- Speaker #0
Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation Peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue dans un nouvel épisode de podcast où l'on va découvrir... un nouveau témoignage, une nouvelle histoire et aujourd'hui on reçoit Manon. Bonjour ! Salut Manon, bienvenue !
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci de prendre de ton temps pour venir raconter un morceau de toi, de ton histoire.
- Speaker #1
Merci, tant que plaisir.
- Speaker #0
Manon a la particularité, mais elle va se présenter, mais d'être une jeune femme. Je ne sais pas comment on dit jeune fille, jeune femme, on ne sait jamais trop. En tout cas, tu as la particularité d'être jeune. Je pense que tu es la plus jeune de mes invités sur le podcast.
- Speaker #1
J'ai 14 ans et je vais avoir 15 ans.
- Speaker #0
Et du coup, tu m'as proposé de venir témoigner. Et je trouve ça chouette qu'on puisse recueillir aussi le témoignage d'une jeune fille comme toi. Parce que je pense qu'il y a d'autres jeunes personnes qui écoutent ce podcast et qui pourront peut-être... se reconnaître dans ce que tu diras. En tout cas, j'ai trouvé que c'était une chouette démarche. En m'assurant de l'accord de tes parents, derrière, je trouvais ça plutôt très chouette. Je te propose justement de te présenter de la façon dont tu le souhaites pour commencer.
- Speaker #1
Du coup, moi, je m'appelle Manon. J'ai 14 ans et tu peux avoir 15 ans. Je suis en troisième et je vais passer en seconde. Et je suis quelqu'un de très créatif. J'aime beaucoup les animaux. J'aime plein de choses.
- Speaker #0
Trop bien, trop chouette. Très belle présentation. Et si tu es venue me proposer ton témoignage, c'est aussi parce que tu rencontres des difficultés dans ton rapport à l'alimentation et à ton corps. On va parler toutes les deux. Tu le sais, si tu écoutes le podcast, j'aime bien repartir vers l'enfance au début de cet épisode. Toi, ça a l'avantage de ne pas être trop trop loin derrière toi. Du coup, je me demande, toi, de quoi tu te souviens ? À quoi ça fait écho le rapport au corps et à l'alimentation en tant que petite fille ?
- Speaker #1
En fait, j'ai comme l'impression que ça a toujours été un peu là. Officiellement, on a posé le diagnostic de l'anorexie quand j'avais 11 ans. Mais j'ai toujours eu l'impression, à partir de mes 3-4 ans, c'est peut-être un peu jeune, mais plutôt 5-6 ans, dans ces eaux-là, c'est un peu vague, quand je mangeais, par exemple, tout ce qui est des pâtisseries, des choses comme ça, je me disais que c'était pour les gros, et je me disais, moi, je peux en manger parce que je ne suis pas grosse. J'avais vraiment ce préjugé-là et j'avais vraiment des réflexions très absurdes. Et après, j'ai commencé à faire de la dysmorphophobie parce que j'ai commencé à me trouver énorme. Mais quand on a regardé ma coupe de croissance et ma coupe de poids, en fait, j'étais à un poids totalement normal parce que je faisais 17ème, je ne sais pas. Mais moi, à l'époque, je faisais la dysmorphophobie. Je devais avoir 6-7 ans, donc j'étais hyper jeune. Et j'avais vraiment ces trucs-là où je me trouvais grosse. Et quand je mangeais des pâtisseries, des glaces, je me disais que je ne devrais pas en manger parce que je suis grosse. Mais j'en mangeais quand même. En fait, j'avais la réflexion, mais je ne mettais pas les comportements en place. Et c'est vraiment en ce moment où j'ai commencé à mettre des comportements d'anorexie en place.
- Speaker #0
Ok. C'est effectivement surprenant. Alors déjà, d'avoir autant de souvenirs... qui semble quand même assez précis, ça c'est surprenant, mais surtout d'avoir internalisé déjà toutes ces choses, toutes ces normes par rapport à l'alimentation. J'entends qu'il y avait déjà beaucoup de catégorisations alimentaires. Est-ce que tu as une idée d'où ça vient ?
- Speaker #1
C'est quand même spécial parce qu'on n'a aucun souci de poids, on n'a vraiment aucun trésor de notre famille. après il y a donc j'ai vu beaucoup de psychologues et de psychiatres, il y en a qui pensent que c'est dû à la peur de grandir en fait je sais c'est vraiment vague aujourd'hui, je sais pas beaucoup mais je sais que à partir du moment où j'ai pris conscience je crois que je devais avoir 7 ans, je me suis dit mais en fait j'existe mais qu'est-ce que je fais ici, pourquoi moi je vis Merci. Et j'ai quand même commencé à me poser des questions assez tôt pour mon âge. Et à partir de là, j'ai eu l'impression comme si je voulais freiner un peu, je voulais pas grandir. Et donc il y a ça, et du coup je faisais la dysmorphie.
- Speaker #0
Ouais, mais là le fait de pas vouloir grandir, j'ai l'impression que c'est plutôt une hypothèse qui est posée sur l'anorexie. Mais je trouve qu'avant ça, tu avais déjà des pensées de « je ne devrais pas manger ça » . Et ça, c'est quand même surprenant, toute petite. Surtout si dans ta famille, tu dis que ce n'est pas trop un sujet finalement.
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
Et pour des copines autour de toi, c'était davantage un sujet ?
- Speaker #1
Je me rappelle qu'avec mes copines, je me comparais quand même beaucoup à elles. De temps en temps, pour un moment. Mais ils pesaient ensemble. Et en plus, j'étais vraiment pas la plus grosse à chaque fois. Mais je voulais toujours être la plus mince. Et quand il y avait plus mince que moi, j'étais pas contente.
- Speaker #0
Ouais, ok. Et tu dis, à 11 ans, il y a vraiment un comportement anorexique qui s'est mis en place ?
- Speaker #1
En fait, ça a commencé. Donc j'ai quatre frères. Mais je vais pas dire leur nom, parce qu'ils veulent pas trop. Le plus grand, je suis la quatrième sur cinq. Le plus grand, il fait beaucoup de musculation, mais c'est par pur plaisir. Je m'étais un peu mise à en faire avec lui. Je me rappelle qu'on avait fait de la musculation et je voulais avoir des abdos comme lui. Il m'a dit qu'il fallait faire comme moi. On a eu un goûter après. Il y avait du gâteau au chocolat et moi, j'en ai pris naturellement. Et lui, il a dit, non, j'en prends pas parce que c'est gras et c'est pas bon pour les abdos. Et à partir de ce moment-là, j'ai commencé à garder tout ce qui était gras pour avoir des abdos. Je voulais pas manger du coup de trucs que je considérais comme gras, alors qu'il y a du bon gras. Et c'est là où j'ai découvert tout ce qui est calories et tout. Et en fait, plus tu regardes de trucs sur comment éliminer le gras, plus en fait, c'est un cercle vicieux. Voilà.
- Speaker #0
Vous regardez ça sur les réseaux, tu veux dire ?
- Speaker #1
Sur Google.
- Speaker #0
Ah ouais, ok.
- Speaker #1
C'est pas le meilleur truc, mais voilà. Souvent, il faut ce qui est dit.
- Speaker #0
Ok, et donc c'est comme ça que ça a commencé ? Tu as éliminé de plus en plus de choses ?
- Speaker #1
Ouais, je faisais quand même beaucoup de sport. Et en fait, ça a été quand même progressif parce qu'au début, par exemple, si j'étais invité à un anniversaire, j'allais manger le gâteau, et après j'avais beaucoup culpabilisé et j'allais faire du sport. Et au bout d'un moment, en fait, nous, on est dans une famille chrétienne. Et donc, pour le carême, j'avais pris comme excuse. Donc, c'est vraiment arrivé pendant le carême. J'ai pris comme excuse, je ne prendrais plus de goûter ou de gâteau. Parce que c'est mon effort de carême. Mais en fait, ce n'était pas du tout un effort de carême. C'était vraiment pour le cacher à mes parents que je voulais perdre du poids. Et à peu près, je me suis retrouvée incapable de manger de chocolat, du coup.
- Speaker #0
Oui, de fil en aiguille, oui. Oui, ça c'est intéressant de le dire peut-être pour des personnes qui arriveraient sur ce podcast et qui ne connaîtraient pas bien la mise en place du trouble alimentaire. Effectivement, il y a quelque chose qui s'installe crescendo et qui crée une impossibilité. Au début, tu évites de manger ces aliments-là, et puis une fois l'anorexie installée, ça devient impossible de manger ces aliments. Comment tes parents ont... Tu dis que là, tu le cachais à tes parents en trouvant des excuses, notamment l'excuse du carême. Est-ce que tes parents ont fini par le voir ? Et quand ?
- Speaker #1
C'est justement ce que je voulais dire. Ça a été vraiment différent entre ma mère et mon père. Ma mère, dès le début, au carême, je lui ai dit « je ne prendrai pas de goûter parce que c'est un effort des carèmes » . Dès le début, elle a senti qu'il y a un truc qui clochait. Elle m'a dit « j'ai tout de suite senti qu'il y a un truc qui n'allait pas » . Mon père n'a pas trop fait attention. C'est surtout ma mère qui s'est alertée. Et en fait, j'ai quand même perdu du poids assez vite. Et donc, elle s'est inquiétée. Et j'ai aussi eu beaucoup, beaucoup de problèmes de ventre, d'estomac. J'ai fait quand même... Je ne sais pas trop ce que j'avais. Du coup, c'était suite au fait que je ne mangeais plus beaucoup, même quasiment rien. J'ai eu beaucoup de problèmes au ventre, donc je suis beaucoup allée à l'hôpital pour voir ce que j'allais au ventre. Et en fait, la cause, c'était la dénutrition. Mais moi, je ne pensais pas que c'était ça, parce que j'étais dans le déni. Et ma mère, en fait, très vite... le diagnostic de l'anorexie a été posé et mes parents ne connaissaient pas du tout et moi j'ai dit mais c'est n'importe quoi pour appeler n'importe quoi et ma mère a continué à penser que j'avais un verre dans le ventre peut-être qui faisait que je perdais du poids et que j'avais plus d'appétit et en fait elle s'est très vite dit elle a très vite accepté en fait elle a compris que c'était l'anorexie en fait Et donc, il y a quand même eu un peu de déni du côté de ma mère. Et mon père, il a suivi ma mère. Et voilà. Je ne sais pas si c'est clair.
- Speaker #0
Et tu avais déjà entendu parler, toi, de l'anorexie ?
- Speaker #1
Jamais, non. Je ne savais pas du tout ce que c'était. Quand j'ai fait des recherches sur Google, j'avais des filles hyper maigres. Et je me suis dit, non, je ne me reconnais pas.
- Speaker #0
Tu as fait les recherches sur Google suite au diagnostic, du coup ? Oui.
- Speaker #1
Parce que je ne comprenais pas ce que c'était.
- Speaker #0
Ok. Et j'ai l'impression que pour tes parents... C'était hyper compliqué de l'accepter, ce diagnostic-là.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, j'ai quand même... Je ne l'ai pas dit, mais avant de tomber dans l'anorexie, j'ai une grande phase de dépression. Je faisais des insomnies la nuit. Parce que j'étais harcelée à l'école. Et aussi, je me posais beaucoup de questions sur mon existence. J'avais beaucoup envie de le voir. Et ça, je l'ai caché à mes parents. Et du coup... Eux, du jour au lendemain, ils n'ont pas compris pourquoi. Parce que pour eux, j'allais bien. Ils ne comprenaient pas pourquoi. En plus, je suis leur seule fille, donc ils n'ont pas compris.
- Speaker #0
Il y a quelque chose qui tout d'un coup se rendait visible pour toi. De toutes ces souffrances accumulées et vécues en cachette. L'anorexie, ça se rend visible avec la perte de poids, avec l'amaigrissement aux yeux des proches. Comment c'était pour toi de recevoir ce diagnostic d'anorexie ? Tu disais qu'il y avait du déni, donc tu ne voulais pas y croire. Mais est-ce qu'il y avait aussi de la peur ?
- Speaker #1
Ça, pour le coup, c'est un peu vague, mais je sais qu'il y a eu beaucoup de déni et de la peur, oui, sûrement. Parce que je me suis dit, non, je ne suis pas au petit, je ne suis pas malade. Voilà, compris.
- Speaker #0
Et du coup, comment ça s'est passé à ce moment-là ? Parce qu'il y a un diagnostic de posée. Toi, tu le refuses. Tes parents cherchent d'autres explications parce que c'est compliqué à admettre. J'ai l'impression que ça vous tombe tous un peu sur le coin du nez, surtout pour tes parents. Mais du coup, est-ce qu'il y a eu quand même des soins qui se sont enclenchés spécifiques à l'anorexie ? Ou ça a pris plus de temps ?
- Speaker #1
Comme j'ai très vite perdu du poids, j'étais quand même un peu... J'avais, je crois, 30 ans. 39 de battements par minute de cœur. Donc, j'ai très vite plus d'énergie. Donc, je suis très vite allée à l'hôpital. Et donc, ils m'ont mis en soins intensifs. Et là, j'ai quand même eu un petit déclic. Je me suis dit qu'il faudrait quand même que je mange plus. Mais en fait, il y a du coup eu un suivi. Mais peut-être qu'après, du coup, je raconterai cette hospitalisation. Mais en fait, ils n'étaient pas du tout compétents.
- Speaker #0
dans ma ville en tout cas du coup c'était pas du tout une tête comment tu l'as vécu cette phase de soins parce que j'entends que le déni a un peu fissuré quand même t'as dit ah faut peut-être que je mange un peu plus donc t'as accepté de faire un lien de cause à effet entre je me retrouve hospitalisée avec quand même des Merci. des variables physiques, physiologiques qui ne sont pas bonnes. Et tu fais un lien avec, je ne mange pas assez peut-être. Donc là, il y a un truc qui se fissure quand même un peu chez toi.
- Speaker #1
Oui, et surtout, je pense que j'ai aussi fait de l'anorexie pour avoir beaucoup d'attention. Et quand j'ai été transférée après l'élection intensive dans un service de psychiatrie, j'ai eu beaucoup, beaucoup, beaucoup d'attention, une grande veille d'amour en fait. de mes proches et j'ai eu beaucoup de cadeaux, beaucoup de lettres, j'étais vraiment bien des amours, donc j'allais beaucoup mieux. Et surtout en fait moi j'ai peur de tout. En fait on m'a menacée de la sonde nasogastrique et moi j'ai peur de tout ce qui est prise de sein, de trucs comme ça et ça m'a un peu... J'avais un peu cette menace-là. Et en fait, j'en ai un peu fait ce que j'en voulais. Des psychologues, j'ai un peu manipulé pour sortir. Et donc, j'ai quand même pris du poids. Mais en fait, j'ai pris pour sortir et en reperdre. Oui.
- Speaker #0
C'est assez classique, malheureusement, dans l'anorexie. OK. Tu disais que tu comptais raconter plus tard. Mais si on peut très bien aborder les choses comme ça dans un ordre chronologique par rapport à l'hospite. Tu dis que tu étais hospitalisée en psychiatrie. Du coup, ce n'était pas un service spécifique TCA. C'était psychiatrie enfant, quoi.
- Speaker #1
Ouais, non, pas du tout. J'ai même vécu... Ma veste, c'est trop bien, la veste. Et malheureusement, ça ne m'a pas du tout... Ça ne m'a pas trop aidée, je pense. Ça m'a aidée à me sauver la vie, peut-être, mais...
- Speaker #0
Ouais, ce qui est déjà pas mal en soi.
- Speaker #1
Ouais, mais après, du coup, je suis... Ici, j'y étais. Sur cette hospitalisation, j'y suis restée un peu près de moi. Et j'y suis ressortie. Je suis ressortie. Quand j'y suis ressortie, ils m'ont donné des compléments alimentaires hypercaloriques pour prendre du poids. Et donc au début, je les prenais. Après, j'ai négocié pour ne plus les prendre. Et en fait, je ne perdais pas beaucoup de poids d'un coup pour ne pas être très hospitalisée. Mais j'en perdais progressivement. Et il y a eu quand même une grosse rechute parce que je suis retournée dans le monde réel. Et j'avais plus cette vague d'abord et d'attention. Et du coup, j'ai quand même vite rechuté. Et avec ça, j'ai fait quand même beaucoup d'hyperactivité. Ça veut dire que je ne pouvais plus m'asseoir. Mais plus du tout. Même pas une seconde. Et donc, je sais, chez les cours, j'ai vraiment une grosse chute. Et en fait, mes parents ne m'en connaissaient plus. Et donc là, j'ai été hospitalisée dans ce même service. J'y suis restée trois semaines. Au bout de la première semaine, ils m'ont mis la sonde. Ça a été très dur. Pas dans le sens où je vais prendre du poids, mais dans le sens où ça me déroulait complètement. En fait, je pense... C'est un peu fou à dire, mais je passais mon temps à faire... C'est un peu bête, mais des roues, des squats, des trucs. Mais toute la journée, ça m'arrêtait. Il y a même la nuit. Donc, c'était vraiment intense, comme je bougeais. Et ils ont dit, écoutez, en fait, on ne peut plus rien faire pour vous. On va vous transférer dans un service qui est un peu plus loin, qui est à une heure de route. Donc, c'est-à-dire une heure assise en voiture. J'ai pensé à ça directement. Et en fait, dans un service pour les maladies, je ne sais pas comment on dit. Tout ce qui est schizophrénie.
- Speaker #0
En psychiatrique, du coup ? Mais c'était plus spécifique encore, parce que t'étais déjà en psychiatrie, là.
- Speaker #1
Non, alors c'était pas un service psychiatrique, c'était un service où il y avait des enfants, mais qui étaient, par exemple, qui se faisaient opérer. Un service pédiatrique, voilà, j'ai confondu. Ah,
- Speaker #0
au début, t'étais en pédiatrique. Voilà,
- Speaker #1
pédiatrique.
- Speaker #0
Et donc ensuite, ils t'ont transférée en psychiatrique.
- Speaker #1
Ouais, en psychiatrique. Et là, donc on y est allées. Donc déjà, ça a été hyper dur, une heure de route. J'étais en guinache pendant tout le truc. J'ai fait beaucoup de supramans après. Et je suis arrivée... On se serait pris dans une prison. C'était très, très glauque. Et mes parents, ils sont partis. En fait, ils ont pleuré. Mais ils se sont dit, mais bon, on la laisse. Et donc, je suis allée là-bas. Et j'ai vraiment vécu un vrai cauchemar. Il y avait des cas de schizophrénie. Il y avait des... Enfin, il y avait vraiment des cas assez graves de maladie mentale. Et il y a... Bah moi ça m'a pas du tout paru choquant, je sais pas pourquoi. Et j'y suis allée et ça a été très très compliqué parce qu'ils m'ont forcé par exemple à m'asseoir. Ils m'ont dit si tu t'assoies pas, t'auras pas d'appel de tes parents. Et je me souviens qu'il y avait ma mère au téléphone, elle voulait pas me la passer parce que je voulais pas m'asseoir deux minutes. Et après j'ai... hurler et je voulais absolument qu'il me passe ma mère, je pleurais et tout et il y avait ma mère aussi qui était au bout du fil, ça a vraiment été traumatisant en fait et il pouvait pas la passer et ma mère elle a tout de suite été vraiment elle leur a fait confiance parce qu'ils étaient très spécialisés et elle leur a dit je vous fais confiance voilà c'était très dur pour elle, elle a beaucoup pleuré mais ça je savais pas et elle était elle a accepté le processus même s'il était hyper compliqué Merci. Et j'y suis restée six mois là-bas.
- Speaker #0
Wow !
- Speaker #1
C'était intensif.
- Speaker #0
Et c'était il y a combien de temps ? Tu avais quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #1
C'était il y a deux ans.
- Speaker #0
Ok, donc t'avais 12 ans, quoi. À 13 ans.
- Speaker #1
À 13 ans.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc c'était Dior à 13 ans, ouais. Et j'ai fini par en sortir. Donc ça a été quand même un très long processus, parce que je leur mentais, en fait. Je voulais faire comme semblant de guérir à leurs yeux. Et j'ai quand même, au bout d'un moment, réussi à aller mieux dans ma tête. En fait, c'est à partir du moment où ils m'ont fait confiance que j'ai commencé à leur faire confiance. confiance et il y a un lien de confiance qui s'est mis en place.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu dis là, excuse-moi je te coupe, mais parce que tu dis à la fois je leur mentais et finalement c'est quand ils m'ont fait confiance que j'ai commencé à leur faire confiance. Donc tu vas me dire si je me trompe, mais ce que j'entends c'est que, ok, il y a un truc propre à cette pathologie qui va être peut-être des tentatives de manipulation, de mensonges. Je dis pas que c'est le cas tout le temps, mais c'est vrai que c'est quelque chose qui peut être observé dans les cas d'anorexie. parce que toi, en l'occurrence, tu es prise dans des trucs qui te débordent et qui te dépassent complètement. Et ce que tu dis, si je comprends bien, c'est que malgré ça, finalement, c'est la capacité aux soignants peut-être à passer au-delà de ça et à essayer quand même malgré ça de te faire confiance qui a permis de débloquer un peu la situation.
- Speaker #1
Ouais, mais là-bas, ce que j'aimais bien, c'est qu'ils étaient vraiment au cas par cas. C'est aussi ce qui a été dur, mais parce que j'étais pas traitée comme les autres. Ils étaient un peu plus... J'avais l'impression qu'ils étaient plus méchants avec moi, mais c'est parce que j'étais un cas plus grave. Et oui, du coup, j'ai fini par sortir. Et donc, j'étais hyper contente. Et par contre, je suis vraiment retournée dans la vraie vie. Et ça a été assez violent parce que, mine de rien, pendant... Deux, trois ans, du coup. J'avais pas grandi. Et du coup, je suis rentrée. J'étais quand même très maigre encore. J'ai quand même refait un peu de réserve. Et à l'école, en fait, les amitiés, c'était formé. Et j'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à me faire des amis et à être acceptée. C'était quand même compliqué. Au bout d'un an, ça allait un peu mieux. Et entre-temps, contrairement à la première hospitalisation, La Lune J'ai fait une hospitalisation avec un bon suivi et avec un psychiatre d'ailleurs très spécialisé. Et du coup, ça n'a fait qu'aller mieux, mais je n'en ai pas trop de poids parce que, je pense, peut-être inconsciemment, je ne voulais pas trop, je n'acceptais pas trop en fait. Et là, depuis un an s'est passé, et donc là, deux ans... C'est passé, où je stagnais un peu, et là ça fait depuis un an, donc aujourd'hui, enfin il y a un an aujourd'hui, que je progresse quand même beaucoup, que je vais de mieux en mieux, et là il y a quelques mois j'ai quand même eu un gros déclic, parce que j'ai compris en fait que ma croissance c'est toujours par mise en route, donc en fait j'ai un peu le... corps que j'avais quand je suis tombée malade. Et j'ai compris en fait qu'il fallait vraiment que je remange plus en conséquence, que vraiment que je prenne vraiment soin de moi pour grandir parce que j'allais me retrouver sinon à faire cette taille toute ma vie. Ça c'est quand même quelque chose qui me fait un peu peur.
- Speaker #0
Ah ouais, je comprends. Mais ouais, effectivement c'est le système hormonal aussi qui est en jeu et qui est... très impacté dans les problématiques de perte de poids. Il y a une question qui m'est venue en t'écoutant. Juste avant, tu parlais d'une phase en post-hospitalisation où tu disais que tu as bien progressé, mais que tu ne prenais pas de poids. Et du coup, sur quoi tu progressais ? Qu'est-ce que tu mesurais comme changement ?
- Speaker #1
J'ai d'abord avancé sur le côté psychologique. J'ai quand même... avancé sur ça et après j'ai avancé sur le fait d'accepter de prendre du poids c'est pas facile dans ce sens là,
- Speaker #0
je réagis parce que il faut savoir pour les personnes aussi qui nous écoutent que quand il y a une dénutrition qui s'installe, qu'elle soit plus ou moins sévère, il peut y avoir aussi des difficultés cognitives, c'est à dire que c'est pas facile de réfléchir, de lutter contre la maladie quand on mange pas suffisamment donc finalement Tu vois, moi, les personnes que j'accompagne, que ce soit de l'anorexie, de la boulimie, de l'hyperphagie, il y a une problématique centrale qui est le rapport au corps, le rapport au poids, la peur de grossir, etc. Et souvent, je dis aux personnes que j'accompagne... De venir travailler en ayant peur de grossir. Que finalement, si on attend de ne plus avoir peur de grossir, on risque d'attendre toute sa vie et de jamais vraiment s'en sortir. Moi,
- Speaker #1
c'est ce qui est venu en dernier, je trouve.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc voilà. Et après, cette année, du coup, ça allait beaucoup mieux. J'ai réussi à beaucoup mieux m'intégrer avec mes amis.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
À me faire des amis, surtout, en fait. et voilà là je suis vraiment dans une bonne phase surtout que j'ai quand même accumulé beaucoup de stress pour le brevet, pour rien parce qu'en fait c'était très facile
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler de qui tu es en tant qu'élève ? D'accord Est-ce qu'on peut dire que tu es une élève qui réussit plutôt bien mais qui se met toujours autant de pression ?
- Speaker #1
Oui, voilà, c'est ça. Je me mets beaucoup de pression alors que je suis très... Enfin, je corresponde bien au système scolaire.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et je suis perfectionniste. Et du coup, j'ai réussi bien à l'école. Et après, moi, j'aime bien aussi apprendre. Donc, voilà.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
A l'école.
- Speaker #0
Ok, mais tu te mets beaucoup de pression. Au global, même en dehors de l'école, dans ta vie au global, t'es quelqu'un qui te met beaucoup de pression ?
- Speaker #1
Ouais, je suis quelqu'un qui me met beaucoup de pression, même si j'apprends quand même à... Je ne peux pas tout faire très bien à la perfection.
- Speaker #0
Non. Et puis, je ne suis pas sûre que les gens attendent ça de toi en plus.
- Speaker #1
Oui, voilà. On fait quand même des... C'est un peu de lâcher prise sur certaines choses.
- Speaker #0
Oui. Tu es toujours accompagnée aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui. Quand je suis sortie de la deuxième hospitalisation, j'avais une diététicienne, un psychiatre et je crois que c'est tout. Et j'allais à l'hôpital de jour.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et j'ai mon médecin génétique qui me suit aussi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc, et après, j'ai arrêté l'hôpital de jour. J'ai arrêté la diététicienne parce qu'elle ne m'apportait rien. Et après, le psychiatre, j'ai gardé. Parce qu'au début, je n'aimais pas. Au début, quand je l'ai vu... Je me suis dit, encore un énième psy qui va me faire toute la morale sur le fait qu'il faut que je mange. Mais en fait, il n'a jamais abordé cette question, je crois. Il travaille plus sur la cause, j'ai l'impression, que sur la conséquence. Et au début, je ne comptais pas trop la précision. Mais en fait, je me suis laissée guider. Maintenant, je trouve que ça va bien. Il m'aide bien. Et il y a mon médecin généraliste aussi, qui est trop gentille. J'aime beaucoup. Et du coup, elle suit tout ce qui est croissance, en fait. Voilà.
- Speaker #0
Et dans la... Ah, excuse-moi, je pensais que... Non,
- Speaker #1
non, mais je concluais, mais c'est...
- Speaker #0
Dans la relation avec tes proches, comment ça se passe ? Qu'est-ce que ça a joué entre vous tous, cette maladie qui a débarqué ?
- Speaker #1
Ça a été très compliqué parce que lors de la première hospitalisation, j'avais encore un peu mon caractère normal, gentil. Et mes frères, mes quatre frères, ils ont été privés de vacances d'été parce que j'étais enfermée à l'hôpital et ils venaient me voir. Donc ils ont été gentils, mais ils ont tous vécu différemment. Notamment, ça je vais te le dire après. et après c'est lors de ma rechute à vraiment devenir insupportable je faisais je ne suis pas sûre que vous pouvez appeler ça des caprices des crises, mais en fait je hurlais parfois ma mère elle me forçait un peu à manger je prenais l'essai de la casser j'étais très pas violente mais je ne sais pas dans une grande détresse et j'étais vraiment devenue très irritable les triaines. méchante et mes parents ne me connaissent plus du tout. J'étais très dure et limite en fait je voulais pas qu'ils aillent me voir à l'hôpital, je voulais qu'ils me fichent la paix. Enfin voilà. Et après... Aussi j'étais très égocentrique, c'était tout le temps moi, Et avec mon psychiatre il avait un peu travaillé et aujourd'hui, bah un an que... J'ai retrouvé ma vraie personnalité, mon vrai caractère. Et ma mère, elle me dit à chaque fois, j'ai l'impression de retrouver ma Manon.
- Speaker #0
et voilà,
- Speaker #1
il est content ok, vous en parlez avec ta maman ? ouais,
- Speaker #0
ça a jamais été à vous ok,
- Speaker #1
et aujourd'hui comment ça se passe aussi dans la relation par rapport peut-être à la possible peur qu'ils peuvent avoir eux, j'en sais rien, peut-être j'extrapole mais de te voir ressombrer oui,
- Speaker #0
ma mère, au moindre truc elle doit avoir quand même peur Très maman poule sur ça. Et aussi, elle me met quand même pas mal la pression. Elle me dit, est-ce que t'as grandi ? Grande pression sur ça. Mais après, je sais qu'elle fait ça par amour. Et dès que je fais des progrès, des choses comme ça, tout d'un coup, elle est trop contente. C'est quelqu'un de très sanguin. Donc, elle monte tout de suite dans les émotions, dans les cours. Et du coup, je voulais parler de mes frères, comment ils ont vécu ça. Donc le plus grand, il a toujours été un peu attentionné, il voulait vraiment toujours prendre soin de moi. Et par contre, à table, il me faisait toujours des petites remarques. Il me disait, tu ne manges pas ça, tu ne manges pas ça. C'était assez au présent. Mais on a toujours gardé un lien fort. On est très proches. Et le second, il a très mal vécu. Vraiment, dans une famille nombreuse, c'est dur d'avoir l'attention. Et lui, c'est quelqu'un qui a besoin d'avoir beaucoup d'attention. Et le fait que toute l'attention était posée sur moi, il a très mal vécu. Et je crois que j'ai dû lui dire un truc qui a touché à son égo. Il a très mal pris et ça fait depuis deux ans qu'il me fait la tête. Il est très, très ennuyé. Mais je ne sais pas pourquoi. je pense, il dit que je sais pas, il dit parce que je suis malade il veut plus me parler, enfin je sais pas et j'ai vraiment l'impression j'arrive pas par exemple à le regarder dans les yeux il m'évite comme si je n'existais pas il ne me parle plus et là ça va un peu mieux mais quand il me croise il va faire des chips comme ça ou sinon il va faire il va dire des gros mots genre C'est tout. connasse, enfin vraiment des choses violentes et méchantes.
- Speaker #1
Ah oui, effectivement, c'est très violent.
- Speaker #0
Et du coup, moi au début, ça m'aidait pas à aller mieux. Et après, j'ai quand même appris à me faire une carapace sur ça. Et il faut voir aucun psychologue. Il a un caractère assez spécial. Donc, voilà, ça va quand même un peu mieux. Mais il est assez violent.
- Speaker #1
C'est la question que j'allais te poser, de savoir si une... Un genre de thérapie, ou ne serait-ce au moins que groupe de parole, mais familiale, avait été envisagée, quoi, pour que chacun, chacune, puisse déposer aussi ce qu'il a sur le cœur, en fait.
- Speaker #0
Il ne veut rien entendre. On a fait des thérapies familiales pour savoir comment mes frères l'avaient vécu, voilà. Et le seul mot qu'il a prononcé à propos de ma maladie, déjà, il n'a pas dit mon nom, il a dit elle. Il a dit, je n'ai aucun intérêt à avoir une relation avec elle. Je n'en aurais pas ou un truc comme ça. Et voilà, c'est ce truc qu'il a voulu dire. Et en fait, on ne sait pas. Il est très bizarre, il ne veut pas en parler.
- Speaker #1
Comment tu le vis, toi, ça, aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je suis passée par toutes les phases. Au début, naturellement, je lui fais des lettres, je lui fais des mots, je lui dis ce que c'est mon moyen de communication, je pense, pour dire pardon. Mais je lui disais pardon, mais je ne sais même pas pourquoi en fait. Et oui, je lui ai fait des mots. Après, j'ai essayé d'ignorer. Après, j'ai essayé de lui parler, mais il m'ignorait complètement. Il ne me regardait même pas dans les yeux. Je me suis énervée, je me suis dit, c'est parfait, c'est ça. Là, je suis un peu passée à autre chose. Je me suis dit, j'ai tout essayé. Ma mère aussi a tout essayé. Il ne veut rien entendre. Je vais le laisser tomber dans son oeil. Je vais le laisser un peu dans son délire et je vais continuer ma vie. Je ne peux pas le faire quand je ne le fais plus.
- Speaker #1
Waouh, mais c'est vrai que c'est très intéressant que tu abordes ce sujet. Je trouve que quand il y a une pathologie comme ça qui s'invite dans un système familial, c'est jamais sans conséquences. Et il y a les parents, il y a la fratrie, il y a toi en premier lieu qui souffre de ça, mais il y a un peu un effet ricochet sur toute la famille. Et en tout cas, ce que j'entends, c'est qu'il y a eu... Plein de tentatives déjà de ta part, bravo pour ça. Et puis aussi de la part de tes parents, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de très proactif. Dans la thérapie familiale et tout, il y a eu plein de choses de faites. C'est vraiment chouette.
- Speaker #0
Oui, ils ont toujours été vraiment... Ils ont toujours, je pense, fait les bonnes choses à propos de ma maladie. Ils ne m'ont jamais laissé faire. Ils ont vraiment tout fait pour que le processus marche.
- Speaker #1
Oui, oui, ce que j'entends, tu dis, ils ont fait les bonnes choses. Je ne sais pas s'il y a des bonnes choses, des mauvaises choses. Je crois que les parents se dépatouillent comme ils peuvent. En tout cas, il y a eu plein de choses d'essayer. Et c'est aussi de belles preuves d'amour.
- Speaker #0
Oui, quand ils se mettaient en colère, au début, je ne comprenais pas. Et après, je me suis dit, ils font ça parce qu'ils sont inquiets. Parce qu'ils m'aiment. Donc, voilà. Et après, le troisième, il a réagi. En fait, je crois qu'il n'a jamais vraiment rien de spécial. Il a continué sa vie. Et puis, il était là pour moi. Et voilà. Mais il faisait penser à autre chose. Et on n'a jamais été hyper proches. Mais ça s'est toujours bien passé. Et je ne sais pas, il n'a pas changé. Et le dernier, Gabriel... J'ai mis son prénom. Je le couperai si tu veux. Oui, merci. En fait, c'est celui avec qui on est le plus proche. Yeah Et quand je suis tombée malade, j'étais gelée parce que j'étais d'hypothermie. Et lui, il a toujours eu très chaud. Et donc, c'est vraiment... On a toujours aimé dormir ensemble parce qu'on est frères et sœurs. Et on ne dort plus ensemble. On s'entendait vraiment hyper bien. On ne se lâchait pas. Et en fait, il me tenait chaud parce que la nuit, je n'arrivais pas à dormir parce que j'avais trop froid. Et donc, voilà. Et il a toujours été présent pour moi. Il me faisait des... des mots, des dessins, des câlins, enfin... Cet dernier, il a vraiment été très... Il pleurait beaucoup, mais ça je le savais pas quand j'étais hospitalisée. Et il a toujours été... Par exemple, attentif à moi. En fait, par exemple, moi je suis quelqu'un qui est toujours en retard. Et pour prendre mon bus, et bah, par exemple, il me dit... Il me dit, Manon, le bus arrive dans 5 minutes, moi je suis en train de me brosser les dents. Et quand il y a le bus qui arrive, donc lui il est déjà à l'arrêt, il va lui dire de m'atteindre. Il prend soin de moi, il est attentionné comme ça. Et je trouve ça hyper mignon, la façon dont il... Je sais pas si j'ai été claire.
- Speaker #1
Si, tout à fait. C'est ton petit frère, ça.
- Speaker #0
Ouais, et il est vraiment très attentif. Et moi aussi, du coup. Enfin, on est vraiment très proches.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et ouais, donc lui il était surtout triste. Et là, il est content parce que j'ai eu.
- Speaker #1
Et tes amis, est-ce que c'est un sujet dont tu peux parler aussi ?
- Speaker #0
Oui, j'avais quand même des amis. J'avais une amie qui était très proche. Et donc, après ma première hospitalisation, pendant que j'étais à ma rechute, on mangeait ensemble à la cantine. Et il y avait une grande pression parce que quasiment tous les jours, elle me ramenait des cookies. Et elle me disait, allez, mange, à la fin de suite. Elle regardait ce que je mangeais et tout. Ça a été une grande, grande, grande pression. Et en fait, j'ai complètement coupé les points avec elle. Et ouais, on s'est bien fâchés. Et aujourd'hui, on commence un peu à se reparler. Mais c'est encore un peu... Donc voilà. Mais je dirais que je me suis quand même beaucoup éloignée de mes amis parce que je n'oubliais plus de sortir avec elle. Vas-y. Quand tu sors avec elle, souvent, tu as envie d'un goûter ou un truc comme ça. Et je ne voulais pas avoir cette pression-là de manger pour leur dire que j'ai...
- Speaker #1
Oui, ça isole énormément les troubles alimentaires. C'est quelque chose d'important à souligner. Eh bien, c'est un sacré témoignage. Je trouve que du haut de tes 14, presque 15 ans, tu as beaucoup de recul sur ce qui s'est passé. On a l'impression qu'il y a beaucoup de maturité chez toi. Il est peut-être un peu galvaudé, mais oui. Alors, j'ai envie de dire beaucoup de maturité. En même temps, c'est comme si ça avait fait partie des déclencheurs aussi, on a l'impression, tu vois, avec des questions que tu t'es posées très vite, trop jeune. Oui, c'est ce qu'on dit. Donc, en fait, c'est comme si c'était... je ne sais pas si c'est un trait de personnalité, si on peut le nommer comme ça, mais en tout cas, cette caractéristique que tu as, c'est comme si elle avait été à la fois un des déclencheurs de tout ça, et aujourd'hui, elle est aussi sans doute une bouée, une aide, pour comprendre, pour prendre du recul, pour avancer. Comment tu vois la suite, toi ?
- Speaker #0
Eh ben, là... En fait, je me suis toujours dit que j'allais guérir. Parce que je n'aime pas partir des fétistes. Et là, comment je vois la suite ? Eh ben, là, comme je l'ai dit précédemment, je suis assez préoccupée par ma croissance. C'est quand même très petite. Et on a fait des tests. Et en fait, je ne produis plus d'hormones de croissance. Donc, les médecins, ils sont assez inquiets. Et ils m'ont dit, en fait, tu n'as plus trop le choix. Soit tu fais tout aujourd'hui, soit tu feras cette vie. Donc, moi, je suis quelqu'un de très déterminée. Donc, je me suis dit, en fait, j'ai envie de grandir et de m'en sortir. Et donc, c'est vraiment quelque chose qui me motive à guérir. Et du coup, aujourd'hui, vraiment, je suis vraiment dans une phase où c'est vraiment de prendre soin de moi en mangeant, dans mon bien. Voilà. Et donc, j'espère pouvoir en vivre. Après, là, je vais aller au lycée. J'en ai pas parlé, mais je fais du théâtre et j'aime beaucoup ça. Et ça me permet vraiment de m'exprimer. J'adore vraiment ça, donc là je vais entrer dans un conservatoire qui est assez sérieux parce que c'est 4 heures le mercredi Wow Et pour y aller, il fallait que je fasse un CV, une note de motivation et que je fasse un casting Donc c'est beaucoup de temps d'investigation Et donc je vais y aller et je sais que ça va me faire beaucoup de bien Là on a prévu des belles vacances et voilà, donc comment je vois la suite ? Bah je pense que la vie va continuer
- Speaker #1
et voilà ouais en tout cas j'ai l'impression que t'es prête à mettre de l'énergie pour vaincre ce qu'il reste encore d'anorexie chez toi pour justement que la vie puisse continuer pleinement c'est ce que j'entends oui
- Speaker #0
c'est vrai qu'en fait quand j'étais malade j'étais comme déconnectée un peu de la vie j'étais pas dans le moment en plus et là je suis beaucoup plus et j'ai vraiment envie de profiter ouais
- Speaker #1
Comment tu fais concrètement ? Ça m'intéresse et je me dis que les personnes qui nous écoutent seront peut-être intéressées. Et d'ailleurs, je disais que ton témoignage pourrait permettre à des personnes plus jeunes qui nous écoutent, qui pourraient se reconnaître. Mais alors franchement, je pense que ton témoignage, il va permettre aussi à plein de femmes adultes de se reconnaître et à qui ça pourra faire du bien. Et comment tu fais concrètement ? Parce qu'entre se dire, la vie doit passer au-dessus et j'ai plein de choses à vivre et j'ai envie de grandir. et j'ai envie de m'éclater au théâtre et tout. Et concrètement, quand tu te retrouves face à un paquet de cookies, à ton assiette et tout, comment tu fais ?
- Speaker #0
En fait, quand j'étais en phase de dépression, je ne profitais plus de la vie. Et j'ai eu une sorte de déclic, c'est qu'on est allé au ski. Et ça faisait depuis que j'étais malade que je n'allais pas skier. Et le fait de descendre la piste, ça m'a procréé plein de sensations d'atérialisme. Et c'est là que j'ai eu ce déclic et je me suis dit, en fait, c'est trop bien. Et en fait, j'ai envie de revivre. Et au fur et à mesure, il y a de plus en plus de choses qui m'ont fait plaisir. Par exemple, écouter de la musique, des choses comme ça. Et en fait, c'est comme un cercle vertueux. Et là, par exemple, récemment, aussi de faire plaisir à propos de l'alimentation. Et récemment, c'était l'anniversaire de mon père. Et ma mère lui a acheté des tartes au citron parce qu'il aimait bien ça. Et elle m'a dit, Manon, toi, qu'est-ce que tu veux ? Et en fait, naturellement, je lui ai dit des éclairs au café. Et après, je suis passée à autre chose. Et j'avais complètement oublié qu'on faisait un dîner et tout pour son anniv. Et en fait, du coup, ce n'était pas prévu dans ma tête. Et donc, il y a eu son anniversaire. Et en fait, je me suis dit, je lâche prise et j'en prends un. Parce que ce n'est pas ça qui va changer vraiment le poids. Et puis, de toute façon, il faut que j'en prenne. Et du coup, j'en ai pris un. Et en fait j'ai trouvé ça tellement bon que j'en ai créé un deuxième. Et puis voilà quoi. Et du coup j'en prenais donc j'étais contente. Et il y a plein de choses qui me rendent heureuse. Par exemple je suis allée à l'Europa Park justement. Et le fait d'avoir les sensations et tout ça me rend heureuse. Enfin on a chacun notre truc qui nous rend heureux. Mais ouais c'est surtout un déclic en fait je pense.
- Speaker #1
Oui, c'est très fort ce que tu dis. En plus, ce que j'entends, c'est que quand même, ce déclic et ce qui te rend heureuse, ça a été très corporel. Des sensations dans ton corps.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et ça, c'est intéressant, parce que dans l'anorexie, il y a quand même une coupure du corps avec une surintellectualisation. On est souvent sur des profils effectivement perfectionnistes, mais aussi de personnes brillantes qui sont beaucoup dans leur tête. Et là, c'est comme si ce moment que tu nommes comme un moment de déclic, il avait permis aussi de repasser par le corporel, par quelque chose qui se vit. vraiment à l'intérieur du corps.
- Speaker #0
Oui, mais ça s'est vraiment fait naturellement. Je m'y attendais pas du tout.
- Speaker #1
Oui, tu t'y attendais pas, mais en même temps, effectivement, t'as réussi à en faire quelque chose. C'est-à-dire que tu l'as saisi au vol, ce truc-là.
- Speaker #0
Oui, j'ai créé des traits qui ont le rêve.
- Speaker #1
Trop chouette. Trop trop chouette. Avant que je te pose ma dernière question que j'aime bien poser à tout le monde, est-ce qu'il y a autre chose que t'avais envie d'ajouter ? Est-ce qu'il y avait des choses importantes pour toi à aborder qu'on n'aurait peut-être pas nommées ?
- Speaker #0
Pas forcément, mais j'aimerais juste dire aussi que je trouve que les gens jugent beaucoup par rapport au corps, en fait, les personnes. Et souvent, on est au-dessus.
- Speaker #1
Merci de le dire, oui.
- Speaker #0
Je vois, par exemple, au théâtre, en fait, t'arrives... avec un corps aux yeux des personnes, j'ai l'impression vraiment que ils mettent une étiquette sur la tête et je pense qu'il faut vraiment d'abord apprendre à découvrir les personnes et c'est pas l'apparence qui va faire la différence une personne peut être très belle enfin très belle, c'est subjectif encore, mais une personne peut être très belle et en fait bah pas forcément avoir une âme je sais pas comment dire être hyper bienveillante alors qu'une personne peut être moche mais hyper intéressante à parler avec et vivre avec et en fait personne n'est moche,
- Speaker #1
on a tous une beauté différente oui ce qui est intéressant, ce que j'entends quand tu parles d'être beau, d'être moche je pense que c'est surtout correspondre à des critères actuellement établis dans notre société comme étant tu es dans la beauté ou non donc voilà
- Speaker #0
Et en plus, moi, je le sais parce que j'ai quatre frères. Eux, vraiment, s'ils aiment une fille, ce n'est pas parce qu'elle est belle, c'est parce qu'elle est différente. Elle est elle. Et c'est ça, ce que les garçons, ils aiment. Voilà, ce que les gens aiment. C'est quand t'es toi. Et voilà.
- Speaker #1
Merci pour cette précision, effectivement, avant de conclure, qui me semble importante. C'est trop chouette. Ma dernière question. c'est de te proposer de t'adresser à des personnes qui sont dans les troubles alimentaires quels qu'ils soient et peut-être dans une phase aiguë du trouble alimentaire comme tu as pu en connaître, de savoir ce que tu aimerais leur dire à ces personnes-là.
- Speaker #0
Moi, je dirais qu'en fait, il ne faut pas abandonner parce qu'il y a toujours une petite étincelle d'espoir. Parce que même quand tu es dans le... profond il ya toujours une solution et que quand on croit que tout est perdu et ben en fait c'est ce qu'on peut habiliter tu as une chance d'essayer ou de ne pas essayer mais si tu n'essayes pas tu es sûr que la seule issue c'est que tu n'y arriveras pas tu n'y arriveras pas alors si tu essayes tu as une chance sur deux d'y arriver mais si tu le connais cette chance et que tu réessayes tu as encore une chance sur deux donc en fait tu es plus gagnant à essayer et je pense qu'il faut il faut y aller à son rythme aussi. Il faut y aller petit pas dans le petit pas, mais il faut y aller. Et il faut se faire accompagner aussi des bonnes personnes et aussi s'entourer de bonnes personnes. Voilà. Et savoir en fait se trouver des choses qui nous donnent envie d'aller de l'avant. Des objectifs. Parce que le plus important, c'est d'avoir un objectif.
- Speaker #1
Voilà. Waouh ! Merci beaucoup Manon. Je suis un peu impressionnée, je dois dire, par cette jeune fille face à moi. Je me demande quelle femme tu vas être. Je pense que, ça me rappelle, je ne sais pas si elle écoute encore les podcasts, mais en tout cas, une jeune femme qui était une jeune fille à l'époque où... où je l'avais accompagnée. Pareil, j'étais quand même très impressionnée par cette personnalité, par cette capacité de réflexion, de prise de recul. Et je me disais tellement que... sa présence, sa capacité à réfléchir, à être tournée vers les autres était un tel cadeau pour le monde ça peut paraître un peu cucu ce que je veux dire mais je le pense sincèrement que tu dis mais non mais c'est pas possible que ça se soit gâché par une maladie, par une quête de contrôle de son corps de l'alimentation, non quoi c'est pas possible le monde a beaucoup trop besoin tu vois ça me fait écho à ça Et voilà, je suis très touchée par ton témoignage.
- Speaker #0
Merci,
- Speaker #1
Lydie. Donc, merci beaucoup d'être venue vers moi pour témoigner. Je pense que ce que tu nous as apporté est très précieux.
- Speaker #0
Moi aussi, merci à vous, parce que vous faites quand même beaucoup de choses. Et je trouve qu'on en parle plus quand même des TCA, mais on a encore quand même des progrès à faire dessus, surtout sur les maladies mentales. Parce qu'il y a souvent des stéréotypes, même si ça a avancé. Et c'est quand même des maladies complexes. Donc les gens ne comprennent jamais vraiment. Mais merci du coup d'apporter ce savoir un peu.
- Speaker #1
Bon, j'aurais dû te le préciser au tout début de l'épisode, mais il faut me tutoyer Manon. On est sur la fin de l'enregistrement.
- Speaker #0
Ok, je sais.
- Speaker #1
Je ne me donne jamais le droit de tutoyer quelqu'un si cette personne-là en face ne me tutoie pas, n'est pas OK avec ça. Tu vois, j'aime bien être sur un truc un peu d'égalité.
- Speaker #0
OK, je te tutoierai.
- Speaker #1
Mais en tout cas, merci beaucoup pour cet échange. C'était très chouette.
- Speaker #0
Moi, j'ai trop aimé. C'est pas si vite.
- Speaker #1
Et puis, écoute, au plaisir d'avoir de tes nouvelles. Je l'ai déjà proposé à d'autres personnes que j'ai interviewées sur le podcast. mais je me dis vu ton chemin ton parcours ton jeune âge et tout ce qui te reste à traverser ça pourrait être trop chouette qu'on se donne un rendez-vous dans un an ou même plus pour que tu reviennes donner des nouvelles sur le podcast si t'en as envie bah carrément ça fait aussi un autre objectif à ajouter à tous tes objectifs donc pourquoi pas à très vite merci beaucoup en tout cas Man un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode comme je te le dis souvent Ton soutien est super important, c'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. Et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !