- Speaker #0
Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres, bien dans leur basket. Alimentation. Peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue dans un nouvel épisode de podcast. où j'ai la chance de découvrir une nouvelle personne, une nouvelle histoire. Et aujourd'hui, Emmanuelle vient discuter avec moi. Merci et bienvenue, Emmanuelle.
- Speaker #1
Merci de me recevoir. Je suis ravie de faire ça et de te rencontrer.
- Speaker #0
Avec grand plaisir, je suis très contente aussi. Donc merci de ta proposition. Ce que je te propose, c'est de commencer par dire un peu qui tu es et te présenter de la manière dont tu le souhaites.
- Speaker #1
Je m'appelle Emmanuelle, j'ai 32 ans, je vis actuellement en région parisienne, et ce depuis 12 ans. Je travaille dans le domaine de la santé, de la petite enfance et aussi de l'accompagnement des personnes, et de plus en plus particulièrement des femmes. Voilà.
- Speaker #0
Ok. Merci. T'es venue vers moi pour parler de relations à l'alimentation et au corps. Tout à fait. Voilà, pour apporter ton témoignage. Et tu le sais, si tu écoutes le podcast, j'aime bien repartir de l'enfance. Et je suis curieuse de savoir si toi, tu as des souvenirs particuliers de ta relation à la nourriture et ou à ton corps quand tu étais une petite fille.
- Speaker #1
Donc, effectivement, si je fais cette demande auprès de toi, c'était aussi parce que j'ai réalisé réellement, concrètement que je fais des troubles alimentaires depuis pas si longtemps. Enfin, j'ai réalisé depuis pas si longtemps. Et mon rapport au corps, à l'alimentation petite, en fait, j'ai un souvenir très, très sain. Je n'ai pas un souvenir en plus. particulier par rapport à mon corps ou à l'alimentation c'est plutôt quelque chose de relativement normal, normé très simple, il n'y avait pas de sujet, moi c'est quelque chose qui est arrivé beaucoup plus tard par rapport à l'alimentation vraiment j'ai jamais eu de sujet ou entendu ou vu par rapport à mon corps quand même depuis plusieurs mois que je retrace certaines choses je me souviens m'être fait la réflexion assez tôt Merci. c'est-à-dire vers, je me souviens, une des premières remarques, j'avais 10 ans. Dans ma tête, je me suis fait une remarque, parce que sur une photo avec ma meilleure amie de mes 10 ans, on est habillés exactement pareil, avec notamment un croque-top. Et je vois bien que moi, j'ai un ventre un peu plus rebondi qu'elle, qui a un ventre très plat. Je me souviens d'être fait cette remarque. Et c'est une remarque que je me suis fait après plus tard, vers mes 14 ans, quand là, on est… pas le début, en plein dans l'adolescence. Et je m'étais fait cette même remarque de voir que quand on est en maillot de bain deux pièces, que voilà, moi, mes copines, elles ont vraiment un ventre très tendu et que moi, bon, voilà, je me fais cette remarque, mais ça ne change pas à ce moment-là encore de choses. Je ne cherche pas à changer. Je ne cherche pas à changer mon corps par mon alimentation ou quoi que ce soit, mais c'est des choses qui sont venues s'inscrire. et qui ont eu des répercussions après, plus tard.
- Speaker #0
C'est des petites choses comme des petits jalons. C'est plus tard que c'est venu jouer quelque chose. À partir de quel moment, ça s'est vraiment compliqué pour toi ?
- Speaker #1
Ça s'est compliqué en fait. À mes 20 ans, j'ai eu une spondylarthrite. J'étais atteinte de spondylarthrite, que j'ai toujours. Mais en fait, cette maladie a fait que ça a beaucoup modifié mon image au corps. Déjà parce que j'ai eu des inflammations très importantes qui font que j'avais déjà une image de mon corps modifiée et une utilisation aussi de mon corps modifiée. J'étais dans des positions très vulnérables et je n'avais plus de contrôle. Je n'avais pas de contrôle sur mon corps avec lequel je ne pouvais plus agir. Et en fait, dans la prise en charge au début de cette spondylarthrite, il y a eu plein de recherches pour savoir ce que c'est, donc différents traitements et aussi différents régimes qu'on m'a demandé de faire. Parce qu'inflammatoire, on va arrêter de manger si, parce que ça crée des inflammations, on va arrêter si. Et puis avec ce traitement, il faudrait arrêter de manger ça, le sucre. Et en fait, là, ça a commencé à... On m'a vraiment demandé, et moi je suivais, parce que j'avais envie de faire bien, et puis j'avais envie de me soigner. Et donc j'ai suivi ce qu'il fallait faire. Donc je me suis retrouvée à manger de moins en moins de choses, notamment le sucre, le gluten. Et en fait, là, j'ai eu assez rapidement, très rapidement, une modification de mon corps. Donc là déjà tout ça, ça a entraîné une alimentation troublée et j'ai eu une perte de poids très vite, très rapide et des regards différents. Et c'est là que ça a commencé vraiment, là j'ai commencé vraiment à rentrer finalement dans les troubles alimentaires. Mais je m'en suis rendue compte que finalement, récemment, c'est-à-dire que j'ai eu une perte de poids très importante. Donc, je me suis retrouvée dans un corps, finalement, que je n'avais pas cherché à modifier, mais que j'avais quand même un peu idéalisé, puisque c'était un corps qui était devenu très… qui n'avait plus de forme, ceci dit, mais voilà, très fin. Et du coup, quand j'ai pu réintégrer… Quand j'ai eu un traitement adapté et que j'ai pu réintégrer aussi des aliments et un régime normal, une alimentation normale, j'ai repris du poids et là, je n'ai pas supporté cette reprise de poids. Et donc là, j'ai commencé à faire des crises de boulimie. Et en fait, du coup, je me faisais vomir. Mais encore là, je ne réalisais pas que c'était un trouble alimentaire. c'est à dire que pour moi je faisais des crises de boulimie de temps en temps parce que c'était assez épisodique c'était assez épisodique c'était honnêtement je sais pas je dirais en moyenne peut-être ça dure trois fois dans l'année et ça durait sur trois jours mais voilà c'était assez épisodique et c'était en J'avais l'impression, pendant longtemps aussi, j'ai cru que c'était en rapport à un événement, un événement douloureux, quelque chose qui m'arrivait de très douloureux. Et puis, ça, c'est des choses dont j'ai parlé à mes thérapeutes qui m'ont suivie à ce moment-là, les psychologues qui m'ont suivie à ce moment-là. Enfin, les, parce que j'en ai eu deux qui m'ont suivie sur le plus long terme. Donc, ces deux psychologues-là, j'en avais parlé dans mon travail thérapeutique, en me disant, quand même... C'est pas normal de réagir comme ça quand ça va mal. Je savais bien que c'était un comportement qui n'était pas normal, qui n'était pas sain. Mais bon, à force, je ne sais pas, ça n'a pas alerté. Et à force, je m'étais fait à l'idée que ça ne me convenait pas. Mais c'était comme ça. C'était comme ça que je réagissais quand ça allait mal. Oui,
- Speaker #0
et puis surtout, tu ne le mettais pas du tout en lien avec ton comportement alimentaire le reste du temps et ton rapport au corps. et à la perte ou prise de poids.
- Speaker #1
Pas du tout. Ça, c'est ce dont j'ai réalisé il y a quelques mois, en fait.
- Speaker #0
Et j'ai plusieurs questions qui me sont venues. La première question, qui est un peu technique, entre guillemets, mais voilà, ça m'intéresse. Tu dis que tu avais des régimes alimentaires et c'était les médecins, du coup, qui te donnaient ces régimes anti-inflammatoires ou c'était des prises en charge connexes parallèles ?
- Speaker #1
Les deux. En fait, les deux. Par exemple, je me souviens d'un traitement sous cortisone, si je ne me trompe pas. Et ça, le médecin m'avait dit, surtout pas de sucre, même les fruits. ou alors il faut vraiment que le fruit ne soit pas mûr. Et les yaourts, vraiment nature. Donc ça, par exemple, ça a joué, mais aussi par des approches plus alternatives, parce que du coup, en lien avec la spondylarthrite, j'avais aussi des troubles digestifs associés. Après, du coup, on se rend compte que tout est mélangé, mais du coup, du fait des inflammations, des troubles digestifs, laçon.
- Speaker #0
des professionnels plus naturopathiques voilà exactement je voulais demander parce que quand tu m'as dit ça pour moi c'est vraiment les conseils typiques qui sont donnés par les naturopathes il y a des naturopathes qui m'écoutent là ne vous énervez pas mais il y a dans c'est quand même vachement remis en question aujourd'hui déjà de base par la science en fait tous ces conseils anti-inflammatoires parce qu'en fait il y a des tas pathologie. En fait, s'il y a une pathologie, très souvent, il y a une question d'inflammation. Mais par exemple, on sait aussi que le stress est le premier inflammatoire de notre corps et quoi de plus stressant que de se mettre des contraintes alimentaires de ce type-là. Donc en fait, il y a des choses qui s'auto-entretiennent. Je sais que c'est énormément remis en question. Je suis surprise par rapport à la cortisone parce qu'autant le sans sel, quand on donne un traitement corticoïde, ça j'avais bien en tête, mais sans sucre. Je ne suis pas sûre d'avoir déjà entendu.
- Speaker #1
Justement, ce médecin m'avait dit qu'il n'y avait pas de souci pour le sel, que c'était une légende. Mais par contre, il avait été très... Il m'avait dit vraiment, si vous ne voulez pas gonfler, qu'est-ce qu'il ne faut pas dire à une fille de 20 ans ?
- Speaker #0
En même temps, on te met sous cortisone. Est-ce que c'est possible de... Enfin, waouh. Bon, OK.
- Speaker #1
Et du coup, oui, aussi des approches natureaux, effectivement, ou par rapport à l'alimentation, parce que moi non plus, je ne critique pas les natureaux pour autant. Mais effectivement, oui, après, il ne faut pas passer le temps de pâter l'aliment. Par exemple, tout ce qui est gluten, lactose, sucre. Et puis plutôt, pas le soir. Du coup, j'ai essayé de tout bien faire. Donc forcément.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. L'autre question qui m'est venue en t'écoutant, c'est quand tu as parlé du fait qu'il y a eu une prise de poids importante, rapide. et que tu as dit les regards ont changé.
- Speaker #1
Sur la perte de poids.
- Speaker #0
J'ai dit quoi ? Prise. Oh, pardon, je voulais dire perte de poids. Bien sûr, sur ta perte de poids rapide, et tu dis les regards ont changé. Et les regards de qui ? Et comment ça s'est manifesté ? Et autre question, est-ce que ces personnes-là, dont les regards ont changé en te voyant perdre pas mal de poids, est-ce que ces personnes étaient au courant de ta maladie ?
- Speaker #1
Non, c'est-à-dire que les regards... Alors déjà, quand même, là, je me rends compte aussi en le disant, c'est que c'est aussi mon regard qui a changé. En fait, là où je n'avais pas forcément cherché à, j'arrivais dans un corps idéalisé selon moi et plutôt des regards extérieurs de personnes qui ne me connaissaient pas. Je n'ai jamais eu de remarques. ou sur mes prises ou pertes de poids de mes proches proches, ou alors plutôt du côté de l'inquiétude à la rigueur. Mais sinon, c'était plutôt des personnes qui ne me connaissaient pas.
- Speaker #0
Ok, d'accord. En fait, tu t'es sentie validée quand même dans cette... Il n'y avait pas que ton regard qui validait cette perte de poids.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok. Et donc, tu dis que c'était une perte de poids qui n'était pas... souhaité ni sans doute souhaitable au final qui était relié à l'arrivée de cette maladie, aux différents régimes alimentaires. Et donc, tu peux remanger normalement et là, le poids d'équilibre cherche à revenir, à s'installer et c'est insupportable pour toi. Et tu dis, c'est là que commencent les crises finalement.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, finalement, je rentre dans un système de restriction, de compulsion. compensation, finalement. Et donc, toute mon alimentation est quand même tournée autour du fait de ne pas prendre de poids. Pas t'en perdre, mais en tout cas de ne pas en prendre. Et donc, en fait, mais ce n'est pas encore, enfin, ce n'est pas non plus... drastiques, mais il y a suffisamment de restrictions pour entraîner des compulsions, en fait. Et puis, qui vont être en plus majorées, s'il y a une émotion particulièrement très forte, la perte d'un proche, ou... Et moi, je ne lis que ça à des moments d'effondrement, de grande tristesse. Je ne relis pas ça au fait que, finalement, même si je fais, allez, je ne sais pas, 30% de crise dans l'année, j'en sais rien, Je ne me rends pas compte que c'est les 70% autour qui vont faire ce truc-là.
- Speaker #0
Et pendant cette période-là, tu as quelle relation à ton corps et à l'image de ton corps ?
- Speaker #1
J'ai une relation au corps qui est quand même très... qui est un peu conflictuelle quand même. Je ne me mets pas non plus... Je ne vais pas me mettre facilement en maillot de bain, même devant mes amis proches. Je me revois sur des photos alors que je suis complètement... Enfin, peu importe d'ailleurs, mais je veux dire, je suis la seule entre les filles. Je suis la seule avec un t-shirt au bord de la piscine. Et je sais pourquoi j'ai un t-shirt. Parce que j'ai un rapport à mon ventre qui reste, qui est toujours... Je ne sais pas, en tout cas dans mon lot de copines, c'est comme ça que moi je le vois. J'ai l'impression d'avoir toujours un petit ventre.
- Speaker #0
C'est marrant, c'est la même chose que... Comme quoi, ces observations de petite fille, puis d'adolescente, ne sont pas anodines. Il y a quelque chose d'ancré autour de ton ventre.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Ok. Et qu'est-ce qui fait que là, plus récemment, tu as vu les choses différemment et tu t'es dit... mais en fait, est-ce que ce ne serait pas un trouble alimentaire ?
- Speaker #1
Oui. En y repensant, quand je refais le fil de toutes ces années que je fais depuis plusieurs mois, je suis vraiment passée par toutes les phases d'un trouble alimentaire, vraiment de boulimie, anorexie, hyperphagie, orthorexie, sans me rendre compte que je vis, je suis dans un trouble alimentaire. Et en fait, l'année dernière, Déjà il y a deux ans, mais encore plus l'année dernière, enfin surtout l'année dernière. L'année dernière, je tombe vraiment dans un trouble alimentaire un peu plus sévère, puisque, encore une fois, sans vraiment chercher à… C'était plus une question de contrôle à ce moment-là dans ma vie, mais je ne cherchais pas une perte de poids. Mais alors, j'avais déjà une alimentation relativement restrictive, mais en plus de ça, je me mets à faire plus de sport que d'habitude. C'est-à-dire, je ne fais pas forcément du sport de façon plus intense. J'ai toujours fait du sport, j'ai toujours aimé ça. Mais là, je fais du sport de façon moins intense, mais plus régulière, tous les jours. Et pourquoi ?
- Speaker #0
Pour quelle raison tu te mets à faire ça ?
- Speaker #1
Parce que je me rends compte que... En fait, parce que j'ai arrêté le traitement de ma spondylarthrite il y a deux ans. C'était un traitement assez lourd et j'avais vraiment envie d'arrêter. Et j'arrête et du coup, parallèlement, je bouge davantage, plus en douceur, mais davantage. Et du coup, je prends goût à ça. Puis je me mets à écouter plein de podcasts. Et du coup, je vais à la salle de sport en écoutant des podcasts. Et c'est vraiment un moment aussi avec le travail, c'est un peu compliqué. Et du coup, c'est vraiment un moment de décharge. Ou même si je ne vais qu'une demi-heure à la salle de sport, j'y vais. Mais du coup, j'y vais quand même tous les jours. Et c'est vraiment une zone où je décharge. Sauf que déjà avec l'alimentation que j'ai, du sport en plus, je commence vraiment à maigrir. Je maigris vite. Et là, ce qui devient vraiment problématique, c'est que là, je deviens addict à ça. Je deviens addict à cette maigreur. C'est-à-dire que moi, je ne me rends pas compte que je suis maigre. C'est quand je l'ai dit il y a quelques mois que... qu'on m'a dit « mais t'étais maigre » et moi je ne me rends pas compte. Et donc du coup, je deviens addict à ça et là surtout, je développe vraiment une réelle peur, vraiment une peur de reprendre du poids. Et je sens bien que je me rigidifie, que j'ai des choses de plus en plus rigides, que j'ai de plus en plus de pensées, ça devient vraiment très très envahissant, mais ça reste sous contrôle. Et en fait, je me blesse aux genoux. je me blesse même pas je pars courir comme tous les dimanches et sauf que là mon corps m'arrête j'ai une douleur au genou et je peux plus je peux pas courir je fais pas quelque chose de plus en particulier sauf que là la douleur est telle que je suis obligée de faire un arrêt du sport et là l'arrêt du sport est insupportable c'est à dire qu'en fait je me faisais beaucoup Ouuuuuuuuh Je me faisais, toute l'année dernière, je me suis fait vomir une fois. Mais le sport était devenu une compensation. Parce que vraiment, après je m'organisais, j'étais arrivée vraiment à un niveau où je m'organisais pour être sûre de pouvoir aller à la salle entre la sortie du boulot et si j'avais une soirée. Comment m'organiser pour aller au sport ? en sachant que je dois aussi rentrer, sortir mon chien. Enfin voilà, je m'organisais quand même. Et si je ne peux pas y aller, je vais me lever plutôt pour courir. Enfin voilà, là, c'était vraiment rentrer dans... Et du coup, je me blesse au genou et ça m'effondre. Enfin vraiment, je le vis très mal. Et je me rends compte que là, ce n'est pas normal de le vivre aussi mal. Et donc, ça, c'est à la fin d'année, à la période de Noël, juste avant Noël. Et puis, suite à ça, je déménage à ce moment-là avec mon conjoint. C'est un moment que j'appréhendais quand même, parce que je pensais que j'étais prête à ce déménagement, et finalement, non. Et en fait, c'est mes repères qui se… Je sentais bien que là, dans ce moment, j'allais avoir besoin de contrôle, de repères. tout. Non seulement je me fais mal au genou, je ne peux pas compenser avec le sport, je déménage et puis d'endroit à moi. Donc ça a été... Et là, du coup, comme je ne pouvais plus faire de sport, dans ce moment de déséquilibre de ma vie, là je me refais à faire beaucoup de crises, je fais des crises de boulimie vraiment très intenses, très fortes comme je n'en ai jamais fait de ma vie. En faisant vraiment tous les jours pendant une semaine. Enfin vraiment... Et jusqu'à épuisement, quoi, jusqu'à épuisement. Et je me dis, mais là, je suis vraiment trop malade, quoi. Ce n'est plus possible. Donc là, je réalise vraiment que c'est un vrai problème, que c'est une... Enfin, je me réalise que c'est vraiment un problème et je commence à me renseigner. Je commence à me renseigner, notamment par le biais de podcasts, entre autres, et différents outils. Et donc là, je comprends que c'est vraiment un trouble alimentaire et que c'est une maladie. et que je suis malade de cette maladie et que je ne veux plus infliger ça à mon corps, et que je veux avancer par d'autres outils, et puis surtout guérir. Et donc j'en parle autour de moi, j'en parle autour de moi, à mes très proches, à mes amis. Ma mère, mes sœurs, j'en parle. C'était une étape à chaque fois d'en parler. Parce que dans ma tête, j'avais une image à tenir.
- Speaker #0
Quelle image à tenir ?
- Speaker #1
Une image de la fille qui est bien sous tout rapport. On ne peut pas imaginer faire quelque chose d'aussi... En plus de ça, d'aussi... tabou d'aussi peu glorieux je me délimais qu'un trouble alimentaire à se faire vomir et donc de débrécher cette image de la fille qui tient aussi et donc ouais ça a été une étape mais ça a été salvateur aussi d'en parler surtout
- Speaker #0
Je me demandais, avant même l'étape d'en parler, de prendre la parole, qui est effectivement une énorme étape, je pense, comment ça a été pour toi de te dire ça, de te dire, ah ouais, en fait, c'est une maladie, et je souffre de cette maladie, cette prise de conscience. Est-ce que tu te souviens ?
- Speaker #1
C'est-à-dire que comme... Comme c'est des choses que j'avais. C'est des choses que j'avais commencé un petit peu à me dire. Déjà, c'est quand même pas normal, c'est quand même pas sain. Ça faisait quand même plusieurs mois avant que je réalise que vraiment, c'est une maladie et que c'est une maladie que j'ai, dont je souffre à ce moment-là. Mais c'est dur pour moi-même, encore une fois. C'est pas tant les autres, c'est de moi réaliser que... que je suis tombée dans cette maladie-là, parce que je ne pouvais pas faire autrement à d'autres moments de ma vie, mais que j'ai eu des petits moments de résistance encore, à me dire, oui, non, bon, c'est de temps en temps, mais non, à force d'écoute, à force d'échange, à force de... J'ai cherché du coup, dans le même laps de temps, j'ai cherché un groupe de parole que j'ai intégré, et donc d'échanger avec, voilà, concrètement. avec des personnes hautes que d'entendre, vraiment d'échanger concrètement avec des personnes de vive voix, de la même façon. Tout ça, ça a été des réalités. Puis moi aussi, d'en parler aussi autrement qu'avec des amis, mais avec des personnes qui savent aussi ce que c'est. Finalement, je l'ai plutôt bien accueilli sur mon chemin de vie. C'est dur, c'est une cicatrice qui est là. C'est comme ça. Enfin, ça fait partie de moi, quoi. Et ça ne me définit pas, en tout cas. Enfin, je sais que ça ne me définit pas, quoi.
- Speaker #0
Ça, c'était il y a combien de temps, cette prise de conscience ?
- Speaker #1
Au mois de janvier, février. Ou janvier, février. De cette année.
- Speaker #0
De cette année. OK, donc c'est assez récent.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé pour toi depuis ? Donc, tu as dit déjà plusieurs choses. Tu as pris la parole auprès de tes proches. Oui. Auprès de ton conjoint aussi.
- Speaker #1
Oui. mais oui, entre temps pas pour cette raison et entre temps il m'a quitté ça a été pas mal d'étapes dans ma vie mais du coup j'en ai parlé tu
- Speaker #0
en as parlé,
- Speaker #1
tu as rejoint un groupe de parole tu as fait aussi une démarche j'ai commencé à écrire j'ai commencé à écrire les étapes, les choses que au fur et à mesure, que je ne faisais plus ou que je faisais encore. Il y a eu encore des crises au début. Et je me disais, comment ça se fait alors ? J'essayais vraiment de me dire, OK, pourquoi il y en a encore ? Et à chaque crise, j'enlevais quelque chose que je faisais, qui amenait à la crise, et je rajoutais quelque chose que je ne faisais pas, qui permettait d'enlever les crises. Donc, j'y notais à chaque fois. Et donc l'écriture, la parole et le groupe de parole. Et j'avais plus une envie d'un besoin de libérer la parole et d'échanger, plutôt que là d'une thérapie individuelle. J'avais vraiment besoin d'échanger avec mes proches et d'échanger de façon plus thérapeutique avec un groupe. Mais voilà, le jour où je t'ai écrit, ça a aussi été une étape. Et voilà, et maintenant, aujourd'hui, mon rapport à l'alimentation a énormément changé. je pense que vraiment maintenant ça reste récent et je sais que tout ça c'est long et c'est pas linéaire mais ça a énormément changé et j'ai vraiment pas mangé comme ça depuis 10 ans alors c'est assez déroutant de pas se poser de questions ou alors justement de se dire mais ça j'en ai vraiment pas envie mais ça j'en ai envie mais que d'un c'est assez de plus se poser de plus poser... ces questions-là autour de l'alimentation, de manger quand j'ai faim et de manger vraiment de façon beaucoup plus régulée, tout simplement, et intuitive. Après, là, tout le travail, il est sur l'image du corps. OK. Sans restriction et sans compensation, j'ai forcément pris du poids. J'ai repris mon poids normal. Dans un de tes podcasts, je ne sais plus si c'est toi ou quelqu'un qui fait un témoignage, mais qui dit qu'elle a démégré. ou toi tu parles de démégris, j'ai beaucoup aimé ça. J'aime me dire que je n'ai pas grossi, mais que j'ai démégris.
- Speaker #0
Oui, effectivement. Non, mais c'est vrai parce que, bon, ça ne devrait pas être connoté si négativement, le fait de grossir, de prendre du poids. Mais quand on se dit qu'on sait quelque part pertinemment, c'est ton cas là, dans ton parcours, il y a quelque chose d'assez visible sur le fait que tu avais un poids et que tu es partie en dessous. pour des réseaux X ou Y, et qu'après, c'est devenu une lutte permanente pour être toujours en dessous de ce poids-là, mais qui semble être le poids dans lequel ton corps est le plus apte à fonctionner. et donc c'est prévu biologiquement et ton corps fait tout pour t'y ramener parce que ça fait partie de l'homéostasie globale de ton corps que de chercher à être à ce poids là tout comme t'as un certain rythme cardiaque, tout comme ça, tu vois il y a plein de choses en fait qui sont inscrites quand même et qui peuvent évoluer mais finalement quand même assez peu et du coup dans ces cas là c'est clair t'as encore plus envie de parler de ça, de dire tu démégris, il s'est passé un truc qui ne devait pas se passer.
- Speaker #1
Complètement. Je l'ai enfin compris et je fais enfin confiance à mon corps que j'écoute vraiment enfin.
- Speaker #0
Comment tu as fait ? Ça m'intéresse et je pense surtout aux personnes qui nous écoutent. Je trouve ça génial quand tu disais... Je trouve ça génial, je trouve ça fort, sincèrement parce que j'ai l'impression que tu as quand même fait beaucoup ton bout de chemin toute seule, alors en te nourrissant de plein de choses. de podcasts, peut-être de lectures, en ouvrant le dialogue, en allant aussi les groupes de parole. C'est vrai que... On en parle peu des groupes, mais en ce moment, moi, je suis dans une mouvance là. Tu vois, j'ai relancé des groupes avec le Body Project et juste avant qu'on se voit toutes les deux, j'étais en train de travailler sur un projet pour la fin d'année où j'ai envie de refaire du groupe justement parce que c'est vraiment trop bien ce qui se passe dans les groupes. Et puis, il y a le groupe que j'organise avec ma collègue sur une retraite. Enfin voilà, en ce moment, je suis en train de vouloir revenir au groupe. Donc, on n'en parle pas assez, mais ça peut être très puissant ce qui se passe dans les groupes. Mais en tout cas, je suis impressionnée par ce que tu disais tout à l'heure de... Ok, j'ai écrit. Et puis quand il y avait une crise, en fait, j'ai observé ce qui se passait avant autour de la crise. Et qu'est-ce que je faisais, qu'est-ce que je ne faisais pas ? J'ai arrêté de faire ce que je faisais pour faire un peu plus de ce que je ne faisais pas. Franchement, ça m'impressionne.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as des exemples ?
- Speaker #1
Oui, j'ai des exemples. Par exemple... Par exemple, dans cette période de perte de poids, ou en tout cas de surtout de ne pas reprendre, alors que j'étais arrivée à un poids bien inférieur au mien, je faisais des cures de vinaigre, qui n'étaient plus des cures, puisque c'était tous les jours. J'ai bu du vinaigre pendant longtemps, et c'était devenu tellement naturel, enfin que déjà, je le buvais très facilement, et c'était devenu tellement naturel comme rituel du matin, que ça par exemple, après une crise, je me suis dit, mais qu'est-ce qui m'amène encore à la crise ? Ok, si tu bois toujours du vinaigre dans le but de maigrir, forcément tu vas continuer à faire des crises. Donc j'ai arrêté, j'ai arrêté complètement. et des petites choses comme ça par exemple aussi si tu continues encore à réfléchir pour manger un cookie forcément ça va revenir donc je me suis dit ok dès que j'en ai envie et puis effectivement on se rend compte qu'on en a pas tout le temps envie et voilà des petites choses comme ça sur le fait aussi de prévoir de me dire je me souviens avoir noté aussi de... Là, de manger parce que juste la veille, j'avais mangé plus léger. En fait, ce matin, j'ai faim, je mange en fait. Mais ça, au début, c'était dur, c'était très dur. Et donc, de manger si j'ai faim et de manger déjà quand j'ai faim, au même titre qu'on va aux toilettes quand on a envie d'aller aux toilettes, on mange quand on a faim. Et donc, c'était des petites choses. Je me disais, oui, mais si tu réfléchis toujours à ce que tu veux manger alors que tu as faim, tu vas continuer. et donc à force
- Speaker #0
ça a payé de le voir écrire et de me rendre compte à chaque fois c'est hyper fort en fait franchement je ne sais pas si tu te rends compte mais parce que ça nécessite plusieurs choses déjà une capacité d'auto-observation que tu as développée d'observation dans les moindres détails parce que justement quand tu parles du vinaigre tu dis que c'était devenu tellement naturel que finalement tu buvais du vinaigre le matin comme d'autres prennent leur café ou leur jus d'orange et je trouve que c'est d'autant plus difficile de le regarder comme un comportement potentiellement problématique tu vois donc déjà ça nécessite ça puis de le mettre en mouvement avec toutes les peurs qui vont avec parce que finalement voilà Et donc, c'est fort. Ça veut dire que, quelque part, ce symptôme crise de boulimie était tellement insupportable. C'est comme si tu t'étais accrochée à ça, ce truc de... Mais de toute façon, je trouve ça vraiment impressionnant, super chouette, parce que ça a dû te demander d'avoir une espèce de confiance aussi dans le processus. Oui,
- Speaker #1
complètement.
- Speaker #0
Parce que, quelque part, personne ne te disait si tu arrêtes de boire du vinaigre... ou en tout cas plutôt de le tourner différemment peut-être que moi ce que je t'aurais dit c'est bah voilà ce comportement de boire du vinaigre effectivement chaque matin il est là dans le but de maigrir dans un machin et donc rien que ça parce que c'est très juste ce que tu dis rien que ça ça peut entretenir des crises mais je pense que quand t'as un ou une thérapeute qui te le dit bon bah tu vois tu donnes ta confiance dans le thérapeute et donc tu fais confiance dans ce truc là et là je me dis mais waouh vraiment quoi je suis quand même assez impressionnée par ça et je trouve que c'est trop chouette tout ce que tu dis et je suis trop contente que des personnes entendent ton témoignage et toutes ces petites choses, je mets d'énormes guillemets parce qu'en fait c'est des choses, c'est des pas qui sont énormes
- Speaker #1
C'est une lutte de tous les jours. C'est vraiment une lutte de tous les jours. Pour ma part, c'est encore plus dur que d'arrêter de fumer. Je le dis parce que j'ai arrêté de fumer à un moment donné dans ma vie. Et c'est vraiment très énergivore. Ça demande beaucoup d'énergie. C'est encore une lutte. Voilà, de tous les jours. Alors, pas tant sur l'alimentation. Là, actuellement, c'est plutôt aussi une lutte sur l'image du corps. Mais j'ai confiance dans le processus, comme tu disais. J'ai confiance dans mon corps aussi. Et puis, je ne veux plus... Voilà, je ne veux aussi plus me faire du mal et répondre à des événements de vie. Parce que des choses dans la vie qui arrivent, il y en a plein. Et moi, j'ai toujours répondu de cette façon. finalement, et du coup, de répondre d'une façon plus saine et pas en me faisant finalement encore plus de mal. Dans des moments de crise de boulimie, il y a un soulagement presque jouissif, mais par contre, le retour du bâton, il est dur. Oui,
- Speaker #0
c'est clair. Et dans le rapport à ton corps, et notamment ce que tu nommes l'image de ton corps, est-ce que tu as trop... trouver des outils jusqu'ici pour t'aider ?
- Speaker #1
Alors déjà, j'ai enfin accepté de... Enfin, je vais le faire parce que là, comme je suis en cours de déménagement, je n'ai pas mon dressing devant moi, mais de trier mes vêtements et de ne plus garder les vêtements dans l'attente de re-rentrer dedans. J'ai commencé aussi à acheter mes premiers vêtements à ma vraie taille. Ça, ça a été vraiment dur. Là, je l'ai fait il n'y a pas longtemps, mais en fait, c'est juste ma taille. Et donc, voilà. donc après par des en fait par les personnes avec qui je m'entoure dont je m'entoure de plus de plus accepter d'entendre pas forcément sur mon corps mais de manière générale dans la société des remarques autour de autour de l'alimentation autour du poids autour d'eux. Voilà, de sensibiliser aussi un peu à ça. Parce qu'en en parlant, je me suis rendue compte que, même dans les proches, il y en a qui étaient, qui avaient effectivement aussi des choses, des rapports troublés au corps et à l'alimentation et qui se sont aussi ouverts à moi à ce niveau-là. Et donc, ça touche tellement de personnes. Et puis moi, quand j'en ai parlé là aussi, Pour le coup, avec l'amaigrissement de l'année dernière, quand j'en ai parlé, j'ai des proches qui l'ont vu et qui n'ont pas osé m'en parler, plutôt par bienveillance, de ne pas me faire de la peine. Mais de fait, je me dis que c'est tellement triste que ce soit un sujet tellement peu connu et tabou aussi que du coup, on n'en parle pas. que... Alors après, à ce moment-là, on m'en aurait parlé l'année dernière, je n'aurais pas entendu. Mais quand j'en ai parlé, de voir la réaction de mes proches et de savoir qu'ils ont été inquiets et qu'ils ont parlé entre eux, je me dis « waouh » , mais moi, je ne me rendais pas compte, je ne savais pas quoi.
- Speaker #0
Oui, quand tu dis que tu n'aurais pas été en capacité d'entendre à ce moment-là, peut-être, mais peut-être que ça aurait planté des graines quand même. Je me dis qu'on ne prend pas grand risque de toute façon à en parler. Quand c'est en parler, pas pour parler de la forme du corps de l'autre, mais parler de ses inquiétudes par rapport à ça.
- Speaker #1
C'est-à-dire que j'ai eu des petites remarques sur ma perte de poids, mais de façon vraiment dans l'inquiétude. Mais moi, j'étais plutôt, dans ma tête, c'était, mais non, je fais des crises de boulimie de temps en temps, mais je ne suis pas anorexique. Parce que ça, ça a été une acceptation aussi. Pour moi, il y avait une connotation encore plus, c'est dans les représentations, mais il y avait... une connotation peut-être entre guillemets, je fais attention quand même à ces termes délicats, mais encore plus malade à l'anorexie. Alors que finalement, les crises de boulimie, elles répondaient aussi à une anorexie mentale depuis 17 ans. Même si je n'étais pas du tout, parce que j'ai vraiment maigri l'année dernière, mais sinon depuis 10 ans, je suis dans ce comportement-là, mais il n'y a pas eu d'amaigrissement. à ce point, au point d'inquiéter.
- Speaker #0
Oui, mais ça, c'est intéressant aussi ce que tu dis, parce que quand on parle de comportement anorexique, on voit forcément un corps décharné qui va avec.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
En fait, on peut avoir un comportement anorexique à tous les poids, finalement.
- Speaker #1
C'est ça, là aussi, quand j'ai dit à mes proches, notamment à ma mère, où ça a été difficile, parce qu'elle s'est beaucoup inquiétée l'année dernière. Mais quand je lui ai dit que ça faisait 10 ans, la pauvre, ça a été coup sur coup, parce qu'effectivement, ça ne se voyait pas avant. C'est une réalité. Je pense que 10 ans, c'est 10 ans de trop dans cette maladie. Après, ça m'a aidée à traverser d'autres choses de ma vie que j'ai eu à traverser. Mais il est temps que je les traverse autrement.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, ça rejoint ce que tu disais un peu plus tôt sur des événements de vie où ce contrôle mis sur ton corps et ton alimentation te permettait d'avoir l'impression d'avoir la main au moins sur quelque chose et de traverser ces moments-là.
- Speaker #1
Complètement, complètement. C'est le contrôle, quoi. C'est le contrôle à son apogée.
- Speaker #0
Et du coup, là, j'imagine que... Tu continues de vivre une vie normale depuis janvier, alors ça veut dire qu'il se passe aussi des choses dans ta vie.
- Speaker #1
Exactement. Oui, il s'est passé beaucoup de choses, parce qu'en plus de ça, il y a eu la rupture avec mon conjoint, ça a entraîné un déménagement, un premier déménagement de façon provisoire, un deuxième déménagement, enfin beaucoup, beaucoup, beaucoup de pertes de repères, de sécurité. Et je pleure énormément. mais là où j'ai jamais vraiment pleuré avant et en fait j'ai beaucoup plus la capacité l'espace pour accueillir vraiment tout ça et les vivre vraiment les vivre et les accueillir et les laisser partir contrairement à avant où du coup je pense par exemple à un événement qui a été très très dans les événements très douloureux où l'alimentation a bien fait son boulot après, enfin le trouble alimentaire plutôt après la perte de mon père. Là, ça a été un gouffre pour les troubles alimentaires où pendant une semaine, j'ai pu faire des crises et puis de quoi bien anesthésier ma pensée. Et puis après, une fois que j'étais rassasiée de crise de boulimie, je repartais sur du contrôle très strict. Et puis du coup, c'est une autre façon aussi de ne pas penser. donc là j'accueille je pleure énormément et je laisse partir mais de façon que ça ne me poursuivra pas ensuite aussi trop
- Speaker #0
chouette j'ai l'impression que tu as fait quand même un gros parcours en peu de temps oui moi aussi expliquer quand tu parles de de l'image du corps, des fois, il peut y avoir aussi un peu un décalage. Alors déjà, à mon sens, et quand je dis à mon sens, c'est d'expérience, et en plus, c'est quelque chose que j'ai questionné avec pas mal de collègues qui font un peu le même job que moi, pour voir si elles faisaient les mêmes observations, et la réponse est oui, c'est ce qui est le plus long à travailler. Cette question du rapport au corps, de cette peur de grossir, d'accepter son corps, enfin, accepter son corps. Je ne vais pas ouvrir 15 000 parenthèses parce que l'épisode durait trop longtemps, mais est-ce que c'est vraiment l'objectif d'ailleurs d'accepter son corps tout le temps dans son entièreté ? Je ne crois pas, mais en tout cas, cette question-là, c'est souvent la plus longue à travailler. Je ne vais pas dire la plus difficile, ce n'est pas vrai, parce qu'à mon sens, ça se fait juste sur du très long terme. Mais ton témoignage, il vient montrer une chose que je dis souvent et que j'observe dans tous mes accompagnements, c'est que même si ça ne s'est pas réglé, on peut aller mieux au niveau alimentaire. Et quand même ! La vache, c'est quand même un énorme soulagement. Et après, ce truc-là, ça se fait sur le long terme. Mais pourquoi ? Parce qu'en fait, on est conditionnés depuis toute petite aussi à ça, qu'on le veuille ou non. A priori, toi, tu as grandi dans un milieu familial qui n'était pas trop centré là-dessus, et donc tant mieux. Mais il n'empêche qu'on vit dans la même société.
- Speaker #1
Complètement. Moi, je sais aussi que c'est des choses qui m'ont matrixé la tête quand même. Et puis maintenant que je m'en rends compte encore plus... Maintenant que je suis sensible à ça, j'entends encore plus toutes les remarques, parce qu'il y a des petites friandises en réunion, tout ce qu'on peut entendre, ou alors tout ce qui est véhiculé. Là, en plus, c'est un super business l'été, donc tout ce qui est véhiculé, tout, c'est partout, c'est partout la minceur comme prôné, comme vecteur de... de santé et de beauté. C'est partout, c'est partout, c'est impressionnant. Donc oui, moi aussi, je sais que ça, c'est des choses qui m'ont… Mais j'ai beaucoup, beaucoup appris d'ailleurs, là dans toute cette introspection sur la société, sur le système, sur la femme, sur le corps, le corps de la femme dans la société. Ça m'a ouvert à beaucoup de choses aussi très intéressantes qui m'accompagnent aussi dans ce que je fais professionnellement. Et par rapport à ce que tu disais de l'acceptation du corps, je me considère vraiment aujourd'hui en couple avec mon corps, avec des choses comme en couple, avec des choses qu'on n'accepte pas même si on aime l'autre et des choses qu'on n'accepte pas même si on l'aime. C'est vraiment comme ça. que là maintenant je suis en couple avec mon corps,
- Speaker #0
déjà c'est pas mal ouais c'est clair ouais c'est chouette je pense qu'effectivement on a vraiment internalisé très très fort les normes de minceur les normes de féminité tout ça et que ça prend du temps à déconstruire mais que c'est possible c'est possible et puis je crois qu'il faut accepter que ce sera pas parfait et c'est aussi ça que j'entends dans ce que tu dis voilà c'est aussi là aujourd'hui t'acceptes des choses ça me fait penser tu parles du couple donc c'est la question des compromis quoi en fait bon bah ok voilà mon corps il est pas comme ça je le préférerais comme ça mais en fait ça reste mon compagnon et j'ai envie d'en prendre soin et voilà exactement donc c'est trop cool c'est trop bien franchement waouh c'est ouais c'est c'est une belle histoire ouais
- Speaker #1
qui va se poursuivre en fait oui oui je sens que je suis je sens que je suis encore il y a eu des grands pas de fait mais je sens que j'en ai encore plein de grands pas à faire encore je sens qu'il y a des moments où je sais que c'est plus sensible, plus difficile notamment aussi en lien avec les cycles mais bon j'ai compris ça aussi.
- Speaker #0
Mais ça c'est pareil c'est trop important d'en prendre conscience.
- Speaker #1
Ouais ouais et ça ça y est j'ai enfin compris que ah oui attends c'est normal,
- Speaker #0
respire ah oui tiens c'est marrant tu te détestes, tu ne peux pas te voir en peinture t'as l'impression d'avoir pris 10 kilos bah oui comme toutes ces périodes là une fois par mois ouais c'est clair et surtout que là dans cette foulée dans ce laps de temps j'ai eu un diagnostic de
- Speaker #1
SOPK qui s'appelle plus comme ça maintenant mais je venais juste de me faire au nom et c'est... Merci. Pémos, enfin bon, il y a un nouveau nom maintenant. Et du coup, mec qui est assez, voilà, c'est pareil, c'est avec une certaine échelle. En l'occurrence, moi, c'est une échelle qui penche pas du bon côté. Mais du coup, en tout cas, c'est aussi une acceptation de... Déjà, du corps qui réagit et que je veux aussi lui, vraiment lui apporter du bien, lui faire du bien, déjà pour qu'il aille bien. Sans rajouter ça, ce trouble alimentaire. Et ça, par contre, ça fait pour ma part une amplification du syndrome prémenstruel. J'ai enfin compris que c'est normal, c'est normal que là, tu te sentes moins bien, que tu as envie de plus manger, que c'est OK. Alors que ça, c'est pareil. Je ne le savais pas en plus de ça avant un moment. Et du coup, j'étais en lutte, en permanente, encore plus. Et donc ça, c'est aussi... Ok, c'est normal. Donc voilà, c'est un apprentissage. C'est vraiment un apprentissage.
- Speaker #0
Oui, mais cet apprentissage n'est quand même pas facilité pour beaucoup de femmes, parce que dans ce que tu dis, j'entends aussi un peu d'errance quand même. Tu vois, il y a des choses diagnostiquées hyper tardivement. Le nouveau nom, c'est le SMOP. Le syndrome métabolique ovarien polyendocrine. Et en fait, ça fait partie des choses très mal diagnostiquées. Mais bon, de toute façon, dès que ça touche à la santé féminine, c'est quand même pas... Là où il y a le plus de recherches, c'est là où c'est le mieux diagnostiqué, malheureusement. Et du coup, comme tu dis, c'est trop dommage parce que ça intensifie la lutte là où il y a besoin de plus de compréhension, au contraire, de douceur, d'attention et de... c'est ok et ça va passer savoir aussi que c'est quelque chose de cyclique alors ça reste hyper difficile à vivre mais en même temps ce syndrome prémenstruel quand tu le sais pas, le nombre de femmes que je vois faire les crises les plus monstrueuses comme par hasard tout le temps, une semaine avant leurs règles ou tout au début des règles Et en fait, c'est fou, jamais personne ne pose cette foutue question. Toi, tu arrives, tu es la première personne au monde à leur demander ça.
- Speaker #1
Moi, j'ai été très surprise dans mon parcours que déjà, je n'ai pas un professionnel de santé, notamment sur l'accompagnement gynécologique, qui a fait de lien. Parce que du coup, j'ai eu des grandes périodes d'aménorrhées. Des cycles très irréguliers. Et l'année dernière, j'ai carrément eu une aménorrhée pendant trois mois. Et absolument aucun des professionnels que j'ai vus n'ont fait de lien avec déjà le trouble alimentaire. On n'a pas du tout posé la question. Bon, heureusement que ce n'est pas pour tous et tous le cas. Mais j'ai été quand même très surprise dans les professionnels que j'ai vus de ne jamais avoir fait de lien sur la dernière que j'ai vue et que j'avais eu un problème. Ça faisait trois mois que je n'avais pas mes règles. Elle m'a quand même dit, comme vous avez pris la pilule très tôt, au moment où vous avez été réglée, on ne peut pas savoir si vous avez déjà un... Peut-être que vous aviez déjà un cycle irrégulier de base. Voilà, il n'y a même pas eu la question de poser.
- Speaker #0
Sur cette question de la ménorée, de la ménorée hypothalamique, c'est incroyable le trou béant qu'il y a. C'est-à-dire que moi, j'ai vu, il y a déjà eu des témoignages dans ce podcast de personnes qu'on envoie sur des PMA, et la question n'a jamais été abordée, en fait, du fait que c'était une améliorée hypothalamique et que c'était lié à des apports insuffisants, à trop de sport, à machin. Jamais. C'est fou. Alors qu'à l'inverse, une personne grosse, t'inquiète qu'on va lui dire, bah non, avant de pouvoir engager un parcours PMA, il faut perdre du poids, il faut... Donc, en fait, on en revient aussi à cette idée très, très grossophobe, si tu veux, qui guide quand même beaucoup de pratiques, qu'on le veuille ou non. Ah !
- Speaker #1
Non, mais c'est fou tout ce que ça englobe. Même, moi, je sais sur les humeurs aussi, les variations d'humeur. Moi, je me suis posé des questions sur, notamment l'année dernière, où j'avais des variations d'humeur. Je me suis posé des questions sur ma santé mentale, sur ces variations d'humeur qui pouvaient être très rapides. Et en fait, quand je fais le lien avec tout ça, je me dis mais oui, forcément, j'avais tellement mis mon corps dans un état de stress que ça ne pouvait pas... On n'était pas du tout sur de l'homéostasie du tout. Et je m'en suis.
- Speaker #0
Non, mais c'est clair. Il y a du chemin à parcourir en attendant. et bien toi t'as parcouru vachement le chemin et c'est trop chouette on arrive déjà au terme de notre échange avant de te poser ma dernière question je voulais m'assurer que t'avais pu aborder tout ce qui te semblait important oui bah oui de toute façon c'est un sujet dont on peut parler des heures mais déjà c'est pas mal ouais c'est vrai ça passe vite un échange oui ça passe vite en plus ma dernière question c'est de savoir ce que tu pourrais avoir envie de dire aux personnes qui nous écoutent Merci. et qui sont peut-être en plein dans un trouble alimentaire, peut-être en plein dans les crises de boulimie ?
- Speaker #1
Vraiment, on peut guérir. Moi, j'étais persuadée que j'allais vivre avec ça pendant des années. Et franchement, on peut guérir. Vraiment, je me répète, mais c'est si précieux quand on s'en libère et qu'on a vraiment cette foi déjà. avant d'être guéri, d'avoir la conviction que ce qu'on peut guérir si au moins ça peut transmettre ça déjà que ça peut arriver à tout moment aussi je voulais dire parce que moi c'est pas quelque chose qui est arrivé forcément dès l'enfance ou l'adolescence en tout cas comme ça peut être plus raccourci, que ça peut arriver à tout moment selon différentes situations, selon différents milieux, quel que soit aussi l'environnement et Et...
- Speaker #0
et qu'on peut en guérir vraiment qu'on en parle merci à toi c'était un plaisir de recevoir ton témoignage j'espère que pour moi c'est une évidence que tout ce que tu as pu dire va résonner chez les personnes qui nous écoutent et puis Moi, j'adore tout ce qui est un peu pratico-pratique. Moi, j'adore transmettre des outils et tout. Et là, je trouve ça trop bien parce que je trouve qu'il y a eu beaucoup de ça aussi dans notre échange. Et puis, ton témoignage, en plus de ça, il est porteur de beaucoup d'espoir. donc c'est trop bien je trouve ça trop chouette donc merci d'avoir offert une partie de ton histoire et de ton temps pour venir témoigner ici avec plaisir vraiment si ça peut faire écho faire raisonner chez
- Speaker #1
d'autres personnes bah vraiment ce sera ma petite pierre à l'édifice et merci de tout ce que tu fais pour pour nous qui traversons les troubles alimentaires avec plaisir merci beaucoup
- Speaker #0
Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important, c'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast. ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !