- Anthony Chalençon
Donc en fait, il a fallu un moment que je fasse un choix. Donc voilà, c'était soit les cours, soit le sport. Donc je suis allé vider mon casier et je suis parti. Je me disais de toute façon, il va falloir que ça fasse parce que je ne vois pas ce que j'ai envie de faire d'autre. J'ai envie de faire du sport. C'est vrai que même financièrement, je me rappelle, avant les Jeux de Pyeongchang, j'avais trois comptes, 1000 euros à découvert de chacun. Et un coup, je me rappelle, je fais... Mon premier truc média, en venant de Verscores, j'étais avec des journalistes de France Télé. Il y a un mec qui m'appelle et il me dit « Ouais, si tu ne payes pas tes bâtons, là, je vais te mettre une mise en demeure. » Je me suis dit « L'hiver va être long. » Le sport de haut niveau et le handicap, je pense que les deux, sont vraiment des accélérateurs, des choses qui nous permettent de vivre la vie un peu en accéléré et en plus intense. Cette année, tu sais, Jimmy Gressier, il gagne le 10 000 aux championnats du monde d'athlètes. Je vois une interview de lui juste avant le 5 000, là, où il dit, mais en fait, je me rends compte que tout est possible. Et c'est exactement ce que j'ai ressenti après ma première médaille d'or au Mondiaux. Je ne pensais pas que je serais capable de faire ça un jour. Et je me suis dit, mais en fait, si là, je suis arrivé à faire ça, je peux faire tout ce que je veux. En fait, tout est possible dans le sport.
- SUEUR D'ESPOIR
Bienvenue dans le podcast Sueur d'espoir. Ici pas d'interview, pas de questions. Écoutez un format narratif dans lequel les meilleurs athlètes vous raconteront leur parcours et les défis qu'ils rencontrent au quotidien. Le sport de haut niveau, comme si vous y étiez. Je suis Martin Gauthier et je vous souhaite un bon épisode. Le 22 février marquait la fin des Jeux Olympiques de Milan Cortina avec une Olympiade qui nous aura fait vibrer. Pour le retour des Jeux d'hiver en Europe, 20 ans après Turin, la fête était au rendez-vous. Ski alpin, patinage artistique, ski alpinisme, ski de fond, il a plu des médailles du côté de l'équipe de France. Mais s'il y a un sport qui a encore bien fait parler de lui, c'est le biathlon.
- Présentateurs Eurosport
Océane Michelon qui fonce vers l'or olympique ! C'est un récital qu'elle nous a fait aujourd'hui Océane Michelon !
- SUEUR D'ESPOIR
Alors que fait-on maintenant ? On laisse retomber la ferveur et on se dit rendez-vous dans 4 ans ? J'ai autre chose à vous proposer, car si cette Olympiade semble être terminée, en réalité pour beaucoup, cette Olympiade n'a même pas encore commencé. En effet, dans quelques jours s'ouvriront les Jeux Paralympiques. Dans les rentrées color, nombreux seront les athlètes à suivre. Aujourd'hui, je vais en parler d'un en particulier, Anthony Chalençon. Anthony, c'est un gars qui n'a pas eu peur de claquer les portes d'un métier plus conventionnel, quand son rêve à lui, c'était d'être champion dans son sport. Et son sport, en vérité il en a plusieurs, mais il y en a deux dans lesquels il excelle, le biathlon et le ski de fond. Les métaux olympiques, il les a tous eus. Honoré de la Légion d'honneur en 2018 pour une sublime médaille d'or en relais, il a aussi raflé de multiples titres de champion du monde. Ses jeux de Milan Cortina seront ses derniers, puisqu'il mettra un terme à son immense carrière la saison prochaine. Il est malvoyant, mais pourtant, sa vision du sport et du monde est une vision faite de partage et de transmission. Alors j'espère que vous avez retrouvé votre voix pour encourager nos Bleus pour ces Jeux Paralympiques de Milan Cortina. Bon épisode !
- Anthony Chalençon
C'est sûr que j'ai forcément hâte que ça arrive. En même temps, il y a encore plein de trucs à faire avant. Il y a encore des courses. Donc voilà, pour l'instant, je reste quand même pas mal sur... sur finir des bonnes coupes du monde bien préparé voilà je suis Je me dis que je penserai aux jeux quand j'y serai. Pékin, ça n'a pas été une super expérience pour moi, même s'il y a des courses qui étaient cool, il n'y a pas tout a jeter, mais c'est vrai que je reste sur un souvenir des Jeux un peu bizarre, et j'aimerais vraiment repartir sur ce que c'était pour moi les jeux quand je rêvais de ça quand j'étais gosse. J'aimerais vraiment repartir avec ce bon souvenir-là des jeux. voilà que ce soit des belles journées quoi que je rentre en ce sens c'était cool et après bah le gros braquage de toute façon on y pense tous on y pense tous au gros braquage moi si je vais au Jeux forcément c'est pour perfer mais après je me mets pas forcément aujourd'hui d'objectifs de résultats de si de ça, de médaille, c'est surtout aussi voilà de vraiment faire De faire honneur, de montrer des belles choses sur la piste, sur le tapis. Faire vraiment des belles choses et être fier. Si je fais 4, mais que je tire à 20 et que je skie à bloc, je me dirais que les images que j'ai montrées, ça avait de la gueule et c'est cool.
- SUEUR D'ESPOIR
Milan Cortina sera la dernière aventure olympique d'Anthony. Une dernière grosse étape dans une carrière déjà plus que réussie. Cette édition sera probablement bien différente des dernières qu'il a connues, car entre le Covid, des éditions précédentes en Asie, et une médiatisation du sport paralympique qui à l'époque n'était pas celle de maintenant, l'affluence lors de cette Olympiade devrait battre des records et permettre à ses proches d'assister à ses courses.
- Anthony Chalençon
Moi je ne vis pas beaucoup avec le public, on fait très rarement des courses avec du public. Là je pense qu'au jeu à Milan, ça va être les courses où on aura eu le plus de public depuis le début. Je pense, parce que les Jeux, ça a été toujours en Asie, donc assez loin de chez nous. Sur les Coups du Monde, quasiment jamais. Après, le peu de fois où on en a, un petit peu, je ne me rends pas compte. Déjà, je ne les vois pas. Et puis ça, quand je suis dans ma course, du coup, il faut que j'écoute Flo. Donc on verra comment je verrai ça aux Jeux.
- SUEUR D'ESPOIR
Et même si le sport paralympique se vit autrement en tant que supporter, il n'enlève en rien toute l'intensité propre au sport. Encore plus en biathlon, où les scénarios de folie, ce n'est pas ce qui manque. Entre le combat Lou Jeanmonnot - Franziska Preus pour le gros globe de cristal en 2025, la victoire des relais tricolores à Milan Cortina ces derniers jours, les émotions, on n'en manque pas.
- Anthony Chalençon
C'est pour ça que les gens aiment bien regarder ce sport-là à la télé, parce que c'est incroyable. Et quand ça se finit, malheureusement pour nous, ça ne s'est pas bien fini l'année dernière, mais c'est du Hitchcock, il n'y a que le biathlon qui est. Je peux montrer ça, enfin, il y a le sport aussi, mais c'est incroyable. Le sport de haut niveau et le handicap, je pense que les deux sont vraiment des accélérateurs, des choses qui nous permettent de vivre la vie un peu en accéléré et en plus intense. Et c'est ça qui permet de mettre en lumière certaines choses. Je le vois un peu comme ça, je pense que le handicap, on est plus ou moins confronté à des problématiques. et le sport de niveau c'est pareil mais en fait que les gens vivent dans leur vie de tous les jours mais sauf que tu peux le vivre sur une course en une demi-heure des hauts, des bas un tir réussi tu sors, t'es trop content le tir d'après tu fais deux tours, c'est vraiment il faut pas lâcher, il faut recrochiner c'est ce que tout le monde vit dans sa vie ou dans son entreprise
- SUEUR D'ESPOIR
Puis il faut dire que pour ces jeux Anthony pourra compter sur une nouvelle supportrice de taille Merci. Sa fille qu'il a eue après les Jeux de Pékin 2022.
- Anthony Chalençon
Moi, la paternité, ça a changé énormément de choses dans ma vie déjà. Parce que pour moi, on devient un homme le jour où on a un enfant. Je le vois un peu comme ça. Je trouve que c'est vraiment quelque chose qui m'a fait grandir très, très vite et qui ne m'a pas laissé de choix. Ça m'a apporté beaucoup. Et dans ma vie de sportif. Ouais, c'est en fait quand je vais en stage, quand je vais en course, je laisse ma femme, je laisse ma fille à la maison et moi je pars, comment ils disent, qu'il y a un jour, ça dépend. Et en fait, quand je suis sur les skis, du coup, je suis là. Je suis 100% là, je ne suis pas à la moitié, je sais pourquoi je suis là, je sais ce que j'ai sacrifié. Donc ça m'a vraiment donné une responsabilité sur ce que je fais.
- SUEUR D'ESPOIR
Mais avant d'en arriver à l'athlète et l'homme qu'il est aujourd'hui, rien n'était gagné pour Anthony lors de ses débuts. Entre un niveau très loin de celui qu'il a aujourd'hui et une médiatisation du sport paralympique quasi nulle, réussir à se projeter pour en faire son métier nécessitait une sacrée détermination ou une bonne imagination.
- Anthony Chalençon
Comme beaucoup de sportifs de haut niveau, après le bac, je suis allé à l'IUT d'Annecy. Et après, j'ai voulu faire des études de kiné. Mais en fait, on va dire que ça s'entrechoquait trop avec ma pratique du sport de haut niveau. Donc en fait, il a fallu un moment que je fasse un choix. Donc voilà, c'était soit les cours, soit le sport. Donc là, je suis choisi. Donc je suis allé vider mon casier et je suis parti. Et en fait, et surtout, c'est que moi, j'avais commencé par le ski alpin. Et après je me suis mis au ski de fond, mais au début j'avais un niveau vraiment trop faible sur le ski de fond et le biathlon, donc j'ai mis vraiment du temps aussi à revenir, à rattraper le wagon, parce que j'ai la spécificité d'avoir fait mes premiers jeux Vancouver en ski alpin, et après seulement je suis passé au ski de fond. Et du coup en fait je n'avais pas envie de faire autre chose, je me disais de toute façon il va falloir que ça fasse, parce que je ne vois pas ce que j'ai envie de faire d'autre. J'avais envie de faire du sport. Donc je me suis accroché. Et c'est vrai que tous les moments d'autres, je me disais, ouais, mais là, il faudrait que j'arrête, parce que là, c'est pas viable, c'est pas sûr que ça va marcher. Si ça marche pas, qu'est-ce qui va se passer ? Donc voilà, du coup, je me suis accroché là-dessus. J'ai gardé le cap comme j'ai pu. Et c'est vrai que même financièrement, je me rappelle, avant les Jeux de Pyeongchang, j'avais trois comptes, 1000 euros à découvert de chacun. Et un coup, je me rappelle, je fais... Mon premier truc média, on monte dans le Vercors, j'étais avec les journalistes France Télé. Il y a un mec qui m'appelle et il me dit « Ouais, si tu ne payes pas tes bâtons, là, je vais te mettre une mise en heure. » J'ai dit « L'hiver va être long. » Et heureusement, derrière, il y a eu les médailles, j'ai pu avoir les prix. Mais en fait, c'est là où vraiment j'ai pu vivre sereinement un peu plus ma vie d'homme, on va dire, et de sportif de haut niveau. Et puis après, c'est vrai qu'aujourd'hui, avec l'armée, maintenant, c'est... C'est un poids en moins. En fait, c'est tout le temps des trucs où tu as l'impression que tu t'en fous, c'est bon, c'est pas grave, c'est du matériel. En fait, les jours où ce poids s'enlève, tu fais, ouais, c'est quand même mieux comme ça. Parce que c'est vrai que c'est pesant, au bout d'un moment, d'être un peu dans le dur financièrement.
- SUEUR D'ESPOIR
Avec des parents qui ne viennent pas du sport de haut niveau, Anthony découvre l'aspect olympique sur le tard.
- Anthony Chalençon
Alors, moi, je ne connaissais pas l'existence du paralympisme. avant à 14-15 ans. Je faisais du ski alpin avec mes parents à Morzine, comme ça quoi, comme tous les enfants. Sauf que je voyais pas donc c'était un peu plus freestyle. Ça se finissait un peu dans les filets. Mais j'ai vraiment eu la chance que mes parents, et surtout souvent ma mère qui m'emmenait à l'époque, ont vraiment eu le courage en tout cas de me laisser sur les skis et de m'emmener tout le temps. Donc ça, ça a été vraiment une chance et je ne te remercierai jamais ainsi pour ça. Et donc je ne connaissais pas du tout le Neuron-Z. Et en fait, il y a un athlète à Morzine qui a eu un accident de parapente, qui était un skieur alpin avant, qui s'appelle Johan Taberley, qui a organisé les Championnats de France à Morzine. Et du coup, il fallait que je trouve un stage en entreprise. On ne trouvait pas et on a dit qu'à faire le comité d'organisation des Championnats de France. Et c'est là que j'ai découvert le handi. Moi, les premiers Jeux que j'ai regardé à la télé, c'était les jeux de Salt Lake 2002. Il n'y avait que les valides. À aucun moment, on n'entendait parler des Paralympiques. J'étais allé voir sur place, parce que du coup, j'étais déjà un peu rentré dans le système fédéral. On y est un peu les jeunes pour qu'on puisse le voir. J'étais allé voir avec Marie Bochet à l'époque. Et voilà, on avait vu un peu des Jeux Paralympiques parce qu'on était allés là-bas. J'avais vraiment l'esprit de compète. Je regardais déjà beaucoup le sport à l'atelier. J'adorais ça. Donc, ça me faisait rêver. Donc oui, forcément, ça m'a tout de suite attiré. Ski alpin c'est pas, moi je vois pas du tout donc c'est un sport qui est pas qui est pas assez adapté pour mon handicap on va dire il est donc du coup en fait chaque course je suis c'est je tombais j'enfourchais, je loupais une porte voilà il y avait toujours un truc voilà donc du coup j'étais pas à ma place en fait c'est sûr que voilà dans le handi selon le handicap que tu as tu as des sports qui sont plus ou moins adapté à toi ou pas. Et voilà, moi je pense que j'étais pas à la bonne place. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, le ski de fond, c'est un sport où j'arrive beaucoup plus à m'exprimer, à m'épanouir.
- SUEUR D'ESPOIR
Une transition vers le biathlon et le ski de fond, pas évidente au début, mais ça lui plaît énormément. Alors il s'investit à fond et peut compter sur ses coéquipiers et le staff pour traverser ces montagnes russes propres au haut niveau.
- Anthony Chalençon
Ce qui m'a pas mal aidé aussi, c'était aussi la vie de groupe. J'étais content d'aller en stage, content d'aller en course, de passer aussi du temps avec mes potes. Le coach que j'ai aujourd'hui, il me connaît depuis, je crois qu'on s'est connus en 2011. Ça fait 15 ans qu'on est ensemble. Benjamin Daviet, c'est pareil, il est arrivé aussi en même temps que moi. C'est vrai qu'il y a aussi des liens qui se sont créés pendant toutes ces années.
- SUEUR D'ESPOIR
On le sait, l'entourage a un impact énorme dans la performance et dans le quotidien. Comme soutien inconditionnel, Anthony peut compter sur sa femme, qui vient compléter son caractère, parfois un peu tête dans le guidon.
- Anthony Chalençon
Ma femme joue un rôle primordial. C'est la personne avec qui je partage ma vie. Elle voit tout de ce que je fais, de ce que je suis. Elle m'aide beaucoup dans le sens où elle a plus de recul que moi sur beaucoup de choses. Moi, des fois, je suis un peu tête dans le guidon. Je ne me rends pas compte de petites erreurs que je fais ou d'états d'esprit qui ne sont pas forcément les bons. Et elle est tout le temps là pour me ramener, on va dire, un peu sur le droit chemin et me faire poser les bonnes questions. Donc ça, c'est vraiment précieux. J'ai énormément de chance pour ça. Elle me soutient dans les mauvais moments et aussi dans les bons moments. Elle partage tous ces moments de joie avec moi. et puis aussi c'est vrai que voilà de quand tu es parent et que tu as un des deux parents qui s'absente souvent pour son métier c'est vrai que du coup la personne doit prendre le relais tout seul et ça c'est énormément de boulot de charge émotionnelle aussi donc voilà c'est un étudié familial qui est toujours facile à trouver c'est pour ça qu'aujourd'hui j'allège un petit peu mon emploi du temps pour faire que le équilibre familial soit au mieux. Être avec un sportif de haut niveau, il faut être amoureux. Je pense que c'est pas toujours facile. C'est pas une position qui est la plus simple. C'est sûr que c'est quelque chose qui est atypique et en même temps qui est aussi riche pour une famille de pouvoir vivre cette expérience-là et de transmettre aussi ça à ses enfants. Le fait de pouvoir vivre ses rêves, de les accomplir, c'est quelque chose aussi qui est à transmettre à ses enfants. Il y a des valeurs qui me paraissent belles, mais c'est sûr qu'il y a aussi le revers de la médaille, comme on dit.
- SUEUR D'ESPOIR
En tant qu'athlète malvoyant, Anthony a besoin de guides. Quelqu'un qui va l'accompagner durant toute la saison, s'entraîner avec lui et se préparer pour les mêmes échéances. Alors avec autant de temps à passer ensemble, choisir un guide qui nous correspond est primordial. Anthony est guidé par Florian Michelon depuis plus de 4 ans. Une relation qu'il qualifie maintenant d'amitié.
- Anthony Chalençon
C'est pas une tâche évidente, ça c'est sûr. Nous on est beaucoup passé par le réseau en fait, à chaque fois. Donc là par exemple Florian c'est quelqu'un qui m'a été conseillé par Alex Pouillet. qui me guidait avant à l'époque des Jeux de Pékin. Il était coach au comité de Savoie à l'époque. Il me disait, j'ai un athlète qui va arrêter, un biathlète. Je pense qu'il irait bien avec le gros. Je pense qu'il s'entendrait bien avec toi. En tout cas, vous avez quand même des valeurs communes. Il m'a dit, écoute, essaye de voir avec lui parce que ça peut être un bon mec. Souvent, ça se passe un peu... ça se passe un peu comme ça, chaque histoire est un peu différente. Et puis après voilà, donc déjà je trouve que la première fois où déjà tu... Bon on est allé boire un coup, donc il y avait Vincent, mon coach, moi, il y avait Alex aussi du coup, et Florian, et en fait déjà tu vois les questions que le gars il pose. Si ça parle beaucoup d'argent, on a eu des guides qui nous ont parlé tout de suite d'argent. Après, ça pourrait très bien coller avec un autre athlète, mais en tout cas, moi, c'est pas forcément les choses qui me portent. Mais voilà, Florian a tout de suite parlé beaucoup du projet sportif, de l'entraînement, de tout ça. On voyait qu'il avait vraiment envie de faire progresser le truc, d'avoir une vie d'athlète, d'être vraiment investi et pro dans le truc. Donc ça, déjà, les questions, tu vois que la personne est sur la même longue arde. Après, il y a aussi le feeling. Tu fais un stage, tu vois à peu près comment tu t'entends avec la personne, est-ce que ça colle, est-ce que ça ne colle pas. Ça, c'est aussi très important parce qu'on passe, comme tu disais, on passe beaucoup de jours ensemble. On voyage ensemble, on mange ensemble. Les fois, on partage aussi la même chambre. Et il y a aussi sur les skis, comment la personne va gérer les imprévus, les urgences, est-ce qu'elle va être capable d'anticiper, de rester calme, ça aussi je pense que c'est quelque chose qui est assez important.
- SUEUR D'ESPOIR
Dans la famille Michelon, il y a Océane qui a brillé lors de ses premiers Jeux Olympiques il y a quelques jours. Désormais, c'est à la place de son cousin Florian de prendre part à ses premiers Jeux aussi, avec, on l'espère, le même succès. Anthony et Florian, c'est une affaire qui fonctionne plutôt bien. car ils sont devenus ensemble champions du monde de biathlon sur l'individuel en 2024. Alors même s'ils sont attendus au tournant, et que des premiers jeux c'est forcément stressant, Anthony veut lui ôter cette pression, car au final, c'est bien l'athlète qui doit skier et tirer.
- Anthony Chalençon
Je ne pense pas qu'il aura plus de pression que moi, parce que la perte dépend beaucoup de moi, surtout sur le biathlon où c'est moi qui tire. Et puis au niveau de la forme, si moi je ne suis pas en forme, le guide peut faire ce qu'il veut. Ça avance quand même à la vitesse où moi j'avance. Après, c'est sûr que lui, il va avoir de la pression. C'est un événement qu'il ne connaît pas, qu'il va vraiment découvrir. Donc on en parle beaucoup tous les deux. Moi, ça va être mes quatrièmes jeux. Je commence à avoir un peu d'expérience là-dessus. J'essaie de lui faire aussi profiter. Moi, de mes expériences passées, d'arriver aussi à relativiser cet événement-là, parce que je pense que c'est quand même une des clés. Les gains sont beaucoup plus élevés que d'habitude, et on est aussi exposé médiatiquement beaucoup plus que d'habitude. Ça reste une course de ski, c'est pas plus compliqué que le Côte du Monde, et je pense que c'est vraiment un peu la clé du truc à atteindre, et c'est surtout de savoir pourquoi on est là, et en fait de rentrer en étant vraiment fier de nous. Moi, c'est vraiment quelque chose qui m'a porté sur mes jeux, surtout quand j'ai réussi. C'était vraiment de rentrer, d'être fier de moi, d'avoir montré des jolies images, d'avoir pu aussi inspirer les gens. Parce que le paralympisme, ça sert aussi à ça. Inspirer des personnes valides ou des personnes en vie qui regardent ce qu'on fait et qui peuvent s'inspirer de ça. Je trouve que c'est ça aussi la portée des jeux et de ce qu'on fait. Donc je pense qu'il faut aussi arriver à avoir quelque chose de plus grand que notre médaille Amine personnelle. Et puis c'est aussi un événement qu'on vit dans notre vie qui est quand même incroyable. Même si on rentre sans médaille et qu'on n'a pas fait des coups de dingue, on est quand même allé au jeu. C'est aussi ma façon plus personnelle de vivre les choses. Lui le vivra différemment. En tout cas, moi j'essaye de lui parler de ça et puis de tous les à côté. ça se passe, qu'il y a eu le moins de surprises à l'arrivée. C'est aussi que tous les deux, on profite vraiment de cet événement-là.
- SUEUR D'ESPOIR
Si vous ne connaissez pas le parabiathlon, vous devez vous poser pas mal de questions. Pour la partie ski, Anthony est guidé par Florian par le biais de la voie. Comment ça se passe ? Florian skie devant lui et lui indique les changements de direction, les montées, les descentes, etc. Mais vous devez tout de même vous poser une autre question. Comment on tire si on est malvoyant ?
- Anthony Chalençon
Et ouais, ça c'est la question centrale ça. Alors, donc il y a une cara laser. Heureusement on ne tire pas des balles, c'est quand même plus sécuriste. Donc ouais, toujours laser, ça c'est bien. Donc il y a un casque audio qui est relié à la cara. Et ça marche, on va dire, comme un radar de recul d'une voiture. Quand je lève la cara... plus le son se rapproche et devient en fréquence, ça veut dire que je me rapproche de la cible, donc au début ça fait tout tout tout tout comme ça, et après le son devient continu, et après il faut chercher un son très aigu, qui représente le centre de la cible, en fait dès que le son est continu, ça veut pas dire que je suis dans la cible, ça veut dire que je suis autour de la cible, et après en fait c'est des cercles concentriques si on peut dire, et plus tu vas te rapprocher du centre de la cible, et plus t'as un son aigu. Après il faut se souvenir exactement du son qui va bien pour pouvoir faire le lâcher. C'est vraiment un son que je connais par cœur. Et en fait, des fois quand je fais tirer des autres gens, il y a la possibilité de brancher deux casques. Donc la personne qui va tirer a son casque et moi comme ça je peux écouter ce qu'elle fait. En fait si le mec il se met dans la cible... En fait, je fais pas attention, mais je dois m'en appeler. Nous, il y a juste un truc, c'est qu'on n'a pas le paramètre vent à gérer. S'il y a des grosses rafales, forcément, ça va pousser la cara, il faut faire attention. Mais en tout cas, il n'y a pas l'histoire des clics ou de la contrevisée. Mais voilà, sinon, après, ça ressemble quand même à une tire d'avide. Il faut bien respirer, l'approche mentale est la même. Le lâcher, il faut être doux avec le doigt, sinon ça fait bouger la cara. tu es à côté de la cible, il y a quand même beaucoup de similitudes qui se retrouvent entre les deux. C'est ça qui fait la beauté du biathlone, le switch entre le ski où tu es à bloc et après le calme du tir. Et puis chacun a ses approches, il y a des gens qui sont plus instinctifs, des gens qui sont plus rigoureux dans la technique, chacun a son truc et doit aussi trouver son style. Je ne détiens pas la vérité, j'en sais rien. Je dirais que c'est plus, moi j'ai besoin de plus d'instinct. J'arrive au tiers d'être, on va dire, un peu plus dans mon corps et vraiment être présent. Et pas trop penser à ce que j'ai à faire, mais en tout cas de faire quoi. En fait, voilà, mon corps sait faire, ma tête sait faire. Et si je rajoute des pensées parasites, des choses qui me disent, il faut faire ci, il faut faire ça. Généralement, c'est là où il y a un petit grand sable qui se met et ça coince un peu la machine. Je le vois comme ça. En tout cas, je vise vraiment d'être beaucoup plus dans l'instinct et de me laisser faire les choses.
- SUEUR D'ESPOIR
Des souvenirs, il en a tissé un paquet. Entre son premier titre de champion du monde, sa première médaille olympique et sa première médaille d'or en 2018 qui lui a valu la Légion d'honneur. Dur d'en choisir un seul.
- Anthony Chalençon
En fait, quand on est médaillé d'or au jeu, que ce soit olympique ou paralympique, on est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Donc j'avais été reçu à l'Élysée, c'est le président Macron qui l'avait remis l'insigne de la Légion d'honneur. Donc ouais, c'était un chouette moment. Alors des moments, il y en a des milliers. Forcément, les deux médailles de Pyeongchang, donc le bronze, sur le billetement individuel avec le 20, ça c'était vraiment un super moment. Je sortais en plus d'une saison cata au tir. Donc là, ce jour-là, je suis arrivé un peu à me retaper sur les jeux. Je fais 17 sur 20 à la course avant lundi. J'arrive à tirer à 20 à lundi, mais je ne sais pas comment j'ai fait. Aujourd'hui, je ne suis toujours pas. Et du coup, ça a fait médaille de bronze. Donc ça, c'était vraiment incroyable, inattendu et vraiment une jolie récompense. Sur ces mêmes jeux, on a fait aussi la médaille d'or avec le relais. On était double champion du monde en titre, plutôt attendu sur cette course-là. Donc vraiment un gros soulagement et un gros partage collectif. Je pense que ça c'est vraiment le plus beau souvenir aujourd'hui de ma carrière. Parce que c'est l'or et parce que c'était collectif. Après il y a plein de bons moments, on a été aussi champion du monde avec Florian au Canada. l'année où ma fille est née, donc du coup voilà, pas des grosses mies, enfin voilà. Une année un peu compliquée, beaucoup malade parce qu'elle m'a ramené un peu toutes les petites récompenses de la crèche, tout ça. Et voilà, je vais au mondiaux, je fais trois médailles, dont une en or, donc ça c'était vraiment un joli accomplissement aussi.
- SUEUR D'ESPOIR
A l'heure de faire le bilan, Anthony est conscient du chemin parcouru. Chaque année, le sport paralympique prend un peu plus de place dans la scène médiatique et attire de plus en plus de spectateurs. Les perspectives pour vivre de sa pratique sont beaucoup moins floues qu'auparavant et ça, c'est un super changement.
- Anthony Chalençon
Moi, je suis vieux. J'ai commencé il y a longtemps. Le gap, il est cinglé. Franchement, entre le début de ma carrière et ce qu'on a aujourd'hui en termes de moyens qui sont à notre disposition, On a l'armée de champions qui suit quand même 4 à tête dans le Léandry hiver. Voilà, c'est quand même aussi des moyens qu'on n'avait pas du tout au début. Et médiatiquement, aujourd'hui, on est diffusé en direct sur France TV. Il y a des plateaux, il y a des sujets qui sont faits sur nous. Ça, c'était des choses qu'il n'y avait pas du tout avant, donc c'est quelque chose qui change. Et c'est vrai qu'au fur et à mesure du temps, on parle d'athlètes. on parle de performance et ça je trouve que c'est cool je trouve que c'est bien aussi de balayer les parcours de vie différents de tous les athlètes il y a quand même vraiment des gens qui ont des histoires incroyables et qui du coup pour revenir à ce que je disais avant c'est très inspirant pour les gens donc ça je trouve qu'il y a vraiment des choses qui sont intéressantes à traiter médiatiquement et plus ça va et plus les médias font donc ça c'est tant mieux qu'en nouvel Merci.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour autant, l'objectif n'est pas de masquer le handicap, bien au contraire, cette différence est une vraie force à montrer.
- Anthony Chalençon
Il faut qu'il y ait toujours une différence quand même. Le paralympisme a des spécificités, a ses forces. Le handicap en est une aussi. Le handicap, on en parlera toujours parce que de toute façon, ça fait partie de notre vie et on n'a pas à le cacher, à l'aseptiser. Il faut en parler parce qu'il y a des gens aussi qui ont des proches. qui sont handis et qui regardent aussi le parapsisme pour ça. Combien il y a de parents qui vont regarder, qui ont des enfants handis, qui se disent « Mais qu'est-ce qu'il va bien pouvoir faire de sa vie, mon petit ? Il est aveugle et tout. Il voit un mec qui fait du biathlon, qui s'éclate et tout. Il se dit « Bah ouais, c'est cool en fait, il y a plein de choses à faire. » Ça, c'est synonyme d'espoir. Et moi, je trouve que c'est super. Il y a plusieurs années, j'avais fait un peu l'étape du Tour. Je l'avais fait en tandem. Ça arrivait à Morzine. C'est ma station, donc ils m'ont filé un dossard. En fait, col de la Rama et tout. Je croise des parents qui avaient un enfant handi. Il me dit, en fait, quand on regarde là ce que tu fais, ça nous donne beaucoup d'espoir.
- SUEUR D'ESPOIR
Alors, une fois qu'il aura raccroché la compétition, il veut continuer à inspirer autrement.
- Anthony Chalençon
C'est sûr que moi, j'approche de ma fin de carrière. ça va être mes derniers Jeux. Je vais faire encore un an derrière pour organiser la transition. Donc c'est vrai que je pense que plus on se rapproche de la fin, et plus on a besoin de laisser des traces, de transmettre des choses, et de ne pas laisser que forcément des médailles derrière nous. En tout cas voilà, c'est un peu comme ça que je le ressens aujourd'hui. C'est vrai que les choses changent. Moi, je commence déjà maintenant à préparer ma reconversion. J'ai créé une entreprise qui s'appelle Team En Or. Et du coup, je commence un peu à vendre des conférences. On a pas mal de projets aussi pour travailler avec les entreprises où moi, je vais pouvoir aussi transmettre certaines choses que j'ai pu apprendre avec ma carrière de sportive de haut niveau. Parce qu'il y a des... parallèles à faire avec les entreprises. J'ai envie de faire des activités dans le noir, des choses comme ça qui peuvent être super intéressantes. J'ai plein de projets. Je fais cette entreprise-là avec ma femme qui a une casquette plus business et entreprise, qui a vraiment cette connaissance de ce milieu-là que moi, je n'ai pas. Petit à petit, ça me porte aussi de plus en plus ce projet annexe au sport et aussi de vivre toutes ces aventures-là pour pouvoir après les retransmettre aux gens que j'aurai en face de moi dans ma carrière d'après.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour cette Olympiade, Anthony a de l'expérience sur laquelle se rapprocher. Même s'il veut rendre la meilleure copie possible, il sait que trop penser aux résultats peut nous faire s'en éloigner de Jérusalem. Un équilibre à trouver qui n'est jamais évident.
- Anthony Chalençon
Le plaisir est primordial. Et il y a aussi le fait de penser trop aux résultats. éloigne on va dire les résultats c'est si je pense qu'à ça Ça arrive avec une pression de taré sur la piste. Mais ça, de penser au résultat, c'est de me dire que je me prends tout le temps. Je me suis pris cet hiver. C'est des choses qui sont là et c'est un équilibre qui est très dur à trouver et qu'il faut être vigilant tous les jours et jamais lâcher parce que c'est vrai que il y a des enjeux, il y a beaucoup de choses. Donc forcément, d'arriver à se détacher et de faire... Parce qu'on sait faire de mieux tranquillement, c'est vraiment un défi de tous les instants.
- SUEUR D'ESPOIR
Se sentir bien dans son corps, bien dans sa peau, ce sont les choses qu'Anthony a appris à développer au fur et à mesure des années. Combiné à des outils de préparation mentale, il arrive à mieux absorber le stress et se sentir pleinement dans l'instant.
- Anthony Chalençon
Au fur et à mesure de ma carrière, je me suis rendu compte que la préparation mentale, c'était une chose. C'est vrai qu'il y a des outils qui sont puissants. qui permettent de mettre en place des choses pour accéder à la performance qui sont très utiles, mais je pense qu'il n'y a pas que ça dans la dimension, en tout cas mentale, de la performance. Je pense que comment on se sent dans la vie de tous les jours, la perception que j'ai de moi-même, tout ça, c'est aussi des choses qui se retrouvent automatiquement sur la piste et qui nous permettent d'arriver dans un bon état d'esprit. Et voilà, je pense qu'en tout cas pour l'instant, en ce moment pour moi c'est vraiment ça que je privilégie, c'est d'être bien dans ma vie de tous les jours et voilà, si j'arrive sur les courses en étant bien, du coup ça découle.
- SUEUR D'ESPOIR
Comme message qu'Anthony souhaite transmettre, il y a celui de croire en ses rêves et de ne jamais abandonner. Car s'il y a bien une chose que sa carrière lui a démontré, c'est que dans la vie, tout est possible.
- Anthony Chalençon
Je pense qu'au cours de ma carrière, j'ai vécu des hauts, des bas. J'ai toujours continué à me battre quoi qu'il arrive. Et je n'ai jamais arrêté d'essayer. Et ça, je pense que c'est un message qui me paraît important. C'est aussi normal d'avoir des bas, de les accepter, d'en tirer les conséquences et de continuer à avancer quoi qu'il arrive. Donc voilà, c'est quelque chose que... qui me porte et sur lesquels j'ai pu vivre des choses. Donc j'espère que j'arriverai à apporter quelque chose par rapport à ça. Cette année, tu sais, Jimmy Gressier, il gagne le 10 000, tu sais, aux championnats du monde d'athlètes. Je vois une interview de lui juste avant le 5000, là, où il dit mais en fait, en fait, je me rends compte que tout est possible. J'y suis arrivé là, ce coup là, et en fait, bah ouais, en fait, si moi j'y arrive, tout le monde peut y arriver. Enfin, c'était un peu ça son discours et tout. Et c'est exactement ce que j'ai ressenti après ma première médaille d'or au Mondiaux. Je ne pensais pas que je serais capable de faire ça un jour. Et je me suis dit, si là, je suis arrivé à faire ça, je peux faire tout ce que je veux. En fait, tout est possible dans le sport. Et ça, c'est un truc, des fois, que j'aime bien me rappeler, tu vois, quand ça va un peu moins bien et tout. Et je me dis, ouais, en fait, tout le monde peut gagner. Tout le monde peut faire plein de choses dans le sport. À chaque course, ça se remet à zéro. Rien n'est perdu et rien n'est gagné.
- SUEUR D'ESPOIR
Vendredi 6 mars marquera l'ouverture des Jeux paralympiques de Milan Cortina. Un retour en Europe qui va permettre au public français d'être présent en nombre et de donner la force et l'énergie nécessaires à nos athlètes français pour briller. Le sport est la seule chose capable de rassembler des nations du monde entier. Alors pour ces Jeux de Milan-Cortina, paralympiques ou pas, je compte sur vous pour donner à tous ces athlètes le maximum de votre voix. C'est la fin de cet épisode, j'espère qu'il vous aura plu. Abonnez-vous si c'est le cas et pensez à mettre 5 étoiles au podcast si vous aussi vous voulez voir Anthony briller pour sa dernière Olympiade. Merci pour votre écoute, c'était Sueur d'Espoir, à bientôt.