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38 episodes


Dans ce troisième épisode, aussi surprenant cela puisse vous paraître, je vous raconte pourquoi je pense que j’aurais pu devenir féministe plus vite, plus tôt grâce à Kant. Pourquoi lire les textes de Kant sur la condition féminine ? Quels éléments de compréhension peut-on en tirer pour nous émanciper ? Pourquoi y aurait-il un intérêt à lire Kant avec des lunettes féministes (plutôt que de s’en tenir à ses textes considérés comme majeurs) ? Vous pouvez accompagner et prolonger votre écoute en accédant au texte de l’épisode et à des compléments (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-du-podcast-devenir-feministe-avec-kant-aussi-s2-ep-3/). L’article ÉPISODE 3 Saison 2 : Devenir féministe avec Kant (https://simoneetlesphilosophes.fr/devenir-feministe-avec-kant-saison-2-ep-3/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
31min | Published on September 30, 2020


Dans ce second épisode, je vous invite à faire un peu de magie… en transformant un cliché en concept. À creuser le sens d’un mot qui a longtemps servi – et sert encore – à mépriser ce qui serait féminin, trop féminin pour être philosophique. Je vous embarque aujourd’hui dans une déconstruction de la futilité. Qu’est-ce qui est futile et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Comment la futilité traverse-t-elle nos préjugés de façon récurrente et normative ? Et pourquoi l’attention à ce qui est considéré comme futile peut-elle être une source de joie ? Pour accompagner et prolonger votre écoute, vous pouvez accéder au texte de l’épisode ainsi qu’à des compléments (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-du-podcast-futilite-s2-ep-2/). L’article ÉPISODE 2 Saison 2 : Qu’est-ce que la futilité ? (https://simoneetlesphilosophes.fr/podcast-s2e02/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
30min | Published on September 23, 2020


Des manuels scolaires aux médias, des vitrines de librairies aux colloques académiques, de l’École d’Athènes de Raphaël au Penseur de Rodin… la philosophie serait une discipline virile. Alors que faire quand on est une femme ? S’en remettre à la parole qui occulte tout ce qui touche de près ou de loin au féminin ? Ou envoyer valser cette discipline surchargée par son histoire patriarcale ? Il y a une autre voie, moins balisée mais passionnante : enfiler des lunettes féministes pour revisiter ensemble les questions que nos existences plurielles font émerger. Vous pouvez accompagner et prolonger votre écoute en accédant au texte et au bonus de l’épisode. (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-de-lepisode-que-faire-de-la-philosophie-quand-on-est-une-femme/) L’article ÉPISODE 1 Saison 2 : Que faire de la philosophie quand on est une femme ? (https://simoneetlesphilosophes.fr/podcast_s2e01/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
22min | Published on September 16, 2020


Entrez dans la pensée de Hegel par l’exploration d’un de ses thèmes les plus importants… Par son travail de la langue et le caractère systématique de sa pensée, Hegel a la réputation d’être difficile d’accès. Pourtant, il a laissé à la postérité plusieurs concepts essentiels pour comprendre l’existence, en particulier ceux de reconnaissance et d’aliénation. Pour « entrer » dans cette pensée le plus tranquillement du monde (autant qu’il est possible!), on a improvisé un entretien autour du café matinal. Pour la première fois donc, Simone a des complices autour du micro : Raphaël – l’apprenti philosophe – et Geoffroy – à la prise de son et au montage – sont de la partie. D’énormes mercis à eux du fond du cœur ! L’article ÉPISODE 14 Saison 1 : A‑t-on besoin de reconnaissance ? Entretien de Simone sur Hegel (https://simoneetlesphilosophes.fr/a-t-on-besoin-de-reconnaissance-interview-de-simone-sur-hegel/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
20min | Published on February 15, 2019


À la ligne En quoi la lenteur interpelle aujourd’hui par sa puissance émancipatrice ? C’est le thème de cet épisode du podcast (28 mn). Pourquoi nous invite-t-on désormais à ralentir, alors même que l’impératif de maximisation du temps, cher à notre époque, continue de nous dicter une cadence effrénée, aussi bien au travail que dans ce qu’on appelle notre « temps libre » ? Il faut dire que, au milieu de nos journées agitées, le mot « ralentir » sonne doux à nos oreilles. Car le culte de la rapidité – poussé à son paroxysme grâce à l’instantanéité numérique – ce culte nous fragilise : l’hypercompression du temps a un coût pour notre équilibre, en érodant nos capacités d’attention, de calme, de concentration, de réflexion, d’imagination, de soin, de respect et autres facultés nécessaires pour la vie individuelle et collective. Alors par contraste, la lenteur semble pour beaucoup une solution permettant de tordre le bâton dans l’autre sens. En témoignent les récents et nombreux mouvements promouvant la lenteur dans tous les domaines de la vie sociale que Carl Honoré décrit dans son fameux Éloge de la lenteur. Mais qu’en est-il vraiment ? La décélération peut-elle réellement nous libérer et, si oui, comment ? Ouvrages cités au cours de l’épisode: Nicole Aubert, Le culte de l’urgence. La société malade du temps, Flammarion (2009). Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard (1989). Christophe Bouton, Le temps de l’urgence, Éditions Le Bord de l’eau (2013). David Le Breton, Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur (2012). Carl Honoré, Éloge de la lenteur. Et si vous ralentissiez? , Marabout (2007). Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Éditions La Découverte (2010). Hartmut Rosa, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, Éditions La Découverte (2014). Jean-Jacques Rousseau, Confessions (publication originale en 1782). Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Rivages (2000). Tout plein de mercis à Geoffroy Montel (http://www.brocoli.org/artist/minizza) qui a assuré avec soin la masterisation de cet épisode ! L’article ÉPISODE 13 Saison 1 : La lenteur peut-elle nous libérer? (https://simoneetlesphilosophes.fr/la-lenteur-peut-elle-nous-liberer/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
28min | Published on July 27, 2018


Pourquoi sommes-nous toujours si occupé·e·s et si préoccupé·e·s ? Un nouvel épisode du podcast avec Blaise Pascal et sa pensée du divertissement. Dans le deuxième épisode (https://simoneetlesphilosophes.fr/vie-assez-longue-reponse-de-seneque/) du podcast de Simone et les philosophes, nous avions vu comment Sénèque expliquait notre plainte au sujet de la brièveté de la vie : c’est parce que nous nous croyons immortels que nous nous agitons dans tous les sens, perdant ainsi notre temps à fuir le présent. A contrario, la vie est assez longue pour qui adopte dès maintenant un mode de vie approprié, centré sur le présent. Notre inconscience eu égard à notre mortalité nous rend inconstants et par là hyper occupés. Et si, ce n’était pas le manque de conscience de notre mortalité qui nous conduisait à nous disperser, mais l’inverse… je veux dire… et si nous nous agitions de tous côtés précisément pour nous créer l’illusion d’être immortels, de ne pas avoir à voir les limites du temps que nous avons à vivre ? Car après tout, en courant, nous oublions – un instant au moins – nos faiblesses et notre mortalité. C’est cette manière de fuir la conscience de notre mortalité que Blaise Pascal nous permet de comprendre à travers son concept de « divertissement ». Selon le philosophe, nous sommes toujours occupés et soucieux parce que nous cherchons toujours de quoi nous divertir. Nous fuyons le repos plus que nous le ne ratons… Citations extraites des Pensées de Blaise Pascal : « Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser. » « De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court ; on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit. » « Ce n’est donc pas l’amusement seul qu’il recherche. Un amusement languissant et sans passion l’ennuiera. Il faut qu’il s’y échauffe, et qu’il se pipe lui-même en s’imaginant qu’il serait heureux de gagner ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu’il se forme un sujet de passion et qu’il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte pour cet objet qu’il s’est formé comme les enfants qui s’effraient du visage qu’ils ont barbouillé. » « Ils s’imaginent que s’ils avaient obtenu cette charge il se reposeraient ensuite avec plaisir et ne sentent pas la nature insatiable de la cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos, et ne cherchent en effet que l’agitation. Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n’est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte. Et de ces deux instincts contraires il se forme en eux un projet confus qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l’agitation et à se figurer toujours que la satisfaction qu’ils n’ont point leur arrivera si, en surmontant quelques difficultés qu’ils envisagent, ils peuvent s’ouvrir par là la porte au repos. Ainsi s’écoule toute la vie, on cherche le repos en combattant quelques obstacles. Et si on les a surmontés, le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte. » « Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ...
22min | Published on February 2, 2018


Comment se débarrasser des préjugés liés aux genres en se cultivant mieux ? Pour écouter la version audio, cliquez en bas de cet article. Librairie des femmes à Paris L’objectif de ce quatrième exercice n’est plus de nous faire prendre conscience de ces dissymétries – comme c’était le cas pour les 3 premiers exercices – mais de modifier en acte nos représentations ! Et pour cela, il va falloir stimuler notre curiosité et remuer nos méninges car le programme de cet exercice est indéfini – et tant mieux car il est passionnant – : nous allons nous refaire une culture! Introduction de l’exercice Une culture, vous en avez déjà une, me direz-vous ! Et vous avez raison. De sorte que si je vous demande de fermer les yeux et de vous représenter des figures passées ou actuelles du monde de l’art, du domaine de la science, de la sphère politique, de l’histoire de la littérature… Si je vous invite à penser à des philosophes aussi… vous devriez vraisemblablement en avoir quelques noms ou quelques visages rapidement en tête. Et si je vous invite à penser à quelques grandes figures héroïques, qu’elles soient historiques ou mythiques, j’imagine que certains noms et visages vous parviennent aussi à l’esprit. Tiens, mais au fait : combien de femmes parmi toutes ces figures ? Et combien d’hommes ? Je ne prends pas beaucoup de risques en supposant qu’il y a – parmi ces figures – pas mal d’hommes. Au point qu’on pourrait croire que je vous ai invité·e à penser à des hommes artistes, scientifiques, philosophes etc. Mais non, je n’ai utilisé aucune formule masculine qui aurait pu orienter vos représentations. J’ai parlé de « figures » de tel ou tel domaine de notre culture. Voilà, vous y êtes : la culture qui se retrouve dans nos têtes est une scène sur laquelle coexistent ceux que nous avons coutume d’appeler les « grands hommes », étant plus ou moins entendu que les grandes femmes de notre grande culture ne sont pas assez grandes pour avoir des premiers rôles. N’est-ce pas étrange tout de même que la culture soit dévouée au culte des grands hommes ? Les femmes – qui représentent une bonne moitié des êtres humains – n’ont-elles pas créé, inventé, découvert, exploré, théorisé ? Enfin, si c’était le cas, on se souviendrait d’elles non ? Alors la culture que nous avons apprise et que nous continuons d’apprendre non seulement est faite d’hommes bien sûr admirables et exceptionnels, mais elle illustre ce qu’il en est de la femme, à savoir plusieurs choses qui sont autant de préjugés assez courants : n’ayons pas peur de les expliciter. premier préjugé : si la culture est faite d’hommes c’est que ce sont les hommes qui font la culture, tandis que les femmes sont commandées par leur nature, leurs instincts les dévouant aux soins du mari et des enfants. En d’autres termes, la nature de l’homme est de faire progresser la culture, tandis que celle de la femme est de soigner les hommes qui font avancer la culture. Dans ce préjugé là, plus courant qu’il ne vous y paraîtrait en m’écoutant résumer ainsi la chose, on prend acte du fait que la femme a presque toujours été cantonnée à la sphère domestique mais on le justifie par sa destination naturelle. second préjugé courant : les femmes ont beau se démener, elles ne sont pas aussi fortes que les hommes. Pour tout un tas de raisons qu’on voudra bien avancer : elles sont physiquement plus faibles – ce qui en matière de culture est fondamental – , ou moins organisées (ce fameux mythe de la femme irrationnelle, loin de la rationalité des hommes auquel l’histoire est à elle seule le meilleur contre-argument), ou moins talentueuses, ou moins courageuses, moins ambitieuses, etc. etc. Dans ce second préjugé, on oublie que les femmes ont toujours été sommées de se rendre invisibles et dociles et que – lorsqu’elles ont bravé toutes les interdictions pour créer quelque chose, eh bien des hommes se sont très vit...
26min | Published on October 13, 2017


Ce qui est comique pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Alors qu’est-ce qui est comique? Qu’est-ce qui nous fait rire? Pour attaquer cette question, nous allons aborder un ouvrage dont nous avions déjà lu un extrait dans un épisode précédent. (https://simoneetlesphilosophes.fr/mots-deforment-choses/) Il s’agit d’un recueil de Bergson qui rassemble trois articles sous le titre « Le rire ». Dans cet ouvrage, Bergson dégage un certain nombre d’éléments essentiels au comique autour d’un fil directeur dont je vous propose ici une reconstitution didactique. Pour écouter cet épisode (18 mn), cliquez en bas de cet article. Texte de l’épisode Que la vie est légère quand elle est assaisonnée d’humour : quelqu’un vous fait rire et vos soucis s’envolent. Mais que l’humour peut être lourd lorsqu’il est mauvais, voire même violent : les mauvaises blagues rejouent sans toujours en avoir l’air les clichés les plus humiliants. Et si vous avez le malheur de ne pas rire à ces propositions comiques peu raffinées, on vous accusera très sérieusement de ne pas avoir d’humour et de voir rouge à tort et à travers. On pourra toujours avoir le rire jaune et amer, ou encore préférer l’humour noir, mais en tout état de cause, mieux vaudrait continuer à rire pour voir la vie en rose. Vous le voyez, définir le comique n’est pas si simple : ce qui est comique pour l’un ne le sera pas nécessairement pour l’autre, surtout s’il se sent la cible de la farce. Alors qu’est-ce qui caractérise le comique et pourquoi est-il si ambivalent ? Pour Bergson, le rire a une signification sociale. Dit autrement, le rire est une pratique sociale qui pointe du doigt un certain geste, une certaine attitude, un certain comportement alors considéré comme comique. En présentant comme essentielle la signification sociale du rire, Bergson souligne 3 choses : 1/ seul l’humain peut être comique. Un paysage n’est pas risible, et quand un animal l’est – comme on en voit régulièrement des vidéos sur le web – c’est que l’animal adopte alors des attitudes similaires à des attitudes humaines. Le trait comique est donc spécifiquement humain. Parc Mozaïc à Houplin-Ancoisne 2/ Mais qu’est-ce qui caractérise le comique ? Car il y a moult formes de comique et la question est de savoir si qqch leur est commun. Bergson propose ceci : ce qui est comique procède toujours d’une forme de raideur, qui nous fait penser à une mécanique. Le comique est du « mécanique plaqué sur du vivant ». Et c’est cette thèse – assez surprenante – que Bergson va déployer en traversant les différentes formes de comique : le comique de caractère, de situation, de mots, etc. Mais avant de détailler cette thèse, passons au troisième point, pour l’avoir à l’esprit. 3/ C’est que le rire est social en ce qu’il sanctionne – à sa façon – un manque d’attention, attention aux circonstances et aux usages, attention exigée par la vie et par la société. Ainsi Bergson écrit-il que le rire est une « brimade sociale », il tient en éveil le individus qui, pour ne pas susciter le rire, vont être attentifs en vue d’avoir les gestes les plus utiles et les plus appropriés aux circonstances. C’est ce qui explique que, dès l’enfance, nous avons peur de laisser échapper de nous des gestes risibles. Donc 1/ le comique est humain, 2/ il tient toujours dans une forme de raideur qu’on va essayer de comprendre, et 3/ le rire qu’il suscite a une fonction sociale en soulignant cette raideur excentrique du comportement, qui a failli aux réquisits ordinaires de la vie en société. « Cette raideur est le comique, et le rire est le châtiment. Alors revenons sur cette thèse pour la comprendre. Qu’est-ce que signifie cette idée, à savoir que le ressort du comique, c’est la raideur d’un geste qui apparaît comme automatique ? Ce qui nous fait rire est toujours lié à un certain détachement spontané d’un personnage à l’égard des circonstances pr...
18min | Published on July 28, 2017


Pourquoi éprouvons-nous si souvent que les mots manquent, déforment ou appauvrissent le réel? Comment les mots nous conduisent-ils à avoir une vision réductrice des choses et de nos propres vécus? Pour connaître la réponse de Bergson en écoutant cet épisode de 10 minutes (exactement!), cliquez en bas de cet article. Voici l’extrait de Bergson abordé dans cet épisode: Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même. Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu. Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience, avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais, le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et, fascinés par l’action, attirés par elle pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. Texte de l’épisode Nous disons souvent que les mots nous manquent, que nous ne connaissons pas le terme adéquat pour exprimer ce que nous voulons exprimer. Mais les mots que nous connaissons ne sont pas de simples outils qu’on aurait à mobiliser volontairement, indépendamment de notre pensée qui serait antérieure à leur usage. En réalité, nous pensons avec des mots et ces mots travestissent le réel. C’est ce travestissement que Bergson évoque dans ce très bel extrait. « Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. » Cela signifie qu’avant même de formuler des énoncés, nous regardons les choses à travers les mots qui servent à les désigner. Ainsi, quand je regarde des objets dans une pièce, je vois un ordinateur, une table, une chaise, une lampe etc.: je perçois les objets en les rangeant immédiatement dans des catégories, des genres. Au fond, je vois des catégories, non des objets aux caractéristiques singulières. Comme l’écrit Bergson, « les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. » Ils soulignent la fonction générale de l’objet dont la singularité est par conséquent occultée. Parce que nos besoins l’exigent, parce que nous avons besoin d’agir en vue de notre utilité, nous ne nous rapportons le plus souvent aux choses qu’en vue de leur possible instrumentalisation. Nous ne voyons dans les choses que ce qui nous est utile, leur fonction, leur étiquette. Nous ne voyons les objets qu’à travers notre besoin de les manipuler. Ce besoin d’étiquetage est à l’origine du langage, souligne Bergson. Pouvoir désigner les choses en les classant par genre permet de les manipuler plus facilement...
10min | Published on July 18, 2017


Jouez à inverser les rôles… le temps d’une partie. À lire et/ou à écouter! Pour écouter la version audio, cliquez en bas de cet article. Introduction de l’exercice L’objectif de ce troisième exercice est de nous faire passer un cap dans la mise en pratique des convictions égalitaires que nous avons, au moins en théorie, et je vous propose de le faire de la manière la plus légère qui soit : c’est-à-dire en jouant. Avec l’exercice n°1 (https://simoneetlesphilosophes.fr/imaginer-linversion/), vous avez sans doute pu relever des situations où des rôles et des pratiques étaient fréquemment adoptés de manière dissymétrique par les hommes et les femmes. Ces situations sociales sont à chaque fois singulières et ne vous fournissent bien sûr pas un scénario figé de ce qui arriverait toujours et partout pour tout individu ! Mais des récurrences se laissent observer – d’ailleurs les statistiques en témoignent – et, en aiguisant votre regard, vous avez noté des pratiques saillantes que vous n’aviez pas nécessairement perçues auparavant avec la même attention. Sans doute avez-vous observé des codes jusqu’alors invisibles, et pourtant notoires dans les interactions pour peu qu’on les observe. Sans doute avez-vous songé que ces codes sociaux encourageaient des formes de mépris à l’égard des projets, talents, désirs, fragilités propres à tout individu, femme ou homme. À ce stade, deux erreurs radicalement contraires sont à éviter : Première erreur : justifier ces récurrences par des différences biologiques, en occultant tous les cas qui contrediraient cette prédétermination supposée. Par exemple, observant que, dans vos réunions professionnelles, ce sont des femmes qui servent plus souvent le café et manifestent davantage d’hospitalité, on dira que le fait d’être une femme sur un plan biologique la prédispose à être plus attentive aux autres que ne le sont les hommes. On justifiait l’esclavage des Noirs de cette façon – en les considérant naturellement prédisposés au travail forcé que ne le sont les Blancs – , chose qui nous paraît aujourd’hui tout à fait absurde. Ce type d’inférence naturaliste est assez évidemment erroné, mais ce sont de nombreuses erreurs de ce type qui aveuglent les gens et gouvernent les foules. C’est la caractéristique de ce qu’on appelle l’opinion : souvent, elle est vague, biaisée, donc fausse, mais elle circule précisément parce qu’elle est vague : tout le monde peut trouver un cas qui la valide. Seconde erreur : opposer toutes ces situations dissymétriques à un monde fictif où l’égalité se confondrait avec une homogénéité parfaite, c’est-à-dire où tous les individus seraient identiques. On aura alors vite fait de s’écrier que cette égalité hommes-femmes est à redouter, qu’ainsi l’émancipation des femmes est une notion futile et contradictoire, car elle uniformiserait l’humanité, qui n’est pourtant belle que par sa diversité. L’erreur ici est de confondre tout simplement l’égalité des libertés, des chances et des droits, avec la prescription d’un moule uniforme prétendument viril. Ça n’a pas de sens : au contraire, ce que la résistance au sexisme permet, c’est la valorisation de la diversité des êtres humains, quel que soit leur genre, leur personnalité, leur culture, leur projet, leurs désirs etc. Un élément émancipateur déterminant sur un plan pratique est de faire circuler les rôles, non nécessairement de miser sur leur suppression. Cela signifie que, dans les situations que vous avez pu observer comme dissymétriques, les rôles ne sont pas rattachés aux personnes, donc non plus à des genres, mais qu’ils sont induits par les situations elles-mêmes. Aussi, si l’on a l’habitude d’avoir du café à une réunion, il faut bien que du café soit fait et servi, et que quelqu’un prenne ce rôle. Les situations sociales ordinaires prescrivent des besoins qui sont résolus par des réponses comportementales usuelles, d...
22min | Published on July 8, 2017
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Dans ce troisième épisode, aussi surprenant cela puisse vous paraître, je vous raconte pourquoi je pense que j’aurais pu devenir féministe plus vite, plus tôt grâce à Kant. Pourquoi lire les textes de Kant sur la condition féminine ? Quels éléments de compréhension peut-on en tirer pour nous émanciper ? Pourquoi y aurait-il un intérêt à lire Kant avec des lunettes féministes (plutôt que de s’en tenir à ses textes considérés comme majeurs) ? Vous pouvez accompagner et prolonger votre écoute en accédant au texte de l’épisode et à des compléments (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-du-podcast-devenir-feministe-avec-kant-aussi-s2-ep-3/). L’article ÉPISODE 3 Saison 2 : Devenir féministe avec Kant (https://simoneetlesphilosophes.fr/devenir-feministe-avec-kant-saison-2-ep-3/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
31min | Published on September 30, 2020


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30min | Published on September 23, 2020


Des manuels scolaires aux médias, des vitrines de librairies aux colloques académiques, de l’École d’Athènes de Raphaël au Penseur de Rodin… la philosophie serait une discipline virile. Alors que faire quand on est une femme ? S’en remettre à la parole qui occulte tout ce qui touche de près ou de loin au féminin ? Ou envoyer valser cette discipline surchargée par son histoire patriarcale ? Il y a une autre voie, moins balisée mais passionnante : enfiler des lunettes féministes pour revisiter ensemble les questions que nos existences plurielles font émerger. Vous pouvez accompagner et prolonger votre écoute en accédant au texte et au bonus de l’épisode. (https://simoneetlesphilosophes.fr/bonus-de-lepisode-que-faire-de-la-philosophie-quand-on-est-une-femme/) L’article ÉPISODE 1 Saison 2 : Que faire de la philosophie quand on est une femme ? (https://simoneetlesphilosophes.fr/podcast_s2e01/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Entrez dans la pensée de Hegel par l’exploration d’un de ses thèmes les plus importants… Par son travail de la langue et le caractère systématique de sa pensée, Hegel a la réputation d’être difficile d’accès. Pourtant, il a laissé à la postérité plusieurs concepts essentiels pour comprendre l’existence, en particulier ceux de reconnaissance et d’aliénation. Pour « entrer » dans cette pensée le plus tranquillement du monde (autant qu’il est possible!), on a improvisé un entretien autour du café matinal. Pour la première fois donc, Simone a des complices autour du micro : Raphaël – l’apprenti philosophe – et Geoffroy – à la prise de son et au montage – sont de la partie. D’énormes mercis à eux du fond du cœur ! L’article ÉPISODE 14 Saison 1 : A‑t-on besoin de reconnaissance ? Entretien de Simone sur Hegel (https://simoneetlesphilosophes.fr/a-t-on-besoin-de-reconnaissance-interview-de-simone-sur-hegel/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
20min | Published on February 15, 2019


À la ligne En quoi la lenteur interpelle aujourd’hui par sa puissance émancipatrice ? C’est le thème de cet épisode du podcast (28 mn). Pourquoi nous invite-t-on désormais à ralentir, alors même que l’impératif de maximisation du temps, cher à notre époque, continue de nous dicter une cadence effrénée, aussi bien au travail que dans ce qu’on appelle notre « temps libre » ? Il faut dire que, au milieu de nos journées agitées, le mot « ralentir » sonne doux à nos oreilles. Car le culte de la rapidité – poussé à son paroxysme grâce à l’instantanéité numérique – ce culte nous fragilise : l’hypercompression du temps a un coût pour notre équilibre, en érodant nos capacités d’attention, de calme, de concentration, de réflexion, d’imagination, de soin, de respect et autres facultés nécessaires pour la vie individuelle et collective. Alors par contraste, la lenteur semble pour beaucoup une solution permettant de tordre le bâton dans l’autre sens. En témoignent les récents et nombreux mouvements promouvant la lenteur dans tous les domaines de la vie sociale que Carl Honoré décrit dans son fameux Éloge de la lenteur. Mais qu’en est-il vraiment ? La décélération peut-elle réellement nous libérer et, si oui, comment ? Ouvrages cités au cours de l’épisode: Nicole Aubert, Le culte de l’urgence. La société malade du temps, Flammarion (2009). Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard (1989). Christophe Bouton, Le temps de l’urgence, Éditions Le Bord de l’eau (2013). David Le Breton, Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur (2012). Carl Honoré, Éloge de la lenteur. Et si vous ralentissiez? , Marabout (2007). Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Éditions La Découverte (2010). Hartmut Rosa, Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, Éditions La Découverte (2014). Jean-Jacques Rousseau, Confessions (publication originale en 1782). Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Rivages (2000). Tout plein de mercis à Geoffroy Montel (http://www.brocoli.org/artist/minizza) qui a assuré avec soin la masterisation de cet épisode ! L’article ÉPISODE 13 Saison 1 : La lenteur peut-elle nous libérer? (https://simoneetlesphilosophes.fr/la-lenteur-peut-elle-nous-liberer/) est apparu en premier sur Simone et les philosophes (https://simoneetlesphilosophes.fr/). Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
28min | Published on July 27, 2018


Pourquoi sommes-nous toujours si occupé·e·s et si préoccupé·e·s ? Un nouvel épisode du podcast avec Blaise Pascal et sa pensée du divertissement. Dans le deuxième épisode (https://simoneetlesphilosophes.fr/vie-assez-longue-reponse-de-seneque/) du podcast de Simone et les philosophes, nous avions vu comment Sénèque expliquait notre plainte au sujet de la brièveté de la vie : c’est parce que nous nous croyons immortels que nous nous agitons dans tous les sens, perdant ainsi notre temps à fuir le présent. A contrario, la vie est assez longue pour qui adopte dès maintenant un mode de vie approprié, centré sur le présent. Notre inconscience eu égard à notre mortalité nous rend inconstants et par là hyper occupés. Et si, ce n’était pas le manque de conscience de notre mortalité qui nous conduisait à nous disperser, mais l’inverse… je veux dire… et si nous nous agitions de tous côtés précisément pour nous créer l’illusion d’être immortels, de ne pas avoir à voir les limites du temps que nous avons à vivre ? Car après tout, en courant, nous oublions – un instant au moins – nos faiblesses et notre mortalité. C’est cette manière de fuir la conscience de notre mortalité que Blaise Pascal nous permet de comprendre à travers son concept de « divertissement ». Selon le philosophe, nous sommes toujours occupés et soucieux parce que nous cherchons toujours de quoi nous divertir. Nous fuyons le repos plus que nous le ne ratons… Citations extraites des Pensées de Blaise Pascal : « Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser. » « De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court ; on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit. » « Ce n’est donc pas l’amusement seul qu’il recherche. Un amusement languissant et sans passion l’ennuiera. Il faut qu’il s’y échauffe, et qu’il se pipe lui-même en s’imaginant qu’il serait heureux de gagner ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu’il se forme un sujet de passion et qu’il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte pour cet objet qu’il s’est formé comme les enfants qui s’effraient du visage qu’ils ont barbouillé. » « Ils s’imaginent que s’ils avaient obtenu cette charge il se reposeraient ensuite avec plaisir et ne sentent pas la nature insatiable de la cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos, et ne cherchent en effet que l’agitation. Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n’est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte. Et de ces deux instincts contraires il se forme en eux un projet confus qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l’agitation et à se figurer toujours que la satisfaction qu’ils n’ont point leur arrivera si, en surmontant quelques difficultés qu’ils envisagent, ils peuvent s’ouvrir par là la porte au repos. Ainsi s’écoule toute la vie, on cherche le repos en combattant quelques obstacles. Et si on les a surmontés, le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte. » « Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ...
22min | Published on February 2, 2018


Comment se débarrasser des préjugés liés aux genres en se cultivant mieux ? Pour écouter la version audio, cliquez en bas de cet article. Librairie des femmes à Paris L’objectif de ce quatrième exercice n’est plus de nous faire prendre conscience de ces dissymétries – comme c’était le cas pour les 3 premiers exercices – mais de modifier en acte nos représentations ! Et pour cela, il va falloir stimuler notre curiosité et remuer nos méninges car le programme de cet exercice est indéfini – et tant mieux car il est passionnant – : nous allons nous refaire une culture! Introduction de l’exercice Une culture, vous en avez déjà une, me direz-vous ! Et vous avez raison. De sorte que si je vous demande de fermer les yeux et de vous représenter des figures passées ou actuelles du monde de l’art, du domaine de la science, de la sphère politique, de l’histoire de la littérature… Si je vous invite à penser à des philosophes aussi… vous devriez vraisemblablement en avoir quelques noms ou quelques visages rapidement en tête. Et si je vous invite à penser à quelques grandes figures héroïques, qu’elles soient historiques ou mythiques, j’imagine que certains noms et visages vous parviennent aussi à l’esprit. Tiens, mais au fait : combien de femmes parmi toutes ces figures ? Et combien d’hommes ? Je ne prends pas beaucoup de risques en supposant qu’il y a – parmi ces figures – pas mal d’hommes. Au point qu’on pourrait croire que je vous ai invité·e à penser à des hommes artistes, scientifiques, philosophes etc. Mais non, je n’ai utilisé aucune formule masculine qui aurait pu orienter vos représentations. J’ai parlé de « figures » de tel ou tel domaine de notre culture. Voilà, vous y êtes : la culture qui se retrouve dans nos têtes est une scène sur laquelle coexistent ceux que nous avons coutume d’appeler les « grands hommes », étant plus ou moins entendu que les grandes femmes de notre grande culture ne sont pas assez grandes pour avoir des premiers rôles. N’est-ce pas étrange tout de même que la culture soit dévouée au culte des grands hommes ? Les femmes – qui représentent une bonne moitié des êtres humains – n’ont-elles pas créé, inventé, découvert, exploré, théorisé ? Enfin, si c’était le cas, on se souviendrait d’elles non ? Alors la culture que nous avons apprise et que nous continuons d’apprendre non seulement est faite d’hommes bien sûr admirables et exceptionnels, mais elle illustre ce qu’il en est de la femme, à savoir plusieurs choses qui sont autant de préjugés assez courants : n’ayons pas peur de les expliciter. premier préjugé : si la culture est faite d’hommes c’est que ce sont les hommes qui font la culture, tandis que les femmes sont commandées par leur nature, leurs instincts les dévouant aux soins du mari et des enfants. En d’autres termes, la nature de l’homme est de faire progresser la culture, tandis que celle de la femme est de soigner les hommes qui font avancer la culture. Dans ce préjugé là, plus courant qu’il ne vous y paraîtrait en m’écoutant résumer ainsi la chose, on prend acte du fait que la femme a presque toujours été cantonnée à la sphère domestique mais on le justifie par sa destination naturelle. second préjugé courant : les femmes ont beau se démener, elles ne sont pas aussi fortes que les hommes. Pour tout un tas de raisons qu’on voudra bien avancer : elles sont physiquement plus faibles – ce qui en matière de culture est fondamental – , ou moins organisées (ce fameux mythe de la femme irrationnelle, loin de la rationalité des hommes auquel l’histoire est à elle seule le meilleur contre-argument), ou moins talentueuses, ou moins courageuses, moins ambitieuses, etc. etc. Dans ce second préjugé, on oublie que les femmes ont toujours été sommées de se rendre invisibles et dociles et que – lorsqu’elles ont bravé toutes les interdictions pour créer quelque chose, eh bien des hommes se sont très vit...
26min | Published on October 13, 2017


Ce qui est comique pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Alors qu’est-ce qui est comique? Qu’est-ce qui nous fait rire? Pour attaquer cette question, nous allons aborder un ouvrage dont nous avions déjà lu un extrait dans un épisode précédent. (https://simoneetlesphilosophes.fr/mots-deforment-choses/) Il s’agit d’un recueil de Bergson qui rassemble trois articles sous le titre « Le rire ». Dans cet ouvrage, Bergson dégage un certain nombre d’éléments essentiels au comique autour d’un fil directeur dont je vous propose ici une reconstitution didactique. Pour écouter cet épisode (18 mn), cliquez en bas de cet article. Texte de l’épisode Que la vie est légère quand elle est assaisonnée d’humour : quelqu’un vous fait rire et vos soucis s’envolent. Mais que l’humour peut être lourd lorsqu’il est mauvais, voire même violent : les mauvaises blagues rejouent sans toujours en avoir l’air les clichés les plus humiliants. Et si vous avez le malheur de ne pas rire à ces propositions comiques peu raffinées, on vous accusera très sérieusement de ne pas avoir d’humour et de voir rouge à tort et à travers. On pourra toujours avoir le rire jaune et amer, ou encore préférer l’humour noir, mais en tout état de cause, mieux vaudrait continuer à rire pour voir la vie en rose. Vous le voyez, définir le comique n’est pas si simple : ce qui est comique pour l’un ne le sera pas nécessairement pour l’autre, surtout s’il se sent la cible de la farce. Alors qu’est-ce qui caractérise le comique et pourquoi est-il si ambivalent ? Pour Bergson, le rire a une signification sociale. Dit autrement, le rire est une pratique sociale qui pointe du doigt un certain geste, une certaine attitude, un certain comportement alors considéré comme comique. En présentant comme essentielle la signification sociale du rire, Bergson souligne 3 choses : 1/ seul l’humain peut être comique. Un paysage n’est pas risible, et quand un animal l’est – comme on en voit régulièrement des vidéos sur le web – c’est que l’animal adopte alors des attitudes similaires à des attitudes humaines. Le trait comique est donc spécifiquement humain. Parc Mozaïc à Houplin-Ancoisne 2/ Mais qu’est-ce qui caractérise le comique ? Car il y a moult formes de comique et la question est de savoir si qqch leur est commun. Bergson propose ceci : ce qui est comique procède toujours d’une forme de raideur, qui nous fait penser à une mécanique. Le comique est du « mécanique plaqué sur du vivant ». Et c’est cette thèse – assez surprenante – que Bergson va déployer en traversant les différentes formes de comique : le comique de caractère, de situation, de mots, etc. Mais avant de détailler cette thèse, passons au troisième point, pour l’avoir à l’esprit. 3/ C’est que le rire est social en ce qu’il sanctionne – à sa façon – un manque d’attention, attention aux circonstances et aux usages, attention exigée par la vie et par la société. Ainsi Bergson écrit-il que le rire est une « brimade sociale », il tient en éveil le individus qui, pour ne pas susciter le rire, vont être attentifs en vue d’avoir les gestes les plus utiles et les plus appropriés aux circonstances. C’est ce qui explique que, dès l’enfance, nous avons peur de laisser échapper de nous des gestes risibles. Donc 1/ le comique est humain, 2/ il tient toujours dans une forme de raideur qu’on va essayer de comprendre, et 3/ le rire qu’il suscite a une fonction sociale en soulignant cette raideur excentrique du comportement, qui a failli aux réquisits ordinaires de la vie en société. « Cette raideur est le comique, et le rire est le châtiment. Alors revenons sur cette thèse pour la comprendre. Qu’est-ce que signifie cette idée, à savoir que le ressort du comique, c’est la raideur d’un geste qui apparaît comme automatique ? Ce qui nous fait rire est toujours lié à un certain détachement spontané d’un personnage à l’égard des circonstances pr...
18min | Published on July 28, 2017


Pourquoi éprouvons-nous si souvent que les mots manquent, déforment ou appauvrissent le réel? Comment les mots nous conduisent-ils à avoir une vision réductrice des choses et de nos propres vécus? Pour connaître la réponse de Bergson en écoutant cet épisode de 10 minutes (exactement!), cliquez en bas de cet article. Voici l’extrait de Bergson abordé dans cet épisode: Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même. Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu. Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience, avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais, le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et, fascinés par l’action, attirés par elle pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. Texte de l’épisode Nous disons souvent que les mots nous manquent, que nous ne connaissons pas le terme adéquat pour exprimer ce que nous voulons exprimer. Mais les mots que nous connaissons ne sont pas de simples outils qu’on aurait à mobiliser volontairement, indépendamment de notre pensée qui serait antérieure à leur usage. En réalité, nous pensons avec des mots et ces mots travestissent le réel. C’est ce travestissement que Bergson évoque dans ce très bel extrait. « Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. » Cela signifie qu’avant même de formuler des énoncés, nous regardons les choses à travers les mots qui servent à les désigner. Ainsi, quand je regarde des objets dans une pièce, je vois un ordinateur, une table, une chaise, une lampe etc.: je perçois les objets en les rangeant immédiatement dans des catégories, des genres. Au fond, je vois des catégories, non des objets aux caractéristiques singulières. Comme l’écrit Bergson, « les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. » Ils soulignent la fonction générale de l’objet dont la singularité est par conséquent occultée. Parce que nos besoins l’exigent, parce que nous avons besoin d’agir en vue de notre utilité, nous ne nous rapportons le plus souvent aux choses qu’en vue de leur possible instrumentalisation. Nous ne voyons dans les choses que ce qui nous est utile, leur fonction, leur étiquette. Nous ne voyons les objets qu’à travers notre besoin de les manipuler. Ce besoin d’étiquetage est à l’origine du langage, souligne Bergson. Pouvoir désigner les choses en les classant par genre permet de les manipuler plus facilement...
10min | Published on July 18, 2017


Jouez à inverser les rôles… le temps d’une partie. À lire et/ou à écouter! Pour écouter la version audio, cliquez en bas de cet article. Introduction de l’exercice L’objectif de ce troisième exercice est de nous faire passer un cap dans la mise en pratique des convictions égalitaires que nous avons, au moins en théorie, et je vous propose de le faire de la manière la plus légère qui soit : c’est-à-dire en jouant. Avec l’exercice n°1 (https://simoneetlesphilosophes.fr/imaginer-linversion/), vous avez sans doute pu relever des situations où des rôles et des pratiques étaient fréquemment adoptés de manière dissymétrique par les hommes et les femmes. Ces situations sociales sont à chaque fois singulières et ne vous fournissent bien sûr pas un scénario figé de ce qui arriverait toujours et partout pour tout individu ! Mais des récurrences se laissent observer – d’ailleurs les statistiques en témoignent – et, en aiguisant votre regard, vous avez noté des pratiques saillantes que vous n’aviez pas nécessairement perçues auparavant avec la même attention. Sans doute avez-vous observé des codes jusqu’alors invisibles, et pourtant notoires dans les interactions pour peu qu’on les observe. Sans doute avez-vous songé que ces codes sociaux encourageaient des formes de mépris à l’égard des projets, talents, désirs, fragilités propres à tout individu, femme ou homme. À ce stade, deux erreurs radicalement contraires sont à éviter : Première erreur : justifier ces récurrences par des différences biologiques, en occultant tous les cas qui contrediraient cette prédétermination supposée. Par exemple, observant que, dans vos réunions professionnelles, ce sont des femmes qui servent plus souvent le café et manifestent davantage d’hospitalité, on dira que le fait d’être une femme sur un plan biologique la prédispose à être plus attentive aux autres que ne le sont les hommes. On justifiait l’esclavage des Noirs de cette façon – en les considérant naturellement prédisposés au travail forcé que ne le sont les Blancs – , chose qui nous paraît aujourd’hui tout à fait absurde. Ce type d’inférence naturaliste est assez évidemment erroné, mais ce sont de nombreuses erreurs de ce type qui aveuglent les gens et gouvernent les foules. C’est la caractéristique de ce qu’on appelle l’opinion : souvent, elle est vague, biaisée, donc fausse, mais elle circule précisément parce qu’elle est vague : tout le monde peut trouver un cas qui la valide. Seconde erreur : opposer toutes ces situations dissymétriques à un monde fictif où l’égalité se confondrait avec une homogénéité parfaite, c’est-à-dire où tous les individus seraient identiques. On aura alors vite fait de s’écrier que cette égalité hommes-femmes est à redouter, qu’ainsi l’émancipation des femmes est une notion futile et contradictoire, car elle uniformiserait l’humanité, qui n’est pourtant belle que par sa diversité. L’erreur ici est de confondre tout simplement l’égalité des libertés, des chances et des droits, avec la prescription d’un moule uniforme prétendument viril. Ça n’a pas de sens : au contraire, ce que la résistance au sexisme permet, c’est la valorisation de la diversité des êtres humains, quel que soit leur genre, leur personnalité, leur culture, leur projet, leurs désirs etc. Un élément émancipateur déterminant sur un plan pratique est de faire circuler les rôles, non nécessairement de miser sur leur suppression. Cela signifie que, dans les situations que vous avez pu observer comme dissymétriques, les rôles ne sont pas rattachés aux personnes, donc non plus à des genres, mais qu’ils sont induits par les situations elles-mêmes. Aussi, si l’on a l’habitude d’avoir du café à une réunion, il faut bien que du café soit fait et servi, et que quelqu’un prenne ce rôle. Les situations sociales ordinaires prescrivent des besoins qui sont résolus par des réponses comportementales usuelles, d...
22min | Published on July 8, 2017