- Speaker #0
Vous êtes chirurgien dentiste, vous passez vos journées dans un espace de quelques mètres carrés et vous travaillez sur quelques centimètres carrés. Ce podcast vous invite à élargir vos champs d'horizon. Nous vous invitons à écouter une personne qui ne sait rien de votre métier, mais qui peut vous apprendre beaucoup. Alors oui, sortons des cabinets et aujourd'hui, écoutons Luc Julia. Luc, à 5 ans, vous rêviez d'intégrer le CNRS. À 9 ans, avec un vieux moteur d'aspirateur, vous construisiez un robot pour faire votre lit. En 1997, vous travaillez avec Adam Scheuer et vos travaux et brevets ont été les précurseurs des assistants comme Siri. À partir de 2012, vous avez été vice-président de l'innovation chez Samsung pendant 9 ans. Et enfin, pendant 5 ans, vous avez été le directeur scientifique en charge de la recherche et du développement chez Renault, que vous avez quitté en janvier 2026. Je voudrais, avant qu'on rentre dans le vif du sujet, vous poser une question personnelle. Est-ce qu'il est vrai que lorsque vous étiez enfant, vous avez calculé l'âge de votre mort ? Et comment est-ce arrivé ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, j'avais 11 ans. C'est le jour de la mort de mon père. Je me suis aperçu le jour de son enterrement exactement. Je me suis aperçu que mon père et mon grand-père avaient vécu exactement le même nombre de jours. Et donc évidemment, dans mon esprit d'enfant assez simple, je me suis dit, moi aussi, je vais vivre exactement le même nombre de jours parce que ça matchait. Et donc j'ai calculé que le jour de ce jour-là, quand j'avais 11 ans, j'allais mourir à 47 ans le 3 novembre 2013.
- Speaker #0
Et là, vous êtes monté dans un avion.
- Speaker #1
Le 3 novembre 2013, oui. Je me suis dit, c'est complètement con, je suis obligé de monter dans un avion. Et donc il y a 300 personnes qui vont mourir à cause de moi.
- Speaker #0
Et vous n'êtes pas dit, non, mais finalement, je vais reporter mon avion.
- Speaker #1
Non. Je me suis dit, avec un peu de chance, c'était quand même, je suis assez cartésien finalement. Ce nombre de jours, c'était une erreur statistique. Et donc, je pense qu'il n'y a pas de raison que je tombe dedans. Donc, j'ai pris mon avion. Et puis, vous voyez, on est 13 ans plus tard pratiquement. Ça se passe très bien.
- Speaker #0
En fin de compte, ce que vous aviez prévu n'est pas arrivé. Alors, j'ai justement une question sur ce qui peut arriver avec l'IA. Qu'est-ce que vous prévoyez pour l'IA ? Est-ce qu'elle va transformer, percuter ou améliorer nos vies ?
- Speaker #1
Ça va faire ce que ça fait, en fait, l'IA depuis 70 ans, parce que ça fait 70 ans que les IA existent. Et à chaque nouvelle génération d'IA, on a des outils qui en sortent. Et dans les 5,5 années, dans les 5 ou même peut-être 10, si vous voulez vraiment, on aura certainement d'autres générations d'IA qui vont arriver. Et donc, cette nouvelle génération d'IA nous permettra de créer de nouveaux outils un peu plus intéressants, dans le sens où il permet de faire un peu mieux. ce qu'on faisait déjà avant, avec plus de précision, plus de rapidité, plus de qualité. C'est toujours plus, plus, plus. Et donc, c'est l'avantage de ces outils. C'est pour ça que j'aime bien, quand je parle d'IA, quand je donne une déficience d'IA, au lieu de dire intelligence artificielle, je parle de l'intelligence augmentée, où c'est mon intelligence qui est augmentée par cet outil, et nos intelligences, notre intelligence collective. va continuer à être augmentée par ces outils dans les 5-10 prochaines années.
- Speaker #0
Pour vous, ce n'est pas une intelligence de substitution, c'est une intelligence qui vient augmenter la nôtre ?
- Speaker #1
Bien sûr, oui, non, ce n'est absolument pas de substitution. D'ailleurs, on l'a vu dans la génération précédente. On disait que les radiologues allaient être remplacés dans les années 2010. Ça y est, les radiologues vont être remplacés par l'IA. Les radiologues ne sont pas du tout remplacés par l'IA. Les radiologues vont être augmentés par l'IA. Les IA sont meilleurs à détecter dans une image particulière. Une tumeur, ça c'est la vérité, parce que les IA ont, entre guillemets, vu des millions et des millions et des millions de ces radios et de ces tumeurs, tandis que le professionnel en a vu peut-être 10 000, 30 000. Donc elle va être meilleure, mais ça ne veut pas dire qu'elle ne va pas se tromper non plus. Et donc ça veut dire que le radiologue est toujours là pour, à la fin, vérifier et surtout discuter avec le ou la malade de potentiellement quels sont les traitements.
- Speaker #0
mais vous dites souvent que l'IA n'est pas pas intelligente. Alors, si elle ne l'est pas, qu'est-ce qu'elle est, fondamentalement ?
- Speaker #1
Elle est forte. Elle est forte à des tâches particulières. Elle est meilleure que nous à la mémoire. Elle est meilleure que nous à avoir des bibliothèques énormes de données. Et ces IA sont très très bonnes à ça. Et c'est pas être intelligent, ça. On appelle ça du machine learning. Dans les années 90, en 1997, on avait une IA qui est devenue la meilleure IA du monde aux échecs. Elle a battu le champion du monde aux échecs. Parce qu'elle avait toutes les règles, elle avait beaucoup de coups d'avance par rapport à Kasparov qui était le surtout du monde à ce moment-là. Kasparov était le meilleur du monde, mais l'IA était meilleure parce qu'elle avait tous les coups.
- Speaker #0
Quand vous dites ça, ça vient de nourrir l'inquiétude que l'IA finalement va toujours surpasser l'homme dans un domaine avec le temps, avec une connaissance qui va s'agréger. Est-ce qu'on doit voir l'IA comme une menace ou comme une opportunité ?
- Speaker #1
Et le continuité, c'est absolument pas une menace. La menace, c'est nous. C'est nous qui décidons de comment l'utiliser. Le continuité, c'est de l'utiliser correctement, comme tous les outils. Le marteau, je vais l'utiliser à bon escient pour planter un clou. Super, ça marche super bien. Le marteau, je peux l'utiliser pour planter une vis. C'est stupide, ça marche pas, mais je peux le faire. Donc c'est moi qui tiens le manche, c'est moi qui décide. C'est moi qui tiens le manche de tous les outils, c'est moi qui tiens le manche de l'IA. C'est pour ça que ça m'amuse aussi quand je m'entends « Bientôt l'IA va être plus forte que nous » . Et j'ai un scoop en fait. Les IA, depuis des temps, depuis longtemps, sont meilleures que nous pour les tâches pour lesquelles on les a développées. Donc les IA sont meilleures que nous à partir du moment où elles sont spécifiques. Et il faut faire très attention parce que là, elles deviennent potentiellement dangereuses. Parce que si on les croit, comme malheureusement on est en train de le faire aujourd'hui avec des chat-GPT où on leur demande tout et n'importe quoi, elles nous racontent aussi tout et n'importe quoi.
- Speaker #0
Alors justement, quand on arrive sur le thème de l'erreur que je voulais aborder un peu plus tard, mais là vous m'y habitez tout de suite. professionnel, peu importe son métier, consulte l'IA, s'appuie sur l'IA pour faire un diagnostic, une recommandation, un travail, et que l'IA commet une erreur. Pour vous, qui est le fautif ? Le professionnel ? L'éditeur ?
- Speaker #1
C'est le professionnel. C'est le professionnel parce que le professionnel est au professionnel. Et donc c'est lui qui a le savoir, c'est lui le sachant, à la fin. C'est lui qui utilise l'IA à bon ou à mauvais escient. C'est lui qui tient le manche correctement ou pas. Ça veut dire aller voir potentiellement d'autres sources, donc douter. Douter, c'est toujours bon, de toute façon. Et c'est comme ça qu'on progresse, en doutant.
- Speaker #0
Mais alors, comment aller vérifier les erreurs de l'IA ? Quelle est la méthode que vous pouvez nous donner lorsqu'effectivement, non pas par commodité, mais quelquefois par ignorance, on considère que ce que l'IA nous apporte comme information est une information fiable, crédible, et en vous entendant, on comprend bien, et puis par les expériences qu'on a pu avoir les uns les autres, que ce n'est pas toujours le cas. Comment doit-on procéder pour vérifier la fiabilité d'une information, la qualité de cette information ?
- Speaker #1
On fait comme on disait avant. C'est-à-dire que des fois, quand quelqu'un nous raconte quelque chose, on va dire, lui, il a raison. Donc, on va faire confiance à quelqu'un. De toute façon, je ne sais pas. Et si je suis spécialiste dans un domaine particulier, où je fais confiance, où je doute ? Ce que, normalement, je fais quand je suis un spécialiste de ce domaine particulier. Et donc, il n'y a aucun moyen de savoir si une IA est vraie ou pas, sauf d'aller vérifier ailleurs. Potentiellement, une autre IA. Donc, quand statistiquement, je commence à prendre une, deux, trois IA, et qu'elles me disent la même chose ou pas, là, je commence encore plus à douter. Et puis, je vais aller voir d'autres sources, ce que je faisais avant, comme je le disais. Donc, aller voir les vieilles sources d'il y a cinq ans, les Wikipédia, les sites web, pourquoi pas ? Mais il y a aussi beaucoup d'erreurs, il y a aussi beaucoup de bêtises sur le web. Ou alors, je vais voir des bouquins, des encyclopédies, là où j'ai appris des choses. Et des fois, il y a des erreurs aussi. On voit la physique, par exemple, évolue. La physique d'hier n'a pas la vérité physique d'aujourd'hui. Donc, ça dépend. Mais mon métier, ma responsabilité en tant que professionnel, c'est d'aller vérifier, de douter. Et sinon, si je me remets entre les mains de cette chose dans laquelle je crois avoir confiance, c'est ma responsabilité aussi de faire.
- Speaker #0
En clair, l'IA doit éveiller, renforcer notre esprit critique.
- Speaker #1
Exactement. Et c'est en fait ce qu'on est censé apprendre à l'école, c'est ce qu'on est censé apprendre nous, les humains, quand on passe nos années d'apprentissage. Nos années d'apprentissage, ce n'est que critique et esprit critique. On apprend à douter. Le siècle des Lumières, c'est un siècle des critiques.
- Speaker #0
Luc, j'aimerais bien que vous nous expliquiez les différentes formes d'IA.
- Speaker #1
Si on reprend l'histoire, comme je disais, ça a débuté en 1956, les intelligences artificielles. Donc on a eu des intelligences artificielles qui sont toujours basées sur des mathématiques. Quoi qu'il arrive, c'est des mathématiques. Donc ça a été des statistiques au début, ça n'a pas très bien marché. Après ça a été des intelligences artificielles basées sur la logique, donc toujours mathématiques, ce qu'on appelait les systèmes experts dans les années 60-90. C'était très intéressant, c'était logique, c'était une base de règles, ça suivait des règles et ça nous sortait des décisions. Donc voilà, ça serait bien. Donc ça c'est un petit IA qui a très bien marché et qui pourrait continuer à marcher. Après ça, il y a eu le machine learning, donc l'apprentissage des machines. Ça c'est arrivé dans les années 80-90. Donc c'est des IA statistiques, on fait des modèles d'une chose particulière et on essaie de reconnaître les choses dans les modèles et ça fait de la reconnaissance. On a fait pas mal de reconnaissance des objets. reconnaissance des formes, reconnaissance de la parole. Donc ça, c'était dans les années 80-90. Et maintenant, les IA génératifs, qui sont encore un peu pas la même chose, mais encore beaucoup, beaucoup, beaucoup plus donnés, et qui essayent d'être des fois trop génériques, quand on les appelle les Large Language Model, les LLM, d'accord ? Et on voit de plus en plus maintenant quelque chose qui va être plus dans le... plus des SLM, des Small Language Model. Et ces SLM, ils vont donner les IA agentiques. Les IA agentiques, c'est quoi ? C'est des petits agents, des petites IA, qui sont beaucoup plus spécialisés dans des nouvelles parties particulières. Et donc ces petites IA-là, on va pouvoir les orchestrer pour qu'elles travaillent ensemble. Et on va avoir potentiellement une IA orchestratrice qui va orchestrer toutes ces petites IA qui vont faire des choses, des tâches complexes. D'accord ? Donc ça, c'est ce qu'on appelle l'IA gentil, c'est ce qui est à la mode en ce moment. Et puis là, aujourd'hui, il y a certaines personnes qui disent, « Bah tiens, il faudrait faire ce qu'on appelle des world models. » C'est-à-dire qu'on veut, au lieu de se baser seulement sur le texte, on va se baser sur plein d'autres signaux. On va essayer de trouver d'autres contextes.
- Speaker #0
Est-ce que l'IA peut être créative ? Personnellement, j'en doute. Mais vous, qu'en pensez-vous ?
- Speaker #1
Vous savez, j'ai écrit un bouquin qui s'appelle « L'IA géomatique, pas créative » . Donc, vous savez tout dans le titre. Donc l'IA, évidemment, n'est pas créative. L'IA va me permettre, moi, d'être plus créatif. Encore une fois, ça va m'augmenter. Que ça augmente mon intellect ou que ça augmente ma créativité, c'est la même chose. Donc l'IA va augmenter mes capacités à créer parce qu'elle va me permettre de faire plus de brouillons, elle va me permettre de lui demander des trucs, elle va me générer des machins qui vont me donner des idées, peut-être, et qui vont exacerber ma créativité. Mais l'IA elle-même ne crée strictement rien.
- Speaker #0
Alors. En vous entendant, ce que je perçois, c'est que l'IA est un partenaire, mais n'est pas une substitution, encore une fois, à un métier. C'est-à-dire que c'est quelqu'un avec qui je peux interagir, avec qui je peux dialoguer, avec qui je peux travailler, créer, élaborer, diagnostiquer, éventuellement même recommander, mais en aucun cas, c'est à elle que je dois laisser la main.
- Speaker #1
Absolument pas. C'est moi qui commence par lui donner la main. C'est-à-dire que c'est moi qui l'interroge. Et la façon même dont le donateur se dégage, je vais l'orienter. Donc, c'est moi qui suis responsable du dialogue que je vais avoir. La bonne nouvelle avec ces usages génératifs, c'est qu'effectivement, n'importe qui peut les utiliser parce qu'on peut leur parler, on peut dialoguer avec elles en langage naturel. C'est extraordinaire. Ça, c'est une révolution. Ce n'est pas une révolution mathématique et de lier à elle-même, c'est une révolution d'usage. Donc ça, c'est extraordinaire, mais c'est en même temps hyper dangereux parce que n'importe qui peut demander n'importe quoi. Mais c'est là où il faut qu'on comprenne notre... responsabilité que ces IA ne nous donnent pas forcément la vérité. Elles nous donnent ce que on va leur demander, en fait. Et la façon dont on va orienter le dialogue va être la façon dont les IA vont nous répondre, parce que fondamentalement, elles sont là pour nous faire plaisir. Elles sont là pour nous dire ce qu'on a envie d'entendre.
- Speaker #0
Justement, l'IA donne le sentiment qu'il n'est plus nécessaire d'apprendre. Que finalement, il suffirait de l'interroger pour savoir heureux. ou au moins comprendre n'importe quel sujet. Je reviens à un exemple d'un patient face à un médecin, par exemple. Auparavant, on ignorait tout face à un médecin. On écoutait le médecin, on le croyait. Aujourd'hui, avec l'IA, je peux l'interroger. Donc ça a une vertu, ça peut m'aider à décrypter la complexité. Ça peut m'aider à mieux comprendre ce qu'il m'est dit. Mais ça peut aussi me conduire à remettre en cause un diagnostic ou un protocole. Donc est-ce qu'il faut voir de ce point de vue-là, dans l'usage de l'IA, une source de tension ? ou une source de progrès ?
- Speaker #1
Une source de tension, en ce cas-là, et ce n'est pas nouveau, en fait, ce n'est pas l'IA, ici, c'est Internet, déjà, avait ça. Parce que finalement, l'IA n'est qu'une représentation d'Internet, et Internet était déjà une source de tension. Entre les médecins et les patients, si on prend cet exemple-là, j'ai réussi le médecin en sachant ce que j'ai, en lui expliquant, j'ai vu sur Internet que j'avais ça. Mais c'était déjà une source de tension, parce que je n'ai pas forcément raison, parce que je ne suis pas le spécialiste. D'accord ? Donc, la réalité, c'est que ces IA... ne sont pas des êtres humains. Ces IA ne sont que des choses statistiques qui vont me sortir des choses que je vais demander. Quand je vais se reprendre le cas d'une maladie ou de symptômes, quand je vais décrire les symptômes, la façon dont je vais décrire les symptômes potentiellement, je vais même orienter la réponse à ce que je pense déjà ce qu'est la maladie en question. C'est pour ça qu'il ne faut surtout pas faire confiance aux IA, surtout. Dans des domaines comme ça, et quand on dit, quand vous dites, et c'est vrai qu'on entend beaucoup, le fait que c'est plus la peine d'apprendre parce que l'IA va le faire à ma place, c'est une bêtise monumentale, en fait. C'est une bêtise monumentale parce que ces spécialistes sont indispensables. Les spécialistes sont là parce que c'est les sachants d'un domaine particulier. Et on ne peut pas faire confiance à l'IA.
- Speaker #0
Alors justement, que devons-nous imaginer pour l'avenir ? Est-ce qu'on va être dépassé par l'IA ou est-ce qu'on va être surpassé par l'IA ? Est-ce que finalement l'IA va dépasser et va rendre obsolète l'intelligence humaine ? Mais en vous entendant, j'ai l'impression que c'est l'inverse que vous nous invitez à penser. Ça va plutôt nous aider à transcender notre intelligence et à la renforcer. Très souvent, on entend que l'IA va disrupter, remettre en cause, faire disparaître un certain nombre de métiers. Vous-même, est-ce que vous voyez l'IA comme une menace pour des métiers ?
- Speaker #1
Alors, c'est une opportunité pour effacer des tâches, comme je disais. Des tâches, elles vont être meilleures que nous. Donc, les IA ne sont pas une menace, sont une opportunité pour ça. Par contre, les IA sont une menace si je ne les utilise pas à bon escient. Je reviens à mon histoire du marteau. Si je n'utilise pas correctement l'IA, c'est une menace. Si je n'utilise pas l'IA du tout, c'est une menace pour mon métier. C'est-à-dire que s'il y a des métiers qui évoluent, et ils évoluent parce que Donc techniquement, il faut utiliser l'IA pour être meilleur dans ce métier-là. Et si je l'ignore et si je n'utilise pas, c'est une menace pour moi parce que je vais être celui qui ne va pas l'utiliser. Donc les métiers eux-mêmes, c'est très difficile de faire disparaître des métiers. Il y en a quelques-uns qui ont disparu évidemment, mais c'est très rare en fait que les métiers disparaissent. Ce qui disparaît à l'intérieur des métiers, c'est des tâches. Mais ce qui apparaît, c'est d'autres tâches.
- Speaker #0
Alors justement, quels sont les bons usages ? pour vous de l'IA ? Est-ce qu'il y aurait comme ça une sorte de petit va-démé-comme du bon usage de l'IA ? Comment peut-on l'utiliser ? Comment faut-il l'utiliser ?
- Speaker #1
C'est très compliqué parce que ça va dépendre énormément des différents métiers, des différents domaines. Ce qui est sûr, c'est que il faut regarder. Comme je disais tout à l'heure, il ne faut surtout pas se cacher les yeux et puis dire je ne vais pas regarder parce que ça ne peut rien m'apporter du tout. Il faut essayer des choses.
- Speaker #0
Mais l'usage régulier, la pratique régulière, finalement, permet à chacun de trouver son mode opératoire. Il n'y a pas un mode opératoire commun, c'est à chacun de trouver son bon équilibre dans l'usage avec les IA génératives ou les autres formes d'IA. C'est ça ? C'est ce que tu dois comprendre ?
- Speaker #1
Tout à fait, et c'est la même chose avec n'importe quel outil. Alors évidemment, il y a des façons d'utiliser l'outil. Marteau, on a bien compris qu'il fallait prendre par le manche et pas par la tête. D'accord ? On apprend aussi à utiliser l'outil comme tout le monde, de la façon dont il a été créé par son créateur, par ceux qui ont créé l'outil. Il doit être utilisé normalement comme ça. Si j'utilise autrement, je m'expose potentiellement à faire des bêtises avec.
- Speaker #0
On entend dans certaines organisations le fait qu'il y ait aujourd'hui des IA capables de recevoir des objectifs et d'accomplir des missions pour traiter ces objectifs et atteindre ces objectifs. Merci. Même des IA qui seraient capables de donner des objectifs à d'autres IA pour elles-mêmes les driver et obtenir ces résultats. Tout ça, quand on le raconte, quand on l'imagine, quand on le conçoit, donne le sentiment qu'à un moment donné, une seule personne pourrait organiser tout un travail avec que des IA autour de lui ou autour d'elle. est-ce que c'est une réalité fantasmatique et inquiétante et exagérément inquiétante ou est-ce que vous le voyez vous comme étant Un scénario probable ?
- Speaker #1
Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est qu'on voit des gens qui peuvent créer des boîtes, qui peuvent créer des choses avec toute une batterie d'agents, surtout avec des IA gentils, où il est possible de lancer tous ces agents et de les orchestrer correctement. À partir du moment où c'est moi qui dessine l'orchestration, le vrai chef d'orchestre, quelque part, ça va être moi. Parce que c'est moi qui décide de toute façon quels sont les objectifs. Les IA qui vont donner des objectifs, comme vous dites, qui vont donner des tâches, C'est parce que quelque part, il y a eu une méta-tâche qui a été donnée. La méta-tâche, si on remonte complètement la chaîne, ça va être moi à la fin ou au début. Donc, c'est tout à fait possible maintenant, avec ces nouveaux systèmes, d'être très performant avec une batterie d'IA que je sais orchestrer moi-même. Vous avez peut-être entendu parler d'un truc qui s'appelle OpenClaw. OpenClaw, ça nous permettait de faire plein de choses. Mais en donnant les clés, normalement, à l'IA, on s'est aperçu que des fois, donner les clés à l'IA, ce n'est pas une bonne idée. Parce que ce petit agent qui était responsable, par exemple, de faire un achat sur Internet avec votre carte de crédit, il pouvait acheter, en fait, n'importe quoi. Donc, oui, on peut faire plein de choses. Mais encore une fois, ici, on est toujours dans le mode d'apprentissage. On apprend en marchant et on se rend compte que ce n'est pas magique et qu'il faut toujours, quelque part, avoir le check de l'humain. qui va être là et qui va être le responsable.
- Speaker #0
Qu'est-ce que l'IA ne pourra jamais faire à notre place ?
- Speaker #1
Tout ce qui doit être purement sentimental, dans le sens où on peut créer des sentiments. C'est-à-dire que je peux décider de donner à une IA un certain type de sentiment. Mais je peux lui dire « pleure » , je peux lui dire « rit » , je peux lui dire ça. Et c'est moi qui vais lui en donner, c'est-à-dire ça. Mais je ne pense pas que spontanément, des IA peuvent faire des choses. C'est-à-dire que quand on entend que certaines personnes se sont distinguées en disant qu'il y avait une conscience... Je pense que l'IA ne peut pas avoir conscience d'elle-même. Et donc, ne pas avoir confiance de soi, ça limite énormément les choses qu'on peut faire et qu'on peut lui faire faire à ses IA.
- Speaker #0
Dans votre parcours professionnel ou dans votre vie personnelle, quels sont les usages vertueux de l'IA que vous avez pu observer ?
- Speaker #1
Moi, évidemment, j'utilise l'IA depuis 40 ans. Donc, ça fait un petit moment que j'utilise et que j'ai trouvé des cas d'usage qui sont des cas d'usage qui me conviennent. Je suis critique dans le sens où j'essaye plein de trucs. J'essaye tout ce qui peut sortir, mais j'essaye en général en vase clos, avant de faire quoi que ce soit. Et puis j'essaye de comprendre comment ça marche vraiment, avant de déployer des choses qui pourraient potentiellement avoir des mauvais effets. Donc dans mon cas particulier, aujourd'hui, il y a des IA que j'utilise depuis très longtemps, dans ma maison par exemple. Dans ma maison, je me targue d'avoir une maison connectée, une maison intelligente. Et donc cette maison intelligente, je me dis qu'ils vont bien, elle n'est intelligente que parce que les objets connectés, ils vont faire les choses qu'ils sont censés faire au moment où ils sont censés les faire. Et c'est moi qui ai décidé à un moment qu'est-ce qu'ils devaient faire, à quel moment. Par exemple, évidemment, je ne vais pas leur dire tu vas ouvrir les volets à 7h12 tous les jours, mais je vais dire quand le soleil se lève, tu ouvres les volets. Donc des choses comme ça, des choses un peu méta. Les IA vont être assez, entre guillemets, intelligentes pour aller chercher les données qui l'ont bien et qui vont répercuter des actions.
- Speaker #0
Ce qui signifie que l'IA doit rester un esclave et jamais un maître.
- Speaker #1
Ah ben l'IA est rarement un maître, sauf si je dessine qu'elle doit être un maître pour certaines choses. Par exemple, si vous posez un exemple où l'IA pourrait être un maître, c'est je me fixe la façon de me lever toutes les dix minutes. et je veux qu'il y ait une IA qui me le rappelle, et quel que soit l'appareil, quel que soit l'endroit auquel je suis, à ce moment-là, pourquoi pas ? L'IA n'est plus un esclave, ça devient mon maître, et c'est la tâche que je lui ai assignée de me botter les fesses pour cette tâche particulière. Mais je peux décider de dire que je laisse une décision à l'IA. Mais c'est moi qui décide.
- Speaker #0
pour Résumer votre point de vue, c'est moi qui décide au départ comment j'oriente l'IA et je dois garder ce pouvoir de décision à la fin. Quoi que me dise l'IA, c'est moi qui décide à la fin de garder tels et tels éléments ou de rejeter tels ou tels éléments. On en revient toujours à cette notion à la fois de l'intelligence, de l'expertise et de la critique.
- Speaker #1
Ça dépend de ce que ça veut dire à la fin. Je peux, si vous voulez, quand vous lancez un missile sur quelque chose et que vous avez appuyé sur le bouton, Pour dire, va détruire cet hélicoptère avec le missile, et l'IA est assez intelligente pour suivre l'hélicoptère et pour aller taper le missile, ce n'est pas à la fin, ça c'est décidé, c'est au début. Donc à la fin, elle va atteindre l'hélicoptère, et ça je peux vous assurer qu'elle va l'atteindre. Mais le bouton, c'est moi qui l'ai appuyé.
- Speaker #0
Luc, nous arrivons à la fin de notre entretien, et j'ai une question rituelle à vous poser. Qu'est-ce qu'il vous reste à faire aujourd'hui ?
- Speaker #1
Moi, il me reste à faire ce que je continue à faire depuis mal à nuit des temps. Je continue à essayer de faire des trucs pour les vrais gens. Ce qui m'intéresse, c'est développer des systèmes qui peuvent être utiles aux vrais gens. Donc, j'ai commencé, vous avez évoqué tout à l'heure, le robot d'aspirateur, le robot avec le moteur d'aspirateur que j'avais fait pour faire mon lit. C'était pour moi, vrais gens, que je n'avais pas envie de faire mon lit. Donc, je voulais qu'il y ait un robot qui le fasse à ma place. Aujourd'hui, je continue à faire des choses pour les vrais gens. C'est de définir des systèmes, de créer des robots, de créer des IA qui vont faire des choses qui vont être utiles aux vrais gens. Et ça, il y a du boulot.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour cet échange. Merci beaucoup pour votre disponibilité, aussi la clarté et le regard critique, intelligent et toujours exigeant que vous avez par rapport à l'IA. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Si quelque chose vous a touché en cette conversation, parlez-en autour de vous, à un confrère ou à quelqu'un qui n'a rien à voir avec votre métier. Car oui, c'est en circulant que les idées prennent leur juste place. Vous pouvez aussi laisser un commentaire ou mettre 5 étoiles à ce podcast, c'est utile et ça fait toujours plaisir. Allez, on se retrouve très vite pour un prochain entretien, et n'oubliez pas que c'est en s'entendant des cabinets qu'on comprend toujours un peu mieux ce qui se passe.