- Vladimir Sekelj
Aujourd'hui, on parle de pédagogie, de numérique et surtout d'histoire. Pas celle qu'on raconte pour divertir, mais celle qui engage vraiment, qui structure et qui transforme l'apprentissage. Pour cet épisode, j'ai le plaisir d'accueillir Laetitia Flye-Saint-Marie, experte en ingénierie de formation et en storytelling pédagogique. Dans son livre « Le storytelling pour la formation » , elle propose une méthode claire, opérationnelle, pour intégrer le récit au cœur de la conception des formations en présentiel comme en digital. Avec elle, on va parler attention, mémorisation, engagement, etc. et de ce que le storytelling change concrètement quand on conçoit une formation aujourd'hui. Bonjour Laetitia.
- Laetitia Flye Sainte Marie
Bonjour Vladimir. Merci pour ce temps ensemble d'échange autour de ce sujet.
- Vladimir Sekelj
C'est une super occasion. Alors commençons par les origines et le déclic. Laetitia, avant d'entrer dans la méthode, j'aimerais revenir sur un point de départ de ce superbe ouvrage, tout rose d'ailleurs. on le décrit pour les éditeurs. Qu'est-ce qui t'a donné envie de travailler le storytelling, non pas comme un outil de communication comme on le voit en marketing ou en politique, mais comme un levier pédagogique ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Alors c'est une très bonne question, merci. Ça remonte effectivement aux origines. Quand on fait de la pédagogie ou plutôt de l'andragogie, on a tendance à rester cloisonné dans notre secteur, dans tout ce qui existe déjà et peu aller chercher ce qui se passe à l'extérieur en fait parce que À la base, on part du principe que c'est très sérieux ce que l'on fait. Donc il faut revenir sur la recherche académique. Et en fait, j'ai toujours adoré les histoires. J'ai toujours adoré le cinéma. J'ai une formation de scénariste aussi. Et je trouvais ça extrêmement intéressant de mélanger les deux, d'essayer de trouver face à des problèmes d'engagement d'apprenants, face à des problèmes de fatigue learning, face à différentes difficultés, surtout en e-learning, pour... pourquoi et qu'est-ce qui déclenchait un certain nombre de choses et qu'est-ce qu'on pouvait faire. Et force est de constater que tout le monde aime les histoires, donc j'essaie de mélanger les deux.
- Vladimir Sekelj
Alors tout le monde aime les histoires, dans le livre tu expliques que le storytelling est ancestral, presque constitutif de l'humanité. Qu'est-ce que cette dimension primitive du récit change selon toi dans notre manière d'apprendre aujourd'hui ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Ah oui, les histoires sont culturelles en fait. C'est comme ça qu'on a réussi à évoluer par le biais de l'histoire. Qu'est-ce que ça change aujourd'hui ? Finalement, il y a peu en France, à la différence d'autres pays, surtout anglo-saxons, de méthodologie même rédactionnelle pour nos enfants sur le storytelling ou l'art de raconter des histoires. On est plutôt du côté académique et effectivement de la littérature. Finalement, le primitif c'est aussi véhiculer la culture, c'est aussi raconter des choses différemment, etc. Tous les formateurs font, par le biais d'anecdotes ou différentes choses. Et même quand on parle avec quelqu'un, quand on accompagne quelqu'un en entreprise, on a tendance à lui dire « voilà ce qui m'est arrivé, je vais te raconter » .
- Vladimir Sekelj
Alors justement, beaucoup de formateurs utilisent déjà les anecdotes sans le formaliser pour autant. À quel moment est-ce qu'on passe, selon toi, de « je raconte une histoire » à du storytelling pédagogique assumé ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Oui, c'est une bonne question. Est-ce qu'il y a différents types de storytelling ? Déjà, on parle de storytelling pour... avoir un côté un peu sexy, c'est mieux que l'art narratif ou l'art de raconter des histoires. Mais il y a le storytelling anecdote effectivement des formateurs qui se fait et qui accroche les apprenants. Ils le savent, donc c'est ce partage d'expérience. Sinon, on n'aurait pas besoin de formateur. Il y a aussi les études de cas que l'on peut écrire qui font aussi des histoires, mais qui sont découpées et qu'on a connues beaucoup à l'école. On cherche toujours Brian. Where is Brian ? C'est un peu ça ! Et donc, là, il y a une vraie volonté aussi pour les formateurs de reconstruire les choses. Et je vais revenir sur l'engagement parce que c'est une véritable caractéristique actuelle de l'engagement des apprenants et de l'implication d'aller vraiment de cette attention mobilisée qu'on va rechercher jusqu'à l'ancrage et la mise en œuvre des comportements, des nouveaux comportements et des compétences. Et c'est ce que permet l'art narratif.
- Vladimir Sekelj
Alors par rapport à l'engagement, tu parles pas mal de l'attention comme un pilier de l'apprentissage. En quoi est-ce qu'une histoire capte-t-elle mieux l'attention qu'un contenu pédagogique classique, comme on le voit, et même s'il est bien structuré ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
En premier lieu, je veux dire parce qu'elle donne du sens à un environnement. Donc ça va favoriser la projection et le cerveau adore ça. En fait, il adore. Il suffit de dire « il était une fois » ou « jusqu'au moment où » , « si » et notre cerveau part déjà en fait. Donc l'accroche, on l'a directement avec l'histoire. C'est pour ça que c'est un peu magique en formation, même s'il peut y avoir des contraintes, mais c'est vraiment ça. Donc la mobilisation de l'attention, on l'a tout de suite en fait. Le cerveau va projeter des images et on n'a pas besoin... de réaliser un film ou juste avec savoir, juste en racontant une histoire que ce soit, même en présentiel, ça fonctionne.
- Vladimir Sekelj
Tu évoques les neurosciences, l'attention, l'émotion, la mémorisation. Si tu devais expliquer simplement à un formateur qui nous écoute pourquoi une histoire marque plus qu'une slide, tu dirais quoi ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Je dirais Damasio, l'erreur de Descartes. Je dirais que ce n'est pas la raison qui prime, c'est l'émotion. Et la première chose que font les histoires, c'est justement véhiculer l'émotion. C'est cette montée en tension que l'on va avoir et qui va continuer à avoir envie de poursuivre, qui va continuer à imaginer des choses et à se projeter. Donc c'est avant tout l'émotion. Et l'émotion également fixe à la connaissance va nous permettre de l'ancrer plus facilement.
- Vladimir Sekelj
Le storytelling aide aussi à structurer la pensée grâce au schéma narratif ? Est-ce que tu peux nous expliquer comment ce schéma fait écho au cheminement pédagogique de l'apprenant ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
C'est aussi une très bonne question. Les études montrent, et il y a eu pas mal d'études anglo-saxonnes sur ce sujet, aux États-Unis, en Angleterre et au Canada aussi, qui montrent que le cerveau, pour ancrer la pensée, a besoin de la structurer. Il y a un début, il y a un milieu, il se passe des choses dans ce milieu et il y a une fin. L'histoire c'est la même chose. Il y a un début... Une situation initiale, il y a un déclencheur, il se passe quelque chose, cette situation initiale n'existera plus, il va y avoir une nouvelle situation. Un certain nombre d'événements jusqu'à un dénouement et une situation finale pour schématiser assez vite. Donc c'est séquencer, segmenter avec cette phase de progression. Et le cerveau a besoin de construire les choses. Ce qui est assez intéressant avec le storytelling aussi, on s'est rendu compte aussi qu'au niveau de la complexité qu'on peut avoir dans certains apports pédagogiques, Il apporte certes une autre façon de voir les choses, mais il permet justement cette construction par progrès. L'arc narratif, on n'arrive pas tout de suite au climax, c'est-à-dire au plus haut. On connaît Luke Skywalker et il ne dit pas juste un moment « je suis ton père en cinq minutes » . Il y a vraiment un attachement au personnage,
- Vladimir Sekelj
il y a une méthodologie derrière. que ça réduit le décrochage ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Je ne l'observe pas, c'est mesuré en fait. C'est clairement mesuré que ça réduit le décrochage. Alors nous, l'expérience que l'on porte, c'est par rapport à nos clients et nos commandes. Et effectivement, ça fonctionne puisque les taux de complétion sont proches des 90% sur l'ensemble. Après, il y a toujours quelques abandons et même pour d'autres raisons, ce n'est pas lié forcément à la pédagogie. Tout ne repose pas là-dessus. Donc oui, on le voit. Et pourquoi le e-learning plus spécifiquement ? Et pourquoi on a commencé par ça ? Parce qu'en fait, le formateur porte en présentiel généralement l'ajustement de son groupe et il va aller chercher des appels à l'attention. Il va regarder ce qui se passe et il va ajuster plus facilement. pas forcément, elle est plus difficile à aller chercher. On l'a vu avec les MOOC au démarrage des MOOC etc même si ça s'est beaucoup amélioré mais donc par le storytelling en fait on va réussir parce que c'est l'histoire qui va les guider. C'est aussi ces fameux cliffhangers que vous avez à la fin des séries, à la fin d'un épisode. Pourquoi vous avez envie de regarder la suite ? Parce que vous êtes en montée en tension, vous voulez savoir ce qu'il se passe et justement on va faire la même chose. On va servir de la dopamine, on va servir justement de tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux et sur ça pour engager dans la formation.
- Vladimir Sekelj
Tu es très clair dans ce livre sur le storytelling ne commence pas par l'écriture de l'histoire. En fait, il y a une phase de préparation et ça, c'est ce que j'aime bien dans cet ouvrage. En fait, c'est qu'il y a vraiment un accompagnement, une vraie pédagogie autour de la construction du storytelling. Pourquoi cette confusion est-elle si fréquente chez les formateurs ? On ne commence pas à le page blanche, à rédiger
- Laetitia Flye Sainte Marie
« il était une fois » . Pierre Lemaitre, dont la parution de son dernier ouvrage vient de sortir, le dit. Il met deux mois à écrire un ouvrage et deux ans à le remettre à l'éditeur. Tellement il y a de corrections et tellement il y a de choses à revoir forcément. Donc c'est vraiment un travail méthodologique et c'est ça qui était intéressant. On va commencer dans l'ordre. Notre objectif, c'est quand même... Permettre à un stagiaire identifié d'acquérir des compétences identifiées. Donc, on va commencer par ça, tout simplement. C'est qui ce stagiaire et quelles sont ses compétences ?
- Vladimir Sekelj
C'est justement, tu parles du rôle central du personna.
- Laetitia Flye Sainte Marie
Oui.
- Vladimir Sekelj
Je pense que c'est là où tu voulais en venir. Et en quoi ce personnage change radicalement la façon d'écrire une formation et son storytelling ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Et une histoire aussi, oui, tout à fait. Alors déjà, parce qu'il faut s'enlever le mythe qu'on va faire des formations qui vont plaire à tout le monde et qui vont marcher pour tout le monde. Ça n'existe pas. En tant qu'ingénieur formation, on écrit une formation pour un public ciblé. C'est la même chose en marketing. Alors, c'est pour ça qu'on utilise le terme « persona » , mais c'est la même chose dans beaucoup de domaines, finalement, produits ou services. Donc, c'est la même chose. On va commencer par ce public à identifier. On va lui donner des caractéristiques et ça va nous servir par la suite parce que notre persona, finalement, il va nous servir à écrire notre protagoniste, c'est-à-dire notre personnage principal. Peut-être même, ça va être le mème. Donc c'est ça qui est génial, c'est qu'on va pouvoir s'adresser directement à lui. D'où l'effet de projection aussi qu'on va avoir. Donc ce protagoniste, on va s'en servir. Des fois, on peut avoir un personnage secondaire aussi. C'est possible et c'est très rare en tout cas que ce soit un adversaire ou un antagoniste.
- Vladimir Sekelj
Tu présentes plusieurs types de storytelling linéaires, actifs, réels, fictifs, etc. Pourquoi pour quelqu'un qui débute, lequel est le plus « safe » à mettre en œuvre ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
C'est une bonne question. Et dans les formations qu'on fait, les bootcamps, effectivement, on a souvent un public soit qui a déjà commencé à écrire du narratif, soit qui n'en a jamais fait et qui soit tout de suite... Le plus simple et le plus sage, c'est de commencer par une séquence, ce n'est pas toute une formation ou un module uniquement. De suivre une méthodologie, ça aide énormément aussi pour éviter des embûches. Et de commencer par un storytelling qui soit linéaire. Donc linéaire, c'est ce que vous avez dans un film ou dans un roman. L'embranchement, c'est ce qu'on avait, je crois que c'est ressorti dans les livres dont « Je suis le héros » , voilà, c'est un peu ça. Mais c'est vraiment linéaire, c'est-à-dire qu'on va du point A, on amène au point Z. Donc on maîtrise en fait l'avancée. Et au départ, on a besoin quand même d'avoir des techniques pour maîtriser. Et le réel, pourquoi par rapport au fictif ? Le fictif, c'est finalement assez rare de l'utiliser parce qu'il y a ce besoin de se projeter pour un apprenant et de se dire cette formation m'est adressée. Et il y a un autre problème avec le fictif, c'est qu'à force d'être dans le fictif, si je suis sur une planète lointaine ou au milieu des dinosaures et que j'ai une quête même dans un... dans un royaume avec une quête à avoir, etc. En fait, notre objectif à nous, ce n'est pas d'écrire une belle histoire. Notre objectif à nous, c'est de former quand même. Donc l'histoire peut prendre le pas directement sur les objectifs pédagogiques.
- Vladimir Sekelj
C'est ce que tu évoques à un moment donné sur le risque du storytelling gadget. Comment éviter justement que l'histoire prenne le pas sur les objectifs ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Justement, par méthodologie encore, il y a deux types de personnes et on en fait tous partie. Il y a ceux qui vont préférer faire de la pédago et il y a ceux qui vont préférer écrire des histoires. Donc on le voit tout de suite avec la méthodologie, parce qu'on le voit dans leur rapport, ne serait-ce que de volume adressé à l'histoire ou adressé aux apports pédagogiques et même le rôle de l'histoire. Si dans une séquence, on a que Karine est très stressée, elle doit parler à son manager et à la fin, Karine a compris ce qu'était le stress et tout va très bien pour elle, on a un petit problème sur l'histoire. J'exagère, mais c'est à peu près ça. À l'inverse, on peut avoir des paragraphes et des paragraphes de l'histoire. et très peu d'apports pédagogiques. Et en fait, il faut un juste volume des deux. Donc c'est vraiment ça. Il ne faut pas oublier, encore une fois, que notre objectif, c'est l'acquisition de compétences.
- Vladimir Sekelj
Alors, ton livre, il y a à la fois des apports sur le storytelling, il y a de la méthodologie, il y a des ressources externes via QR code et justement avec déjà des documents de cadrage pour aider le lecteur formateur à produire ses premiers contenus. Il y a un cafile rouge aussi, tout le long. C'est vrai. Ça veut dire que tu mets en œuvre et tu donnes à voir ce que tu dis en théorie, on le voit en pratique. J'ai trouvé ça vraiment super. Et le livre s'adresse clairement aux acteurs de la formation avec le numérique. Est-ce que le digital renforce le besoin de storytelling ou l'inverse ? Est-ce que tu crois qu'avec le numérique, on a encore plus besoin de storytelling ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Oui, parce que comme je le disais tout à l'heure, en présentiel, le formateur va ajuster. Et là, on est face à un écran. Oui. On le voit, on voit tout ce qui est fait sur les réseaux sociaux, sur les plateformes pour donner envie et continuer à y rester. On n'a pas la même chose quand on va au parc se balader. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, mais en tout cas c'est ça Toutefois, même si le livre, la méthodologie à la base était vraiment ancrée sur le digital, avec l'expérience et l'ensemble des personnes accompagnées aussi, elle est maintenant complètement sur le présentiel, sur le blended, etc. Puisque même au départ, on faisait des formations complètes et longues. Donc là, c'est tout à fait possible. Ce n'est pas tout à fait après les mêmes fichiers, les mêmes techniques. Mais on a voulu effectivement que ce livre soit très opérationnel. Et j'étais agréablement surprise, je dois le dire, J'ai eu la chance, on m'a invité à participer à un meet-up sur la formation et donc sur le storytelling. Et des personnes avaient justement lu en amont le livre et avaient déjà venu pour me dire j'ai fait ça, j'ai fait ça, je voudrais l'améliorer, là j'ai un point de blocage, qu'est-ce que je vais faire ? Donc super intéressant.
- Vladimir Sekelj
Est-ce que le storytelling en formation aide au passage à l'acte, c'est-à-dire au transfert de compétences opérationnelles ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Alors oui, même l'écriture d'histoire, c'est l'art narratif. On le voit. C'est l'émotion en fait. Après les JO, les clubs de natation sont pleins. Après Hunger Games, il y avait beaucoup de femmes qui voulaient se mettre au tir à l'arc, etc. Donc il y a cette espèce de projection et d'attachement qui peut être au protagoniste ou à l'antagoniste, c'est-à-dire à l'adversaire aussi. Mais on le voit donc. Il y a aussi, et ça c'est important, et on l'a vu avec « Les infirmières » par exemple, Il y a aussi cette confiance dans le passage à l'acte, parce que si le personnage peut le faire et on essaye pour certaines formations d'avoir une production au plus près en réel, donc en vidéo vraiment ou ce genre de choses pour faciliter encore plus la projection. Elle voit les choses et si elles peuvent le faire, elle se dit moi aussi. Donc il y a même une envie de passage à l'acte véritablement.
- Vladimir Sekelj
Et du coup, c'est un peu une de mes dernières questions ou la dernière, c'est est-ce que tu as un exemple marquant ? Là, tu parlais des infirmières. Il y en a peut-être d'autres. Est-ce que tu as un exemple marquant d'intégration du storytelling et vraiment un réel changement de posture des apprenants ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
J'en ai plein. Alors j'essaie d'en trouver un. J'aime bien quand même ce qu'il y a des infirmières qui deviennent coordinatrices, qui souvent n'ont pas de formation. C'est des formations qui étaient en présentiel. C'est l'organisme de formation en Occitanie qu'on a accompagné, mais... Et vraiment, il n'y avait que 6 personnes ou 8 personnes par an. C'était très qualitatif le présentiel, attention, ce n'est pas du tout le problème. Mais les infirmières n'ont pas le temps de se former, c'est compliqué. Il fallait retrouver l'échange de pratiques et le plaisir qu'elles ont à se retrouver. Il fallait vraiment les engager alors qu'il y a pléthore de e-learning. Donc là, oui, parce qu'on a vraiment des taux de complétion qui sont exemplaires. Il y a un bouche à oreille important. le nombre de participants a explosé aussi et ils vont jusqu'à la fin parce qu'ils veulent savoir ce que devient Sylvie et qu'est-ce qui lui arrive à chaque fois en fait.
- Vladimir Sekelj
Mais il n'y a que des personnages féminins ou quoi ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Non, non, non, il y a beaucoup aussi de personnages masculins, on a Naël qui veut devenir VTC, en fait ça dépend des écritures, ça dépend des clients et ça dépend des cœurs, on peut tout faire.
- Vladimir Sekelj
Alors dernière question pour un formateur ou un concepteur. concepteurs pédagogiques qui nous écoutent et qui hésitent encore à passer au storytelling, d'après toi, quel serait le premier petit pas à faire pour passer le cap ? La première étape qu'il faut franchir.
- Laetitia Flye Sainte Marie
Lire le livre, suivre une formation. La première étape, en fait il y a une étape qui est quand même une étape de prérequis. Je vais quand même en parler parce qu'elle est importante. On va être Peut-être que les chiffres ont un peu baissé, mais on est entre 70 et 80% des formateurs qui ont véritablement une formation en ingénierie pédagogique. C'est vrai que souvent, les formateurs sont d'excellents professionnels, ont un excellent sens, ce qu'on appelle le bon sens pédagogique, donc ça marche très bien. Mais ensuite, on arrive sur une méthodologie qui nécessite une structuration des apports, qu'ils soient pédagogiques et en storytelling. On doit les reprendre, on parlait de persona, on parlait d'objectifs pédagogiques, etc. Ça semble clair et sensé pour tout le monde, mais quand on commence à en parler, ça ne l'est pas même dans des équipes complètes de formateurs. Donc il y a quand même cette première étape, c'est de clarifier véritablement ce que je veux faire, comment je veux le faire et comment l'histoire est-ce qu'elle est nécessaire ? Parce qu'on n'a pas parlé, mais le storytelling n'est pas nécessaire pour tous les personas et toutes les histoires. Si vraiment ça va apporter une plus-value et quelque chose. Et dans ce cas, on peut commencer directement par un pitch. Le pitch, c'est quoi les premières lignes de l'histoire ? Mais vraiment, c'est quoi ? Qu'est-ce qui va se passer dans cette histoire ? Donc c'est vraiment... C'est cet exemple que je prends parce qu'il est le plus connu. Mais c'est un jeune garçon de 11 ans qui habite chez sa tante et son oncle qui est maltraité. Enfin, si tu veux commencer dans les détails, mais normalement non. Reçoit un courrier, une invitation pour... Entrez l'année prochaine dans la plus grande école des sorciers. Durant toute sa scolarité, Dédami va devoir combattre le sorcier le plus malfaisant. qu'il ait connu de tous les temps. Ça, c'est un pitch en fait. Donc on sait déjà que l'environnement va être fictif, effectivement, mais qu'il y a un personnage qu'on va voir durant des années toute sa scolarité et qui va être aidé. Enfin, il y a déjà pas mal de choses qui vont donner envie. Donc ça, on peut commencer par ça.
- Vladimir Sekelj
Et on teste le pitch auprès du personna, auprès du public pour voir déjà s'il y a une amorce d'intérêt à se lancer dans la production.
- Laetitia Flye Sainte Marie
C'est ce qu'on fait en bootcamp ensemble, ils communiquent et partagent pour savoir effectivement si déjà ça donne envie. Parce que si déjà ça donne envie, et c'est très dur pour les formateurs à faire parce qu'on est dans un environnement bienveillant, on a du mal à avoir un adversaire. Donc l'exemple que je leur donne souvent, c'est comme si je dis il y a une histoire d'amour, Marie rencontre Rodolphe, ils sont très amoureux et tout se passe très bien.
- Vladimir Sekelj
C'est chiant.
- Laetitia Flye Sainte Marie
Ben voilà ! Donc, il faut des péripéties. Et les péripéties, c'est exactement vos contenus de formation. Ça veut dire aussi, quand on commence le pitch, un élément important, on va savoir si notre personna est notre protagoniste. Et ça aussi.
- Vladimir Sekelj
Merci Laetitia. Je t'ai présenté au début de ce podcast comme auteur du livre parce que c'était l'objet du podcast, mais tu n'es pas que auteur de ce livre. Tu diriges l'agence Let's Mind. Tu peux en dire deux mots ?
- Laetitia Flye Sainte Marie
Merci. Laetitia, Let'smind est une agence qui intervient en engineering formation on crée, on repense les parcours de recrutement de gestion des talents de montée en compétences et bien sûr on produit les formations accompagnées par d'autres si nécessaire et aussi on accompagne les équipes donc c'est vrai que aussi le storytelling je trouve que c'est très important de le partager parce qu'il y a aussi un point et ce sera peut-être l'idée d'un prochain livre une fois que j'aurai terminé mais il y a un point qui est très important c'est que Actuellement, je travaille dans le cadre de ma thèse sur comment peut-on utiliser le storytelling pour faciliter la transmission des compétences d'un expert à un novice.
- Vladimir Sekelj
Alors du coup, tu diriges Laet'smind, là tu fais une thèse sur ce sujet-là, ce qui te positionne vraiment en tant qu'experte en France sur ce sujet. Je crois que tu as lancé un bootcamp.
- Laetitia Flye Sainte Marie
Ah oui, on a lancé un bootcamp sur notre organisme de formation Let's Learn, puisqu'en fait on a... Pourquoi avoir lancé ce bootcamp ? Comme je l'ai dit tout à l'heure, le livre fonctionne bien. Des personnes l'achètent et sont en tout cas ravies sur les retours que j'ai. Mais avaient besoin d'un accompagnement complémentaire. Oui, on a un livre, c'est un mode d'emploi. Moi, c'est mon cas. Si on me donne une recette en cuisine, c'est pour ça que j'y arrive véritablement. Et je comprends tous les mots aussi parce que c'est un peu compliqué. Donc, en fait, ce bootcamp, on revoit effectivement un certain nombre de choses, mais surtout, il y a un accompagnement. Donc, c'est quatre semaines. C'est très concentré sur un projet réel. C'est moi qui accompagne les projets, effectivement, en one-one, donc avec des échanges réguliers. Mais surtout, il y a une live session toutes les semaines, donc quatre live sessions sur un point particulier, un focus aussi particulier sur un point du livre qui n'a pas été vu. Donc là aussi, c'est assez... En tout cas, les retours sont très bons, donc j'en suis ravie. Et surtout, à la fin, vous partez avec un projet en conception pédagogique. On n'a pas le temps de faire l'app. production, puis ce n'est pas l'objet, mais en conception pédagogique qui est viable.
- Vladimir Sekelj
Très bien. Où est-ce qu'on peut retrouver les informations ? On mettra un lien en dessous, mais...
- Laetitia Flye Sainte Marie
Alors sur let's learn.com, let'slearn comme let's mind, L-E-T-S, et learn bah comme learn.com.
- Vladimir Sekelj
Merci Laetitia.
- Laetitia Flye Sainte Marie
Merci beaucoup Vladimir, merci pour l'invitation.
- Vladimir Sekelj
Pour aller plus loin, je vous invite à découvrir le livre « Le storytelling pour la formation » de Laetitia Flye-Sainte-Marie, publié chez Clic Editions, que vous retrouvez sur titashop.fr et en librairie. Un ouvrage à la fois réflexif, très opérationnel, pensé comme une vraie boîte à outils pour concevoir des formations plus engageantes. Le lien est en description de l'épisode. Si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à le partager auprès d'un formateur ou d'une formatrice qui raconte déjà des histoires sans le savoir peut-être. Et puis abonnez-vous ! Au revoir !