- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à toutes et à tous sur le podcast Terramucho, le podcast qui amplifie les voix des femmes. Il existe des terres qui vous habitent, même quand elles sont menacées. Des terres qui ne sont pas seulement des paysages, mais des vies, des mémoires et des résistances. Mon invité aujourd'hui vient de Andapa, dans la région des Sabah, au nord de Madagascar. Une région riche, fertile, vibrante, et pourtant traversée par des tensions, des litiges fonciers, des injustices silencieuses. Elle a grandi dans une famille où parler était un acte politique, où se taire n'était pas une option du tout. Alors, elle est infirmière de formation, mais très tôt, elle a compris que soigner ne pouvait pas se limiter aux médicaments, que la forêt apaise, que les plantes guérissent. Et protéger la nature, c'est aussi protéger les corps, les communautés, les terres qui les nourrissent et qui abritent. Son engagement est militant. Il est parfois coûteux. Il a mené jusqu'en prison en 2023. Mais pour elle, défendre l'environnement et les droits humains n'est pas une posture écologique abstraite. C'est une question d'injustice, de justice. Car quand les familles sont expulsées de leur terre, ce ne sont pas seulement des hectares qu'on perd, ce sont des vies qu'on déracine. À travers son organisation, elle agit pour le reboisement, la valorisation des ressources locales, la récupération des terres, l'autonomisation des jeunes et des femmes. Mais au fond... Son combat est plus vaste. Il s'agit de défendre les droits de rester, de cultiver, d'exister, de rester vivant. Dans cet épisode, nous allons parler des terres, des libertés, du courage, de l'impatience, de la patience, de ce moment où l'on comprend que l'engagement n'est pas un choix, mais une nécessité intérieure. Natasha, bienvenue à toi.
- Speaker #1
Merci beaucoup, merci. Wow, c'est beau comme présentation. Merci. Merci,
- Speaker #0
merci à toi. Alors, peut-être avant de commencer, est-ce que tu pourrais nous dire, Natassa, qui tu es, d'où tu viens profondément, ta terre d'origine, tes racines ?
- Speaker #1
Alors, je suis Razafia Kusuma Renatassa. Renatassa est un pays différent, ce n'est pas si hasse comme d'habitude, mais comme Madagascar. On n'a pas de si hasse. C'est ça, oui. C'est un pays traditionnel, unique. différents. Donc, je viens du nord de Madagascar, nord-est de Madagascar, là où il fait chaud. À Sambave, j'habite à Sambave. J'ai grandi à Ndap. Mes parents viennent d'Antalya, parce qu'il n'y a pas de district. Donc, je me dis que je viens de la région, parce que j'ai bien compris partout.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Donc, je travaille dans l'association Tanuva Tiaswar Masava, qui s'est créée en 2016. C'est une association qui à la base fait de l'entrepreneuriat des ailes, l'autonomisation des ailes, l'employabilité, la création d'emplois et tout. Mais qui a petit à petit, à cause de l'environnement, de l'ingénieur social qui s'entouche, de tous les problèmes des droits qui sont autour de nous, des droits de l'homme, des droits des enfants, des droits des femmes, a basculé dans l'activisme. Le militantisme et la protection de l'environnement qu'on détruit aussi. Donc, c'est là mon petit monde.
- Speaker #0
Ok, c'est hyper intéressant de voir d'où tu viens. Ton militantisme ne vient pas de nulle part, n'est-ce pas ? Il y a eu une culture dans ta famille qui t'a poussé. Tu peux nous parler un peu de l'environnement familial dans lequel tu as grandi et qu'est-ce que tu as fait ? puis dans cet environnement qui t'a amené aussi à faire ce que tu es en train de faire aujourd'hui.
- Speaker #1
Donc, j'ai vécu avec mes parents. Mon père était infirmier. C'est pour ça que plus tard, j'ai fait l'infirmière, même si ce n'était pas mon rêve. Et donc, il était politicien. Il a toujours été dans les politiques. Il a toujours un peu milité. On écoutait la radio tous les soirs pour suivre les nouvelles. On était au courant sans s'en rendre compte petit à petit. depuis tout petit. Et donc, j'ai toujours vu mon père agir et participer, parler. Et pour lui, la place des femmes, ce n'est pas la cuisine. Même si là où j'étais, c'était ça. Donc, moi très petite, il me faisait conduire alors que c'était interdit pour les femmes. C'est parce que c'était la première petite fille qui conduisait la moto dans la région. Alors que les autres petites filles sont dehors, nous, on était à l'intérieur à l'écouter. Et on nous demandait notre avis. Donc, c'était un féminisme un peu bizarre à l'époque, un peu différent. On a le droit de sortir, on a le droit de parler, on a le droit d'agir. Et c'est peut-être ça qui m'a motivée à parler. Je n'ai jamais eu de blocage pour se dire, ah, je suis une femme, donc je ne dois pas parler. Non, à chaque fois, je parle parce que j'avais l'habitude d'être écoutée chez moi.
- Speaker #0
C'est un terreau magnifique dans lequel tu as grandi. Et on voit bien, en fait, finalement, qu'une partie de qui nous sommes, c'est aussi l'héritage qu'on reçoit dans notre environnement familial. Mais je pense que notre héritage... que nous donnent nos parents, c'est les noms qu'ils nous transmettent. Alors, je ne vais pas prononcer ton nom parce que je ne vais pas l'écorcher, mais je te laisse nous dire, est-ce qu'il y a une signification particulière ?
- Speaker #1
Il n'y a pas vraiment de signification particulière, mais il y a une partie que j'adore parce que c'est trop long d'expliquer. Mais juste les derniers, les derniers qui sont toi. Sua, ça veut dire bien, ça veut dire bonne. Être bonne, être bien, être bienveillant autour, être solidaire aussi.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
ça reflète beaucoup de choses pour moi. Je me suis même dit récemment que je vais changer mon nom et garder cette partie-là.
- Speaker #0
Sua, mais j'ai connu une fille à Madagascar qui s'appelle
- Speaker #1
Sua. C'est beau comme nom, c'est court, c'est facile à prononcer aussi. Et ça reflète beaucoup de choses. Après, les Natasa. je l'aime bien aussi c'est un peu étranger c'est pas la langue malgaste mais il y avait eu une histoire à propos de ça comme quoi les gens qui écrivaient les noms ne savaient pas écrire ces races donc ils ont fait le SSA et mon père ne sait pas ce qui s'est passé mais ils ont tous confondu les critères des noms ce qui fait qu'à chaque fois qu'on me demande il y a une erreur Merci. Je leur ai dit non. Non ? Non. J'ai même cherché sur Google s'il y en a comme ça. Il y en a rarement. Donc, ça fait des mois, quelques-uns de différents. Je me suis dit que j'étais différente dans les critères des mots. Je suis différente dans tout ce que je fais.
- Speaker #0
Eh bien, sur le malentendu, mais ça a bien marché pour toi. Ça te rend unique et tu adores ça. On va aller un peu plus loin pour comprendre le travail que tu fais. Tu as commencé à parler de ça tout à l'heure dans ton introduction. Mais avant d'aller même dans ces détails-là, je voudrais comprendre pour toi, est-ce qu'il y a eu un moment, un événement, une rencontre qui t'a mis sur ce chemin ?
- Speaker #1
Pour la justice environnementale, c'est plutôt mon parcours, parce que je suis infirmière à la base. Et dans cet environnement-là, qui utilise tout ce qui est produits chimiques, qui est très stressant aussi. Je me rappelle, tout à l'heure, j'ai commencé en 2014, j'avais 50 kilos. Et au bout de quelques mois, j'étais arrivée à 125 kilos. Vraiment malade. Mais physiquement, j'étais malade. Une alternative pour me guérir, mais pas les médicaments chimiques, mais autre chose. Donc, j'ai trouvé les plantes médicinales. J'ai cherché ce qu'il y avait dans les plantes médicinales à Madagascar. Je me suis mis sur la méditation. C'est là que j'ai commencé à faire de la méditation, le yoga et tout. Je n'arrivais plus vraiment à respirer quand je montais les escaliers. Et petit à petit, avec ces plantes-là, avec les sorties dans les parcs, j'ai essayé de découvrir tous les parcs nationaux qui sont autour de la région. Et j'étais guérie, j'étais bien dans ma peau, j'étais bien dans ma tête, tout. En fait, c'était un pays aligné. Je me suis dit, la guérison, j'essaie, on a besoin d'hôpital. Mais il y a des guérisons qui passent par la nature. Les plantes médicinales qui passent par les parcs nationaux, qui sont en train d'être détruites, qui sont en train de diminuer dans la région. Et il faut les prothéser. Parce que notre santé, ça dépend de ça. Quand on va dans la capitale de Madagascar, on a un temps de la vie. Même l'air qu'on respire... Ce n'est pas très sain pour la santé. Alors, il faut protéger la nature. Ce n'est pas que pour la nature, ce n'est pas que pour voir des beaux paysages. Notre propre santé.
- Speaker #0
Notre propre vie en dépend. On voit bien qu'il y a un lien fort que tu fais entre santé et environnement. Et on comprend bien, c'est à la suite d'une situation personnelle que tu as pris cette conscience que protéger la nature, ce n'est pas elle. C'est vital pour notre... santé, pour notre bien-être. C'est une nécessité. Ok. Et du coup, tu as créé ton organisation. Je vais juste te laisser nous dire les noms. Moi, je ne parlerai que des abréviations. C'est un peu difficile, Malagasy, pour moi. Même s'il y a quelques petits mots que j'arrive à prononcer. Donc, tu as commencé ton organisation. Est-ce que tu peux nous dire un peu ce que tu fais ? Et on sait qu'au cœur de ce que tu fais, comment on va dire, c'est l'intersection des droits humains, santé et environnement, et même économie. Tu combines tout ça, dites à ceux qui nous écoutent, qu'est-ce que tu fais, qu'est-ce que c'est ton organisation et qu'est-ce que vous faites concrètement ?
- Speaker #1
Donc, l'association, ça s'appelle TAN, c'est le nom de la région, les quatre districts. Et TAN, nous, à Thierry-Fivois-Renna-Sava, ça veut dire les personnes qui aiment le développement. Moi, je vais toujours un peu plus loin spirituellement dans la définition de ces mots. Dans cette dimension-là, comme je vous ai dit, on a commencé par l'autonomisation économique, parce qu'il n'y a pas de travail, il faut en créer. Il y a énormément de taux de chômage dans Madagascar. Donc, il faut créer du travail ou trouver du travail. On a commencé... à faire des petites formations pour l'entrepreneuriat, des petits gargots. J'ai même créé les miens parce que je voulais vivre les parcours avant de les partager. C'était comme ça que j'ai eu un petit gargot spécialité traditionnelle. Et après, on a aussi fait de l'aide d'accompagnement pour trouver du travail. Et puis petit à petit, on a commencé avec les femmes parce que la plupart des membres de l'association sont des femmes. qui sont victimes de violences, violences domestiques, qui ne trouvent nulle part où aller quand elles sont frappées chez eux, maltraitées chez eux. Donc, on a monté un projet sur ça en 2022. Puisque les femmes amènent leurs enfants, on a combiné les deux, donc prise en charge des femmes victimes de violences et les enfants qui vont avec. Et c'est comme ça qu'on a basculé dans le droit des femmes. Le droit des enfants. Il n'y a pas de protection de l'environnement s'il n'y a pas de protection des personnes qui sont victimes. Ils sont traumatisés, ils sont capables de détruire les choses qui sont autour. Ils ne respectent pas les choses qui sont autour, que ce soit la nature, la terre, l'eau. Ce sont les personnes stables, conscients, protégées, qui peuvent... préserver la nature. Donc, on a fait ça. Et après, en 2023, il y a eu des membres de l'association, les femmes qui étaient dans ce programme-là, qui ont été victimes d'expulsion des terrains. Ils vont où ? Ils vont chercher quel terrain après ? Peut-être les parcs qui sont à côté. migrer dans d'autres alliés qui sont interdits et donc on a protégé ces femmes là et c'est comme ça que je me suis retrouvé face à des on va dire mafias mafias de la région qui s'aggravent par les terrains qui s'aggravent par tout ce qui est économique qui sont des épidémies chinoises d'autres personnes très très riches et qui ont essayé de m'éliminer en portant plainte. Il y avait, en moins de deux mois, j'ai reçu plus de sept plaintes. C'était très rapide, ils sont très forts, ils sont très organisés. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée en prison. C'était dans le cadre des protections des femmes qui étaient emprisonnées avant moi. Et on s'est fait l'erreur. En nourriture, on s'est occupé de l'avocat et ça n'a pas plu. Donc, la terre, c'est la base. C'est là où on pose tout ce qui est la nature. Prothéser la terre, c'est aussi prothéser la nature. Et offrir des terrains où vivre à des familles, c'est aussi s'assurer que les terrains protégés, les parcs qui sont autour et la nature qui est autour de nous soient aussi protégés. Ces facteurs-là sont combinés. Il faut que ce soit équilibré. Avoir un lieu où vivre et avoir un droit qui est respecté, c'est soit par la nature. et gagner de l'argent à travers le travail. On a fait une formation sur la transformation des fruits pour les jeunes et les femmes. La plupart sont des fruits. On a beaucoup de fruits qui pourrissent au marché parce qu'on ne peut pas tout consommer. Comme ce sont des fruits de saison, la plupart des saisons, on n'en a pas. Pendant deux mois, il y en a plus. Donc la formation, c'est les confitures, c'est ça, c'est des fruits. Et comme ça aussi, on mange bio, parce que nos fruits sont bio. On ne va pas venir à un jus de fruits spécial, des paris, des transés pour les boire. On en a. Nous, on a différents fruits. On a énormément de fruits, de légumes. Et consommer local, c'est aussi protéger la nature.
- Speaker #0
La nature, évidemment. Donc voilà, si on comprend bien, il y a vraiment ces questions des terres qui sont au cœur des enjeux dans la région de Savas. Mais quels sont les autres enjeux qui font la pression sur l'environnement dans cette région-là ?
- Speaker #1
Ce qui fait vraiment la pression sur l'environnement, c'est le taux de chômage. Comme je l'ai dit, il n'y a pas de travail, donc ils vont couper les autres régions qui sont à côté. ont eu des problèmes sur les bois de rose qui étaient très célèbres à l'époque et qui ont été bloqués par la communauté internationale après. Parce que ça coûte très cher, c'est exporté en Chine et les Indes peuvent basculer dans ça quand il n'y a pas de travail. Maintenant, la région est très riche en fait. Il y a la vanille, il y a les ziroufles, il y a le café, il y a le cacao. C'est un problème dans la raison parce qu'à un moment donné, la vanille a été très très chère.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et donc, tout le monde s'est abasculé dans la vanille. Et les fruits, même les fruits, après, il n'y en avait plus parce que tout le monde s'est spécialisé sur la vanille. Même à un moment donné, on faisait venir les tomates de Tadanari. Imaginez alors que... On est dans une région qui est très, très riche. On a les terres qui sont tellement fertiles. Et nous, on sait venir les légumes d'ailleurs. Le prix de la vanille a diminué. Et après ça, on a un peu diversifié. Oui, on y travaille parce que la vanille est très, très bas. Donc, on est revenu sur les légumes et tout. On est en train de reprendre l'équilibre qu'on avait avant.
- Speaker #0
Hum, hum, hum. C'est... Tout est question d'équilibre, comme tu dis, parce que justement, les monocultures, ils ne sont pas bons pour l'environnement. Ils vont tuer certaines espèces, faire fuir d'autres ou faire proliférer des autres. Tout est question d'équilibre. Donc du coup, Anastasia, est-ce que tu peux nous parler d'une réalisation qui est restée dans ta mémoire comme une grande réussite pour ton organisation, pour tes actions ? Qu'est-ce qui reste en fait comme une réalisation que tu vas toujours te rappeler, en tout cas jusque présent ?
- Speaker #1
Il y en a pas mal. C'était deux, trois. En 2021, on a fait un salon de l'agriprime. C'était une toute première dans la région qui a valorisé les petites entreprises, les petits artisans de la région. Parce qu'habituellement, quand il y a un salon économique, ce sont pour les grandes entreprises. Et c'était une valorisation, mais c'était une mise à réseau des entrepreneurs locaux. Et après, on a fait les procès pour protéger les femmes en 2022. Et ça, c'est trouver une pension de vie, en quelque sorte. Oui, parce que c'était un problème qu'on voyait tous les jours, qu'il y a des enfants qui sont victimes de violences. Et après, on trouve nulle part où ils vont toujours revenir dans la famille où ils ont été victimes, ou des femmes qui apparaissent. Et c'était une autre alternative d'aider ces femmes, de protéger ces femmes, de trouver une solution pour elles. On a mis en place aussi... d'une formation d'autonomisation dans ce contexte-là, des insources psychologiques. Le reboisement, on a fait du reboisement des plantations. Le reboisement tient dans la raison. Nous, on a pensé que reboiser des arbres fruitiers, c'est aussi avoir une entrée d'argent plus tard. C'est plutôt le reboisement d'arbres fruitiers qui va devenir, qui va nourrir. la famille, les enfants plus tard. Et c'était vraiment complet et équilibré. Même les présences psychologiques, ça n'existait pas dans la région. S'il y a un traumatisme, tu te débrouilles. Les fous, les folles, les anormaux. Et c'était vraiment bien. Oui, c'était ça.
- Speaker #0
Alors, tout ça menait, tous ces projets, à tous ces fronts. Comme tu as dit, en 2023, ça a été beaucoup de plaintes sur toi, beaucoup de pression. Qu'est-ce qui est le plus difficile quand on est militante et dirigeante d'une organisation ? Qu'est-ce qui est le plus difficile pour soi pour gérer tout ça ?
- Speaker #1
C'est être patiente et se convaincre en les autres. C'est ça qui est très, très difficile pour moi. En fait, je suis quelqu'un de très, très pressée. Je n'ai pas trop perdu de temps. Et pour moi, si je vois qu'un projet va bien, il faut le mener vite fait. Et dans une équipe, ce n'est pas comme ça. Il y en a qui bougent plus lentement que d'autres. Et donc, attendre et comprendre, c'est très, très difficile. Après, moi, j'ai eu la chance de voyager. J'ai même fait une formation de méditation. Donc, c'est une compréhension. prise de conscience un peu plus rapide. Et donc, expliquer par exemple que c'est nécessaire d'aller voir un psychologue, c'est difficile. Il faut comprendre qu'on m'a expliqué à travers les croyances qu'on a dans la tête, et c'est très, très difficile. Récemment, on a fait une formation sur le travail. Dans la maison, il y a des jours qui sont tabous. Donc, disons Merci. Les mardis et les édits, on ne travaille pas. C'est comme ça. Il n'y a pas de discussion.
- Speaker #0
Je n'ai jamais entendu ça. Ça vient de quelque part.
- Speaker #1
C'est la région. En Thalas, j'ai observé ça. Je ne sais pas si c'est un tabou qui vient de très, très loin. Mais quand tu es en 2026 et que tu dois nourrir la famille, Par exemple, les petites... Dans un monde comme moi, tu vas fermer tous les mardis et les jeudis, c'est une perte d'argent. Convaincre qu'il faut quand même travailler pour vivre. Pour vivre, c'est très, très difficile. Je vais te raconter une petite anecdote. Quand j'ai fini mes études à Tanna, je suis rentrée chez moi pour attendre l'affectation. Je suis restée en Brousse, là où mes parents habitaient. pendant trois mois. Et chaque jour, je suis choquée de voir que les gens travaillent à 9 heures. Donc, ils vont au centre pour cultiver. Vers midi, ils prennent la sieste. Ils reprennent. Vers 4 heures, ils rentrent à la maison. Donc, ce n'est pas un tableau du tout. Ils cultivent juste pour survivre alors qu'ils ont des hectares. Par exemple, ma famille a huit hectares. Oui.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Pas pour survivre. Alors qu'ils ont le temps de faire plus. Ils ont le terrain pour faire plus. Et c'est un sens de mentalité qu'il faut vraiment faire. Surtout dans le Nord. Les faire rêver leurs mots. D'autres alternatives pour que... il se bouge un peu. Mais ça demande du temps, ça demande beaucoup d'énergie.
- Speaker #0
Du coup, c'est une bonne transition parce que je me demande comment tu fais ça. Je ne connais pas trop bien le contexte du nord de Madagascar. Comment tu fais ça quand tu as commencé tout ça très jeune et puis tu es femme. Est-ce qu'il y a eu des moments où tu as senti que parce que tu étais femme justement que Merci. Ça pouvait être plus compliqué pour toi en fait, de faire ce travail-là, ou de convaincre, ou d'être écouté.
- Speaker #1
Oui, moi, je suis quelqu'un qui ose beaucoup de choses, donc je n'ai pas trop de problèmes sur ça. Mais il y avait eu un moment, c'était très récent, pendant la grève dernièrement, où c'était moi qui ai aidé à organiser plein de choses, et donc j'étais la chef d'équipe. Et quand on a fait une réunion, les préfets, c'était les préfets, Merci. Il devrait être éduqué, quoi. L'acceptation des arts et tout. Il ne devrait pas poser question. Et donc, pendant toute la réunion, c'était une réunion importante pour lui. Il ne m'a jamais regardée. Il a regardé les hommes. Il y avait huit hommes avec moi. J'étais la seule femme. Mais à aucun moment donné, il m'a regardée. Je lui ai dit, mais pourquoi vous ne me regardez pas ? Parce que c'est à quoi ? que vous devriez expliquer ça. C'est à moi de vous répondre. Donc, le moindre des politesses, c'est de regarder la personne à face. Et il a dit que c'est très difficile de regarder des femmes au cas où c'est ambigu. Non, on est un professionnel. Je ne suis pas ambigu. Donc, tu me regardes dans les yeux.
- Speaker #0
Tu as osé quand même lui dire « Regarde-moi quand tu me parles » . Oui.
- Speaker #1
Je vous l'ai dit. Je vous l'ai dit à moi. Je suis faite directe. Donc, quand je ne me sens pas en sécurité, je le dis. Donc, je lui ai dit. Et pendant tous les discours après, il m'a regardée. Oui. C'est tout. Oui.
- Speaker #0
Bravo, c'était réussi.
- Speaker #1
Et ces moments-là, ça me rappelle toujours qu'être une femme, ce n'est pas encore gagné. Ce n'est pas gagné. Ce n'est pas parce qu'on est en sécurité dans... dans un environnement que dans d'autres, c'est facile. Même chez nous, à Brousse, ce ne sont pas les femmes qui font les discours. Moi, j'ai dit à mon frère, s'il y a une réunion des familles, c'est moi qui fais les discours. Et donc, on est habitués, ils me permettent de faire les discours. Mais dans d'autres réunions des familles, que ce soit les fêtes familiales et tout, ce ne sont pas les femmes qui font les discours. Si c'est une femme qui est plus âgée, c'est toujours les hommes qui font le discours. Donc, c'est pas encore gagné, mais on est quand même un peu plus libre. On a quand même l'âge. Il y en a à améliorer, mais il y en a qui sont déjà gagnés.
- Speaker #0
Et si je comprends bien, franchement, c'est clair que c'est parfois oser d'avoir du kilo qui t'a permis, toi, de faire face à ces genres d'obstacles, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui. On me dit toujours que je suis très, très pilotée. En fait, ce n'est pas un truc volontaire. Je m'écoute beaucoup et donc quand il y a une situation ou une justice qui ne va pas avec mes valeurs, on dit que c'est le courage, mais moi je dis juste que c'est nécessaire.
- Speaker #0
C'est ça. Oui, tu dis que c'est nécessaire, mais ça demande des résistances, en fait, des luttes permanentes, des transgressions en permanence, des bousculades en permanence. C'est très exigeant. Mais comment tu fais au quotidien pour essayer de garder ton équilibre et ne pas sacrifier ton bien-être ? Comment tu fais pour garder les deux pieds sur terre et ne pas perdre l'équilibre, garder l'énergie que tu as besoin ?
- Speaker #1
Oui. Ah, ça c'est une vaste question. Je suis quelqu'un qui est très spirituel, donc très tôt j'ai eu le sens de comprendre beaucoup de choses, de faire plein de choses pour être bien.
- Speaker #0
Et comme je fais aussi quelque chose que j'aime. Donc, ça ne demande pas de l'énergie extérieure, c'est de l'énergie qui sort de l'intérieur. J'ai redéfini mes valeurs, je les ai cherchées très, très loin à l'intérieur de moi. Et j'agis, ça ne demande pas beaucoup d'énergie. Après, il faut une bonne équipe. J'ai une très, très bonne équipe. Il faut savoir la séprise, délaisser. Je suis très, très libre, vous savez. Par exemple, récemment, j'ai été dans les manifestations qui ont eu lieu à Madagascar. J'ai eu des résumes et tout. Et après ça, j'étais très, très fatiguée parce que c'était le stress. C'était le stress permanent. Pendant une semaine, je me déconnecte. Il faut savoir écouter son corps et dire non. Il y avait des milliers de messages et tout, et ils ne répondaient pas parce qu'ils avaient besoin de reprendre des forces. Il faut savoir à quel moment il faut se retirer, à quel moment il faut dire oui, déléguer, faire confiance aux autres. Par exemple, j'étais en prison pendant un an et trois mois et on me demande toujours comment j'ai fait. J'ai rien fait. Je n'ai rien fait à part la prise. Au début, j'avais cru que les combats étaient équitables. Et puis, j'ai compris qu'il n'y avait rien à faire. Donc, j'ai rempli ma journée d'activités qui me plaient. J'ai dit qu'il faut m'apporter des livres parce que j'ai lu beaucoup. J'ai fait acheter des cahiers pour écrire parce que j'écris beaucoup. La méditation qui m'aide toujours chaque jour.
- Speaker #1
Tu as eu tout le temps pour méditer.
- Speaker #0
Quand j'avais tous les dents pour méditer, il y avait un petit terrain de basket à l'intérieur. J'ai fait venir un bannot pour bouser un tout petit pays. J'ai travaillé avec l'association Grandir Dignement pour enseigner aux mineurs des alphabétisations, la langue française, des trucs comme ça, pour remplir la journée. Et c'est comme ça que le temps est passé assez vite.
- Speaker #1
Et même dans ce moment-là, parce que c'est une preuve un peu difficile en trois mois, c'est beaucoup. Et pendant ce moment-là, tu n'étais pas dit peut-être, je suis passé à côté de ma vie, peut-être. Il n'y a pas eu des doutes ou des choses comme ça qui t'ont habité pendant ce moment-là ?
- Speaker #0
Il y avait eu des prises de conscience sur la naïveté. Oui, parce que moi, je croyais que la vérité triomphe. Je croyais que la justice à Madagascar, C'est de vraie justice, pas un cinéma, pas un truc. Donc, c'était ça, cette prise de conscience-là qui m'a un peu fait mal. Et l'impuissance aussi qui m'a fait mal. Mais à aucun moment, je n'ai regretté. À aucun moment, je me suis dit, non, il ne fallait pas. C'était une route. C'était nécessaire. J'aurais protégé ces femmes enceintes. J'aurais protégé ces familles. Quoi qu'il se passe. Donc, les conséquences après, c'est de faire plus attention. Il y avait eu plusieurs plaintes et beaucoup de protections internationales, nationales. Il y avait beaucoup d'amis. Je n'ai pas parlé. Il y avait eu un front de l'indéfense, il y avait eu les commissaires des droits de l'homme. Il y avait eu beaucoup d'interventions. On a fait tous une aventure. gouvernement et on a un système judiciaire qui est vraiment n'importe quoi. Parmi les sept, ça a diminué les plaintes parce qu'il y en avait qui se sont retirées. Voilà, ils se sont retirées. Mais parmi tout, il y avait eu deux qui m'ont laissée en prison. Imaginez, le commandant de la gendarmerie a Pour... plainte alors qu'il était en train d'inquiéter sur moi, j'étais en train de répondre et il porte plainte. Dans une enquête, je dois dire tout ce que j'ai envie de dire, c'est ma vérité qui devrait être, et il porte plainte contre moi. Et le deuxième, c'est avoir zété la foudre. Et puis, en 2023, 2024, il y a encore des sourcelleries au Zipar. Pourquoi ? Qui est mort ? Où est-ce que la foudre est descendue ? Il n'y avait aucun problème. Il n'y avait rien. Rien du tout. Mais c'était juste un système d'élimination. Et pour ça, un an de prison. Alors, qu'on confiance à un système judiciaire qui fait ça. Qui n'est même pas conscient. Ce n'est même pas dans les lois. Mais c'est juste... Ok. Tu parles trop. Donc, on te laisse là-bas et après, tu sors. C'était ça.
- Speaker #1
De prendre conscience de ces faiblesses-là, de ces dysfonctionnements, c'est ça qui t'a affectée, quoi.
- Speaker #0
Ça m'a beaucoup transformée. C'est ma façon d'agir. Par exemple, pendant la grève, quand quelqu'un m'a menacée, cinq minutes après, j'étais désarquée. Ma vérité ne compte pas que ces personnes-là sont prêtes à tout. Il faut agir. Mais il faut agir. Une fuite, ce n'est pas une faiblesse. Fuir n'est pas une faiblesse. Fuir, c'est se protéger et continuer le combat pour les autres. Parce que si je disparais, qui s'occupe de notre centre de bataille ? Qui s'occupe de ces femmes ? Ce n'est pas ces personnes qui essaient de me faire mal. Donc, j'ai pris conscience de beaucoup de choses. Je ne sais pas ce que j'ai mis pendant cette étape-là.
- Speaker #1
Une chose, c'est évidemment cette force. Je crois que nos vies sont faites d'héritage, d'imaginaire et tout. Est-ce qu'il y a eu des femmes proches ou lointaines d'ailleurs qui t'ont inspirée ? Qu'est-ce que tu admires en elles ?
- Speaker #0
Il y a beaucoup de femmes qui m'ont façonnée, mais il y en a une africaine qui m'a vraiment impactée. C'est Fatou Diop. J'adore cette femme.
- Speaker #1
Sa franchise. Les crampes. parler.
- Speaker #0
Oui, voilà. Être dans ce militantisme frontal, mais bienveillant en même temps, j'adore ça. Et comme moi, j'écris beaucoup, mais pas encore des livres.
- Speaker #1
Ça viendra.
- Speaker #0
J'espère écrire mon propre histoire. J'espère écrire l'histoire traditionnelle des personnes qui sont autour de moi. Des vrais héros de la vraie vie sont des héros qui font survivre la famille, qui aident la famille tous les jours. J'aimerais écrire sur des trucs réels comme ça. C'est vraiment un rêve de la rencontrer. J'espère le réaliser ici.
- Speaker #1
Bon, écoute, tu as trois mois là-bas. Quand le podcast sort, on va la taguer et on va lui dire qu'il y a quelqu'un qui veut te parler.
- Speaker #0
Ah oui Oui, je suis vraiment en admiration pour les femmes africaines. On a beaucoup de traumatismes, même moi, dans mon environnement d'enfance, j'ai beaucoup de traumatismes. Mais d'aller au-delà de ça, de transformer ça, comme c'est catastrophique de dire que si je n'étais pas en prison, je n'aurais pas eu la bourse. Mais je pense que c'est par rapport à nos vécu qu'on connaît, que ce soit le bien. Et voilà.
- Speaker #1
C'est super. Et du coup, Natassa, comment tu te vois d'ici 10 ans ? Tu es où ? Tu fais quoi ? Qu'est-ce que tu rêves ?
- Speaker #0
Je serai au bord de la mer, pas dans les foies de Paris. Oui, c'est un grand centre d'accueil pour la région. parce qu'on n'a pas de vrai centre d'accueil pour les femmes et les enfants qui sont victimes de violences. Et j'aimerais créer ça dans un grand lieu en Brousse où on fait de l'agriculture, être autosuffisant alimentaire, avoir notre propre petite ferme, avoir notre propre petit jardin, cultiver des fruits, une vie qui est simple, avoir notre salle, faire des petites méditations. Et écrire mes livres en tranquillité. Parce que je sais, j'ai 36 ans, mais c'est parce que je ne me suis jamais vraiment reposée. J'ai toujours été en quelque sorte, en force. Et j'aspire à une vie calme, bien sûr.
- Speaker #1
Ça ne va pas partir.
- Speaker #0
Oui. J'ai découvert quelque chose en prison, des femmes. qui sont victimes de violences ont une prise de conscience très, très sphérique. Parce qu'ils ont vécu des choses qui font mal. Ils ont compris beaucoup de choses. Et vivre avec eux, c'est vivre une vie libre aussi.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Oui, libre de croyances. Pendant tous les moments où j'étais en prison, il y avait une violence verbale sur mes voeux, par exemple, ou sur mon poids. Elles acceptaient tout.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Elles acceptaient tout. comme elle est. Donc, c'est différent des erreurs où on a plein de précisions. Je pense que notre paix, c'est aussi une acceptation de la tradition, de la différence et de tout ce qui nous compose. Oui, bien sûr.
- Speaker #1
On va souhaiter que cela se passe. On arrive du coup vraiment à la fin. Et la toute dernière question que je pose toujours à mes invités, c'est un petit message que j'aimerais offrir aux femmes et surtout aux jeunes filles qui t'écoutent aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, celle que j'ai écrite ne marche plus après toutes ces discussions.
- Speaker #1
C'est qui est présent vraiment pour toi là ?
- Speaker #0
Je sais. Donc, c'est parce que on est tous différents. On est tous venus dans ce monde pour quelque chose et il faut le chercher. Il faut chercher la chose. qui te fait vibrer, la mission qui te fait vibrer parce que quand tu les trouves, tu as une énergie illimitée. C'est comme être lié directement au soleil. Tu trouves ta propre mission et tu auras de l'énergie pour faire tout. Tu te réveilleras avec les sourires. Ce n'est pas travailler, c'est vraiment le plaisir. Le sens humain fait peur. Le sens humain fait toujours peur. Mais le sens humain, c'est nécessaire. Il faut grandir, il faut se transformer, il faut apprendre. Il faut changer tous les jours. Si tu es toujours au même endroit, au même niveau, c'est que ça ne va pas. Donc, il faut se transformer chaque jour, même si tu as peur.
- Speaker #1
La colère,
- Speaker #0
c'est pour un... Pour arriver à Paris comme maintenant, c'est parce que j'avais une énorme boule de colère au fond de moi et que je l'ai transformée, postulée à différentes bourses. J'ai postulé à une trentaine de bourses. Donc, ta colère, transforme-la en quelque chose de positif. Et ta peur, derrière cette peur, c'est la victoire. Comme on dit... Le courage, ce n'est pas de ne pas avoir peur, mais c'est d'avoir peur et de le faire quand même.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Natassa. C'était vraiment un plaisir de t'avoir sur ce podcast. Vous qui nous écoutez, ce que nous rappelle Natassa aujourd'hui, c'est que l'environnement n'est jamais une abstraction. Ce sont des terres, des corps, des familles. Défendre la nature, c'est aussi défendre les droits d'exister dignement. Son courage nous interpelle. Quand l'injustice devient la norme, le silence n'est plus une option. Si cet épisode vous a touché, partagez, faites circuler ces voix qui refusent de se faire parce que protéger la Terre, c'est aussi amplifier les voix de celles et de ceux qui la défendent. À très bientôt pour le nouvel épisode.