- Speaker #0
Aujourd'hui, dans ce nouvel épisode de Survivante, j'ai la chance de recevoir une femme dont l'histoire personnelle est devenue un véritable combat politique. Députée de Loire-Atlantique depuis 2017, elle est engagée depuis plusieurs années pour la santé et le droit des femmes. Mais au mois de novembre 2023, sa vie a basculé lorsqu'elle est victime de soumissions chimiques. lors d'une soirée chez un homme qu'elle connaît depuis longtemps. Elle décide alors de prendre la parole, de raconter ce qu'elle a vécu et de se battre pour que d'autres victimes soient mieux protégées. Son engagement aboutit notamment à un rapport parlementaire contenant 50 recommandations pour lutter contre la soumission chimique. Elle dénonce aussi les difficultés rencontrées par les victimes dans leur parcours judiciaire. le manque d'accompagnement et les conséquences psychologiques et financières des violences. Car derrière une agression, il y a souvent des années de reconstruction et un véritable combat pour obtenir justice. Aujourd'hui, elle poursuit son engagement à l'Assemblée nationale pour faire évoluer les lois et améliorer la protection des victimes. Pour parler de son histoire, de soumission chimique, de justice, mais aussi de ce qu'il reste à changer dans notre société, J'ai le plaisir aujourd'hui de recevoir Sandrine Jousseau.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci mille fois d'être là, car vous avez beaucoup à dire, car vous avez vécu personnellement une histoire incroyable, dont on parlait peu à l'époque, encore, et aujourd'hui les langues se délient un peu plus. Et vous allez pouvoir nous parler de la manière dont ça vous est arrivé, la manière dont vous avez réagi, et surtout, tout le parcours que vous avez subi pour vous faire entendre, pour déjà vous décider à porter plainte, et surtout, comment vous vous êtes battu, car c'est un parcours difficile, le parcours de victime. Et c'est pour ça que j'avais envie que vous soyez là, pour nous. Et pour vous aussi. Bonjour Sandrine
- Speaker #1
Jousseau. Bonjour Maître.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté mon invitation et merci d'être venue et de pouvoir nous parler de votre vécu et de votre parcours. Et aujourd'hui, où vous en êtes ? Alors, on va peut-être revenir un petit peu... sur la manière dont vous avez été victime, alors que vous n'aviez absolument pas conscience que ça pouvait vous arriver ?
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Et dans quelles circonstances ça vous est arrivé ? Et comment vous avez eu à un moment un déclic, je dirais, de survie pour vous protéger ?
- Speaker #1
Je suis toujours émue aussi... Quand je vous entends, ce n'est pas facile de parler de soi. Donc moi, j'aime beaucoup parler aussi des victimes qui se confient à moi. Et c'est vrai que ça fait des résonances par rapport à ce que j'ai vécu et ce que je continue à vivre. Et le titre de votre podcast, Les survivantes, c'est vraiment très juste. Parce que les victimes, elles sont extrêmement courageuses et elles vont puiser vraiment des forces pour tout. tenir debout malgré ce qu'elles ont vécu. La reconstruction peut être parfois très difficile. Et les victimes, elles ont vraiment besoin avant tout, bien sûr, d'être crues et d'être soutenues par toute la société. Et c'est souvent un parcours malheureusement semé d'embûches où elles manquent de soutien. Elles sont très souvent jugées. Parfois, elles vivent ça, parfois même comme une mort sociétale parce qu'elles peuvent perdre. Leur travail, avoir des complications, même dans leur vie personnelle. Dans leur vie,
- Speaker #0
pour leur santé aussi, psychologique. Tout à fait,
- Speaker #1
elles peuvent avoir des problèmes de santé. On peut aussi mettre dans tout ça les enfants des victimes, qui sont aussi des co-victimes. Et certaines femmes, moi je le vis aujourd'hui, le fait que je me batte pour d'autres femmes, pour la cause des enfants, pour tous ces droits humains. quelque part, on fait tout ce qui peut exister. On use tous les stratagèmes pour faire en sorte que je jette l'éponge. Et je suis très déterminée, et bien sûr, je garderai le cap. Mais c'est toutes ces perturbations qui sont au quotidien comme ce qu'on appelle de la victimisation secondaire.
- Speaker #0
Avant l'événement qui vous est arrivé, le triste événement qui vous est arrivé, vous étiez déjà sensibilisée aux droits des femmes, à la vie des femmes, aux difficultés qu'elles peuvent rencontrer, que ce soit dans leur travail, dans l'égalité des chances. Puisque vous étiez une femme politique, vous avez remarqué que c'est compliqué, un peu plus compliqué à certains moments pour les femmes et que... Oui,
- Speaker #1
d'accord. Ça, depuis toute petite. J'ai compris qu'en France, on fait une différence entre les hommes et les femmes. Et je ne me suis jamais dit que c'était quelque chose de normal. J'ai toujours quelque part compris qu'un homme et une femme, pour moi, on doit être sur le même pied d'égalité. Et bien que je le percevais, j'étais déjà très éclairée là-dessus parce que je ne comprenais pas pourquoi une petite fille devait se comporter de telle manière et qu'un petit garçon plutôt d'une autre manière. Je trouvais que la liberté d'être soi-même, c'était ce qui devait prioriser dans notre vie.
- Speaker #0
Donc vous avez déjà pris conscience, petite fille ? Et puis, vous avez fait des études, vous avez été compétitive avec les garçons, j'imagine. Vous avez pénétré dans ce monde politique qui est un monde probablement violent.
- Speaker #1
Très, très, très violent.
- Speaker #0
Très violent. Comment avez-vous pu résister ? De quelle manière vous avez pu vous comporter pour faire votre place, quelque part, depuis de si longues années ? puisque vous êtes en politique depuis de nombreuses années.
- Speaker #1
Alors, la première fois que je me suis engagée en politique, c'était en 2014, à l'occasion des élections municipales. Mais j'avais déjà d'autres engagements avant qui n'étaient pas des engagements politiques, qui étaient des engagements associatifs. Parce que j'ai eu une de mes filles, Louise, qui a eu un cancer quand elle avait 4 ans. Et à l'époque, Maintenant, elle a 18 ans, mais à l'époque, je me battais avec elle, avec les associations, avec les médecins de l'hôpital de Nantes pour faciliter la vie aux familles. J'étais déjà très engagée par la vie associative. À un moment donné, j'ai eu une sorte de déclic. C'était à l'occasion d'un événement particulier qui était le Noël des enfants malades. À l'époque, c'était François Hollande qui était président de la République. Et il avait invité, comme chaque année, les enfants malades avec les associations et les médecins. Donc j'étais allée là-bas avec ma fille. Et j'étais très touchée. C'était au mois de décembre. Il y avait en même temps un grand paradoxe parce qu'on était dans la salle des fêtes de l'Élysée. Donc, il y avait de la gaieté. En même temps, il y avait tous ses parents qui allaient voir François Hollande et Valérie Trier-Veller avec des dossiers sous le bras et qui faisaient part de toutes les injustices qu'ils vivaient dans leur parcours de parents, avec les souffrances des enfants. Et ça, ça m'avait beaucoup marquée. Et en sortant, c'était à la mi-décembre, je crois que c'était de l'année 2013, en sortant de l'Élysée avec Louise, j'ai repris le train. à la gare Montparnasse, et je suis passée devant l'Assemblée nationale. Et là, j'ai dit à ma fille, Louise, pour tous ceux qui ne peuvent pas, qui n'ont pas la santé, qui n'ont pas la force de se défendre contre toutes ces injustices, eh bien, un jour, j'irai là.
- Speaker #0
Extraordinaire.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Très prémonitoire.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Incroyable. Donc, ça a commencé comme ça, notre désir d'aider, en fait, d'accompagner les... Les personnes dans leur fragilité. Exactement. Et dans l'incompréhension de la société, quelque part.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Donc, vous commencez de cette manière. Et donc, il y a beaucoup de batailles quand même pour en arriver là où vous êtes arrivée.
- Speaker #1
Exactement. Parce qu'il y a tout un cheminement. C'est-à-dire que, comme moi, je suis fille d'agriculteur, je n'ai pas fait l'ENA. Voilà, je n'ai pas...
- Speaker #0
pas du serail.
- Speaker #1
Absolument, je n'étais pas du serail. Alors, je me suis dit, comment je vais faire en tant qu'autodidacte pour entrer en politique ? Alors, le premier pas, c'était s'engager tout simplement dans ma commune. À l'époque, j'habitais dans une petite commune à côté de Guérande, La Baule. Oui, oui, je connais. Une petite commune qui s'appelle Herbignac, où ont vécu mes ancêtres. Et là, j'ai d'abord été conseillère municipale. Et là, j'ai découvert, on va dire, la violence en politique, le jugement. Certains hommes, lorsque j'étais conseillère municipale, pouvaient dire que j'avais rien à faire. En fait, une femme n'a rien à faire en politique. Donc, c'est des choses comme ça, des petites phrases qu'on entend, qui pour moi me gênaient beaucoup. était loin d'empêcher de mes combats, la continuité de mon engagement. Et puis, à un moment donné, étant conseillère municipale, je m'intéressais aux futures échéances. Et c'est là qu'il y avait un candidat qui n'était pas président de la République, mais qui était de mon âge, de ma génération, Emmanuel Macron. Et j'ai lu son livre. Je me suis dit que c'était intéressant peut-être de le suivre. Et à un moment donné, il a demandé à ce que des femmes de la société civile entrent en politique.
- Speaker #0
Je me souviens.
- Speaker #1
Là, ça m'a fait... Un déclic.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ça m'a fait réfléchir. Et comme j'étais déjà conseillère municipale, j'ai reçu à l'occasion des vœux, c'était en fin 2016, début 2017, la carte de vœux du député qui m'a précédée. Et en fait, c'était encore les colonnades de l'Assemblée nationale qui étaient devant mes yeux. Et là, je me suis dit encore une chose. Je me suis dit, l'année prochaine, c'est moi qui l'envoie.
- Speaker #0
Donc, vous êtes déterminée,
- Speaker #1
très déterminée. C'est certainement une chance que j'ai d'être déterminée. Sûrement.
- Speaker #0
La preuve, c'est que vous avez su vous défendre aussi lorsqu'il vous est arrivé cette chose incompréhensible et qui arrive malheureusement souvent à des femmes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il y a des hommes, bien sûr, mais moi, j'ai surtout comme client des femmes qui se confient un peu moins les hommes et qui ont, comme vous, eu à subir ce type de violence. Alors, vous entrez en politique. Vous avez des amis du monde politique.
- Speaker #1
Exactement. Et vous faites confiance ? J'apprends les codes de la politique et je contribue. à faire élire un sénateur de mon département. Et donc, ce sénateur m'invite, en fait, à une soirée. C'était ce fameux 14 novembre 2023.
- Speaker #0
Et cet homme, vous le connaissiez ? Oui, parce qu'il était de mon département.
- Speaker #1
Je le connaissais depuis dix ans. Vous voyez, parce qu'il était déjà sénateur. Il avait déjà été... réélu une fois.
- Speaker #0
Vous le respectiez pour ce qu'il était,
- Speaker #1
pour ce qu'il avait fait. C'est quelqu'un que je voyais lors d'événements dans mon département et dans ma circonscription. Un ami en politique. Il m'avait dit on fêtera ma réélection à Paris, au Sénat. D'accord. Donc, il m'envoie après sa réélection un message me disant « Voilà, je vais t'inviter tel jour pour fêter ma réélection. » Donc, moi, poliment, j'accepte cette invitation. Et c'était donc le 14 novembre 2023. Je quitte l'hémicycle à 20h parce qu'à l'Assemblée nationale, en fait, il y a une pause entre 20h et 21h30 pour aller dîner. Et là, je quitte l'hémicycle pour aller fêter sa réélection. Et j'arrive chez lui et je suis la première. Et moi, je m'attendais à voir d'autres personnes. Mais je me suis dit, je suis peut-être en avance. Et déjà, ça me paraissait un peu bizarre. Et puis, il n'était pas dans une tenue de sénateur. Il était dans une tenue très... détendu, je ne sais pas comment vous dire, en jogging. Ce n'est pas une tenue habituelle, je trouvais ça assez étonnant. Il était très agité et il me demande, il me dit je vais t'offrir du champagne. Moi, je ne bois pas beaucoup d'alcool. Déjà, ça m'agace un peu qu'il ne me demande pas autre chose que du champagne. Mais bon, je suis polie. Je me suis dit, de toute façon, je ne vais pas rester longtemps, c'est une petite visite de courtoisie. Donc, je m'assieds dans un canapé, un peu comme celui-ci. Et donc, il va dans un petit recoin de la pièce où il y avait sa cuisine. Et voilà, il ramène des verres de champagne et je trinque avec lui. Et là, il insiste. pour que je boive, qu'on trinque une fois, une deuxième fois, etc. Je trouvais que cette insistance m'agacait. Je n'aime pas qu'on me dise comme ça qu'il faut que je mange, qu'il faut que je boive. Je trouvais ça très désagréable. Et puis, tout à coup, je sens des palpitations inquiétantes. Je sens que mes jambes tremblent, je vois tous les murs tourner. Et là, je me sens... très très très mal et j'avais comme une sorte de gêne et en même temps une sorte de honte. Je me disais, je perds pied, qu'est-ce qui se passe ? Et là, j'ose rien dire, mais il était toujours dans des comportements mais très insistants pour que je boive mon verre et il prend mon verre et il retourne dans sa cuisine avec mon verre. Et là, je me dis, il y a quelque chose qui ne va pas. Et j'ai l'idée de regarder ce qu'il fait dans la cuisine. Et je vois, en me déplaçant un peu, je vois qu'il tient à côté de mon verre un sachet, une sorte de sachet Ziploc. Et je me dis, mais c'est quoi ce sachet ? Et là, je panique. Je panique, mais je ne veux pas lui montrer. Je me dis, mon Dieu, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'il a mis dans ce sachet ? Et j'avais... peu de force, j'avais très soif, en plus envie de... Vraiment, la nausée. Et là, je me dis, il faut que je parte, il faut que je parte. Là, j'ai senti que j'étais vraiment dans un guet-apens. Et puis, il faisait des choses très bizarres. Il éteignait les lumières. Après, il rallumait. Et j'ai compris après pourquoi. C'est les médecins qui m'ont expliqué que c'était pour activer les effets de la vague. Vous savez, comme des scomboscopes dans les boîtes de nuit. Et j'attrape avec difficulté mon téléphone. Je vais sur une application pour commander un taxi. Et je vais chercher toutes les dernières forces qui me restent pour me mettre debout, pour ne pas tomber. Et il me poursuit en fait. Il me dit mais reste, on va s'amuser. Et là, j'étais terriblement agacée. Et je dis mais mon Dieu, non, il faut que je retourne travailler à l'Assemblée nationale. Parce que je devais reprendre. Moi, la séance reprenait à 21h30. Et donc, j'étais en train de vouloir partir de son appartement. Et j'étais au quatrième étage. Et il me disait, il me suivait sur le palier. Il me disait, tu prennes les escaliers. Quatre étages. L'état dans lequel j'étais, ce n'était pas possible, j'allais tomber. Il insistait. Et je lui disais, non, je vais prendre l'ascenseur. Et donc, pour aussi lui échapper. partir le plus vite possible. Et il vient avec moi dans l'ascenseur. Et là, j'étais en moi, j'étais en furie. J'étais en même temps très mal. J'avais l'impression que j'allais mourir parce que les palpitations, on va dire, s'amplifiaient. Et dans ma tête, je me disais, voilà, t'approche pas de moi, là, je vais être comme une panthère. Ça va très mal se passer. Je pense que... Je pense que j'ai vraiment utilisé les dernières forces que j'avais là pour avoir une posture presque d'attaque. Et donc l'ascenseur arrive au rez-de-chaussée, il me suit encore. Il me suit dans la cour de l'immeuble, c'était épouvantable. J'avais très peur de tomber, je regardais droit devant. Et il me suit dans la rue jusqu'au taxi. Et là, j'avais qu'une peur, c'est qu'ils viennent avec moi dans le taxi. Je me suis dit, là, je suis foutue. Et donc, je referme violemment la porte du taxi. On va dire, vous savez, vous êtes en panique, en fait. Et là, je m'écroule dans le taxi. Déjà, je commence à un peu mieux respirer, mais tout en étant en panique. Et j'appuie. j'appelle un collègue pour lui dire ce que je venais de vivre, un collègue qui le connaissait aussi. Et mon collègue me dit, mais qu'est-ce qui t'arrive ? Parce que je devais avoir une voix bizarre, t'es en train de faire un AVC. Et là, je me mets à pleurer, je lui dis, mais non, non, il a mis quelque chose dans mon verre. Le sénateur Guiriot a mis quelque chose dans mon verre. Il me dit, mais ce n'est pas possible. Qu'est-ce qui se passe ? Et je lui disais, viens m'aider à sortir du taxi. Je vais arriver à l'Assemblée nationale. Et lui, il était à l'autre bout de Paris. Il ne pouvait pas venir me chercher. Donc, je ne voyais pas très clair. Je me suis dit, il faut que je renvoie un message à quelqu'un que je connais à l'Assemblée, mon voisin d'hémicycle, pour que je puisse avoir quelqu'un qui vienne m'aider à sortir du taxi. Et donc, j'écris comme je peux un SMS où je dis, je suis toute tremblante, quelqu'un a mis quelque chose dans mon verre. Et là, mon collègue vient avec un autre, il me sort, il m'installe à un endroit. qui s'appelle la salle des conférences de l'Assemblée nationale. Et là, je leur dis, je vais mourir, je vais mourir. Quelqu'un a mis quelque chose dans mon verre. J'ai le cœur qui explose. Et j'étais en sueur. Et là, eux, ils paniquent. Ils se disent, mon Dieu, mais qu'est-ce que faire ? Donc, ils appellent le SAMU direct. Pourtant, il y a des pompiers à l'Assemblée. Mais là, ils ne savaient tellement pas quoi faire. Ils appellent le SAMU. Et le SAMU arrive comme ça à l'Assemblée nationale sans que qui que ce soit soit prévenu. Et donc le SAMU arrive, s'approche de moi. Il y avait d'autres personnes autour qui se demandaient ce qui se passe. Il y a plein de monde à l'Assemblée. Même des journalistes qui voyaient le SAMU arriver. Et donc là, l'équipe du SAMU commence à s'agacer de tous ces attroupements. Ils m'isolent en fait dans la... poste de l'Assemblée nationale et voilà, ils prennent mes constantes etc. Là je perds un peu je perds un peu la, on va dire, connaissance je ne sais plus trop ce qui se passait à ce moment-là je me rappelle juste qu'après ils m'ont fait passer par des souterrains de l'Assemblée et je suis allée dans cette ambulance je me rappelle aussi avoir vu la médecin de l'Assemblée Et j'expliquais que quelqu'un avait mis quelque chose dans mon verre. Et la médecin qui me connaissait depuis quand même de nombreuses années voyait bien avec les médecins du Samus, sur les signes cliniques que j'avais, les yeux complètement écarquillés.
- Speaker #0
Ça aurait pu être très dangereux encore plus. Voilà,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
Donc, et là, on vous fait des analyses de ce... Voilà,
- Speaker #1
on m'emmène à l'hôpital de la Riboisière. où il y a des possibilités de faire des analyses toxicologiques. Donc j'arrive comme tout le monde aux urgences. Et en fait, quand vous êtes comme ça sous les effets de la maladie, tout est décuplé. Et là, ils me font une prise de sang.
- Speaker #0
Et on se rend compte qu'il y a une substance ?
- Speaker #1
Pas tout de suite, en fait. Il faut quand même du temps. En attendant, j'ai un collègue qui vient me rejoindre parce qu'ils étaient quand même tout un groupe de collègues qui était un peu inquiets de ce qui m'arrivait. Et je crois que ce collègue, c'est le sénateur qui vient me poursuivre. J'avais tellement peur de tout. Et puis finalement, au petit matin, je passe une nuit sans dormir, en questionnant l'équipe médicale, en leur demandant... Mais ça arrive souvent que des gens viennent comme ça. Mais ils me disent, mais madame, plusieurs fois par nuit. Je me dis, mais comment c'est possible en fait qu'on soit passé à côté de ça ? C'est un fléau.
- Speaker #0
C'est un fléau dont on n'avait pas connaissance. Tout à fait. Très, très longtemps. Exactement. Et beaucoup de jeunes femmes, et moins jeunes d'ailleurs, se sont laissées complètement transporter dans cette horaire.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Sans se rendre compte, vous aviez quand même une lucidité que tout le monde n'a pas. Et vous aviez aperçu quand même qu'il avait un sachet avec lui, près du verre ? Oui, mais certainement,
- Speaker #1
je me dis, j'ai eu vraiment de bons instincts en fait.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Mais c'est un peu ma personnalité, je suis toujours curieuse. Curieuse dans le sens, j'aime beaucoup comprendre, j'aime beaucoup la logique. Il y a tellement des choses pas logiques. Quelque part, même si j'étais sous les effets de la drogue, J'enquêtais quand même dans ma tête.
- Speaker #0
Donc, vous avez la confirmation ?
- Speaker #1
C'est ça. Le résultat de la maladie. J'ai la confirmation. Et là...
- Speaker #0
Et quel est le produit qui vous a donné ? En fait,
- Speaker #1
c'est ce qu'on appelle de la L-A. C'est un dérivé d'amnésie.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc, le médecin me dit, oui, vous avez eu la dose, madame.
- Speaker #0
En plus.
- Speaker #1
Voilà. Donc, avec les résultats en main, qu'est-ce que je vais faire de ça ? Et donc je réfléchis avec mon collègue qui était venu prendre de mes nouvelles et on se dit, il faut appeler quelqu'un. On appelle la présidente de l'Assemblée nationale. Il est très tôt. Donc je commence plutôt à lui envoyer un message SMS et en lui disant de me rappeler que c'est urgent. Et donc elle me rappelle et je lui explique. Avec tant bien que mal, avec la fatigue que j'avais, ce qui m'était arrivé m'a dit il faut aller porter plainte. Donc là on quitte l'hôpital de la Riboisière, on va juste à côté de l'Assemblée Nationale dans le 7ème au commissariat. Et heureusement, j'étais avec quelqu'un avec moi. C'est important d'avoir quelqu'un avec soi quand on porte pas comme ça.
- Speaker #0
Vous avez eu de la chance d'avoir quelqu'un. Parce qu'à l'heure où ça s'est passé, c'était pas évident que les gens soient disponibles. Et vous avez réussi à parler aussi.
- Speaker #1
Exactement. Et ça, c'est vraiment très important. Si vous êtes témoin de toujours être à côté des victimes, tout le temps, tout le temps, jamais les laisser seules. On sait jamais ce qui peut se passer. Et ça donne de la force d'avoir quelqu'un à côté de soi. Et puis, c'est tellement sidérant. Vous vous rendez compte, un ami de 10 ans, en fait, vous avez le choc de la donne qui vous a été mise comme ça à votre insu. Vous avez le choc de savoir que cette personne en qui vous avez confiance vous a fait ça. En fait, là, le traumatisme s'installe. C'est-à-dire que... Là, c'est traumatisant. Déjà, ça y est. Là, vous êtes vraiment dans un état de sidération. C'est une énorme épreuve, en fait, de confiance en l'autre. Et de là, je commence à raconter mon histoire à l'officier de police judiciaire qui écoutait vraiment bien. Et lui commence aussi à... on va dire, à paniquer, en fait. Il me dit, oh là là. Et donc, il appelle un de ses supérieurs hiérarchiques. Et finalement, la suite, c'est que la police judiciaire vient me chercher dans ce commissariat.
- Speaker #0
Donc là encore, vous avez eu de la chance.
- Speaker #1
Là, j'ai eu de la chance parce que j'ai été crue. J'avais quelqu'un à côté de moi. J'avais un officier de police qui a eu quand même les bons réflexes, qui m'a cru, qui m'a écoutée. Et là, je vais dans la voiture. C'était deux brigadières. Et j'arrive à Venue du Maine, à côté de la gare Montparnasse. Et elle m'installe dans un bureau. Et là, je vois des femmes. Ça m'a impressionnée, ça m'a rassurée. Bienveillante, formée, formée. Tout ce que je disais, elles savaient me poser les bonnes questions. J'arrivais facilement. Elles ont réussi à établir un lien de confiance. Vous savez, comme un animal, j'étais complètement terrorisée. On est vraiment dans nos instincts primaires à ce moment-là. Donc j'arrivais, grâce à leur comportement qui était vraiment très empathique, à répondre à leurs questions. Jusqu'à un moment où... où je leur dis, voilà, j'ai vu qu'à côté de mon verre, il tenait un sachet. Et j'ai vu que ce sachet, il l'a rangé dans un tiroir sous le plan de travail de la cuisine. Et là, on dit, ok. Donc là, c'est quelque chose qui devrait être fait systématiquement.
- Speaker #0
Systématiquement, ce qui est prévu d'ailleurs. Voilà, là, elles ont l'idée, elles se disent, là,
- Speaker #1
il faut faire une perquisition. Et donc, moi, je ne comprends pas tout, mais je vois bien qu'elle passe un coup de fil, elle sort. Et donc, elles me disent, bon, voilà, on va tout relire votre déposition. Voilà, vous allez la signer. Et puis, nous, on va aller perquisitionner chez le sénateur. Et donc, elles partent. Et je suis prise en main par une autre équipe qui m'emmène dans un laboratoire pour me faire une analyse des cheveux. Parce que vous savez, dans les cheveux...
- Speaker #0
En fait, vous avez toute votre boîte à pharmacie, on sait tout ce que vous avez pris. Bien sûr,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Et donc, elle m'emmène dans un autre laboratoire dans Paris. Et moi, j'avais pas dormi, pas mangé. Il me restait juste des bouts de chocolat dans mon sac. J'essayais de tenir comme ça. Et là, c'est très dur parce que vous avez une personne qui vous dit on va vous couper des cheveux. Donc, en fait, on coupe l'équivalent de trois fois, à trois endroits, comme ça, dans votre tête. Et ça fait mal, parce que je pense que c'est toute la symbolique, en fait. C'est très dur, en fait, dans ces moments-là, d'être déjà fragilisé, vulnérable et encore de subir ça. Et puis en même temps, d'être tellement, on va dire... assommé par ce qui vous est arrivé. Et voilà. Après, ces personnes me disent on va vous ramener chez vous. Donc, moi, j'ai un pied-à-terre tout près de l'Assemblée nationale. Elles ne me déposent pas juste devant. Parce que, voilà, quand vous êtes dans une voiture de police, un peu de discrétion, donc elles me déposent un peu plus loin et regardent si j'arrive bien à rentrer chez moi. Et là, en fait, j'appelle ma fille aînée qui était avec son compagnon et je lui dis il faut que je te vois, il faut que je te vois, j'ai pas mangé depuis je sais pas combien de temps, il faut qu'on dîne ensemble, il faut que je te raconte quelque chose. Donc elle vient et je lui explique tout ça. Et donc elle me dit maman... tu vas y arriver, elle me rassure. Donc, c'est très agréable de se sentir aussi soutenue. Et puis, après, tout s'enchaîne. On m'appelle le lendemain matin, on me dit « Madame, il est en garde à vue, est-ce que vous acceptez la confrontation ? » Confrontation ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Et en même temps, je me dis, mais oui, de toute façon, il faut que j'aille jusqu'au bout. Il faut que je prenne sur moi. Et oui, donc voilà. Donc, c'est tout un système qui s'emballe. Il faut que vous soyez accompagné d'une ou d'un avocat. Donc, moi, je n'avais pas d'avocat. En fait, vous êtes déjà très épuisé. Puis, il faut penser à tout ça. Démunir. Démunir complètement. Donc je demande de l'aide à mon président de groupe à l'Assemblée nationale, je trouve un avocat. Oui,
- Speaker #1
parce que vous avez des connaissances et donc vous êtes aussi dans une situation privilégiée, ce qui n'est pas le cas de toutes les victimes.
- Speaker #0
Ben non, et c'est pour ça qu'elles doivent être accompagnées systématiquement dès le départ, parce que si les choses sont bien faites dès le départ, on va mieux collecter les preuves, la déposition va être mieux faite, vous savez, tout ça c'est très important.
- Speaker #1
Donc la confrontation a lieu. C'est difficile pour vous ? C'est éprouvant ?
- Speaker #0
La confrontation a lieu. La confrontation, c'est extrêmement éprouvant. Ça a duré deux heures. Évidemment, j'ai pleuré. Vous avez en fait votre agresseur qui est... Souvent, c'est dans des toutes petites pièces. Il est juste à côté de vous. Donc, c'est d'une violence. et voilà c'est Il faut aussi se dire que parfois, on peut ne pas être prêt à vivre ça.
- Speaker #1
Tout à fait. Il est dans le déni ou pas ?
- Speaker #0
Les femmes qui ne peuvent pas, ou les victimes qui ne peuvent pas accepter la confrontation, parce que c'est très, très violent. Et ça, je me bats aussi pour que les victimes puissent avoir le choix et qu'elles puissent être accompagnées au mieux et préparées à cette confrontation. Savoir où ça va se passer, comment ça va se passer, à quoi s'attendre. Tout ça, la préparation des victimes, c'est très important, encore une fois, dans le parcours judiciaire.
- Speaker #1
Il est dans le déni lors de cette confrontation ? Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Ça, il faut quand même le dire à la France entière et au monde entier. et on va faire une sorte de li-li-e. Les auteurs, comme ça, ils sont tout le temps dans le délit.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ils sont dans la surpuissance. Il ne faut pas rêver. Quelqu'un qui avoue, mais c'est une fois tous les... Je ne sais pas combien. Nous sommes bien d'accord. Donc, il faut bien connaître... À partir de là,
- Speaker #1
on vous croit quand même.
- Speaker #0
Oui, oui, oui.
- Speaker #1
Oui, donc vous avez... Oui, oui, oui. Tout à fait. Il y a une suite.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Donc... Moi, je raconte les faits de manière très factuelle et ça, c'est très important. Pas de commentaires. En fait, il faut être très factuel.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et ça, les victimes, elles ne savent pas. Il faut dire les choses de manière très factuelle. À partir du moment où les choses sont factuelles, vous voyez, ce sont des codes dans tout le parcours judiciaire. Ça permet de qualifier les faits.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et ça, c'est vraiment un conseil à donner. à toutes les victimes, aux personnes qui accompagnent les victimes, soyez factuels. C'est vraiment une des clés qui fera que votre plainte va pouvoir aussi avoir plus de chances d'être retenue. Parce que sinon, on a la fameuse phrase que ça n'a pas été possible de caractériser les faits. Et effectivement, il y a un classement sans suite. Donc ça, le côté... très factuel, ça, il faut vraiment, vraiment l'entendre. Donc là,
- Speaker #1
commencez votre parcours. Vous arrivez à vous faire entendre à nouveau.
- Speaker #0
Alors, mon parcours, alors attendez, parce qu'après ça, on n'est pas bien. Médicalement, on vit ce qu'on appelle le psychotrauma. Moi, je ne savais pas ce que c'était. En fait, vous perdez complètement possession de votre corps, de votre... En fait, l'agresseur, il a réussi à coloniser votre cerveau, votre corps, vous avez peur de tout, c'est comme s'il était perpétuellement en vous, vous sursautez pour rien, vous vous méfiez de tout. Vous voyez, c'est tout ça, ça fait comme si vous aviez eu presque un AVC dans votre tête et après vous n'arrivez plus à vous rappeler de certaines choses. Quand vous avez des situations stressantes, vous vous dissociez, vous êtes à côté de votre corps. La fameuse expression « à côté de ses baskets » , c'est ça en fait. Et c'est plein de problèmes cognitifs. Je vous donne un exemple très précis sur les problèmes cognitifs. Ça peut être, par exemple, moi quand je suis allée chez lui, j'ai dû faire un code. Et après, quand j'étais devant un digicode, je... Je ne savais plus comment faire. Vous voyez, c'est plein de problèmes comme ça, le psychotrauma. Donc, un enfer au quotidien. Après, dès que je voyais des escaliers, j'étais terrorisée. Donc, en fait, il faut imaginer, toutes ces victimes, si elles ne sont pas accompagnées dans ces moments-là, elles ne prennent plus les escaliers. Elles perdent confiance en elles parce que devant un digicode, elles ne savent plus quoi faire. En fait, tout ça. Et si, en plus, la société peut se moquer. des victimes qui sont presque dans des situations de vulnérabilité. C'est tellement déstabilisant. La victime perd confiance en elle. Heureusement, il y a des professionnels qui peuvent accompagner les victimes. Il faut se battre pour que ces victimes... elle soit accompagnée. C'est ce qu'on a fait dans la loi intégrale parce qu'on a voulu vraiment un accompagnement pour qu'il y ait une prise en charge par la caisse primaire d'assurance maladie du parcours médical, l'accompagnement psychologique des victimes. C'est un parcours très long.
- Speaker #1
Très long et qui peut être encore plus traumatisant que ce que vous avez vécu. Sans diminuer ce que vous avez vécu. Mais il y a parfois des passages à l'acte avec des viols. il aurait pu aller encore plus loin dans ce qu'il nous a fait subir. En fait,
- Speaker #0
j'ai envie de vous dire...
- Speaker #1
Ça aurait été pareil.
- Speaker #0
En fait, voilà, c'est ça. C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre, c'est que... Quand quelqu'un, quand un individu veut faire du mal à un autre individu.
- Speaker #1
Oui, il peut le faire de diverses manières.
- Speaker #0
À partir du moment où il y a eu l'intention. En plus, là, avec la soumission chimique, il y a aussi la préméditation.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et très souvent, il y a quand même des choses préméditées. En tout cas, rien que l'intention fait que la victime est traumatisée, il y a un psychotrauma derrière. Et après... Vous avez raison, il y a ce qu'on appelle de la victimisation secondaire dans le parcours des victimes. Alors ça peut être de la victimisation secondaire à plein d'endroits. Quand une victime parle, on va presque lui reprocher d'avoir parlé. Donc ça peut être de la victimisation secondaire au niveau de son cercle familial.
- Speaker #1
Professionnel, vous ?
- Speaker #0
Tout à fait, ça peut être son cercle professionnel. la victime elle peut... Elle peut perdre son emploi. C'est tout ça. Elle peut se faire rejeter de sa famille. Par exemple, j'ai eu une tante qui, après que ça m'est arrivé, elle m'a appelée. Elle m'a dit tu mets la honte sur la famille. Vous voyez ? En fait, c'est tous ces mots comme ça. Et en fait, c'est la victimisation secondaire que subit la victime. Alors, vous avez envie de vous réparer et à chaque fois, il y a quelqu'un qui vous met, on va dire... Presque la tête sous l'eau, encore une fois. Donc, c'est tout ce parcours avec aussi tout, au moment où vous avez envie de porter plainte, vous avez aussi toute cette violence économique, parce que ça coûte, bien sûr, très cher d'être accompagné. Oui,
- Speaker #1
donc vous prenez un avocat à ce moment-là, et ça coûte cher.
- Speaker #0
C'est normal, parce que les avocats font pour le mieux pour vous accompagner. pour vous accompagner tout au long de la procédure. Ça prend du temps, ça prend beaucoup d'heures, beaucoup d'attention. Avec des avocats de la défense qui, eux, jouent le jeu d'utiliser tous les leviers. Donc, ils vont aussi vous faire faire des frais en plus parce qu'il y a des renvois, des incidents, des nuités, etc. C'est tout un mécanisme. de violences économiques qui arrivent. Et puis après, il peut y avoir aussi des violences institutionnelles. Par exemple, vous savez, en fait, en France, il y a pour les fonctionnaires de la fonction publique, pour les élus, pour les maires, pour les députés, il y a ce qu'on appelle la protection fonctionnelle. C'est un dispositif qui est censé aider, en fait, la victime à payer ses frais de justice. Eh bien, moi-même, au départ, je ne savais pas qu'il y avait la protection fonctionnelle parce qu'il y a aussi plein d'informations qu'on ne donne pas aux victimes. D'ailleurs, là, dans la loi intégrale, on a demandé à ce qu'on informe les victimes de leurs droits, notamment de la protection fonctionnelle. Et la protection fonctionnelle, eh bien, elle n'est pas adaptée en France. C'est-à-dire qu'en fait... On donne un espèce de barème et on dit voilà, elle aura, on va dire, un peu de protection fonctionnelle, mais pas en totalité. Donc en fait, tout ça fait que la victime, moi en l'occurrence par exemple, je me retrouve à avoir une toute petite protection fonctionnelle, mais toute l'autre partie, c'est un effrayant.
- Speaker #1
Vous la prenez en charge. Ceux qui n'ont pas les moyens, toutes ces victimes, finalement, au bout d'un moment, abandonnent.
- Speaker #0
Elles abandonnent, elles jettent l'éponge. Et puis, vous voyez, même moi, OK, je suis députée, mais je suis maman solo. Je n'ai pas de filet non plus. Et en fait, je subis toutes ces violences économiques aussi. Vous voyez ? Puis après, il y a des choses qui peuvent aller beaucoup plus loin. Parce que, attention, quand on parle, l'effet boomerang de ça, de parler, Vous pouvez... Avoir des gens qui vous tournent le dos.
- Speaker #1
Bien sûr, mise à l'écart.
- Speaker #0
Mise à l'écart, marginalisée. Et en plus, vous savez, moi, il y a quelques mois de ça, en début d'année, il y a eu le procès du fameux sénateur. C'était au mois de janvier.
- Speaker #1
Au mois de janvier 2026 ?
- Speaker #0
Tout à fait. D'accord. Oui,
- Speaker #1
donc il faut quand même un certain temps entre les faits et le procès. Tout à fait.
- Speaker #0
Donc, il y a toute une préparation. Vous avez le temps de subir beaucoup de victimisation secondaire, de violence institutionnelle, de violence économique, etc. Et le procès,
- Speaker #1
vous revivez complètement ce qui est passé. Et c'est encore un traumatisme.
- Speaker #0
Exactement. Et vous voyez, une chose qui m'a beaucoup choquée, par exemple, au tribunal de Paris, vous arrivez... au tribunal, et vous avez inscrit d'un côté toute une phrase, toute la tirade sur la présomption d'innocence. Et il n'y a rien sur la présomption de victime. Rien. Et donc, vous voyez, déjà, on vous conditionne, rien qu'à l'entrée du tribunal, on vous conditionne sur le fait que, quand même, l'auteur, il y aura quand même la présomption d'innocence. Vous voyez un peu comme les choses... sont violentes, en fait.
- Speaker #1
Sont inversées.
- Speaker #0
Complètement. Donc, vous imaginez la culpabilité. Alors, après le procès, après quand vous êtes... Moi, je tremblais quand je suis rentrée dans la salle d'audience parce qu'il faut être de nouveau confrontée à votre agresseur. Et puis, c'est très mal fait, parfois, le placement. Moi, le premier jour, j'étais en face de lui. Vous imaginez ? Et le premier jour, quand j'ai dû aller à la barre, il était... juste à 50 cm de moi. Est-ce qu'on n'aurait pas pu mettre ce sénateur au moins beaucoup plus loin dans la salle ? Non. En fait, on le laisse juste à côté de vous.
- Speaker #1
Il faut être extrêmement fort, extrêmement courageux pour aller jusqu'au bout de ce combat, parce que c'est un vrai combat.
- Speaker #0
C'est un combat. Et attendez, c'est pas fini. Et ça, c'est très important. Et ça, maintenant, je me bats aussi pour ça. Quand vous avez dénoncé quelqu'un, Même, par exemple, lorsqu'il a été condamné. Parce qu'il a été condamné à 4 ans de prison, dont 18 fermes. Il fait appel. Encore une fois, c'est classique. Mais attention, je me suis rendu compte qu'il y a beaucoup de gens qui ne sont pas contents qu'il soit condamné. Et en fait, ces gens-là se mettent ensemble. Ça s'appelle le mobbing, ça s'appelle comme ça en anglais, mais c'est du harcèlement de meute. Et en fait, j'ai eu toute une organisation autour de moi qui s'est bien mis d'accord pour me faire payer de l'avoir condamné. Alors, ça s'est joué dans mon cercle professionnel, au sein de mon cabinet. On a utilisé une de mes collaboratrices contre moi. Mon suppléant, un autre de mes collaborateurs, qui ont profité de cette occasion pour tout faire pour que je perde la garde de mon fils, qui se sont organisés. En fait, vous savez, c'est comme je m'occupe beaucoup de la soumission chimique et je m'occupe beaucoup des droits des femmes et des enfants, eh bien, je suis devenue, dans leur tête, une mauvaise mère. Donc... Il fallait tout faire pour me faire perdre la garde de mon fils. Vous voyez un peu comment les choses s'organisent. C'est d'une violence extrême.
- Speaker #1
C'est-à-dire que ça ne se termine pas au feu. Il y a l'après, le pendant, l'après, le parcours. Vraiment un parcours de combattant.
- Speaker #0
Toujours, tout au long, en fait. Et donc, c'est pour ça, moi, je suis déterminée. Je suis déterminée pour toutes celles qui ne peuvent pas aller au bout. Parce que ce que je vis, c'est aussi ce qu'elles vivent. Et je suis absolument admirative de ces victimes qui continuent à tenir bon.
- Speaker #1
Moi aussi.
- Speaker #0
Et quoi qu'elles aient fait, parfois elles se confient à moi parce qu'elles savent que je vais les comprendre. Mais vraiment, comprenez bien qu'une victime qui parle, elle devrait être applaudie de partout. C'est-à-dire qu'elle protège d'autres personnes qui pourraient être des victimes de cet auteur-là.
- Speaker #1
Tout à fait. Donc il faut leur donner toutes les conditions pour qu'elles puissent parler en toute quiétude, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Et vous en êtes un exemple précis.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Merci mille fois. Nous avons le même combat et on pourra échanger éventuellement là-dessus, parce que tous les jours, je reçois des femmes qui ont été malmenées, qui ont été victimes et qui ne sont pas reconnues en tant que telles, car leurs auteurs ou leurs bourreaux n'ont pas été condamnés. Elles ont en plus cette lourdeur à supporter. C'est vraiment un fagot qu'elles porteront toute leur vie, car elles n'ont pas été reconnues.
- Speaker #0
C'est très violent.