- Speaker #0
Hello, bienvenue dans ce deuxième épisode de Toubaboulajaï. Alors c'est un épisode un peu particulier parce qu'il s'est fait à distance entre Julie qui est en ce moment au Canada et moi qui suis en ce moment à La Réunion. Donc il est particulier mais j'ai vraiment trop kiffé le faire et j'espère que vous aussi, vous allez adorer l'écouter. Alors c'est parti, let's go ! du coup en tout cas merci d'être là alors attends je vais quand même te présenter un petit peu mais tu vas présenter mais jean juste tu t'appelles julie et et voilà était artiste et du coup c'était trop cool quand tu m'as contacté quand tu m'as écrit sur instagram parce que je fais partie des premiers Et j'ai trop aimé parce que quand j'ai lu le questionnaire que j'avais fait du coup en amont, parce qu'en fait, au début, quand j'ai voulu faire ce projet, ça fait à peu près un an que je réfléchis à ça. Et ce n'était pas du tout un projet sur les métisses. Moi, ce que je voulais faire à la base, c'était un projet sur la représentation des peaux noires et métisses. Genre, je voulais faire un mélange de tout ça. Et un peu, je voulais même faire un petit peu un truc érotique sur les masculinités et tout. Et là, je me suis rendue compte, quand j'ai commencé, je me suis dit, mais déjà, mes références, elles sont ultra stéréotypées. Donc, moi, je suis en histoire de l'art. Donc, du coup, j'ai grave les références sur l'orientalisme, les noirs qui sont vachement stéréotypés, les arabes et tout, tu vois, genre ultra fantasmes et tout, les harems. Et du coup, je me suis rendue compte que je reportais tout ça. Et je me suis dit, ouais, c'est pas possible. Et j'ai commencé un peu à me documenter. Et en fait, c'est à ce moment-là que je me suis dit, bon, pour réussir à faire tout ça, il faut que je ferai mes propres références. Et surtout, il faut que je parle avec d'autres personnes parce que je n'ai quasiment jamais parlé de tout ça en dehors de mes frères et sœurs. Et en fait, je voulais vraiment changer l'imagerie des représentations. Et pour ça, je pense que le plus pertinent, c'est de demander aux gens qui sont directement concernés. Et surtout, il y a un truc qui est super important pour moi, c'est que souvent, quand on parle des métisses, on va tout le temps sur le passé. Et je me disais, c'est quoi d'être métisse au XXIe siècle ? C'est quoi les enjeux ? Ça sous-entend quoi ? Donc voilà, c'était plein de questions comme ça. Et du coup, je me suis dit, bon, je vais lancer un podcast. Enfin, un podcast, n'importe quoi. Je vais lancer déjà un questionnaire. Et en fait, quand j'ai eu le questionnaire, je me suis dit, waouh, en fait, genre, il y a trop de trucs. Il y a quelqu'un qui m'a dit, en fait, tes questions, il y a trop de choses à déballer. Genre, on ne va jamais s'en sortir. Et moi aussi, j'étais frustrée des questions parce qu'en fait, il y a tellement de choses à dire. et tellement de personnes différentes que du coup, tu ne peux pas tout résumer en un questionnaire. Donc du coup, voilà. C'était ça ma démarche. Et donc du coup, maintenant, quand j'ai lu un peu, enfin même beaucoup, tes réponses au questionnaire, j'ai trouvé tellement de points intéressants. Et je vais te laisser juste me dire déjà pourquoi tu as voulu répondre et tout. Et après, on va laisser la conversation se faire.
- Speaker #1
Du coup, oui, je m'appelle Julie, effectivement. Moi, je pense que ça va jouer quand même. Mais j'habite du coup à Montréal depuis trois ans. Ça va jouer dans justement la réponse au questionnaire et tout. Et le fait que je m'y intéresse de plus en plus. Parce que ici, j'ai trouvé un peu, en arrivant, une liberté que je n'avais pas en France d'expression. Je me suis mis 100% dans l'art. Alors qu'avant, je le faisais, mais je n'osais pas trop. Puis j'avais l'impression que c'était un peu réservé à l'élite. Et ici, je ne sais pas si c'est parce que... je ne connaissais personne et que je repartais à zéro. Et du coup, je me suis dit, je peux être un peu qui je veux, donc let's go. Ou c'est l'aspect un peu la mentalité américaine, où tu testes, puis tu vois si ça marche, si ça fonctionne, ou si ça marche ou si ça ne marche pas. Ils te laissent quand même la porte assez ouverte ici. Et ça, c'est vraiment cool. Au tout début, j'interviewais des artistes, par exemple. Puis des artistes, alors qu'ils étaient un peu connus, ils me disaient, mais oui, pas de souci, viens me voir. Je suis allée dans leur atelier et tout, j'étais là en mode « mais wow, c'est si facile ! » Alors qu'en France, j'avais envoyé déjà 50 messages et j'avais eu une réponse sur 50. Et là, c'était super simple, je me suis dit « ok, il y a quelque chose à faire en vrai » . Et du coup, cette liberté-là m'a amenée à me mettre à fond dans l'art. Et en fait, en me mettant dans l'art, je me suis rendue compte que je travaillais sur mes origines. Pour contextualiser un peu le truc, c'est que... Je ne sais pas si je commence déjà à parler un peu du début, mais c'est que moi, j'ai... Ouais, je vais all-in. On verra ce qu'on en fait.
- Speaker #0
Pour vous, libre.
- Speaker #1
Ouais, tout ça. J'ai renié mes origines pendant vraiment longtemps. Et c'est qu'à partir du Covid où j'ai un petit peu... J'ai essayé de m'informer, puis j'ai essayé d'assumer mes cheveux par exemple. Enfin bref, ça a été étape par étape, mais j'ai commencé à m'y intéresser un peu plus. Et en fait, au fur et à mesure que je créais ici au Canada, je me suis rendue compte que si moi-même je ne savais pas qui j'étais, je n'allais pas pouvoir faire passer des messages dans mon art. Par exemple, mes personnages, je fais souvent des personnages dans mes illustrations. Puis à chaque fois, je les faisais genre... Au tout début, je les faisais blancs, genre. Après, je les ai commencé à lui faire d'une couleur un peu what the fuck, genre violette ou rose, pour ne pas lui donner une couleur particulière. Puis au fur et à mesure, je me suis dit, assume en fait. Et je les ai fait métisse à la fin. Et au début, je n'osais pas trop le faire. Et là, je me suis dit, OK, pourquoi pas ? Puis les gens me disaient, vas-y à fond, arrête de se brider, etc. Tous les artistes que j'ai rencontrés me disaient ça. Puis c'est là où j'ai commencé. à réfléchir à tout ça et à me dire, OK, déjà, cherche-toi toi-même dans ton art, puis essaie de découvrir un peu ton identité pour réussir à faire passer un message qui soit cohérent, qui ait du sens. En gros, ça a débuté un peu comme ça. C'est pour ça que j'ai mis un peu le Canada là-dedans, parce que ça m'a ouvert un peu une liberté. J'y suis allée à fond, puis j'ai testé des choses qui m'ont amenée à m'intéresser un peu à mes origines. Donc, ça a commencé comme ça.
- Speaker #0
Donc là, ça fait trois ans que tu vis au Canada. Et en fait... Avant, c'était comment, du coup, t'es française, niçoise. Et en effet, moi, je suis partie à Nice et j'y suis allée assez souvent. Et c'est clairement, et pendant très longtemps, j'ai vécu dans le sud de la France. Et franchement, Nice, je pense que c'est le pire. Désolée les niçois, les gars, mais genre Nice, c'est vraiment genre... Non, c'est difficile, tu vois. Et je trouve que c'est... En fait, je trouve que déjà, quand tu grandis dans des endroits comme ça, que tu sois... Je ne sais pas, de toute façon, du moment que tu es dans la minorité raciale, et j'utilise le mot raciale en mode sociologique et tout, genre, déjà, tu as des problématiques. Et moi, ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi tu dis que tu as renié tes origines ? Parce que tu vois, il y a un truc que tu as écrit que j'ai trouvé super intéressant, c'est qu'à un moment donné, tu as dit, genre, en mode, je ne voulais que être blanche. Et ça, tu vois, c'est quelque chose que moi, on m'a... tellement répété quand j'étais en Côte d'Ivoire, la blanche, la blanche, la blanche, que moi, en fait, je voulais faire l'inverse, justement. Je voulais être noire et je voulais plus du tout qu'on m'appelle la blanche. C'est même du coup pour ça que j'ai appelé le podcast Tout Babou la Jaille, parce que c'était, genre, on me traitait de blanche, tu vois. Genre, c'était trop difficile. Et donc, enfin, ça me... Enfin, quand je dis ça me fait rire, parce que je me dis on a vraiment des vécus différents. Et suivant là où on va vivre, ça va vraiment être joué concrètement sur comment on a notre rapport à notre métissage.
- Speaker #1
Oui, alors déjà, je trouve ça trop cool qu'on ait des histoires différentes. Justement, ça enrichit tellement la discussion. Je trouve ça trop chouette. Du coup, oui, moi, j'ai vécu... En fait, pour te recontextualiser un peu, donc mon père vient du Mozambique de base. Il est parti à 18 ans vivre au Portugal. Il a rencontré ma mère au Portugal et ils sont venus en France ensuite. Mais mon père, de base, ne parle pas du tout français. Il n'est pas français, il est africain. Puis après, il a été au Portugal pendant des années. Vraiment rien à voir avec la France. Puis il est venu vivre en France quand il a rencontré ma mère. Puis ils ont grandi en France. Enfin, ils ont grandi en France. Bref, ils nous ont créés en France. Mais je veux dire, mon père a appris la langue française et ils ont un peu... Comment dire ? Tout a pris avec nous quand on était petits, parce que j'ai un petit frère aussi. J'ai un petit frère qui est plus jeune que moi. Ils nous ont eus et mon père ne m'a pas du tout partagé sa culture parce qu'il apprenait le français et la culture française avec nous, étant petit. Du coup, au tout début, il me parlait un peu portugais, mais ça s'est très vite arrêté. Et je n'ai aucun lien avec ma culture africaine, zéro. Il ne nous en a jamais parlé. Et même quand on lui posait des questions, encore aujourd'hui, il ne répond pas. Donc, en fait, moi, j'ai... Donc, effectivement, j'ai vécu à Nice, du coup. Donc, quand mes parents sont revenus en France, ils sont allés à Nice, qui est une ville, effectivement, très fermée d'esprit. J'étais une des seules métisses de mon école, étant toute petite. En plus, j'étais un peu dans le côté... J'habitais vers le côté un peu bourgeois de Nice. Du coup, j'étais que dans des écoles où il y avait 90% de personnes blanches, puis il y avait moi et peut-être une autre métisse, mais on était deux, puis c'était vraiment rare. Et depuis toute petite, moi, on m'a toujours fait comprendre que j'étais différente. On m'a toujours fait comprendre. Les garçons, beaucoup, ils me disaient beaucoup, quand t'es petite, c'est un peu le truc, non mais je peux pas être amoureux de toi parce que t'es noire, parce que t'as une couleur différente. Et c'est que des trucs comme ça, en fait, qui, au fur et à mesure, le pire, c'est qu'au tout début, je m'en rendais pas compte du tout que c'était un problème. Et je l'ai compris que bien plus tard. C'est pour ça que... J'ai renié mes origines vraiment jusqu'à tard parce que j'avais aucune représentation et du coup, pour moi, c'était juste normal. J'ai toujours vécu comme ça, donc pour moi, c'était juste normal. Et en fait, j'ai été entourée de personnes très occidentalisées, puis même ma famille, ma mère et mon père. Mon père qui voulait aussi, je pense, s'intégrer beaucoup, mais avec mon frère, il ne nous a pas du tout partagé sa culture. Et du coup, moi, j'ai baigné dans un truc très occidentalisé, très français. J'étais très proche aussi de ma famille du côté de ma mère, moins du côté de mon père. Donc vraiment, je n'avais pas de lien avec mon côté africain. Donc moi, j'ai baigné là-dedans. Donc pour moi, en fait, intérieurement, pour moi, j'étais blanche. C'est juste les autres qui me faisaient comprendre que j'étais différente. Tu vois, s'ils ne me disaient pas, je pense que j'aurais pensé dans ma tête que j'étais blanche, vraiment 100%. Mais parce que ma culture était très française, puis tous mes copains étaient blancs. Puis ma famille, avec qui je restais constamment, était blanche. Puis mon père aussi, qui voulait rentrer aussi dans ce truc-là, avait cette culture-là. Puis c'est un peu ça qui nous a appris aussi dans l'éducation, etc. Donc en fait, pour moi, j'étais 100% blanche. Sauf que les autres me renvoyaient que je ne l'étais pas. Et donc, j'ai senti ce décalage vraiment intense pendant super longtemps. Mais je dirais, franchement, je dirais jusqu'à la fac. Parce qu'à la fac, ça allait un peu mieux. Mais vraiment... Toute ma jeunesse jusqu'au lycée, ça a été une torture pour moi. Enfin, je n'étais pas du tout... En fait, je sentais que je n'étais pas à ma place, mais je ne comprenais pas trop pourquoi. Je savais que j'étais différente, mais au point de ne pas être acceptée, je trouvais ça tellement énorme que je me suis dit, il doit y avoir autre chose. Peut-être que je ne suis pas intéressante, peut-être qu'il y a d'autres choses comme ça. Et du coup, je me suis renfermée tellement, genre, cet été. Et du coup, en fait, oui, ça vient du fait que je viens de Nice parce que c'est particulièrement très peu... Il y a très peu de diversité. Puis on n'en parle pas. C'est vraiment pas un sujet qu'on étudie à l'école ou que mon entourage, même mes amis en discutent. Même ma famille, ils n'en parlent pas. On n'a jamais mis en avant le fait que c'était OK d'être différent et que c'était une richesse, etc. Même si je me laissais beaucoup les cheveux et que mes parents étaient en mode « Arrête de te lisser les cheveux, ça ne sert à rien. » Moi, je ne comprenais pas. J'étais en mode « Vous ne vous rendez pas compte ? » J'essayais de rentrer dans un groupe, là. Genre, je ne sais pas. Tu ne savais pas ce que je suis en train de vivre, là.
- Speaker #0
Ça, c'est un truc de dingue parce que, tu vois, ma mère, elle est blanche. Et donc, du coup, elle a les cheveux lisses et tout. Et je sais que quand on était petite, c'était notre rêve d'avoir les cheveux lisses. Et genre, d'être blonde et tout. Enfin, ma mère, là, j'ai encore des images d'elle avec des longs cheveux. Elle changeait souvent de couleur. Elle avait des longs cheveux, genre roux, genre Ariel, quoi. Et à un moment donné, en fait, nous, on s'est défrisé les cheveux avec mes sœurs. Et c'est vraiment, je crois, parce que du coup, c'était intéressant. Parce qu'à un moment donné, t'as dit, ouais, c'est quand t'as... vu l'ENA situation qui avait décidé de plus lisser les cheveux, que toi tu t'es dit, putain merde les gars moi aussi j'en ai marre, et c'est vrai que moi, je crois, moi c'était pas l'ENA situation, mais c'était quand Solange, enfin pas le moment précis, mais je sais que Solange c'est devenu un peu une nappie, et elle est devenue genre le porte-drapeau des meufs nappies et tout, parce qu'à l'époque on disait nappies et tout, et genre à ce moment là, moi aussi je me suis dit, et pourtant moi je... Au tout début de ce projet, je me suis dit, moi, je suis totalement à l'aise avec mon identité. Il n'y a aucun problème et tout. Vas-y, je suis prête. Je suis limite la psy des gens. Et en fait, je me suis rendu compte que non, moi aussi, j'ai fait des trucs de zinzin par rapport justement à ça. Et je trouvais ça super intéressant quand tu as écrit ça. Genre, en moi, je me suis dit, mais c'est vrai. En fait, il a fallu qu'il y ait des meufs qui sont métisses ou qui sont noires, qui sont multiculturelles et tout. je ne sais toujours pas quoi dire comme mot genre métisse, non je ne sais toujours pas donc c'est trop compliqué pour que en fait on se dise ok c'est bon on nous laisse la chance de le faire et c'était trop, enfin je trouve que c'est vrai qu'à l'école je pense que c'est là où on se prend le plus de trucs et tu vois genre c'est trop drôle parce que ce que tu dis genre en mode les gars ils ne voulaient pas te parler et tout, moi c'était l'inverse c'est que dans ma classe, donc quand je suis rentrée en France j'étais genre en troisième et quand je suis rentrée en France ça a été un choc culturel parce que moi j'ai quitté un pays en guerre Et donc, du coup, quand t'arrives, genre, c'est pas la joie. Et en troisième, déjà, t'apprends tout ce qui est le truc, la guerre et tout, seconde guerre mondiale, enfin bref, tous les trucs horribles, c'est ça que t'apprends. Et j'arrive et on était trois métisses dans ma classe. Il y avait un gars, c'était le sportif, c'était les stéréotypes. Un gars, c'était le sportif. Et je crois que les deux autres métisses avec moi, c'était genre des antillais, tu vois. Donc le sportif et l'autre nana, c'était genre le stéréotype. Genre elle était mince, elle avait des belles boucles, elle était parfaite. Et moi, à côté, j'étais... plus grosse. J'étais, genre, j'étais l'africaine, donc déjà, ça, c'était genre, ah non. Et j'attirais mes personnes. Et genre, en plus, j'ai jamais eu ma langue dans ma poche, donc du coup, c'était en plus rédhibitoire. Et donc, en fait, c'est vrai que il y a tellement de trucs, parce que surtout, si, enfin, surtout en France, on a tellement une idée précise d'être métisse, c'est quoi ? Que du coup, si tu sors de ce stéréotype-là, genre, t'es foutue, en fait. Enfin, t'es genre juste pas la bonne métisse. Et... Enfin, bref. Du coup, c'était la parenthèse, mais il y a trop de trucs. C'est pour ça que je me suis dit, en fait, moi aussi, j'ai des problèmes, les gars.
- Speaker #1
Bien sûr, mais on a tous notre histoire et tout. Mais je pense que ce truc de représentation, c'est tellement important pour moi parce que même le fait de rencontrer d'autres personnes qui ont d'autres histoires, déjà toi, puis je me rends compte avec les réseaux sociaux, ça m'ouvre aussi vers ça. J'ai rencontré, je suis allée boire des verres avec des filles qui m'ont contactée par rapport à ce sujet-là que je mettais un peu en avant. Et en fait, je découvre plein d'histoires différentes. puis je me rends compte qu'on a... effectivement pas le même... On n'a pas les mêmes discours, mais on se rejoint sur plein de choses. Et je trouve ça trop chouette de voir que t'es pas tout seul, en fait. Ça rassure de dingue. Puis tu te dis, en fait, on vit quand même... La France, ça reste un pays ouvert. Ça dépend dans quelle ville t'es, toujours pareil, mais ça reste un pays quand même assez ouvert. Mais il y a quand même un... Enfin, on n'en parle pas assez. Surtout, je trouve que dans le métissage, c'est encore autre chose. Parce que moi, je me suis soit considérée comme, beaucoup comme blanche, soit considérée comme noire. Genre, les gens qui me... Mes amis blancs, par exemple, qui me faisaient des blagues sur le fait que je sois métisse, ils ne me font pas vraiment des blagues sur le fait que je sois métisse. Ils me font des blagues sur le fait que je sois noire. Tu sais, je sens que les personnes en face de moi qui ne sont pas racisées me considèrent comme noire. Les personnes noires me considèrent comme blanche. Mais j'ai jamais été vraiment entre les deux considérée comme métisse. Donc il y a comme un spectre encore autre où on s'ébat trop. On est un peu entre deux et puis on reste quand même encore une minorité parce qu'effectivement, il y a la communauté noire, la communauté blanche, la communauté métisse, mais c'est encore plus petit. Et puis, je me suis fait la réflexion en en parlant avec mon frère, il n'y a pas longtemps, il me disait, mais en fait, nous, quand on est nés, il est plus jeune que moi, mais bon, de pas beaucoup. Quand on est nés, être métisse, c'était rare. Surtout dans le sud de la France, à Nice, il n'y en avait pas beaucoup. Moi-même, mes parents, quand ils se sont mis ensemble, c'était tellement rare de voir une femme blanche avec un homme noir. C'était super rare. Moi, je n'en voyais jamais, tu vois. Donc, on était un peu les prémices en plus de cette nouvelle ère. Donc, on a testé des choses. Exactement, crash test. Pour nous, c'était OK parce que dans tous les cas, on était différents et c'était tellement rare qu'on n'en parlait pas, tu vois.
- Speaker #0
De ouf. Ouais, c'est de ouf. Moi, je sais que ma mère m'a déjà raconté, par exemple, que quand on était toutes petites et tout, elle est partie avec mon père, genre, vers, dans l'Est, tu vois, genre, donc ils habitaient à Nantes. Elle est partie dans l'Est de la France avec mon père, genre, Fribourg, enfin, je sais pas, un endroit comme ça. Elle m'a dit qu'elle était choquée parce que là-bas, enfin, clairement, on la regardait comme si c'était une chouin. Genre, vraiment, on la regardait super mal et tout. Et genre, t'es là, tu te dis, mais, enfin, comment tu vis ? Tu vois, quand il y a eu le Black Lives Matter ? À un moment donné, genre, je le dis, j'écris sur Instagram, ouais, moi, ma mère m'a toujours dit que j'étais l'avenir du monde et tout. Tu sais, t'es fière de dire ça parce que, en vrai, j'en veux pas à mes parents. Enfin, faut pas... Voilà, quoi. Comme je te dis, les crash-tests. Et en fait, genre, à un moment donné, la nana qui est aussi métisse, mais qui était plus vieille que moi, elle me dit, ouais, je comprends pas comment on peut mettre ce fardeau sur un enfant. Et moi, j'ai jamais senti comme un fardeau. J'ai plus senti genre en mode, t'inquiète pas, un jour, tu trouveras ta place parce qu'un jour, tu trouveras tous les gens qui sont comme toi. Genre, en mode, c'est un peu genre... L'île Dorado des Métis, on va tous se retrouver un jour dans notre pays de Métis. Donc, en fait, genre, quand elle a dit ça, ma mère a vu le com. Et elle a vrillé, elle a dit ouais. Mais elle est aussi abonnée à la Nana. Parce qu'en vrai, c'est un peu devenu une influenceuse entre-temps. Et genre, ma mère a dit ouais, c'est Nana et tout, c'est moi. Je sais que ma mère, elle a super mal pris. Parce que je trouve qu'elle, elle a fait de son mieux. Et c'est vrai que nos parents, je pense qu'ils ont fait de leur mieux. Et en fait, genre... Moi, ce que je voulais savoir, justement, c'est est-ce que, du coup, t'es déjà repartie au Mozambique ou jamais ?
- Speaker #1
Non, je suis jamais allée. Mais c'est pour ça, là, je fais le parallèle à ce que je disais sur le fait que j'ai renié mes origines longtemps. Ça fait que... Le Covid, c'était il n'y a pas si longtemps. Ça commence à faire, mais c'était il n'y a pas si longtemps. Je vais avoir 30 ans bientôt. J'ai tardé à m'y mettre vraiment. Moi, pour te dire à quel point j'étais mal dans ma peau, c'est que j'ai changé de nom de famille pour prendre le nom de famille de ma mère pour ne pas avoir mon nom de famille mozambicain où tout le monde, en plus, personne n'arrive à le dire. À l'école, les profs, c'était horrible. Tout le monde riait, c'était horrible. Et en fait, moi, très vite, j'ai changé de nom de famille. Donc, j'ai pris le nom de famille de ma mère pendant des années, Mon père, même à l'école, quand il m'a amenée au parc et tout, j'avais tellement honte. J'étais à un point où j'avais honte de mon père. Je ne voulais jamais sortir avec lui parce que je me disais, mais c'est horrible, ça va se voir encore plus que je suis différente. Et en fait, moi, ça, ça a été très, très longtemps comme ça. Et au Covid, j'ai commencé à me sortir un peu de ce mal-être, puis essayer de... de m'interroger, puis de me dire « Laisse-toi les cheveux frisés, c'est pas grave, on t'aissera, puis si t'aimes, tant mieux. » Mais en fait, ça met du temps jusqu'à là, aujourd'hui, où là, je prends enfin le sujet vraiment à bras-le-corps en me disant « Tu ne vas jamais pouvoir être 100% épanouie si tu n'acceptes pas tes deux parties de toi. » Et je m'en rends compte à 30 ans, là. Et en fait, du coup, le Mozambique, ça a été un énorme sujet. Mon père, il est... pas retourné pendant des années et des années. Il est retourné pour la première fois, parce qu'il est parti à 18 ans, mais il est retourné pour la première fois il y a, je pense, 10 ans, genre, un truc comme ça. Donc, vraiment, il a tardé. Donc, même lui, il n'était pas dans la démarche d'eux, et moi encore moins. Et il n'y a que maintenant que je me pose la question, et j'aimerais bien y aller l'année prochaine avec mon frère. Donc ça, c'est un sujet là que j'essaye de mettre en place, etc., un projet que j'essaie de programmer et tout. Mais c'est que maintenant que je suis capable de le faire. Moi, avant, j'étais incapable. J'avais un blocage impossible pour moi. Parce que j'étais là en mode, mais qu'est-ce que je vais faire là-bas ? Je n'y connais rien. On ne m'a jamais parlé de cette culture, de ce pays. Donc, tu sais, pour moi, c'est tellement flou que je ne voyais même pas l'intérêt. Alors que maintenant, je la comprends un peu plus. Je me dis que c'est pour moi qu'il faut que je le fasse. Donc non, je n'y suis jamais allée.
- Speaker #0
Moi, je parle du principe que chacun a son rythme. Je sais qu'en vieillissant... Moi, je me rends compte que c'est une chance que j'ai d'avoir vécu dans le pays de mon père. Et d'avoir aussi ma mère qui a réussi, parce qu'on parle souvent du parent racisé en France. Mais on ne parle pas, en fait, moi, ma mère, finalement, elle était quand même, on va dire, un peu en minorité. Et genre, elle aurait pu prendre le parti de dire, bah, vas-y, genre, c'est pas mon taf. Genre, c'est à leur père de faire le taf et tout. Mais non, genre, elle a quitté son pays, elle a quitté ses coutumes, ses manières, ses codes et tout, ses manières de vivre et tout, pour arriver... dans un pays qui n'était pas le sien. Elle a réussi vraiment, presque plus que mon père, j'ai envie de dire, parce que pour mon père, c'était vraiment inné en soi, c'est dans son ADN. Mais ma mère, elle nous a vraiment inculqué l'amour de cette culture. Et je me rends compte vraiment qu'en soi, c'est vraiment une force. Et souvent, c'est ce que je ressens dans le sens où je me rends compte que je vis véritablement, j'ai vécu véritablement des choses totalement différentes. des métisses en France. Et souvent, j'ai un peu l'impression de ne pas forcément être dans la quête de mon identité ivoirienne. Je la connais et tout. Mais j'ai d'autres problématiques. Ça, c'est évident. Même au contraire, dans mes illustrations, comme je fais aussi d'un travail artistique, c'est vrai que souvent, je me dis que je ne fais que ma culture ivoirienne. Genre, je ne fais pas du tout ma culture française et je n'en ressens pas du tout le besoin et tout. Et je me dis, ouais, c'est cool parce que je sais de quoi je parle. Et souvent, même quand je retourne en Côte d'Ivoire, les gens, quand ils me voient, ils disent, ok, elle a mes têtes et tout. Et quand je commence à parler et tout, là, ils disent, non, mais en fait, t'es comme nous. Et c'est vrai que c'est une fierté parce que quand j'étais petite, je me suis battue vraiment, enfin littéralement battue pour faire une certaine place et pour qu'on m'accepte genre comme une Ivoirienne. mais c'est tout. Enfin, franchement, je pense que ça sera un autre sujet un jour dans ce podcast. Mais c'était insupportable, tu vois. Et c'est vrai que je pense que la démarche de partir dans ton pays, du côté de ton père et tout, au Mozambique et tout, ça peut prendre le temps que ça prendra. Mais il faut se sentir prête parce que je pense que tu vas aussi arriver et là, tu vas te dire, OK, on passe aussi d'une autre manière. De toute façon, quand t'es mutie, c'est tout le temps comme ça, tu vois. Donc... Donc moi je sais que mon rêve, du coup, c'était de venir vivre à Nantes, et quand je suis arrivée à Nantes, je me suis pris des trucs dans la tranche, et je me suis dit, donc en fait, les gars, dans tous les cas, je serai jamais à ma place nulle part, et puis tu vois, donc c'est clair et net que... Moi, en tout cas, j'ai fait ce travail de me dire, genre, dans tous les cas, je vais me prendre des réflexions. Et dans tous les cas, les gens vont me coller des étiquettes.
- Speaker #1
Complètement. Mais malheureusement, c'est pas vrai.
- Speaker #0
Non, non, t'inquiète. Mais en tout cas, il y avait aussi un autre truc. Attends que je me souvienne. Parce que je me souviens que je l'avais noté carrément parce que j'ai trouvé ça aussi super intéressant. C'est que quand tu parlais des relations amoureuses, les relations amoureuses, à un moment donné, t'as dit les garçons ne viennent pas vers moi parce qu'ils sont intimidés. Et ça, j'étais, c'est pas possible. La même. Non, mais en fait, ouais, c'est un truc. Moi, je pensais que c'était juste, genre, j'ai trop une aura, tu vois. Genre, je suis trop la masse. Mais après, en discutant avec les hommes, et il y a un truc, ça, je pense que c'est un vrai sujet, genre, un autre épisode, carrément. Parce que, genre, tu discutes avec des hommes blancs, ils vont te dire, genre, sortir avec une métisse, c'est genre le high level, genre, en mode, c'est trop, tu vois. Vous voulez, et puis en plus... Vous les meufs métites, vous sortez qu'avec des mecs bodybuildés, que si, que ça, et j'étais un, et t'as ça. Ou alors quand tu sors des fois avec un... Parce que moi je suis sortie avec... J'ai eu des relations longues avec des blancs, moins longues avec des personnes racisées. Et genre souvent il y a le truc qu'ils vont te dire c'est... Ah non mais en fait quand tu goûtes à une métisse... Genre texto, je sorte la phrase. Quand tu goûtes à une métisse, genre après tu me fais aller voir les femmes blanches parce que c'est fade. Ah ! Genre t'es là ! et tu sais, moi je l'ai jamais pris comme un compliment parce que je me suis toujours dit mais ça veut dire que ma maman elle est fade ? Genre ? Moi je sais que c'est bizarre, mais je sais pas, dis-moi toi vas-y, dis-moi
- Speaker #1
J'adore cette conversation, j'adore C'est excellent Moi par rapport aux hommes, bah moi c'est encore tu sais, c'est drôle parce que du coup j'ai l'impression qu'on a vécu le truc dans l'autre sens enfin que toi du coup t'as plus le côté noir et moi j'ai plus le côté blanc là-dedans mais moi par exemple je suis sortie qu'avec des garçons blancs Tout le temps, toute ma vie. Et en fait, je pense que pour moi, c'était un peu une identification de faire ça. Un peu, ça me crédibilisait dans le fait que je voulais rentrer dans le moule. Donc déjà, je pense qu'il y a un truc très peu... Enfin, je les choisissais, tu sais. Je n'ai jamais été dans le... Ah, OK, lui, il peut être différent, il me plaît, donc pourquoi pas ? Je pense que j'avais vraiment le truc où j'avais besoin de rentrer dans une case et de prouver un peu que je peux le faire, tu sais. je pense inconsciemment. Je l'ai compris ça avec le temps. Il y a un peu ce truc où souvent on me disait j'avais envie de tester, tu sais. J'avais envie de tester, voir ce que ça faisait.
- Speaker #0
Mais c'est pas possible en fait, tester, genre t'as cru que j'étais quoi, un matelas, un coussin, enfin je sais pas, un canapé.
- Speaker #1
Mais je pense qu'il y a tellement un inconnu par rapport à ce sujet-là et moi au tout début, j'étais du coup à Nice, donc il y en avait très peu encore à l'époque, etc. J'ai eu mon premier... copains, j'avais genre 13 ans, il me semble. Et tu sais, c'était beaucoup du « Ah, pourquoi pas tester, voir ce que ça fait ? » Et en fait, c'est dingue. Et ça, ça a été jusque-là, il n'y a pas longtemps. C'est arrivé beaucoup. Et en fait, je me rends compte qu'il y a un peu cette... Parce que j'en ai parlé avec eux, parce qu'effectivement, ça me... Ça ne me trigger pas, mais je suis un peu en mode « C'est fou que ce soit... » Alors moi, qui me considère en plus... Enfin, je me sens... tellement occidentalisés que j'avais l'impression qu'ils sortent avec une blanche dans l'idée. Mais eux, pour eux, c'est dingue. Et en fait, quand ils sortent avec moi, au final, après, j'ai eu que des relations longues. Après, on a pu en discuter vraiment ouvertement. Ils se disent, en fait, il n'y a pas de sujet là. Il n'y a vraiment pas de sujet, mais ils ne s'en rendaient pas compte avant. Ils sont là en mode, les prochaines fois, effectivement, un peu comme toi, je serai beaucoup plus ouverte. Donc, ça leur ouvre quand même ou porte ce qui est « positif » , entre guillemets, dans le sens où, en fait, c'était tellement inconnu pour eux qu'ils sont là en mode... oh my god et en fait ils se disent ah bah en vrai peut-être j'en ai fait un peu des questions donc il y a un côté cool et un côté en mode ça part de loin quand même c'est chaud mais au final ça ouvre un peu les esprits et le deuxième truc donc par rapport au fait d'intimider moi je le ressens beaucoup quand je sors en soirée déjà faut savoir que je suis du coup entourée toutes mes amies sont pas assisées et du coup quand je sors en boîte je pense effectivement que je vais dans des boîtes un peu plus bobo, peut-être un peu plus... où il y a le moins de personnes racisées. Je pourrais aller dans une boîte afro et j'y vais très rarement, par exemple. Et en fait, dans ces boîtes-là où je vais, ou des soirées un peu guinguettes, etc., un peu bobo, je sens que les mecs ne viennent jamais vers moi et je sens comme un truc de... Je sens que je les intimide. Je ne sais pas comment dire. Je le ressens vraiment comme si je vois qu'ils me regardent. pas spécialement droit dans les yeux ou ils sont pas du tout en mode drague.
- Speaker #0
Et alors que mes potes, elles se font draguer, mais toutes les deux secondes. C'est hallucinant. Mais moi, je me fais jamais draguer de la vie. Genre jamais, Par contre, je vais dans une boîte afro, toutes les deux secondes, je vais draguer. Évidemment,
- Speaker #1
tu vois. Donc,
- Speaker #0
tu sais, c'est un peu dans l'entre-deux, en mode, genre, pourquoi ? Et à la fois, j'en ai conscience que, je pense que ma différence fait un peu en mode, ah, OK, pourquoi pas tester ? Mais là, tu sais, passer le cap, c'est encore un autre sujet. Et du coup, ils ne viennent pas spécialement, quoi. En tout cas, je vois bien que c'est plus difficile que mes copines non-racisées.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Je pense sincèrement qu'en vrai, parce que du coup, ça, ça m'a vraiment intéressée dans le sens où, justement, la question de la représentation, tu vois, genre dans ce travail que je veux faire, la question de la représentation, de changer l'imagerie. Je trouve qu'en gros, on a tellement été tous biberonnés, nous, nos parents. Parce que moi, quand j'entends ma mère parler de mon père... Ça pourrait être aussi un autre sujet. Des fois, je n'arrive pas à savoir si, en fait, c'est un peu de ces gens négrophiles. Tu sais, tu as des trucs, tu te dis, mais attends, maman, c'est-à-dire que... Tu ne peux pas dire ça.
- Speaker #0
Je suis tellement d'accord.
- Speaker #1
Et t'es là, t'es... Mais tu sais ça ? Genre, je ne m'étais jamais rendue compte. Et c'est il n'y a pas si longtemps que j'ai commencé à avoir une conversation avec ma mère. Et je me suis dit, mais attends. Parce qu'en fait, mon ex, je me suis rendue compte que c'était un négrophile. et que je replace en mode négrophile, ça veut dire quoi ? C'est genre les hommes ou les femmes qui collectionnent les personnes noires en relation amoureuse et qui sortent qu'avec ce type-là. Et en fait, au début, je pensais que j'étais bon, il y avait moi, il y avait son autre ex. Et après, je me suis rendue compte que le gars, il s'en foutait, genre grande, petite, mince, tout, tout, du moment qu'en fait, la nana était noire ou métisse. Et j'ai eu une conversation avec ma mère. Et là, en fait, je dis à ma mère, « Mais maman, elle me dit un an. Moi, je ne pourrais pas sortir avec un homme blanc. J'aurais l'impression de sortir avec mon frère. » Et je dis, « Mais comment tu peux sortir ça ? » Et on rigole. Et en fait, en vrai, c'est ma mère. Et je pars du principe que, sûrement que ça va déranger des gens s'ils entendent ça et tout. En vrai, je m'en fous. Parce que c'est ma mère. Parce qu'elle n'est pas parfaite. Mais elle n'est pas non plus. Ça a été une super bonne mère. Et elle m'a donné plein d'outils et de bagages pour être la personne que je suis. Donc, c'est problématique. Mais ça ne l'est pas pour moi. Et en fait, quand elle me l'a dit, genre à un moment donné, je dis mais maman, est-ce que tu serais prête à sortir avec Bad Bunny ? Parce que je me dis, vas-y, peut-être que, tu vois, elle me dit, ouais, Bad Bunny, ouais. Et tu sais, ça m'a rassurée, je me suis dit, ok, il n'est pas noir. Donc ça veut dire qu'il y a quand même une porte-voix. Mais c'est ridicule, en même temps, je comprends, enfin moi, je sais pourquoi ça m'a fait paniquer. Parce que je suis, en fait, du coup, la noire, la part noire. Et je me dis, ben en fait, c'est comme ça qu'on me voit, genre... exotiques et tout. Et c'est pour ça que l'idée de refaire un peu l'imagerie des métisses, travailler dessus, je voulais sortir justement de ce côté où t'es... Comme t'as dit, en fait, quand toi tu t'en vas dans une boîte afro, t'es exotique. Et je suis sortie avec, par exemple, des gars noirs. Et je sais que pour eux, genre la light skin, tu vois, genre la métisse, c'est aussi genre un level, un step, tu vois, genre ah non non mais nous... Et je trouve que déjà rien que ça, ça te fait aussi en tant que femme métisse, genre t'es... la target de toutes les autres meufs. Genre, tout le monde te déteste. Alors qu'en soi, t'as rien demandé. Mais en fait, c'est foutu. Les femmes blanches, elles vont te détester. Et les femmes noires, par exemple, je le ressens aussi en Côte d'Ivoire, ou pas toutes les femmes noires, évidemment, mais souvent, quand je vais en Côte d'Ivoire, on me regarde un peu mal, en mode, la métisse, la sorcière, la go qui va voler nos maris, nos mecs, etc. T'en as rien à foutre de son gars. mais en fait directement t'as collé ça parce que tu vois j'ai fait des recherches et je me suis rendu compte que c'était littéralement comme ça qu'on voyait les métis dès le début en fait c'était bon mais en même temps ils vont être un peu genre le fantasme, ils vont être là pour séduire, pour te... tu vois et donc ça, ça m'a vraiment parlé et quand tu m'as raconté ça je me suis dit mais c'est pas possible parce que je pense qu'au delà, enfin les mecs métis aussi je pense qu'ils ont aussi des gros stéréotypes parce que j'en ai entendu parce que je sais que sur les réseaux je sais pas si toi tu tombes sur ça mais genre en mode et ouais moi mon style c'est les métis les mecs métis mais pas n'importe quel gars métis tu vois les gars bien barra bien bodybuildé les yeux clairs les contours bien fait ou alors l'ox et m et les gars y'a pas que ça mais en fait du coup ça véhicule tellement en stéréotypes que du coup toi et c'est pour ça que franchement en termes de représentation et d'art, je suis trop bloquée. Parce qu'en fait, on a été tellement biberonnés à ça que tu n'arrives pas à imaginer autre chose. Et justement, moi, c'était un vrai mal-être quand j'étais petite. Parce que j'étais, par exemple, j'étais tout le temps comparée à mes sœurs. Et mes sœurs, on leur disait tout le temps, « Ouais, vous, vous êtes trop belles et tout, mais Mélissa, elle est moche. » Tu vois, genre, ça m'a vraiment travaillé de fou, quoi. Donc c'est vrai que quand tu m'as dit ça, je me suis dit ça, c'est vraiment un peu aussi une clé, un truc que je trouve qu'il faut que je creuse parce que je trouve ça intéressant. Et justement, pour arriver un peu justement à ce que je voudrais faire, moi j'aimerais savoir comment toi en fait tu te sens par rapport à ça. Est-ce que tu te sens totalement à l'aise aujourd'hui avec ton métissage ? En dehors du fait que tu ne connaisses pas ta culture et tout, est-ce que genre tu le ressens un peu comme une force ou pas du tout ? Enfin je ne sais pas.
- Speaker #0
En fait, moi, pour le coup, je ne le vois pas du tout comme ça. Moi, je me trouve... Enfin, pas que je ne me trouve pas belle, mais tu sais, genre, je ne me sens pas dans les clous du tout. Moi, je ne me sens pas du tout en tant que la métisse que tout le monde convoite. Mais alors, zéro. Je compare ça à mon petit frère, qui, lui, a toujours eu beaucoup plus le côté de... Enfin, lui, il s'est vraiment intéressé à nos origines africaines. Il se sent beaucoup plus noir que moi. Moi, j'ai beaucoup renié. Puis, il ne comprenait pas pourquoi. Lui, il assume ses origines fois un milliard. Et il est métisse. Et c'est un garçon grand, loxé, typique de ce qu'il vient de dire. Et en fait, on a zéro eu la même vie. Vraiment. Ou lui, pour le coup, effectivement, il est très convoité. Ça se voit qu'il a une aura et que les meufs, elles le regardent un peu et tout machin. Moi, zéro. Mais parce que moi, je me suis tellement sentie blanche. que même dans mon je pense, après réflexion, mais même dans mon style, le fait de pas assumer mes cheveux. En fait, j'étais métisse sans vraiment l'être. Tu es comme dans un... J'ai toujours un peu représenté la métisse qui essaie d'être blanche, genre. Et en fait, du coup, j'ai jamais eu ce truc de... On m'a jamais idéalisée comme une métisse. Je sais pas, tu sais, il y a un peu le cliché ou qui porte des trucs moulants, qui machin, qui truc, qui danse super bien, qui gnagnagna.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Zéro ! Genre zéro parce que moi-même, je me suis mise dans une case de je vais être blanche à tout prix. Du coup, je me suis mise dans ce style-là, dans mon aura, je pense que c'est ça qui ressortait aussi. En fait, je pense que j'étais dans un entre-deux où je n'étais pas vraiment regardée. Et en fait, je ne me suis jamais sentie convoitée. Je ne me suis jamais sentie convoitée, à part dans les boîtes afro où là, je vois la différence. Mais au-delà de ça, non, j'ai plus l'impression de... d'être un peu là, quoi. Je suis un peu là. Et je le vois, comparé à mon père, ça n'a rien à voir, quoi. Je le vois, lui, quand il sort, je vois les meufs le regarder. Je vois, genre, le truc qu'il a autour de lui, mais parce que lui, il est beaucoup plus assumé. Ça se voit. Puis on a toujours parlé de cette différence-là entre nous deux. Ça n'a rien à voir. Rien à voir. Et c'est beaucoup plus que tu me dis là, parce que lui, en fait, je pense qu'il se sent beaucoup plus africain. Ben, ça se voit, ça se ressent. Il y a une aura, il y a une énergie qui fait que... Alors, moi, ça se voit que je... que je voulais essayer d'être blanche, genre. Moins maintenant, mais quand même.
- Speaker #1
Tu veux un peu camoufler. En fait, finalement, tu veux un peu te cacher.
- Speaker #0
Exact. Mais ça, je m'en rendais le pire. C'est horrible, mais je m'en suis rendue compte tellement tard. Mais jusqu'à là, là, vraiment, il y a un an, je pense, j'étais vraiment dans le déni de tout ça. Pour moi, c'était normal de le faire parce que la vie m'a un peu poussée à... Tu vois, même mes centres d'intérêt ou mes amis, etc., ils sont tellement occidentalisés que moi, je rentre dans une espèce de moule un peu de français cliché que j'ai construit inconsciemment. Mais aujourd'hui, j'ai beaucoup de mal à me sortir de ce truc-là. Même si j'en ai envie, j'ai beaucoup de mal. Et ça fait que depuis là, pas longtemps, que je me dis « Attends, t'es deux choses différentes. » C'est pour ça, je reviens un peu à ce que tu disais tout à l'heure par rapport au fait qu'on est soit considéré comme blanc, soit considéré comme noir. Moi, là, je suis en train de travailler sur le fait que je suis les deux. Et il faut que j'arrête de tout le temps me mettre dans une case, dans une bulle de t'es française, t'es blanche, tu te considères comme blanche, t'as aussi autre chose et t'es les deux ensemble. T'es ni un côté, ni l'autre, mais il faut que t'arrives à faire un milieu entre les deux. Et je trouve que c'est ça le plus dur. C'est ce travail-là d'être juste au milieu de tout ça, en fait.
- Speaker #1
Non, ouais, c'est clair. Et là, du coup, c'est vraiment une partie qui m'intéresse, c'est comment tu fais en art ? Qu'est-ce qui te... Comment tu réussis dans ton art à renouer avec tes origines ?
- Speaker #0
En fait, là, je suis un peu en plein dedans. J'ai rencontré, il y a un an de ça, un artiste haïtien avec qui j'ai discuté comme ça de son projet et tout machin. Il est venu le sujet de « Et toi, est-ce que tu fais de l'art ? » Puis je lui parle un peu de ce que je fais. Il m'a dit « En gros, là, t'as un truc, c'est cool. » Du coup, on a parlé un peu de ça. Elle m'a dit, mais tu ne mets pas beaucoup en avant tes origines dans tes œuvres et tout. Et on vient à commencer à parler de ce sujet-là, tu vois, qui était encore un peu tabou. C'était il y a un an quand même. Mais j'étais là en mode, ouais, je sais, j'ai du mal à le mettre en avant et tout. Je sais que je devrais, mais je ne sais pas trop par quoi passer, etc. Et en fait, on discute pendant des heures de tout ça et on ouvre un peu une porte sur le fait qu'il faut que, dans ce que je crée, il faut que je passe un message. Dans le sens où moi, de base, je suis graphiste. Donc, mes dessins sont très design. De base, je dessine très dans l'esthétique. C'est pour ça qu'il y a beaucoup de couleurs, etc. Parce que j'aime bien ce côté... J'aime bien le beau dans les choses. dans tout ce que je vois dans la vie et quand je crée, j'ai besoin de créer quelque chose de beau. Et en fait, il me disait, oui, c'est super beau, tu as un truc, mais tu ne veux pas passer de message dans ce que tu fais. Genre, ça sent qu'il manque un peu cette démarche artistique. Et ça m'a grave fait cogiter et j'y ai pensé pendant longtemps et tout. Et j'étais là en mode, OK, mais c'est quoi le message que je dois faire passer ? Et le premier truc qui m'est venu en tête, parce qu'on a parlé en plus de mes origines, etc., c'est qu'il faut que je mette ça en avant. en fait. Donc ça, c'était il y a un an, c'était il n'y a pas si longtemps, donc je travaillais encore dessus. Mais en fait, quand il m'a fait cette réflexion-là, je me suis rendue compte que je me bridais vachement dans ma création. Par exemple, souvent, par mon premier réflexe, ça serait de dessiner une personne métissée ou noire. Et je me bridais en me disant, t'es personne pour le faire. T'es personne pour le faire, les gens vont te mettre dans une case, le fais pas et tout. Et du coup, je le faisais pas. Et c'est comme ça que j'ai commencé en faisant des couleurs un peu what the fuck. violette ou rose et tout inconsciemment je pense que c'est pour pas mettre trop de couleurs effectivement comme tu le disais puis c'est un peu pour suggérer aussi qu'on peut être où et rien à la fois tu vois donc c'est passé beaucoup par ça puis ça fait pas si longtemps là parce que j'ai revu ce monsieur là avec qui on a beaucoup parlé qui m'a donné un peu des exercices etc qui m'a dit essaye de faire ta démarche artistique vois vers là où ça t'amène etc et moi ça passe beaucoup par les émotions Comment on se sent, nous, à l'intérieur, mais comment on se sent aussi par rapport aux autres. Un peu la carapace qu'on se met, je pense, dû à mon histoire, etc. Et j'ai décidé d'assumer le fait que quand j'ai envie de faire des personnes métisses, je fais des personnes métisses. Et maintenant, effectivement, moi, ça représente vraiment la peau. Mais maintenant, tous mes personnages sont métisses, presque. Vraiment, ils sont presque tous métisses. Et je pense que ce côté très couleur, peps, etc. Il y a aussi un truc un peu d'assumer, tu vois, cette... ce mélange de couleurs, puis ces assemblages. Vraiment, j'essaie de faire attention à ce que ça soit bien uniforme et que les couleurs soient pop, puis qu'elles changent quand même assez régulièrement. Il y a un truc sur les couleurs qui m'attire quand même particulièrement. Et je pense que c'est dû effectivement à ce truc de métissage. Pour moi, c'est beaucoup par ça que ça passe. Je pense par les couleurs flash que je mets dans mes illustrations et par la couleur de la peau. Mais j'ai envie vraiment de... C'est pour ça que ton sujet m'a tellement intéressée. Et puis en plus, comme t'es artiste et tout, je me suis dit, mais what the fuck ? C'est vraiment... Je te jure. Mais vraiment, de travailler ce truc-là. Même lui, il me disait, t'es pas obligée de faire que du dessin. Il y a même d'autres pratiques. Je fais de la photo aussi. Donc j'ai rien bien à essayer de faire quelque chose sur de la photo. Puis je vais beaucoup aussi à des conférences qui parlent de la racine, de l'identité, de la communauté noire. Ici, il y a quand même un gros sujet aussi avec les personnes haïtiennes, beaucoup. Il y a eu un gros... Il y a un gros sujet, du coup, il y a pas mal de conférences autour de l'art et de ce sujet-là. Donc, je m'y intéresse beaucoup plus et je m'ouvre un peu à ce monde-là à travers la rencontre de nouvelles personnes qui sont aussi autant concernées, enfin pas autant, mais je veux dire, qui sont comme une représentation un peu pour moi et qui sont concernées par le sujet identitaire, en tout cas au sein du Canada, par exemple, et de la vie en général. Je pense que ça passe vraiment beaucoup par ça. Mais là, je me renseigne. plus que ce que je fais pour l'instant. Je vois que je suis vraiment dans la découverte d'artistes aussi typés, racisés. J'en suis beaucoup plus sur Insta alors qu'avant, je ne le faisais pas. Donc là, maintenant, ça me permet d'avoir des représentations et puis de découvrir aussi un arc africain que je ne connais pas et de m'ouvrir à d'autres choses. Mais ça ne fait pas si longtemps. Du coup, je n'ai pas encore la fibre dans mes œuvres. Je sens que ça ne ressort pas encore. Mais pour l'instant, je ne le fais que sur la peau.
- Speaker #1
Oui, tu es en pleine recherche. Je comprends totalement. en général on a tellement tendance moi je sais par exemple que j'avais tendance avant dans mon travail artistique à suivre des artistes qui étaient complètement déconnectés de ce que je pouvais faire et tout et en fait quand j'ai commencé à faire des recherches et tout je me suis dit genre là ok d'accord c'est pas que je me reconnais forcément mais genre je sens qu'il y a des sujets dans lesquels dans la représentation je me reconnais pas mais dans les sujets en fait je me dis ça me parle plus que, enfin je sais pas, je raconte n'importe quoi, mais genre du Picasso, tu vois. Jusqu'à présent, toute notre vie, on s'est fait décrire par les autres, on s'est fait désigner par les autres, les autres nous ont donné des étiquettes. Et aujourd'hui, se réapproprier notre imagerie, notre manière de nous représenter, ça peut paraître un peu... Genre des fois, j'ai peur de tomber un peu dans cette idée de communautarisme, tu vois, qu'on déteste un peu en France. Mais en même temps, je me dis, c'est pas forcément du communautarisme, mais juste se réapproprier des... une identité, enfin, une représentation qui nous a échappés à un moment donné et qui a conditionné aussi notre manière de penser, tu vois, mine de rien. Donc, du coup, voilà.
- Speaker #0
Je voulais te remercier pour ça parce que moi, c'est une copine qui te suit que j'avais rencontrée à Lyon à l'époque et elle m'a poussée un peu à m'assumer et tout. Elle était vraiment là mais qu'est-ce que tu fais, genre, t'es trop belle, vas-y, fonce, assume-toi, brille et tout. Cette fille-là est devenue une amie très proche aujourd'hui. C'est elle qui m'a partagé ta story parce qu'elle te suit de la Belgique.
- Speaker #1
Je vois. Je vois.
- Speaker #0
Je me suis dit, c'est tellement génial de nous laisser la parole. Je trouve ça trop cool parce qu'en plus, moi, ça tombe pepoil dans le moment où je suis en train de travailler là-dessus. Puis, j'essaye de me découvrir un peu cette partie-là de moi. Bref. pour essayer de m'aligner un petit peu plus. Donc, trop bien. Moi, le fait que tu mettes plein de questions comme ça et qu'on ait vraiment la place d'écrire plein de choses, ça m'a fait kiffer de tout. Parce que je me suis dit, ça y est, je peux déballer. En vrai, ça va être trop cool d'avoir des récits hyper différents parce que moi, je me suis rendu compte qu'avec mon propre frère, alors qu'on a eu la même éducation, etc., on n'a pas du tout la même histoire. Donc déjà nous-mêmes, alors qu'on fait partie de la même famille, on n'a pas la même histoire, mais avec plein de gens, je pense que ça peut donner une richesse incroyable. Franchement, merci pour ce projet-là, c'est trop bien.