Speaker #0Bienvenue dans Blueprint, le podcast où on décrypte l'invisible, ce qui se joue dans nos gestes, nos vêtements, nos silences, et la manière dont tout cela façonne la femme que nous devenons. Ici, on explore les zones d'ombre, de lumière, sans phare, sans rôle, sans façade. Je suis Mariama, et chaque semaine je t'emmène dans une exploration intime, ton style, ton identité. Bienvenue dans un espace où l'on se regarde, vraiment. Bienvenue dans le jour 2 des concepts un peu fous de Mariyama pour comprendre son style. Hier on a parlé de Wabi Sabi, aujourd'hui on va aller un peu plus loin, on va parler de Kintsugi. Et pour ça j'aimerais te raconter une histoire. Nous sommes au Japon, au 15ème siècle. le shogun ashikaga Ausha possède un bol en porcelaine qu'il adore un bol utilisé pour la cérémonie du thé à l'époque ces porcelaines venues de chine sont précieuses rares et délicates le japon ne maîtrise pas encore les techniques de fabrication ni de réparation aussi finement que la chine ou la corée un jour le bol se casse brisé fendu inutilisable le shogun décide de le renvoyer en chine pour le faire réparer. Quelques semaines plus tard, l'objet revient, mais mal réparé, rafistolé grossièrement, agrafé avec du métal, fonctionnel oui, mais sans âme. Et le shogun se met en colère, parce que ce bon n'est pas seulement un objet, c'est un compagnon de rituel, un fragment de quotidien, un témoin. Alors il demande à ses artisans de trouver une solution, pas pour cacher la cassure, mais pour la sublimer. Et c'est ainsi qu'est né le kintsugi, d'une exigence esthétique, d'un refus de la réparation honteuse. Kintsugi signifie littéralement « or » pour « kin » et « jointure » pour « tsugi » . C'est l'art de réparer les céramiques brisées en soulignant les fissures avec de l'or. On ne cherche pas à faire disparaître la cassure, on la révèle, on la met en lumière, on transforme la fracture en ligne précieuse. Cette technique est profondément liée au wabi-sabi dont on a parlé hier. Mais là où le wabi-sabi accepte l'imperfection, le kintsugi la magnifie. Et attention, le kintsugi n'est pas une réparation rapide. Ce n'est pas la version Pinterest qu'on voit en trois étapes. C'est un art lent. On applique plusieurs couches de lac. Entre chaque couche, il faut attendre. 24 heures, parfois à plusieurs semaines. On laisse sécher. On consolide. On renforce. Et le plus fascinant, c'est qu'une fois réparé, l'objet devient plus solide qu'avant, plus résistant. Parce que la laque Urushi utilisée dans cet art crée une structure encore plus stable. Et là, j'ai envie de te poser une question. Est-ce que ce n'est pas exactement ce que font nos blessures ? Les samouraïs, eux, exposaient leurs cicatrices. Non pas comme des stigmates, mais comme des preuves. Preuves qu'ils avaient combattu. Preuve qu'ils avaient survécu. Preuve qu'ils étaient encore debout. Une cicatrice n'est pas une faiblesse. C'est une fermeture. Une réparation. Une transformation. Et pourtant, dans nos vies modernes, on fait souvent l'inverse. On cache. On dissimule. On minimise. Maintenant, ramène ça à ton dressing. Tu te souviens de cette veste dont je t'ai parlé hier ? Celle que tu as tellement portée qu'elle est marquée. Peut-être que le réflexe serait de la jeter. ou de la laisser mourir doucement au fond de ton dressing. Mais le kintsugi propose autre chose. Ici, tu la transformais. Changer la doublure, ajouter un détail, broder une zone abîmée, renforcer les coutures. Et si au lieu d'essayer de retrouver l'état d'origine, tu crées une version 2.0, plus forte, plus consciente, plus belle. Maintenant, sortons du vêtement et parlons de toi. Peut-être qu'il y a des fissures que tu as laissées ouvertes, des blessures que tu as contournées, parce que ça faisait trop mal, parce que ce n'était pas le bon moment, parce que tu avais autre chose à gérer. Mais peut-être qu'aujourd'hui, tu as la maturité, la stabilité, la douceur pour les regarder. Pas pour te replonger dans la douleur, mais pour les réparer. Et réparer ne veut pas dire effacer, réparer veut dire comprendre, intégrer. transformé imagine si tu pouvais voir tes blessures comme des lignes d'or pas des failles des jointures des endroits où tu as été brisé et où tu t'es reconstruite Ces lignes-là font partie de ton style. Elles influencent ta posture, ta manière de parler, ta manière d'aimer, ta manière de choisir tes vêtements. Elles sont invisibles parfois, mais elles structurent tout. Le kintsugi nous enseigne plusieurs choses. La cassure n'est pas la fin. La réparation peut être plus belle que l'état initial. La lenteur est nécessaire et la transformation demande du temps. On ne devient pas solide en une nuit. On devient solide en traversant, en séchant, en consolidant. Alors aujourd'hui, pour ce jour 2, je t'invite à faire deux choses. Regarde un vêtement abîmé. Demande-toi, est-ce que je peux le transformer plutôt que de l'abandonner ? Puis regarde en toi. Quelle fissure ai-je laissé en suspens ? Et si au lieu de la cacher, tu décidais d'y déposer de l'or ? Parce que ton style, ce n'est pas seulement ce que tu portes. C'est la manière dont tu assumes ce que tu as traversé. Et parfois, les plus belles silhouettes sont celles qui brillent aux endroits où elles ont été réparées. Si cet épisode a fait écho, si quelque chose a bougé en toi même légèrement, je t'invite à t'abonner à ce podcast. Et à partager cet épisode à une femme qui, elle aussi, est peut-être à une décision de plus qui la rapprocherait d'elle-même. Un pas après l'autre. un détail à la fois un choix à la fois on se retrouve très vite pour continuer de dessiner