- SUEUR D'ESPOIR
Si viser les sommets est dans beaucoup de cas à prendre au sens figuré, en escalade, cela prend tout son sens. Et si l'escalade se divise en trois disciplines, il y en a une dont le nom porte le labeur qu'elle demande, l'épreuve de la difficulté. Il est vrai que l'escalade connaît pas mal de changements positifs ces derniers mois. Alors à quelques jours de la coupe du monde de Chamonix, je me suis dit qu'il serait intéressant d'en apprendre plus sur ce monde de la grimpe. Pour ça, j'ai contacté Héloïse Doumont, Athlète belge spécialisée en difficulté et accessoirement 6ème mondiale en 2025. Alors en stage à Innsbruck, c'est dehors, sous un arbre, à l'abri du soleil et du bruit, qu'Héloïse répond à mon appel. Curieux d'en savoir plus sur son parcours, je comprends alors que pour me répondre, il lui faut rouvrir une plaie qui a cicatrisé depuis peu de temps. Souriante et pleine de positivité, Héloïse accepte peu à peu de se raconter sans baudrier. Aujourd'hui, elle ne remonte pas de voix, mais la cassette d'un parcours fait de plus d'une difficulté.
- Héloïse DOUMONT
De juillet 2021 à avril 2022, je n'ai vraiment touché aucune prise, je n'ai pas mis les pieds dans une salle d'escalade. J'avais fait un poste comme quoi même j'arrêtais ma carrière. J'avais honte de ce que j'étais devenue, j'avais honte de ce que je pouvais leur montrer, j'avais honte... qui voient leur fille en fait comme ça et être tombée vraiment au plus bas. Ce moment qui était si difficile m'a vraiment permis de m'en sortir et de me rendre compte qu'en fait je tenais quand même à la vie, que j'avais quand même envie de vivre plein de choses. Pour arriver à être l'athlète que je suis vraiment maintenant aujourd'hui, c'est vraiment la remise en question, c'est vraiment de poser les bonnes questions, de... Pourquoi est-ce que je veux grimper ? Dans quel contexte ? Quelle était ma valeur en tant qu'être humain ? Qui est-ce que j'étais en fait ? Donc j'ai vraiment remis aussi une question d'identité. Le fait que j'ai pu réaliser des finales où on s'est rendu compte que ce n'était pas un coup de chance, ça m'a fait ce truc que c'est vraiment possible. Je peux vraiment accomplir de grandes choses. Dans ma vie, je n'aurais qu'une seule chance de pouvoir aller aux Jeux Olympiques, et c'est maintenant en fait.
- SUEUR D'ESPOIR
Un peu de magnésie sur les mains, un scan de la voix de bas en haut, puis une grande inspiration. C'est parti ! Au pied du mur, une série en trois épisodes autour de la saison d'Héloïse Dumont jusqu'au championnat d'Europe. Un projet rendu possible grâce à son sponsor RGENtec, qui accompagne Héloïse dans sa quête des sommets. Si vous ne connaissez pas encore cette marque, RGENtec produit des soins utilisables avant, pendant et après le sport. pour résoudre les problèmes de peau que l'on connaît bien chez les sportifs. Zone irritée, brûlure, ampoule, frottement ou lèvres gercées, vous trouverez forcément une de leurs crèmes, rollers ou sticks pour venir soulager et réparer. Alors allez faire un tour sur leur site après l'épisode, leurs produits sont incroyables et sans mauvais jeu de mots, toute l'équipe sont vraiment des crèmes. Merci à eux et bon épisode. Sport olympique depuis les JO de Tokyo. L'escalade se distinguait jusqu'alors en deux épreuves, la vitesse et le combiné qui regroupait blocs et difficultés. Mais pour la prochaine Olympiade à Los Angeles 2028, le comité olympique a annoncé un tournant majeur dans l'histoire de l'escalade en compétition. En effet, pour la première fois depuis que l'escalade est au programme olympique, les trois disciplines auront chacune leur propre compétition et leur propre podium. Et ça... C'est une super nouvelle pour Héloïse, mais aussi pour le monde de l'escalade.
- Héloïse DOUMONT
En troisième secondaire, je pense que c'est quand on a 15 ans, plus ou moins, moi j'avais déjà dit, bon ok, moi je vais aller au JO. L'escalade c'était pas du tout aux Jeux Olympiques, on n'en parlait même pas, c'était pas prévu. C'était même un peu un sport de loser, entre guillemets, dans le sens où moi quand on me demandait quel sport je faisais, que je disais que je faisais de l'escalade, on me disait que c'était même pas un sport. Et pourtant, j'étais là à l'école, je vais bien courir, je vais courir vite, ça va m'aider à devenir une championne, etc. Il faut savoir que moi et ma famille, chaque année, on partait à Briançon. Et donc, après avoir commencé les compétitions, on s'est rendu compte qu'il y avait la Coupe du Monde de Briançon. Donc, on ne peut pas un petit peu regarder. Et en fait, en même temps, il y a aussi la Coupe de France, juste avant. Nos pères étaient en mode... Ah mais vas-y, peut-être que tu pourrais participer, ça pourrait être chouette. Donc on a demandé pour voir si je pouvais participer, sauf qu'à ce moment-là j'étais trop jeune. Et donc la première année j'ai pu participer, j'avais été surclassée dans la catégorie. En gros, donc j'étais pas du tout dans ma catégorie, je n'aurais pas eu de classement ni quoi que ce soit. Mais en gros, ils avaient dit oui. Mais c'était juste hyper chouette de grimper sur un mur en extérieur avec des gens. Parce qu'il faut savoir qu'en Belgique c'est pas du tout la même... l'ambiance en tout cas à ce moment là c'était pas du tout la même ambiance que maintenant donc c'était vraiment un gros gros truc pour moi et du coup ça m'a permis aussi de pouvoir voir ma première coupe du monde à ce moment là il y avait Kim Yain, il y avait Mina Markovic, Maya Widmar, Angela Heiter même et vraiment j'étais une super fan et vraiment c'était pour moi incroyable de voir ces gens là grimper à ce moment là je me suis moi aussi dit J'ai aussi envie de ressentir tout ça, quoi. Plus jeune, mes parents faisaient beaucoup de sport, mais dans le reste de la famille, en gros, ce n'est pas vraiment une famille de sportifs. Mes parents, ils ont eu un enfant, un deuxième enfant, un troisième enfant. Il y a eu quelques petits problèmes de santé. Donc, c'est vraiment quelque chose qui est très peu présent. Ce n'est pas du tout quelque chose d'inné. Ce n'est pas comme les grands sportifs, par exemple, comme Léon Marchand. En fait, les parents, c'est aussi des gens qui font la natation depuis des années et qui font des compétitions depuis des années.
- SUEUR D'ESPOIR
Il y a une forme d'art dans l'épreuve de la difficulté. Aveugles de la voie qu'ils vont devoir grimper, ce n'est qu'en sortant de la zone d'échauffement qu'ils découvriront le puzzle à déchiffrer. Un puzzle de 15 mètres de haut, aux multiples possibilités pour le compléter. Une fois face au mur, ils ont 6 minutes pour tout décoder et grimper le plus haut possible. Semblables à des artistes, chacun à son tour tracera une voie différente. On ne parle alors plus de réussir à grimper, mais de réussir à s'exprimer. Chacun doit trouver sa voie, la voie du succès. Assez naturellement, Héloïse se retrouve à concourir pour la Belgique lors des compétitions internationales. Surtout que sa chance est qu'en 2016, l'annonce est faite que l'escalade va être introduite au programme olympique pour les JO de Tokyo dans 4 ans. Ainsi, la Belgique met en place des bourses pour les meilleurs potentiels en escalade.
- Héloïse DOUMONT
Moi, j'ai eu assez de chance dans le sens où, quand je suis arrivée à l'université, donc en 2016, on parlait justement de l'escalade qui pouvait aller aux Jeux Olympiques de 2020. J'ai pu avoir un statut d'espoir sportif et donc j'ai pu avoir un statut ADEPS, où en gros, j'étais un sportif sous contrat à mi-temps. Et donc en gros, j'étais payée à mi-temps pour... pouvoir m'entraîner. Il faut savoir qu'à ce moment-là, les JO de 2020, c'était vraiment trois disciplines. Il y avait le speed, le bloc, le lead. J'étais tellement nulle en speed que mes chances, elles étaient assez proches de zéro. J'ai eu ce contrat pendant trois ans puisque j'ai signé en 2016, mais ça commençait pour 2017, jusqu'en 2021. Ce contrat, ça m'a quand même permis de pouvoir subvenir à mes besoins et de pouvoir un petit peu alléger L'aspect financier chez mes parents, je ne gagnais pas blindée, c'est un peu moins qu'un SMIC, c'était 900 euros par mois. Vivre juste avec ces 900 euros par mois, c'est impossible. J'étais très reconnaissante de la chance que je pouvais avoir de pouvoir avoir ce statut, de pouvoir avoir cet aspect financier-là. Mais dans ma tête, je ne suis jamais partie du principe que je pouvais vivre 100% de l'escalade. juste grimper, faire des compétitions, pour moi, c'est quelque chose qui n'a jamais été une option. Moi, je faisais mes études à l'UCL. J'avais été voir pour faire la haute école à Bruxelles, en éducation physique, et ça n'allait pas parce que c'était trop compliqué pour moi. En fait, les cours à la haute école d'éducation physique, c'était la journée, il y avait beaucoup de cours qui étaient obligatoires, et du coup, ça laissait très peu de temps de pouvoir m'entraîner. Et du coup, j'ai fait... architecture d'intérieur pendant trois ans en cours du soir mais bon à ce moment là c'était quand même assez compliqué pour moi parce que ça m'a un petit peu isolé de mes amis ma famille vraiment j'avais plus beaucoup de vie sociale en fait parce que les cours ça termine à 21h sauf que c'est à bruxelles donc le temps de rentrer était déjà 21h30 et en fait je m'entraîne le lendemain matin donc j'allais dormir quoi et puis j'ai eu des petits des petits soucis avec mon entraîneur à l'époque Et du coup, c'était vraiment important pour moi d'essayer de retrouver un peu une vie normale et de retrouver une stabilité aussi avec les copains, avec mon entourage, avec mon social. Du coup, j'ai arrêté l'architecture d'intérieur. Pour moi, le plus important, c'était l'escalade et après les études. En gros, on peut faire des études toute sa vie, faire une carrière de sportif de haut niveau, on ne peut pas le faire toute sa vie.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour Héloïse, la route vers Tokyo va pourtant s'arrêter brutalement du jour au lendemain.
- Héloïse DOUMONT
En 2021, j'ai participé à la Coupe de Monde de Chamonix, où j'ai terminé 28e. Et après ça, j'ai arrêté de grimper jusqu'au août 2022. Ce qui est sûr, c'est que de juillet 2021 à avril 2022... J'ai vraiment touché aucune prise, je n'ai pas mis les pieds dans une salle d'escalade. J'ai vraiment tout coupé à l'escalade, j'avais fait un poste comme quoi même j'arrêtais ma carrière. Donc moi avec mon entraîneur, à ce moment-là c'était un petit peu compliqué. Donc pendant la période où j'étais en train de mettre un terme avec mon ancien entraîneur, je me suis mis en couple avec un garçon. On était dans une relation assez toxique, assez malsaine. Il m'a très fortement isolée de ma famille, il m'a très fortement isolée de mes amis. Et du coup, c'est vraiment à ce moment-là que j'ai coupé court à l'escalade, que j'ai vraiment... Arrêter de grimper pendant plusieurs mois parce que pour lui, sortir avec une sportive de haut niveau, ce n'était pas envisageable. C'est marrant parce que c'est quelque chose que j'avais quand même exprimé, que j'avais dit à mes proches, à mes amis à l'époque, que grimper c'est quelque chose que j'allais faire pour le moment étant que c'était possible. Comme j'avais un problème avec mon entraîneur, que le copain en question m'isolait de ma famille et de mes amis, je me sentais vraiment très très seule. Et donc cette personne c'était vraiment un point de repère pour moi, c'était vraiment quelqu'un de très très important pour moi, qui me permettait de me sentir bien en fait. Par rapport aussi à mon ancien entraîneur, mes parents avaient déjà... exprimer plusieurs fois le fait que ce serait bien que je change sauf que j'avais quand même j'avais quand même 18 ans donc je suis quand même libre de mes choix entre guillemets savoir qu'en belgique avait pas beaucoup beaucoup d'entraîneurs donc on n'avait pas beaucoup le choix même si mes parents avaient déjà exprimé le fait que ça serait bien que je change comme j'avais décidé que je voulais rester là ben je suis resté là en fait ce moment là mon copain à l'époque a du coup vraiment réussi à me mettre dans la tête que c'était à cause de mes parents En fait, non, ce n'est pas à cause de mes parents, mais du coup, je leur en voulais vraiment beaucoup pour quelque chose qui n'était pas du tout responsable. Donc, c'était un peu compliqué. Moi, vraiment, j'avais supprimé tous mes amis grimpeurs de ma liste Facebook, etc. Et Instagram, je les avais tous unfollow. Vraiment, j'avais vraiment coupé l'escalade. Mon entraîneur actuel, qui est également mon copain, Il m'a envoyé des messages de temps en temps pour savoir comment j'allais. Il m'avait entraîné quelques mois avant que j'arrête l'escalade. Et donc, c'est la seule personne que je n'ai pas vraiment supprimée de mes contacts. Au moment où j'étais en train de me sortir de cette relation toxique, il m'a dit « bon, nous on va faire la fête, tu ne veux pas venir avec nous ? » Je me réjouissais trop de pouvoir retourner faire la fête avec mes potes et juste de retrouver ce cercle-là. Je sentais que c'était quelque chose de difficile, c'était vraiment un pas hyper difficile. Pour moi, affaire parce que je ne les avais plus vus depuis presque un an, donc je n'avais pas eu de contact, je les avais supprimés de mes listes d'amis, donc c'était vraiment quelque chose de difficile. J'avais peur de me sentir jugée et d'être jugée même, parce que moi je ne faisais vraiment plus partie de ce monde en fait. Le monde de l'escalade, le monde que j'ai toujours connu, avec les amis que j'ai connus, pour moi je n'en faisais plus partie en fait. C'était vraiment très difficile pour moi la vie à ce moment-là. A cause de ça, j'ai été habiter chez ma sœur pendant quelques temps. Je ne les ai même pas en parlé à mes parents. J'en avais parlé avec ma sœur et c'était la seule personne avec qui j'en avais parlé à ce moment-là. Et puis là, j'ai été faire un petit tour à l'hôpital pour mon bien-être parce que je n'avais pas du tout envie d'être un poids pour ma sœur aussi qui venait d'avoir un enfant. Et franchement, ce moment qui était si difficile... Ça m'a vraiment permis de m'en sortir et de me rendre compte que je tenais quand même à la vie, que j'avais quand même envie de vivre plein de choses. Puis le fait que mon entraîneur actuel, qui est l'ami qui ne m'a jamais lâchée, durant le moment où j'étais à l'hôpital, il m'aidait à me faire rêver, à me reparler d'escalade, en me disant « non mais vas-y, viens, je vais t'entraîner » . On va aller en Coupe du Monde, on va faire des finales en Coupe du Monde, ça va être trop bien. Ça m'a vraiment permis de me dire que la personne que j'étais devenue, c'était pas moi. Et que je voulais vraiment sortir de ça. Je pense que je ne pourrais pas avoir cet état de conscience, cette maturité-là, si je n'avais pas vécu ça. Ouais, c'est une étape qui a marqué ma vie, qui va la marquer toute ma vie et voilà.
- SUEUR D'ESPOIR
Après un an, elle se décide à regrimper. Le chemin est long, alors pour commencer le pèlerinage qui doit la ramener au plus haut niveau, elle part en Autriche, terre d'escalade. Mais lors d'une journée de ski, Ces ligaments croisés se rompent. Le verdict est sans appel. Le retour n'est pas pour cette année, ni peut-être jamais.
- Héloïse DOUMONT
En 2023, lors d'un stage d'entraînement à Innsbruck, j'ai fait une sortie de ski et je me suis fait une rupture des ligaments croisés. Honnêtement, pour ma carrière, c'est vraiment la meilleure chose qui me soit arrivée. Si j'avais commencé les Coupes du Monde ou les Coupes d'Europe dans l'état d'esprit dans lequel j'étais, je suis sûre que je n'aurais pas pu continuer à faire de la compète et même les résultats que j'ai eus n'auraient jamais pu être présents. Tout simplement parce qu'en fait je ne revenais pas avec de bonnes raisons. J'étais presque trop obsédée sur le fait de vouloir absolument réussir quelque chose que je n'avais pas atteint en fait. C'est-à-dire que pour moi j'avais vraiment un objectif dans ma vie, c'était de faire des finales en Coupe du Monde. Et quand je suis revenue, du coup, quand j'ai recommencé à m'entraîner, etc. Après cette pause, j'étais vraiment omnibulée par ça. Et il n'y avait que la réussite de résultats qui comptaient. Cette blessure, ça m'a vraiment obligée à devoir me poser les bonnes questions. Pourquoi est-ce que je voulais grimper ? Pourquoi est-ce que je veux faire de la compétition ? Pourquoi est-ce que je veux revenir dans le circuit ? Et vraiment de... Juste de prendre le temps encore de réfléchir sur comment est-ce que je voulais construire ma vie et quel sens je voulais donner à ma vie aussi. Donc vraiment, cette blessure, ça a été beaucoup d'apprentissage, beaucoup d'écoute, beaucoup de remise en question et juste à aller grimper pour les bonnes raisons. Et du coup, maintenant, en compétition, vraiment, les autres filles, je les vois vraiment comme soit... quelque chose à en tirer, quelque chose de positif à apprendre, soit comme des potes. Du coup, c'est juste beaucoup plus sain pour moi de pouvoir aller en compétition parce que la compétition en elle-même n'est pas une menace, tandis que dans le passé, en fait, si.
- SUEUR D'ESPOIR
Avant d'à nouveau entrevoir la lumière, Héloïse s'est retrouvée au cœur des ténèbres. Si lorsqu'elle grimpe en voie, la corde et l'assureur sont là pour l'empêcher de tomber tout en bas, après son arrêt brutal de l'escalade, plus personne n'était là pour arrêter sa chute. Un mur d'escalade fait 15 mètres de haut. La chute d'Héloïse à elle, durait plus d'une année. A l'hôpital pour se soigner, c'est auprès de sa sœur qu'elle va chercher une main tendue. Honteuse de parler de cette traversée des ténèbres à ses parents, elle leur écrira une lettre pour tout expliquer. Les mots pour soigner les mots.
- Héloïse DOUMONT
Par rapport à mes parents, c'est quand même resté conflictuel pendant longtemps. En fait, au moment où j'allais le plus mal, moi j'ai contacté ma sœur parce que je me sens vraiment très proche d'elle. Et j'avais honte d'aller contacter mes parents. Et puis avec tout ce que mon ex avait pu me dire à propos de mes parents, c'est comme si même je n'avais pas confiance en mes parents en fait. Et donc aller voir mes parents quand je me sentais au plus mal, c'était vraiment... J'avais honte de ce que j'étais devenue, j'avais honte de ce que je pouvais leur montrer, j'avais honte qu'ils voient leur fille en fait comme ça et être tombée vraiment au plus bas. Ça me mettait vraiment beaucoup trop mal d'imaginer que mes parents puissent avoir un enfant qui devienne vraiment comme ça en fait. Donc c'est vraiment quelque chose... Je n'ai vraiment pas parlé de ça avec eux, je n'osais pas. Du coup, j'ai écrit une lettre, j'ai exprimé, j'ai écrit tout ce que je ressentais vis-à-vis d'eux, ce que je ressentais de mal qu'ils aient fait envers moi. Et je leur ai donné cette lettre. Donc ils ont pu la lire correctement. Longtemps après, il y a un moment, on avait un petit peu discuté de ça. Ils m'ont expliqué à ce moment-là, genre juste gentiment, le fait que, mais tu sais, nous, on a toujours été là pour toi. On a voulu te changer d'entraîneur, etc. Et tu ne voulais pas. Et comme c'était ton projet, etc., on n'aurait pas pu t'obliger à changer d'endroit, surtout que... T'étais plus une enfant, t'étais une adulte, donc en fait si tu voulais rester là où t'étais, tu pouvais rester là où t'étais. Du coup après pas mal de temps et pas mal de remises en question sur moi-même, j'ai vraiment réussi avec tout ce que j'ai vécu à ne pas remettre la faute sur quelqu'un. Les choses sont comme elles sont et dire que ma vie a mal tourné à cause de quelqu'un, j'ai pas envie de pouvoir dire ça. qui je suis, j'assume ce qui s'est passé. Mes parents, je les remercierai toujours parce qu'ils m'aident vraiment, vraiment beaucoup. Ils m'aident toujours aujourd'hui. Ils savent que mon projet sportif, c'est quelque chose qui est vraiment très important. C'est quelque chose que je peux faire maintenant et pas dans dix ans. Et pour ça, ils le savent. Ils ont toujours soutenu tous leurs enfants. On est trois dans la famille. Ils ont toujours soutenu leurs trois enfants. Ils m'ont peut-être plus été financièrement parce que j'étais plus dans la demande financière, puisque je suis la seule sportive de haut niveau. Et j'ai de la chance parce que mes frères et sœurs ne sont pas du tout jaloux par rapport à ça. Donc on a vraiment une très bonne entente entre frères et sœurs et ça c'est génial.
- SUEUR D'ESPOIR
Le nœud du 8 est un nœud de référence en escalade. Plus il est soumis à une forte tension, plus il se resserre. Semblable au symbole infini, ce lien empêche Héloïse de chuter trop bas lorsqu'elle grimpe. Désormais séparée de l'entourage qui la nuisait, cette épreuve a rapproché Héloïse de ses parents. Comme un euduite, dans les moments durs, les liens se sont resserrés. Aujourd'hui, c'est un amour infini qui les unit.
- Héloïse DOUMONT
Enfin, mes parents, c'est vraiment mon plus gros sponsor. C'est vraiment... Deux personnes sur qui je peux vraiment compter, je sais que je pourrais toujours compter sur eux, que ce soit émotionnellement ou financièrement. Pour ça, je les remercie parce que si je n'avais pas eu des parents qui me soutenaient aussi fort, je n'aurais pas pu atteindre, je n'aurais pas pu faire ce que j'ai pu faire parce que je n'aurais pas pu aller en compète, parce que j'aurais dû travailler plus pour pouvoir subvenir à mes besoins. Donc ouais, merci mes petits-parents pour ça. Moi j'aimerais bien pouvoir quand même dépendre uniquement de moi, surtout financièrement parce que quand on a 27 ans, on a envie de pouvoir subvenir soi-même à ses propres besoins. Pour moi c'est quelque chose qui montre qu'on a vraiment passé un cap de devenir quelqu'un d'adulte. Alors je me considère être une adulte parce que j'ai plein de responsabilités d'adulte, mais du coup effectivement subvenir à mes besoins, à tous mes besoins, uniquement seule. C'est pas possible actuellement, et donc rien que pour ça, je peux pas dire que je suis une adulte 100% accomplie. Mais bon, c'est ok, ça va prendre un petit peu de temps. Je suis quelqu'un d'épanoui, j'aimerais bien travailler un petit peu moins pour pouvoir m'entraîner un petit peu plus, parce que mon projet et ma carrière sportive, c'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur, que globalement en fait... Dans ma vie, je n'aurais qu'une seule chance de pouvoir aller aux Jeux Olympiques. Et c'est maintenant en fait, ce ne sera pas en 2032, je serai bien trop vieille. Donc il faut savoir que moi je travaille dans une salle d'escalade à mi-temps. Et je commence à entraîner des gens et vraiment pouvoir entraîner des athlètes. Et c'est d'emmener des athlètes dans le milieu international, c'est vraiment quelque chose qui... Je sens que ça me motive et je sens que c'est quelque chose que j'ai vraiment envie de faire. Du coup, actuellement, j'entraîne déjà des jeunes. Et c'est important pour moi de pouvoir garder ça aussi dans mon quotidien parce que je sens que c'est quelque chose qui me fait du bien et ça m'aide aussi à en apprendre plus sur l'escalade en fait. Et donc même pour moi, c'est important. Au début de l'année dernière, j'ai voulu essayer de vivre... uniquement avec mes propres revenus, mes propres ressources financières, sauf qu'en fait, c'était juste pas possible. Donc, encore une fois, mes parents m'ont aidée, par exemple, pour payer l'assurance de ma voiture. Ils m'ont aidée pour payer l'assurance mutuelle. Ils m'ont aidée pour payer mes compétitions. Ils m'ont aidée, enfin, genre juste... Ouais, j'ai de la chance d'avoir vraiment un entourage qui me soutient et qui est là pour moi et qui me... permettre de pouvoir faire ce que je fais aujourd'hui. J'ai vraiment de bons amis que je ne vois pas beaucoup, mais je sais que c'est le genre d'amis où si j'ai un problème, je peux les appeler, ils vont être là. Au boulot, mes collègues sont vraiment hyper chouettes, l'ambiance est vraiment super. On est dans une même dynamique de vouloir faire évoluer quelque chose, donc pour ça, c'est vraiment génial. Mon copain, mon entraîneur aussi sont vraiment incroyables. Tout ça fait qu'aujourd'hui, je peux grimper, je peux m'entraîner, je sais que j'ai un bon entourage, j'ai des bons soutiens. Franchement, je ne sais pas ce que je pourrais demander de plus. Actuellement, je suis dans une démarche où j'essaie de chercher un peu plus de sponsors. J'aime bien entraîner les gens, j'aime bien entraîner les athlètes, et donc je sais que ça m'aide aussi pour mon futur, et ça m'aide aussi à garder un certain équilibre dans ma vie. Donc je ne suis pas sûre que j'aurais envie de ne faire que m'entraîner. Mais par contre, c'est vrai que si je ne pouvais que m'entraîner, ou alors que par exemple m'entraîner et avoir, imagine, que les cours d'entraînement qui m'intéressent, c'est vrai que je pourrais avoir plus de temps pour moi. Ici, cette année, je sens que j'ai très peu de temps pour pouvoir me ressourcer. Et quand j'entends se ressourcer, c'est pouvoir aller me balader, c'est pouvoir regarder ma série sans avoir l'impression que je ne fais rien de bien. Mon sport, c'est pouvoir scroller 10 minutes si j'ai envie de scroller 10 minutes. C'est vrai que des moments où je peux me ressourcer, finalement, j'en ai pas tant que ça, puisque être sportive de haut niveau, c'est un emploi du temps fort, fort chargé, rajouter à ça un travail à mi-temps. Rajouter à ça le fait que je suis proche de ma famille et du coup que j'ai envie de pouvoir essayer de les voir. Rajouter à ça que j'ai mon copain qui a sa fille donc j'ai aussi ma propre famille à essayer de développer et à faire construire donc c'est quand même ça fait quand même vraiment beaucoup. Vivre de l'escalade, uniquement de l'escalade de compétition, il faut être un grand-père vraiment très très... très très fort, comme Yania, Adam, Oriane, et du coup, eux, ils vivent grâce à leurs sponsors, en fait. C'est pas grâce à la compétition qui leur permettent de pouvoir vivre, c'est vraiment grâce à leurs sponsors. Et donc, c'est sûr que ces athlètes-là, ils ont assez de sponsors pour ne pas devoir travailler, et donc c'est sûr qu'il y a des jours où ils font rien, parce que ça fait partie de l'entraînement aussi, de parfois ne rien faire, de déconnecter, de pouvoir se ressourcer, justement. Pour moi, ce genre de moment, c'est assez compliqué. Peut-être que dans beaucoup d'années, ça pourrait être possible pour les futurs jeunes de peut-être pouvoir vivre uniquement des compétitions et de l'escalade. Mais bon, ce n'est pas encore le foot, ce n'est pas le tennis, ce n'est pas le vélo. Donc le point positif, c'est que cette année par rapport aux années précédentes, c'est qu'en compétition, en Coupe du Monde, les price money ont doublé. Donc maintenant, on a des beaucoup plus gros price money qu'avant. Donc ça, c'est vraiment bien.
- SUEUR D'ESPOIR
Mais par contre, ça ne te permet pas de pouvoir vivre ta vie tranquillement.
- Héloïse DOUMONT
Après avoir dû combattre ses démons et une longue rééducation, Héloïse est parvenue à revenir à la compétition des années après l'avoir quittée. Il fallait pouvoir se projeter, car même si son rêve olympique brûle au fond d'elle, trois ans sans compétition, c'est long.
- SUEUR D'ESPOIR
Ma vision, vraiment, c'était trop tard pour faire de la compétition. J'avais quel âge ? À ce moment-là, j'avais 26. Parce que du coup, ça fait que j'ai arrêté les compétitions internationales pendant 3 ans. Donc en fait, c'est quand même long. J'ai vraiment dû réapprendre à me reconstruire. J'étais clairement en phase de reconstruction. Mais du coup, il y a presque eu 3 Hélo. Il y a eu la Hélo jeune, avant toutes les blessures. Il y a eu la Hélo juste après les traumas, les blessures. Et puis il y a eu Hélo... après les ligaments. Pour arriver à être l'athlète que je suis vraiment maintenant, aujourd'hui, c'est vraiment la remise en question, c'est vraiment se poser les bonnes questions de pourquoi est-ce que je veux grimper, dans quel contexte, quel est mon rapport par rapport à l'escalade et par rapport à la compétition. Je me suis aussi vraiment beaucoup la question de quelle était ma valeur en tant qu'être humain, qui est-ce que j'étais en fait, donc j'ai vraiment remis aussi une question d'identité. Comment est-ce que je veux devenir ? Qu'est-ce que je veux devenir ? Qu'est-ce que je veux laisser dans mon entourage ? Comment est-ce que je veux que les gens se souviennent de moi en fait ? Toutes les étapes négatives que j'ai pu traverser dans ma vie, vraiment le moment où j'étais le plus mal, c'est vraiment ça qui aujourd'hui m'aide à me dire que je veux vraiment profiter de chaque instant, que je veux pouvoir vivre mon quotidien et que je n'ai pas envie de... de regretter des choses et du coup, mes journées sont aussi très fort chargées pour ça parce que je veux vraiment, j'ai pas envie de rater une occasion qui s'offre à moi en fait.
- Héloïse DOUMONT
Si la mentalité d'Éloïse a bien changé en trois ans, qu'en était-il de sa grimpe ? Pour reprendre son rêve en main, elle décide de commencer 2024 avec les championnats de Belgique. Première compétition depuis sa reprise, ce sera le point de départ d'une nouvelle page, voire d'un nouveau livre. Héloïse se présente devant ce grand mur, sachant que la plus grande difficulté qu'elle ait affronté n'est pas cette voie, mais les dernières années par lesquelles elle est passée. Alors comme étant enfant, le sourire aux lèvres, elle met sur chaque joue deux traits de magnésie et se lance. Si certains doutaient de sa capacité à revenir au plus haut niveau, pour son retour elle devient championne de Belgique pour la première fois de sa carrière. Les pièces du puzzle commencent enfin à se réassembler. Et ça ne fait que commencer. La saison 2024 marque sa meilleure saison internationale, avec une première place en Coupe d'Europe et une onzième place en Coupe du Monde. Mais Héloïse va faire encore plus fort. La saison d'après, elle termine la saison 2025, sixième au classement général de la Coupe du Monde et septième mondiale.
- SUEUR D'ESPOIR
Avec les résultats que j'ai eus en 2025, en fait, en 2026, mes attentes ne sont pas les mêmes. J'ai des nouvelles attentes et des nouveaux objectifs de résultats qui sont beaucoup plus élevés qu'avant. En ayant réalisé trois finales où on s'est rendu compte que ce n'était pas un coup de chance, ça m'a fait ce truc que c'est vraiment possible. Et du coup, je me suis dit aussi, je peux vraiment accomplir de grandes choses. Et du coup, cette année, j'arrive en compétition avec pas un mauvais mindset, juste un mindset qui est plus élevé. Alors, je ne sais pas s'il faut dire... plus professionnel, mais en tout cas beaucoup plus... Il se rapproche encore plus de l'athlète de très haut niveau. Et donc, maintenant, j'ai ce truc de c'est possible, je suis capable. Et surtout, j'ai envie de le refaire, en fait. J'ai vraiment envie de le revivre. C'était juste incroyable. Les sensations, etc. De pouvoir juste grimper une voie en plus. C'était vraiment juste trop fou, en fait. Je me suis tellement amusée, j'ai tellement pris de plaisir. Du coup, la grosse différence aussi avec 2026, c'est que j'arrive sur le circuit avec des nouvelles attentes. Et du coup, la gestion de mon stress est totalement différente. Et la gestion de ma grimpe aussi est différente. En fait, je suis arrivée ici cette année et j'grimpe super mal parce que je suis stressée. Parce que je veux encore réussir et du coup c'est marrant parce qu'on retourne un peu Un peu dans le travers de l'obsession du résultat. J'ai fait plusieurs compétitions en 2026, j'en ai déjà fait trois, où j'ai échoué plusieurs fois. Et la différence c'est que ma vie ne s'est pas effondrée. Je vais bien, je suis quelqu'un qui est en bonne santé, qui a un entourage, qui a un boulot, qui a la chance d'être heureuse, de pouvoir faire ce que je fais, de pouvoir faire un métier que j'aime. J'ai vraiment beaucoup de chance et pour ça, je suis vraiment reconnaissante. Je me considère maintenant comme étant une grimpeuse, comme étant une meilleure grimpeuse, une meilleure athlète, une athlète beaucoup plus mature, beaucoup plus aguerrie en fait.
- Héloïse DOUMONT
Avec un tout nouveau statut à gérer, 2026 va être une année clé pour Héloïse, car c'est l'année des championnats d'Europe. Un événement qu'elle ne devra pas louper pour espérer bénéficier du dispositif ADEPS qu'elle avait déjà eu pour l'Olympia jusqu'à Tokyo. Une aide qui serait un vrai bol d'air à deux ans des JO de Los Angeles. Ce week-end, Chamonix accueille la quatrième étape de Coupe du Monde de difficulté. Héloïse sera présente, toujours de traits de magnésie sur les joues, et prête à relever le défi. Parviendra-t-elle à passer au-dessus du stress ? Réussira-t-elle à dérouler sa grimpe ? Est-ce que Chamonix sera allée retrouver avec une finale ? Et surtout, quel sera le bilan de cette saison ? C'est la fin du premier épisode d'Au Pied du Mur, une série audio sur la saison d'Héloïse Doumont, rendue possible grâce à son sponsor RGENtec, qui est aussi partenaire de la Coupe du Monde de Chamonix. Un immense merci à eux pour leur soutien, je vous mets le lien de leur site dans la description. Merci pour votre écoute, pensez à vous abonner pour ne pas manquer la suite de cette série, et à la prochaine.