Speaker #0Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation Peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute ! Bonjour et bienvenue dans un nouvel épisode du Pas de Côté. Ces petits épisodes du lundi où je pars me promener et où je déroule sur un sujet donné, un sujet qui a popé de ma tête dans le but de réfléchir, à faire un pas de côté, à voir les choses un peu différemment. Aujourd'hui, j'ai envie de parler de la difficulté d'alerter sur le retour de... l'extrême minceur, on va même plutôt dire de la maigreur, sans faire du body shaming. Vaste sujet, en fait j'ai vu un reel passé que j'ai d'ailleurs repartagé, je crois sur mon compte, que j'ai trouvé très bien fait, très intéressant à ce sujet, et je me suis dit que c'est vrai, c'est un vrai sujet qu'il est important d'aborder, à mon sens. Qu'est-ce que c'est que le body shaming ? Déjà peut-être pour commencer, shaming, vous voyez, ça vient de shame. La honte et le body shaming, c'est le fait de critiquer le corps des hôtes. C'est quelque chose qui se fait principalement sur le corps des femmes, pour toutes les raisons que vous connaissez. Et moi je suis la première à défendre cette idée sur le fait qu'il est temps d'arrêter de commenter sans arrêt le corps des femmes. Que ce soit pour dire qu'elles ont maigri, grossi, qu'elles sont trop grosses, trop maigres, ou que sais-je. foutre la paix aux femmes en fait. et puis s'intéresser à autre chose que ce à quoi elle ressemble. Pour autant, il y a quand même un phénomène qu'on ne peut pas ignorer. Alors, j'ai un phénomène. Ça peut laisser penser que ça vient de débarquer, le fait que je dise ça comme ça. En fait, ce n'est pas nouveau. Je veux dire, le culte de la minceur, il est là depuis longtemps, toujours. Et il est écrasant pour les femmes que nous sommes. mais on sait aussi qu'il y a eu plein de vagues différentes, que le body positive a quand même fait son effet à partir de 2010, il me semble. Et que voilà, il y a quand même des choses différentes. On sait que sur les réseaux, on voit plus de diversité, qu'il y a beaucoup plus de corps de toute taille, forme, couleur, des corps valides, handicapés, voilà. En tout cas, si vous, dans votre feed, vous n'en avez pas, de tous ces corps-là, de cette diversité, allez-y, faites-le, parce que c'est ça la vraie vie, et parce que c'est important de créer cette diversité aussi dans votre feed Instagram, parce que ce n'est pas vivable, sinon, et que ça a des vraies conséquences sur la façon dont vous allez vous regarder, vous percevoir, et aussi sur, au global, votre santé mentale. Mais bon, bref. En tout cas, on sait qu'il y a des choses qui ont évolué. Pour autant. On voit, j'ai pas envie de citer des noms, mais un certain nombre de stars redevenir squelettiques. Je dis redevenir, c'est pas forcément qu'elle, elle l'était avant, mais que moi j'ai grandi dans les années... J'étais adolescente début 2000. Bon ben voilà, c'était ultra la mode de la maigreur, tout ça. On a quand même l'impression que c'est plus trop le cas aujourd'hui, sauf qu'en fait ça revient. Donc il y a eu le skinny talk sur TikTok. Mais il y a aussi tout un tas de personnes connues qui sont franchement squelettiques. Et donc là voilà, je m'entends dire ça, squelettique, ok, est-ce que je ne suis pas en train de faire du body shaming ? C'est vraiment une limite qui est hyper mince. En fait, comment on se sort de ça ? Moi j'ai parfois envie de faire du contenu sur les réseaux pour parler de ça, pour alerter en fait. Je me dis qu'il y a aussi des très jeunes femmes qui me suivent et j'ai envie d'en parler en fait de à quel point je trouve ça dangereux, délétère. Et puis d'un autre côté, ce serait légitime qu'on me tombe dessus en disant, ok, deux poids, deux mesures. Donc un corps gros, il ne faut surtout pas le critiquer, mais un corps maigre, on peut le critiquer. En fait, je pense que là, l'idée ce n'est pas de critiquer le corps de cette personne. Cette personne-là, je n'ai pas envie d'aller dire que genre elle est trop maigre et que c'est moche ou je ne sais pas quoi. C'est plutôt l'idée de nommer un phénomène, le retour d'un phénomène, de quelque chose qui semble... à nouveau se démultiplier, où on en voit de plus en plus. Bien sûr qu'il y a des personnes dont c'est la morphologie basique. Ça reste, je ne pense pas, la majorité des femmes qui sont dans cette maigreur de manière naturelle. Et puis là, on voit des corps qui n'étaient pas ceux-là, qui se transforment un peu tous en même temps. Il y a quand même un phénomène qu'il est important de questionner. Et justement, je me dis... Peut-être que ça vous éclairera si vous aussi c'est des choses dont vous avez envie de parler mais que vous vous sentez un peu empêtré dans « bah ouais mais en fait moi j'ai envie d'être féministe et du coup si je me mets à commenter le corps d'autres meufs, bah franchement je suis à côté de la plaque » . Ouais, carrément, mais du coup l'idée c'est pas de commenter ce corps-là spécifiquement et d'aller dire que c'est beau ou que c'est moche, c'est plutôt l'idée de s'inquiéter du retour d'un phénomène et de s'inquiéter légitimement en fait, et de questionner. ce qui se passe là, ce que ça crée pour les personnes qui regardent ça, jeunes ou moins jeunes, il n'y a pas besoin d'avoir 15 ans pour être influencées et impactées par ces images-là. Donc je crois que c'est important que collectivement on s'inquiète de ça, qu'on le regarde avec un œil critique et qu'on reste très critique sur les gens qui eux sont juste dans la critique du physique. Parce qu'on voit beaucoup ça sur les réseaux, c'est pas mal de boomers et de boomeuses quand même dans les commentaires qui sont là à dire « Ah là là, le sac d'os, machin, quel enfer ! » Enfin, je veux dire, ça, ça n'a aucun intérêt. Mais plutôt l'idée de s'inquiéter, de voir ce retour des normes corporelles de maigreur redevenir, j'ai l'impression, un peu écrasant. De ne pas se laisser embarquer par ça. Parce que c'est sociétal, c'est collectif, on a tous et toutes une responsabilité là-dedans. Quand on a des ados autour de nous, ou des jeunes filles, femmes, peut-être d'ouvrir le dialogue avec elles autour de ça, de ce que ça leur fait de voir ces images-là, de ce qu'elles en pensent, etc. Et je pense qu'on peut créer une nuance, un espace dans lequel on peut s'autoriser à parler de ça, de notre inquiétude de revoir tous ces corps très maigres. Sans être dans du body shaming, je crois fort dans le fait que la nuance peut exister et qu'on peut réussir à trouver un espèce d'espace dans lequel on reste dans le respect et on questionne quelque chose de global et pas un truc individuel sur un corps qu'on voit passer. Voilà. Avec l'idée toujours que, bien sûr que moi quand je vois certaines de ces personnes là, je me dis aïe Qu'est-ce qui se passe aussi pour elle à un niveau individuel ? Mais que ben, j'en sais rien. Et que je suis personne pour aller dire, oh bah oui, sûrement, elle a des TCA et machin. J'en sais rien du tout. Mais que, ça aussi quoi, c'est quand même, on est à nouveau sur le fil. C'est-à-dire que, je pense à une personne en particulier qui va dire que c'est maintenant qu'elle est saine, avant c'était pas sain, etc. Et en fait, elle sait mieux que moi quelle était sa vie d'avant. Par contre, ce qu'elle est en train de vivre là, si jamais elle a vraiment sombré dans une forme d'anorexie, ce qu'on sait, c'est qu'il y a un déni intersidéral qui s'appuie aussi sur l'anorexie, en fait, et qui empêche la personne d'être lucide sur ce qu'elle est en train de vivre. En plus de ça, on est sur des personnes... Déjà, nous, à nos petites échelles, on va être ultra valorisés dès qu'on maigrit. Mais là... Elle est tombée, je veux dire, à ce niveau-là, quand c'est des stars, il y a encore d'autres enjeux. Donc voilà, et en fait, encore une fois, par rapport à des jeunes femmes, jeunes filles, qui vont dire, ah ben non, mais voilà, elle dit que tout va bien, c'est super, là, elle est en super santé. Peut-être c'est important, pas de dire « non mais elle, c'est sûr, elle souffre d'anorexie » , mais de rappeler que, attention, en fait on n'en sait rien, effectivement, et l'idée c'est surtout pas d'aller la critiquer ou quoi, mais attention, on sait que dans le cadre d'une grosse perte de poids, comme ça, ça peut s'accompagner d'une espèce de lune de miel, d'un déni, d'un sentiment de puissance, etc., qui fait perdre contact avec la réalité et qui fait penser que oui, oui, tout va bien. jusqu'à ce qu'à un moment donné, soit c'est trop et il y a effondrement, ou il y a l'arrivée des compulsions qui font vivre un enfer et qui ramènent à une forme de réalité de « en fait ça va pas » . Bref, l'idée c'est pas de poser des diagnostics sauvages, c'est de laisser les portes ouvertes à « ok, qu'est-ce qui est en train de se passer ? Est-ce qu'on n'a pas des troubles alimentaires qui explosent aussi chez les stars ? Est-ce qu'on n'a pas un retour du culte de la maigreur qui risque d'abîmer ? » encore des générations et des générations, et quel rôle on peut prendre, nous, observatrices un peu aguerries, pour en parler, en dire quelque chose, sans tomber dans du body shaming, tout en restant, en tentant de rester, je ne sais pas moi, un peu solidaires aussi avec ces femmes-là qui, si en fait, réellement, c'est des amégrissements liés à la pression, si c'est du TCA et tout, en fait, sont vraiment les premières victimes de tout ça. Voilà, je ne sais pas ce que vous aurez pensé de cet épisode et je suis curieuse de savoir parce que j'avais l'impression d'aborder un sujet un peu glissant et je trouve que sur ces sujets-là qui demandent beaucoup de nuances, c'est ça en fait, on marche un peu sur un fil quelque part. Donc je suis curieuse d'en échanger avec vous, n'hésitez pas. En tout cas, merci pour votre écoute comme d'habitude et puis je vous dis à très bientôt et surtout... Je vous souhaite de prendre soin de vous autant que possible. Ciao !