophique » parce qu’il a à voir avec des débats d’idées. vivre « en philosophe », c’est-à-dire donner à ses actions une certaine cohérence en les rendant conformes à des principes qu’on se fixe. Souvent, ces principes ou règles sont élaborés en vue de poursuivre une fin agréable, comme le bonheur, la joie, la paix, la sérénité, ou tout au moins de nous épargner des souffrances causées par nos propres représentations et habitudes. En ce sens, la philosophie est un mode d’être de sorte que c’est la vie qui témoigne de la « philosophie » de son auteur. Exercer une capacité dialogique et critique à l’égard des énoncés proposés, c’est-à-dire « penser par soi-même » pour reprendre la formule de Kant dans Qu’est-ce que les lumières ? En ce sens, la philosophie est un travail de la pensée, ayant pour objectif d’acquérir une indépendance d’esprit (ainsi libéré des opinions héritées) propice à la découverte d’une vérité (fût-elle sceptique ou critique!). D’autres occurrences peuvent être proposées, mais elles se rattacheront très vraisemblablement à l’une ou l’autre de ces pratiques. Une option serait de batailler pour l’une de ces représentations, en faisant valoir la stérilité des autres. Comme s’il fallait nécessairement choisir ! Or, raisonner par disjonction est utile quand cela permet d’établir des distinctions… mais peut devenir stérile quand ça nous conduit à édifier des clôtures et des compartiments, en entretenant des impensés. Dire par exemple qu’il ne sert à rien d’étudier les auteurs, que le tout est d’être philosophe en vivant...
13min | Published on March 22, 2017