- SUEUR D'ESPOIR
Bienvenue dans le podcast Sueur d'Espoir. Ici, pas d'interview, pas de questions. Écoutez un format narratif dans lequel les meilleurs athlètes vous raconteront leur parcours et les défis qu'ils rencontrent au quotidien. Le sport de haut niveau, comme si vous y étiez. Je suis Martin Gauthier et je vous souhaite un bon épisode.
- Amandine MENGIN
Depuis les FOJE, j'ai passé deux saisons nulles, franchement, mais nulle, c'était trop, c'était horrible, j'ai... pris aucune sélection, je faisais que échouer, mais à pas grand chose, mais j'échouais quand même, j'étais dans un cercle où je m'en voulais, en fait, je sais ce que c'est d'être au fond du trou, et d'être coincée en SAMSE, c'est horrible, tu remets tout en cause, ça fonctionne pas, tu cherches, tu trouves pas, tu sais pas pourquoi, tu tournes en boucle, ça fonctionne pas, mais pas, et t'es là, purée, je sais pas quoi faire, mais bon, tu pleures un bon coup, Tu pleures plusieurs fois un bon coup, puis t'espères. J'ai vécu tellement de trucs que c'était incroyable cette saison. Donc en fait, en choisir un, c'est compliqué. Entre, faire un podium, gagner avec les copines, ou même quand t'es pas sur le podium, mais que tu vois ta copine gagner, c'est tous des trucs, mais en fait, il y en a trop. Donc la saison 24-25, moi, je la prends en entière. Il y en a qui ont pas les moyens, tout simplement, et moi, si j'avais pas mes parents, ça fait bien longtemps que j'aurais arrêté le biathlon. Je sais que je leur serais redevable... de leur redonner tout ce qu'ils m'ont donné, même si ça ne pourra jamais égaler tout le temps qu'ils y passent.
- SUEUR D'ESPOIR
L'hiver est là. Et en France, il y a un sport qui crée une véritable ferveur, le biathlon. Il suffit de voir l'étape du Grand Bornon. Des tribunes pleines à craquer, des records d'influence chaque année, une ambiance unique. Si ce sport fait autant vibrer, c'est aussi parce que la France domine. Une des meilleures équipes du monde, et chez les femmes, presque chaque week-end un podium. Une chance incroyable pour nos spectateurs, mais une concurrence féroce pour les athlètes qui rêvent d'exister au plus haut niveau. Entre le circuit junior et la coupe du monde, le chemin est long et le droit à l'erreur presque inexistant. Dans cet épisode, on plonge dans ce parcours exigeant, celui que toutes les meilleures françaises ont dû emprunter. Aujourd'hui, je vous propose de découvrir Amandine Mangin. Une biathlète qui incarne cette nouvelle génération ne se refuse en pas de rêver grand. Meilleure biathlète des championnats du monde junior lors de la saison 2024-2025, Amandine sort d'une année exceptionnelle. Deux ans plus tôt pourtant, elle traversait un vrai passage à vide. Aujourd'hui, elle avance autrement, sans se mettre la pression et en faisant confiance à ce qui fonctionne pour elle. Bienvenue dans Sûr d'espoir, bonne écoute.
- Amandine MENGIN
Forcément, je me suis fixé des objectifs sur ce début de saison, mais après, je les ai en tête. C'est ce que c'est. Après, je pense que si je me mets trop de pression à me dire que je veux vraiment qu'il se réalise, c'est un coup à me mettre des bâtons dans les roues parce que je sais un peu comment je fonctionne et je sais que le stress, je ne suis pas forcément capable de le gérer dans toutes les situations et qu'il me met beaucoup, beaucoup, beaucoup de bâtons dans les roues. Alors plutôt, je me dis... voir les choses les unes après les autres. En fait, l'année dernière, ce qui m'a vraiment correspondu, c'est de prendre du plaisir à chaque course. Et je pense que j'en avais oublié ça les années précédentes parce que c'était compliqué pour moi de ne pas faire les résultats que je voulais faire. Du coup, là, cette année, je n'ai pas envie de refaire les mêmes erreurs en voulant absolument faire des résultats, alors qu'en vrai, juste en faisant ce que je sais faire, ça fonctionne. L'année dernière, je pense que c'est le moment où j'ai eu ce déclic cette saison. En même temps, au vu des résultats que je faisais, forcément, j'avais pris un peu plus d'assurance. Après, de la dire que j'ai confiance en moi, on est encore bien trop loin. Moi, je suis plus du genre à rester sur mes arrières et à me dire, écoute, tu feras ce que tu peux, plutôt que de me mettre en avant et de me dire, j'en suis capable, alors qu'en vrai, je ne le sais pas.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour Amandine, la saison de rêve commence fin 2024. Pour recontextualiser, en 2022 elle participe au FOJE, c'est le festival olympique de la jeunesse européenne. C'est alors sa première compétition internationale. Médaillée de bronze en individuel et d'or en relais, ses débuts internationaux semblent être lancés. Sauf que dans la réalité, il faudra deux ans à Amandine pour retrouver enfin le niveau international. Nous sommes alors en décembre 2024 et elle va faire ses premiers pas sur le circuit de la Junior Cup.
- Amandine MENGIN
Depuis les FOJE, j'ai passé deux saisons nulles. Franchement, nulle. C'était horrible. J'ai pris aucune sélègue. Je faisais que échouer, mais pas grand-chose. Mais j'échouais quand même. J'étais dans un cercle où je m'en voulais. Franchement, j'étais juste, je me mettais une pression de dingue et ça ne marchait pas mieux. Et donc, c'est vrai que l'année dernière, ça a... Tout finit par passer. En fait je sais ce que c'est d'être au fond du trou et d'être coincé en samsé et tout. C'est horrible quand tu arrives à mettre bout à bout toutes les choses que tu travailles depuis le début et que ça se concrétise. Bah quand tu sais ce que tu as vécu les deux dernières saisons et que t'étais vraiment au fond du rouleau, au bout du rouleau. C'est trop bien. C'est incroyable comme sensation. Le seul objectif que j'avais, c'était de partir en international. Je voulais partir en Junior Cup. Et dès l'instant qu'en fait, j'ai débloqué cet objectif, début décembre, en fait, pour moi, j'avais réussi ma saison. Du coup, le fait de me dire que tout ce qui se passait, c'était du plus. C'était que du positif. C'était que des trucs où j'allais faire le plein d'expériences et apprendre. Et du coup, je pense qu'à partir de ce moment-là, je me suis plus... C'est ouf, les premières fois où j'ai mis les dossards, je ne me suis pas du tout pris la tête comme je peux me prendre la tête quand je suis en France à essayer d'aller chercher une sélection.
- SUEUR D'ESPOIR
Parce que la densité en France est élevée et que cela rend les choses encore plus exigeantes. En tout cas, une fois sur le circuit Junior Cup, Amandine a bien laissé le stress de côté car elle remporte tout sur son passage. Si bien qu'elle ne fait même pas tant d'étapes que ça sur le circuit Junior. En effet, la fédération décide de lui donner sa chance en IBU Cup. avec les seniors ?
- Amandine MENGIN
Ben non, mais en plus, c'était trop bien. Moi, je m'éclatais de ouf. Mais en plus, cette année, je suis passée senior. Donc, pour le coup, j'y retournerai jamais, jamais sur la Junior Cup. Donc, je suis un peu déçue de pas y être montée avant parce que du coup, je n'ai pas pu découvrir assez. Mais au niveau de l'organisation en elle-même, c'est globalement pareil. Après, c'est sûr que faire des résultats sur l'IBU Cup, ce n'est pas la même chose que faire des résultats en Junior Cup. et Et encore plus quand tu vois qu'il y a des athlètes d'autres nations qui redescendent de Coupe du Monde et que c'est leur moyen de sélection à eux pour remonter. C'est pas pareil. Tu sens qu'il y a une pression différente quand même.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour être un peu plus clair sur les différents circuits qui existent, je vais vous résumer ça. En tant que Française, vous évoluez d'abord sur le circuit national, le Samse National Tour. Pour les meilleurs nationales âgées de moins de 21 ans, le premier circuit international est la Junior Cup. Il y a ensuite l'IBU Cup, un circuit senior appelé souvent l'antichambre de la Coupe du Monde. C'est un circuit qui permet à beaucoup d'accéder au Graal, le circuit Coupe du Monde.
- Amandine MENGIN
C'est là où on est tous au même endroit à vouloir monter. Donc on est tous poussés à être tout le temps au meilleur niveau. Et c'est sûr que la contreperfe, elle fait directement très très mal, que ce soit au niveau du classement général. Même si ce n'est pas l'objectif, si c'est un week-end de sélection sur trois courses. S'il y a une contre-perle, on sait que c'est le joker, ça veut dire qu'il y en a deux autres où il va falloir être devant, sinon il n'y a pas le choix. La sentence est irrévocable. On est dans le colon de taille, on reste dans la cune. C'est soit elle monte, soit elle descend, parce que celles qui sont en France, elles veulent aussi monter. Donc en fait, c'est que le video game, c'est vraiment le point central du yo-yo. C'est soit tu montes, soit tu restes, soit tu descends.
- SUEUR D'ESPOIR
Nous sommes début 2025 et les premiers pas en IBU Cup pour Amandine se déroulent à Arbeur en Allemagne. Première course, première victoire, elle fera même le doublé sprint poursuite. S'en suit deux médailles d'argent au championnat d'Europe senior, puis quatre médailles en cinq courses au championnat du monde junior. Meilleure biathlète de ces championnats, elle obtient un quota nominatif pour courir la finale de la coupe du monde à Oslo. Une saison de rêve qui lui offre une... première fois avec les meilleurs mondiales. Autant dire que lorsque je lui ai demandé son meilleur souvenir de la saison passée, il était compliqué d'en choisir un seul.
- Amandine MENGIN
Je peux prendre la saison 24-25 dans sa globalité. Elle a été tellement riche, j'ai vécu tellement de trucs que c'était incroyable cette saison. En choisir un, c'est compliqué. Je pourrais très bien dire Arber, je débarque en IBU et je dis première victoire et en plus je refais la même sur la poursuite. J'ai envie de parler de'Ostersund, où on gagne le relais avec les filles, mais aussi lundi, parce qu'avec Célia, on fait 1 et 2. En fait, c'est qu'il y en a tellement. Chaque course est différente, mais chacune te procurait une sensation de ouf, entre faire un pot, gagner avec les copines, ou même quand tu n'es pas sur le pot, mais que tu vois ta copine. Récompensée de cette super saison,
- SUEUR D'ESPOIR
elle passe donc l'été 2025 avec le groupe fédéral. Loin d'être un moment de calme, l'été constitue la partie de la saison où les fondations se construisent et où les stages de préparation s'enchaînent. Avec une saison de biathlon qui finit fin mars pour une reprise en novembre, les dernières semaines avant de retrouver la compétition se font souvent attendre.
- Amandine MENGIN
C'est ce que me disaient avec les filles la dernière fois, c'est passé hyper vite, mais hyper vite, parce que quand t'es en mai, tu te dis « Oh ! » la longueur de la préparation, si on n'est pas arrivé en novembre et tout, je ne sais pas où est passé mon été, mais il est passé et je n'ai rien vu venir. Il y a forcément des jours sans, tu n'as pas envie, tu as la flemme, il pleut dehors. Quand Benjamin nous a fait sa tempête émotionnelle, c'est bon, on avait marre de devoir sortir pour aller s'entraîner, alors que la seule chose qu'on a envie de faire, c'est d'aller au lit. C'était une semaine comme ça, en fait, c'est surtout qu'à cette période-là, on n'a qu'une hâte, l'été s'est fait long, on est fatigué. On n'a aucune envie, c'est remettre les skis. Mais bon, on touche à sa fin, il faut repartir sur de nouvelles balles. Mais du coup, c'est sûr qu'il y a des moments où c'est compliqué. Mais en vrai, l'espace de quelques jours, après forcément, on retrouve de la motivation.
- SUEUR D'ESPOIR
De la motivation, elle en est armée. Après des saisons à se remettre en question, à douter ou encore espérer pour finalement être déçue, elle a changé sa manière de faire et d'aborder les courses. Quand elle m'a parlé de ses objectifs cette saison, le plaisir est arrivé en haut de la liste. Des choses simples, mais que l'on a pourtant tendance à oublier dans un contexte où l'on est sans cesse en concurrence.
- Amandine MENGIN
L'objectif du plaisir, c'était le number one. Ce qui s'est passé l'année dernière, c'était vraiment incroyable. Je suis arrivée en IBU, gros syndrome de l'imposteur. Qu'est-ce que je fais là ? Donc non, pas plus de pression, même si c'est clair que représenter la France en tout temps, c'est... C'est plus imposant, on va dire, aux yeux des gens. Mais en soi, je suis tout le temps la même. Ça change les gens. De s'imaginer le meilleur et qu'en fait, ça ne se passe jamais. Franchement, je préfère m'imaginer le pire et que ce soit le cas plutôt que ça ne se réalise pas. Je l'ai déjà fait les frais il y a deux ans où j'avais fait tous les calculs de points et tout. J'étais persuadée d'avoir pris ma sélect pour aller aux championnats du monde junior, qu'elle ne fut pas la chute. Quand je me suis rendu compte qu'ils avaient rajouté une petite règle, je n'étais pas au courant et j'étais cinquième. Première remplaçante à 4 points de ma sélection sur 397 points. Je peux dire que la chute a fait très mal, trop mal. Donc plus jamais, plus jamais.
- SUEUR D'ESPOIR
Je le disais, s'entraîner avec l'équipe de France, c'est s'entraîner avec les meilleurs biathlètes du monde. Alors même si oui, c'est une chance, c'est aussi parfois source de pression.
- Amandine MENGIN
On voit les écarts que tu prends par rapport à celles qui perfaient l'année dernière en Coupe du Monde, donc ça rassure et en même temps tu te dis « Oh, je suis encore si loin ! » Mais ouais, en vrai, s'entraîner en France, c'est une grande chance.
- SUEUR D'ESPOIR
Comme modèle, elle peut s'appuyer sur des biathlètes comme Océane Michelon et Jeanne Richard, qui ont su faire leur place en Coupe du Monde récemment.
- Amandine MENGIN
Océ et Jeanne, elles ont saisi les opportunités qui se sont présentées à elles et elles méritent... leur place au vu des résultats qu'elles font et tout. Et du coup, c'est ouf de se dire qu'on a seulement deux ans d'écart et pourtant, elles font des trucs de ma boule en vrai. Elles font des résultats de ouf. Et du coup, oui, tu as envie de faire pareil. D'un autre côté, la chance se présentera quand elle se présentera. J'ai envie de dire, là maintenant, ce ne sont pas les mêmes portes qui sont ouvertes, ce ne sont pas les mêmes opportunités. Et je prendrai ce que j'ai à prendre et je ferai ce que je ferai du mieux que je peux. Mais oui, forcément, ça donne tellement envie. Mais si elles sont arrivées là, elles ont tellement travaillé. Et on travaille tous de la même manière. Donc si un jour ça se présente, pourquoi pas ? Mais non, ce n'est pas une pression supplémentaire. Justement, c'est un exemple que tu as envie de suivre. Tu as envie de... Faire comme elles.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour les imiter, il faudra en ce début de saison faire ses preuves. Entre Coupe du Monde et Circuit IBU, elles sont une dizaine à faire partie des meilleures biathètes mondiales. Et une densité pareille, il n'y a qu'en France qu'on voit ça.
- Amandine MENGIN
En fait, déjà, je ne suis pas sûre de faire un saison complète en IBU. Il faudra qu'avant décembre, après la première période, j'y fasse mes preuves et que je sois dans les résultats qu'ils recherchent et qu'il n'y en ait pas d'autres. qui en France prouvent aussi qu'elles ont les résultats. En fait, la chance qu'on a en France, c'est qu'on a une densité qui est folle. Pour la nation, c'est incroyable. Il y aura toujours quelqu'un devant. Franchement, les biathlètes féminines, c'est ouf, mais c'est trop cool. En tant qu'athlète, nous qui nous battons pour notre place, c'est moins fun. Parce que oui, on peut être remplacé à n'importe quel moment et tout, mais il ne faut pas oublier qu'à côté de ça, on fait tous les mêmes efforts, on fait tout le même travail, on fait toute la même préparation. On se tue tous les jours à l'entraînement, on fait les choses du mieux qu'on peut. Donc celle qui prend la sélection, elle le mérite amplement. Tu as envie de bien faire et tu as une pression de savoir qu'à tout moment, tu mets le clignotant et ce sera quelqu'un d'autre qui passera. Mais en vrai, on recherche toutes les mêmes choses. C'est la meilleure qui gagne et c'est totalement logique.
- SUEUR D'ESPOIR
Pour l'équipe de France, la saison commence dès mi-novembre. Chaque année à Bessan ont lieu les tests de sélection pour l'attribution des... quotas disponibles pour participer à la première Coupe du Monde ou la première étape d'IBU Cup. Cette saison, pour la première Coupe du Monde, trois quotas étaient disponibles pour six biathlètes.
- Amandine MENGIN
En gros, des six qui sont dans le top 10 de l'IBU Cup de l'année dernière, on est les six à pouvoir prétendre aux deux places qui restent.
- SUEUR D'ESPOIR
Je vous explique très rapidement cette histoire de quotas. La France est l'une des meilleures nations mondiales en biathlon. Ce qui fait qu'elle bénéficie du nombre de quotas maximum permis pour une nation, soit 6. Ainsi, la France peut aligner 6 athlètes si elle le souhaite sur les étapes de Coupe du Monde. A ça s'ajoutent d'autres cas de figure, comme le fait par exemple que Camille Benet ait gagné l'IBU Cup la saison passée. Ça permet de rajouter un quota supplémentaire uniquement pour la première étape de Coupe du Monde. Bref, abaissant, trois femmes avaient l'occasion de venir faire leur preuve sur le circuit Coupe du Monde. En parallèle, des quotas se jouaient aussi pour le circuit IBU de rang directement inférieur.
- Amandine MENGIN
J'ai plus des petites routines que je mets en place et qui me mettent dans un bon état d'esprit et tout. Et pendant la course, j'ai des mots-clés que je me réponds, que ce soit au tir ou sur les skis, mais je ne me dis pas... Ça, ce sera ma gestion de course parfaite parce qu'en vrai, sur le moment clé, on ne connaît pas la forme du jour. Si c'est une course à confrontation, on ne connaît pas ses concurrentes. Du coup, à tout moment, en ski, tu te fais mener tout du long et du coup, tu es dans les skis et tu ne peux pas du tout appliquer ce que tu voulais faire. Donc, pas sur un plan de course parce qu'en vrai, c'est trop compliqué, mais sur des choses où je suis sûre de moi, ça va se passer. Genre, je suis sûre de moi, je vais passer au coucher. Je suis obligée d'être sur les skis, donc je vais être obligée de me répondre des mots parce que ce sont des choses sur lesquelles je suis certaine. Donc je l'ai influencé directement, mais les faits de course ne peuvent rien décider sur ces moments-là, donc je préfère rien prévoir. Je sais que dans tous les cas, je vais me donner à fond et je vais m'écrouler dans l'air d'arriver, c'est le plus important.
- Coach
Allez Amandine, allez, c'est bien ça !
- SUEUR D'ESPOIR
Amandine remporte avec brio sa qualification pour la première étape de Coupe du Monde, accompagnée Camille Bened et Gilonne Guigonnat. Des courses où la réussite au tir a fait la différence.
- Amandine MENGIN
C'est pas pour rien qu'on s'entraîne tous les jours à tirer. C'est pas facile. Je sais qu'on dirait ça à la télé, mais je promets, c'est vraiment pas facile. On ne se rend pas compte, c'est très petit et on bouge beaucoup. La respiration, on est essoufflé, on a le cœur qui palpite dans tout le corps. Et mine de rien, il y a l'aspect stress d'être au pas de tir, de ne pas vouloir faire d'erreur. Si c'est une course à confrontation, c'est encore pire. T'as tout le monde qui mitraille à côté de toi. En vrai, c'est difficile. Il faut être polyvalent, c'est le but. Franchement, trembler en debout, je ne connais pas beaucoup de personnes qui ne vivent pas cet enfer. Quand je tremble en debout, j'ai ce réflexe de faire des squats. Ça me fait bouger les jambes, ça me fait changer un peu d'air. Je pense que c'est mental aussi de me dire « sort un peu de ton tir de seconde, fais quelques squats » . En fait, je pense qu'on ne se rend pas compte, on ne voit pas à quel point ça tremble. Mais la cible, au fond, elle est à 50 mètres, elle fait 11 centimètres. Franchement, comme sensation, c'est la pire chose. En plus, t'es là, tu paniques, tu te dis, là, je ne sais pas comment faire.
- SUEUR D'ESPOIR
Sur le pas de tir, là où le stress est au plus haut, être sorti de sa course par les concurrentes peut arriver très vite. Alors parfois, venir mettre la pression sur celle à côté de soi en tirant en premier est une chose dont ne se privent pas les athlètes.
- Amandine MENGIN
Ça nous arrive tant. En fait, c'est le principe. Mais tu joues avec les autres. Évidemment que si l'autre lâche sa première balle avant, ça va me stresser, je vais me dire « Je suis hors par là, ça ne va pas le faire. » Sauf qu'après, tu entends « Boum ! » Tu sais qu'elle n'est pas dedans. Tu regardes tout de suite la cible sur le côté. Parce que moi, dans mon « comment je dise » , je vois la cible des autres, ceux qui sont à côté. En vrai, c'est vrai que ce n'est pas un truc qu'il faut faire, mais moi, j'arrive. Je suis concentrée sur moi, mais je sais également ce que font les autres. J'arrive à dissocier le truc et à savoir où sont les autres. Du coup, quand l'autre a loupé, tu sais que ça te met une petite chance en plus. Mais en vrai, c'est capable de te déconcentrer si tu n'es pas capable après de te recentrer sur toi-même. L'autre, elle est déjà sur le pas de tir. Tu arrives, tu as envie de la déconcentrer, tu souffles à peine trop fort. Tu es là. Alors qu'en vrai, tu n'as jamais soufflé comme ça. L'autre, elle t'entend. Mais en fait, c'est que ça. C'est de l'intimidation. Le pas de tir, c'est la guerre. Tu sais, c'est chacun pour sa pomme. Dans le ski, tu sais que c'est le physique qui prime. S'il n'y a pas des bases, si l'autre pose une attaque, toi, tu n'es pas capable de suivre. C'est le physique, tu ne peux rien faire. Alors qu'en tir, si mentalement, tu l'as l'autre, c'est plus compliqué. C'est beaucoup plus compliqué.
- SUEUR D'ESPOIR
Il faut savoir qu'en biathlon, la bataille ne se fait pas que sur le pas de tir. Financièrement, évoluer en IBU Cup ne permet pas forcément de vivre de son sport. Sans diffuseur TV, ni... pléthore de sponsors, une prime de victoire rapporte 3 000 euros avant imposition et seules les 8 premières reçoivent une prime de l'ordre de 500 euros pour la 8e. Avec 9 étapes au calendrier, tant bien même qu'il y ait plusieurs courses pour chaque étape, le bilan est maigre. Pour comparaison, cette saison en Coupe du Monde, une victoire d'étape individuelle rapporte 20 000 euros avant imposition, soit presque 7 fois plus qu'une victoire en IBU Cup. Et en Coupe du Monde, ce sont les 30 premières qui reçoivent une prime avec 250 euros pour la 30e. Ainsi, le circuit IBU Cup doit surtout être un tremplin pour la Coupe du Monde si l'on veut pouvoir vivre de son sport.
- Amandine MENGIN
J'appelle à l'aide, je cherche évidemment des partenaires. Je n'ai pas assez de sponsors pour dire que ça me suffit. C'est mes parents, on va dire la vérité. C'est mes parents qui payent tout. c'est grâce à eux si aujourd'hui je fais du sport parce que moi j'ai rien, je gagne pas il y a plus zéro moins beaucoup, plus zéro c'est vrai qu'il y en a quand ils sont en équipe A ou qui performent en coupe du monde il y en a qui ont la chance d'avoir des contrats que ce soit militaire douane ou police moi c'est pas encore mon cas je suis pas assez forte pour pouvoir prétendre à ça il y en a qui ont des gros sponsors qui arrivent à leur financer une partie de la saison et voilà après c'est juste qu'il faut les résultats pour et il faut être patiente.
- SUEUR D'ESPOIR
Un besoin de partenaires nécessaire pour pouvoir se projeter sereinement sur chaque saison et continuer sa pratique. Car chaque année, des carrières de sportives et sportifs de haut niveau s'arrêtent à cause de l'aspect financier.
- Amandine MENGIN
Je pense qu'on est tellement dans notre truc qu'on ne se rend pas compte de la chance qu'on a de faire du sport de haut niveau, d'être aménagé comme ça, de vivre notre passion. Parce que vivre de notre passion, ce n'est pas le cas, moi personnellement, mais de vivre notre passion à fond, toutes les opportunités qu'on a. partir à l'international, rencontrer des gens incroyables de partout. En vrai, tu rencontres plein de gens tout le temps, tes collègues, enfin, on a une chance de ouf. Et je pense que c'est qu'une fois que on l'a plu, qu'on s'en rendra compte, je sais la chance que j'ai, pour autant, là maintenant, pour autant, j'ai rien perdu. Et je sais que si un jour ça n'avait plus existé, là je me rendrais compte du vite que ça va faire.
- SUEUR D'ESPOIR
Issu d'une famille avec des parents qui eux aussi ont été sportifs de haut niveau, Amandine peut compter sur leur soutien inconditionnel.
- Amandine MENGIN
Je sais que je serai redevable de leur redonner tout ce qu'ils m'ont donné, même si ça ne pourra jamais égaler tout le temps qu'ils y passent et tout. Mais ouais, franchement, sans eux, je pourrais me débrouiller, mais à 0%, allez, 5%. Franchement, j'ai essayé de travailler les étés. Mais en job saisonnier, c'est impossible. Les horaires, c'est compliqué pour s'entraîner. Donc, j'allais faire des ménages, j'allais faire du babysitting, j'allais voir des vieux à la maison de retraite. Franchement, je faisais des trucs où ça ne nécessitait pas d'avoir un horaire fixe. Et du coup, j'ai réussi à me payer des choses comme ça. Mais en vrai, maintenant, je n'ai même plus le temps. Je m'entraîne de trop. Et les seules fois où je ne fais rien, je suis tellement fatiguée que j'ai envie de me reposer. Et du coup, super. J'ai réussi à faire quelques babysitting pour pouvoir gagner un peu d'argent, mais ce n'est pas du tout suffisant. Le prix d'une saison, il est aberrant. C'est très, très coûteux. Et oui, mes parents, je ne pourrai jamais leur redonner tout ce qu'ils m'ont donné. Mais oui. Je ne dis pas. Un coût financier, je pense que ça peut arrêter beaucoup de carrières. Et moi, j'en connais à qui ça les a arrêtées. Ils ne peuvent pas continuer. Il y en a qui n'ont pas les moyens, simplement. Et moi, si je n'avais pas mes parents, ça fait bien longtemps que j'aurais arrêté le biathlon. Maintenant que je vois que je suis capable de faire certains résultats, évidemment que je ne vais pas m'arrêter maintenant. Mais franchement, je suis encore trop loin des résultats que les grandes marques recherchent pour pouvoir me sponsoriser et que je suis qui. donner envie que je les représente et en même temps je suis déjà bien trop avancé pour juste rien dépenser quoi donc en fait c'est un cercle vicieux. C'est un entre deux où là sans mes parents c'est un entre deux que je ne pourrais pas franchir quoi. À Arber, la première IBU, c'était tellement pas dans mon esprit mais j'avais gagné et Voldiya me dit tu vas devoir passer tes coordonnées bancaires du coup. J'ai dit comment ça ? Elle m'a dit tu viens de gagner de l'argent. J'ai dit je viens de gagner de l'argent avec ma performance là vraiment ? T'es sûre ? J'étais genre j'étais là papa maman je viens de gagner de l'argent. Avec ce qui vient de se passer là c'est la première fois de ma vie. Je viens de gagner de l'argent pour le fait que je m'entraîne tout le temps. Et du coup j'étais là waouh waouh je ne savais pas que ça faisait ça. C'est ouf. Ce n'est pas la plus belle récompense évidemment quand je ne bats pas pour l'argent. Mais purée j'étais là ça y est en fait. Les résultats, ça paye. Premier degré, la phrase a son sens.
- SUEUR D'ESPOIR
Quand on sait que la route est longue, chaque contre-performance peut être dure à avaler. D'autant plus dans un contexte aussi concurrentiel que celui en équipe de France. Alors lorsqu'une opportunité se présente, si l'on ne parvient pas à la convertir, il faut parfois attendre un an avant d'avoir à nouveau la porte ouverte. Monter pour redescendre l'étape d'après, puis remonter sans réussir à s'installer durablement. Et à nouveau redescendre, ce sont parfois des montagnes russes difficiles à encaisser. Des déceptions qu'a connues Amandine il y a deux ans. Une mauvaise passe maintenant transformée en expérience positive qui a contribué à sa maturité d'athlète.
- Amandine MENGIN
Tu remets tout en cause quand ça ne fonctionne pas. Tu cherches, tu ne trouves pas. Tu ne sais pas pourquoi. Tu tournes en bouclé, ça ne fonctionne pas. Mais pas, et t'es là. purée, je ne sais pas quoi faire. Mais bon, tu pleures un bon coup, tu pleures plusieurs fois un bon coup, puis tu espères. Savoir ce qu'on veut, être solide sur ses appuis et se battre pour ce qu'on souhaite, ça aide. Parce que déjà, on ne va pas facilement abandonner, on va aller rechercher le pourquoi. Juste ne pas baisser les bras directement à chaque obstacle, je pense que c'est... une grande qualité et surtout c'est nécessaire quand tu recherches à être la meilleure personne toi-même pour réussir dans le haut niveau.
- SUEUR D'ESPOIR
Amandine avait connu sa première Coupe du Monde la saison dernière lors de la dernière étape. Cette saison, c'est dès la première qu'elle va renouer avec la Coupe du Monde. Malheureusement, elle n'est pas parvenue à faire sa place pour l'étape suivante et est donc redescendue sur le circuit IBU Cup. Loin d'être une fin en soi, elle sait que le chemin est long. et peut s'appuyer sur l'exemple de Camille Benet, qui après de nombreuses difficultés dans sa carrière, a remporté le circuit Ibu Cup l'an passé, puis fait sa place cette saison en Coupe du Monde. Une solidité qui lui a même permis de décrocher son billet pour les Jeux Olympiques de Milan Cortina. Alors oui, la route est longue, mais celles qui s'accrochent à leurs rêves et qui continuent d'avancer avec passion finissent toujours récompensées. Amandine le sait, il faut avancer avec confiance. Une contre-performance d'un jour ne remet pas en cause son niveau et des années d'entraînement. C'est la fin de cet épisode, un épisode qui montre le long chemin que demande le haut niveau et que figurer parmi les meilleurs de son sport ne suffit pas toujours à pouvoir vivre de sa pratique. Dans ces situations, il faut s'accrocher car tout peut basculer très vite, dans un sens comme dans l'autre. Une histoire de détermination et de résilience qui finit bien souvent par payer. Alors allez soutenir Amandine Mangin ! Benjamin de cette équipe de France qui a pourtant déjà tout des plus grandes et soutenons tous ces athlètes qui dédient leur quotidien à essayer de vivre de leur passion, au prix parfois de moments en famille loin des siens.
- Amandine MENGIN
Ça fait bien longtemps que j'ai mis une croix sur Noël et Nouvel An. Noël, un petit repas avec la famille et Nouvel An, ça doit bien faire 4-5 ans que je suis au lit à 22h et que c'est les feux d'artifice qui me réveillent à minuit et après je les regarde et je me rendors. Je m'en remettrai.
- SUEUR D'ESPOIR
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