- Brice DELVAL
J'ai passé beaucoup d'années où j'ai mis de côté ma jeunesse. C'est juste que je vis d'autres trucs que la boxe. Mon combat pour la ceinture du one championship, quand j'avais 19 ans, à ce moment-là, c'était l'époque où je commençais à en avoir un peu marre. Je faisais ça depuis mes 14 ans, je boxais tous les week-ends, je boxais tout le temps. J'ai relâché un peu le pied sur l'entraînement et je pense que ça m'a coûté la victoire. Et à partir de ce moment-là, après le Covid, je n'ai pas repris l'entraînement et puis après, j'ai totalement arrêté. J'étais en train de monter les escaliers de chez moi et j'étais essoufflé. Il y avait quatre étages à monter, j'étais essoufflé comme pas possible. Je me suis dit, mais qu'est-ce que je fais ? Je me suis dit, vraiment, qu'est-ce que je fais ? J'ai 24 ans, je fais 120 kilos. À l'époque, je partais dans le monde entier boxé à droite à gauche. Mais là, je me retrouve comme ça. Je travaille tous les jours. Je déteste faire ce que je fais. Je me dis, je ne peux pas finir ma vie comme ça.
- SUEUR D'ESPOIR
Bienvenue dans le podcast Sueur d'espoir. Ici, pas d'interview, pas de questions. Écoutez un format narratif dans lequel les meilleurs athlètes vous raconteront leur parcours et les défis qu'ils rencontrent au quotidien. Le sport de haut niveau, comme si vous y étiez. Je suis Martin Gauthier et je vous souhaite un bon épisode.
- Journaliste 1
On s'intéresse maintenant à un phénomène, une pratique qui explose en France, les arts martiaux mixtes ou MMA.
- Journaliste 2
Longtemps interdit, il est désormais en plein essor. Les salles sont de plus en plus nombreuses.
- SUEUR D'ESPOIR
De plus en plus, le MMA prend de la place dans l'espace médiatique en France. Ça a commencé d'abord par les premiers combattants français assignés à l'UFC, organisation la plus prestigieuse pour le MMA, puis par l'arrivée des premiers combats en France en 2020, après 25 ans d'interdiction. Mais si le MMA et l'UFC font beaucoup parler d'eux en Europe et aux Etats-Unis, en Asie, il existe un autre mastodonte. Le One Championship qui rassemble plusieurs sports de combat, dont le Muay Thai. Le Muay Thai, c'est le sport national en Thaïlande. Une fois sur le ring, pied, poing, coude, genou, tout est autorisé. L'engouement là-bas est immense. Et nombreux sont les jeunes Thaïlandais à rêver des plus grands stadiums comme le Raja ou le Lumpinee. Mais pour ça, il faut atteindre Bangkok, la capitale, là où tout se passe. Imaginez-vous, Bangkok, un soir de décembre. Des dizaines de milliers de personnes sont dans les rues pour célébrer l'anniversaire du roi, et au milieu de la foule, un rime. Chaque année, en l'honneur du souverain, des dizaines de combats s'enchaînent en plein air, provoquant la folie de parieurs. Cette atmosphère si particulière, en se vacarmant sur du sang mélangé aux cérémonies à connotation religieuse, fait du Muay Thai un art qui dépasse le rire. Et en Europe, plusieurs athlètes sont partis à la quête de ses ceintures afin de marquer l'histoire et figurer parmi les meilleurs Nakmuay. Aujourd'hui, Brice Delval raconte son parcours qui l'a mené des campagnes thaïlandaises jusqu'à la ceinture du Lumpinee. Après avoir un temps stoppé sa carrière, il a fait son retour avec comme objectif de partir à la conquête du One Championship en boxe thaï et en kickboxing. Bon épisode !
- Brice DELVAL
En fait, je suis parti en Thaïlande pour m'entraîner de base. Je suis parti avec mon père et quelques personnes du club. Et de base, je ne devais pas boxer. Je me suis entraîné, j'ai fait une semaine, deux semaines d'entraînement. Et à la fin des deux semaines, on m'a proposé. J'étais jeune, j'avais envie d'essayer. Et puis, je me suis dit, vas-y, j'ai dit à mon père, j'ai envie de le faire. Et finalement, j'ai fait mon premier combat, ça s'est bien passé. Et j'ai kiffé, j'ai aimé ça.
- SUEUR D'ESPOIR
Il faut dire que Brice fait ses premiers combats en Thaïlande à 12 ans. En France, le plein contact n'est pas... pas autorisé à cet âge-là. Alors il faut voyager pour s'entraîner et se frotter au meilleur de sa discipline.
- Brice DELVAL
Ça m'a changé parce qu'en France, il n'y avait pas de contact. Sans contact, il ne fallait pas frapper fort. Quand tu as 12 ans, 13 ans, tu ne vas pas mettre ton adversaire KO en général. Il va vous frapper, mais ce n'est pas non plus quelque chose de dangereux où tu vas te casser un truc. C'est très rare que ça arrive. Même chez les jeunes, tous les pays en Europe faisaient du plein contact. Il n'y a qu'en France où on ne pouvait pas appuyer nos coups. Depuis pas longtemps maintenant, c'est mieux. Les jeunes peuvent plus s'exprimer sur le ring. Mais pendant très longtemps, c'était un peu compliqué. On ne pouvait pas s'exprimer. Dès qu'on mettait un petit coup un peu trop fort, ça stoppait le combat. Ça nous mettait des avertissements. C'était un peu compliqué. Mais là, ça commence à être un peu mieux. Mais comparé à la Belgique où dès l'âge de 8 ans, ils font du plein contact. Avec les protections bien sûr, mais quand même du plein contact. C'est vrai que quand nous on partait avec mes amis du club en Belgique, en Angleterre, en fait on ne boxait que là-bas, on ne boxait plus en France. À un certain moment, à partir de mes 14 ans, j'ai arrêté de boxer en France. Et on partait tous les week-ends en Belgique, en Angleterre, en Italie, et on boxait un peu partout en Europe. Parce qu'en France, comme je l'ai dit, c'était un peu compliqué de pouvoir s'exprimer sur le ring.
- SUEUR D'ESPOIR
Sur son île de la Réunion, Brice regarde du Muay Thai dès que possible. Il est fan de ce sport et il sait déjà ce qui le fait rêver. connaître Bangkok et les grands stadiums. Mais au départ, les premiers combats pour se faire un nom se passent plutôt dans les campagnes thaïlandaises, loin de tout le bois de la capitale.
- Brice DELVAL
Les enfants se forment à la campagne, ils font énormément de combats et ils... Ils prennent de l'expérience. Une fois qu'ils se sentent prêts, ils viennent à Bangkok. Et à Bangkok, ils commencent à boxer dans les stadiums comme Omnoi Stadium, Raja ou le Lumpinee. Et puis, c'est à ce moment-là où ils commencent à monter dans le rang. Et une fois que tu es bien placé dans le rang, peut-être que J.I. va pouvoir boxer pour la ceinture ou pour le titre. Quand j'étais plus jeune, ce que je voulais le plus, c'était pouvoir boxer au Lumpinee Stadium. Prendre la ceinture, peut-être. C'était mon rêve quand j'étais enfant. Vraiment, ce titre, c'était vraiment quelque chose de rêvé pour tous les boxeurs de boxe thaï. À cette époque-là, quand j'étais jeune, c'était vraiment le gras. Tu ne pouvais pas rêver mieux. Et j'en rêvais quand j'étais petit. Donc, quand je partais en Thaïlande et que je boxais, j'avais ça en tête. Pouvoir boxer, intégrer le Lumpinee Stadium et monter dans le rang afin de pouvoir disputer la ceinture un jour.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour Brice, cette passion pour les sports de combat, elle commence d'abord par une... hyperactivité débordante qui oblige son père, fan de boxe, à le mettre au kickboxing. Il est fan et un jour, son club à La Réunion propose un voyage pour un camp d'entraînement en Thaïlande. Là-bas, il y découvre le vrai monde de la boxe thaï.
- Brice DELVAL
Quand j'étais petit, j'étais passionné, donc je regardais énormément de vidéos sur la Thaïlande, vu que ça vient de là-bas. Et je voyais les jeunes s'entraîner et ça m'a vraiment donné envie. Puis un jour, mon club avait organisé un voyage. Et j'ai dit qu'il fallait que j'y aille. J'ai essayé de trouver des sponsors. Chez moi, j'ai démarché un peu les boulangeries et tout. Et du coup, j'ai réussi à avoir un peu d'argent. Et puis, je suis parti comme ça. Et puis, ça s'est fait naturellement après là-bas. Tu allais vraiment en camp d'entraînement, entraînement deux fois par jour, comme les Thaïs. Je voulais me mettre en immersion, je dormais avec eux. C'était vraiment le but du voyage, c'était de se mettre à la dure avec les Thaïs et s'entraîner comme un professionnel. Quand tu es jeune en Thaïlande, c'est plus les combats à la campagne. Et dans la campagne, il y a plein de petits stadiums où les jeunes se forment à boxer. Ils boxent toutes les semaines régulièrement. Et c'était un petit stadium à la campagne. J'y suis allé. En fait, il n'y a même pas de pesée ou quoi. On se met à côté d'un autre petit. On regarde la taille, le gabarit. Et si c'est bon, allez-y, vous montez sur le ring et vous boxez. C'est vraiment pour l'expérience de me dire que je l'ai fait. Je suis parti en Thaïlande, j'ai boxé. Même quand je suis revenu, j'étais plus confiant. J'avais plus confiance en moi. C'était vraiment une étape qui m'a permis de me projeter vers l'avenir pour ce sport. Parce que je n'étais pas encore sûr si je voulais faire ça vraiment. Et après ce voyage, j'étais persuadé que c'était ça qu'il fallait que je fasse toute ma vie. Pratiquement tous les jours, il y a des combats de boxe. Chaque jour, il y a des combats de boxe. Donc chaque jour, tu peux boxer. Mais là-bas, comme je te dis, les jeunes, ils boxent toutes les semaines. Tous les week-ends, ils boxent. Ils entraînent toute la semaine et tous les week-ends, ils vont boxer. Quand tu es jeune.
- SUEUR D'ESPOIR
Puis sa famille et lui doivent rejoindre la métropole. Ils déménagent en Ile-de-France et pour Brice, Paris signifie Mahmoudi Gym. La salle la plus connue et renommée en France en Muay Thai. Alors sa mère appelle le coach, amène Brice et de là commence l'histoire.
- Brice DELVAL
Je suis entré pour se rapprocher un peu de la famille. Et moi j'avais déjà vu sur internet Elias, Mahmoudi, un jeune qui s'appelle aussi Tafaray. Il était parti faire les championnats du monde avec moi et tout. Je me suis dit, mais attends, moi aussi j'ai envie de faire ça, j'ai envie de partir voyager un peu partout. Il était boxé aux Etats-Unis, il est boxé partout. Et du coup, comme j'étais en région parisienne, je me suis dit, je vais essayer d'aller dans ce club. Je suis allé dans ce club, j'ai fait les championnats de France avec eux. Et deux semaines après, j'étais déjà en route pour partir en Angleterre pour faire mon premier combat, mon premier contact en Europe. Donc après, à partir de ce moment-là, j'ai pu lâcher le club et je suis resté là-bas. Pour moi, Mouzidoum, quand on était plus jeune, c'était chaque vacances, deux entraînements par jour. On s'entraînait vraiment à la professionnelle. Et même en temps normal, en général, on essayait de s'entraîner le plus possible. En fait, on était un bon petit groupe de jeunes. Ce qui m'a plu aussi au Mahmoudi Gym, c'est qu'à l'époque, il y avait énormément de jeunes. Entre 14 à 17 ans, il y avait une dizaine de jeunes. Et on partait tous les week-ends partir boxer partout en Europe. On était jeunes, on kiffait, on voyageait, on allait boxer. C'était cool. J'ai arrêté l'école assez jeune, j'ai fait jusqu'en 6ème normal, ensuite j'ai fait le CNEB, j'étais à la maison jusqu'à mes 16 ans et après j'ai un peu décroché parce que c'était pas trop mon truc l'école. Mais ouais, on était tous à l'école, donc on jonglait un peu entre l'entraînement et l'école et c'était tous les soirs, 2 à 3 heures d'entraînement chaque soir. de 18h à 20h, 21h, mais ça nous plaisait donc c'est naturel de le faire. Mes entraîneurs je les considère plus comme mes oncles parce qu'ils ont toujours été là pour moi, ils m'ont vu grandir donc je les considère un peu comme mes oncles. C'est plus profond qu'un entraîneur, on a toujours été ensemble, voyagé partout dans le monde donc forcément ça crée des liens et mes entraîneurs c'est vraiment des personnes bien.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour Brice, la route commence donc là-bas à la Mahmoudi Gym avec une équipe de jeunes de choc. Il y enchaîne qu'en entraînement et combat et ça lui réussit plutôt bien. Car en effet, dès l'âge de 15 ans, Brice devient double champion du monde junior, avant de connaître son premier titre de champion du monde professionnel. C'était la ceinture du tournoi S1, un tournoi qui rassemble les meilleurs combattants du monde entier en moins de 72 kg. Nous sommes alors le 12 août 2016, un jour important à Thailand, car c'est l'anniversaire de la reine. Ce jour-là, Brice le sait, il vient de s'ouvrir de belles portes.
- Brice DELVAL
J'ai eu de la chance, mes parents m'ont toujours souvenu... dans mes décisions de vouloir faire de ce sport mon métier. Ils ont toujours été derrière moi, ils m'ont toujours accompagné. Franchement, je pense que j'ai eu de la chance. Je pense que ce n'est pas pareil chez tous les parents. Mais pour le coup, j'ai vraiment eu beaucoup de chance que mes parents me soutiennent et soient derrière moi à fond. Ils ont toujours été là et ils m'ont toujours soutenu. Donc, je les remercie infiniment pour ça. C'est vrai que je peux comprendre que ça puisse faire peur à d'autres parents, mais les miens, ils ont toujours eu confiance en moi et ils m'ont toujours dit « vas, fonce» . Fais ce que tu as envie de faire et puis tu verras bien toute ma famille mes frères, mes soeurs tout le monde sont vraiment contents que je fasse ça et puis surtout mes petits frères ils suivent à fond les sports de combat donc ils kiffent avant mon père il venait souvent voir mes combats ma mère un peu moins et maintenant ma mère elle ne peut plus regarder mes combats elle se fait un peu âgée et je ne préfère pas qu'elle regarde ça lui met trop de pression Un peu trop de stress. Donc elle ne regarde pas. C'est mes frères qui lui disent le résultat.
- SUEUR D'ESPOIR
Deux ans plus tard, nous sommes alors en 2018. Brice a 19 ans et déjà 35 combats pro au compteur pour 32 victoires. Un bilan incroyable. On lui propose alors un combat qui peut changer sa vie. Un combat pour la ceinture des moins de 66 kilos dans la plus grosse organisation mondiale de Muay Thai, le One Championship. Et pour gagner cette ceinture de champion du monde, Il devra combattre contre la superstar Nong O, champion antique. Au terme d'un énorme combat, Nong O est finalement déclaré vainqueur sur décision partagée des Juniors. Une défaite qui ne s'est jouée à rien, mais qui sera lourde de conséquences pour Brice.
- Brice DELVAL
C'était mon combat pour la ceinture du One. Contre Nong O quand j'avais 19 ans. J'ai poussé pour la ceinture d'organisation, mais je pense que c'est un peu de ma faute. À ce moment-là, c'était l'époque où je commençais à en avoir un peu marre, on va dire, du sport. Parce que je faisais ça depuis mes 14 ans, je boxais tous les week-ends, je boxais tout le temps. Donc à un moment donné, j'ai saturé et j'ai relâché un peu le pied sur l'entraînement. Et je pense que ça m'a coûté la victoire. Mais après, tout ça fait partie du parcours. Et puis, je me dis que c'est un bien pour un mal. Au final, j'ai arrêté. Et puis, en revenant, je savais vraiment ce que je voulais. Et maintenant, je suis plus déterminé que jamais. L'année de mes 17 ans, où j'ai beau Mathias Gallo-Casserino, j'ai dû boxer une vingtaine de fois dans l'année. Pratiquement que des combats professionnels. Comme je l'ai dit, à 19 ans, j'avais déjà pratiquement 35 combats professionnels. Donc tu vois j'avais déjà une petite carrière bien solide. Et c'est vrai que les gens ne s'en rendent peut-être pas compte parce qu'il n'y a pas tous mes combats sur internet. Mais j'ai une clé USB chez moi où j'ai tous mes combats. Et j'ai énormément de combats et j'ai vraiment enchaîné les combats les deux dernières années avant le titre du One. Ce qui m'a vraiment un peu, on va dire, pas dégoûté mais je n'en pouvais plus. Il fallait que je stoppe. Je ne savais vraiment plus ce que je voulais faire. à ce moment là c'était compliqué j'étais vraiment il fallait que je m'éloigne du fort j'ai passé beaucoup d'années où ou en fait j'ai mis de côté clairement ma jeunesse on me donnait en fait les jusques que je vive je vis d'autres trucs que la boxe c'est pour ça que j'ai eu un moment donné dans la vie je me suis dit ça y est je fais que ça j'en peux plus je m'arrête il le co vide après et mon combat condenant au... Et à partir de ce moment-là, après le Covid, je n'ai pas repris l'entraînement et puis après j'ai totalement arrêté.
- SUEUR D'ESPOIR
Ce qu'il faut savoir, c'est que les camps d'entraînement en Thaïlande sont durs. Avec beaucoup de kilomètres de course à pied, beaucoup de cardio, beaucoup de combats, des camps avec une rigueur qui met l'organisme à rude épreuve.
- Brice DELVAL
Chaque matin 10 kilomètres et 5 kilomètres l'après-midi, donc 15 kilomètres par jour. Si tu fais ça 6 jours, tu t'aides. C'est énorme quoi. C'est pas bon en fait. Si t'as les roundbox après tout, c'est pas vraiment quelque chose de... Faut pas faire que ça. Je fais maintenant, je cours un peu moins. Je cours quand même deux fois par jour, mais 5 km, 5 km. Je fais 10 km par jour. C'est pour ça que je pense qu'il y a beaucoup de Thaïlandais qui arrêtent leur carrière très jeune. C'est parce que c'est très dur pour eux de faire ça jusqu'à... Je ne sais pas quel âge. Ils commencent à l'âge de 8 ans et ils font ça jusqu'à 25, 26 ans tous les jours, chaque jour, chaque semaine, sans repos, sans rien. Je pense que c'est pour ça qu'eux aussi, il y a beaucoup de Thaïlandais qui arrêtent très jeune leur carrière. C'est vrai qu'en MMA, il y a énormément de personnes... les gens durent plus longtemps qu'en boxe thaï parce qu'en boxe thaï il y en a quelques uns par exemple Sam Ha qui a 41 ans qui est toujours au top du top au one Nong O qui a actuellement 38 ans donc il y en a quelques uns qui tiennent mais c'est vrai qu'en thaïlande il y a tellement de jeunes qui arrivent tellement de thaïs qui font ça que très rapidement ceux qui sont en haut se font remplacer par la nouvelle génération qui arrive
- SUEUR D'ESPOIR
Qu'en est-il de la pression avant de rentrer sur le ring, quand ça fait des mois que l'on se prépare et que chaque défaite est un grand pas en arrière vers l'accomplissement de son rêve ?
- Brice DELVAL
Il y a toujours mon entraîneur avec moi. Toujours lui avec moi. Il est toujours là dans ce moment-là. Et c'est vrai que pour moi, c'est le seul moment où il y a un peu de stress. C'est juste avant de rentrer sur le ring. Tu es là, tu te dis bon, ça y est, c'est le moment. Tu t'es préparé 3-4 mois à l'avance pour ce combat. Tu te dis, ça y est, il faut que j'y aille, il faut que je monte. Et c'est le petit moment de stress, 5 minutes de stress. Et une fois que tu es sur le ring, tout part. Tu disparais et puis tu rentres dedans. Et puis après, tu ne penses plus. Moi, quand je suis sur le ring, en tout cas, je ne pense plus à rien. Je suis vraiment dedans. Et tout ce qui se passe autour, il n'y a plus rien. Même le public, je n'entends pas. Il n'y a que la voix de mon entraîneur à chaque fois que j'entends. Sinon, tout le reste, ça disparaît en fait. C'est comme si tu rentrais dans une bulle. ça y est pendant 15 minutes t'es dedans et y'a plus rien qui se passe autour c'est quand même une sensation incroyable et je pense que c'est une des sensations que je kiffe le plus au moment où tu descends du ring, moi en général j'ai absolument aucun souvenir de ce qui s'est passé sur le ring c'est vraiment en re-regardant le combat que je me dis ah ouais putain il s'est passé ça là mais sinon quand je descends du ring j'ai oublié trois quarts du combat je sais plus trop ce qui s'est passé, je sais qu'on a boxé et tout mais y'a beaucoup de choses que j'oublie en fait Parce que ça se passe tellement vite sur le ring, il faut que je re-regarde mon combat pour me rappeler un peu de ce qui s'est passé. Je ne me suis jamais trop mis la pression sur la défaite, pour moi c'est la partie du sport. Donc si je perds, je vais être un peu déçu au début, mais après tu as toujours les gens qui sont là autour de toi pour te dire « c'est bon, c'est pas grave, ça arrive, c'est le sport » . Et puis après on sort, on va manger, et puis je finis par oublier. Vraiment, je ne regarde jamais les combats de mes adversaires. Je laisse ça à mon entraîneur, parce que je n'aime pas faire ça, regarder les combats. Après, tu te mets dans la tête, je vais faire ça, je vais faire ça. Et au final, ça ne se passe jamais comme ce que tu t'imagines. Donc, je ne regarde pas, mais je laisse mon entraîneur me dire ce que je dois travailler, sur quoi je dois travailler. Et quand je monte, je lui fais totalement confiance. Et puis, je boxe comme je sais boxer avec ces conseils qu'il m'a donnés juste avant.
- SUEUR D'ESPOIR
Sur le ring, tout paraît aller si vite que je me suis souvent demandé si on peut vraiment mettre en place des stratégies. Je me suis d'ailleurs toujours posé la question du rôle du coach dans le coin du ring. Car avec des ambiances dans lesquelles on n'entend rien et la fatigue du combat, est-ce qu'on en arrive vraiment à intégrer ce que dit le coach pendant le combat ?
- Brice DELVAL
Des fois, tu es en train de boxer et il va te dire « sort ton high kick » . Comme chez lui, je l'entends très bien en trainant, c'est une des seules personnes que quand je suis sur le ring, j'entends ce qu'il me dit, directement j'ai ma jambe qui va monter automatiquement. Un peu comme s'il me contrôlait. avec une manette ou quoi mais c'est ça son rôle c'est d'analyser et de voir ce que moi je ne peux pas voir quand je suis sur le ring quand je suis dedans je suis dedans et je n'ai pas le temps de me dire ah je vais faire ça à ce moment là ah je vais faire ça à ce moment là et vraiment ça sort naturellement et puis si ce qu'on a travaillé à l'entraînement je vois que c'est possible de le mettre genre ça va sortir instinctivement ça ne va pas être ah j'ai vu ça je vais le faire c'est vraiment à l'instinct genre il faut le travailler plusieurs fois à l'entraînement pour que ça ressorte après sur le ring naturellement.
- SUEUR D'ESPOIR
Dans les sports de combat, il y a une chose qui amène à des scènes parfois difficiles à comprendre, c'est le cutting. Chaque combattant combat dans une certaine catégorie de poids strict. Ainsi, le cutting consiste à perdre beaucoup d'eau juste avant la pesée afin d'attendre le bon poids et ainsi pouvoir se retrouver le lendemain pour le combat avec 5 à 10 kg de plus, ce qui représente un net avantage en termes de force dans les coups donnés. Sauf que certains cuttings sont poussés à l'extrême et laissent parfois avec des scènes où les combattants s'évanouissent à la pesée car l'organisme n'a pas suivi ce changement extrême.
- Brice DELVAL
Moi, quand j'étais jeune, je ne faisais pas énormément de cutting. Quand tu es jeune, c'est un peu compliqué. Ça arrive plus quand tu rentres dans le monde professionnel. Mais bon, je suis arrivé assez jeune dedans. Donc, je pense vers 16 ans, 17 ans, j'ai commencé à vraiment faire les premiers cuttings. C'était un peu dur, mais on y va un peu comme à la taille. On n'était pas des spécialisés du cutting. C'était les premiers qu'on faisait. Donc, on faisait exactement comme les tailles. Alors, cas où il y a eu des sudations, on allait courir et puis on essayait de perdre le poids. Après, on a appris à mieux gérer le cutting, à avoir des techniques plus professionnelles, moins dangereuses pour le corps. Et ça se passe beaucoup mieux. J'ai toujours pris un peu de poids hors combat, surtout là depuis que je suis revenu. J'ai une facilité à prendre qui est des fois un peu relou parce qu'après, pour perdre le poids, c'est un peu compliqué. Donc on essaye de quand même manger le mieux possible. Comme je mange beaucoup, je suis un bon mangeur. c'est vrai que des fois ça m'arrive de reprendre une quinzaine de kilos après les combats. C'est pour ça que je suis en ce moment suivi par un nutritionniste pour essayer de limiter la casse, bien manger et ne pas se priver non plus. Vraiment manger des choses qui me font plaisir, qui me donnent envie, tout en restant dans un poids où j'arrive à vite retomber s'il y a un combat qui se présente. Après, comme je t'ai dit, je ne perds pas énormément de poids en général. Comparé à d'autres boxeurs, c'est énorme déjà, je perds une dizaine de kilos en général avant les combats. Donc deux mois avant, je me mets vraiment en régime, c'est un régime alimentaire, et sur la fin, je dois perdre 3-4 kilos les derniers jours.
- SUEUR D'ESPOIR
Après avoir arrêté les combats et le haut niveau en 2020, Brice connaît une perte de sens. Il reprend un travail salarié dans lequel il ne s'épanouit pas, puis prend beaucoup de poids. Une situation dans laquelle il sombre progressivement. jusqu'à avoir un déclic.
- Brice DELVAL
Je suis passé dans une période où ça a été compliqué pour moi. Mentalement, j'étais perdu sur la boxe. Ça a été très dur. Pendant trois ans, j'ai pris énormément de poids. J'ai commencé à travailler, je travaillais. J'étais là, tous les matins, je me réveillais. Je me disais, comment c'est possible ? Je déteste faire ce que je fais. Je rentrais du travail. Déjà, j'ai passé une nouvelle journée. Je me suis dit que j'étais en train de monter les escaliers de chez moi. J'étais essoufflé. Avec quatre étages à monter, j'étais essoufflé comme pas possible. Je me suis dit, qu'est-ce que je fais ? Vraiment, qu'est-ce que je fais ? J'ai 24 ans. À l'époque, je partais dans le monde entier boxé à droite à gauche. Je me suis dit, ce n'est pas possible, je ne peux pas rester comme ça. Je suis en train de tuer ma vie, tuer mon corps. C'est à ce moment-là que j'ai pris la décision de reprendre et de changer ma vie. Le sport c'est ma vie, la boxe c'est ce que j'aime faire, donc pourquoi pas essayer de retenter. Bon à ce moment-là je ne pouvais pas, je voulais pas reprendre ma carrière, mais je voulais juste reprendre le sport pour me prouver à moi-même que déjà tout ce poids que j'avais pris, je pouvais le perdre et je pouvais juste redevenir normal. Et quand j'ai vu que j'ai commencé à perdre du poids, je me suis dit pourquoi pas en fait je suis encore jeune. Il y a des mecs qui commencent leur carrière professionnelle, ils ont 23-24 ans. Et moi, c'était à peu près là où j'ai repris. Donc, je me suis dit, on va retenter. Et puis, mon entraîneur, comme je te dis, il a toujours été derrière moi. Donc, il m'a dit, perds ton poids, remets-toi bien et ne t'inquiète pas, je te referai monter directement au plus haut niveau. Tu n'as pas de souci à te faire sur ça. Donc, je me suis mis à fond, perte de poids, entraînement. C'était très dur, très, très dur. Mais je n'ai pas lâché. Et au final, ça s'est bien passé. J'ai réussi à perdre. 50 kg je crois en pratiquement 6 mois. C'était vraiment les 20 premiers kilos qui ont été difficiles parce que je pouvais pas courir, je pouvais rien faire. Dès que je courais j'avais mal au dos donc j'ai fait énormément de vélo, beaucoup de vélo, beaucoup de natation pour faire des choses où je sois un peu plus à l'aise, où je sens pas mon poids. Et à partir de ce moment où j'ai perdu les 20 kg après ça s'est fait totalement naturellement. La boxe, les entraînements par jour et puis ça s'est fait tomber tout seul. C'était une grosse victoire pour moi déjà. C'est pour ça que je me suis dit que maintenant je sais où je veux aller et je suis prêt à tout pour y aller. D'un côté j'avais un peu honte et un peu peur aussi de ne pas arriver à le refaire, à revenir. Donc j'étais dans ce truc en mode, ça se trouve je vais essayer, je ne veux pas y arriver, je vais perdre du temps. Quand je suis revenu à la salle, je devais faire 100 kg, j'ai continué à m'entraîner un peu, je suis descendu à 90 kg. Et là mon entraîneur m'a dit écoute, dans 3 mois... Il y a un combat à 70 kilos, est-ce que tu veux le faire ? À partir de ce moment-là, j'ai tout donné. On était une dizaine à boxer en Italie. J'ai repris du plaisir à faire ce que je faisais déjà depuis toujours. J'ai réussi à remonter sur le ring. C'était déjà juste ça, remonter sur le ring. Et quand même je suis descendu du ring, j'ai fini sur un match nul. C'était une très grosse victoire pour moi. De pouvoir dire que j'ai réussi à le refaire.
- SUEUR D'ESPOIR
Brice parvient à perdre son poids et à revenir petit à petit à son niveau d'avant. Et ça tombe bien, car elle est une proposition de combat pour laquelle il a rêvé toute sa vie. Un combat pour la ceinture Olympini Stadium. Ce stadium dont il rêvait quand il était petit. ce stadium dont il parlait avec son père lors de ce premier camp en Thaïlande. Brice ne vit pas sa chance et est sacré champion du Lumpinee, un rêve de gosse accompli qui montre que même dans les moments les plus sombres de sa vie, il est possible de remonter la pente en s'accrochant à ses rêves.
- Brice DELVAL
C'est vrai que juste le Lumpinee, c'était un rêve d'enfant de pouvoir boxer pour ce titre. Donc quand j'ai eu l'opportunité, bien sûr j'ai sauté dessus. Mais ce n'était pas dans mes projets normalement de base quand je suis revenu en Thaïlande. Et comme je t'ai dit, j'ai eu l'opportunité, donc j'ai sauté dessus. Et c'était un rêve d'enfant pour moi. Même pour mon père, il était passionné. Pour lui, c'était incroyable. Quand je lui ai annoncé que j'allais boxer pour le titre, il est fou. Il se dit « ouais » .
- SUEUR D'ESPOIR
Avec ce retour au plus haut niveau, Brice a pu intégrer la mythique organisation du One Championship. Alors au tout début de son camp d'entraînement lors de notre échange, ces prochaines semaines, il devrait combattre pour espérer grimper les échelons dans cette organisation avec comme objectif de pouvoir combattre pour la ceinture face aux meilleurs mondiaux.
- Brice DELVAL
Le One, c'est de la boxe thaï mais nouvelle génération on va dire, avec les petits gants et tout. Et tu as la boxe traditionnelle, pour les vrais passionnés, le vrai Muay Thai à l'ancienne, 5x3, avec les gants. Le One, c'est une chose assez différente, mais il y a beaucoup de champions du Lumpinee et du Raja qui vont par la suite au One, parce qu'il y a plus d'opportunités, plus de visibilité. Mais sinon, le Lumpinee, c'est vraiment traditionnel, Muay Thai traditionnel. Là, pour l'instant, c'est encore un peu tranquille. Et dès qu'on va commencer à se rapprocher, le mois avant, on va commencer à mettre un peu plus d'énergie dans l'entraînement. Et vraiment, le dernier mois, on se donne à fond. Et puis, c'est la dernière ligne droite. Deux footings par jour, deux entraînements. Sans compter la prépa physique aussi dans la semaine de poids. Et aussi le cardio. Donc ouais, là, ça va. C'est encore un peu tranquille. Encore un peu de temps avant que ça soit dur. Comme quand je suis en Thaïlande, je suis avec un ami à moi aussi qui va boucher bientôt, dans la salle, et puis on est vraiment focus que là-dessus, pas de distraction autour, on est vraiment là que pour ça, pour deux mois, deux trois mois maximum, et puis comme ça après on est vraiment prêt, on peut vraiment être juste concentré sur ce qu'on a envie de faire.
- SUEUR D'ESPOIR
Entre tradition, respect, engagement et intensité sur le ring, ce sont tous ces ingrédients qui contribuent à créer un tel engouement pour le Muay Thai. Il suffit d'aller en Thaïlande voir un combat pour comprendre ce que représente ce sport là-bas. Brie s'est tombé dedans dès le plus jeune âge et ne l'a jamais quitté. Ce sport a fait de lui l'homme qu'il est aujourd'hui et même s'il lui a aussi fait traverser une période compliquée, c'est ce même sport qui aujourd'hui lui a permis de se relever et de revenir encore plus fort. Le Muay Thai a dépassé le simple art martial. Pour Brice, c'est devenu un art de vivre. C'est la fin de cet épisode, j'espère qu'il vous aura plu. Allez soutenir Brice pour ses futurs combats. Et pour soutenir le podcast, vous pouvez vous abonner et laisser un avis si l'épisode vous a plu. Merci pour votre écoute, c'était Sueur d'Espoir, à la prochaine.