- Speaker #0
Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue dans ce nouvel épisode de TCA etc. Très contente d'échanger avec une nouvelle invitée que je vais découvrir en même temps que les auditeurices. Je trouve ça très cool. Merci Violette d'être avec moi.
- Speaker #1
Et bien, merci beaucoup à toi, Flavie. Je suis ravie aussi d'être invitée dans ton podcast.
- Speaker #0
Trop bien. Tu vas venir nous parler de toi, de ton parcours, de ce que tu as pu vivre avec l'alimentation, ton rapport au corps, tout ça, tout ça. Et en préambule, avant tout ça, je te propose de te présenter en partageant ce que tu as envie de partager sur toi.
- Speaker #1
Ouais, ça marche. Et bien, écoute, moi, je m'appelle Violette. Donc, j'ai 27 ans. Je vis depuis... peu en Haute-Savoie. J'ai grandi dans l'Est de la France, dans une petite ville et je vis en couple et je travaille dans le domaine du sport. Voilà.
- Speaker #0
Précision importante de travailler dans le domaine du sport. Oui. Trop bien, la Haute-Savoie, région de mes rêves. J'espère qu'un jour, j'y habiterai aussi.
- Speaker #1
C'est une région très sympa. J'y habite depuis peu, mais franchement, c'est très, très cool. On a une bonne qualité de vie ici, donc c'est chouette.
- Speaker #0
Trop bien. J'aime bien demander, tu le sais si tu écoutes le podcast régulièrement, j'aime bien commencer par parler de l'enfance et demander aux personnes que je reçois ce dont ils se souviennent dans l'enfance. Et donc voilà, je suis curieuse de savoir pour toi, si je te parle de rapport au corps et de l'alimentation, qu'est-ce qui te revient de quand tu étais une petite fille ?
- Speaker #1
Ok. Eh bien... Moi, déjà, pour le contexte familial, j'ai grandi dans une famille plutôt heureuse. Franchement, j'ai plutôt des bons souvenirs de mon enfance. J'étais une petite fille plutôt bien. J'ai grandi essentiellement avec ma maman. Mes parents se sont séparés, j'étais assez jeune. Mon père était parti dans une autre ville, donc on se voyait quand même les week-ends. Mais j'ai essentiellement grandi avec ma mère. J'étais une petite fille plutôt gourmande. Il n'y avait pas trop de frustration à la maison. Il y avait des gâteaux, des bonbons dans les placards. À côté de ça, j'aimais quand même bien manger. J'aimais les légumes, j'aimais tout. Vraiment, je mangeais tout. Mais c'est vrai que j'étais assez gourmande. Il y avait tout le temps des gâteaux dans les placards. Donc, aucune frustration. Mais c'est vrai que j'ai des souvenirs de... Moi, mes parents, ils bossent beaucoup. ma mère elle travaillait pas mal donc moi je rentrais de l'école et j'étais 2-3 heures toute seule à la maison le soir et c'est vrai que même là avec du recul il y avait des gâteaux dans le placard et j'avais tendance à me faire une boîte de gâteaux mais pour autant je voyais pas du tout ça comme un problème à aucun moment je me disais tu manges une boîte entière de gâteaux c'était vraiment avec du recul là je sais que c'était pas forcément normal Mais en tout cas, à l'époque, je le vivais pas mal. J'étais de corpulence plutôt normale. Et je pense que j'avais pas du tout conscience, je dirais jusqu'à mes 13-14 ans, j'avais pas conscience vraiment de l'enveloppe physique. Et que l'alimentation pouvait avoir un lien avec l'enveloppe physique. Je me posais pas du tout ces questions. Après, c'est vrai qu'à la maison, ma mère, elle a souvent fait des régimes. Donc c'était... Un coup, c'était du camp. Un coup, c'était le régime avec les points. Je ne sais plus comment il s'appelle. Oui, voilà, exactement. Elle, elle n'a jamais été vraiment bien dans son corps. Clairement. Mais en même temps, je pense que ce n'était pas sa préoccupation principale parce que c'était surtout le travail. Donc, voilà. Et par contre, de mon côté paternel, J'y allais quand même de temps en temps les week-ends, donc je voyais quand même mon père. Mais il s'était remarié avec une femme, donc ma belle-mère, qui l'est toujours aujourd'hui d'ailleurs. Et elle, elle avait des soucis avec l'alimentation, clairement. Elle était très maigre. Et c'est vrai que j'ai très vite été intriguée par sa façon de s'alimenter, c'est-à-dire qu'elle ne mangeait pas. C'est-à-dire, elle mangeait deux feuilles de salade le soir au dîner, le reste de la journée, je ne la voyais jamais manger. Et elle était évidemment très maigre. Donc déjà, je me souviens que ça m'avait intriguée assez jeune. Et en fait, je pense que c'est un peu de là que j'ai fait un lien entre « Tiens, elle ne mange pas et elle est maigre. »
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et je pense que c'est pas mal parti de là, d'autant plus qu'elle avait tendance à faire pas mal de réflexions. Elle était vraiment obsédée. par le contrôle. Et elle avait tendance à faire pas mal de réflexions sur la corpulence des gens, sur ce qu'ils mangent, sur ce que nous on mange, sur ce que mon père mange. Vraiment, je sentais en elle un dégoût de la nourriture, qu'elle n'arrivait pas trop à garder pour elle. Et donc, il y avait une ambiance autour de la nourriture qui n'était pas bonne. Et moi, je l'ai ressentie quand même assez tôt. Et ça, je pense que ça a été un élément précurseur de moi, mes troubles alimentaires. Voilà.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
En gros, pour le cadre.
- Speaker #0
C'est là où tu as commencé, en tout cas, comme tu disais, à faire le lien entre, OK, la forme du corps et ce qu'on mange est relié, peut l'être en tout cas.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et du coup, tu parles de 12-13 ans, qui est aussi un peu l'âge charnière pour beaucoup de personnes. Je veux dire, le corps se transforme, notamment pour les garçons aussi, mais beaucoup pour les filles. La puberté qui arrive. Et du coup, tu penses que c'est lié à ça aussi, à une transformation de ton corps que tu as un peu subie à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, carrément. C'est vrai que moi, j'ai eu ma puberté très jeune. Donc en sixième, cinquième, c'est là où j'ai eu mes premières règles. Donc c'est là où mon corps a commencé à changer. Et c'est vrai que comme il a changé peut-être avant d'autres filles de ma classe ou de mon collège, j'avais vraiment cette impression d'avoir vraiment pris des formes. avant les autres et c'est peut-être là à ce moment là que j'ai commencé un peu à me comparer un peu alors je pense que c'est ce qui arrive quand même à beaucoup de jeunes filles aujourd'hui c'est normal bien évidemment mais c'est vrai qu'à ce moment là j'ai commencé à beaucoup me comparer à regarder les corpulences des uns des autres à avoir mes premiers complexes on va dire j'étais complexé par mes cuisses, j'étais complexée par mon ventre. Enfin, j'ai eu vraiment... Les complexes sont venus, en fait, à ce moment-là. Et en fait, ça a commencé. En quatrième, on a fait un voyage scolaire. Donc moi, j'étais en quatrième, on avait fait un voyage à Londres. Et c'est vrai que, bon, comme souvent dans les voyages scolaires, quand on est ado, on mange un peu de la merde dans le bus, des fibres, des gâteaux. Enfin, le truc jusque-là, c'est classique. Et quand je suis rentrée de ce voyage, alors je sais pas... plus, dans mes souvenirs, ça ne m'avait pas marqué, mais je ne sais plus si j'ai eu une réflexion ou quelque chose qui m'a fait un peu basculer, mais je suis rentrée de ce voyage, je me suis regardée dans le miroir, et là, vraiment, je ne me plaisais plus du tout, enfin, j'avais vraiment cette sensation d'avoir grossi, je me trouvais grosse, je me trouvais moche, et à ce moment, alors qu'en fait, en soi, avec du recul, j'étais de corpulence normale, donc bon, enfin, il n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter. Mais moi, à ce moment-là, j'ai bloqué. Et donc, je me suis dit, bon, je vais commencer un petit régime. Mais je n'en avais parlé à personne. C'était vraiment moi dans mon coin. Je m'étais dit, mange plus de gâteaux. J'essaie de faire un peu plus de sport. Et donc, en fait, ça a démarré comme ça. Juste, j'arrête les gâteaux. Puis ensuite, j'arrête de grignoter du pain. Puis ensuite, d'un aliment à un autre que je commençais à supprimer. J'ai commencé à voir que je perdais un peu de poids. Et donc là, j'ai commencé à prendre un peu le contrôle de ce que je mange, de mon poids. Et c'était trop bien. Je sens que je commence à perdre du poids, je me sens mieux. J'ai l'impression de contrôler ce que je mange, de tout contrôler. Et donc, à ce moment-là, même, je me souviens, parce que j'étais jeune. En plus, moi, je ne faisais pas tant de sport que ça. Je n'étais pas inscrite en club ou des choses comme ça. Je sais même pas si j'étais... Si je faisais des activités sportives en dehors de l'école, je crois même pas. Mais du coup, ce que je faisais, c'est qu'à l'époque, on jouait pas mal aux jeux vidéo, à la Wii, aux trucs comme ça. Et je jouais à Just Dance, le jeu là où on danse. Et je faisais ça pendant des heures parce qu'en plus, sur ce jeu-là, on avait le nombre de calories brûlées. En fait, avec Durkul, je trouve ça dingue parce que pour des jeux destinés à des ados... On voyait le nombre de calories brûlées à chaque danse. Et je me souviens que je passais des heures à ça. Et ça, ça a duré de ce retour de voyage, donc avril-mai jusqu'à l'été, où vraiment, j'ai dû perdre 10 kilos. 10 à 11 kilos en 4 mois. Et donc, c'est passé deux mois au départ qui arrêtent les gâteaux, machin, ensuite les pâtes, ensuite tout ça. à moi qui mange juste une tomate, une pomme, un concombre, mais tous les féculents supprimés, la moindre goutte d'huile mise dans les plats, c'est impossible pour moi de le manger. C'est vraiment devenu extrêmement compliqué. Oui,
- Speaker #0
ce que tu dis, c'est qu'il y a eu un switch en peu de temps finalement. En fait, quand tu disais, j'allais te dire, oui, c'est passé à toi qui manges deux feuilles de salade comme ta belle-mère.
- Speaker #1
Oui, voilà, en fait, c'est ça. Et d'ailleurs, pour la petite anecdote, Mon père et ma belle-mère se sont mariés en septembre de cette année-là. Ils étaient ensemble depuis un moment. Ils se sont mariés en septembre de cette année-là. Je suis arrivée à leur mariage plus maigre que la mariée, alors que c'était difficile de faire plus maigre qu'elle. Je suis arrivée vraiment, j'étais au plus bas. Je pesais. J'étais en troisième à ce moment-là. Je devais faire 1,60 m et je pesais 36 kg.
- Speaker #0
Et tes proches, ils se sont inquiétés, justement ?
- Speaker #1
Oui, alors oui. Ma mère, elle s'est inquiétée. Après, c'était pendant l'été. J'étais beaucoup avec mes grands-parents pendant l'été. Et c'est vraiment là que ça a dégringolé. En plus de ça, pendant l'été, on est habillés légers. On est souvent en maillot de bain, etc. Donc, ça se voyait beaucoup. Et c'est vrai que le fait, justement, où on voit plus le corps des gens en été, faisait qu'il fallait que je sois maigre. Vraiment, je ne pouvais pas supporter la moindre... Enfin ouais, il fallait vraiment que je sois le plus maigre possible. Et c'est vrai que là où vraiment j'ai senti qu'on s'inquiétait, vraiment, ça a été, je dirais, fin août. Mais il a fallu quand même un peu de temps. Au début, personne ne s'est inquiété. Je pense qu'au début, limite, on trouvait ça bien que je fasse un peu attention, que je me bouge. C'était plutôt bien vu chez moi. plutôt bien vu chez moi. Et à partir du mois de septembre, là, par contre, vraiment, mes parents se sont quand même inquiétés. Il a même été question, à un moment donné, de m'hospitaliser. Parce que je mangeais plus rien, j'avais plus aucune énergie. Et même, du coup, mes émotions, je pleurais hyper facilement. Vraiment, j'avais plus aucune énergie dans le corps, dans le cerveau. Il n'y avait rien qui allait. Et à ce moment-là... ça m'a fait un peu un électrochoc. Surtout que pareil, il y avait eu la rentrée. J'étais retournée en cours et là, tout le monde me regardait. Tout le monde me regardait. Les profs venaient me voir. C'est à ce moment-là, j'ai vraiment senti que j'avais été trop loin. Et puis, je n'étais plus capable. Je ne pouvais pas manger à la cantine. Je n'étais plus capable de faire le moindre truc avec mes copines. Même le moindre... En fait, je ne pouvais plus rien faire parce que je ne pouvais plus manger. Oui, en fait. Donc, très compliqué. Et en fait, à ce moment-là, du fait un peu de cet électrochoc, j'ai essayé assez rapidement au final de réintégrer des aliments et donc d'essayer quand même de remanger. À ce moment-là, j'ai réussi à stabiliser un peu mon poids. En fait, je me suis rendu compte que c'était vachement difficile de reprendre du poids aussi. Mais c'était dur parce que du coup, j'étais obligée de manger des grosses quantités pour essayer de reprendre du poids. Sauf que... Moi, comme je m'étais privée pendant des mois et des mois, ça me paraissait énorme pour moi de manger rien qu'un plat de pâtes normal pour une personne normale. Mais c'est vrai que ça a été très difficile à ce moment-là. J'avais du mal à digérer. Et puis, du coup, j'étais obsédée par la nourriture. Enfin, je pensais à ça en permanence. Donc, ça a été vraiment très dur. Et en fait, à ce moment-là, du coup, je me suis mise à beaucoup compenser avec le sport. C'était vraiment un moyen pour moi de... Ouais, de compenser, parce que je culpabilisais beaucoup aussi. Enfin, franchement, c'était vraiment dur à ce moment-là. et donc quelques mois après je dirais, parce que je suis restée quand même assez longtemps dans cette phase, mais quelques mois après j'ai commencé en fait quand je réintégrais un peu des aliments j'ai commencé à un moment donné à réintégrer un petit gâteau et c'est là qu'ont commencé les premières compulsions c'est à dire que je voulais moi bien faire et me dire faut pas que je me prive faut essayer de réintégrer petit à petit mais en fait Merci. J'avais été tellement privée que dès que j'ai commencé à intégrer vraiment les aliments interdits, les trucs un peu gras, sucrés, etc., ça partait direct en compulsion. C'est vraiment... Je mangeais un gâteau et en fait, c'était tout le paquet.
- Speaker #0
Oui, mais aussi parce que sans doute que dans ta tête, il y avait encore plein de barrières. En mode, c'était OK pour un gâteau, mais pas plus. Oui,
- Speaker #1
exactement. C'est exactement ça.
- Speaker #0
Si tu avais eu droit d'en manger quatre, peut-être que ça se serait bien passé. c'était 1, t'en mangeais
- Speaker #1
12 c'est ça et puis je m'étais tellement privée que je retrouvais le goût des aliments sympa et donc je m'étais tellement privée que je redécouvrais tout ça et donc ça partait en compulsion à chaque fois, je me souviens ça avait commencé ma première compulsion c'était avec des gerblets je me souviens très bien, mais c'était quand même pas non plus la folie ah ouais ouais non mais Merci.
- Speaker #0
Oui, mais bon, ça me fait rire. Mais bon, je pense que c'est un peu... C'est très classique, je veux dire. Il y a plein de gens avec qui ça fera écho. Ouais,
- Speaker #1
voilà. Et donc, là, moyen de compensation, des heures de sport, ou alors, dès que je faisais une compulsion, genre, les trois jours qui suivaient, c'était que des légumes à la vapeur, du sport. Enfin, c'était vraiment... Je me lâchais, puis après, je me... punissait jusqu'à la prochaine compulsion etc. Et en fait un jour, les compulsions devenaient de plus en plus grosses. Ça a commencé à être vraiment des grosses crises. Donc là, des pots de Nutella entiers, avec des paquets de brioches entiers. Et en fait, à ce moment-là, j'ai commencé à me faire vomir. Là, je me suis dit, je ne peux pas garder tout ça dans mon estomac. c'est trop de calories, je peux pas c'est vraiment, il fallait une façon de compenser et donc c'est là que les vomissements ont commencé mais là,
- Speaker #0
si j'ai bien compris t'as aucun accompagnement dans cette phase là, c'est à dire que toute seule tu t'es dit ah tiens, il faut que je remange j'ai plus d'énergie et puis il faut que j'arrête de me priver de tous ces aliments, donc t'as réintroduit des trucs et tout, tout ça, t'as fait tout ce chemin toute seule Merci.
- Speaker #1
les compulsions arrivent est-ce que les gens s'en rendent compte est-ce que tu peux en parler à quelqu'un franchement je me souviens plus trop parce que j'ai démarré plusieurs thérapies que j'ai jamais terminées donc je commençais à voir quelqu'un puis en fait finalement j'arrêtais d'y aller franchement j'avais des rendez-vous de prévu puis j'y allais pas je prenais pas le truc au sérieux donc j'étais encadrée oui et non on va dire Et moi, j'avais quand même pas mal de moments à la maison où j'étais seule parce que ma mère, elle travaillait beaucoup. Du coup, j'avais beaucoup de temps seule, en fait, et donc je pouvais un peu faire ce que je voulais et j'avais le temps de faire des crises. Donc voilà. Après, quand même très rapidement, j'ai quand même pris du poids. J'ai quand même pris du poids et là, on est arrivé en terminale. Entre temps, il s'est passé seconde, première, où là, c'était un peu des oscillations, entre phase très restrictive, phase de crise. Mais mon poids, il ne faisait pas des oscillations de dingue non plus, parce que comme dès que j'avais une compulsion, je me privais après. Bon, ça ne se voyait pas trop de l'extérieur, disons. Mais à partir de la terminale, là, c'était de la boulimie, mais avec de l'hyperphagie aussi. Donc, je ne me faisais pas toujours vomir. Et là, du coup, j'ai pris presque 30 kilos. 30 kilos sur un an, et là, c'était vraiment mon quotidien. C'était des crises toute la journée. J'allais en cours le matin, je faisais la tournée des boulangeries sur le chemin pour aller au lycée. J'arrivais au lycée, du coup, j'étais trop mal, parce que j'avais ingéré une dizaine de croissants sur le trajet. Donc, en fait, j'arrivais en cours, et au bout de deux heures de cours, je repartais, quoi. Je repartais. Je rentrais chez moi et en fait, je dormais toute la journée. J'étais épuisée, je dormais, puis après, je retournais au supermarché, je rachetais des trucs, je refaisais des crises. Mes journées, c'était vraiment ça pendant quasiment toute une année. Donc j'étais en décrochage scolaire, clairement. J'ai quand même réussi, malgré tout, à essayer quand même de maintenir des notes un peu correctes et à avoir mon bac. Donc je l'ai eu de justesse, mais bon, au moins je l'ai quand même eu. Et ouais, à ce moment-là, c'était vraiment compliqué. Je pense que mes parents étaient totalement impuissants. Vraiment, personne ne savait comment m'aider. Pourtant, tout le monde voyait que ça n'allait pas du tout. Mais là, j'ai commencé par contre de façon beaucoup plus sérieuse à aller dans un CMP. Donc là, j'étais quand même suivie. Donc je me sentais accompagnée et soutenue d'une façon. Mais en fait... Ça n'avait pas trop d'impact sur les crises.
- Speaker #0
Mais c'était quel type d'accompagnement ? Tu t'en souviens peut-être, tu ne te souviens peut-être pas de tout, mais qu'est-ce qui t'était conseillé finalement ?
- Speaker #1
Je voyais une infirmière toutes les semaines. Je voyais une psychiatre qui m'avait mis en traitement. Je voyais... J'avais toute une équipe qui me suivait.
- Speaker #0
C'est vrai que les CMP, pour ça, c'est cool. Il y a une équipe disciplinaire. Normalement, tu multiplies les chances d'avoir... Les bons conseils, entre guillemets.
- Speaker #1
Oui, carrément. Mais c'est vrai que sur les crises en elles-mêmes, ça n'a pas…
- Speaker #0
Après, le problème des TMP, on ne va pas se mentir, combien sont réellement formés aux troubles alimentaires ? Même dans des centres dédiés aux troubles alimentaires, il y a plein de gens qui sont… Même les médecins psychiatres qui sont souvent chefs de service de ce genre d'endroit n'ont pas de formation sur les troubles alimentaires.
- Speaker #1
C'est ça, en fait. Et que je pense que j'aurais eu peut-être besoin d'un accompagnement peut-être plus vraiment sur le côté nutritionnel pour m'aider peut-être à mettre en place un plan, quelque chose vraiment purement sur les crises. Parce que là, en fait, j'ai fait un travail, alors que je ne regrette pas du tout, parce que même encore aujourd'hui, ça me permet une vraie prise de recul. Mais disons que j'ai fait un travail un peu plus en profondeur sur... Sur ma relation avec mes parents, sur un peu le pourquoi, du comment, pourquoi j'avais besoin vraiment de remplir un vide, et d'où ça partait, etc. Mais sur les crises en elles-mêmes, franchement, ça ne m'a pas vraiment aidée.
- Speaker #0
C'est une catastrophe, si tu veux. Ce que tu décris, en gros, tu parles de ta sortie d'anorexie, tu décris très bien ce qui se passe avec ce qu'on nomme un peu la fin extrême. de retrouver le goût de ces aliments dont tu t'es privé si longtemps qui créent une urgence à les consommer auquel tu ajoutes l'idée que j'ai trop peur, je vais trop en manger il faut que je mange seulement ça qui rajoute à l'obsession d'en manger plus et tu dis, je faisais une crise les 3 jours qui suivaient légumes à l'eau, machin tu renforçais le désaliment mais en fait, si personne ne vient te le dire s'il n'y a pas un professionnel qui est foutu de venir poser noir sur blanc ce que tu vis c'est normal c'est passager. Plus tu lutteras, plus tu vas t'enfermer dans des troubles alimentaires qui vont te suivre toute ta vie et tu vas faire des camions. Parce qu'en fait, c'est un mécanisme qui est physiologique, qu'on connaît, qu'on est censé connaître quand on se forme aux troubles alimentaires. Et donc, c'est du pur comportement alimentaire, tu vois.
- Speaker #1
Ah ouais, carrément. Mais en plus de ça, le pire, c'est que je le savais, mais en fait, je n'arrivais pas pour autant à... Je le savais. Je me dis, je savais que c'est parce que je me privais trop. Mais en fait... Pour autant, j'arrivais pas à... Et même quand je me disais, à certains moments, un peu plus tard même, je me suis dit, bon, là, fais-toi plaisir, tu t'achètes, allez, une bonne petite pâtisserie dans une boulangerie, un truc qui te fait vraiment plaisir. Voilà. Mais en fait, même ça, de m'autoriser des plaisirs, mais dans un cadre quand même très contrôlé, c'est quand même du contrôle. Et donc, en fait, à un moment donné, trop de contrôle, je... Ça... Merci. ça me faisait perdre complètement de contrôle. J'avais vraiment ce sentiment d'avoir deux entités dans ma tête. Celle qui prend le contrôle et celle qui prend le contrôle de moi, à l'inverse, et qui me fait faire des trucs de dingue. Qui me punit, qui me fait du mal, me maltraite. C'était compliqué parce que... Et ça, ça a duré même après, pendant toutes mes études, où, en fait, je pouvais difficilement faire des choses avec des gens. C'est-à-dire que j'ai loupé pas mal de vacances entre copines, de trucs comme ça, même dans mes relations de couple. Enfin, c'était compliqué. En plus de ça, tout mon argent partait dans les crises. Parce que ça, c'est un truc aussi, on n'en parle pas assez. Enfin, tout mon argent partait là-dedans, quoi. Puis j'avais... honte, vraiment. Et ça, c'est ce qu'on entend beaucoup à chaque fois dans cette maladie. J'avais vraiment honte. Je me cachais beaucoup. Même des petites anecdotes. Mais des tas de techniques pour pas se faire repérer par la boulangère, des trucs comme ça, c'est vraiment quelque chose.
- Speaker #0
Et ça a duré combien de temps ?
- Speaker #1
Ça, ça a duré très longtemps. Et même aujourd'hui, ça va mieux, parce qu'aujourd'hui j'ai pris du recul, que j'ai entamé une vraie thérapie pour le coup, qui a duré un an et demi, qui m'a fait beaucoup de bien. Et aujourd'hui, même encore aujourd'hui, je suis toujours à certains moments dans une lutte contre les crises. Par contre, je ne suis plus dans des comportements opposés, c'est-à-dire des comportements anorexiques. Ça, je ne le suis plus du tout. C'est-à-dire que c'est vraiment moi qui suis normale, qui arrive quand même à vivre normalement. Là, pour le coup, je n'ai plus de problème. Je peux partir en vacances avec des copains. Je peux mener une vie de couple normale. Mais... ça reste quand même compliqué, ça reste quand même une lutte. Parfois, une crise peut vraiment venir pour des trucs complètement insensés. La bouchée de trop, l'aliment qu'il ne faut pas, le truc, ou même tout simplement un stress, quelque chose, une instabilité émotionnelle, ça repart dans les crises.
- Speaker #0
En même temps, si tu dis bouchée de trop, aliment qu'il ne faut pas, ça témoigne quand même de restrictions qui sont sans doute encore un peu présentes.
- Speaker #1
Oui, peut-être encore un petit peu, oui. ou d'un contrôle. C'est-à-dire que... Franchement, je pense qu'on peut vivre avec. Je pense que j'ai accepté quand même ce avec quoi je vis et je vivrai, je pense, un peu toute ma vie. Mais j'essaye d'accepter. Et même parfois, il y a des moments plus difficiles que d'autres. Et la vie ne s'arrête pas. On peut quand même avoir une vie professionnelle qui tient la route, avoir une vie de couple, avoir... Il y a un moment donné où ça finit par aller, mais c'est vrai que le chemin est très long. C'est quand même très dur. Et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui, même si beaucoup de gens traversent ça, à l'inverse, il y a beaucoup de gens aussi qui n'ont pas conscience à quel point ça peut vraiment être handicapant dans la vie. Et moi, ça a vraiment touché un peu tous les domaines de ma vie. C'est-à-dire, ça m'a impactée pendant toutes mes études. J'ai eu beaucoup de boulot où c'était vraiment un problème, en fait. Parce qu'il y avait des moments où j'avais trop de pulsions et c'était compliqué. J'étais capable de quitter le travail. J'ai eu des jobs où j'avais pas mal de télétravail. Donc, c'était des crises. Même dans mes relations de couple. Là, j'ai de la chance aujourd'hui parce que je partage ma vie avec quelqu'un qui me soutient beaucoup, qui essaie de comprendre. et qui m'aime même si j'ai 3 kilos de trop, 3 kilos de moins, peu importe ce que je mange ou ce que je mange pas, et qui essaie vraiment de m'accompagner là-dedans, donc j'ai vraiment beaucoup de chance. Mais c'est vrai que c'est quand même parfois difficile. Parce que même moi, mon rapport à mon corps, il est toujours compliqué. Donc forcément, en couple, il y a des moments qui sont compliqués.
- Speaker #0
Et t'as l'impression que... Tu n'évolueras jamais plus que là où tu en es ?
- Speaker #1
Oui. J'ai l'impression qu'il y a encore du chemin à parcourir. Mais j'ai vraiment de l'espoir. Je sais qu'un jour, j'arriverai à trouver vraiment de l'apaisement par rapport à ça. J'en ai déjà aujourd'hui beaucoup plus qu'il y a quelques années. Je suis très fière du chemin que j'ai parcouru. Aujourd'hui, c'est mon histoire. Je suis presque aujourd'hui super contente de la raconter. mais effectivement je pense qu'il y a encore un peu de chemin à parcourir mais c'est vrai que c'est long,
- Speaker #0
mais je l'ai accepté que ce soit long et il faut être patient je pense qu'effectivement mais surtout la relation au corps moi ce que j'observe c'est que la relation à soi-même, à son corps c'est ce qui traîne le plus en longueur si je puis le dire autant il y a des personnes pour qui le rapport à l'alimentation, ça peut quand même s'apaiser plus ou moins vite, mais il y a des personnes pour qui ça peut aller assez vite. Le rapport au corps, il y a aussi le fait qu'on vive dans une société où on nous amène à avoir ce type de rapport au corps. Et je trouve qu'il y a quelque chose d'inscrit et qui prend plus de temps et qui se déconstruit sur le long terme, mais en même temps, continuer d'avancer en partant de là où tu en es aujourd'hui, ce n'est quand même pas le même confort. qu'à l'époque où même travailler était compliqué tellement il y avait des classes. Oui,
- Speaker #1
carrément. Non, non, mais complètement. Mais c'est vrai que, non, franchement, le chemin est long. Et effectivement, au-delà du plan alimentaire, c'est aussi...
- Speaker #0
essayer d'apprécier son corps. Et surtout, il n'y a pas que ça dans la vie non plus. Et c'est vrai que moi, à un moment donné, j'avais vraiment l'impression que ce qui me définissait, c'était vraiment ça. C'était mon enveloppe physique. J'avais l'impression que c'était marqué sur mon front, que j'avais des troubles alimentaires. J'avais l'impression qu'il n'y avait vraiment que ça qui me définissait. Aujourd'hui, je n'ai plus cette vision-là. Mais... Mais pour autant, j'ai encore des moments d'un peu de panique. C'est encore un peu fragile. Et puis, je pense que c'est aussi une vraie addiction. C'est soit une addiction au contrôle, soit une addiction à la nourriture. Et je pense que j'aurai un peu toujours cette... tendance un peu à soit tout soit rien et ça c'est valable dans pas mal d'autres domaines d'ailleurs je suis partagée là dessus ouais parce que ce côté très binaire à la noir
- Speaker #1
ou blanc c'est un truc qu'on retrouve chez toutes les personnes qui ont des troubles alimentaires et si je peux parler de moi, de mon expérience j'étais persuadée que c'était inscrit en moi tu vois j'ai toujours été un peu fascinée par Je prends un exemple, ma frangine, pendant longtemps, elle fumait une clope juste de temps en temps. Je disais, quoi ? Mais moi, soit je fume 20 fois par jour, soit je suis fumeuse, tu vois ?
- Speaker #0
Oui, carrément.
- Speaker #1
Et en fait, j'avais l'impression que c'était pour tout comme ça, quoi. Dans mes relations, dans même ma façon de boire de l'alcool, tout était comme ça.
- Speaker #0
Pareil.
- Speaker #1
Et en fait, ce n'est plus le cas. Alors, j'ai tenté de fumer, et je n'ai pas fait ça parce que je suis non-fumeuse depuis pas mal d'années. mais mon rapport à l'alimentation il est plus du tout là-dedans mais par exemple mon rapport à l'alcool il a continué d'être un peu là-dedans après ma guérison des troubles alimentaires et en fait c'est un truc derrière que j'ai apaisé ensuite tu vois mais du coup je me sens je pense que j'ai quand même une personnalité effectivement je peux traverser facilement des hauts et des bas je pense que j'ai un truc comme ça après je sais pas, est-ce que j'ai une neuroatypie ? c'est possible aussi qu'à... pas été diagnostiquée, c'est fort probable. Mais, bon, mon rapport à l'alimentation, il est absolument plus là-dedans. Et du coup, bon, bah, si avec mon expérience, on pourrait se dire, bah, ok, c'est une expérience face à une autre, mais tu vois, il y a aussi toutes les personnes que j'ai accompagnées. C'est un peu un truc, c'est un peu le truc de base, la dette, comme ça, dans ce fonctionnement très dichotomique, quoi. Et finalement, bah, c'est un truc qui s'apaise. Je ne suis pas sûre que ce soit tant relié à notre personnalité. Tu vois, j'ai l'impression que c'est un... Comment je pourrais dire ça ? C'est un fonctionnement. Moi, j'ai l'impression que c'est un fonctionnement qui s'appuie sur une personnalité, mais que ce fonctionnement-là, il peut bouger. Oui,
- Speaker #0
ça peut se déconstruire.
- Speaker #1
Oui, vraiment, je le crois sincèrement.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que... Pour en revenir au fait que... Moi, ce qui a vraiment aussi, à un moment donné, été compliqué, c'est vraiment d'avoir ce sentiment de me sentir très seule et que les autres ne comprennent pas. Et c'est rigolo parce que, du coup, j'écoute assez souvent des podcasts, je me documente, je lis des bouquins sur le sujet. Ça me permet justement de me sentir moins seule et de voir aussi comment certaines personnes s'en sont sorties. qu'elles ont mis en place. Je trouve ça très intéressant. Et pourquoi je dis ça ? Parce que... Oui, et souvent, dans tes introductions, tu dis que t'es pas juste une histoire de nourriture. Et ça, c'est vrai que... J'ai souvent eu le sentiment que les gens se disent que c'est bon. Déjà, de un, il y a plein de filles ou même garçons qui traversent ça. Donc, c'est pas non plus un truc de dingue. oui bon faut se bouger un peu plus enfin des tas de trucs comme ça et je me disais mais les gens ne comprennent pas c'est un truc de dingue quoi ouais ben oui je pense en fait c'est assez fou parce que c'est hyper répandu et de plus en plus mais
- Speaker #1
j'ai l'impression qu'on en parle beaucoup plus mais j'ai l'impression qu'on n'en parle pas forcément bien quoi c'est à dire que on passe à côté j'ai l'impression c'est ça Mais ce que je trouve complexe avec les troubles alimentaires, c'est que je suis la première à le dire, que ce n'est pas juste une histoire de bouffe. Et que, en fait, je le dis aussi dans le sens où notre comportement alimentaire, il est relié à tout le reste. Ce n'est pas une île au milieu du reste. C'est relié à tout, tout, tout, absolument tout.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
C'est un signal intéressant. Et d'ailleurs, c'est ce que je dis aussi. Je trouve que quand on sort d'un trouble alimentaire, ça ne veut pas dire que toute notre vie, notre alimentation sera parfaite. Mais ça veut dire aussi que notre comportement alimentaire, c'est un signal d'alarme hyper intéressant à regarder. De quelle manière je me nourris en ce moment ? Est-ce que j'ai des pensées qui reviennent un peu plus autour de mon corps et de mon poids ? Et ça, c'est des bons signaux d'alerte pour se dire... « Ah putain, attends, il y a un déséquilibre qui est en train de se mettre en place. » Et ça vient réactiver des vieux schémas, en fait, tu vois, des vieux…
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc voilà, moi aussi, je suis en train de perdre mon fil. Mais oui, voilà, donc je suis bien d'accord pour dire que ça n'est pas qu'une histoire de bouffe, mais à la fois, je suis aussi passablement agacée quand j'entends que finalement, ça n'a rien à voir avec ça. Enfin, tu vois, je reprends par exemple ton exemple où il y a des soins qui peuvent être… tout à fait de qualités qui vont se mettre en place mais qui sont souvent des soins psychologiques des soins où on va aller chercher pourquoi, pourquoi ça apprend et en fait on s'intéresse pas au comportement alimentaire on s'intéresse pas à l'impact qu'a eu la société dans laquelle on vit sur cette personne précisément sur la place que prend son corps dans son estime personnelle je trouve ça complètement délirant parce qu'en fait non c'est pas qu'une histoire de bouffe mais oui il y a des tas de gens qui développent des TCA sans avoir vécu des traumas de zinzin. Tu vois, je veux dire... Oui,
- Speaker #0
oui, carrément.
- Speaker #1
Parce qu'on vit dans une société complètement obsédée par l'apparence, complètement obsédée par la minceur et qui ramène les femmes à leur image, quand même beaucoup, quoi. Notre valeur est collée à notre image.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc, ce n'est pas qu'une histoire de bouffe, mais à la fois, des fois, on cherche trop compliqué aussi. Tu vois ce que je veux dire ? Moi, j'ai rencontré des personnes qui avaient passé 15 ans en psychanalyse. à étudier toutes leurs enfants dans les moindres détails qu'il y avait dans des TCA. Mais en fait, à un moment donné, on va juste regarder concrètement comment tu manges, comment tu choisis ce que tu manges, comment tu culpabilises, est-ce que tu ressens tes sensations alimentaires, est-ce que tu es capable d'être rassasiée ?
- Speaker #0
Exactement. Et je pense que les deux peuvent être complémentaires. Oui, ils le sont,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Mais oui, je suis d'accord avec ce que tu dis. Mais voilà, moi, en tout cas, c'est quelque chose, effectivement, pour lequel j'ai eu un peu de mal. et qui m'a fait me sentir d'autant plus seule que d'avoir vraiment l'impression que mon entourage ne me comprend pas. J'ai de la chance, j'ai un très bon ami, mon meilleur ami, qui lui a été vraiment une très bonne aide, surtout d'une très bonne écoute. Et ce n'est pas forcément facile, parce qu'on a honte, de raconter vraiment ce qui se passe, mais concrètement, c'est-à-dire vraiment... Comment, à quel point une crise, c'est ritualisé, ce qui se passe, comment je me sens avant, après. Vraiment, ça m'a vraiment fait du bien parce que c'est un peu la seule personne à qui je peux raconter tout ça et avec qui je ne me sens pas jugée. Donc, je trouve que c'est quand même important d'avoir des gens dans son entourage pour en parler. Alors, pas forcément dans tous les détails, etc. Mais je trouve que ça fait quand même du bien, pour le coup, de se sentir quand même compris. parce que je trouve que c'est vraiment ce qui manque parfois et aussi autre chose c'est que je trouve quand même et ça on s'en rend pas forcément compte mais à quel point l'entourage peut avoir un impact aussi sur les comportements alimentaires c'est à dire que moi par exemple si je reprends l'exemple de ma belle mère c'est vrai que toutes ces réflexions toute cette ambiance autour de la nourriture ça a été vraiment aussi ce qui a déclenché ces troubles-là chez moi. Et c'est vrai que j'ai une petite sœur, une demi-sœur, qui est donc du coup la fille de cette belle-mère, qui a grandi dans un contexte, elle du coup, avec sa maman, qui a ces troubles-là et qui fait quand même beaucoup de réflexions et c'est... C'est vraiment pas facile et je trouve que ça favorise énormément le développement des troubles alimentaires chez les ados.
- Speaker #1
Oui, mais tu as complètement raison. C'est vraiment... Ça a un impact très fort, l'impact familial. C'est notre premier lieu de sociabilisation. C'est énorme. C'est énorme ce qui se transmet.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, je suis fille unique du côté de ma maman, mais du côté de mon papa, j'ai plusieurs demi-frères et sœurs. Et tout le monde a été touché de près ou de loin par les troubles alimentaires. mais tous, nous tous, alors que même par exemple chez les garçons c'est un petit peu moins fréquent et mon frère aussi a eu des troubles alimentaires ma grande soeur aussi Ma petite sœur, je n'ai pas l'impression, mais encore après, on ne sait pas, qu'elle soit touchée autant que moi j'ai pu l'être. Mais quand même, ça veut dire quand même beaucoup de choses. Oui,
- Speaker #1
c'est clair. Il y a une question que je me pose en t'écoutant. Tu dis que tu ne te sens pas arriver au bout du chemin aujourd'hui, mais que tu as quand même dans l'idée que ça va arriver à un moment donné, que tu vas continuer de cheminer. Qu'est-ce qui te manque, selon toi ? Qu'est-ce qui te manque, que ce soit dans la relation à ton corps ou la relation à l'alimentation ? C'est quoi les étapes suivantes ?
- Speaker #0
Je pense qu'il me manque beaucoup de confiance en moi. Déjà. Beaucoup de confiance en moi. Et il me manque... Je me pose encore la question, je t'avoue. Je pense que... Il me manque peut-être d'apprendre peut-être une... une façon de m'alimenter ou d'écouter plus mon corps je dirais plutôt et d'être peut-être ouais plus plus en phase avec mon apparence physique et me détacher un petit peu de de de ça et ouais je sais pas trop ce qui me manque si ce n'est de la confiance en moi croire en moi et me dire que le chemin est long et que ça va aller.
- Speaker #1
Mais ce que tu dis, c'est marrant parce que c'est à la fois un cercle vicieux et un cercle vertueux. C'est-à-dire que ne pas avoir confiance en soi, c'est aussi ne pas avoir confiance en son corps et en ses capacités. Et du coup, c'est penser qu'on doit contrôler avec sa tête tout ce qu'on mange parce que sinon, ça va être n'importe quoi et que... Ça, c'est le cercle vicieux. Et en fait, on peut aussi activer le cercle vertueux. qui montre que je peux faire confiance à mon corps pour ne pas prendre 10 kilos dès que je m'autorise à manger un peu plus librement. Je peux faire confiance à mon corps pour m'envoyer des signaux de rassasiement alors que je suis en train de manger un aliment un peu trigger à la base. Et en fait, toutes ces petites choses permettent à la fois de manger plus librement, à la fois de gagner en confiance. Et donc, comme j'ai plus confiance, je mange plus librement. Et comme je mange plus librement, je gagne encore en confiance. Et tu vois, en fait, on est exactement là-dedans.
- Speaker #0
Non, non, carrément. Après, c'est vrai que ce qui m'a aussi aidée dans le fait quand même de plus me priver, c'est-à-dire que mon alimentation reste encadrée. Mais, et donc voilà, il y a encore à certains moments vraiment une lutte parce qu'il y a toujours un petit truc dans ma tête qui, ah mais tiens, et si tu faisais une crise ? où c'est encore un peu difficile, mais le sport aussi, quand même, m'a aidée et plus dans une relation à brûler des calories. Et du coup, forcément, inversement, c'est aussi, j'ai envie de bien m'alimenter, mieux faire du sport, etc. Et c'est vrai que je me suis donc beaucoup mis dans la course à pied. C'est aussi une passion et que je partage aussi avec mon copain. Donc, on fait ça aussi beaucoup ensemble, etc. Donc, ça, c'est très chouette aussi. De se mettre dans des objectifs, ça, ça me permet pour le coup de me dépasser, de gagner en confiance en moi. Et du coup, d'avoir un rapport avec l'alimentation qui est vraiment...
- Speaker #1
Fonctionnel, quoi.
- Speaker #0
Exactement. Voilà, c'est exactement ça.
- Speaker #1
Mais c'est clair que ça, c'est chouette aussi que tu nommes ça, parce que le sport... Ça peut être l'ami du TCA, mais ça peut devenir l'ami de la personne qui a juste envie d'avoir une meilleure relation à son corps. Le sport, ça peut aider à se sentir plus confiante, avoir une forme aussi de satisfaction et de fierté pour autre chose que l'apparence physique.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
La forme du corps, c'est ce qu'il est capable de faire.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Du coup, c'est trop bien. Et ça, c'est quelque chose qui est aussi vachement important pour... Et c'est bien parce que tu réponds finalement quelque part un peu à la question que je voulais te poser. Tu parlais aussi du fait que tu imaginais que ce qui allait t'aider encore dans l'avenir, c'était de te détacher de cette image corporelle. Et j'allais te dire, mais en fait, tu as déjà fait en partie ce travail-là. C'est-à-dire que tu t'es déjà détachée de ce que j'ai. De cette obsession, tu disais tout à l'heure qu'à un moment donné, c'était tout. C'était ton identité finalement, quoi. Encore. Ça ne semble plus être le cas à ce point-là aujourd'hui. Et donc, j'imagine que le sport a joué aussi là-dedans.
- Speaker #0
Oui. Non, non.
- Speaker #1
Est-ce qu'ils t'ont aidé à prendre un peu de recul sur cette image corporelle ?
- Speaker #0
je dirais le temps a fait que je m'ouvre un petit peu à d'autres choses et je me rends compte qu'il n'y a pas que ça dans la vie non plus qu'il y a des beaux moments où c'est juste profiter d'un moment et pas de les conséquences qu'il va avoir par exemple sur mon corps parce que sur ce moment là j'ai profité, j'ai passé un bon moment et donc ça vaut bien plus au final que mon apparence physique. Donc ça, déjà, ça a vraiment été quelque chose qui m'a permis de lâcher un peu prise, on va dire. Et ensuite, pas mal aussi, écouter des podcasts, des choses comme ça, me sentir moins seule. Là, dernièrement, j'ai lu un livre, je ne sais pas si tu l'as lu, elle s'appelle Ludivine Gréteré. Elle a écrit un livre qui s'appelle Imparfait, en 2024, il me semble. Son livre est hyper intéressant. Il décrit exactement ce qui se passe dans la tête, dans le corps. Il est hyper intéressant. Et en fait, ça, ça me fait du bien aussi de lire ce genre de choses. Parce que pareil, à la fin, il se trouve qu'elle explique un petit peu comment elle s'en sort, etc. Et aujourd'hui, quelle est sa vie post... toute cette période qui a été très difficile pour elle. Donc, ça permet aussi de se dire qu'il y a de l'espoir, qu'on peut vivre une vie apaisée avec ça. Et après, sinon, ça reste mon entourage aussi. Un entourage plus sain, qui me valorise, non pas... Pour ce à quoi je ressemble, ce que je mange ou ce que je ne mange pas, d'ailleurs. Mais pour la personne que je suis tout entier. Donc voilà. Et puis je pense aussi le fait de prendre de l'âge, de prendre de la maturité. Je pense que je suis plus en phase avec mon âge aujourd'hui qu'avec l'âge que j'avais au moment du passage à l'âge adulte, où je pense que j'étais vraiment perdue et que je me sentais... vraiment pas en phase avec mon âge. Je ne saurais pas comment expliquer. Pourtant, j'avais quand même des copines. Ce n'est pas le sujet. Mais je ne sais pas. Je me sens vraiment plus à l'aise aujourd'hui, même dans les centres d'intérêt, dans mes relations aujourd'hui avec les gens. Je me sens plus en phase aujourd'hui. Oui,
- Speaker #1
c'est ce que tu dis. C'est un truc aussi qui s'observe beaucoup. Certaines femmes ne l'ont jamais prise. Moi, je vois beaucoup de témoignages de femmes qui, en prenant de l'âge, en arrivant à 40 ans, mais j'entends surtout autour de 50 ans, où il y a un truc qui lâche à ce niveau-là. Et je me dis, mais waouh, c'est trop dommage. Ça veut dire qu'il faut le subir tout le temps avant, quand même. Et à la fois, il y a la peur. En plus de ça, il y a un peu un truc contradictoire, parce qu'il y a aussi beaucoup de peur de vieillir. Les TCA, c'est l'obsession quand même aussi de l'apparence de ce à quoi on ressemble, de rentrer dans des cases. « bon, vieillir, ce n'est pas très valorisé » . dans notre société. Donc, il y a cette vieillir. En fait, c'est libérateur. Quelque vieillir avec une femme, c'est la libération.
- Speaker #0
Complètement. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je suis aussi dans un âge où je suis très bien dans mon couple. Je fais des choses super chouettes à côté de ça. Et je me projette aussi dans des choses là où avant, je ne me projetais pas.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'étais enfermée dans un truc où je n'arrive pas à me projeter. Et là, aujourd'hui, je me projette quand même dans des choses. Et donc ça, ça aide aussi. C'est des objectifs plus ou moins long terme, mais ça aide aussi. Donc voilà.
- Speaker #1
Est-ce que tu as l'impression qu'on a fait à peu près le tour de ce que tu avais envie de partager aujourd'hui ou est-ce qu'il y a des choses sur lesquelles tu n'as pas eu l'occasion d'aller ?
- Speaker #0
Je pense qu'on a fait un bon petit tour quand même là. Donc, je n'aurais pas grand-chose à rajouter.
- Speaker #1
J'aime bien terminer par une proposition de t'adresser aux personnes qui nous écoutent et te proposer de leur dire qu'il y a des personnes qui nous écoutent et qui sont à des stades très différents. Il y a des personnes qui vont mieux, mais il y a des personnes qui sont en pleine tempête des troubles alimentaires qui sont peut-être la toile d'il y a quelques années. Qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire à ces personnes-là ?
- Speaker #0
Encore une fois, je me répète, mais c'est de voir un peu plus loin. de voir un peu plus loin, de se dire qu'avec le temps, il y aura toujours des moments plus difficiles que d'autres, mais avec le temps, ça ira mieux, qu'il faut s'entourer, qu'il faut surtout en parler. Et qu'encore une fois, votre corps ne vous définisse pas, ne vous définit pas, je veux dire. Mais voilà, c'est sûr que c'est un combat qui est long, mais il faut être patient, il faut être résilient, et un jour ça finit par passer. Mais c'est sûr qu'il faut s'entourer. Pour moi, vraiment, si on n'en parle pas, c'est très difficile. Et aussi, il faut essayer de se détacher de cette honte. C'est normal d'avoir honte, mais il faut essayer de s'en détacher. Et aussi être capable d'accepter et même d'assumer, en fait. D'assumer ce qu'on vit. Et ça fait partie de l'histoire de chacun, chacune. Et voilà, être capable d'en parler et de s'entourer des bonnes personnes.
- Speaker #1
Trop bien. Merci. Voilà.
- Speaker #0
Merci à toi de m'avoir reçu.
- Speaker #1
D'être venue partager ce morceau de ta vie. Et pas des moindres. et de ce qui a pu t'aider et de ce que tu peux projeter aussi pour l'avenir,
- Speaker #0
c'est trop chouette il y a beaucoup de personnes merci à toi de m'avoir reçu c'était super chouette de pouvoir parler de mon histoire et ça permet aussi un petit peu peut-être de clore une boucle un chapitre peut-être ouais je le voyais vraiment comme ça en tout cas de ce rendez-vous. Donc, je suis trop contente.
- Speaker #1
Trop bien. Après, il va y avoir l'étape de l'écoute qui est une autre étape.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais c'est vrai ce que tu dis. Souvent, on parle de ça, d'un point d'étape qui est vachement important en fait, de venir témoigner. Ça permet de faire un bilan et c'est comme un point d'étape avant la prochaine.
- Speaker #0
Oui, carrément.
- Speaker #1
Écoute, peut-être que tu reviendras à mon micro pour parler de l'étape d'après. Oui,
- Speaker #0
carrément.
- Speaker #1
C'est trop bien. Merci beaucoup en tout cas.
- Speaker #0
Avec plaisir. Merci à toi, Flavie.
- Speaker #1
Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast. ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !