- SUEUR D'ESPOIR
Bienvenue dans le podcast Sueur d'Espoir. Ici, pas d'interview, pas de questions. Écoutez un format narratif dans lequel les meilleurs athlètes vous raconteront leur parcours et les défis qu'ils rencontrent au quotidien. Le sport de haut niveau, comme si vous y étiez. Je suis Martin Gauthier et je vous souhaite un bon épisode.
- Mathilde SENECHAL
La personne qui était avec moi dans la tente des secours, c'était ma mère. heureusement qu'ils étaient là, heureusement qu'ils avaient un discours en disant « Voilà, c'est pas grave, ça arrive, nous on est là pour toi, on t'aime pour ce que tu es, pas forcément pour si tu gagnes ou si tu perds, on s'en fiche. » Et ça m'a vraiment, vraiment beaucoup aidée quand j'étais plus jeune, parce que j'avais aussi ce truc où je voulais les rendre fiers, donc j'avais peur que si je ne performais pas, ils m'aiment moins ou ils seront moins fiers, alors que pas du tout. On va dire que j'avais peut-être 1% de chance que ça fonctionne, mais je n'ai pas voulu. prendre en compte ce 1% de chance et j'ai plus voulu me focaliser sur les 99% de chance que ça ne marche pas c'était pour éviter d'être trop déçue, sauf qu'en fait en évitant d'être trop déçue, on évite aussi d'être super heureuse si ça marche mais au fond, le rêve il est toujours là et se rêver en grand c'est aussi pour se dire vu que je vis quelque chose de difficile de haut Dans mon quotidien, j'ai cette exigence qui sera à la hauteur du rêve. Si je visais le titre départemental, je n'irais pas m'entraîner autant de fois dans la semaine. Ça reste un sport écoïste où on doit se faire passer en premier sur beaucoup de choses. On peut louper des événements familiaux, on peut louper plein de choses comme ça. Et en fait, à un moment donné, la vie, ça reste important. Moi, j'ai perdu mon grand frère il y a quelques années. Je sais la valeur de la vie et je sais à quel point ce qui compte, ce n'est pas de gagner une course, mais c'est les émotions qu'on va vivre et avec qui on va les partager.
- SUEUR D'ESPOIR
Je dois vous avouer qu'à cet instant, j'ai déjà la chair de poule. Les émotions, en tant que fan de sport, j'en ai déjà connu des vraiment fortes. Assis sur le canapé ou en tribune, je me suis souvent demandé si je n'étais parfois pas plus stressé que les athlètes eux-mêmes. Qu'est-ce que l'on ressent dans la dernière ligne droite d'un grand championnat, quand on s'apprête à gagner ? A vrai dire, je ne le saurais jamais, car je ne suis pas athlète. Mais Mathilde Sénéchal, elle, en a connu des émotions fortes. Dix ans après sa première sélection en équipe de France, les montagnes russes propres au haut niveau Elle les a traversées. Ce dimanche aura lieu le marathon de Séville, un gros objectif pour elle. Alors pour l'occasion, j'ai voulu construire une série de deux épisodes. Le premier, pour retracer tout son parcours, afin de comprendre l'athlète sur la ligne de départ. Et le second, pour comprendre ce que chaque kilomètre de ce marathon ont représenté en termes d'investissement. Alors à quelques jours de son cinquième marathon, plutôt que de se projeter, je lui ai demandé de remonter la cassette. Loin en arrière, là où pour elle, le rêve a commencé à naître. Merci à Impulse Nutrition de rendre possible cette série audio. Je vous en reparle à la fin de l'épisode. Bonne écoute.
- Mathilde SENECHAL
Moi, quand j'étais petite, je ne rêvais pas du tout d'être une championne ou quoi que ce soit. Je n'avais pas forcément ce rêve-là. Ce que j'aimais bien quand j'étais petite, c'est... C'est être une star qui chantait des chansons et tout. J'adorais être comme ça. Alors, est-ce que dans ça, le fait de vouloir être une championne, etc., ça peut peut-être se relier, j'en sais rien. Mais en tout cas, j'aimais beaucoup essayer de… La performance en elle-même, j'aimais ça. Et j'ai toujours un peu aimé… J'ai toujours été une compétitrice. J'ai toujours aimé gagner, en fait. Partant de ce postulat-là, par exemple, quand je faisais de la danse, j'adorais bien danser. J'essayais de faire en sorte que tout ce que je faisais, de très bien le faire. Même à l'école, dès que je pouvais avoir des bonnes notes, je faisais en sorte de tout faire correctement. Et en fait, après, le rêve de performer au plus haut niveau en course à pied, ça c'est... Ça s'est matérialisé au fur et à mesure des années, mais j'ai commencé vraiment de manière... Enfin, juste moi, j'aimais courir. Et c'est mon papa, quand j'étais plus jeune, qui m'emmenait courir avec lui.
- SUEUR D'ESPOIR
Des tours de pâté de maison avec son père, Mathilde passe au tour de piste avec son club de l'Agiblois 11. Des tours de piste qui vont l'amener en 2016 à vivre sa première sélection en équipe de France et en 2017 à devenir vice-championne d'Europe junior. sur 3000 mètres à Grossetto en Italie.
- Mathilde SENECHAL
Et c'est vraiment là où je me suis dit, il y a peut-être un truc à faire, je peux peut-être essayer de, moi aussi, continuer à faire des compétitions internationales, parce qu'à partir du moment où on porte le maillot d'équipe de France une fois, on a envie de le reporter une deuxième fois, une troisième fois, et du coup forcément ça ouvre un chemin, ça ouvre des idées. Et après, voilà, entre... Entre la junior et maintenant la senior, il y a eu énormément d'années qui se sont écoulées. Le rêve a pris différentes formes. Mais en tout cas, l'envie de performer que j'ai depuis toute petite, je pense que c'est ce qui me guide à travers mes différentes activités et aujourd'hui à travers cette sportive.
- SUEUR D'ESPOIR
Et des activités, elle en a eu beaucoup à mener en parallèle durant cette période. Car en 2016, elle a 18 ans. Et à 18 ans, c'est souvent le début des études supérieures. Pour les parents de Mathilde, entre sport et études, la priorité était annoncée.
- Mathilde SENECHAL
La priorité, c'était d'être bonne à l'école et d'avoir des bons résultats. Ce qui avait toujours été un peu le cas, mais en tout cas, il ne fallait pas que le sport vienne empiéter là-dessus. Et donc, c'était à moi aussi de leur démontrer que je pouvais réussir les deux, et du moins continuer mon sport et avoir toujours des bons résultats. Et en fait, ça s'est toujours bien passé. Jusqu'au niveau du bac, tout allait très bien.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour Mathilde, le début des études supérieures fait naître une grosse difficulté, celle de réussir à faire vivre ce double projet étudiante-athlète. Car lorsqu'elle rentre en fac de droit, le mot sportif de haut niveau semble être un mot inconnu au bataillon. Alors pour aller chercher des aménagements, c'est un long chemin de croix.
- Mathilde SENECHAL
Donc après, je suis rentrée en licence de droit. Donc là, c'était autre chose. Il fallait un petit peu mieux gérer ce que j'avais. Plus les années passent, plus j'accumulais d'entraînement. Donc voilà, à chaque fois, je ratais un entraînement par semaine, etc. Donc ça me prenait quand même de plus en plus de temps. Et après, arrive à la fac, j'ai dû un petit peu batailler pour essayer les aménagements. Personne, en fait, les avait demandé auparavant parce qu'ils n'avaient pas forcément ce type de personnes, de profils, endroits. Et sportif de haut niveau, généralement, quand on est sportif de haut niveau, on fait STAPS ou alors l'INSA, qui a déjà des aménagements très appropriés pour ça. Donc moi, c'était un petit peu... Il fallait que je fasse mon petit chemin, donc déjà au niveau de l'administration, etc. Et puis ensuite, avec mes parents, où je leur avais dit que ma troisième année de droit, je voulais la faire en deux ans parce que je voulais plus m'entraîner, mieux récupérer, etc. Donc là, ils se sont dit, qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que quand même tu vas continuer ? Et il a fallu quand même que je prouve que non, c'était pour du bénéfique, pour mieux m'entraîner et aussi avoir plus de temps pour travailler, pour les études. Donc, ils n'ont jamais été un frein. Au contraire, ils ont toujours été très soutenants et très bienveillants avec moi. Alors, c'était compliqué, mais en même temps, ça a été aussi un très... très bon équilibre pour moi. Ça m'a aussi aidée dans certaines périodes. Ce qui était compliqué, c'était au niveau de la charge mentale et de la récupération. Pendant toutes ces années, je fonctionnais un peu en mode aussi automatique. Cour, je rentre à peine chez moi, je me change, je vais à l'entraînement. Il fallait switcher et se mettre en mode athlète et essayer de ne pas penser s'il y avait des partiels avant, ce qui s'était passé dans la journée. Et ensuite, dès que je rentrais, le soir, je mangeais et je m'en mettais à travailler. Pendant toutes ces années-là, je n'ai pas regardé une seule série, je n'ai pas regardé un seul film. Le soir, j'étais en train de travailler. Et pour moi, c'était normal, c'était la routine. Mais il n'y avait pas de temps mort, en fait. C'est ça, le truc. Alors, peut-être que... Ça m'a bien servi. Ça ne m'a pas desservi puisque dans toutes ces années, j'ai performé et ça s'est très bien passé. Mais je pense que sur le long terme, au bout d'un moment, ça épuise. Et le fait effectivement de ne jamais avoir de temps mort dans la journée, au bout d'un moment, c'était compliqué aussi au niveau de la récupération parce que j'étais aussi quand même pas mal blessée sur ces années-là. Malgré tout, j'avais quasi une blessure par an. Alors, ce n'était pas toujours des grosses blessures. Voilà, des chevaux de l'ischio, le psoas, le truc. Il y avait tout ça tiré, en fait. Forcément, le corps, il tirait un peu. Et puis, il y avait aussi la pression un petit peu au niveau des études, notamment après sur les années qui ont suivi avec le master, où je suis allée sur Lyon. C'était une fac qui était quand même beaucoup plus exigeante qu'à Orléans. Et pareil, il a fallu refaire tout le chemin, de demander des aménagements qui n'étaient pas forcément très bien vus. Au début, c'était très compliqué parce qu'on me prenait pour la fille qui ne voulait pas travailler, qui demandait des aménagements pour moins travailler. Donc, il fallait redoubler d'efforts dans les études pour leur prouver qu'en fait, non, j'étais aussi là pour travailler, mais juste j'avais deux fois moins de temps que les autres. C'était ça le truc, c'est que moi, quand les autres rentraient chez eux, moi, je partais à l'entraînement, donc j'avais deux fois moins de temps qu'eux, mais il fallait que je sois deux fois plus productive. Ça a toujours été très ambigu parce qu'en plus, La fac m'avait mis en avant sur leur catalogue, sur leur site, en disant qu'on a une sportive de niveau, qu'on est de la sportive de niveau. Alors qu'en réalité, derrière ça, c'était un chemin de croix pour essayer d'avoir deux aménagements qui, finalement, le jour du partiel, on me donne le même contrôle que ceux qui avaient eu la matière avant. Moi, mon aménagement me permettait de ne pas aller en TD. Donc, je gagnais peut-être 10 heures dans le semestre ou un petit peu plus. Et en fait, le jour J, je me retrouve avec la même évaluation que ceux qui ont eu le TD, donc complètement inégalitaire. Et je me suis dit, mais en fait, ça sert à quoi, tu vois ? Et ça a été ça toutes les années. J'ai eu encore une autre année où j'ai eu le même contrôle que d'autres, alors que je n'avais pas du tout les mêmes connaissances qu'eux, vu que je n'avais pas suivi les mêmes cours. Donc, c'était quand même compliqué. Et puis forcément, ça ajoute du stress parce que moi, je voulais bien faire, en fait. Je ne supportais pas avoir une mauvaise note à cause de ça, en fait. Donc, c'était surtout par rapport à ça où ça a été un petit peu compliqué. Et je suis quand même contente d'en être sortie parce que de devoir à chaque fois batailler pour protéger ce projet-là, j'ai eu l'impression que durant toutes mes années, j'ai dû protéger mon projet, j'ai dû le défendre. Pas justement qu'on me mette dans la case élève classique avec parcours classique et qu'ils préféraient ça parce que forcément, ça ne sortait pas de... Ça ne sortait pas de l'ordinaire, il ne fallait pas faire des démarches supplémentaires pour moi.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour autant, ce contraste de retrouver une vie plus normale après avoir été en compétition le week-end lui fait du bien et lui apporte un certain équilibre.
- Mathilde SENECHAL
D'un autre côté, il y a eu plein de fois où j'étais aussi très contente. Après, par exemple, une compétition que j'avais ratée, j'étais très contente le lundi d'aller à la fac et de revoir des copines qui ne faisaient pas du tout de sport, qui n'étaient pas du tout dans ce milieu-là et qui me parlaient de complètement autre chose. Et en fait, ça me faisait du bien aussi. Donc, il y a eu un peu ces deux points, même si ce que j'en retiens quand même, c'était que c'était plus difficile à manager, à faire accepter, plus que l'inverse. Mais ça ne m'a pas empêchée de performer. C'est aussi ce qu'il faut se dire, c'est que ça ne m'a pas empêchée de performer, mais parce que je pense que j'ai été chercher les aménagements qui étaient dus. Déjà une chose. Et la deuxième, c'est aussi que j'avais une discipline et une certaine rigueur qui disait que j'étais organisée et mon planning était millimétré. Donc je pense que c'est deux choses importantes si on veut pouvoir réussir ce tout peu projet sport et études. Après, très honnêtement, quand on veut passer sur un niveau encore supérieur, parce que là, c'était sur mes années jeunes, donc en fait, sur les années jeunes, c'était super que ça performe, mais ça reste des années jeunes. Et quand on est senior, c'est quand même autre chose. Et là, je le vois bien. C'est en étant quand même dédié quasi à 100% qu'on peut donner tout ce qu'on a et que là, on peut aller chercher le très haut niveau. Parce qu'en fait, à prendre des concurrents, on peut aller chercher des concurrents qui sont dédiés à ça. Donc là, quand on veut matcher avec les mêmes armes, il faut... Il faut s'entraîner de la même façon, donc à quasi 100%.
- SUEUR D'ESPOIR
Il y a des exemples d'athlètes qui se sont dédiés à 100% à leur pratique très tôt dans leur carrière. Un risque qui peut permettre de beaucoup progresser, mais loin d'être simple à prendre. Une option que n'a jamais envisagé Mathilde.
- Mathilde SENECHAL
Honnêtement, ce n'était pas ma personnalité, parce que j'avais du mal à me dire que ça pouvait être un travail, ou que je pouvais vraiment... performé à très haut niveau avec ça. Donc pour moi, ça a toujours été aussi ma bouée de secours, en fait, des études et de me dire... En fait, c'était un petit peu comme si je me disais, au pire, si l'athlète ne marche pas, j'ai les études. Et ça a toujours été un peu cette roue de secours, même si c'était plus qu'une roue de secours, évidemment, mais j'avais toujours les deux pour peut-être moi aussi me rassurer et me dire, je n'ai pas tout misé sur l'un, je n'ai pas tout misé sur l'autre, donc au pire, je n'ai toujours pas de quoi me rassurer. Mais du coup, peut-être que ça crée aussi un plafond. Et ça, on voit aussi surtout, on voit la différence entre les gars et les filles, et notamment chez les années jeunes, Espoir et un peu plus tard, c'est que les garçons, ils ont quand même un peu moins de mal que nous à s'autoriser de se dire, OK, je ne fais que ça et je vais y arriver. Et vas-y, j'essaye, on verra bien et tout. Et en fait, toute ma génération de filles, on a toutes fait des études, en fait. Et on a toutes continué nos études. très très longtemps et la plupart des filles qui sont encore au top aujourd'hui, c'est des filles de ma génération et en fait elles ont suivi toujours un double projet et il n'y a que depuis, grâce aux Jeux qui ont eu lieu à Paris qu'on s'est autorisé un petit peu toutes à se dire, bon bah peut-être que nous aussi on peut mettre un petit peu en pause nos études et on a peut-être aussi le droit et on peut peut-être aussi s'autoriser à tenter ce projet et à se tenter à 100% Je pense que c'est grâce au jeu à Paris en 2024 qu'on a été un peu plus poussés là-dedans. Et maintenant, on n'a pas de mal à se dire « je ne fais que ça » ou alors « je travaille à mi-temps » , etc. Mais je pense que sur le haut niveau féminin, il y a beaucoup plus de filles qui sont encore en double projet, même à mi-temps, etc., plutôt que les garçons qui s'autorisent vraiment plus à faire ça à 100%.
- SUEUR D'ESPOIR
Pendant ces années, Mathilde mène sa barque en alliant haut niveau sportif et super résultat scolaire. Elle réalisera d'ailleurs son mémoire de fin d'études sur un sujet qui lui tient à cœur, la véritable reconnaissance du statut de sportif de haut niveau. Une fois diplômée, elle se projette en tant qu'avocate. Elle va alors passer sept mois en cabinet en tant que juriste, sauf que la réalité ne matche plus avec la projection qu'elle s'en était faite.
- Mathilde SENECHAL
Comme mes parents m'avaient un petit peu projeté cette idée d'avoir un métier, moi j'ai fait mes études de droit à l'origine pour être avocate. Donc avocate, c'était... Normalement quand on est avocate, l'avenir est tout tracé et puis on ne se pose pas de questions sur le futur. Sauf qu'en fait, pour l'instant, moi c'était compliqué de le manager avec tous mes entraînements et au fond, actuellement, ce qui me fait vraiment vibrer, c'est d'aller m'entraîner, c'est de performer, c'est de faire des compétitions, c'est tout ça. c'est pas tant d'être enfermée dans un bureau et de travailler sans cesse dans un bureau et donc j'ai fait pour autant j'ai passé 7 mois en cabinet d'avocat à travailler en tant que juriste et en fait c'est exactement là où je me suis rendue compte que c'était pas ma place, je l'ai fait pour me rassurer et rassurer mes parents pour me mettre une étiquette, pour me dire je suis dans une case, j'ai un salaire tous les mois qui tombe, je suis dans cette case Merci. Et en fait, j'étais malheureuse dans cette case. Clairement, je n'étais pas à ma place. Je sentais que ce n'était pas là où je devais être. Et en voulant rassurer mes parents, ils ont bien vu que leur fille n'était pas épanouie dans ce cadre-là. Et donc, c'est aussi ce qui leur a permis de se dire, effectivement, ce n'est pas tant la trajectoire qui nous rassure, pas celle qu'on aurait espéré, mais au moins qui les rassurait. Parce que je pense que pour tous les parents, c'est... plus rassurant de se dire mon enfant il a un CDI voilà il est bien plutôt que se dire elle se lance dans un projet où en fait on ne sait pas si ça va réussir on ne sait pas combien de temps ça va durer on ne sait pas ce qu'elle va gagner grâce à ça donc forcément il y en a un côté qui est plus rassurant mais en ayant testé le côté rassurant je vois que c'est pas ce qui me plaît donc c'était une bonne expérience aussi pour se rendre compte que en fait non j'ai envie de prendre le risque enfin le risque Merci. ça reste un risque mesuré parce que je ne le ferais pas si vraiment je n'avais pas de revenus ou quoi que ce soit. Donc là, je sais que j'ai des partenaires qui m'aident. Alors bien sûr, d'une année à l'autre, on ne sait pas ce qu'on va gagner. Si je me blesse, ça remet tout en question. Donc effectivement, c'est quand même plus risqué que d'avoir un emploi et un CDI classique. Mais en tout cas, moi, c'est vraiment ce qui me fait le plus vibrer et je pense que c'est ce qui a là aussi le plus de sens pour moi. Et en ayant vu des gens travailler ou... ou en connaissant des gens qui travaillent sans forcément avoir du sens dans ce qu'ils font tous les jours, à la fin, je pense que ça nous bouffe, en fait. Et je préfère cette vie un peu instable et qui n'est peut-être pas rassurante pour les autres, mais qui, moi, me fait me sentir vivante. Chacun a sa trajectoire de vie, donc il n'y a pas de jugement de valeur là-dessus. mais effectivement se dire est-ce que vraiment ça me plaît ce que je fais est-ce que j'y trouve du sens alors tous les jours évidemment on peut pas apprécier ce qu'on fait tous les jours mais dans la globalité comment je me sens quand j'y vais est-ce que j'ai un peu cette petite flamme ce petit truc et en fait le problème aussi c'est pas forcément un problème mais quand on a fait du sport de haut niveau ou du sport tout court, je pense. On vit des émotions qui sont très particulières, que ce soit du stress, que ce soit de la joie, que ce soit de l'adrénaline. C'est des émotions qu'après, on a vraiment beaucoup de mal à retrouver dans la vie plus classique, dans la vie professionnelle classique. Et moi, je vois que je suis accro à ça. Et pour l'instant, je ne peux pas tirer un trait sur ces émotions-là. Et sûrement plus tard, quand ma carrière sera finie, je pense que j'irai chercher un travail, un métier qui me fait revivre à peu près Merci. ou du moins un dixième de ces émotions-là. Quand on est sportif, bien sûr, on se fait un plan d'entraînement. La plupart du temps, on est encadré avec un coach, etc. Mais c'est quand même nous qui sommes au cœur du projet. On est au cœur de notre staff. On choisit quand même les personnes avec qui on veut travailler. Et on s'impose nous-mêmes notre propre rigueur. Alors après, passer de l'autre côté en étant salarié ou… Je pense que c'est aussi une autre vision et c'est moi ce qui m'a un petit peu perturbée aussi pendant ces quelques mois. C'est que j'ai l'habitude de manager mon temps et pour moi, le temps est précieux. Donc, en fait, dès que je pouvais optimiser mon temps, je le faisais. Et voilà, quand on est tributaire de certains horaires, c'est différent en fait. C'est une autre façon de faire, une façon de procéder et qui, moi, ne me ressemblait pas trop. Actuellement, je sais ce qui me fait vibrer. je sais vers quoi quoi j'ai envie d'être. Donc voilà, je m'aligne avec mes envies du moment. On verra combien de temps ça dure. Mais c'est tellement une vie particulière avec des émotions particulières que c'est quand même difficile de s'en détacher.
- SUEUR D'ESPOIR
Mathilde l'a dit au début, pour elle, son rêve a vraiment commencé à prendre vie lors de ses fameux championnats d'Europe junior à Grosseto. Quand on est jeune, il faut dire que des rêves, on en a plein la tête. Mais que deviennent ces rêves en grandissant ? Qu'en est-il des trajectoires de ceux que l'on annonçait comme les champions de demain ? On le sait, la vie est loin d'être une ligne droite, et dans le sport, c'en est d'autant plus vrai. Ce podium junior en 2017 sur 3000 mètres l'illustre bien, car j'ai demandé à Mathilde si elle se souvenait avec qui elle avait partagé le podium cette année-là.
- Mathilde SENECHAL
C'est Delia Sclabas, qui est... alors je ne sais pas si j'ai bien prononcé, elle est suisse. Et en fait, elle a eu un moment donné, ça faisait quelques années ensuite qu'on ne la voyait plus. Et là, elle a récemment refait un super chrono sur 1500 mètres, il me semble. Et du coup, ça m'a fait trop plaisir de la revoir aussi. Et par contre, des fois, ce que je vois aussi, c'est les filles qui étaient derrière moi. Et notamment, notamment, Nadia Battocletti. Alors bon, quand je la regarde depuis mon canapé, gagner tous les championnats d'Europe, faire les Jeux, etc., je ne peux qu'admirer à elle. Et là, je me dis, bon, effectivement, on n'a plus la même trajectoire de vie. Mais après, franchement, il y en a même d'autres dans cette course qui ne sont même pas sur le podium. Il y a une Espagnole aussi, Maria, je ne sais plus son nom de famille, mais qui maintenant est ultra forte, ça sort des chronos de dingue. En fait, c'est cool parce que c'est aussi bien de se dire, c'est pas parce que dans les années jeunes, on performe plus ou moins que derrière, tout est tracé. Et chacune, ensuite, on a chacune nos... Voilà notre trajectoire. Après, je sais que Nadia et cette Maria qui est espagnole, elles ont aussi suivi des études. Après, ça dépend aussi de l'entourage qu'on a eu à un certain moment, de ce qu'on a pu rencontrer dans notre vie, des épreuves qu'on a pu affronter. Après, c'est sûr que je pense que c'est peut-être un petit peu plus compliqué à gérer quand on a été très bonne chez les jeunes, comme j'ai pu l'être en junior. Et ensuite, tenir pendant 10 ans derrière au top niveau, ce n'est pas possible. On ne peut pas toujours être la meilleure. Donc, il a fallu aussi que j'apprenne à manager avec ça, avec le fait qu'en fait, non, à un moment donné, on bat. À un moment donné, tu as eu quelques années où j'avais plus de performance, je n'arrivais pas, j'étais blessée, ce n'était pas top. Il faut aussi réussir à traverser ces années un peu plus sombres. où on est moins dans la lumière, où forcément, on n'est pas au niveau qu'on espère. On voit des filles qui battent des records, des choses comme ça. Donc, il faut réussir à passer à travers ces années-là en gardant un peu la foi, la flamme. Et à un moment donné, quand on aime ça, ça repartira de plus belle. Mais c'est aussi ce qui fait que la carrière, ça donne du relief à chaque victoire ou à chaque défaite. Je pense qu'il faut aussi savoir prendre du recul sur la pratique. Parce qu'il faut aussi se dire qu'on fait ça parce que ça nous fait du bien. Parce qu'au-delà de l'aspect, ça peut être mon travail ou pas. Ça arrivait plus tard, ça. Mais quand ça marchait moins bien, en fait, juste j'essayais de... de mettre un petit peu plus de cœur et d'énergie sur autre chose. J'ai une super famille, je vais aussi profiter du temps que j'ai avec eux. J'ai des amis avec qui j'adore passer du moment, je vais être avec eux. J'ai un chéri. Donc en fait, moi quand ça n'allait pas trop, je ne leur fais pas comme je voulais, j'étais blessée, je défocusais mon attention du sport et j'essayais de la mettre ailleurs en me disant... Le sport, c'est une partie de ta vie, mais regarde tout ce que tu as aussi autour et tout ce qui te fait du bien, tout ce qui existe en dehors. Donc en fait, quand ça marche, c'est trop cool, on a envie de mettre toute notre énergie dedans, etc. Mais quand ça ne marche pas, je pense qu'il faut faire un pas en arrière, regarder un petit peu plus avec de la hauteur notre vie et se dire, en fait, non, j'aime aussi faire ça, je peux aussi passer du temps à faire d'autres choses. Et c'est comme ça que ça permet de ne pas s'enfoncer dans un trou noir.
- SUEUR D'ESPOIR
Si Mathilde a autant de recul sur cette vie de sportive parfois fluctuante, c'est aussi parce que très tôt, elle a été confrontée à l'échec. Lorsqu'elle débute la course à pied, elle n'échappe pas à la casse-cross, une discipline dans laquelle elle va exceller jusqu'à tout rafler sur son passage. Sauf qu'un jour, la pression et le stress ont pris le dessus. Nous sommes au championnat de France de cross et selon ses concurrentes, cette course doit être une formalité pour Mathilde. Elle, qui a annoncé grande favorite, voit son corps la lâcher. A chaque fois qu'elle se faisait doubler, le cerveau et les jambes s'éteignaient un peu plus, comme un bug du système qui tombe sur une ligne de corde encore jamais vue. La course se terminera dans l'attente de secours, ramassée par sa dernière coéquipière, avec à son chevet ses parents.
- Mathilde SENECHAL
Ce jour-là, les deux seules personnes qui ne m'ont pas tourné le dos, c'était mes parents. Et la personne qui était avec moi dans l'attente des secours, c'était ma mère. Donc en fait, heureusement qu'ils étaient là, heureusement qu'ils avaient un discours en disant « Voilà, c'est pas grave, ça arrive, nous on est là pour toi, on t'aime pour ce que tu es, pas forcément pour si tu gagnes ou si tu perds, on s'en fiche. » Et ça m'a vraiment, vraiment beaucoup aidée quand j'étais plus jeune, parce que j'avais aussi ce truc où je voulais les rendre fiers, donc j'avais peur que si je... ne performaient pas et même moins, ou ils se rendent moins fiers alors que pas du tout. Donc ça m'a vraiment beaucoup aidée d'avoir un entourage bienveillant. Et après, au fur et à mesure des années, j'ai aussi su m'entourer de personnes qui étaient soutenantes, encourageantes et qui ne cherchaient pas forcément à me pousser à l'extrême juste pour être une championne, mais plus à prendre en compte la globalité de l'être humain qu'on est, parce qu'on n'est pas juste des robots. pas juste des machines à performer. Et en fait, il y a un être humain derrière avec sa personnalité, ses qualités et aussi ses défauts. Donc, il faut savoir manager avec ça.
- SUEUR D'ESPOIR
Il faut le dire, en France, notre rapport à l'échec est tout de même très malsain. On valorise les personnes à travers les réussites et l'on détruit celles qui rencontrent la route de l'échec. Pourtant, l'échec, nous y sommes tous confrontés un jour ou l'autre.
- Mathilde SENECHAL
Et c'est là aussi qu'on voit la différence avec les États-Unis. où, en fait, limite, ils se définissent plus à travers leurs échecs en se disant « Ok, tu as eu combien d'échecs ? Ok, donc ça veut dire que tu as bien appris de toutes ces erreurs-là que potentiellement tu ne vas pas aller refaire. Donc maintenant, en fait, tu es aguerri pour avoir les bonnes solutions et performer comme il faut. » Et c'est sûr qu'il faut travailler aussi sur cette notion d'échec. Après, moi, maintenant, c'est devenu vraiment… une banalité, on va dire, où je sais que s'il y a une course qui est foirée, c'est foiré, j'essaie de comprendre pourquoi et je transforme l'échec plutôt en expérience, en fait, parce que on met une connotation négative sur le mot échec, en fait, c'est quoi ? C'est juste une expérience en plus. À partir du moment où on a tiré les bonnes leçons, il y a toujours, en fait... Dans un événement, dans une course ou autre, il y a toujours du positif. On a toujours fait quelque chose de bien et ça, il faut toujours réussir à le trouver. Et ensuite, il y a des choses qui peuvent être améliorées. Et en fait, à partir du moment où on a étudié ces choses qui peuvent être améliorées, on a des clés pour la prochaine fois, on a des outils pour la prochaine fois et se dire, dans cette situation-là, peut-être qu'il faudrait que je réagisse comme ça, maintenant, je vais essayer de réagir de cette façon-là, etc. Et en fait, juste prendre l'échec comme une expérience, ça permet d'avancer et de se dire, Limite, plus j'ai d'expérience, plus je serai guérie et mieux je saurai réagir dans différentes situations. Et ça, encore une fois, c'est un travail que j'ai fait avec le préparateur mental parce que ce n'est pas inné. La société ne nous permet pas de voir l'échec tout de suite comme une expérience. C'est quelque chose où on apprend. Donc, il faut travailler dessus. C'est le discours que j'essaie d'avoir le plus possible, que ce soit quand je vais dans les écoles ou même des fois dans les entreprises. La culture dans une entreprise, pareil, l'échec, il faut à tout prix éviter. Mais en fait, pas forcément. Des fois, il faut se planter pour comprendre et pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
- SUEUR D'ESPOIR
Cette maturité dans la manière d'aborder les choses, Mathilde la cultive très jeune. Juste après sa désillusion sur ses championnats de France de cross, elle se fait aider par un préparateur mental.
- Mathilde SENECHAL
Durant toutes mes années, depuis le début, même avant 2016, avant de me reverser sur l'équipe de France, j'ai été accompagnée par un préparateur mental qui m'a aidée justement à me voir non pas juste comme une athlète et pas à travers mes performances. Ce n'est pas parce que je gagne que je vais être super, et ce n'est pas parce que je perds que je suis trop nulle. Ça, on ne nous l'apprend nulle part. Parce que même à l'école, tu as une bonne note, tu es quand même plus valorisé que quand tu as une mauvaise note. Donc, il y a un petit peu toujours ce rapport de valeur à soi en fonction de ton résultat. Et forcément, moi, quand j'ai eu ma première grosse défaillance au plein de France, où là, je termine vraiment très loin, c'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à travailler sur moi, sur en fait me dire, OK, ce n'est pas ma valeur, ce n'est pas ce que je suis, peu importe. En fait, ça, c'est juste ce que je vais produire, ce que je vais faire, mais ça n'entache pas la personne que je suis. Et c'est vrai qu'il faut vraiment apprendre à... à se connaître, mais à se connaître en tant qu'individu global, pas juste qui je suis en tant qu'athlète, et ne pas exister qu'à travers ce prisme de l'athlète. Parce qu'une fois que l'athlète est un peu moins bien, on a l'impression que tout est moins bien, alors que c'est faux. Mais effectivement, réussir à se connaître et à avoir une image de soi qui ne soit pas forcément tributaire uniquement de notre résultat, parce qu'en fait, ça veut tout. tout et rien dire c'est vrai que c'est super important et notamment je pense chez les jeunes moi je le vois j'ai une petite soeur qui court qui fait des compétitions qu'à 14 ans et il y a parfois où elle me dit mais je suis trop nulle parce que j'ai pas réussi ça et je dis mais non en fait ça veut rien dire parce que t'as pas réussi une course que t'es trop nulle et donc en fait malheureusement dans les clubs on leur apprend pas forcément ça et ce que je comprends c'est pas forcément le rôle du coach mais après il y a quand même un certain Merci. Le coach a un certain rôle au niveau des mots qu'il peut utiliser, au niveau de toute cette approche mentale qu'on peut mettre sur les jeunes. Donc il y a quand même une certaine responsabilité à avoir. Mais je pense que c'est bien aussi qu'eux comprennent dès le plus jeune âge que leur valeur ne dépend pas de leur résultat.
- SUEUR D'ESPOIR
Mathilde l'a dit, à partir d'un certain niveau de performance visée, il faut se dédier complètement à sa pratique. Moi-même, en échangeant avec les athlètes, je me rends bien compte que les pics de progression concordent bien souvent avec la fin des études ou le fait de quitter son travail. Alors pour rêver encore plus grand, Mathilde a décidé récemment de prendre ce chemin.
- Mathilde SENECHAL
Je ne vais pas déroger à la règle parce que moi j'ai arrêté, donc j'avais un CDD, mon CDD c'était terminé fin juillet 2025. Depuis, donc je suis plus à mon compte, après je fais du... Je fais aussi des interventions, des choses comme ça, et je travaille un petit peu en télétravail. Mais depuis ça, j'ai battu tous mes records, que ce soit sur 10 km, semi, et j'espère bientôt sur marathon. Donc depuis septembre, j'ai battu des records que je n'arrivais pas à débloquer sur 10 km. J'étais bloquée dessus depuis 4 ans. Et c'est sûr qu'il n'y a pas de secret. C'est à partir du moment où on est un peu plus... libre aussi je pense mentalement parce que il y a aussi toute cette contrainte mentale et il y a de plus en plus de études et de podcasts qui sortent sur cette charge mentale qu'on peut avoir alors en tant qu'athlète de haut niveau mais aussi en tant qu'athlète amateur qui cherche à beaucoup s'entraîner en plus du travail et en fait on se rend pas compte de tout ce petit stress et toute cette charge et en fait le corps il a beaucoup de contraintes donc à partir du moment où on s'enlève ce poids là Effectivement, je pense que ça change tout. Et en tout cas, moi, sur les quelques mois depuis septembre 2025, je le vois bien que je peux passer des entraînements et des séances. Là, j'ai fait une prépa. Je n'aurais jamais pu la faire en travaillant. Alors que j'ai quand même réussi à faire une année 2025. pas trop mal, j'ai pas forcément fait des records incroyables, mais j'ai quand même eu, par exemple, le titre de chemin de France de marathon durant cette année-là. Et bah, quand je faisais mes sorties ISP marathon, je faisais des fois des sorties le matin, et j'allais au travail l'après-midi, et c'était tout sauf intelligent, en fait. C'était pas bien pour la récupération. Donc ça, ça pouvait tenir que quelques mois, et en fait je pense que j'ai aussi tenu, parce que je savais que j'avais une porte de sortie, et je savais que ça allait se terminer à un moment donné. Donc... et... Au bout d'un moment, quand on veut être excellent dans un domaine, pour moi, il faut mettre toute son énergie dans ce domaine-là. C'est évident. C'est comme quand on veut lancer un projet. La plupart des entrepreneurs, ils ne comptent pas leurs heures. Quand ils lancent leur entreprise, quand ils lancent un projet, ils sont dédiés à 100% là-dessus. Nous, c'est un peu pareil.
- SUEUR D'ESPOIR
Se lancer à fond dans cette vie d'athlète, c'est souvent faire un saut dans le vide sans vraiment savoir où l'on va atterrir. C'est aussi l'assurance de vivre des moments de bonheur immenses ainsi que des grandes déceptions. Un parallèle, en effet, bien proche de la vie d'entrepreneur.
- Mathilde SENECHAL
Quand on a un projet, il y a un objectif, on va essayer de faire un plan pour l'atteindre. À travers ce chemin, à travers ce plan, des fois ça va moins bien marcher, on va se planter, on va se remettre en question. Et en fait, c'est plein d'étapes, plein d'actions qu'on n'aurait pas forcément juste dans une vie classique étudiante où on n'est pas confronté à toutes ces questions-là. Et même la gestion du stress, moi quand j'allais en partiel, j'étais l'une des moins stressées parce qu'en fait, soit je prenais des chevaux à l'adrope, quand on est sur une ligne de départ, je prenais des chevaux à l'adrope de crosse, je peux dire que c'est plus stressant qu'un partiel en fait, clairement. Donc c'est sûr que ça m'a permis de vivre des moments, de ressentir des choses, de me mettre dans des situations dans lesquelles je n'aurais jamais été uniquement par ma vie étudiante. Donc, après, je pense que quand on a un projet entrepreneurial aussi, c'est les mêmes choses. On vit à peu près les mêmes émotions, je pense. Mais quand on reste effectivement dans une vie étudiante plus classique, on n'est pas confronté à ces situations-là. On n'est pas confronté à l'échec, on n'est pas confronté à la remise en question. On n'est pas confronté à la vision que les autres peuvent avoir de nous, au jugement et à toutes ces phases aussi de connaissance de soi parce que Moi, le sport de haut niveau m'a vraiment permis de me connaître et d'aller creuser en moi qui j'étais, pourquoi je faisais certaines choses, quels étaient mes automatismes, mes réflexions, tout ça. Et ça, on se pose moins la question quand on n'est pas confronté à ces difficultés-là.
- SUEUR D'ESPOIR
Malheureusement, la réalité est loin du compte de fait. Se lancer n'est déjà pas chose aisée, mais réussir à traverser les années l'est encore moins. Chaque année, les carrières s'arrêtent pour diverses raisons, et ce n'est pas qu'une question de niveau. Il faut le dire, devoir courir après l'argent fait bien souvent office de coup près.
- Mathilde SENECHAL
Dans ce que j'ai pu connaître dans mes années plus jeunes et qui m'ont arrêté, il faut aussi se dire qu'il y a aussi la notion de juste argent qui rentre en compte. Donc moi j'ai la chance d'être dans une petite ville où j'ai réussi à avoir des partenaires. parce que c'est une petite ville et parce qu'il n'y a pas énormément d'autres sports qui prennent le pas dessus. Alors que quand on est dans une plus grande ville, c'est très compliqué de trouver des sponsors, d'exister malgré les sports co qui peuvent y avoir, que ce soit le foot, le basket, etc. Et donc, il y a aussi déjà rien que ce facteur-là, le facteur financier. Forcément, quand on a un certain confort ou du moins qu'on peut se projeter à un ou deux ans plus loin, on va moins se poser de questions. On va se dire, OK, je continue et je tente. Alors que quand c'est très compliqué, que c'est ric-rac de finir la fin d'année, on ne sait pas trop si on va pouvoir payer notre saison, même payer notre loyer, je comprends qu'on arrête parce que malheureusement, on est dans un sport qui n'est pas lucratif. Et si on n'a pas cet écosystème financier autour de nous, on arrête. Moi, clairement, si je n'avais pas des sponsors qui m'aidaient, je n'aurais pas continué parce que j'aurais eu trop peur de manquer et j'aurais continué dans... à me mettre dans un travail classique. Et voilà. Donc, il y a d'abord, je pense, ça, vraiment l'aspect financier. Et je pense que la plupart arrêtent à cause de ça. Ils n'arrêtent pas parce qu'ils n'aiment plus ça, mais ils arrêtent à cause de ça. Et ensuite, effectivement, il y a le fait de passer par des périodes, des années difficiles, de blessures, de contre-performance. Et c'est compliqué parce que comme tu le disais, en fait, on n'est pas tout le temps le meilleur. On n'est pas tout le temps la meilleure. Et nous, en plus, on a un bilan français qui peut être actualisé tous les week-ends. Donc, en fait, tous les week-ends, on peut voir qui nous a battus. Ah bah, un tel a fait mieux. Ah bah, du coup, je redescends au bilan. Donc, en fait, ça peut être ultra nocif et ultra prise de tête si vraiment on est focus trop là-dessus et qu'on n'a que ça et qu'on se juge en fonction de notre place au bilan ou de nos résultats. Donc, il y a aussi un peu de ça. Je pense que quand on y met peut-être trop d'intention, Sur les mauvaises choses, ça peut être délétère et au bout d'un moment, on peut en avoir marre.
- SUEUR D'ESPOIR
Dans ces périodes plus compliquées, l'importance de l'entourage est décuplée. Là pour trouver les mots, là pour penser les mots. Quand tout semble vacillé, ils sont les ultimes piliers.
- Mathilde SENECHAL
Quand on a un bon entourage qui est bienveillant, qui est soutenant et qui nous aide durant ces périodes difficiles, je pense que ça permet de traverser un peu ces... ces périodes plus sombres grâce à ça. Et après, peut-être éventuellement aussi l'environnement. Il y a aussi la notion de beaucoup de sacrifice. Quand on fait trop de sacrifice, au bout d'un moment, ce n'est plus possible d'en faire. Moi, j'ai toujours dit, je ne fais pas de sacrifice, je fais des choix. Et quand c'est un choix, c'est un choix assumé, c'est un choix aligné avec ce qu'on veut et ce qu'on est. Et ça change tout, en fait. Un choix ou un sacrifice, ce n'est pas du tout le même poids. Donc, peut-être que trop de sacrifice, ça devient compliqué. Et ça devient compliqué à durer dans le temps. Et moi, justement, pour pouvoir continuer à durer, parce que c'est ce que j'aime, et au fond, j'aime courir, j'aime performer, j'ai fait le choix, justement, d'avoir un environnement qui me ressemble un peu plus. J'ai fait quelques années d'entraînement au pôle de Lyon, c'était super. Et j'avais besoin d'être là-bas sur ces années-là. Mais depuis deux ans, je suis rentrée dans ma ville à Ploie, où je m'entraîne seule. Mon compagnon, c'est mon préparateur physique. J'ai créé autour de moi ma petite bulle. Je suis près de ma famille, je peux aller les voir tous les week-ends, je peux passer du temps avec ma grand-mère. Et ça, j'en avais vraiment besoin pour pouvoir continuer à performer. Et justement, Jimmy a eu un discours un petit peu similaire après le chemin du monde, où il a dit qu'il avait besoin de retourner à Boulogne, de repasser du temps avec son grand-père, etc. Et je comprends totalement, parce que si ça reste un sport égoïste, on doit se faire passer en premier. sur beaucoup de choses. On peut louper des événements familiaux, on peut louper plein de choses comme ça. Et en fait, à un moment donné, la vie, ça reste important. Moi, j'ai perdu mon grand frère il y a quelques années. Je sais la valeur de la vie et je sais à quel point ce qui compte, ce n'est pas de gagner une course, mais c'est les émotions qu'on va vivre et avec qui on va les partager. Donc, j'ai aussi, je pense, une certaine lucidité et un certain recul sur la vie. et sur les choses vraiment importantes de par les épreuves que j'ai pu vivre.
- Journaliste
Paris qui va bien accueillir ses premiers Jeux en 2024, 100 ans après les derniers. 2028 pour Los Angeles.
- SUEUR D'ESPOIR
En 2017, le CIO officialise la France comme pays hôte des Jeux Olympiques de 2024. En tant qu'athlète, représenter l'équipe de France un jour est déjà un rêve. Et participer aux Jeux Olympiques en est encore un autre. Mais avoir l'occasion de... de participer aux Jeux Olympiques dans son pays est une fenêtre que peu d'athlètes connaîtront dans leur vie. La dernière fois que la France avait accueilli les JO, c'était en 1924. Ainsi, progressivement, Mathilde décide de quitter les tours de piste pour aller affronter la distance reine, le marathon.
- Mathilde SENECHAL
C'était la distance potentiellement sur laquelle j'avais le plus de chance de pouvoir m'approcher des minimas. Et ça a été vu à l'époque en concertation avec mon coach. On s'était dit, ok, si on veut tenter l'aventure, je pense qu'il faudrait qu'on tente sur le marathon. C'était une bonne chose parce que je ne regrette pas du tout d'avoir tenté. Je ne regrette pas de m'être lancée là-dessus, même si au début, ça me s'est un petit peu compliquée. Je n'ai pas pu faire mon premier marathon parce que j'étais un peu blessée. Ensuite, le vrai premier que j'ai fait, j'ai toujours été blessée. Donc en fait... C'était difficile au début de se lancer vraiment dans ce projet-là, mais c'était vraiment pour les jeux. Il y avait aussi plus d'engouement sur les cours sur route qui commençait à naître. Donc ça pouvait être aussi plus intéressant, si je voulais continuer ma carrière, de... basculer sur la route plutôt que sur la piste. Donc voilà, c'était tout ce qui nous avait poussé à faire ce choix-là. Et choix que beaucoup d'autres ont fait aussi, parce qu'en fait, quasi toutes les filles qui faisaient du 3000 mètres ou du 5000 mètres comme moi, ont aussi basculé sur le marathon. Il y en a qui ont très très bien performé pour aller jusqu'au jeu, donc ça c'est trop cool. Et c'est là que ça a tout de suite élevé le niveau. On ne s'attendait pas à un tel niveau, puisque jusqu'à présent, on n'avait jamais eu... il me semble trois athlètes françaises sélectionnées aux Jeux Olympiques sur le marathon. Et là, il y en avait même plus que trois qui avaient fait les minima. Donc ça n'a fait qu'élever le niveau français. Et c'est tant mieux parce que ça a créé vraiment une émulation. Et maintenant, il faut battre le record de France si on veut potentiellement faire une sélection. On n'imaginait pas ça. Au début, quand on s'est dit qu'on allait passer sur le marathon, on n'imaginait pas ça. Mais finalement, c'était très enrichissant. Et maintenant, je vais bientôt faire mon cinquième. Donc, j'ai fait mon petit chemin avec ma propre progression. C'est sûr, quand on voit qu'ils font leur premier marathon et tout de suite, ça marche, ça donne envie. Encore une fois, il faut se concentrer sur soi, sur son propre chemin et sur sa propre progression.
- SUEUR D'ESPOIR
Mathilde effectue sa première marque sur marathon, début 2023 à Séville. Un chrono de 2h36min54s tronqué par les blessures est loin d'être révélateur de l'engagement qu'elle a mis durant sa prépa. Alors en fin d'année, elle décide de retenter sa chance à Valence en Espagne. Nous sommes en décembre 2023 et la période pour réaliser les minimas s'arrête elle en avril 2024. Vu le temps qu'il faut pour récupérer d'un marathon et se relancer dans une prépa de ce niveau-là, Ce sera la dernière tentative pour Mathilde. 2h26 et 50 secondes, c'est le minimum à faire pour espérer voir Paris en août. La pression est à la hauteur des ambitions. Le départ va être lancé. 2h35 et 42 secondes. Un record personnel au goût amer tant les chiffres affichés sont loin de ce pourquoi Mathilde s'était entraînée. 1300 km, c'est par valance de Paris. Mais ce jour-là, Paris n'aura jamais paru si loin pour Mathilde.
- Mathilde SENECHAL
Alors, pour être honnête, je ne me suis jamais vraiment vue, malgré tout, je ne me suis jamais forcément vraiment vue sur la ligne de départ en me disant « c'est bon, j'y serai » , parce que ça, c'est aussi ma personnalité, et j'ai du mal à avoir autant confiance en moi que ça pour me dire « j'y serai » . Et ça peut être aussi un défaut, puisque on va dire que j'avais peut-être 1% de chance que ça fonctionne, mais je n'ai pas voulu prendre en compte ce 1% de chance. Et j'ai plus voulu me focaliser sur les 99% de chance que ça ne marche pas, pour me dire si jamais ça ne marche pas, je me suis rassurée. C'était pour éviter d'être trop déçue. Sauf qu'en fait, en évitant d'être trop déçue, on évite aussi d'être super heureuse si ça marche. Et par exemple, il y a d'autres contre-exemples qui avaient le même pourcentage de chance que moi d'y aller, mais qui ont voulu se concentrer sur ce pourcentage-là de réussite et qui ont réussi. Et donc en fait, moi je pense que c'est ma personnalité qui a fait que je n'ai pas osé me dire j'y serais, etc. Même si dans les faits, je faisais tout pour, enfin je m'entraînais comme il fallait. Voilà, c'était quand même mon objectif. Merci. Je n'osais pas y croire à 100%. Après, sur le moment où je me suis dit, c'est mort, c'est aussi quand j'ai vu que j'ai eu quand même pas mal de blessures sur 2023-2024, dont une fracture de fatigue qui ralentit énormément la progression, où en fait, on part de zéro. Et je n'avais pas 15 000 possibilités de performer. Donc, j'ai fait mon premier marathon à Séville. Donc, il y a... peut-être en 2023, et j'ai eu une fracture de fatigue qui s'est décelée à la suite de ce marathon. Donc j'avais fait 2h36, qui était très loin des minimas qui étaient demandés. Le deuxième, j'avais fait 2h35 à Valence en décembre. En fait, je savais que pour l'instant, je n'arrivais pas à me rapprocher des minimas, et à partir de ce moment-là, j'aurais tout de suite fait un super chrono, je me serais peut-être dit « ok, go, je continue sur la bonne voie » . Là, les chronos me montraient que ça allait être quasi impossible parce que derrière, d'autres filles arrivaient en faisant des chronos vraiment meilleurs. Mais ça n'a pas été un deuil parce que je ne me suis pas non plus mis bille en tête en me disant « j'y serai et j'ai les capacités de le faire » . C'était plus de se dire « je ne sais pas si j'ai les capacités de le faire, je ne crois pas » et du coup, je reste un peu en retrait par rapport à ça, même si ça restait dans un coin de ma tête et que si tout se goupillait correctement… Bien sûr que j'aurais adoré et ça reste un rêve de tout sportif ou de tout sportive de se dire un jour je pourrais y être. Mais après je suis très terre à terre et très rationnelle aussi et c'est peut-être un défaut. Parce que je pense que quand on a un peu de folie ça peut peut-être plus aider dans ces moments-là. Mais ma rationalité fait que je me dis non mais les minima ne font qu'augmenter, ça devient de plus en plus dur. Pour me protéger, je me concentre sur ma propre progression. Si j'arrive à redescendre encore plus mon chrono, tant mieux, peut-être que ça me rapprochera de ces minimas. On verra ce que ça donnera dans quelques années, mais je fonctionne à ma manière. En 2024,
- SUEUR D'ESPOIR
pour les championnats de France du 10 km, elle termine 3e derrière Méline Rollin et Mélody Julien. Deux athlètes qui, quelques mois plus tard, représenteront la France sur le marathon des Jeux olympiques. La confiance en soi passe par ce genre de performance. Il en a peut-être manqué à Mathilde, mais le marathon est un sport d'expérience qui récompense la consistance et la patience.
- Mathilde SENECHAL
Quand on dit qu'il y a des choses sur lesquelles il faut travailler, ça en fait partie. Mais je sais qu'à l'époque, le coach avec qui j'étais, Bastien, pour lui... Pour lui remettre ça, on avait fait un footing et il travaillait beaucoup là-dessus avec moi parce qu'il savait que j'étais ma personnalité. Et lui me disait, mais même moi, si j'avais 1% de chance, je ferais tout pour y arriver. Avec 1%, tu te rends compte, il n'y a pas tout le monde qui a 1% de chance. Et moi, je ne le voyais pas de cet œil-là. J'avais du mal à le voir comme ça. Moi, il me fallait au moins 50% pour me dire que ça valait le coup de se mettre dedans sans avoir peur d'échouer. être déçus. Mais je pense que c'est un truc sur lequel il faut continuer de travailler. En tout cas, j'essaye de continuer de travailler là-dessus parce qu'il avait totalement raison. 1% de chance, il faut y aller, en fait. C'est mieux que zéro. Donc, voilà, il y a encore des choses sur lesquelles il faut progresser. Je pense que c'est aussi en fonction de la personnalité de chacun. Je n'ai pas forcément ce petit truc de folie qui va faire que je vais tout de suite y croire ou me dire « Allez, go, je vais y arriver » . Moi, j'ai besoin de faire pour ensuite y croire. Et donc, j'ai besoin de faire la perf et me dire, OK, je l'ai fait. Et limite de la refaire une deuxième fois pour être sûre que ce n'était pas un coup de chance et qu'en fait, OK, je pose ça. C'est ma façon de faire. Donc, en fait, forcément, ça prend peut-être un peu plus de temps. Mais au fond, le rêve, il est toujours là. Et se rêver en grand, c'est aussi pour se dire, vu que je vise quelque chose de difficile, de haut, dans mon quotidien, j'ai cette exigence qui se... à la hauteur du rêve. Si je visais le titre départemental, je n'irais pas m'entraîner autant de fois dans la semaine. Je ne serais pas si rigoureuse sur plein d'autres choses. Alors que là, vu que j'ai ce rêve, ce truc de me dire, j'aimerais un jour refaire une saison en équipe de France, peut-être aller au jeu, des choses comme ça, forcément que le niveau d'exigence au quotidien va être à la hauteur de ce grand rêve, de ce grand objectif. Et peu importe en fait qu'il se réalise ou pas. ça m'aura permis d'élever tous mes curseurs dans mon quotidien. C'est déjà énorme parce que du coup, tout le chemin qui aura été fait, et c'est aussi ce sur quoi je reviens dans ce talk TEDx, c'est en fait après le chemin. Qu'est-ce que j'ai traversé ? Tout ça, ça m'a appris. Et en fait, ça a peut-être plus de valeur sur tout ce chemin que juste après le résultat, où oui ou non, ça s'est passé, oui ou non, j'ai réussi. En fait, ce qui fait que le résultat a de la valeur, c'est quand on prend tout le chemin et qu'on voit tout le relief. C'est ça qui donne du relief au résultat, c'est le chemin fait avant.
- SUEUR D'ESPOIR
Ça y est, la pression monte, le souffle s'accélère. Dimanche sera un nouveau départ pour Mathilde, celui du marathon de Séville, là où son aventure sur la distance a commencé, trois ans auparavant. Les voyants sont au vert. Cette prépa, elle y a mis du cœur et de la sueur. Maintenant, elle ne veut qu'une chose, concrétiser tous les efforts effectués.
- Mathilde SENECHAL
C'est comme si là, j'avais bien travaillé et que j'ai besoin qu'on me donne ma récompense. J'ai besoin qu'on me donne la bonne note après tout ce travail. Mais je vais aller la chercher et... Si je ne l'ai pas, je vais faire en sorte que tout se passe correctement pour pouvoir l'avoir, parce que la prépa s'est plutôt très bien passée. Je n'ai jamais fait une prépa comme ça, pas forcément en termes de kilométrage, mais en tout cas en termes de qualité de séance. Donc je sais que je vais partir avec des ambitions qui sont beaucoup plus élevées que ce que j'avais jusqu'à présent. Alors ça peut être aussi un petit peu plus risqué que ce que je faisais jusqu'à présent, où j'essayais surtout de valider un niveau que j'étais persuadée d'avoir. Alors que là, je vais essayer d'aller valider quelque chose que je ne suis pas persuadée d'avoir. Le préparateur mental me disait avant chaque course, c'est juste exploite ton potentiel au maximum. Fais ce que tu sais faire de ton mieux et n'aie aucun regret après ça. C'est exactement ce que j'espère, c'est de pouvoir faire des courses pleines. Je sais que sur un marathon, il y a toujours des kilomètres qui sont difficiles. Il y a toujours des moments où on doute. J'ai envie de pouvoir passer à travers ça. Comme les vagues, d'un moment on est au-dessus de la vague, d'un moment on va être en dessous, dans le creux, puis après ça va revenir, ça va remonter. Mais j'ai eu l'expérience de ça, donc je le connais. Il faut le vivre et puis le traverser. Et voilà, j'espère une fois passer la ligne, être juste ultra satisfaite et me dire c'est bon, c'est fait. Et d'avoir vraiment ce sentiment de satisfaction. Mais en plus, là c'est vraiment vis-à-vis de moi-même. Je ne me sens pas redevable de quoi que ce soit, ou je n'ai pas de pression extérieure. personne qui attend un tel chrono ou quoi, c'est vraiment de me dire, pour tous les entraînements que t'as fait toute seule, où tu t'es envoyée comme une folle, ou t'en pouvais plus, ou c'était trop dur pour toi toute seule en fait, j'ai juste envie d'être satisfaite de ça.
- SUEUR D'ESPOIR
Après tout cela, si pour vous seul le chrono d'arrivée compte, peut-être que vous n'avez pas bien écouté cet épisode. Si une fois arrivé, Le temps sur la montre est la seule chose que vous allez regarder. Peut-être que vous ne regardez pas au bon endroit. Ce dimanche, sur cette ligne de départ, je ne verrai pas seulement un nom et un prénom. Je verrai l'athlète et je verrai l'humain. Je verrai dix années de haut niveau. Dix années à traverser les épreuves, que ce soit pour mener son double projet ou faire des choix compliqués pour se donner le droit de rêver. Alors plutôt que de critiquer nos athlètes français quand les performances ne sont pas à nos goûts, prenons le temps d'apprécier la chance d'avoir des modèles pareils sur lesquels s'inspirer. Si en 2024, l'étincelle n'a pas pris, Mathilde a tout de même pu toucher son rêve du bout des doigts en tenant la torche olympique dans sa ville à Blois, là où tout a commencé et là où elle est installée. À vrai dire, la flamme, elle l'avait déjà. Et l'envie de retrouver l'équipe de France un jour est un carburant bien assez puissant pour maintenir le feu allumé. Même si les chances ne sont que d'un pour cent, c'est déjà plus que 99,9% d'entre nous. Alors dès ce dimanche, Mathilde compte bien continuer à faire All-in, car si Paris était perdant, sa détermination et sa résilience finiront bien par convertir un jour ce All-in en un Paris gagné. D'habitude, c'est le moment où je vous dis que l'épisode est terminé, mais ce jour est particulier pour moi, car cela fait maintenant un an que ce podcast est né. Depuis le début, j'ai l'ambition avec ce projet de vous emmener dans l'intimité des athlètes de haut niveau, en essayant de comprendre leur parcours, les défis qu'ils ont rencontrés et les apprentissages qu'ils en ont tirés. Mais à travers ces épisodes, je souhaite aussi montrer la réalité de ce que représente le haut niveau, quelque chose d'essentiel pour mettre du contexte derrière la performance. et de l'humain derrière les résultats. Encore merci à Impulse Nutrition de rendre possible cette série audio. Une marque 100% française avec une gamme complète qui va de la boisson d'effort au complément du quotidien. Je suis sûr que vous saurez y trouver votre bonheur. Pour toute commande sur leur site, en rentrant le code ESPOIR, en plus de bénéficier de 15% de réduction, vous contribuez grandement à m'aider dans la croissance de ce podcast. Alors merci pour votre écoute, c'était Sueur d'Espoir, et je vous dis à très vite. pour la suite.