- Speaker #0
Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mizzono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur Flavie.m TCA.
- Speaker #1
Très belle écoute.
- Speaker #0
Eh bien, bienvenue dans ce nouvel épisode de TCA etc. Aujourd'hui, c'est un épisode un peu particulier. C'est toujours des épisodes particuliers, j'ai l'impression que je dis toujours ça en préambule. Non mais là, c'est vraiment spécial dans le sens où je vais me faire interviewer. sur mon histoire. Merci à la personne qui m'a rappelé qu'elle connaissait assez peu mon histoire d'être venue toquer à ma porte avec ça parce que c'est ce que je disais à Camille qui va se présenter dans un instant mais ce que je disais juste avant c'est que moi j'ai l'impression de vous répéter toujours la même chose alors qu'en fait j'ai le biais des créateurs de contenu qui eux voient 100% de ce qu'ils créent alors que les gens ne voient jamais 100% de... Voilà. Et en y réfléchissant je pense que ça faisait longtemps. que j'avais pris le temps de parler de mon histoire avec les troubles alimentaires. En plus de ça, j'aurais peut-être une façon différente de le dire. Et plutôt que de parler seule à mon micro, je me suis dit « Ah non, mais ce serait trop bien que quelqu'un me pose des questions. » Et donc, Camille a répondu présente. D'ailleurs, avant, j'aimerais dire un grand merci à toutes les personnes qui m'ont contactée quand j'ai lancé cette idée sur les réseaux. Parce que vous avez été nombreuses. et en fait j'ai répondu enfin on a échangé avec Camille et j'ai eu envie que ce soit Camille parce que elle va expliquer un peu ce qu'elle fait comme job mais il y a quelque chose quand même en lien avec ça et aussi parce que Camille a déjà participé au podcast et du coup elle a déjà été de l'autre côté du
- Speaker #1
micro donc Camille si tu le veux bien je t'invite à te présenter comme tu l'as très bien dit en introduction je suis passée d'abord de l'autre côté du micro avec que... avec toi Flavie, en tant que, dans le cadre de tes podcasts, TCA, etc., pour raconter mon histoire et mon vécu autour des TCA. J'avais trouvé l'exercice génial, dans le sens où on se livre plus facilement quand on est dans une discussion comme ça. Donc, j'ai trouvé l'idée excellente de passer de l'autre côté pour te poser les questions, connaître ton histoire, et pour rebondir sur ce que tu disais, effectivement, j'ai... Un pied dedans, puisque je suis journaliste de formation et je travaille aujourd'hui en tant que journaliste, donc j'ai l'habitude de réaliser des interviews. Mais ce qu'il y a de particulier, je dis aussi que l'épisode est particulier, c'est que c'est une interview plus discussion où j'ai vu d'abord l'exercice avant de le pratiquer. Donc c'est d'autant plus intéressant pour moi et pour toi, j'imagine.
- Speaker #0
Oui, mais c'est trop cool que tu m'aies proposé ça. Je suis super contente de me prêter au jeu. Pour info, je n'ai pas eu accès aux questions que Camille a préparées parce que je trouve ça presque plus facile pour moi. Je sais que ça peut paraître complètement antinomique pour plein de personnes qui ont besoin de se préparer. Là où peut-être qu'on en parlera, je suis quand même quelqu'un d'assez anxieux. J'ai beaucoup d'anxiété d'anticipation. Mais alors sur ce genre d'exercice, pas du tout. J'adore le côté très spontané des échanges. Je trouve que c'est la richesse du podcast. Et j'avais envie aussi que notre échange soit comme ça. Donc, ce qui fait que je vais te passer la main, en fait, parce que là, j'étais un peu en mode animatrice, comme d'habitude dans mon rôle. Mais du coup, je vais te passer la main et me laisser guider par tes questions et nos échanges.
- Speaker #1
Et oui, et c'est toi qui passes sur la chaise de l'interview.
- Speaker #0
C'est parti.
- Speaker #1
Alors, écoute, je ne vais pas commencer de manière très originale, mais tu commences, toi, toujours tes podcasts avec tes invités. par une question en leur demandant quel est leur premier souvenir en rapport avec la nourriture et le corps. Et donc, j'ai envie de te poser exactement la même question pour commencer, du coup, cette discussion.
- Speaker #0
Yes. Ce n'est pas facile. C'est bien, je me rends compte comme ça.
- Speaker #1
Tu vois.
- Speaker #0
Alors, tu vois, ce que tu fais subir aux gens, ce n'est pas facile. J'essaie de retourner en arrière. En fait, pourquoi ce n'est pas facile ? Parce qu'il y a eu des événements marquants dans mon enfance autour de la nourriture, mais... je ne m'en souviens pas, c'est des choses qu'on m'a racontées donc en fait j'ai souffert d'anorexie pour la première fois à deux ans donc dans mon carnet de santé c'est écrit anorexie d'opposition bon Je trouve que c'est un joli petit jugement posé, à mon avis, un peu à la va-vite par un médecin. Mais en tout cas, il a été nommé. Donc, j'ai souffert d'anorexie pendant, je crois, neuf mois. Ça a duré alors que j'étais toute petite. Et du coup, c'est le premier truc qui me vient quand on me parle de mon alimentation et de l'enfance. Mais si je dois revenir vraiment à des choses en lien avec l'alimentation, je suis beaucoup plus grande après dans mes souvenirs. J'ai plutôt des souvenirs autour de... 8-9 ans et j'ai plein de souvenirs différents. J'ai plein de souvenirs d'alimentation très sympa, d'autres plus compliqués, parce que j'étais déjà, à ce moment-là, j'avais pris beaucoup de poids. À partir de 8 ans, je me suis mise à prendre du poids, je ne sais pas trop pourquoi, en fait. Et du coup, voilà, j'étais pas bien dans mon corps. Ces souvenirs-là, moi, mon enfance, j'ai pas énormément de souvenirs, mais les souvenirs que j'ai en lien avec mon corps, c'est que j'étais pas bien. Je me souviens très clairement à 9 ans. j'ai deux souvenirs marquant un neuf ans de me sentir extrêmement mal dans ma peau mais genre à avoir du dégoût presque tu vois un sentiment nauséeux d'être dans mon corps et et un autre où je me vois je suis dans des toilettes et je me dis ah là là mais vivement que j'ai 18 ans que je puisse faire slim fast parce qu'à l'époque c'était les régimes à la mode c'était des poudres qu'on mettait de l'eau Aujourd'hui, on nous vend du Ausha, il ne pousse pas quoi, rien de nouveau sous le soleil. Slim Fast, à l'époque, toujours la même merde, si je puis dire. Je me disais, vivement, quand j'aurai 18 ans, je pourrai prendre ma vie en main, je pourrai maigrir, et là, ils verront. Pas très glorieux, mais ça montre aussi que mon enfance, elle a beaucoup tourné autour de ça.
- Speaker #1
Tu dirais que là, avec le recul que tu as aujourd'hui, il y a eu un... Un élément déclencheur, un point de bascule dans les TCA ? Ou alors c'est justement très difficile d'établir à un moment, que c'était quelque chose de très progressif ?
- Speaker #0
Pendant longtemps, pour moi, j'ai eu des TCA à partir de 17 ans, 16-17 ans, quand j'ai sombré dans l'anorexie. Pour moi, c'était ça. Début des troubles alimentaires, c'était ça. Sauf qu'en creusant après, être sortie des troubles alimentaires. ensuite en ayant commencé à me former sur ce sujet et tout ça tu vois tu creuses et tu te dis bah non mais attends déjà j'ai ce faire d'anorexie il y a deux ans et en fait même si c'était pas une anorexie mentale au sens de je veux maigrir je veux être mince et être belle tu vois c'est pas dans ce sens là malgré tout c'est une forme de trouble alimentaire infantile et puis après j'ai l'impression quand même qu'autour de mes 8, 9 En fait, j'ai vraiment pris beaucoup de poids entre mes 8 et 12 ans. Je pense qu'à 12 ans, c'est là où j'étais vraiment dans les poids par rapport à ma taille les plus élevés. Donc, sans doute, on ne calculait pas trop l'IMC à l'époque, mais je pense que c'est là où mon IMC était le plus élevé. Là, il y avait une forme d'hyperphagie. Mais tu vois, qui n'était pas... Mais jamais personne n'est venu questionner mon rapport à l'alimentation. Alors, je me prenais plein de réflexions, bien sûr. mais pas sur le rapport que j'avais à l'alimentation. Donc, une bascule, non, je ne sais pas, je pense que... Je n'en sais rien. Je pense qu'officiellement, c'est plus facile de se dire « Ah tiens, j'ai basculé dans l'anorexie à 16-17 ans » , mais en vrai, je pense qu'il y avait des morceaux de troubles alimentaires déjà un peu partout dans mon enfance.
- Speaker #1
Et comment cette période de troubles alimentaires, du coup, même si c'est difficile de la dater, comment ça se manifestait concrètement pour toi ?
- Speaker #0
Alors, quand j'étais petite, avec le recul, je pense qu'il y avait vraiment une forme d'hyperphagie. Moi, j'ai des souvenirs aussi de voir ma maman avoir un rapport un peu comme ça à la nourriture compulsif. J'ai des souvenirs de la voir manger comme ça, mais peut-être que j'étais plus grande. En tout cas, j'ai un flash, une image où j'étais peut-être pré-ado à ce moment-là, mais où je vois ma mère. Aujourd'hui, je sais que c'était genre une crise de boulimie devant la télé un soir. Donc plus petite, un truc un peu diffus. Soi-disant, j'étais trop gourmande, mais moi, je pense que je faisais une sorte d'hyperphagie. Je pense qu'il y avait beaucoup d'évitement émotionnel pour moi dans la nourriture. Et puis après, à 16-17 ans, j'ai basculé dans la nourriture. Et ça a commencé par une rupture amoureuse, le truc ultra classique. plus amoureuse, j'ai moins faim, je mange moins, ah, j'ai perdu un petit kilo, ah tiens, si je me mettais à faire attention, en plus dans mes études à ce moment-là, on avait des cours de... C'était pas des cours de diététique, c'était des cours de quoi ? Peu importe, mais on avait deux cours différents dans lesquels il était question quand même de l'équilibre alimentaire. Et je trouvais ça super intéressant. Et je me suis dit, tiens, je pourrais essayer de l'appliquer. Et c'était des trucs, somme toute, assez classiques et pas dangereux. Je ne sais pas, pas plus d'une pâtisserie par semaine, la charcuterie pas plus d'une fois par semaine. Tu vois, des trucs tout bêtes comme ça, de mettre plus de légumes dans mon alimentation. Et j'étais interne au lycée, et j'ai commencé à mettre ces trucs-là en place. J'ai arrêté de prendre des goûters avec mes copines, tu vois. Et donc, j'ai commencé à maigrir. Et puis, il fallait toujours plus, Et en fait, entre, je pense que ça a commencé au printemps, et... la fin de l'été ou genre la rentrée scolaire d'après, genre j'ai perdu 20 kilos, quoi.
- Speaker #1
Ah ouais, ouais.
- Speaker #0
Alors que je partais pas d'un poids en plus très, très, très élevé, quoi. Donc ça a été super vite.
- Speaker #1
Comme tu dis, l'escalade, quoi.
- Speaker #0
Ouais, avec un truc... Et donc, en fait, je crois que là, à ce moment-là, même si consciemment, je l'ai pas fait, je pense que je reconnectais avec cette petite fille qui voulait reprendre le pouvoir. Et là, en fait, tous les gens qui s'étaient foutus de moi... Parce que, soit disant, j'étais trop grosse et tout. Tu vois, les regards changeaient. Les gens étaient admiratifs, en fait. Waouh, mais attends, Flavie. Alors, ça a vite basculé dans des regards qui ont un peu peur.
- Speaker #1
Inquiets.
- Speaker #0
Inquiets, parce qu'en fait, finalement, j'ai vite basculé dans la maigreur, quoi. Donc, après, ça a fini par faire flipper les gens, tu vois. Les gens ont commencé à s'inquiéter ou à s'éloigner de moi. Mais il y a eu toute une phase où c'était incroyable. J'avais l'impression d'être la reine du monde, tu vois. En perdant ce poids-là.
- Speaker #1
La reine de miel.
- Speaker #0
ouais mais ce qui est terrible je veux dire je tiens à le préciser parce que l'entourage joue un rôle fondamental quand même dans ces phases là je veux dire c'était pas que dans ma tête cette impression d'être la reine du monde j'étais je croulais sous les compliments c'est clair comme quoi la perte de poids est toujours encore aujourd'hui valorisée contrairement à la prise de poids ce qui est quand même un problème bah ouais et
- Speaker #1
justement quand tu disais même si chaque histoire est bien sûr très différente tu disais schéma classique est-ce que tu penses que dans les TCA Il y a quand même des processus qui sont assez similaires et qui se mettent en place un peu de la même manière pour toutes les personnes avec cette fameuse lune de miel, ce début pas forcément négatif pour ensuite tomber dans l'extrême.
- Speaker #0
Oui, je te rejoins, je crois qu'on ne peut pas trop généraliser. Et malgré ça, il n'empêche qu'on repère des espèces de patterns, des trucs qui se répètent d'une histoire à une autre. Avec déjà quelque chose de très tourné autour du corps et de l'image que renvoie notre corps. C'est quand même ça, le début du truc. Parce que si on imagine, je vis dans une autre société, je suis une ado qui vit une rupture amoureuse et je perds un kilo parce que j'ai moins d'appétit, ça pourrait être comme, je ne sais pas, je dormais moins bien à ce moment-là, donc j'ai un peu de cerne. Oui. Tu vois ? Oui. Un truc physiologique, je ne suis pas censée m'en réjouir, je ne suis pas censée rentrer dans cette spirale. Si je suis rentrée dans cette spirale, c'est parce que j'étais en insatisfaction corporelle depuis ma petite enfance. Et parce que je vivais, même si ça date un peu maintenant quand j'avais cet âge-là, c'était il y a plus de 20 ans, je vivais dans une société extrêmement grossophobe. J'avais essuyé beaucoup de réflexions par rapport à mon poids. Donc déjà... Le point commun de tout ça, c'est cette espèce de focus autour du corps et notamment du corps des femmes. C'est quand même un truc... Voilà, moi, je sentais que j'étais pas... Je me suis toujours sentie grosse, trop grosse dans l'enfance, l'adolescence. Là, quand je regarde des photos de moi à 16 ans... D'ailleurs, j'avais envie d'en publier sur Insta quand même, parce que j'ai récupéré des photos. Ça m'a vraiment fait quelque chose. Ça m'a fait beaucoup de peine. Parce que je me suis vue à 16 ans et je me suis dit, mais putain, arrête, quoi. Enfin, clairement, j'étais pas grosse.
- Speaker #1
Ouais, c'est clair.
- Speaker #0
Je ne rentrais pas dans cette catégorie de personnes grosses, et même si ça avait été le cas, j'aurais eu le droit et je n'aurais pas été censée vivre tout ce truc-là, mais en plus de ça, c'était pas du tout le cas. Et en fait, je reprécise pour les gens qui nous écoutent, moi, quand j'avais cet âge-là, on est au début des années 2000, donc on est sur Kate Moss, c'est la reine, on est sur Jennifer à la Starac, qui se fait entendre dire qu'elle est trop grosse et qu'elle est mise au régime devant la France entière, et moi... physiquement, je pense que j'étais un peu une génifère, quoi, tu vois. Voilà, c'était ça. Il n'y avait pas de vrai problème avec mon poids, mon corps, mais... Donc oui, je pense que le truc commun, il est là, il est sur un début qui prend place dans ce rapport au corps hyper conflictuel pour malheureusement la majorité des jeunes femmes, jeunes filles. Et pour ma part, voilà, je pense qu'il y a eu une grosse résonance de besoin de reprendre le contrôle. Mais ça, c'est un truc qu'on retrouve aussi beaucoup quand même, chez les femmes qui souffrent notamment d'anorexie. Il y a quand même un truc, alors sans forcément, il peut y avoir du trauma, il peut aussi ne pas y avoir du « vrai trauma » , mais un environnement qui fait qu'on s'est senti plus ou moins en insécurité, où on a l'impression qu'il faut qu'on ait le contrôle sur les choses, une vie qui échappe des choses. Et finalement, on se dit « Ok, au moins mon corps, mon poids, j'ai le contrôle. » On a l'impression de reprendre le pouvoir sur sa vie. Je pense qu'il y a ça. Et puis bon, après... Moi, je défends beaucoup ça. Les régimes sont hyper dangereux, quels qu'ils soient. Et en fait, cette volonté de reprendre le contrôle sur mon alimentation et de partir en mode régime pour maigrir, c'est quand même ce qui m'a fait flancher. Donc, c'est un ensemble de plein de trucs. Mais tu vois, il aurait suffi d'en enlever un, peut-être, pour que ça n'ait pas lieu quand même. Donc, c'est important aussi, cette question des régimes.
- Speaker #1
Exactement. Et quand tu dis la question du contrôle, je trouve qu'elle est quand même très présente. Toutes les formes de TCA, même que ce soit la boulimie, l'orthorexie, tout est question de contrôler ce qu'on fait, contrôler son corps. Et est-ce que toi, quand on dit qu'il y a quand même un socle assez commun chez les personnes qui traversent des TCA, beaucoup ensuite passent de l'anorexie à la boulimie. Est-ce que toi, ça a été ton cas ?
- Speaker #0
Oui, oui. Du coup, j'ai eu cette phase d'anorexie que j'ai finie par vivre assez mal. Je dirais que ça a duré six mois. Et en fait, c'est assez surprenant quand j'y repense, parce qu'en plus, je côtoie quand même beaucoup de gens avec des troubles alimentaires maintenant. Et je me dis, waouh, de mon jeune âge, j'avais quand même une sorte de lucidité. Je me suis vue devenir triste, éterne. Et moi, j'aimais beaucoup, beaucoup rigoler. J'étais toujours un peu celle qui faisait marrer les autres et tout. Et là... Je ne voyais plus mes potes parce que souvent, on se retrouvait, il y avait toujours un moment donné la question de manger, donc c'était trop compliqué. Donc, je ne voyais plus personne, je ne riais plus. Et ça m'a fait flipper. Et ça associé au fait qu'un beau jour, allez, on va dire quand même un beau jour parce que je crois que la boulimie, elle peut aussi sauver la peau. Un jour, ma première crise m'est tombée dessus. Et ça a beau être il y a plus de 20 ans, je m'en souviens très bien. Je n'ai pas compris ce qui se passait. Je ne l'ai pas anticipé. Je n'ai pas un moment donné. Il y a un truc qui a pris le contrôle de moi et qui m'a fait dégommer les placards. Alors que je me revois, j'étais dans la cuisine chez ma mère, parce que j'étais toute jeune, j'avais 17 ans, et j'étais en train de me préparer, je crois que je me préparais à manger encore de la betterave sans sauce, et puis une pomme en dessert, enfin un truc, j'étais rendue très loin quand même à ce moment-là. Et d'un coup, j'ai ouvert le placard et j'ai mangé des trucs, et j'ai mangé, jusqu'à, mais c'était une souffrance atroce au niveau du ventre, quoi. et j'ai flippé je me suis dit mais qu'est-ce qui m'arrive et là c'était parti je me souviens pas de toutes mes crises mais j'ai des souvenirs je suis repassée dans ma ville il y a pas très longtemps cette semaine et on est passée à côté d'une route avec ma soeur et je lui ai dit oh la vache je me suis revue refaire cette route presque en courant après être allée acheter de quoi faire ma crise et presque rentrer en courant à la maison pour vite vite la faire et là j'étais rentrée dans ce truc là Et en fait, c'est souvent le cas. C'est ce qui m'a fait demander de l'aide. C'est que là, c'était insupportable de perdre le contrôle avec la boulimie, plus ce côté un peu dépressif que je commençais à avoir. Et là, j'ai demandé à ma mère, un soir, elle est rentrée du boulot, et j'avais fait mon sac et je lui ai demandé de m'emmener à l'hôpital, de m'emmener aux urgences.
- Speaker #1
Comme tu dis, ce qui est assez paradoxal, personnellement, je trouve, mais tu me diras ce que tu en penses, c'est que là, c'est souvent les... crises et les périodes de boulimie qui font peur, qui inquiètent, alors que peut-être elles sont là finalement pour sauver l'orexie. Et pourtant, c'est celles qui font peur. Et du coup, dans ce que tu as dit, ça m'a fait penser à deux questions. Déjà, la première, tu as beaucoup parlé du rôle de l'entourage. Quand tu as dit « j'ai fait ma valise et puis j'ai demandé à ma mère » , est-ce que c'est le moment où tu en as parlé pour la première fois ? Et quel rôle a joué ton entourage dans tes TCA ?
- Speaker #0
Que j'ai parlé de la première fois de quoi ? De la boulimie ?
- Speaker #1
Oui. De TTC en général. Non, tu sais,
- Speaker #0
je vivais chez ma mère. Elle était bien là. Elle ne pouvait pas faire autrement que de le voir. Moi, je vivais chez ma mère. J'étais jeune. Le médecin... Non, la première fois où une médecin a alerté, on rentrait de vacances d'été. Et j'avais déjà perdu... En tout, j'ai dû perdre 25 kilos. Et je crois que j'en avais déjà perdu 20. Et là, la médecin, elle a un peu alerté. Et puis surtout, ma mère, elle avait passé des vacances de merde. Je veux dire, moi, j'étais complètement... cédé par ça. Donc là, c'était quand même visible, mais ma mère, elle était complètement perdue. Et puis ma mère, moi, à l'époque, j'en avais pas pleinement conscience, mais ma maman, elle a des problèmes avec la nourriture et... Elle avait, elle a peut-être encore des troubles alimentaires. Et du coup, ça faisait un écho un peu bizarre qu'elle n'arrivait pas à gérer. Et voilà. Et moi, j'ai des souvenirs d'aller chez un pédopsy, je pense, à ce moment-là. Il faut savoir que ce mec-là, pour la petite histoire, ma mère, elle m'a envoyé chez lui quand j'avais 12 ans. Et je ne sais plus pourquoi. Elle m'a envoyé là-bas. Est-ce que c'était à cause de mon poids ? Est-ce que c'est parce qu'elle sentait que j'allais pas bien ? Je pense qu'elle sentait que j'allais pas bien et qu'elle m'a envoyée chez ce mec-là. Et ce mec-là, je suis arrivée, il a commencé par me peser, me mesurer. Puis, il ne m'a parlé que de bouffe. On n'a parlé de rien d'autre. Et je me souviens très bien, il m'a dit « Est-ce que tu sais combien il y a de pierres de sucre dans un verre de coca ? » Il m'a empilé les pierres de sucre. Je n'ai jamais bu de coca de ma vie. Je n'aime pas le coca, en fait. Je déteste les sodas. Et voilà, c'est pas... des questions de régime ou quoi, quand j'étais gamine, j'en buvais pas, j'ai toujours détesté ça. Le mec s'est pas soucié de savoir ça. Donc à 12 ans, j'avais fait la rencontre de ce mec-là, et à 17 ans, je le revois, anorexique. Et du coup, lui, je me souviens pas grand-chose de son accompagnement, si ce n'est qu'il a dit à ma mère « Verrouillez les placards ! » Parce qu'en fait, mes crises de boulimie, elles étaient visibles, et je lui en parlais, parce que moi j'étais perdue. Je lui disais « Mais maman, je comprends pas, en fait, je peux pas lui décrire. » Et donc lui, il disait « Empêchez-la. Verrouillez les placards. » empêchait-la de faire des crises. Trop bien. Et il lui disait aussi, vous savez, madame, votre fille, elle a un rythme cardiaque tellement bas qu'elle peut mourir dans son sommeil à n'importe quel moment.
- Speaker #1
Bien, encore une deuxième très bonne idée.
- Speaker #0
Du coup, il y avait une bonne ambiance à la maison. Je vivais toute seule avec ma mère. Ma mère a été complètement perdue, paumée, dépassée. Je ne sais plus s'il était déjà question d'hospite ou quoi, peut-être. En tout cas, je sais que l'hospitalisation, elle est venue de moi. En fait, voilà, c'est moi. Et donc, quand ma mère est rentrée du boulot, elle a été... surprise, un peu choquée de voir ok là tu m'emmènes à l'hôpital mais elle m'a emmenée tout de suite en fait il n'y avait pas de question il faudrait que je le redemande mais je pense qu'elle était un peu soulagée et dans la période où tu disais,
- Speaker #1
donc là ta mère tu dis que comme tu vivais avec elle, elle pouvait difficilement passer à côté mais sinon dans toutes les sphères de ta vie, comment ça a impacté en fait, comment les TCA ils ont impacté, tu l'as dit un peu la dépression tout ça mais socialement amoureusement, comment ça a vraiment impacté ta vie ?
- Speaker #0
Sur la période d'anorexie, j'avais plus de vie. C'est un peu différent pour la boulimie, tu vois, qui passe un peu inaperçue, où tu peux faire ta vie et tout. Mais sur la période d'anorexie, pas de petits copains. De toute façon, il n'y a plus rien qui se passe en termes d'hormones sexuelles. Donc, de toute façon, il n'y a pas du tout l'envie, l'attirance d'aller vers l'autre. Je ne voyais plus mes copains petit à petit. Et au niveau de la famille, ma sœur m'a un moment donné hébergée chez elle quand j'étais au fin fond de l'anorexie. Je me souviens juste de passer des journées entières sur son canapé avec des couvertures énormes parce que j'avais toujours froid. Et voilà, mais elle était très... Ma sœur, elle ne savait pas trop comment faire, mais en fait, elle se contentait d'être là et elle ne me prenait pas trop la tête. Ma sœur, c'est un peu, c'est un pilier, tu vois, dans ma vie. Et même sur cette période-là, je trouve que c'est celle qui a été... La plus adaptée. Mais sinon, je pense que la majorité des gens, j'ai un ami qui m'a beaucoup écrit quand j'étais à l'hôpital, mais la majorité des gens soit ne comprenaient pas, étaient loin de ça, soit avaient peur. Donc c'était très vide autour de moi. Alors que si je fais un peu un bond dans le temps et que je viens à parler, parce que pour en parler rapidement, je suis sortie de l'hôpital, rien n'était réglé. En fait, ça fonctionnait à contrat de poids. Donc très vite, j'ai compris au début, comme beaucoup de personnes, je suis arrivée à l'hôpital, j'ai commencé par continuer de maigrir. Puis j'ai compris que j'avais de moins en moins de droits en faisant ça. Je n'avais pas le droit de recevoir du courrier. J'étais privée, j'étais fumeuse à l'époque et j'étais ultra privée sur les cigarettes. Je ne pouvais pas voir ma famille, je ne pouvais pas communiquer avec eux, ni par téléphone, il n'y avait pas de portable à l'époque comme aujourd'hui. Il n'y avait rien en fait, j'étais complètement isolée. Donc, j'ai fini par me gaver pour réouvrir des droits et pour sortir de là-bas. Donc, ils m'ont... C'est presque qu'ils te prescrivent la boulimie, quoi. Enfin, c'est vraiment étrange.
- Speaker #1
Exactement. Ils sont contents de te voir dévalisé sous la main. Mais oui.
- Speaker #0
Et je n'étais pas dans un centre spécialisé, en plus. Donc, j'étais avec d'autres ados qui, eux, avaient plein de bouffe. Donc, je leur taxais leurs tablettes de chocolat, leurs trucs amenés par leurs parents. Et puis, comme ça, je grossissais. Ce qui était hyper compliqué pour moi. Mais du coup, je suis sortie de l'hôpital. Je faisais de la boulimie. boulimie, boulimie non vomitive, je crois, à ce moment-là. et après j'ai eu des je peux pas te dire jusqu'à quand ça a duré exactement mais ça s'est un peu calmé il y a eu des phases de vie où c'était là mais qu'un tout petit peu je faisais très peu de crise donc ça allait et puis des phases de vie où ça s'est arrêté mais quand je revois je pense que j'étais quand même dans un contrôle j'étais peut-être dans une forme d'anorexie un peu atypique dans ma jeune vie d'adulte où en fait j'étais très très mince Merci. Il n'y avait aucun symptôme de crise ni rien, mais tout tournait autour de ça et de mon physique et de mon corps et tout ça. Et puis, du coup, j'ai vécu. Donc, j'ai fait ma vie. J'ai eu deux enfants, tout ça. Et j'ai vu, j'ai vécu une rupture hyper violente, difficile. Et là, je disais tout le temps, j'ai replongé. Mais en fait, c'est juste les symptômes. Ils ont flambé. Là, la boulimie s'est installée et de la boulimie vomitive. Et là... c'était reparti pour, je sais pas, cinq ans peut-être là-dedans, et avec des fois, des semaines où ça prenait toute la place, quoi, l'enfer. Et là, les gens ne se doutaient pas. Personne ne savait. J'avais une vie normale. J'avais un poids normal. J'avais une vie, tu bosses, t'as des amis, t'as des relations amoureuses, t'as une vie, personne ne sait. Et d'ailleurs, il faut que personne ne sache, quoi. T'es là, tu protèges tout ton truc, quoi.
- Speaker #1
Ça me fait penser au dernier podcast que tu as enregistré avec J'ai plus le nom de la personne qui expliquait qu'on vit dans le mensonge, en fait. C'est le vie. Et c'est peut-être pour ça, tu me le diras ou pas, que des personnes restent indéfiniment dans cette période, je ne sais pas si on peut appeler ça la semi-guérison, mais comme toi tu dis, tu l'as vécu pendant ce que tu nommes un peu anorexie atypique. Est-ce que tu aurais pu rester finalement si tu n'avais pas... replonger comme tu dis, est-ce que tu aurais pu rester indéfiniment comme ça ?
- Speaker #0
Ouais, mais je pense que de toute façon j'aurais replongé, parce que la vie elle est faite de coups durs, et c'est normal, et je pense que c'était très bien que je replonge, effectivement, mais ça serait forcément arrivé, mais je suis très contente, enfin quand je repense à cette période, ça me fait vraiment quelque chose, c'est horrible, c'est une vie que, moi je me souviens, des fois je me réveillais le matin et je me disais, mais c'est quoi mon problème, mais qu'est-ce que j'ai, je suis bipolaire ou quoi ? J'avais énormément de changements d'humeur, il n'y avait pas de stabilité, j'étais pas bien. Et puis ce truc central toujours autour de mon corps, c'était épuisant. En fait, il y avait quand même vachement de règles et de contrôles derrière cette idée. Et même enceinte, je me souviens. Tu vois, moi j'ai trois enfants et je trouve que j'ai vu vraiment une différence avec ma dernière grossesse, mon plus jeune enfant qui a cinq ans et demi. C'était pas du tout la même grossesse, quoi. Tu vois, il y avait quelque chose de plus tranquille, autorisé. Et pour autant, j'ai pas pris énormément de poids, d'ailleurs. Mais tu vois, c'était plus... Voilà. Et d'ailleurs, j'ai moins aimé être enceinte. Enfin, c'est ça aussi. C'est que genre, moi, mes deux autres grossesses, j'adorais être enceinte. Parce que, je sais pas, tout d'un coup, il y avait un autre rapport à mon corps. Un autre truc. Je sais pas, j'adorais ça, ça donnait une raison à mon corps d'exister, de se déployer et tout. Là où, ma dernière grossesse, je me suis sentie privée de mon corps de femme qui bouge, qui vit, qui fait du sport, qui machin, qui... Enfin, tu vois, j'ai pas... En fait, je me suis dit, ah ouais, mais parce qu'en fait, j'ai plus besoin de ça pour aimer vivre dans mon corps, tu vois. J'ai pas besoin de la grossesse pour aimer vivre dans mon corps, c'est... C'est très clair,
- Speaker #1
ouais, c'est très parlant. Et du coup... Dans tout ce processus-là de guérison, qu'est-ce qui a été le plus difficile pour toi ?
- Speaker #0
Guérir ?
- Speaker #1
Oui, c'est un bien grand mot.
- Speaker #0
Trouver de l'aide, trouver de l'aide adaptée. J'ai trop galéré, je ne comprenais rien. Je me revois, je prenais le problème complètement à l'envers. Mais parce que personne... Pour moi, le problème, c'était les crises. Donc, il fallait stopper ces foutues crises. Donc, il fallait rajouter de la maîtrise de moi. Il fallait rajouter du contrôle. Je regardais tous les gens manger et je me disais, mais waouh, incroyable quoi, incroyable comment font les gens, mais c'est fou ce truc quoi. Et donc, je me disais, c'est moi, je suis identitairement comme ça. Moi, il y a des gens, on a des tares, des trucs les uns les autres. Moi, je ne sais pas manger normalement. C'est pas de bol, mais c'est comme ça et je ne saurais jamais manger normalement. Et en plus, j'avais l'exemple de ma mère, si tu veux. ou qui, tu vois, ça continuait comme ça, qui a jamais, pour le coup, elle a jamais entamé de thérapie, ma mère. Moi... J'ai l'impression d'avoir tout essayé. Du coup, j'ai vu une psy pendant super longtemps. C'était une psy qui pratiquait aussi de l'EMDR. C'était une psy qui, spécifiquement, avait écrit TCA sur son site Internet et qui m'avait dit en avoir souffert. Donc, je me disais, OK, très bien. On a utilisé plein d'outils, de la sofro, du rêve éveillé, de l'EMDR. À côté de ça, je suis allée voir des magnétiseurs. Je suis allée voir... J'ai lu tout un tas de livres. Je me suis inscrite à un programme en ligne sur la boulimie. J'ai vraiment tout essayé. En tout cas, j'avais l'impression d'avoir tout essayé.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des petites victoires comme ça dont tu te souviens qui t'ont marqué, quelles qu'elles soient ?
- Speaker #0
Non. Là, à ce moment-là, c'était... Non. Franchement, je n'en voyais pas le bout. Je me souviens d'une thérapeute que j'étais allée voir. Je suis sortie de chez elle. J'ai vécu peut-être ma pire... crise. En fait, c'était clairement pas la pire des crises que j'ai vécues, mais associer au fait de sortir de ce rendez-vous et tout, c'était terrible. Non, en fait, vraiment, pour moi, ce qui a switché, c'est quand j'ai découvert les principes de l'alimentation intuitive, quoi. Et donc, j'ai découvert ça sur YouTube. Alors que je suis pas du tout consommatrice de YouTube, mais c'était une meuf qui était un peu sur Insta, YouTube, et j'ai commencé à m'intéresser, à écouter des trucs et ça faisait tellement sens. Je me disais, mais ouais, c'est vrai ça, en fait. Et le switch important, ça a été de comprendre que je n'avais pas... En fait, que ma restriction, elle n'était pas là pour me permettre de gérer mes crises. C'était elle qui créait mes crises, en fait. Là, je me suis dit, ah ouais, d'accord. Donc, j'y suis allée très timidement, parce qu'en plus, j'y suis allée sans accompagnement. Tu vois, j'ai fait tout ce chemin-là toute seule. Après, quand même, pour... Quand tu dis mes petites victoires... Je ne veux pas dire que mes suivis n'ont servi à rien. Ce serait mentir. Et vraiment, c'est incroyable. J'ai fait beaucoup de chemin. Tu vois, j'étais dans quel âge à ce moment-là ? Un peu avant ma trentaine, tu vois. Avant 30 ans, ouais. J'ai quand même creusé, déconstruit beaucoup de choses. Et j'ai énormément bossé. J'ai travaillé sur des deuils. J'ai travaillé sur des violences sexuelles que je n'avais même pas identifiées comme telles. avant. Donc voilà, j'ai des traumas comme ça qui sont revenus. Et j'ai beaucoup travaillé sur la relation à mes parents, à ma mère notamment. J'ai nettoyé beaucoup de choses quand même. J'ai aussi compris, tu vois, malgré tout, je veux pas dire que tout ça, ça sert à rien. Je pense que c'est complémentaire. Je me souviens d'une lettre que j'avais rédigée pour ma mère, quoi. Qui avait été... Waouh, j'avais tellement pleuré en l'écrivant et ensuite j'étais allée... fallait pas que je la garde, fallait que je m'en débarrasse que je la brûle ou autre et en fait je me souviens que notamment sur cette lettre je disais que j'acceptais d'aller plus loin qu'elle en fait, de la laisser sur le chemin symboliquement j'avais cette impression là en guérissant des TCA, je la laissais tu vois, elle sur le chemin avec ses trucs et moi j'y allais quoi, donc tout ça c'était je pense ça m'a aidé mais si tu veux ça permettait pas de d'apaiser les symptômes troubles alimentaires qui étaient là, mes crises elles étaient toujours là et tout ça ok et Merci.
- Speaker #1
Aujourd'hui, quand tu repenses à toute cette période-là, est-ce que là, à l'heure où on se parle, tu t'estimes totalement guérie des TCA ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et alors, comment tu définirais ton rapport à la nourriture et à ton corps aujourd'hui ?
- Speaker #0
Très bonne question. Mon rapport au corps, je dirais qu'il est aléatoire.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais qu'il est... plus détachée. En fait, je me suis fait une réflexion, c'est marrant, là, il y a quelques jours, parce que j'étais en formation et donc j'étais avec des gens que je ne connaissais pas, dans un lieu que je ne connaissais pas, ce qui sont des choses potentiellement challengeantes pour moi. Et en fait, le deuxième jour, j'y suis allée habillée avec un espèce de short en tissu avec des collants en dessous. Je fais cette précision-là parce que du coup, les collants, ça sert un peu le bide et tout. Et le midi, j'ai mangé en speed, j'ai mangé chez Quick. Et il y avait un truc avec des oignons et je n'ai pas digéré. Et bref, je me sentais un peu ballonnée, machin. Et en fait, je me suis rendue compte que je vivais ma vie, qu'à aucun moment, je n'avais vérifié comment était gonflé mon frentre. Je n'en avais rien à foutre. Alors que, tu vois, et là, je me suis dit, j'aime encore. Encore aujourd'hui, tu vois, je remarque des petites choses comme ça en me disant, c'est fou, quoi. C'est tellement agréable. En fait, je ne suis pas en train de tout le temps me demander à quoi je ressemble, comment me voient les autres. Et ça, je sais que ça va parler à beaucoup de gens parce que ça paraît incroyable quand tu es dedans. Et c'est ça aussi qui maintient beaucoup dedans. Mais ce que je tiens à dire, c'est que je fais ces constats-là après des années de guérison. Donc en fait, moi, j'ai l'impression de continuer d'évoluer dans le rapport à mon corps, parce que j'avais beaucoup de choses à déconstruire, j'avais beaucoup de choses à guérir. J'avais beaucoup de choses à guérir dans mon rapport aux hommes, dans mon rapport à la séduction, dans mon rapport... Enfin, tu vois, il y avait plein de choses qui étaient entremêlées avec les TCA, quoi.
- Speaker #1
Carrément.
- Speaker #0
Mais je te dirais que je suis plus détachée. pas complètement, en fait, et je crois que c'est normal. Enfin, mon corps, je n'ai pas envie d'en être détachée, j'ai envie d'en prendre soin, mais pas que d'en prendre soin de l'intérieur, aussi de l'extérieur. J'ai plaisir, je peux avoir plaisir à me trouver jolie. Ça ne veut pas dire que, tu vois, on se détache complètement de ce truc-là. J'ai envie de me trouver jolie, mais... pas tous les jours, c'est pareil. Je m'en fous certains jours de ne pas me trouver jolie et de sortir quand même et de pas tout faire pour m'apprêter. Et j'accepte qu'il y ait des jours où je me trouve vraiment pas terrible. Et le fait de me trouver jolie ne passe pas que par est-ce que je suis mince ou non ? Est-ce que ce pantalon fait ça ? C'est ça aussi. Genre, j'ai remarqué dernièrement que pendant mes règles, il peut y avoir des phases où c'est moyen parce que je me sens ballonnée, mais à côté de ça, mes cheveux, ils sont... incroyable. Il y a toujours 2-3 jours pendant mes règles où, waouh, je trouve mes cheveux, ils sont trop beaux, je me trouve trop belle. Tu vois, c'est un rapport qui s'est décalé quand même. Ouais,
- Speaker #1
vas-y.
- Speaker #0
Non, mais du coup, de fait, le rapport à l'alimentation, en fait, il est intrinsèquement lié à tout ça, donc de fait, il est complètement décalé aussi. En fait, je te dirais que je suis passée par plusieurs phases. et que mon rapport à l'alimentation je trouve qu'il est encore en train d'évoluer dernièrement parce que je fais pas mal de sport et que je crois que j'ai pas fait assez attention voilà j'ai eu envie vraiment de m'appuyer à fond sur mon corps en fait je suis passée d'un truc où je n'avais aucune confiance en mon corps et peut-être que j'ai eu un petit excès de confiance, voilà on va le dire comme ça j'ai fait confiance à mon corps à fond sauf que J'ai passé des périodes dernièrement très stressantes parce que des problèmes familiaux graves avec des traumas qui sont remontés. À ça, j'ai continué de faire du sport. Comme d'habitude, je me suis quand même préparée à deux marathons. En fait, j'ai épuisé mes ressources, mes réserves. Et du coup, là, je suis dans une phase où, tu vois, j'ai vu une médecin spécialiste là-dessus. Et donc, je prends en ce moment des compléments alimentaires, des machins pour remonter la pente. Et du coup... J'ai une attention plus particulière sur ce que je mange, en me disant « Ah ouais, tiens, faut que je pense à me manger ma boîte de sardines pour les oméga-3, machin. » Et voilà, et aujourd'hui, c'est possible. Enfin, si tu veux. C'est pas un truc dont je parle à fond, par exemple, sur Instagram, parce que je veux pas qu'il y ait de la confusion. Et pour moi, il y a des différentes phases à passer. Et quand tu viens de sortir des TCA, t'es encore trop dans... Il y a trop de risques de tout rigidifier. Et ça me paraît... Un petit peu dangereux, peut-être. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Voilà. Donc, ce n'est pas un truc dont je parle énormément. Je ne sais pas trop si je devrais en parler ou pas. Mais moi, je prends beaucoup de plaisir dans ce rapport à l'alimentation qui est, du coup, plus attentif qu'avant, mais qui est toujours aussi serein et qui est tellement flexible. Tu vois, il n'y a rien de rigide, quoi. C'est-à-dire que, déjà, je mange toujours autant de... je n'en sais rien, de chocolat ou de... Tu vois, je parlais d'être allée manger dans un fast-food. Voilà, c'est des trucs, tout ça, ce n'est pas du tout des problèmes pour moi. Je n'ai pas l'impression de gâcher mon alimentation parce que j'ai fait ça, mais j'ai l'impression de vraiment prendre soin de moi pour le coup. Tu vois, c'est genre mon alimentation, elle est flexible. Je prends soin de moi émotionnellement, physiquement, à tous les niveaux. Et je suis très contente aussi de veiller à prendre tel et tel complément alimentaire pour reprendre la pente. Là, c'est une cure de trois mois pour remonter la pente. Je ne vais pas passer ma vie en cuivre de complément. Je tiens à préciser quand même.
- Speaker #1
Et puis, comme tu dis, je pense qu'il y a une différence aussi entre prendre soin de son alimentation, qui n'a rien de malsain en soi, et puis le fait que tout devienne très rigide, comme tu le disais, avec la grosse peur de l'imprévu, et la sensation fausse d'une journée parfaite si le plan alimentaire a été parfait et que du coup, le moindre petit imprévu... tout dérégler, ce qui n'est pas le cas pour toi aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, et puis je tiens aussi à dire quelque chose, je crois que c'est intéressant, c'est que du coup, moi je suis vraiment dans ce qu'on appelle une alimentation intuitive ou régulée, et en fait je suis allée voir cette médecin, et j'avais un énorme questionnaire à remplir, et notamment sur mes habitudes alimentaires. Et bien en fait, à part le fait que clairement je manquais de protéines, parce que moi je ne mange pas de viande, et je mange très peu de poissons, et je fais beaucoup de sport, enfin beaucoup de sport, je fais du sport. à part le fait que je manquais de protéines et que du coup elle m'a demandé d'avoir une attention particulière là-dessus et tu vois l'histoire peut-être de genre hyper spécifique des sardines avec les oméga 3 en fait pour elle mon alimentation c'est une alimentation qui quand même répond vachement bien à mes besoins et du coup je tiens à le préciser parce qu'on a cette idée, je voudrais pas véhiculer l'idée que ah bah tiens tu vois comme quoi quand même l'alimentation intuitive ça permet pas de se nourrir correctement, non c'est juste que Merci. C'est aussi relié à ma personnalité. J'ai passé une période hyper dure, hyper stressante, émotionnellement parlant, où j'aurais sûrement dû être en arrêt de travail. Je ne l'ai pas fait toute l'année 2025. Peut-être que j'aurais dû avoir la moitié de l'année en arrêt. Je ne l'ai pas fait. C'est des trucs où j'ai du mal. Il y a encore des trucs où j'ai du mal à lâcher. Bon, ben voilà. En fait, j'ai tiré sur la corde à plein de niveaux. Et donc, forcément, ça... vide les réserves. Et puis le sport, si on ne mange pas sur du très long terme, si tu fais un peu de sport et que tu ne manges pas assez de protéines, ce n'est pas grave. Mais moi, ça s'est inscrit sur deux ans, trois ans, où je suis allée tirer sur les trucs. Et donc, effectivement, là, je me retrouve à devoir remonter les niveaux. Mais je tiens quand même à le dire que finalement, j'ai une alimentation où je me laisse vraiment beaucoup guider. Et tu vois, j'ai une alimentation qui est... qui est clairement validée, par exemple, par une médecin spécialisée dans tout ça.
- Speaker #1
Carrément. Et là, avec tout ce recul-là, ce cheminement, et le rapport que tu as aujourd'hui, justement, à ton alimentation et ton corps, qu'est-ce que tu dirais à la jeune Flavie qui, du coup, commençait à se poser des questions là-dessus, à tomber dans l'anorexie ?
- Speaker #0
Franchement, je ne sais pas. Est-ce qu'il aurait seulement été possible de lui dire quelque chose ? Ce matin, j'ai écouté un épisode de podcast d'une nana qui parle des relations d'emprise et tout ça. C'est une patineuse artistique connue qui a écrit un livre dernièrement. Enfin bref, j'ai trouvé l'épisode très chouette d'ailleurs. Et en fait, une question un peu similaire lui était posée et j'ai trouvé ça très juste. En fait, je me suis dit, ah c'est marrant, je pense que c'est la même chose pour les TCA. Elle disait qu'après lecture de son livre, il y a plein de gens qui lui disaient... « Oh non, mais si j'avais su ce que tu traversais, j'aurais pu faire ci et ça. » Et elle dit « Mais non, mais non. » En fait, de toute façon, non. Et en fait, je me dis « Mais attends, mais qu'est-ce que j'aurais pu dire à la Flavie de 16 ans ? » Je ne sais pas, peut-être pas grand-chose. J'ai l'impression que tout ça, ça s'est joué beaucoup avant. En fait, il aurait fallu que j'aie une enfance différente. Et peut-être que quand même, j'aurais eu des TCA, je n'en sais rien. Peut-être pas autant, c'est-à-dire que moi, j'ai quand même passé 20 ans dans les troubles alimentaires. Tu vois, ça a été toute ma vie, depuis la petite enfance. Je pense pas que j'aurais pu me dire grand-chose. Tout comme il y a des phases où j'étais des phases aiguës de boulimie vomitive, où si je m'étais rencontrée, moi, en tant que thérapeute, je suis pas sûre que j'aurais pu m'aider.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et ça, c'est un peu difficile de se dire ça, mais c'est la réalité, je crois.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il y a une forme de, pas de déni, mais de hier, en fait, où on se sent... justement ça me fait repenser je fais un saut en arrière encore est-ce qu'il y a des moments de la maladie où tu t'es sentie particulièrement incomprise ?
- Speaker #0
oui je pense beaucoup notamment dans l'anorexie quand même après la boulimie moins mais parce que du coup comme c'était pas visible j'en parlais pas, les gens le savaient pas après très incomprise par les professionnels et ça c'est douloureux Parce que tu vas consulter des gens et du coup, te sentir incomprise, ça te renvoie que, attends, si eux qui sont professionnels ne te comprennent pas, ça veut dire que t'es complètement cinglé, t'es un cas désespéré en fait. Tu vois, personne ne peut rien pour toi. Donc ça, c'est l'horreur. Mais plutôt, ouais, dans l'anorexie par mes proches. Et je comprends qu'on ne comprenne pas, bien sûr, mais c'est tellement horrible. Tu vois, mais je sais pas, mais mange, c'est quand même pas compliqué. Les gens ne comprennent pas ce qui se joue. Et toi-même, moi-même, je ne me comprenais pas. la boulimie c'est pareil je ne comprenais pas pourquoi je revenais toujours à ça mais j'avais aussi des phases tu parlais de déni et il y a de ça des phases aussi de toute puissance que ce soit dans l'anorexie ou la boulimie en fait la boulimie c'était très relié moi au fait qu'il fallait que mon corps me permette d'être validé d'avoir une place et notamment de me sentir validé par les hommes et du coup c'était le cas et en fait des fois je me dis Mais en fait, Flavie, t'étais peut-être juste jolie, peu importe le poids que tu faisais. Tu vois, je veux dire, t'aurais pu faire 10 kilos de plus et avoir le même succès, en vrai, auprès des hommes. Mais moi, j'associais ça à la minceur, tu vois. Et en fait, c'était ultra malsain, parce qu'en plus, les hommes dont je cherchais la validation, je me retrouvais aussi dans des cycles, parfois, en plus de violence, tu vois.
- Speaker #1
Pas simple.
- Speaker #0
Et en fait, je me sentais des fois, je me disais, bon, ben, je ne fais pas tout ça pour rien, ça marche. J'avais l'impression d'avoir paqué le code un peu, tu vois.
- Speaker #1
Oui, le remède.
- Speaker #0
Et ça, je l'entends beaucoup encore de personnes. Au moins, grâce à la boulimie, je peux manger tout ce que je veux.
- Speaker #1
C'est un gros seul.
- Speaker #0
Non, mais tu ne manges pas. Tu ne peux pas dire, manger tout ce que tu veux, ce n'est pas taper une crise de boulimie et vomir derrière, tu ne manges pas.
- Speaker #1
en fait tu peux pas appeler ça manger donc non tu ne manges pas tout ce que tu veux t'es même à l'extrême inverse exactement et est-ce que c'est justement face à cette incompréhension que t'as ressenti de la part des professionnels que toi tu as voulu justement
- Speaker #0
te lancer dans l'accompagnement franchement j'ai envie de te dire oui mais je crois que c'est bien plus égoïste que ça ce qui m'a je crois que c'est plutôt Je crois qu'il y a quelque chose de très personnel. J'ai l'impression que beaucoup de femmes le partagent. Alors, moi, je pense qu'on ne fait jamais un métier par hasard. Peu importe le métier qu'on fait, et notamment, tu vois, les métiers de l'aide, psychos. Moi, avant, j'étais éducatrice spécialisée. J'ai aussi compris, en rédigeant mon mémoire, plein de choses, en me disant « Je ne fais pas ce taf par hasard. » J'avais vu mon enfance, tout ça. Mais en fait, je ne sais pas. Il y avait quelque chose de... Je crois qu'il y a quelque chose qui vient vraiment de l'intérieur, en fait, de j'ai envie de transmettre là-dessus, j'ai envie d'accompagner, d'aider, tu vois. Et puis en plus, mine de rien, forcément que c'est ce que je disais au début de l'épisode, j'ai aussi compris beaucoup de choses en me formant. C'est-à-dire que, OK, t'es sortie du truc, mais si, par exemple, je vous avais raconté mon histoire il y a six ans, six, sept ans. J'aurais dit les choses un peu différemment, je pense, vraiment. Là, les formations m'ont permis aussi de relire mon histoire un peu différemment, de continuer de comprendre. Donc en fait, je pense qu'il y a quelque chose d'assez égoïste à la base, mais comme la majorité de nos actions, il faut quand même se l'avouer, je pense. Mais après, je suis très contente. d'amener quelque chose de différent dans le paysage du soin des TCA et je suis aussi très contente, reconnaissante via le podcast d'amener aussi une aide qui permet à des gens d'aller mieux sans même me consulter c'est à dire que cet outil là on me fait très souvent ces retours là de me dire en fait moi j'ai essayé plein de psy, diète, machin ça fonctionne jamais et là j'ai écouté ton podcast, j'ai pris en note des choses, j'ai essayé de les mettre en place et ça va mieux Merci.
- Speaker #1
C'est clair.
- Speaker #0
C'est un truc de fou, quoi. Donc voilà. Il faut savoir que les premières fois où sur Instagram, où je recevais des témoignages de gens qui me disaient aller mieux grâce à mon contenu, je pleurais. Aujourd'hui, je ne pleure plus parce que c'est triste. Enfin, peut-être tant mieux. Mais tu sais, on se désensibilise un peu à tout. Bien sûr. Mais j'en ai versé des larmes, quoi. Tellement je trouvais ça incroyable et trop touchant. Donc c'est un job qui est hyper gratifiant pour moi.
- Speaker #1
Et est-ce que tu n'as pas peur ? Peur étant un bien grand mot, mais... d'en faire ton métier, de finalement ne jamais vraiment sortir des TCA et de toujours avoir ce spectre TCA dans ta vie ? Ou est-ce que même en travaillant là-dedans, ça n'impacte aujourd'hui absolument plus ? Tu n'as plus du tout de pensée TCA qui revient ?
- Speaker #0
Pour moi, c'est l'extrême inverse. C'est genre, je vois bien que cette vie avec les troubles alimentaires, elle commence à être loin et elle commence à s'effacer. Essayer d'être au contact avec des personnes. ça me maintient. Des fois, j'ai des tilts et je me dis « Ah oui, c'est vrai, avant je fonctionnais comme ça. » Et du coup, il y a presque un truc de me dire « Waouh, c'est fou, comment je suis libérée. » Par contre, il n'y a pas du tout de crainte. Mais c'est important ce que tu dis parce que peut-être que pour des personnes qui se lancent et qui sont peut-être encore un peu... Ah, je n'aime pas le mot « fragile » , mais...
- Speaker #1
qui sont totalement guéris.
- Speaker #0
Ouais, des trucs qui peuvent être un peu réactivés. Oui, je pense que ça peut être un peu glissant. Après, franchement, loin de moi l'idée de dire « Bah non, dans ces cas-là, vous ne devriez surtout pas faire ci ou ça. » Je pense que c'est important de se poser un cadre professionnel, c'est important d'être supervisé, c'est important de continuer de se former, etc. Et en fait, personne n'est parfait. Vous n'avez pas besoin d'être parfait pour aller accompagner les autres. Et franchement, voilà. Mais en tout cas, moi, ça ne m'a jamais... réactivé, tu vois. Je ne me sens pas en danger par rapport à ça. Par contre, des fois, je me dis, tiens, à quoi ressemblerait ma vie aujourd'hui si mon métier était tout autre et s'il n'était plus jamais question de ça ? Et je n'ai pas la réponse. Je n'ai pas la réponse. Qui sait ? En fait, j'en sais rien. Imagine, ça se trouve, c'est même protecteur de continuer de travailler dans ce sujet-là parce que ça me permet de me souvenir d'où je viens. Je n'en sais rien, en fait. J'en sais rien. Ou peut-être que ce serait hyper agréable de plus jamais parler de ça et de passer à autre chose. Je n'en sais rien du tout. Ce que je sais, c'est que moi, je ne m'ennuie pas. Je n'ai pas de lassitude pour le moment sur ce sujet parce qu'il est relié à tellement d'autres. que, ouais, c'est...
- Speaker #1
Ouais, c'est ce que j'allais te dire, au final, à quoi bon se poser la question si t'es heureuse dans ce que tu fais, ça ne sert à rien. Finalement, c'est que c'est le principal et que t'as trouvé probablement ta voie même si elle aurait pu être une autre, peu importe si elle te complie aujourd'hui. Et là, qu'est-ce que... Quel message tu aimerais donner, peut-être, à des personnes qui t'écoutent sur ce podcast et qui souffrent actuellement de TCA et qui peuvent se dire, « Ouah, quel parcours inspirant tout ça ! » Moi aussi, je peux finalement m'en sortir. Qu'est-ce que tu... Qu'est-ce que tu as envie de dire à ces personnes-là, même si tu le dis assez souvent sur tes podcasts ?
- Speaker #0
Oui, j'ai envie de dire que je crois vraiment que c'est possible. Je crois qu'il faut se méfier du spectre du perfectionnisme qui est un peu partout et de se méfier de l'idée qu'on peut se faire de la guérison. Je crois qu'on a le droit, je crois qu'on a tous les droits, et qu'on a le droit aussi de ne pas complètement guérir, entre guillemets. ce que je veux dire c'est que des fois j'échange avec des personnes qui sont dans de l'anorexie pure restrictive depuis 30 ans 40 ans et qui se voient pas du tout manger librement et que peut-être même ça peut faire flipper et bah ok peut-être que c'est pas ça là l'étape tout de suite à fixer et peut-être que déjà de retrouver un peu de liberté ce serait trop cool après et que en fait ça peut être et que Merci. ça pourrait peut-être juste s'arrêter là et que ce sera déjà vachement bien et puis peut-être que ce sera une étape vers autre chose mais que en fait c'est ça en le disant je me dis c'est peut-être ça le message que j'ai envie de passer et c'est très bien je me le repasse à moi sur d'autres sujets que les TCA parce que j'ai toujours cette tendance là faut pas regarder le sommet de la montagne quoi franchement ça paraît démoralisant il faut accepter d'avancer par tout petit pas Et aussi, ne pas imaginer que ça va être juste de la galère, en fait, de gravir cette montagne. En fait, là, tu la regardes, elle paraît abrupte, super haute, alors que finalement, ça va peut-être être une petite balade longue, mais par des sentiers pas si costauds que ça, qui seront quasiment plats, et qui tourneront, et qui tourneront, et tu vas peut-être croiser des marmottes, et puis tu vas voir des fleurs que tu n'avais jamais vues avant, puis tu vas peut-être croiser d'autres randonneurs qui vont te donner des conseils. pour mieux vivre cette balade. Et en fait, c'est ça, c'est sortir d'un trouble alimentaire, ce n'est pas censé être de la souffrance et hyper dur. J'ai l'impression qu'il y a plein de gens qui pensent ça. Mais franchement, non. Il y a un côté challengeant. Moi, quand j'accompagne les gens, il y a un petit côté, on y va, on va tester des choses et tout, mais toujours d'une manière suffisamment confortable. continuer d'avancer. Donc, en fait, donc voilà, accepter que ça puisse prendre du temps, mais quand je dis accepter que ça puisse prendre du temps, c'est pareil. Ça ne veut pas dire que ce que vous vivez maintenant, ça va être la même chose là pendant 4 ans, jusqu'à une guérison complète, par exemple, ou 2 ans, ou 1 an, peu importe. Mais non ! En fait, à chaque fois que vous avancez sur le chemin, ça bouge, ça change. Et donc, c'est pas si désagréable. Et puis, moi, j'ai découvert... aussi que même si bon je crois que je le savais au fond de moi mais guérir des troubles alimentaires c'est pas une fin en soi ça c'est un peu ma leçon aussi quand même du moment mais moi j'avais franchement j'ai passé tellement de temps en thérapie et en fait là je suis repartie en thérapie quoi j'ai encore tellement de trucs à bosser c'est un truc de fou et en fait je me dis Je le vois encore mieux à quel point mes troubles alimentaires, ils étaient reliés à plein de choses. À quel point ils me permettaient de ne pas aller voir certaines choses. Et tant mieux, c'était sûrement protecteur, parce que j'aurais peut-être pu m'effondrer, ou j'en sais rien, ça m'a peut-être maintenu en vie. Donc je n'ai pas à m'en vouloir d'avoir été dans les TCA. Vous n'avez pas à vous en vouloir. Il y a sûrement une fonction inutilité. Par contre, à un moment donné, on avance, on grandit, on vieillit, et on est prêt à aller les régler. Et franchement, ce n'est pas une fin en soi, parce qu'on va... Je suis désolée, mais vous verrez que vous allez continuer de bosser sur vous et de rencontrer plein de trucs, mais c'est beaucoup plus facile. Beaucoup plus facile d'aller se confronter C'est beaucoup plus facile d'aller se confronter à ces émotions. Clairement, moi, des fois, je le disais à une collègue amie il n'y a pas longtemps, qui accompagne aussi autour des TCA, je lui disais, des fois, je me sens à poil. Depuis que je n'ai plus de troubles alimentaires, quelque part, des fois, je me sens vraiment à poil face à mes émotions et tout ça. Mais du coup, en attendant, j'ai de la disponibilité psychique, ma tête n'est pas tout le temps en train de penser à la bouffe, à tout ça, donc finalement, je suis capable aussi d'aller... travailler sur ce que j'ai à travailler. Donc voilà, en fait, vous ne savez pas ce que votre TCA cherche à cacher, mais faites-vous confiance, en fait, vous êtes en mesure d'aller bosser ce truc-là, faites-vous accompagner, n'hésitez pas. Enfin, voilà, j'aurais des tonnes de choses à dire aux personnes qui nous écoutent, mais globalement... j'allais dire garder confiance ou ayez confiance. Je trouve que les TCA, ça abîme beaucoup le rapport qu'on a à soi-même alors que les personnes qui vivent avec ça, c'est des personnes incroyables, incroyablement fortes avec beaucoup de ressources.
- Speaker #1
C'est une très belle métaphore de ce petit chemin de randonnée où on croise des marmottes et tout. Il faut avoir peur de le prendre ce chemin parce qu'il ne regorge pas de coins sombres tout le temps. je ne sais pas combien de temps tu voulais que ton interview dure mais je suis plus ou moins à la fin de mes questions si ce n'est peut-être te demander quels sont tes projets pour
- Speaker #0
la suite sur quoi tu te projettes dans les années à venir alors j'ai des projets et j'ai des rêves mes projets qui sont en cours j'ai vraiment envie de développer la formation pour les professionnels Merci. J'y prends beaucoup de plaisir. Et en fait, j'ai l'impression de pouvoir démultiplier mon impact de cette manière-là à chaque professionnel que je forme, tu vois. Il va rencontrer plein de gens. Donc, je trouve ça trop chouette. Donc, j'ai trop envie de développer ça. Je ne l'ai pas encore annoncé sur Instagram, mais les personnes qui sont abonnées à ma newsletter le savent déjà. Je suis aussi sur un... projet que je co-construis avec ma super collègue Alizé de séjour, en fait une sorte de retraite dédiée aux personnes qui ont des compulsions alimentaires. Voilà. On n'a pas encore annoncé la date, donc je ne vais pas aller trop loin, je ne vais pas dire quand est-ce qu'on prévoit de le faire, mais donc je suis hyper contente de faire ça. Ça va aussi dans mes envies de renouer avec du présentiel et du groupe, ce que j'adore. Et après, si on parle de rêve... Voilà, moi, mon rêve, ce serait de créer un centre de soins dédié aux féminins. Quand je dis féminin, c'est toute personne qui se reconnaît dans le genre féminin, tu vois. Ou en tout cas, peut-être même qu'en construisant le projet, ça évoluerait encore davantage pour enlever cet aspect féminin. ouvrir, tu vois, sur aussi les violences liées au genre, en fait. Et donc, quand on se reconnaît comme personne non-binaire, on subit des violences aussi liées au genre.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et donc, dédiées d'un côté à la question des troubles alimentaires, l'insatisfaction corporelle, tout ce rapport au corps très, très difficile et les violences sexistes et sexuelles qui sont aussi... mon cheval de bataille, puisque je suis bénévole, par ailleurs, dans une association où on accompagne les victimes de violences sexuelles. Hommes comme femmes, d'ailleurs, je précise. Donc, voilà, ça, c'est plutôt de l'ordre du rêve, parce que... Parce qu'énorme projet, parce qu'il y a beaucoup de... Et tant mieux, de lois aussi qui encadrent ce genre de projet en France. Et puis, parce qu'il faut quand même un max de thunes.
- Speaker #1
Ouais. C'est ça, le frein principal aujourd'hui, quand même.
- Speaker #0
donc voilà mais bon voilà et oui et si et donc je sais pas si je dois le dire en tant que rêve ou projet je pense qu'il faut que je commence à le dire en tant que projet sinon ça va jamais se faire et ça ça date c'est enfin écrire mon premier livre quoi tu vois et de toute façon tout projet n'est d'un rêve à la base oui bien sûr mais tant que tu le nommes en tant que rêve tu vois tu le laisses un peu loin quoi oui oui tu ne le formalises pas trop quoi mais du coup là nommer en tant que projet c'est bien c'est engageant c'est chouette c'est une super idée Merci.
- Speaker #1
Bah écoute, je te remercie d'avoir joué le jeu.
- Speaker #0
Non mais merci à toi, parce que t'es très chouette. Tant mieux, j'espère que j'ai pas oublié de questions. Si toi, t'avais quelque chose à rajouter auquel je serais peut-être passée à côté concernant ton histoire ou pas, c'est possible, parce que j'ai balayé un peu mes questions en large, mais je peux passer à côté de choses aussi.
- Speaker #1
Ouais, non, je pense qu'effectivement, c'est comme quand moi, j'interview quelqu'un, en fait, on pourrait parler des heures. ça parle de l'histoire d'un adulte quand t'arrives à 40 ans de vie mais est sorti ce qui devait sortir à cet instant c'est aussi une forme de lâcher prise de dire j'ai trouvé ça très chouette je me suis sentie super bien guidée je me suis sentie écoutée,
- Speaker #0
c'était très agréable je te remercie vraiment beaucoup c'était avec plaisir parce que moi j'ai regardé l'heure pour la première fois en me disant je sais pas combien de temps il faut que ça dure et je pensais que ça faisait Merci. 10-15 minutes qu'on parlait, tu vois, et je me suis dit, ah non, donc en fait, c'est que, ouais, on se laisse vraiment aussi porter par ton histoire, et c'est cool, ça donne envie, tu vois, de creuser, d'en apprendre plus, donc c'est chouette, en tout cas, c'est ce que tu transmets dans tes podcasts, c'est qui fait que les personnes y reviennent, parce qu'il y a de tout, il y a l'histoire de personnes, notamment à travers tes témoignages, mais il y a aussi des points que t'abordes, notamment les lundis, tout ça, et c'est de recontextualiser ça en faisant un gros focus sur ton histoire, je pense que ça va intéresser vraiment beaucoup. de personnes.
- Speaker #1
Ouais, bah écoute, j'espère, j'espère vraiment que ça pourra, peut-être qu'il y a des personnes qui se posaient des questions, d'ailleurs, les personnes qui écouteront, s'il y a des questions auxquelles j'ai pas répondu dans cet épisode de podcast et que vous vous posiez spécifiquement, n'hésitez pas à m'écrire par mail ou en DM sur Insta, peu importe, pour me les poser et soit, il y a beaucoup de choses où c'est long et je referai un autre épisode de podcast, soit je répondrai sur Insta plutôt, mais j'espère que ça aura pu éclairer. des personnes. En tout cas, j'ai trouvé ça très chouette. Après, moi, je parle beaucoup, alors tu vois.
- Speaker #0
Oui, mais ce n'est pas un exercice très facile et franchement, tu l'as bien géré.
- Speaker #1
Merci, je te retourne le compliment. Parce que moi, je connais aussi l'exercice d'interviewer des gens. Moi, qui ne suis pas du tout d'un métier où on apprend à faire ça, je l'ai appris au fil des années pour le podcast et je me suis vue évoluer aussi dans cet exercice. Oui,
- Speaker #0
c'est un exercice aussi.
- Speaker #1
Et ouais, c'est vraiment pas facile, en fait. Enfin, on se rend pas compte. Moi, tu vois, quand je consomme des podcasts maintenant, je suis attentive à ça. Il y a des fois, je me dis, « Waouh, ah ouais, super sa question. Ah, génial, comment elle a rebondi et tout. » Parce que je suis attentive aussi à l'exercice derrière, on se rend pas compte. Et du coup, moi, je suis capable de mesurer la qualité, tu vois, de ton... J'allais dire... ton accompagnement dans cet épisode parce que c'est ça, tu accompagnes le récit et vraiment merci beaucoup, je suis trop contente qu'on ait partagé ce moment c'est un plaisir partagé,
- Speaker #0
en vrai merci à toi de m'avoir fait confiance parce que c'est un fouet d'exercice et moi ça m'a énormément plu de le faire trop cool, j'ai franchement passé un super moment et je l'ai plus pris comme une discussion comme les interviews que je peux faire dans le cadre de mon travail donc en fait ça venait très naturellement, donc très chouette merci à toi au mieux.
- Speaker #1
Merci beaucoup Camille.
- Speaker #0
J'écouterai ça en podcast bien sûr.
- Speaker #1
Et oui, rendez-vous du coup. Alors que moi je ne suis même pas sûre de m'écouter, je vous l'avoue.
- Speaker #0
Ah ça c'est un autre exercice. Il faut presser par là pour voir ce que les autres... Ouais, c'est pas facile.
- Speaker #1
Peut-être que du coup tu as raison. Si je veux aller au bout de l'exercice et voir ce que je vous propose de vivre, je pourrais essayer de m'écouter.
- Speaker #0
C'est un exercice intéressant.
- Speaker #1
Ok, je vais peut-être faire ça. Bon merci en tout cas Camille.
- Speaker #0
Merci à toi et bon courage pour... pour tout ce que tu fais. Puis j'espère que le projet livre va se concrétiser parce qu'en tout cas, moi, c'est quelque chose que j'aimerais beaucoup voir.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour ton soutien.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Un grand merci à toi qui es encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches, mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don. à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !