Speaker #0Hello ? Ouais, salut, élia, c'est Jean-Michel Manager, ça va ? Je t'appelle parce qu'on va répondre à un appel d'offre, là, et j'ai pensé à toi pour manager la future équipe. Ok pour toi ? Super, on en reparle très vite, ciao ! Ça, c'est un coup de fil de mon boss, qui a duré exactement 30 secondes, que j'ai reçu à l'époque où je bossais dans la com. Il travaille sur un appel d'offres et il me propose, si l'agence gagne le budget, de manager la petite équipe. Et je m'entends lui répondre oui, alors que je pensais non. Ce oui, que je dis de façon automatique, a failli me coûter très cher. C'est pour ça qu'aujourd'hui, j'ai envie de vous parler de quelque chose qui paraît simple, et qui peut changer une vie, prendre conscience de ses limites et apprendre à dire non. Allez avouer, ça vous est déjà arrivé de dire oui alors que vous pensiez non ? Moi, souvent. Parfois, c'est pas grave. On dit oui à mamie pour le goûter de Noël, on n'avait pas envie, mais bon. Mais parfois, notre incapacité à dire non a de vraies conséquences. Moi, ça m'a même mise en danger. Je vais vous expliquer pourquoi et la leçon que j'en ai tirée. Donc au menu de cet épisode, pourquoi c'est si simple pour une tierce personne de m'imposer des choses ? Qu'est-ce qui se cache derrière ma peur de dire non ? Et pourquoi je me sens coupable ? Et surtout, comment faire pour ne plus me retrouver dans cette situation ? Bienvenue dans T'as changé, le podcast des femmes qui arrêtent de s'excuser et qui apprennent à s'affirmer. Je suis Célia, je suis coach et femme toujours en mouvement. On part sur un petit peu de contexte. J'ai conscience depuis longtemps de ne pas poser suffisamment de limites, d'être très, voire trop conciliante. Faire les études qu'on me demande de faire, me conformer aux attentes des autres, être celle qu'on appelle quand ça va pas, la fille fiable quoi, celle sur qui on peut compter. J'ai même un souvenir qui remonte à la maternelle. Remise des cadeaux de Noël, deux options pour les filles, un sèche-cheveux ou un couffin. Je ne m'étends pas sur le côté sexiste des cadeaux, ça peut faire l'objet d'un autre podcast. Ce dont je me souviens, c'est que j'étais super contente d'avoir une couffin, mais que ma voisine s'est mise à pleurer. Elle ne voulait pas du sèche-cheveux pourri. À qui on a demandé d'échanger ? Bah à moi ! Et je suis repartie avec le cadeau moche sans moufter. Allez, on sèche nos larmes, il y a des histoires plus tragiques dans la vie. Sauf que, il semblerait que quelques 45 ans plus tard, je sois toujours cette gamine qui n'ose pas dire non. Et c'est cet événement lié à ma vie professionnelle, que j'évoque dans l'intro, qui m'a fait prendre conscience de l'impact de mon incapacité à dire merci, mais non merci. A l'époque de ce fameux coup de fil, je suis enfermée dans un job que je ne supporte plus. Je sais que je suis arrivée à un point de non-retour. Ce job, cette vie, je ne peux plus continuer comme ça. Introspection, réflexion, formation. Je m'engage dans une reconversion pour devenir coach. Mais je ne lâche pas mon boulot, je me forme le soir, j'en informe même ma hiérarchie qui est plutôt ouverte sur le sujet. Donc quand je reçois cet appel de mon boss, je travaille d'arrache-pied sur ma formation, je construis ma vie future et c'est vital pour moi. Alors pourquoi ? Mais pourquoi j'ai dit oui ? J'en veux pas de son poste de manager. Deux secondes après avoir accroché, je prie pour que l'agence ne décroche pas de budget. Et là je me dis qu'il y a quand même un gros souci. Je me sens au pied du mur, il faut vraiment que j'affronte mes contradictions. Alors je creuse. C'est pas la première fois que je me retrouve dans cette situation. Mais j'ai réalisé à ce moment-là que mon incapacité à dire non me posait vraiment problème. Je laissais les autres décider pour moi. Je réfléchis aux mécanismes de pensée et aux croyances qui m'ont amenée à cette situation. Et déjà, il y a un élément qui se profile, j'ai peur. J'ai peur d'être jugée. Manager, c'est le rêve d'une vie, non ? Mais qui refuse une promotion qui va faire l'objet d'un poste triomphant sur LinkedIn ? J'ai le plaisir de vous annoncer que j'occupe désormais le poste de manager chez Tartampion et recevoir plein de likes et de congratulations de gens que je ne connais même pas. J'ai peur aussi de ne plus être appréciée si je ne fais pas plaisir à ma hiérarchie. Mon employeur a besoin de moi, je ne peux pas lui faire ça, quitte à mettre mon bien-être, ma santé mentale en péril. C'est ma mission ! Je ne vais quand même pas le laisser dans la panade avec le futur client. Sauf que c'est moi qui suis dans la panade et qui m'y suis mise toute seule. J'ai été incapable de dire non et d'expliquer pourquoi. Or, cette non prise de position me met en danger. L'enjeu est terriblement important pour moi. Je dois donner une nouvelle orientation à mon avenir professionnel. Et en acceptant un potentiel nouveau poste, je m'éloigne de mon but. Car soyons clairs, j'avais dit oui et pour moi, il était impossible de revenir en arrière. Donc la situation m'échappait totalement. J'avais donné à mon manager un oui par défaut, un oui de survie, un oui par habitude. Je n'ai pas su lui faire entendre mes priorités. Et donc c'est bien moi qui suis responsable de la mouise dans laquelle je me suis mise. En lui disant oui, je me suis dit non à moi. Ok, donc ça, j'ai compris. Alors c'est quoi la suite ? Je comprends qu'il faut que j'envisage les choses autrement, que j'arrête de réagir en fonction des désirs des autres, que j'identifie ce qui est ou pas de mon ressort et que je me concentre sur ce que je peux vraiment maîtriser, mes choix, mes paroles, mes limites, mes décisions. Donc là déjà, je vois les choses différemment. Mon boss ne m'a pas proposé le job par pure bonté d'âme. S'il m'appelle, d'une c'est qu'il juge que j'en ai les capacités, et accessoirement, il a besoin de mettre quelqu'un sur le trombinoscope. Il me propose un poste parce qu'il a une problématique, répondre à la demande d'un potentiel futur client. La mienne de problématique, c'est d'arriver à savoir si j'en ai envie ou pas, et d'arriver à l'articuler. Et là, soit on se rencontre, soit on ne se rencontre pas. Tout ça m'amène à une réflexion plus large sur ma sphère personnelle. Forcément, ma formation en coaching m'ouvre les yeux. Le verdict est sans appel. À trop vouloir me conformer aux attentes des autres, j'en oublie mes propres aspirations. Et j'ouvre les yeux sur une foultitude de situations qu'on rencontre au quotidien, tous ces moments où on ne s'écoute pas, des petites choses qui peuvent paraître anodines, mais qui au final, nous bouffent la vie. Cette soirée où on n'a pas envie d'aller par exemple, et où votre pote vous a à l'usure. Mais t'avais dit que tu gênais, tu vas pas me lâcher. Et hop, un petit coup de culpabilisation, sur des gens comme nous, ça marche bien. Résultat, vous rentrez crevé à 4h du mat. Votre pote a passé une super soirée, pas vous, mais c'est pas grave, si ? Ou cet ami qui vous pompe votre énergie, qui vous parle de lui pendant une heure au téléphone et qui raccroche en disant « Bon ben j'ai été content d'avoir de tes nouvelles ! » Ça vous colle des sueurs frades quand vous voyez son numéro s'afficher, mais vous décrochez quand même. « Bah oui, il est sympa de m'appeler ! » Je pense aussi à plein d'autres exemples que j'ai pas forcément vécu, mais qui ont aujourd'hui une autre résonance. Difficile par exemple de refuser de rendre service quand on est célibataire. Mais tu peux prendre les petits ce week-end ? On a vraiment besoin de se reposer et toi t'es peinarde toute la semaine, donc bon, ouais d'accord, enfin bon j'aime bien avoir mes week-ends quand même. Mais on dit oui pour pas passer pour une méchante tata qui aime pas ses neveux. Alors les parents ils vont passer un bon week-end, pas vous. Mais c'est pas grave. Si ? Ou encore cette collègue qui n'a pas d'enfant, à qui on dit tous les ans « ça ne te pose pas de problème que je prenne mes vacances sur juillet-août, parce que bon, comme tu n'as pas d'enfant, tu n'as qu'à prendre tes congés d'été en décembre, les campings sont moins chers, tu as du bol » . Soit on dit oui et on passe un week-end ou des vacances pourries, soit on dit non et la plupart du temps, on s'invente une excuse. « Je ne peux pas, j'ai piscine, mon chien est malade, je dois promener ma mère » . Bref, on se sent obligé de se justifier. C'est pas glorieux mais c'est souvent notre seule façon de s'en sortir. Parce qu'on ne veut pas blesser, passer pour une égoïste, qu'on a peur du conflit et au final parce qu'on a peur de ne pas être aimé dans le fond. Alors, c'est pas grave ? Bah si ! Se faire trimballer par le désir des autres, c'est le meilleur moyen de passer à côté de sa vie. Et donc j'ai appris un truc essentiel. Tous ces petits arrangements avec soi-même et les autres, ça pompe toute notre énergie et on ne se concentre pas sur l'essentiel, nous-mêmes. Bon, et c'est devenu quoi cet appel d'offres ? Je vais quand même vous le dire. Alors, alléluia, on a perdu. Mais j'ai eu chaud. C'était pile ou face, évidemment. Et quand mon boss m'a annoncé la triste nouvelle, et que je me suis littéralement entendue mentir à base de « Oh là là, mais oui, quelle déception ! » Je me suis dit « Célia, plus jamais tu te retrouveras dans une situation pareille. L'évitement, c'est clairement pas la solution. » Alors, qu'est-ce qui a changé ? Ce travail sur mes limites, ça a été une révélation. Première petite victoire. Quelques mois après cet épisode appel d'offres, j'ai mon entretien d'évaluation. Et quand mes boss m'ont demandé, oui j'avais plusieurs boss, « Alors, t'es prête à continuer avec nous ? » J'ai répondu non. Claire, nette, posée. Sans agressivité, mais sans équivoque. J'ai bien vu leur tête, je savais que je prenais un risque, mais je l'ai assumé. Et j'ai ressenti un sentiment de puissance et de liberté incroyable. J'apprenais à à dire je. Je me montrais purement authentique. C'est pas eux que je rejetais, ni l'entreprise. J'avais rien à leur reprocher au fond. C'est juste que moi, j'étais plus à ma place. Et ça, j'arrivais enfin à le concevoir. Et encore mieux, à le dire. Mes collègues m'ont dit « t'es folle de leur avoir dit ça, ils vont te les faire payer » . Et ben même pas. Ça aussi, ça a été une grande découverte pour moi. Quand on se respecte, on se fait respecter. J'étais pas dans l'agression, j'étais sereine parce que j'étais alignée. Et du coup, ils ont compris. Dans mes relations perfées aussi, j'ai compris plein de choses. Que les ruptures amicales n'étaient parfois que la conséquence naturelle de limites jamais exprimées. Que les autres ne peuvent pas deviner ce que je veux, si je ne l'explique pas. Et qu'une conversation honnête vaut mieux qu'une explosion tardive. Et surtout, que les gens qui quittent votre vie quand vous osez enfin avoir quelques exigences n'avaient au final rien à y faire. Poser des limites, c'est un très très bon moyen de savoir si les gens sont là pour vous ou s'ils vous considèrent uniquement pour ce que vous pouvez leur apporter. Alors attendez-vous à des déceptions qui sont malheureusement inévitables. Il y aura forcément de la casse et un tri à faire, comme toujours quand on essaye d'avancer dans la vie et donc de changer les choses. J'ai appris à accepter le risque que ça comporte et les éventuelles conséquences. Des gens peuvent choisir de sortir de ma vie, je peux perdre des amis, un amour ou un travail. Mais je considère aujourd'hui que c'est le prix à payer pour être en accord avec moi-même. Mais vous ne perdrez plus votre temps avec, comment dire, des gens qui n'en valent pas la peine. Mon mantra, mieux vaut être seul que mal accompagné. Alors évidemment, on peut être tenté d'abuser de ce nouveau super pouvoir. Une fois qu'on a vu que quand on ose s'affirmer, la terre ne s'écroule pas et qu'on a encore des amis, bon, il ne s'agit pas de dire non à tout et de se transformer en ermite. On vit en société et on a tous des contraintes, c'est comme ça. Mais quand même, quel pied cette soirée Netflix avec le chat ! Aujourd'hui encore, je ne vais pas vous mentir, je lutte. Je n'ai pas encore tout à fait dépassé mon trauma de la maternelle et c'est un travail vraiment sur le long terme. J'ai appris à écouter les signaux de mon corps et mes émotions, ce que je ne faisais pas du tout avant. Si j'ai une brique qui me tombe dans l'estomac quand on m'en propose quelque chose, c'est qu'il y a un loup. Et du coup, je n'y vais pas. Donc j'ai appris à me choisir, à avoir confiance en moi et en mes choix. Et j'ai compris que poser mes limites, ce n'était pas me couper du monde. Ce n'était pas envoyer balader tout le monde. Quand je dis envoyer balader, les gens qui me connaissent savent que là, je suis polie. C'est vraiment se créer un espace de liberté où on respire mieux. Alors si l'histoire que je vous ai racontée vous parle, si vous aussi vous dites trop souvent oui alors que tout en vous dit non, surtout pas, si vous vous oubliez pour protéger les autres, rappelez-vous ces trois choses. Dire non aux autres, c'est se dire oui à soi-même. Se respecter, c'est aussi respecter l'autre. Et poser ses limites, ça permet d'ouvrir la porte aux bonnes personnes, aux bons projets et de dire de vrai oui. Et si j'ai juste un conseil à vous donner, réfléchissez avant de répondre. Rien qu'un petit « ok, je vais réfléchir » , ça peut tout changer. Faites l'exercice, vous verrez. Ça vous évitera de répondre un « oui » réflexe qui va vous mettre dans une situation pas cool. Et vous verrez comme c'est bon de se poser la question à soi d'abord. Qu'est-ce que je ressens quand on me propose ce job, cette soirée, ces vacances, je sais pas quoi ? Ça me met en joie ou pas ? Je vous laisse méditer là-dessus. Si vous aussi vous dites oui en pensant « surtout pas » , j'espère que ma petite histoire vous a aidé, c'est le but. N'hésitez pas à partager ce podcast à vos amis trop gentils pour leur bien et suivez-moi pour d'autres conseils, comme on dit, sur les tutos bricolage. A très vite !