- Speaker #0
Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mizzono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute.
- Speaker #1
Bienvenue dans un nouvel épisode de TCA etc.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je suis ravie d'accueillir Alicia pour discuter. Bienvenue Alicia.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Écoute, c'est avec grand plaisir que je vais discuter avec toi. J'ai assez peu d'infos sur... qui tu es, tout ton parcours. Tu m'as donné quelques infos par mail. Mais moi, j'adore ça, découvrir les personnes en discutant avec elles. Donc, je suis très heureuse à l'idée de pouvoir entendre ton histoire et pouvoir la partager aussi aux personnes qui vont nous écouter. Ce que je te propose, c'est de commencer par te présenter de la manière dont tu le souhaites.
- Speaker #1
OK. Eh bien, moi, c'est Alicia et je suis kiné. J'ai été diplômée en 2022. Donc, je pratique ici depuis pas si longtemps. Et avant ça, j'ai fait une année de psycho à l'ULB. Et encore avant ça, après mes secondaires, je m'étais engagée dans l'armée belge. Donc voilà, avant de trouver mon métier de kiné, j'ai pas mal cherché un peu qui j'étais, ce que je voulais vraiment faire. Et ça m'a pris du temps, mais je crois que maintenant je suis à ma place au bon endroit.
- Speaker #0
C'est chouette, c'est un parcours varié. J'ai trop envie de te poser la question de ce qui t'attirait dans le côté armé.
- Speaker #1
Alors j'aime bien, je veux dire, ce qui est carré, ce qui est contrôlé, prévisible. Donc c'était un milieu qui m'attirait pour ça, mais aussi pour le côté sportif, le challenge que ça représentait. Et voilà, l'idée. de pouvoir aider les gens d'une manière ou d'une autre. Je savais que je voulais aider. Comment ? Je ne savais pas exactement. C'est aussi pour ça qu'aujourd'hui, je suis kiné, je suis passée en psycho. Je savais très bien que je voulais aider, mais de quelle façon ? Je ne savais pas exactement. Et donc, voilà, le côté sportif aussi de l'armée, camaraderie. Et finalement, j'avais beaucoup d'idées reçues. J'ai fait un an et demi et après ça, j'ai vraiment vu ce que c'était. Et ce n'était pas tout aussi rose, ce n'était pas aussi joli qu'on le prétendait. Et je me suis dit que je pouvais être utile, bien plus utile ailleurs. Et après de longs mois de réflexion, j'ai décidé de m'en aller. Ça a été difficile, mais j'ai dû prendre cette décision pour moi et pour pouvoir continuer à avancer.
- Speaker #0
Un an et demi, c'est long déjà.
- Speaker #1
C'est long et en même temps, c'est court. Ça paraît très court pour les gens quand je le dis comme ça de l'extérieur, mais quand je vois tout ce que j'ai vécu sur un an et demi là-bas, c'est vrai que c'est beaucoup et surtout ça forge aussi pas mal le caractère et la personnalité. Et je ne serais pas qui je suis aujourd'hui sans être passée par l'armée. Donc voilà, à refaire, je le referai, même s'il y a eu pas mal de périodes très compliquées et que ça a été des moments difficiles. Il y en a heureusement eu aussi des bons, mais voilà. C'était une aventure que j'ai tentée, que j'ai aimée en partie et que je referai pour ce que ça m'a apporté aujourd'hui.
- Speaker #0
Ok. Ce qui nous réunit aujourd'hui, c'est plutôt le rapport à ton corps et à l'alimentation. Et ça va être un des sujets qu'on va aborder puisque c'est aussi simplement une partie de ce que tu vis et c'est forcément en lien avec plein d'autres choses. Donc on va aborder, je pense, beaucoup de choses qui constituent qui tu es. J'aime bien commencer le podcast en demandant aux personnes de réfléchir à la relation qu'elles avaient, petite fille, avec l'alimentation et le corps. Est-ce que tu te souviens, toi, ou de quoi tu te souviens, en fait, dans ta façon de manger et sur comment tu vivais dans ton corps quand tu étais petite ?
- Speaker #1
Eh bien, je n'ai pas vraiment de souvenirs négatifs dans la petite enfance. C'est plutôt à l'adolescence, avec l'âge, quand on grandit, quand on devient une... Un petit bout de femme, une jeune fille qu'on veut plaire aussi. Et c'est à ce moment-là, en fait, quand le regard de l'autre prend de l'importance, que finalement, on se dit, OK, de quoi j'ai besoin ? Qu'est-ce qu'il me faut pour être jolie, pour plaire ? Et voilà, et tout ça rentre en compte. On fait attention aux critères de beauté, souvent imposés par la société, dans le regard des autres aussi. Donc voilà. Mais sinon, pas de mauvais souvenirs par rapport à l'alimentation quand j'étais vraiment toute petite, plutôt à l'adolescence. Je me souviens que c'était un peu compliqué à la maison d'essayer de faire attention. Il y avait une armoire, je me souviens, chez mon père, une armoire à biscuits et à tout ce qui était pour le goûter ou le dessert. Et parfois le dessert aussi, si on souhaitait prendre quelque chose de sucré ou quoi. Et j'avais du mal à me restreindre. Et donc, j'essayais de m'en imposer une quantité. ou alors un certain type seulement de biscuits en regardant les calories. Et je me souviens aussi que j'essayais d'être discrète quand j'allais dans l'armoire. Je l'ouvrais très doucement parce que je ne voulais pas avoir une réflexion sur le fait que j'en mangeais encore un, alors que j'en avais déjà mangé un il y a deux heures, une heure et demie, il y a trente minutes. Et donc la honte était là aussi assez rapidement. Et voilà, c'est plutôt début adolescence et avec effectivement les autres élèves à l'école, chez les garçons aussi, il y a ce côté de « on veut plaire » . Et je me souviens qu'il y avait dans ma classe ce beau garçon que toutes les filles voient. Mais je faisais partie de ces filles qu'on ne voit pas vraiment, assez timides et qui ne se sentaient pas bien dans sa peau. Et il était sur mon banc, on avait encore des places imposées et on était tous les deux au même banc. Et je me souviendrai toujours qu'il me regardait. Il s'est permis de prendre un petit bourrelet au niveau de ma taille en disant « bah dis donc, c'est bien gras tout ça » . Et si de savoir que déjà j'étais transparente, mais que pour ce genre de garçon, je n'étais pas ce qu'on appelle une fille jolie, assez mince peut-être. Contrairement au... au fil de la classe qu'on appelait les populaires, avec le maquillage, les faux-cils, les ongles. Elles venaient en classe presque pour faire un défi de mode. Et donc, c'était facile de les envier et de vouloir aussi être désirée. Donc voilà, il y a cette frustration de se dire, je ne suis pas ce genre de fille belle et désirable.
- Speaker #0
T'avais quel âge à ce moment-là, dans ce souvenir précis ?
- Speaker #1
Alors là, je crois que j'avais 16 ans.
- Speaker #0
Ah ouais, donc là, tu étais déjà bien dans l'adolescence.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Mais avant ça, parce que là, tu nous as déjà donné des éléments, tu vois, même le placard à biscuits, tout ça. Si on remonte avant, justement, ce placard à biscuits qui a toujours existé, quand tu étais une petite fille, tu allais manger simplement dedans. Est-ce que tu as l'impression que tu en mangeais beaucoup ou juste c'était... T'en mangeais et c'est tout, quoi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Jusque-là, j'avais toujours... Ça ne me choque pas au-delà de ça, en fait, parce que jusque-là, mon alimentation, je veux dire, était normale. Comme tous les enfants, à l'école, le goûter. À la maison, les repas étaient préparés par les parents. Donc, tout ce qui était quantité, calories, ingrédients, ce n'était pas quelque chose... Je n'y faisais pas attention. Donc, je mangeais ce qu'on servait à table et les goûters à l'école ou avec les goûters des copains qu'on échangeait. Enfin, voilà, rien de bien spécifique. Donc, c'est vraiment, on va dire que ce n'est pas mon environnement personnel qui a mené à ça, c'est plutôt en extérieur que je me suis retrouvée confrontée à ces questionnements par rapport à moi et à mon alimentation.
- Speaker #0
Oui, dans ta famille, que ce soit ton père ou ta mère, je ne sais pas si tu as des frères et sœurs, il n'y avait pas cette notion de faire attention à ce qu'on mange, il n'y avait pas spécifiquement d'attention portée sur le corps ? et de critiques faites sur son propre corps ou le corps des autres ?
- Speaker #1
Non, j'ai deux sœurs, une grande sœur et une petite sœur. Et d'ailleurs, aucune d'elles n'a de problème par rapport à son physique et à l'alimentation. Et je ne me souviens pas de remarques désobligeantes. Au contraire, je dirais que comme beaucoup d'enfants, quand on voit la famille... Les tantes, les oncles qu'on avait depuis longtemps, on a souvent ce « oh mais qu'elles ont grandi, qu'elles sont belles, qu'elles sont jolies » , plutôt ces compliments qui restent toujours positifs, mais rien de relatif au poids ou à la corpulence.
- Speaker #0
Et toi, tu es entrée dans l'adolescence avec l'idée que ton corps n'était pas comme il fallait, qu'il était trop gros, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça. En tout cas, un peu, je dirais, potelé. Et puis aussi, quand on rentre dans l'adolescence, en tant que jeune fille, on commence à prendre des formes aussi, au niveau des seins, de la taille, des fesses. Et avec ce nouveau corps, ces nouvelles formes, parfois, on s'y perd vite. Les vergetures aussi apparaissent et on stocke différemment aussi. C'est compliqué de grandir et de voir ce corps qui change assez rapidement sur une période qui n'est finalement pas si longue que ça. Et je me suis vraiment perdue dans cette féminité qui a commencé à apparaître et j'ai eu du mal à me situer, à savoir exactement à quoi je devais répondre. ou plutôt à quoi je n'aurais pas dû tenter de répondre. Voilà, ça a été un chemin assez difficile.
- Speaker #0
Oui, en tout cas, j'entends que la façon pour toi de trouver ta place devait passer par ton corps. Il y a eu un focus à ce moment-là sur ton corps, ton physique.
- Speaker #1
Oui, vraiment, vraiment.
- Speaker #0
Et donc, finalement, j'ai l'impression qu'assez tôt dans l'adolescence, tu as eu ce souci de pouvoir modifier ton corps. Et donc, assez rapidement, c'est passé par la nourriture. Tu parles du fait d'avoir essayé de te restreindre. D'où ça devenait d'ailleurs ça ? Parce qu'en fait, tu vois, ce n'est pas forcément évident. Si personne n'a jamais fait attention à ce qu'il mange à la maison, où est-ce que tu as pioché ces idées de « je ne devrais pas trop manger de gâteau, je devrais manger comme ci, comme ça » ?
- Speaker #1
Alors, je n'ai pas vraiment une idée précise de quelque chose qui m'a marquée, qui a fait que c'est l'alimentation que j'allais prendre comme cible. pour arriver à un objectif. Mais disons que c'est plutôt aussi, encore une fois, dans la comparaison, de voir un petit peu ce que les amies à l'école mangent, de voir si elles sont plutôt sportives ou non, et de finalement voir aussi tout ce qui est publicité, les films, les séries. C'est à partir du moment où on fait une fixette, je dirais, sur son corps, tout ce qui a trait à ça. Peu importe où on pose le regard, que ce soit sur le repas des autres, à la télévision, les publicités, aux arrêts de bus. Finalement, en fait, ça coule de source. C'est ça qu'on prend comme étant la cible. J'ai aussi, bien sûr, fait tout ce que beaucoup de gens, beaucoup de femmes, en tout cas, font quand elles ont des difficultés. C'est-à-dire essayer les crèmes à main insissante, d'essayer les ventouses pour la cellulite. Et c'est comme ça que j'ai commencé la course à pied. C'était dans cette idée-là, finalement. Parce qu'avant, je n'étais pas du tout sportive. Je n'avais pas une activité extrascolaire bien spécifique. Et je me suis mise au sport et à la course à pied dans ce but-là. Maintenant, aujourd'hui, c'est pour mon plaisir, c'est pour le défi encore une fois. Et parce que dans mon métier de kiné du sport, je suis confrontée beaucoup à des sportifs et à ce milieu-là. Mais au tout début, c'était relatif encore une fois à ce corps que je voulais voir maigrir et être parfait.
- Speaker #0
Et tu avais quel âge quand tu as commencé la course à pied ?
- Speaker #1
Là, c'était, je dirais, assez tôt. Je crois que je devais avoir, enfin, assez tôt, 14 ans.
- Speaker #0
Ah ouais, si, c'est tôt quand même.
- Speaker #1
Voilà, mais j'étais très, très mauvaise, évidemment, à ce sport et dans tous les autres sports, aucune endurance, puisque jusque-là, je n'avais pas vraiment pratiqué d'activité physique.
- Speaker #0
Donc, tu as commencé à vouloir faire attention à ce que tu manges, à faire davantage de sport. Et comment ça a évolué, ça ? Est-ce que tu as réussi à perdre du poids ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Et ça a plutôt fait le yo-yo, en fait. J'oscillais entre le côté pulpeux, un peu plus que pulpeuse, où j'étais un peu en surpoids. Et justement, parce qu'en fait, plus ça devenait une obsession et plus ça accentuait le problème. Et ça accélérait aussi le processus, parce que du coup, j'avais faim, parce que je me culpabilisais. Et il y avait une frustration aussi, la culpabilité, la frustration, le dégoût, la déception. Et toujours dans cette boucle, en fait, finalement négative, qui me ramenait toujours à cette consolation de la nourriture. Et puis, en fait, à force de s'affamer, le corps va quand même réclamer, en fait, ce dont il a besoin. Et les crises vont s'accélérer. et c'est là en fait où la blimey vraiment en tant que telle est apparue, c'est-à-dire vraiment avec cette hyperphagie en plus. Il n'y avait plus juste de la restriction et quelques petites crises alimentaires, là on était vraiment sur des grosses crises où je vidais le frigo et ça pouvait passer par la bouteille de ketchup s'il n'y avait rien d'autre, le pot de mayonnaise, même pas dans le plaisir de manger, mais dans la conclusion vraiment qu'il faut que je me remplisse.
- Speaker #0
Et là, du coup, ça devenait visible. Parce que peut-être qu'au début, tes parents, j'en sais rien, tu vas me dire, est-ce qu'ils ont vu ? Est-ce qu'ils ont capté quand tu as commencé à vouloir faire attention ? Ou est-ce que ça a mis beaucoup plus de temps ? Et là, quand les compulsions sont arrivées, j'imagine que c'est devenu plus visible aux yeux aussi de ceux qui t'entourent.
- Speaker #1
Ça a été visible que très tard. Et encore, mon entourage l'a su quand je l'ai dit. Parce qu'à un moment, c'était vraiment très compliqué pour moi. Mais j'ai détenu ça secret facilement même. Et c'est ça en fait qui encore aujourd'hui m'étonne beaucoup, c'est de me dire à quel point ça peut aussi être une pathologie, une difficulté qui peut rester vraiment inaperçue, qui n'est pas remarquée, mais pendant longtemps et par beaucoup de personnes. Et c'est là aussi qu'on se rend compte que parfois on est tellement loin dans ce problème qu'on devient excellent à le camoufler. parfois j'arrivais à faire des crises alimentaires en mangeant de la nourriture, mais je ne sais même pas comment c'était possible de rentrer tout ça dans mon corps, alors qu'on était dans une fête de famille où on était 15 à 20. Mais personne ne pouvait voir que j'étais en train de faire de l'hyperphagie, parce qu'on se met à voler, à prendre en cachette, à mettre dans ses poches puis dans le couloir ou aller à la toilette pour les manger, puis on vient à l'air de rien. Et en fait finalement, c'est une douleur qu'on vit seule, parce qu'on ne sait pas comment l'expliquer. Ça va jusqu'à parfois, quand le repas est terminé et que la famille jette les restes à la poubelle, d'aller chercher dans la poubelle. Et on se sent ridicule, honteux de ce genre de comportement. Et on se dit, mon Dieu, je deviens vraiment un animal. Oui,
- Speaker #0
il y a vraiment ce lien d'ailleurs qui est fait, à mon avis, un peu à tort, mais avec l'addiction. Là, on se sent complètement comme un junkie, en fait. Tu vois, d'aller chercher coûte que coûte.
- Speaker #1
C'est ça, oui.
- Speaker #0
Je partage ton étonnement quand même du fait que ça passe inaperçu. Je pense que le problème, il est global avec les troubles alimentaires. Je pense qu'on en parle un peu plus, mais je crois qu'il y a encore beaucoup de clichés sur les TCA et qu'on a du mal à le repérer. Et pour quelqu'un qui n'est pas initié, il n'y a pas... Comment dire ? Oui, c'est ça, il n'y a pas les bons outils de repérage, mais je me dis... qu'il était sans doute possible quand même de voir qu'il se jouait quelque chose pour toi avec la nourriture. Tu vois, ne serait-ce que le fait de vivre chez tes parents, si à un moment donné tu descends plusieurs boîtes de nourriture, le pot de maillot, voilà, tu vois, il y a des choses qui sont quand même visibles.
- Speaker #1
Oui, et au final, c'est ce que je me suis dit, et au final, en fait, là maintenant, je vis chez moi dans mon appartement. Je fais les courses aussi. Et en le faisant moi-même, en étant responsable, on va dire, de mon propre frigo, je vois aussi qu'il n'est pas toujours facile de voir ce qui y était, ce qui n'y est plus. On ne fait pas toujours attention. C'est vrai que je peux comprendre. Et encore une fois, c'est là que ça devient aussi très étonnant. C'est qu'on devient doué pour cacher les choses. Oui, bien sûr. Les paquets, je les remplissais d'autres choses. Donc, les paquets de biscuits que j'avais vidés, je mettais d'autres choses dedans. Donc, on en veut. On se retrouve avec une sorte de frustration en disant, j'ai besoin d'aide et personne ne voit le problème. Mais en même temps, on se retrouve avec cet autre côté de soi qui fait exactement tout ce qu'il faut pour que ce ne soit pas visible. Mais oui, il y a l'air d'envie que quelqu'un le voit et à un moment nous dise « Est-ce que ça va ? J'ai l'impression qu'il y a un souci. » Et on aimerait entendre ça, mais on est tellement fort pour le camoufler que finalement ça ne vient pas. Et cet appel à l'aide, il va falloir le faire soi-même.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Mais vraiment, je pense que ce qui est en jeu là-dedans, c'est la honte.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
la honte d'avoir ce type de comportement qu'on ne comprend même pas soi-même sur le moment. Donc, c'est très difficile. Mais effectivement, pour les personnes qui nous écoutent, c'est vraiment super difficile. Pour autant, il n'y a pas de honte à avoir. C'est une vraie pathologie.
- Speaker #1
C'est ça. Et je pense que c'est là aussi où je te rejoins quand tu dis que c'est quelque chose qui est quand même encore méconnu. Oui, on connaît tous les TCA vaguement. Mais encore une fois, je parlais de mon passé assez important au niveau des troubles alimentaires avec un ami l'autre jour. Et il me disait, oui, mais bon, ça va, toutes les femmes ont des TCA. Et c'est là que je me dis, alors déjà, au-delà du fait que c'est très, je ne vais pas dire très macho, mais...
- Speaker #0
Un peu sexiste quand même, ouais. Oui,
- Speaker #1
bon, au-delà de ça...
- Speaker #0
C'est une petite pathologie de femme qui se fait des... C'est ça. fait des problèmes pour rien, quoi. Ça fait un peu repenser à ça, quand même.
- Speaker #1
Voilà, et c'est ce qu'il me disait. Il me dit, vous trouvez toujours une façon de vous compliquer la vie. Et c'est clairement que ça me choque. Alors déjà, là, encore une fois, de l'argument très sexiste, mais c'est de me dire, c'est fou parce que... Dans leur tête, en fait, dans la tête de cet ami, lui, quand il dit « on a tous des TCA » , ça veut dire que pour lui, quelqu'un qui a des TCA, c'est quelqu'un qui va être capable de dire « non merci, j'ai assez mangé, allez, je ne vais pas craquer sur le petit biscuit qui est là » . Et c'est là que je vois que pour les personnes qui n'ont pas de TCA, ils ne comprennent pas ce que c'est. Ils ne voient pas et on n'a pas envie forcément de nommer ces choses et je ne sais pas ici si ça pourrait choquer le fait de les nommer, mais parfois, à ces personnes, j'ai envie de dire « non, les autres femmes, Peut-être que tu penses qu'ils ont des TCA, c'est juste des femmes qui font attention à leur ligne, mais qui n'ont pas une pathologie réelle. Mais quand on a des TCA et qu'on se fait vomir au point de se déchirer la muqueuse parce qu'avec les ongles on va trop loin, qu'on finit par utiliser des brosses à dents, des ustensiles qui parfois restent bloqués, et qu'on se met à saigner du nez, qu'il y a des pétichies, des traces de sang au niveau des yeux, et qu'on est cerné, qu'on se sent lourde, qu'on a mal à la tête, parce que la pression au niveau du visage et de la tête est énorme quand on se fait vomir. Toutes ces choses-là, ce sont des détails qui sont gênants à dire pour nous, mais ils ne se rendent pas compte que c'est ça, en fait, les TCA, cette souffrance. Oui, et puis,
- Speaker #0
tu viens de parler d'un niveau de souffrance, en fait. Alors, moi, quand j'entends ce genre d'argument, je rappelle en premier lieu que les troubles alimentaires, en tout cas en France, sont encore pour le moment la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. Après les accidents de la route, tu vois. Donc en fait, déjà, rappeler qu'on n'est pas en train de parler d'une petite crise ou de... Voilà. Et puis, je trouve qu'il y a quelque chose qui est très utile, c'est, je ne sais pas si tu connais l'expérience du Minnesota.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
C'est un truc dont j'ai l'impression d'avoir déjà parlé plein de fois, mais ce n'est pas grave. Pour celles qui m'ont déjà entendu raconter, vous pouvez avancer. En gros, il s'agit d'une expérience qui a été menée en sortant de la Seconde Guerre mondiale. Donc tu vois, c'est intéressant parce qu'on parle d'une autre époque, et en plus ça ne concerne que des hommes. En fait, on cherchait à comprendre comment renutrir correctement des gens qui venaient de subir la guerre et donc de grosses restrictions. Donc ce qu'ils ont fait, c'est qu'ils ont pris quelques hommes, enfin je ne sais plus, du coup ce n'est pas une expérience sur mille hommes, donc ça vaut ce que ça vaut, mais je ne sais plus combien ils étaient. Quelques dizaines ou une dizaine d'hommes, je ne me rappelle plus. Peu importe. Et donc en fait, ces hommes-là, en plusieurs temps, il y avait d'abord une observation de combien sont leurs besoins caloriques, combien ils mangent. Deuxième étape, on commence à descendre leurs apports caloriques. Le but, c'était vraiment de les mettre dans une restriction. À titre d'info, on les a mis dans une restriction qui paraissait énorme, mais en fait, ça équivaut à peu près, tu sais, les régimes comme j'aime, là. En fait, c'est ça, c'est ce type de restriction. Et puis le but après, derrière, c'était de réaugmenter l'apport calorique et de voir comment ils supportaient. Sauf que ce qui s'est passé, c'est que ces mecs-là sont devenus complètement obsédés par la bouffe. Certains allaient voler de la nourriture dans les poubelles. Ils ne parlaient plus que de nourriture. Attends, on parle d'hommes ? au sortir de la Seconde Guerre mondiale. C'est quand même une autre époque. Et donc, on parle d'hommes qui s'échangeaient des recettes de cuisine qui étaient complètement matrixés par ça. Et en fait, quand il y a eu la possibilité de se renourrir, certains sont allés jusqu'à manger 10 000 calories dans la journée. Donc, en fait, ils ont présenté des épisodes de compulsion alimentaire. Ce que je trouve super intéressant dans cette expérience, c'est que ça montre que, en fait, oui, ça peut être aussi le cas des hommes. Généralement, les hommes... ont moins de TCA dans notre société parce qu'ils sont moins soumis aux injonctions autour du corps et donc de l'alimentation mais qu'en fait il s'agit là de réflexes normaux au sens de physiologiques tu vois pour notre corps.
- Speaker #1
Oui et en t'entendant du coup parler de cette expérience c'est maintenant que je comprends que c'est celle, parce que du coup j'ai essayé plein de thérapeutes, j'ai essayé tous les types de thérapeutes qui existent ça fait 5 mois que je suis stabilisée après une pire période par rapport à ces troubles. C'est suite à des rendez-vous avec une certaine thérapeute qui s'appuyait sur cette expérience. Cette expérience a été reprise dans la littérature d'Oxford, il me semble. Justement, c'est là qu'ils ont remarqué que ce n'était pas seulement une question de problème psychologique, psychique, parce que souvent, on dit que ce problème de troubles alimentaires vient d'abord d'un mal-être plus profond. Et que ça, ce n'est qu'un symptôme, que le TCA n'est qu'un symptôme d'un mal-être psychologique et qu'il peut y avoir plein d'autres soucis qui sont en fait d'abord les soucis premiers à régler, comme borderline ou post-traumatique, ce genre de choses. Et en fait, dans cette littérature, justement, on met en évidence que non, au-delà de la personnalité, Au-delà du vécu, du psychique de la personne, il y a vraiment ce côté biologique, physiologique, physique, qui est simplement l'alimentation du corps, la nutrition, et donc aussi par rapport à ce que le corps a besoin, ce qu'il ne reçoit pas, et ça va déclencher des réponses, on va dire, naturelles. C'est que le corps va aller chercher ce qui lui manque. Et donc, c'est là que cette fameuse boucle de dire « je ne veux pas manger, je ne mange pas, zut, j'ai faim, je vais craquer, je craque » Et ainsi de suite, c'est parce que le corps va aller rechercher à chaque fois la nourriture qu'on ne lui a pas donnée. Et c'est pour ça aussi qu'on voit très bien que dans les crises de boulimie, par exemple, on a tendance à choisir plus, si on peut dire choisir, on se jette plutôt sur des aliments bien spécifiques. Pour ma part, c'était tous les aliments type fromage. C'est des choses en fait que je m'interdisais de mélanismer en dehors de mes repas dits. sains. Et donc, dans mes crises, c'est eux que j'allais manger vraiment sans modération. Parce qu'en fait, il y a un moment où le corps te dit, oui, t'es bien gentil, mais j'en ai besoin, en fait.
- Speaker #0
Oui, c'est certain. Et je suis d'accord avec toi. En fait, il y a eu, en tout cas, en France, la prise en charge déjà psychologique pendant longtemps, elle était largement psychanalytique. Et donc, on analyse le passé, on cherche les causes, etc. forcément que c'est intéressant. Mon propos, ce n'est pas de dire « Ok, ça, ça ne sert à rien, on s'en fiche. » C'est juste que ça peut très bien se faire en parallèle et que pour aller dans ton sens, ce qui va être super important, c'est de prendre en charge toute la sphère du comportement alimentaire en tant que tel.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et en plus, le double intérêt, c'est qu'en travaillant sur le comportement alimentaire, c'est tellement relié aussi à notre émotionnel, aussi à plein de choses. De fait, on va soulever des choses, on va tirer des fils qui vont nous amener à aller questionner des choses, à faire des liens. Ce sera de toute façon super intéressant, mais effectivement, moi je défends vraiment ça. Il n'y a pas de jamais ou de toujours. Ce n'est pas toujours un problème lié à du psychotraumatique ou autre, et ce n'est pas non plus jamais. Par contre, c'est important d'entendre qu'il y a des personnes qui vont développer des troubles alimentaires, juste, je mets d'énormes guillemets, parce qu'elles ont cherché à maigrir, à contrôler leur... corps pour rentrer dans une norme et tout, et qu'elles ont fait des régimes. Tous les êtres humains vivent de toute façon des épreuves au cours de leur vie, mais ce que je veux dire par là, c'est que il n'y a pas nécessairement d'énormes traumatismes. Et j'ai vu beaucoup trop de femmes perdre un temps précieux à chercher cette foutue cause. Pourquoi j'ai développé des TCA ? Et à chercher, et à chercher, et avec cette idée que tant que je n'aurais pas trouvé la raison, je ne pourrais pas guérir. Mais non, mais ce n'est pas vrai, en fait. Vraiment.
- Speaker #1
Déjà,
- Speaker #0
il n'y a pas forcément une raison énorme en plus.
- Speaker #1
Non, tout à fait. Et à force d'entendre les thérapeutes, quels qu'ils soient, nous dire c'est qu'il y a eu un souci, c'est qu'il y a une raison, un point de départ, on finit par chercher, tiens, dans mon parcours de vie, il y a eu un problème. Et comme tout le monde, on a tous vécu des périodes un peu noires, plus ou moins noires, très sombres, et on va un moment creuser dans cette partie-là, et on va dire ça doit être ça. Et finalement, on tourne autour du sujet et on constate que les troubles ne vont pas mieux. Alors, soit effectivement, il y a un élément déclencheur, ça peut être le cas. C'est toujours important de voir chez la personne le contexte biopsychosocial, comme dans toutes les thérapies. Mais on ne peut pas se fier qu'à ce contexte-là, au bagage émotionnel et au parcours de la personne. Simplement aussi parce que, encore une fois, dès qu'on est en restriction, on va créer des manques. physiologiquement, le corps, à un moment, va être dénutri et il va aller chercher ce dont il a besoin. Comme on le voit dans cette expérience, on n'a pas pris en compte le passé de ces hommes et on avait d'ailleurs retiré, si je ne dis pas de bêtises dans cette expérience, on avait retiré de cette expérience les hommes qui avaient justement une dépression ou toute autre pathologie psychique. Donc, on les avait retirés. Et pourtant, malgré ce contexte, on va dire, où ce psychique en bonne santé chez ces personnes-là, on constate qu'à la fin, ils sont quand même dénutris et qu'il y a quand même des troubles alimentaires derrière. Parce qu'à un moment, effectivement, le corps est en souffrance. Il ne s'agit plus seulement du psychique et de la tête dans le côté psychologique, psychiatrique, mais vraiment du corps physique. Et malheureusement, encore maintenant, il y a beaucoup de thérapeutes qui...
- Speaker #0
disent que tout ce qui est TCA provient d'un mal-être, d'un problème émotionnel. Et on s'arrête à ça. Mais on ne peut pas travailler l'un sans l'autre. Encore une fois, comme dans beaucoup d'autres prises en charge, que ce soit en kiné ou ailleurs, on ne peut pas prendre le symptôme et ne regarder que lui, sans venir chercher aussi à regarder et le corps et l'esprit. Et typiquement, on retrouve ça dans les TCA.
- Speaker #1
Et j'irais encore plus loin, c'est-à-dire qu'on ne peut pas faire fi de la société dans laquelle on vit. C'est-à-dire qu'il y a la personne dans sa globalité, mais il y a aussi la personne dans son environnement. Dans son environnement familial, dans son environnement social, sociétal, culturel. Et en fait, les troubles alimentaires arrivent aussi dans un environnement social et culturel où le culte de la minceur est particulièrement fort et où il y a une préoccupation. très grande, qui est transmise, qu'on le veuille ou non, aux petites filles dès le plus jeune âge, en fait, et qui va être un facteur de risque. Ça ne veut pas dire que toutes les femmes développent des TCA. Après, ça me fait penser à ce que disait ton ami, oui, de toute façon, toutes les femmes ont des TCA. Il n'a pas complètement tort, c'est-à-dire que si on cherchait les femmes qui sont 100% tranquilles avec leur corps et l'alimentation, il n'y en aurait pas beaucoup. Moi, je pense qu'il faut voir les TCA sous forme d'un prisme et qu'il y a au centre les troubles alimentaires. qu'on va pouvoir vraiment diagnostiquer au sens du DSM-5 en cochant toutes les cases. Tiens, là, on a un trouble alimentaire pur et dur. Voilà. Et puis après, il va y avoir tout le spectre de l'alimentation troublée. Tu vois, des gens qui cochent peut-être pas toutes ces cases-là, mais qui ont quand même une alimentation troublée. Puis quand tu t'éloignes encore un peu, il va y avoir des personnes pour qui ça va, c'est pas troublé, ça n'empiète pas sur le quotidien, mais il y a quand même de l'insatisfaction corporelle, il y a quand même un peu de contrôle alimentaire, tu vois. Au plus loin de ce spectre, là, on va avoir des gens qui sont vraiment 100% sereins, sereines avec leur corps et leur alimentation. Mais il y en a finalement assez peu parce que c'est très compliqué dans nos sociétés actuelles. C'est très compliqué.
- Speaker #0
C'est très compliqué, c'est vrai. En tant que femme, beaucoup. Et je remarque aussi, ici, je fais énormément de sport, Irox, CrossFit, course à pied. le... En plus, ce sont des sports avec énormes dépenses énergétiques, caloriques. On se retrouve à avoir très faim et on veut remplir ce corps et on culpabilise. C'est là aussi où ça devient compliqué. Mais au-delà de ça, j'ai aussi des patients en tant qu'un sport sportif, parfois des jeunes sportifs. Typiquement, dans le monde de la GRS, de la gymnastique et autres, ou des petites tennismen, c'est impressionnant d'entendre ce qu'elles me disent. parce qu'elles sont toutes menues, toutes sveltes, très sportives. Et j'entends, ah oui, mais non, mais je dois faire attention parce que dans trois jours, j'ai une compétition. Donc, en ce moment, je ne mange qu'une pomme et du muselet le matin, à midi. Et en fait, je me rends compte que les parents étant à côté ne réagissent pas spécialement à ce que la petite est en train de dire. Et donc, elle me dit oui, parce qu'en ce moment, j'ai pris un peu des cuisses. Et là, je me dis, le parent va intervenir. Et je vois que ça ne m'intervient pas. Et donc, on est dans des milieux aussi, même sportifs, qui amènent à ce genre de trouble. Parce qu'on cherche l'excellence, la performance physique. Et on va chercher, encore une fois, on va entamer les réserves du corps. Parce qu'on va aller chercher vraiment le maximum. Et on va calculer tout ce qui est ingurgité, tout ce qui est dépensé, pour façonner ce corps, encore une fois, comme on le souhaite. En fait, j'ai vraiment l'impression que... Très souvent, ce corps est perçu comme quelque chose qu'on essaie de façonner, de repérer.
- Speaker #1
De dompter presque.
- Speaker #0
C'est ça. Et c'est ça qui est assez impressionnant, en fait. C'est de voir qu'on retrouve ce problème lié à l'alimentation dans beaucoup de contextes, de secteurs, de milieux. Et franchement, parfois, c'est inquiétant.
- Speaker #1
Le milieu du sport, c'est le milieu où il y a le plus de troubles alimentaires. C'est surreprésenté dans l'apparition des troubles alimentaires, c'est certain. C'est certain. Encore plus dans les sports où il y a une notion de poids. Tu as par exemple le sport de combat, mais aussi tout ce qui est gymnaste. Il y a une injonction très forte autour du corps, les danseurs et les gymnastes. Oui. Pour en revenir un peu plus à toi, si j'ai bien compris, très vite finalement, les compulsions sont entrées dans ta vie. Ça s'est arrivé assez vite. Et tu dis qu'il y avait un peu un effet yo-yo. Tu parles de vomissements, mais est-ce que tu as commencé tout de suite à te faire vomir ou c'est venu plus tard ?
- Speaker #0
Assez rapidement, en fait. Assez rapidement. Et d'ailleurs, les vomissements sont venus avant les crises d'hyperphagie. C'est vraiment par la suite, en fait. Disons que c'est un peu comme si j'avais découvert... Un pouvoir, c'est de me dire en fait, j'ai ce pouvoir de décider ce qui va rester ou pas dans ce corps. Et c'est là que je me suis dit aussi, mais du coup, finalement, je peux manger ce que je veux. C'est magnifique, puisque je peux le ressortir si j'en ai envie juste après. Et en fait, quand on se sent, on comprend qu'on est capable de ça, de se faire vomir, de ressortir tout ça, on culpabilise plus tant que ça à manger et on dévalise en fait les armoires. plus facilement parce qu'on sait qu'après on peut récupérer tout ça. Mais on ne fait qu'accélérer ce cycle de dénutrition et cet autosabotage, ce côté où on se sent sale, énorme, parce que finalement, je me souviens que j'avais mal aux côtes parfois, parce que mon ventre gonflait tellement, parce que je continuais à manger alors que j'avais mal, que je n'arrivais plus à m'allonger, parce que le fait de m'allonger sur le côté ou sur le ventre était extrêmement douloureux. Et même après avoir compensé par des vomissements, J'avais encore cette sensation comme des hématomes, comme si ça avait été dispendu. Et donc, ça ne fait que nous ramener à cet épisode de boulimie qu'on vient d'avoir. Le fait qu'on a encore craqué. On a peur d'aller aux fêtes de famille, aux anniversaires, au restaurant. Pendant combien de temps ? À un moment, quand j'ai osé en parler à ma mère, je disais, écoute, va au restaurant avec ma sœur, Délia. Va au restaurant avec elle. Moi, il ne faut pas que j'y aille. Elles allaient au restaurant sans moi parce qu'elles respectaient mon choix. Mais en fait, finalement... Le cerveau s'était déjà mis en mode, il faut que je me nourrisse. Et donc, en fait, c'était finalement à la maison qu'avait lieu la crise de boulimie. Donc, j'avais évité le restaurant pour ne pas avoir de crise de boulimie. Mais finalement, il y avait de quoi faire à la maison. Donc, ça devenait vraiment une prison et c'était très compliqué à gérer.
- Speaker #1
Mais oui, tu dis que là, tu es dans une période, ça s'est stabilisé. Mais tu dis que juste avant ça, ça a été la pire période pour toi. Donc, j'imagine qu'en fait, c'est ça, tu as vécu pendant plusieurs années avec... Des montagnes russes avec des phases peut-être un peu plus calmes et puis d'autres phases où ça explosait complètement ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. J'ai eu des périodes d'anorexie aussi, où j'avais 20 kilos en moins et donc mon BMI était beaucoup trop bas. Donc, j'ossiais entre les deux. Et puis, quand je tombais dans une phase d'anorexie avec une chute de poids énorme et maladive, je me faisais vite à ce corps malade. J'apprenais à l'apprécier finalement, parce que ce côté est toujours bon. boulimique et excessif, apprécier ce corps malade anorexique. Et puis quand je retournais dans l'autre, dans cette phase plutôt boulimique, ce corps qui était toujours gros me dégoûtait et je voulais retrouver cette anorexie. Et avec les phases aussi dans la vie, quand ça va plus ou moins bien, si l'on le période ou pas super bien, on se rend compte aussi qu'on est assez sensible à des crises selon le mood dans lequel on est. Donc si je ne vais pas bien... soit je sais que je vais me restreindre, soit je sais que je vais être dans l'excès. Et en fait, finalement, on vit toujours dans cet excès, dans le blanc, dans le noir, donc dans je me restreins ou dans je mange tout. Mais on a plus cette zone grise de je suis comme tout le monde. Et en fait, les journées sont réfléchies en fonction des calories, des repas. Et c'est même la première chose à laquelle on pense quand on se lève, c'est comment je vais gérer aujourd'hui. On essaie de compenser la veille les crises qu'il y a eues, mais en partant déjà de ce principe-là. On sabote.
- Speaker #1
Tu fais la prochaine prise, bah oui.
- Speaker #0
C'est ça. Et en fait, ça devient un engrenage. Et c'est pénible et c'est lourd. Et pour l'entourage, n'en parlons pas. Parce que je me souviens que mon copain, à l'époque, quand on faisait du shopping, on faisait du léger vitrine, on passait devant les magasins. Je ne regardais plus, en fait, les vêtements. Dans la vitrine, je regardais mon reflet. J'essayais de trouver un vêtement assez sombre qui pouvait renvoyer mon reflet. Et j'essayais de le voir. Et à un moment, mon copain devenait fou. Il dit, tu crois que je ne te vois pas, ce que tu fais ? Tu crois que je ne remarque pas ce que tu es en train de faire ? Et faisant l'innocente, je dis, ben non, quoi ? Il fait, tu es encore en train de te regarder. Tu es encore en train de regarder la taille de tes cuisses. Et en fait, finalement, l'entourage s'en rend compte. Quand on va au restaurant, ils savent très bien qu'on est en train de calculer combien de calories, plus ou moins, il y a dans chaque plat et qu'on choisit selon le nombre de calories et pas selon ce qui nous fait plaisir. Et c'est très pesant.
- Speaker #1
Ouais, donc le dialogue était ouvert avec ton entourage ?
- Speaker #0
Au début, oui. Et puis, en fait, plus du tout, parce que même eux ne suivent plus. Entre l'anorexie et la boulimie, ils n'ont pas forcément les bonnes paroles. Ils sont parfois maladroits. Donc, ça déclenche des disputes, des incompréhensions, des froids. C'est pénible, en fait, parce que parfois, c'est ce que ma famille disait. Ils disaient, bon sang, mais c'est compliqué, en fait. On fait ça, ça ne va pas. On fait ça, ça ne va pas. On agit de toute façon, ça ne va pas. Qu'est-ce qu'on peut encore faire ? Et ça les rendait dingues. Mais même moi, je ne pouvais pas donner la réponse parce que même moi, je vis avec cette personne que je ne comprends plus. Je n'arrive plus à gérer, j'avais vraiment l'impression de vivre avec cette personne à l'intérieur. J'avais peur parce qu'à tout moment je savais qu'une crise pouvait arriver, en public ou pas. Et j'étais fatiguée de me battre avec moi-même dès le matin en ouvrant les yeux en me disant « aujourd'hui » . tu vas le faire, ça va aller. Et quand on vit comme ça pendant des années, c'est compliqué parce qu'on sait qu'on n'a même plus d'emprise sur son comportement. C'est la crise qui va décider. Et quand le cerveau amorce la crise parce qu'il va vouloir se nourrir, la crise va arriver, on le veuille.
- Speaker #1
Oui. Oh oui, merci de préciser ça. J'ai vu passer du contenu il n'y a pas longtemps sur les réseaux. C'est une de mes collègues, Alizé, qui reprenait justement ce contenu à juste titre pour le critiquer. Ou malheureusement, en plus, il s'agissait d'une... C'était une émission de télé. Et il s'agissait d'une psychiatre au secours qui se disait spécialisée dans les TCA et qui donnait une méthode, je ne sais plus, ça s'appelle le stop S pour je ne sais plus quoi, T pour je ne sais plus quoi. Et en gros, genre, quand une crise arrive, bon, il faut respirer, nanana, faire ce type de trucs. Mais non ! Mais ça, c'est ne pas connaître les troubles alimentaires. C'est trop tard. C'est trop tard. C'est ce que je dis aux personnes que j'accompagne. C'est trop tard, surtout à un niveau dans ce que tu décris, où tu étais vraiment au cœur du cycle des compulsions. Quand la compulsion arrive, là où tu peux agir, c'est sur comment tu vas te parler par la suite, comment tu vas agir. Est-ce que tu vas te restreindre direct après ? Est-ce que tu vas te forcer à aller courir ? Est-ce que tu peux agir ? Mais sur le moment de la crise, bien sûr que non. C'est très juste que tu dis, quand elle arrive, elle est là. Tout le processus... s'est amorcée et a fait en sorte qu'elle arrive. Et elle doit arriver.
- Speaker #0
Si maintenant, si on arrive à l'ornier sur le frigo, sur une armoire, ou à envisager d'aller prendre sa voiture comme je l'ai déjà fait, je prenais la voiture et je faisais le tour de toutes les boulangeries. Une boulangerie, je m'arrête. S'il y a 300 mètres plus loin, il y en a une autre, je m'arrête. Et dans la voiture, je fais une crise au point qu'il y en ait partout sur moi et puis que je rentre honteuse quand une crise est en train d'arriver et qu'on est déjà dans cette phase d'action où on va la commencer. peu importe ce qu'on a décidé d'attaquer, c'est trop tard. C'est que c'est déjà dans les heures qui sont passées qu'il aurait fallu agir. Et ce n'est pas pour se culpabiliser. C'est juste qu'il y a eu effectivement plusieurs repas qui ont été sautés ou d'autres problèmes, des critiques sur le corps ou autres qui ont amorcé ça en fait. Donc à partir du moment où elle arrive, surtout aussi apprendre à se pardonner déjà, à dire ok, ce n'est pas grave et ne pas se restreindre. derrière et en fait c'est surtout ça il faut un moment couper cette boucle et c'est ça que je trouve malheureux c'est que il m'a fallu des années pour comprendre ça ce n'est pas juste une histoire de psychologie de psychiatrie on est sur quelque chose de physique bon sens et même en tant que kiné je me souviens que pendant mes pauses durant mes stages ou à mon travail en cabinet ou à l'hôpital j'allais sur pubmed google scolar sur toutes ces littératures scientifiques en faisant des recherches sur les sujets et rien, parce que même cette littérature scientifique ne reprend que le côté psychologique et psychiatrique du problème et les études ne mettent rien en évidence et il faut absolument que les gens comprennent qu'on parle de dénutrition et qu'il doit y avoir un travail à ce niveau-là vraiment diététique et physique pas juste au niveau d'un suivi psychologique, même si ça peut s'avérer très intéressant, bien sûr. Mais c'est du 50-50.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Et j'ajouterais, même si on est considéré en surpoids, voire en obésité, parce qu'on peut s'imaginer ne pas être concerné par la question de la dénutrition, si on est considéré en surpoids, mais c'est faux. Ça n'a rien à voir.
- Speaker #0
Complètement. Oui, quand on dit dénutrition, les gens s'imaginent quelqu'un où on voit les os. Non, quelqu'un qui fait... 172 kilos peut être dénutri parce qu'on parle ici d'une dénutrition d'une malnutrition déjà et donc c'est des mauvais apports qui font que l'organisme n'a jamais ce qu'il faut qu'il a bien assez peut-être d'autres nutriments en excès peut-être, mais que ce dont il a besoin pour ne plus déclencher des crises n'est tout simplement pas apporté, pas en suffisance et pas de la bonne manière. Donc, quand on parle de dénutrition, on parle plutôt d'apports qui ne sont pas les bons, en bonne quantité, dans les bons moments. Et on parle d'habitude et d'hygiène alimentaire. Attention, pas en quantité et de nouveau, pas par rapport au BMI. Et d'ailleurs, puisqu'on en parle, le BMI, clairement, c'est pas à ça qu'il faut se fier. Combien de personnes aussi au cabinet ou en dehors me parlent du BMI ? C'est un calcul qui n'est absolument pas... basé sur la masse sèche, la masse grasse, la quantité d'eau dans le corps. Donc quand on parle de poids corporel et qu'on a honte et que des femmes me disent « Oh, j'ose pas vous le dire, mon poids, parce qu'il est très élevé. » Oui, mais... Vous ne savez pas de quoi il est constitué, ce poids. Si vous avez 15% de masse grasse, c'est extrêmement bas et c'est même très bien pour une femme. On peut aller jusqu'à 23-25% si je ne dis pas de bêtises.
- Speaker #1
Oui, au moins, je pense. Même 15%, ça me paraît vachement bas par exemple. C'est bas. C'est des cycles réguliers.
- Speaker #0
15% pour une femme, on est plutôt dans quelqu'un d'assez sportif, d'assez athlétique. Donc voilà, encore une fois. Il faut savoir de quoi on parle. Et quand on dit « oui, moi j'ai un BMI vraiment très élevé, et alors ? » C'est comme, je reprends l'exemple de l'armée, mais quand on passe les tests médicaux, on ne peut pas être au-dessus d'un certain BMI pour les femmes et au-dessus d'un certain BMI pour les hommes. Combien d'hommes et de femmes ne sont pas quand même acceptés ? Parce qu'effectivement, quand le médecin calcule le BMI, il voit bien que monsieur qui est juste devant lui fait trois armoires à glace, qu'il fait 2,50 mètres de haut, et que là-dedans, il n'y a que du muscle. Bien sûr que du coup, sur le calcul final, on va avoir quelqu'un qui est censé être en obésité morbide. Mais non, quand on regarde et qu'on analyse de quoi est constituée la masse corporelle, c'est du muscle principalement. Alors oui, on a un BMI élevé, mais un corps en bonne santé.
- Speaker #1
Oui, oui, de toute façon, en France, on dit l'IMC et pas le BMI, c'est le terme anglais. Mais on dit aussi parfois BMI, mais les gens disent plutôt IMC. C'est vrai que ce n'est pas un outil qui est fiable. Et puis, pour revenir sur la question propre des compulsions, une chose qui est quand même ultra présente aussi, c'est ce qu'on appelle la restriction cognitive. C'est-à-dire que là, on parlait de la dénutrition, le fait d'être dans une forme de restriction. La restriction cognitive fait aussi beaucoup son œuvre. Et il ne faut pas sous-estimer toute cette frustration cumulée de s'interdire certains aliments, certains groupes d'aliments. Combien même ? on mangerait selon... Tu vois, quand tu suis des comptes de coach sportif ou je ne sais pas quoi sur les réseaux qui te disent qu'il faut manger ci, il faut manger ça, même si tu manges leur fameux un bon nombre de calories, même si tu manges suffisamment de glucides, protéines, machin, il n'empêche que si tu enlèves tous les sucres ajoutés de ton alimentation, si c'est absolument interdit de manger le moindre morceau de chocolat au lait, si nanana, en fait, bien sûr que ça va t'exploser à la figure. Et donc, tout ça, ça rentre dans la sphère du comportement alimentaire. Ce que je trouve intéressant dans le fait de s'adresser à un ou une professionnelle qui est formée à ça, donc c'est vraiment ce qu'on appelle la diététique comportementale, le comportement alimentaire, l'approche biopsycho-sensorielle, tout ça, c'est que ça va prendre en charge la notion de besoins énergétiques, besoins nutritionnels, mais aussi les besoins émotionnels. Et la personne, vraiment, dans sa globalité, on fait le lien avec le comportement alimentaire. Donc à la fois, on est dans des outils très concrets qui peuvent franchement... certaines personnes, c'est pas le cas pour tout le monde, c'est pas ce que je vais vendre, je vends pas de la recette miracle, mais croyez-moi, vraiment, il y a certaines personnes pour qui ça va très vite, il y a un peu un switch sur l'arrêt des compulsions, vraiment, avec les bons outils, et derrière, ça veut pas dire que tout le travail est fait, on continue de travailler sur la relation au corps, sur plein de choses, mais c'est quand même vachement plus facile de le faire sans être dans ce que tu décrivais juste avant, de ton quotidien, mais attends... Je pense qu'avec ta façon de le décrire, ça rend les choses imaginables, même pour des gens qui ne connaissent pas. Mais c'est souvent difficile à imaginer tellement ça prend toute la place. Comment est-ce que tu pourrais sereinement réfléchir à ton rapport au corps, à tout un tas d'autres choses ? Ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Non, c'est ça qui est dingue en fait. Et je rebondis sur ce que tu disais. Parfois, quand on aborde les choses de la bonne façon, ça peut être réglé très vite. Ici, il m'a fallu trois mois. Trois mois pour récupérer des années. Attention, ça fait plus ou moins six mois que je suis de nouveau maintenant, on va dire, bien et stabilisée. Et ce n'est pas pour ça que dans un an, je ne risque pas d'avoir une mauvaise expérience dans ma vie et de refuser un petit peu. Mais j'ai maintenant les clés et je le comprends maintenant et je peux refaire ce processus. Maintenant que j'ai compris comment mon corps fonctionne et que je comprends comment endiguer, c'est qu'elles réapparaissent, j'ai maintenant les clés. Et c'est ça qui est vraiment... important à comprendre en fait. Ce n'est pas parce que c'est là depuis 10 ans ou 20 ans que ça ne peut pas être réglé sur une période assez courte. Tout ce qu'il faut comprendre, c'est qu'effectivement, il y a la tête, mais le corps surtout. Et c'est un travail qui n'est pas si compliqué à faire en soi, parce qu'au début, on se dit, est-ce que j'ai vraiment le courage d'encore essayer une nouvelle technique, d'encore aller chercher un nouveau thérapeute ? de me relancer dans un nouveau travail, d'écouter un 27e podcast, de regarder une énième vidéo YouTube et de se dire pour ne pas avoir de solution finale dans cette vidéo, dans ce podcast. Mais en fait, simplement, oui, ça vaut la peine parce que ça peut être réglé très vite quand on aborde les choses de la bonne façon.
- Speaker #1
tout simplement c'est important ce que tu viens de dire je pense que beaucoup de personnes se reconnaîtront dans la lassitude de chercher des solutions c'est difficile et puis ça crée tu mets de l'énergie, tu te dis ok j'y vais je réessaie, donc tu mets de l'espoir tu y crois nécessairement au moins un peu et puis ça ne fonctionne pas donc il y a une forme de désespoir qui arrive,
- Speaker #0
on ne s'en ferait jamais tout à fait et ce désespoir qui Merci. Quand ça nous prend, ça fait des années, et quand on est encore là, c'est encore une image fort sombre, mais c'est vraiment pour dire à quel point on peut être parfois très loin. C'est que quand on vient de faire une énième crise et qu'on a du vomi sur soi, qu'on est assis par terre, épuisé, de s'être fait vomir pendant des heures, et de savoir que dans 30 minutes, la crise va reprendre parce qu'on vient encore de compenser, donc on va vouloir se remplir. et d'avoir mal, mais de savoir qu'on ne va pas savoir s'empêcher de continuer, d'avoir mal à la tête, cette pression qui est là, de dire ça va revenir, ça va revenir, et qu'on ne pourra rien faire pour l'en empêcher, cette énième crise, on se dit mon Dieu, mais ça n'ira jamais, ça n'ira jamais, et je suis seule là-dedans, comment décrire ça à quelqu'un en fait ? Et parfois on a des compagnons, on a des meilleurs amis, mais ils n'ont jamais vu ces crises en fait, parce qu'à part faire une vidéo de ce que c'est une crise, les gens ne comprennent pas. ce que ça signifie. Alors quand on me sort, oui, toutes les femmes ont des TCA, mon Dieu, mais quelle aberration, et surtout, quel manque de tact et de conscience des choses, en fait.
- Speaker #1
Oui, d'empathie aussi, quand même.
- Speaker #0
Oui, parce que ces heures de solitude face à cette douleur qu'on vit seule et ce mal qu'on se fait soi-même, sans que personne ne puisse le comprendre. Et voilà, mon père a toujours été très maladroit, combien de fois. Au tout début de mes troubles, ils me disaient, si tu ne veux pas manger, il suffit de fermer le frigo et de t'en éloigner. Mon Dieu, si les choses étaient si simples. Et combien de personnes ne sortent pas des phrases aussi idiotes et qui font que finalement, on se sent effectivement stupide parce qu'on se dit, oui, c'est vrai, réfléchis deux minutes. Et en fait, non, ce n'est pas si simple parce qu'on parle d'une pathologie, on parle de quelque chose de médical, de quelque chose de sérieux. Alors, il ne s'agit pas, non, de juste être un peu gourmand. Il s'agit vraiment d'un problème médical.
- Speaker #1
Oui, mais pour lequel il existe des solutions et de plus en plus de personnes se forment, donc vont être formées vraiment sur les troubles alimentaires. Moi, je vois des formations, notamment des diplômes universitaires qui se multiplient un peu partout en France. Et donc, ça veut dire qu'ils forment de plus en plus de professionnels. Donc, c'est trop chouette. Il va y avoir de plus en plus de prises en charge adaptées et de solutions. Enfin, ça va se démocratiser. Mais c'est vrai que... Encore aujourd'hui, j'entends des aberrations, peut-être pas tous les jours, mais plusieurs fois par semaine, de témoignages de personnes qui me racontent ce qu'on leur a dit. Et ça vient souvent de soignants, de médecins, de diététiciens, de psychologues.
- Speaker #0
C'est ça qui est dingue. Et c'est pour ça que moi, à un moment aussi, je perdais tout espoir. J'appartiens à ce monde médical et paramédical. Je faisais moi-même mes recherches dans une littérature scientifique à laquelle j'avais accès. facilement et à laquelle j'étais habituée, malgré mes recherches, malgré ce contexte de travail médical, j'étais dans cette errance thérapeutique, mais juste horrible, et de se dire que je travaille dans ce secteur qui est somme toute impuissant en fait à m'aider, comment est-ce que je peux encore croire en ce que je fais, et à ce monde paramédical qui est inutile en fait face à ma douleur, et je trouve ça faux qu'encore aujourd'hui alors... quand il y a des avancées sur plein de choses, ce simple, on va dire, problème des TCA soit encore si peu travaillé. Ou en tout cas, avec beaucoup de fausses pistes.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Parce que la littérature qu'on trouve n'est que très peu étayée, on n'a que très peu d'évidence et on a cherché que très peu, je dirais, au-delà du peu de preuves qu'on a obtenues jusqu'ici. parce qu'on met encore une fois beaucoup le côté psychologique et psychiatrique en avant de ce problème médical, mais pour les autres recherches par rapport à ce corps, à ce côté physique, des nutritions, diététiques et autres, je n'en avais pas trouvé jusqu'ici, ou en tout cas des études n'étaient pas tout à fait valables. ou avec beaucoup de biais dedans, n'ont pas pris en compte. Voilà, avec des échantillons trop faibles qui n'avaient pas un grand sens en termes de littérature scientifique. Donc je suis encore vraiment étonnée de ce manque de savoir sur cette pathologie.
- Speaker #1
Après, c'est aussi le problème du timing qui n'est pas le même entre la recherche et la clinique. C'est-à-dire que je pense que dans dix ans, on va avoir des études intéressantes sur la prise en charge du comportement alimentaire. En fait, il y a la nécessité du temps de la démocratisation, des recherches qui sont faites dessus, et le temps des recherches, le temps de mener toute une recherche sur plusieurs années, par exemple. avec suffisamment de personnes pour avoir une vraie étude probante sur laquelle s'appuyer, ça prend du temps et donc elle sera publiée dans longtemps. Après, quand on fait des recherches, nous en France, on a la Haute Autorité de Santé qui émet des recommandations, par exemple pour la prise en charge des troubles alimentaires. Clairement, ce qui est mis en avance sont les thérapies cognitivo-comportementales.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
on est bien là-dedans. C'est-à-dire qu'il y a quand même il y a eu des évolutions, il y a eu des observations cliniques qui ont pu être faites. Et voilà, j'imagine qu'il s'appuie aussi sur des recherches pour faire des recommandations.
- Speaker #0
Parce qu'ici, en Belgique aussi, tout ce qui est thérapie cognitivo-comportementale commence à être vraiment la recommandation principale pour cet essai. Donc voilà, j'ai bon espoir qu'effectivement, il y ait un suivi de plus en plus efficace à ce niveau-là. Parce que maintenant, je le sais. c'est possible d'aller mieux après des années. Et je souhaite vraiment à tous ceux qui vivent ça de pouvoir trouver cette aide, en tout cas la personne qui va pouvoir leur redonner ce pouvoir de gérer cette alimentation et de ne plus vivre à travers cette alimentation et ce corps. Et je ne dis pas qu'aujourd'hui, quand je passe devant un miroir, ce n'est pas compliqué. Si, mon rapport au corps est toujours compliqué. Dans l'ascenseur ici, tout à l'heure, quand je vais promener mon chien et qu'on va prendre l'ascenseur, je n'ai pas forcément fait face au miroir de mon ascenseur. Peut-être parce que ces derniers jours, ils ne me sont pas forcément à l'aise. Mais c'est OK, ce n'est pas grave. Je sais que j'ai un peu de mal. Mais je comprends pourquoi. Je sais comment gérer. Je sais très bien que malgré tout, j'ai le droit de manger. Il y a une meilleure gestion des choses. Et même si... Au quotidien, ce n'est pas toujours évident de mettre une robe, de mettre des manches courtes parce que je n'ai pas envie qu'on voit mes bras. J'arrive à mieux conscientiser les choses et à les accepter plus facilement. Et j'avais toujours eu ce problème en tant que clinique de pouvoir manipuler sans problème des corps. Et j'ai toujours dit à mes patients, parce que j'avais beaucoup de patients qui me disaient « oui, je suis désolée, je ne suis pas épilée » ou « oui, désolée, j'ai pris un peu de poids ces derniers temps » et je me disais « mais enfin, comme si j'allais regarder ça chez vous » . Ça me choquait toujours de me dire… « Quelle importance ça ? » C'est tout à fait normal, il n'y a aucun souci, je ne le vois même pas. Et de me dire « C'est faux parce que j'accepte si bien le corps des autres, que je trouve même parfois beau, ces femmes pulpeuses, toutes en rondeur, très belles. » Et de me dire « Pourquoi est-ce que moi, je n'arrive pas à me trouver si volu ? » Et simplement parce que c'est un travail à faire sur soi aussi, et que même quand on va mieux, ce rapport au corps, avec notre corps, reste parfois compliqué, dans des phases, dans des moments de vie aussi, parfois un peu moins facile que d'autres. Mais ça, c'est comme tout le monde. Il ne faut pas rendre pathologique non plus tout ce qu'on pense, tout ce qu'on fait et tous nos comportements. Ça, c'est aussi important, d'arrêter de penser qu'on est toujours dans le pathologique.
- Speaker #1
C'est vrai. Oui, c'est vrai, c'est très juste. Est-ce que tu as l'impression qu'on a fait le tour de ce que tu avais envie d'aborder ? Ou est-ce qu'il y a des endroits où je ne t'ai pas emmenée ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui était hyper important pour toi ? Sachant que je suis... J'ai toujours une dernière question où je te propose de t'adresser aux gens qui nous écoutent. Mais avant d'arriver à cette ultime question, est-ce qu'il y a des choses que tu aurais eu vraiment envie de dire et que tu n'aurais pas eu l'occasion de dire ?
- Speaker #0
Je crois qu'on a brossé l'arbre. Je pense qu'on a tout abordé. Et franchement, je suis ravie d'avoir pu aborder tout ça parce que pour toutes les fois où j'ai cherché ce genre de réponses, j'aurais aimé les entendre et j'espère que les personnes qui en ont besoin... auront toutes ces informations-là, même si ce n'est pas forcément des messages magiques. Mais voilà, j'espère que certaines personnes pourront se sentir rassurées et aidées.
- Speaker #1
Oui. Et justement, qu'est-ce que tu aimerais leur dire aux personnes qui nous écoutent et qui sont peut-être en pleine tempête des troubles alimentaires ?
- Speaker #0
Que si ces personnes sont elles aussi dans des moments de vie où elles se retrouvent parfois dans des situations à se regarder en disant « Mon Dieu, mais qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je suis en train de devenir ? » De se dire que... On est plusieurs à être passés par là. Je suis passée par là. Et mon Dieu, vous n'êtes pas seul. Vous n'êtes pas anormal. Ça va aller. C'est certain. Il y a une solution. Et surtout, il faut y croire parce que ce n'est pas si difficile. Une fois qu'on a décidé, qu'on a le courage de prendre les choses en main et qu'on trouve la bonne information, vraiment, ça ne peut aller que mieux. Ça, c'est certain.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Alicia, pour cet échange qui est passé à toute vitesse, comme très souvent quand j'enregistre, j'ai été happée par ton récit. Des fois, je me dis que ce serait trop bien que mon podcast soit aussi en vidéo parce que je trouve que tu es très expressive et que je pense qu'il s'est passé plein de choses sur ton visage et que tout à l'heure, là, sur la fin, quand tu as commencé à aborder ce que tu vis depuis quelques mois, tu vois, et le fait de pouvoir... avoir une relation différente à toi-même, à l'alimentation. Waouh, ton visage s'est éclairé. J'imagine que ça s'est entendu aussi au son de la voix, mais je me dis, ça aurait été trop bien qu'il y ait une vidéo pour que les personnes voient tout ce qui traverse sur ton visage. Donc je suis trop contente, merci pour ce témoignage. C'est poignant parce qu'on sent effectivement toute la souffrance que tu as traversée. Moi, je trouve ça important aussi de le nommer. Je sais qu'il y a aussi des proches. qui écoutent mon podcast. D'ailleurs, je leur adresse un petit message. Merci à vous d'être dans la recherche parce que c'est vrai que c'est dur d'être un proche, mais je ne sais pas si, par exemple, moi, j'avais une personne toute proche qui était diagnostiquée comme bipolaire. En fait, j'irais lire des bouquins sur le sujet et je trouve que ce n'est pas toujours le cas pour les troubles alimentaires. Et du coup, je dis un immense merci à tous les proches de personnes avec un TCA qui nous écoutent. Merci et bravo de vous renseigner. Et du coup, un témoignage comme le tien, je trouve que ça éclaire aussi des méandres par lesquels on peut passer. Donc, merci pour tout ce que tu as livré.
- Speaker #0
Merci à toi. C'est vraiment une belle opportunité. Je suis ravie d'avoir pu en parler. Le nombre de fois où j'ai écouté des podcasts, on espère en trouver une solution. Très heureuse aujourd'hui de pouvoir être celle qui parle et de peut-être apporter des réponses. Alors un grand merci à toi.
- Speaker #1
Oh bien, merci beaucoup. Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord... partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcasts, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. Et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao.