- Speaker #0
Teamplayer, mes papayassons !
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans Teamplayer, mes papayassons, le débrief ! Aujourd'hui, on va célébrer la sensibilité comme super pouvoir. On reçoit Juliette Lebourg, directrice de l'ISCOM Rouen, qui nous prouve qu'on peut être ultra sensible et directrice d'école. On peut avoir une estime de soi quasi nulle et développer un leadership fort. que les convictions peuvent porter ton assertivité plus loin que la confiance en soi. Juliette nous raconte comment elle a raté ses études d'anglais, bossé en alternance alors qu'elle était nulle en administratif, et comment aujourd'hui elle dirige une école en assumant son côté perfectionniste, sensible et battant. Spoiler alert, elle a presque fait un burn-out mais elle a appris à poser ses limites. Ça vous rappelle quelqu'un ? Alors Juliette, prête à nous montrer qu'on peut être Gen Z dans l'âme à 42 ans ?
- Speaker #0
C'est parti ! Bonjour Juliette ! Salut Émilie ! Comment ça va ? Bah écoute, ça va, on est en post-lunch break, donc voilà, c'est chouette d'avoir ce petit temps avant de re-rentrer dans l'après-midi. Ok ! Alors Juliette, est-ce que tu veux bien me présenter en quelques mots, s'il te plaît ? Je m'appelle Juliette, Juliette Lebourg avec mon nom de famille même. J'ai 42 ans, j'ai deux enfants. Et un job qui me prend beaucoup de temps, que j'adore, et qui est celui d'être directrice de l'ISCOM, qui est l'Institut supérieur de communication et de publicité. Et donc, je travaille au quotidien avec la super méga Gen Z.
- Speaker #1
Super méga Gen Z. On se connaît un petit peu, on travaille avec... Enfin, toi, tu es la directrice de l'école et moi, j'interviens auprès de tes étudiants. L'idée, c'est qu'on est là ensemble pour parler d'assertivité. Et justement, est-ce que tu pourrais nous parler, toi, un petit peu de ton parcours personnel, professionnel, parce que souvent tout est mêlé, justement, par rapport à l'affirmation de soi, des limites. Qu'est-ce que tu aurais à partager ?
- Speaker #0
Alors, j'étais au téléphone avant de revenir, là, en voiture. Et la personne à qui j'étais, je lui dis « Est-ce que tu es devant ton ordinateur ? » Elle me dit « Oui, oui. » Je lui dis « Est-ce que tu peux regarder la définition de la certivité, s'il te plaît ? » Pour moi, pour que je me prépare.
- Speaker #1
C'est mon début.
- Speaker #0
Voilà. Donc, je pense que dans mon parcours, ça a été des études d'anglais dans lesquelles j'ai globalement échoué. Et je me suis accrochée, c'est-à-dire que j'ai fait une première année, j'ai redoublé une première année, j'ai fait une deuxième année que j'ai finalement pas validée et j'ai fini un peu dépressive. Ou en tout cas, je sentais des symptômes où ça allait pas, il a fallu que je me bouge, je me suis bougée toute seule et j'ai trouvé un job en alternance parce qu'il fallait que je puisse être payée puisque je n'avais plus les bourses du coup. Donc après j'ai fait un BTS. assistant de direction qui ne correspondait pas du tout à mon profil, mais où on m'avait dit, mais oui, c'est un peu comme de la com. Enfin bon, bref, on m'a fait un beau petit paquet de cadeaux, alors que rien à voir, parce qu'en fait, il y avait le BTS Communication à l'époque qui était sorti, qui existe toujours et qui m'avait donné envie. Et voilà, et après, j'ai été en alternance. J'ai continué mes études en marketing. J'ai retrouvé la com, dans lesquelles je n'ai rien compris. Mais j'étais toujours en alternance. Par contre, le travail, ça fonctionnait plutôt bien parce que je pense que j'avais un bon relationnel. C'est-à-dire une capacité à m'exprimer, à convaincre, à être gentille. Enfin, en fait... être sincère tout simplement, qui étaient là et qui faisaient plutôt des miracles. Et je constate, pour autant, j'étais nulle sur toutes les tâches triadministratives et j'avais encore un job avec des tâches administratives. J'étais toute jeune, donc quand tu commences, tu as aussi des tâches que tu n'aimes pas.
- Speaker #1
Ah, ça, c'est du vécu. Merci beaucoup, Juliette. Le fameux syndrome du « on m'a vendu un truc qui n'était pas pour moi » . Juliette découvre ici une des règles d'or. parfois échoué, c'est juste être au mauvais endroit, pas forcément être nul. Et justement, maintenant que tu connais la définition de l'assertivité, du coup, qu'est-ce que tu as retenu de la définition ?
- Speaker #0
Alors, la définition, c'était la capacité à prendre la parole, à convaincre. Sans écraser l'autre.
- Speaker #1
Exactement. Comme on va boucler avec tes études d'anglais, ça vient du verbe tout acerque. Effectivement, c'est un anglicisme qui veut dire s'affirmer. Mais effectivement, s'affirmer, ça ne veut pas dire s'imposer, ça veut dire s'affirmer avec bienveillance, avec soi et avec les autres. Donc, c'est un peu ce que tu décris dans ton expérience professionnelle où finalement, malgré quelques manques de compétences d'ordre structurel organisationnel, Ton assertivité et ton savoir-être semblent avoir été tes super pouvoirs pour justement transcender ce sujet de savoir-faire, donc de compétences de manière très littérale. Est-ce que tu as un exemple par rapport à ça dans le vécu où tu t'es rendu compte que ton assertivité était un super pouvoir ?
- Speaker #0
Donc en fait, je me suis rendu compte très vite que quand je prenais la parole, par exemple en classe quand j'étais gamine, les gens m'écoutaient. Et au début, on s'en rend forcément compte, mais je ne voulais pas trop m'en rendre compte non plus. À ton avis, pourquoi ? Parce qu'à côté de ça, je ne faisais rien pour ça. Donc, ça ne se méritait pas. Donc, en fait, il y a ce côté où, comme tu ne bosses pas pour l'avoir, ça ne se mérite pas. Et par ailleurs, j'étais... Je n'étais pas très douée en maths. Donc, en fait, tu vois, c'était le bazar. Et ça l'a été assez longtemps. Et aussi dans ma vie professionnelle, où je me rendais, oui, effectivement, compte qu'on m'écoutait. Mais pour autant, je ne le méritais pas. Ou j'allais casser le travail que j'avais fait. Parce que, ben, les fruits de cette assertivité. Parce que, par ailleurs, je ne bossais pas correctement. Ou en tout cas, pas à la hauteur de... ce que j'imaginais qu'il fallait travailler.
- Speaker #1
En fait, ce que tu décris, c'est vachement intéressant parce que comment on peut être assertif ? La première base de l'assertivité, c'est la connaissance de soi. Parce qu'effectivement, comment on peut s'affirmer avec bienveillance si on ne sait pas ce qu'on doit affirmer ? Ça va aussi aller chercher la confiance en soi. Comment oser dire ce qu'on a à dire si on n'a pas confiance en ce qu'on dit et en ce qu'on ressent ? Et l'estime de soi, c'est-à-dire, au-delà de ça, s'estimer à ses légitimes. et que l'autre nous estime légitime pour entendre ce qu'on a à dire. Donc en fait, l'assertivité, c'est la partie émergée de l'iceberg qui nécessite énormément de confiance et de connaissance de soi. Et c'est pour ça que ça se travaille. Et c'est pour ça qu'aussi, quand tu étais petite fille, tu pressentais des choses, et à la fois pour mille et une raisons qui peuvent dépendre d'où on vient, de ce qu'on va valoriser ou pas dans nos familles. On va mettre ça à la bonne place. ou pas, on va avoir l'impression d'avoir piqué que ça vaut pas grand chose en fait c'est vraiment des choses qui se construisent avec l'expérience et le miroir que vont te renvoyer les autres aussi c'est super intéressant du coup ton parcours parce
- Speaker #0
que j'aime bien je sais pas qui écoutera mais j'aime bien partager mon expérience parce que je me dis peut-être ça peut résonner dans quelqu'un apporter quelque chose Merci. Donc moi, j'ai été accompagnée il n'y a pas très longtemps pour maintenir ma bonne santé face à une surcharge que je me suis mise moi-même. Et donc, pour pouvoir gérer ça, effectivement, tu vas dans apprendre à te connaître. Et dans le apprendre à me connaître, en fait, il faut savoir que vraiment techniquement ou scientifiquement parlant, l'estime de moi était quasi nulle. Il n'y a encore pas très longtemps, c'est il y a deux ans.
- Speaker #1
Tu étais déjà directrice de l'ISCO. Ah oui, roi.
- Speaker #0
Comme quoi. Voilà, et confiance pas très haute non plus. Mes estimes de soi étaient vraiment à quasi zéro. Mais je ne mens pas, c'est vraiment quasi zéro. Je pense que ce qui fait qu'au niveau de l'assertivité, je m'en suis toujours bien sortie, c'est que c'est mes convictions. En fait, je pense que s'il y a bien quelque chose qui est détaché pour moi de l'estime de soi, mes convictions, elles sont là, elles sont fortes, j'y crois, ça me prend les tripes. Je me dis, en tant que directrice d'école, j'ai un rôle, j'ai une mission qui va bien au-delà de former des meilleurs communicants. Et j'y crois, je me dis, mais attends, mais chaque chose qu'on peut leur dire, chaque chose qu'on peut leur apporter. Entre eux, ils ont entre 17 et 23, mais c'est trop important. Je les ai pendant 5 ans. Donc en fait, c'est plus cette confiance dans mes convictions, dans ce qui me prend les tripes, dans faire un monde meilleur, dans le fait de me dire qu'ils ont aussi... eux aussi quelque chose à apporter, je pense que c'est ça qui a boosté mon assertivité. Et puis après, à chaque fois que j'ai pris la parole, je pense à l'école ou dans ma vie pro antérieure, etc. Je pense que c'est parce que j'avais des convictions, tu vois. Je vendais des formations en langues étrangères. Mais en fait, je croyais vraiment au truc, tu vois. C'était pas fake. C'était un message. Ça va trop t'aider, c'est génial et la méthode, elle est trop bien. Donc en fait, c'était hyper... J'y croyais vraiment. Donc voilà, je pense que c'est plus mes convictions qui ont nourri et qui nourrissent encore mon assertivité.
- Speaker #1
Une directrice d'école qui apprend à poser ses limites à 41 ans. C'est bien une preuve que l'assertivité, ce n'est jamais acquis et que ça se travaille comme toute compétence.
- Speaker #0
On peut réussir professionnellement et être un paillasson.
- Speaker #1
Et ce que je trouve intéressant, c'est que tu dis, l'assertivité, pour moi, c'est d'autant plus facile quand, limite, quand je suis militante, tu vois, quand je vais m'engager. Et à la fois, tu m'as dit aussi un petit peu plus tôt, je ne sais plus de quelle expérience, je pense quand tu étais en alternance marketing, tu n'étais pas très bonne. Et à la fois, ça passait parce que justement, tu avais ce côté assertif. Donc selon toi, c'est, comment tu l'expliques ?
- Speaker #0
En fait, même si ton estime ou ta confiance en toi t'empêche parfois, ou le manque de confiance en soi te dit « regarde pas ce truc-là » , tu sais quand même que t'as des talents qui sont là. Voilà, tu sais si t'es bon en dessin ou si t'es pas bon en dessin, si t'as une bonne base ou pas. Moi, ma bonne base, c'est de prendre la parole, en fait. C'est d'analyser rapidement les choses. C'est d'avoir une vraie compréhension. de ce qui se passe chez l'autre. Et je l'ai toujours su, je l'ai toujours eu. Donc des fois, tu as confiance dans ce truc-là. Et c'est ce qui fait que malgré le manque d'estime de soi, tu y vas quand même en fait.
- Speaker #1
Oui, et puis la confiance en soi et l'estime, ce n'est pas tout à fait pareil. Tu peux avoir confiance dans ta capacité à prendre la parole en public sans avoir l'estime d'eux. Et comme l'assertivité, ça repose sur les trois piliers, connaissance, confiance et estime, parfois tu peux jouer sur... Enfin, tu peux jouer. C'est rarement conscient. Tu ne dis pas genre, si j'allais jouer. Mais en tout cas, très spontanément, tu peux t'appuyer sur l'un des trois ou les trois. Et ce que je trouve intéressant, ce que tu dis sur le dessin, il y a des gens qui dessinent bien et qui trouvent qu'ils ne dessinent jamais assez bien et qui pourtant vont continuer de dessiner et vont savoir, comme tu dis, on se sait, malgré tout que même s'ils ne sont pas... assez content de ce qu'ils font, c'est quand même plus au niveau de ce que font beaucoup d'autres. Et là, il y a peut-être un sujet de pudeur ou de franco-français où on a du mal aussi à assumer nos talents par peur de passer pour arrogants alors qu'on parle que de confiance, qui peuvent jouer aussi par rapport à ça.
- Speaker #0
C'est que c'est l'histoire de l'arrogance et de tout ça, c'est vraiment... Tu vois, moi, je fais de l'équitation. Pourquoi ? Parce que, en fait, tu n'as pas trop le droit à l'arrogance. En fait, c'est l'école de l'humilité. Et c'est l'école de l'humilité. Et en fait, moi, j'ai toujours eu peur de me la péter. Et c'est vraiment une angoisse permanente. Alors que je sais que les gens disent que je me la pète grave des fois. Mais j'ai toujours cette... Non, mais... C'est... J'ai trop... Mais j'ai trop... peur de ça. Donc, en fait, le surf, tu vois, j'en ai fait, tu te prends des vagues, tu manques de te noyer à chaque fois que tu vas dans l'eau, ben ok, garde les pieds sur terre ou sous l'eau, je sais pas. Sous l'eau ?
- Speaker #1
Ou la tête dans l'eau ?
- Speaker #0
Et l'équitation, ben même combat, en fait. Tu finis la tête dans le sable, quoi. C'est bon, en fait. Enfin, c'est bon. Je le fais pas... Je le fais pour prendre du plaisir, puisque je suis une mère. J'essaie.
- Speaker #1
mais ça t'apprend l'humilité et ça pour moi c'est essentiel ce qui est intéressant c'est que finalement ça parle de valeur de ce qui est important pour toi si on peut te blesser en attaquant ce que tu défends et ce que tu es à coeur de faire régulièrement et on en revient à la connaissance de soi par rapport à ça et justement en quoi ton assertivité te sert pour être teen player ?
- Speaker #0
Mon incertivité, dire ça va pas, je me vois, je vous vois. trouve des solutions et à être chef d'orchestre de trouver ses solutions.
- Speaker #1
Donc, à un côté, oser dire quand ça ne va pas, c'est ça ?
- Speaker #0
En fait, oser dire et régler le problème. Enfin, régler collectivement, parce que c'était trop drôle. Effectivement, je ne vais jamais réfléchir, j'analyse. Mais à un moment donné, j'ai besoin qu'on soit ensemble. pour prendre la décision et avancer et m'assurer que ça correspond au mode de fonctionnement de tout le monde. Mais oui, ça oui. En fait, mon assertivité fait de moi un leader.
- Speaker #1
Donc, ton leadership est basé, entre autres, sur l'assertivité ?
- Speaker #0
Oui. Je pense que le fait de régler des problèmes vite, de trouver des solutions rapidement, de savoir me remettre en question, de savoir dire, en fait, on a testé. c'est nul, on fait autrement. Ou de savoir dire, ok, ça on a testé, c'est bien, on pousse. Ça, vous ne me faites pas confiance, pourquoi, comment on améliore et on lance. Je pense que cette capacité à dire ça et à affirmer ce mode de management, ça fait de moi un bon leader.
- Speaker #1
La messe est dite, l'assertivité n'est pas juste une compétence relationnelle, c'est un levier de leadership. Oser dire quand ça ne va pas, embarquer le collectif vers la solution, ne pas laisser traîner les problèmes. Juliette nous montre que leader, ce n'est pas être la plus forte, c'est tout simplement être la plus claire et la plus soi-même. Tes étudiants, divers et variés, entre 17 et 23 ans, qui rentrent dans le monde de l'entreprise avec des rêves, avec des convictions. Comment tu leur présentes justement l'affirmation de soi, poser des limites, des choses comme ça ?
- Speaker #0
D'abord, il y a des cours dédiés. Donc, ça fait partie du programme, des choses qu'on va rajouter, qui ont des impacts sur le long terme. Par exemple, sur mes premières années, j'ai ajouté des cours de sport au programme. C'est juste apprendre à prendre soin de son corps, savoir qui je suis alors que je bosse, comment je suis dans un groupe, comment je suis quand je suis dans du sport individuel. En fait, ils vont peut-être... de ne pas le voir tout de suite. Mais l'idée, c'est qu'à leur serveur, dans le long terme. Parfois, quand ils sont en challenge, donc travail d'équipe, on va mettre en place un coaching autre que le coaching sur les compétences. On va avoir le coaching sur le travail d'équipe. Pour que le travail d'équipe fonctionne, il faut que le travail sur soi fonctionne. Et donc, on peut avoir, regarde-toi là dans une glace, écoute ce que tu es en train de dire, écoute. Et regarde si tu donnes de l'attention à l'autre, comment tu la donnes, etc. Donc ça, ça va être partie intégrante du programme. Parfois, on va pousser un petit peu plus loin parce que, je l'ai dit, en fait, c'est simple. J'ai des convictions. Donc, en fait, il faut mettre des choses en place pour que ça se réalise. C'est-à-dire que j'ai envie qu'il rentre dans le monde du travail en se disant, je suis bien dans mes baskets. Plus je suis bien dans mes baskets, plus je peux travailler correctement et plus je peux travailler correctement en équipe et éventuellement partager aussi les raisons pour lesquelles moi, je suis bien dans mes baskets. Donc ça, c'est toutes ces petites choses qu'on va faire en plus ou pendant les cours. Et après, poser des limites. Là, je dois dire que ça vient vraiment dans les cours et ça ne vient surtout pas de moi parce que j'ai appris il n'y a pas longtemps à le faire et c'est un peu difficile. et je ne sais même pas Comment le traduire ? Enfin, moi, j'ai appris à mettre une clôture autour de ta maison.
- Speaker #1
Ça, c'est l'image qui t'accompagne.
- Speaker #0
C'est l'image qui m'accompagne. Donc, tu vois, elle me correspond parce que je suis quelqu'un de visuel. Je sais très bien que je n'ai pas que des visuels autour de moi. Donc, je ne sais pas, je ne suis pas encore calée là-dessus. En revanche, le être-soi. assumer qui on est, assumer ses convictions, tout, ça, c'est possible dans mon école.
- Speaker #1
En fait, c'est un vrai... Moi, ce que j'entends et ce que je trouve vraiment intéressant, surtout dans ton rôle, c'est qu'il y a quelque chose d'assez modélisant dans ton parcours, du coup. Et c'est pour ça que tu le partages probablement aussi avec tes étudiants. Et aussi, le fait que... Tu vois, par rapport à ce que tu disais... Il y a l'exemplarité, mais en fait, comme tu le dis, ce ne sont pas des choses qui s'apprennent. Tu peux comprendre théoriquement à quoi ça ressemble, l'assertivité et quelle est l'intention, mais c'est quelque chose qui s'expérimente et qui se vit. et qui s'apprend petit pas par petit pas. Et le fait de mettre à disposition un espace où on peut viler la poubelle, mais on change le sac derrière, tu vois le côté constructif, et on a un espace pour le faire finalement, l'école est la première marge vers le monde de l'entreprise et vers l'extérieur, donc ça les autorise aussi potentiellement à se dire que peut-être, si c'est comme ça ici, ça peut être possible. aussi ailleurs. Et justement, par rapport à ça, tu as quel retour sur tes étudiants en entreprise ? Qu'est-ce qu'on dit d'eux sur leur capacité à s'intégrer, à s'affirmer, à être une player ?
- Speaker #0
Les tuteurs d'entreprise disent que quand ils ont un ISCOMien, c'est pas comme... En fait, ils ont des étudiants qui sont bien élevés, donc ça, c'est lié aux familles des étudiants. Mais on sait que nous aussi, on travaille derrière pour maintenir ça, qu'ils s'expriment bien, qu'ils ont un bon comportement et la bonne posture. Et ça, je trouve ça... Ça veut dire qu'on y est, quoi. Tu vois, quand j'ai ce retour d'entreprise, quand j'ai des entreprises qui me disent « Mais nous, maintenant, on ne prend que des ischomiens » , Mouah ! C'est le bonheur, quoi. Parce qu'aujourd'hui, moi, je préférerais bosser avec quelqu'un qui a un savoir-être et à qui je peux apprendre plutôt que quelqu'un qui sait bien bosser mais qui a un savoir-être déplorable, quoi.
- Speaker #1
Donc, pour soi, quelqu'un qui n'est pas team player, donc qui a un sujet de posture, de manière de se présenter un petit peu aux autres, surtout, enfin, tu as un métier public, pour le coup, enfin... Il y a un vrai sujet de représentation. Et ce serait quoi d'autre, genre, vraiment le pire truc que tu puisses avoir dans une collaboration avec un alternant ou même un manager ou un collab, un membre de ton équipe ?
- Speaker #0
Ben, il y a... Qu'est-ce qui m'énerve ? Les retards, il me semble. Les retards, je n'aime pas. Enfin, je n'aime pas si je ne suis pas prévenue. quelqu'un qui... En fait, moi, je n'ai aucun problème sur le fait qu'on fasse des erreurs, même la plus grosse erreur. Mais en fait, moi, je suis là pour trouver des solutions. Donc, si tu me le caches, tu vois, ça, c'est compliqué.
- Speaker #1
Donc, quelqu'un de cachotier ou un peu mensonge ?
- Speaker #0
Cachotier, quelqu'un qui dit oui devant et en fait, flingue ton projet derrière. Tu vois, ça, je préfère qu'on me pose la quête. qu'on me dise « je ne comprends pas » ou « ça n'a pas de sens » ou « je ne suis pas d'accord » que quelqu'un qui défonce tout derrière.
- Speaker #1
Donc, il y a un sujet d'autorité et de franchise finalement.
- Speaker #0
Je n'ai pas de problème. Des fois, je n'ai pas de problème avec la franchise, mais je peux quand même dire l'autre jour, j'ai quelqu'un qui s'exprime franchement en face de moi et je me suis un peu irritée. Et il me dit, ouais, mais tu me demandes d'être franc. Ouais, bah, en même temps, t'es franc, y'a pas de problème et j'accepte, mais bah, j'ai des émotions, donc, bah là...
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. C'est pas parce qu'on a demandé qu'on apprécie.
- Speaker #0
Ah ouais.
- Speaker #1
T'as besoin de franchise, mais toute vérité est peut-être bonne à dire, mais y'a peut-être une manière de la dire aussi. Enfin, tu vois, c'est... L'assertivité, c'est aussi ça, y'a le côté miroir, tu vois, bienveillance pour soi. Mais aussi pour les autres. C'est-à-dire que ça ne veut pas dire s'imposer, ça ne veut pas dire de l'autoritarisme, c'est aussi faire avec. C'est un pango, ça se danse à deux. Ce n'est pas je lâche mon caca, je dis ce que j'ai à dire, on a réussi à dire caca, et on le laisse au milieu de la table.
- Speaker #0
Alors, tu vois, le problème de ma position, c'est qu'on me lâche les cacas.
- Speaker #1
Tu as beaucoup de cacas.
- Speaker #0
Ben, finalement, ouais. Et des fois, alors je pense que c'est le job de beaucoup de dirigeants. En fait, je n'ai pas de problème. Des fois, tu te dis quand même, mais putain, mais tu me lâches ton caca. Mais tu te poses la question de ce que je vais en faire ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il m'éclabousse ? Est-ce qu'il va être digéré ?
- Speaker #1
Digérable ?
- Speaker #0
Digérable ? Est-ce que… Enfin, en fait, des fois, c'est un peu ça, quoi. Tu vois, c'est-à-dire… Je disais, pardon, mais je suis en... Je suis un être humain en fait. J'aime pas qu'on me parle mal. Maintenant, je pose mes limites. Avant, je les posais pas. Et donc avant, je me disais, donc je me laissais mal parler, je me disais mais qu'est-ce que j'ai fait ? Comment je vais faire ? Comment je vais faire pour rattraper ça ? En fait, j'étais paillasson. Jusqu'à ce que j'apprenne que j'étais paillasson parce que je me laissais être paillasson et que ce qui se joue, ce n'est pas forcément ça et que je suis plus paillasson.
- Speaker #1
Merci Juliette pour cette image poétique. On aime bien parler caca. L'assertivité, effectivement, ce n'est pas juste balancer tout ce qu'on a sur le cœur sans se soucier de l'autre. C'est un tango, ça se danse à deux. Dire les choses avec franchise, oui. Mais avec bienveillance, l'intention doit être de progresser, pas de juste vider la poubelle. Sinon, c'est juste de l'autoritarisme déguisé. On arrive à la fin de notre entretien, mais du coup, tu as pris conscience de quoi ?
- Speaker #0
Alors, que j'aime toujours autant mon travail. Donc ça, c'est bien parce que j'ai aussi fait des choix d'organisation de travail qui me permettent d'être au plus proche. Des étudiants, et c'est ça que je kiffe. Aujourd'hui, je les connais tous. Je pense qu'il y a des directeurs qui ne connaissent pas l'intégralité de leurs étudiants, mais qui vont connaître leurs chiffres ou la pédagogie sur le bout des doigts, qui vont connaître d'autres choses qui vont correspondre à leurs convictions. Mais moi, j'ai fait des choix qui me permettent d'être au plus proche des étudiants parce que c'est là où je me sens utile. Et ça me correspond, donc je me dis « Ah bah, c'est cool, ça tombe bien. » Qu'est-ce que j'ai appris ? J'ai appris que tiens, tiens, le être soi, avoir confiance en soi, savoir qui on est, être bien dans ses baskets, c'est ce que je veux pour les étudiants. Oh bah, Floulou, il dirait que... J'avais pas ça à un moment donné et que j'ai comblé, j'ai fait des projets. Attends, comment on dit ?
- Speaker #1
Projections.
- Speaker #0
Des projections, voilà, chez eux. Mais je me dis qu'elles sont plutôt saines pour eux. Donc voilà, j'ai pris conscience que j'avais une super équipe, mais je le savais déjà. Mais de leur dire ça fait du bien parce que j'ai confiance en elles. Donc voilà, je me suis aussi rendue compte que le travail que j'ai enclenché…
- Speaker #1
Veille ?
- Speaker #0
Oui. Tu vois, c'est des trucs tout bêtes, mais c'est quand même cool quand tu me dis… Juste de pouvoir dire le fait que le travail fonctionne, ça veut aussi dire que, tu vois, de le dire, ça veut dire que l'estime de soi est remontée aussi. Enfin, je ne sais pas où elle en est, mais elle est remontée. Donc voilà ce que ce petit entretien toutes les deux m'a permis de réaliser dans des moments qui peuvent être… En fait, je trouve que dans les moments difficiles, il ne faudrait pas oublier d'avoir ces petits temps d'échange où tu peux dire « Eh, mais en fait, chemin parcouru ! » ce que des fois, enfin, il faut comme... C'est des fois, tu as envie de tout plaquer. Des fois, il n'y a rien qui va. Des fois, tu te dis, mais à quoi ça sert ? Enfin, tu vois, comme tout le monde, je pense. Dans les moments difficiles, fais chier, tu en as marre. Tu te dis, mais je suis nulle. Pourquoi je fais ça ? Et puis, je ne fais rien comme tout le monde. Tu vois ? J'ai un mode de management. Alors, qui doit... Je n'ai pas fait d'études de management, mais qui doit correspondre à un mode de management. Mais... L'organisation du travail tel qu'elle est faite dans mon école, elle ne correspond à rien.
- Speaker #1
À rien de ce que tu as connu ?
- Speaker #0
À rien de ce qui existe dans les autres écoles. Et les gens me disent, mais Juliette, pourquoi tu n'es pas organisée comme ci ? Pourquoi tu n'es pas organisée comme ça ? Je me dis, en fait, désolé les gars, arrêtez, mes chiffres sont bons, tout va bien, mon école tourne, tout le monde a le sourire, mes équipes sont investies. En fait, je ne vais pas changer de modèle. quand ce... ça se compliquera, je me remettrai en question. Je n'ai jamais eu de problème à me remettre en question. Donc voilà. Très bien.
- Speaker #1
En termes d'émotion, tu te sens comment ?
- Speaker #0
Tu vois, je me dis, j'ai un truc qui me pèse sur le cœur depuis quelques jours qu'il faut que je règle. Tu es venue chercher ce truc-là sans que je le veuille ? Alors qu'on n'en a pas du tout parlé. J'ai envie de chialer, mais ça fait trois jours que je me retiens.
- Speaker #1
C'est le moment.
- Speaker #0
L'allée de go ? Non, non, je ne vais pas le... Mais je vais aller régler les trucs qui me contrarient. Du coup, tu vois, à chaque fois que tu vas à l'intérieur de tes émotions, de tout ça, où vraiment j'ai zéro problème à faire ça, c'est un domaine dans lequel j'ai plutôt des facilités d'ailleurs, ben ouais, tu es un petit peu remué. Et voilà, mais je me dis... Quand tu es directrice d'une école de com, tu sais que tu as aussi une partie des étudiants qui ont une sensibilité forte.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et que c'est ce qui va faire la qualité de leur créativité, si on arrive à bien nourrir leur curiosité, et la qualité de leur création, que ce soit en termes de plan de com, de visuel, de mots, de tout ça. Et je me dis que mon job sur cette population de gens un peu sensibles, c'est de montrer que c'est aussi, que même si c'est difficile à vivre, même si là, tu vois, on est allé chercher dans… Tu vois, on n'a pas fait grand-chose, j'ai juste parlé un peu de moi. En fait, comme je suis sensible, c'est plus fort, donc j'ai envie de chicaler. En fait, ce n'est pas grave. et que... Si je peux dire à ces étudiants que le fait d'avoir accès aux émotions, aux tiennes ou celles des autres, peu importe, c'est souvent les deux, que c'est plus un don qu'un fardeau. Tu vois, c'est chiant de se dire, « Je suis encore chialée, là ! »
- Speaker #1
Ce sera à 3h23, il est moins de 15h.
- Speaker #0
Oui, je me dis, mais en fait, à côté de ça, c'est tellement un... C'est tellement un don à d'autres égards que justement l'assumer, ben tu vois, moi ça m'a menée à mon job aujourd'hui. Et c'est pour ça que je me dis, le rôle sur l'assertivité en tant que directrice d'école ou en tant que Juliette Lebourg aujourd'hui, mon job là, il est trop important pour le laisser passer.
- Speaker #1
Ici, Juliette nous livre un des secrets les mieux gardés du leadership. La sensibilité est un don, pas un fardeau. Oui, c'est pénible de pleurer pour un oui ou pour un non. Mais cette capacité à ressentir, c'est aussi ce qui permet de voir l'autre. Et ça, c'est du leadership de haut niveau. C'est même une base essentielle. Alors, les hypersensibles, célébrez-vous. Vous êtes super. Alors, un mot de la fin ? Je pense que quand on se sent paillasson,
- Speaker #0
il faut aller chercher ce qui fait qu'on se sent paillasson. qu'est-ce qui est en train de se jouer au moment où je me suis sentie paillasson. Est-ce que j'ai kiffé être paillasson ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui, non. Si c'est non, est-ce que je ne veux plus jamais que ça se reproduise ? Si c'est non, est-ce que c'était acceptable ? Et en fait, en partant de là, je trouve que tu peux venir te construire aussi en cherchant bien qui tu es. en étant bien qui tu es, en fait, c'est... En fait, c'est plus facile d'avancer, je trouve, et d'aller là où tu veux aller. Et après, team player, toi, tu sais qui tu es, mais n'oublie pas qu'à côté, tu as quelqu'un qui ne sait peut-être pas qui il est, et peut-être complètement différent, etc. C'est trop important quand on veut que ça fonctionne bien d'avoir ce truc tous ensemble.
- Speaker #1
Super, merci pour ce mot de la fin, Juliette. N'oublie de rien. Merci, merci.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce qu'on retient de cette masterclass avec Juliette ? D'abord, que l'assertivité peut s'appuyer sur tes convictions. Juliette nous a montré qu'on peut être hyper performante et vulnérable. Que la sensibilité, loin d'être une faiblesse, peut être ton plus grand atout de leadership. Elle nous a aussi rappelé que poser des limites, ça s'apprend à tout âge. Et surtout, elle nous a dit un truc essentiel. Quand tu te sens paillasson Pose-toi la question, est-ce que j'ai kiffé ? Si la réponse est non, c'est que tu as un boulot à faire, sur toi, sur tes limites, sur qui tu es. Et vous, chers auditeurices, où en êtes-vous ? Est-ce que vous lâchez votre caca au milieu de la table ou vous dansez le tango ? Une chose est sûre, après avoir écouté Juliette, vous avez toutes les cartes pour devenir un team player qui assume sa sensibilité. Allez, bisous !