- Speaker #0
Aujourd'hui, je vous propose un épisode que j'aurais jamais pensé faire un jour dans ma vie. C'est un épisode avec mon père et ma mère. Et avant de vous le partager, j'ai envie de vous contextualiser quand même certaines choses. Tout d'abord, je dis que j'aurais jamais pensé faire un épisode avec mes parents, c'est surtout parce que ce travail, ce podcast, c'est ma démarche artistique, c'est mon travail préparatoire. Donc faire intervenir mes parents dans mon travail artistique de cette manière-là, c'est inédit pour moi. Même si, d'une manière générale, c'est inédit pour moi de faire intervenir des personnes dans mon travail préparatoire et de transformer ma pratique artistique individuelle en une pratique artistique collective. Si je vous parle de contextualisation, c'est parce que la question du métissage dans ma famille n'a jamais été une question. Ça a toujours été presque comme une évidence. Avoir un père noir, une maman blanche, ça ne nous a jamais vraiment posé de problème au sein de ma famille, bien entendu. C'est comme si on vivait tous d'une certaine manière en harmonie et que mes parents avaient tous les deux embrassé la culture de l'un et de l'autre. Et on a été élevés dans cette ambivalence de manière assez naturelle. Bien entendu, en grandissant, et même quand je pense que j'étais assez petite, j'ai commencé à demander à ma mère si ça ne lui faisait pas bizarre d'avoir des enfants qui ne lui ressemblaient pas. Mais au-delà de ça, ça a toujours été quelque chose qui paraissait presque évident. Donc, c'est la première fois... que vraiment, je les invite à réfléchir à ce sujet et je les ai un peu pris au dépourvu parce que je dois vous avouer que j'aurais dit « Ah, vous êtes tous les deux là, très bien, on va en discuter. » Donc, vous allez les écouter. C'est leur perception, c'est leur vision. Mon but avec ce podcast et cet épisode-là, c'est pas forcément de donner mon avis, mais c'est plutôt de les écouter raconter leur expérience. J'ai apprécié faire cet épisode-là et j'ai surtout apprécié l'idée de ne pas donner la parole à nos parents. Moi, en tout cas, je ne me suis presque jamais posé la question de ce que ça avait impliqué chez mes parents jusqu'au moment où j'ai décidé de faire ce travail-là. Donc, peut-être qu'avoir les perceptions de nos parents nous donnerait aussi les clés de comment nous, on peut s'identifier et comment on peut de nouveau se réapproprier notre représentation. Dans tous les cas, je vous souhaite vraiment d'apprécier, de l'écouter avec bienveillance parce que c'est aussi deux mondes différents. C'est aussi deux âges différents. Mon père est né dans les années 60, ma mère est née dans les années 70. Et l'idée avec ce podcast, c'est surtout d'aller chercher, rechercher des choses qui ne sont pas visibles pour le grand public. Et en tant qu'artiste, en tout cas, je pense que c'est ça mon rôle, et de le montrer aux yeux de tous à ma manière. Donc c'est parti. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Toubabou la joie.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
allô, allô.
- Speaker #0
Je fais un travail sur le métissage. Et comme vous êtes mes parents, je voulais savoir comment vous avez vécu le fait d'élever des enfants métisses. Est-ce que pour vous, Georges voudrait avoir votre ressenti sur l'éducation des enfants métisses ?
- Speaker #1
Bah écoute, il n'y a pas de problème.
- Speaker #0
Georges, tu t'es jamais dit que c'était un peu...
- Speaker #1
politique d'éduquer des enfants métis dans le métissage ? Non. Déjà, quand on fait des enfants, ce n'est pas politique. Donc, c'est parce qu'on veut faire des enfants. Maintenant, quand c'est des métis, c'est peut-être une autre éducation, mais on ne se pose pas de questions, que ce soit une autre couleur ou un noir ou un asiatique ou un nord-africain. On ne se pose pas des questions pourvu que ce soit l'enfant que nous désirons. Et à partir de là, on l'éduque comme il se doit pour que l'enfant puisse s'épanouir. Donc, lui donner une très bonne éducation, ne pas céder à tous ses caprices, bien sûr. Mais l'éduquer parce que tous les deux, nous avons une culture différente. Donc, chacun y met du sien. Et puis, donc, ça fait une bonne sauce tomate. Et les enfants aussi s'épanouissent correctement parce que le papa, il est d'une autre éducation. couleurs peut-être, et la maman aussi. Donc, tout se met ensemble et l'enfant arrive à s'épanouir correctement parce qu'il épouse les deux éducations.
- Speaker #2
C'est pas mal au cœur si on te dit que ton enfant n'est pas comme toi.
- Speaker #1
Mon enfant n'est pas comme moi parce que l'enfant, sa maman et moi, on a voulu tel qu'il est. Ceux qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez peuvent le dire. Mais moi, je suis content d'avoir mes enfants. Et je pense que mes enfants...
- Speaker #0
Ils appartiennent à ta culture. Ils voient comme tes semblables.
- Speaker #1
Comme moi, parce qu'ils viennent de moi. Donc, Dieu merci qu'il m'a donné ces enfants-là d'ailleurs. Maintenant, celui qui... qui se plaint parce qu'ils ne sont ni noirs ni blancs. Mais ça, je mets ça sur le compte de la jalousie ou de l'ignorance totale. Voilà, ils n'ont pas la même culture. Il faut faire en sorte que les enfants, ensemble, soient heureux de vivre ensemble. C'est ce que moi, je voudrais dire.
- Speaker #3
En fait, moi, je n'ai pas eu à réfléchir comment j'élève mes enfants parce qu'ils sont métisses. Je me suis juste, j'ai suivi mon chemin, j'élève mes enfants. Pas par rapport à leur couleur. et parce que toi tu je sais que ça te gêne un peu quand je dis ça mais moi je regarde pas telle personne elle est de telle couleur ou telle autre couleur moi je regarde les gens c'est des gens et des êtres humains et je m'adresse à eux sans faire une fixation sur leur couleur ou leur origine tu vois mais bon c'est peut-être une facilité peut-être parce que justement je suis blanche donc j'ai jamais eu un regard le regard des autres vis-à-vis de moi puisque je suis blanche Mais je n'ai jamais élevé mes enfants en me disant comment je dois élever les métisses. Par contre, c'est vrai que toi, puisque tu es ma première fille, on avait des amis, des gens qui venaient et me disaient, tu verras, les métisses, c'est dur à élever parce qu'ils ont du caractère, parce qu'ils prennent le meilleur des deux cultures. On m'a pas mal dit ça, en fait. C'était des stéréotypes, mais après, voilà, moi, c'est ce qu'on me disait. C'était des gens qui disaient, tu verras, les métisses, c'est... C'est comme ci, c'est comme ça. Mais moi, je ne me suis pas arrêtée à me dire comment j'élève un métis. Les règles d'or pour élever un métis. Donc effectivement, comme disait papa, on n'a pas éduqué nos enfants d'une manière réfléchie politiquement ou vis-à-vis des autres. On a donné l'éducation qu'on pensait la meilleure. Mais bien sûr, étant donné qu'on est tous les deux d'une culture différente. On a fait en sorte de donner des références de nos cultures d'origine. On a 15 minutes.
- Speaker #0
C'est nice. Est-ce qu'il y a quand même eu des moments marquants ? Parce que vous dites que vous avez fait ça de votre côté et tout. Mais moi, je trouve qu'on a quand même eu la chance. Des fois, il y a des gens qui se sentaient pas, qui avaient du mal à trouver des représentations. Et je trouve que oui. Mais tu vois, Nooch nous a quand même montré... On regardait Le Prince de Bel-Air. Tu nous as montré aussi le film Kunta Kinte, alors qu'on était vraiment très jeunes. Et que, genre, je m'en souviens encore que c'était vraiment... Voilà, Racing, c'était quelque chose d'assez difficile. Mississippi Burning et tout. Inconsciemment, quand même, t'as quand même compris que tes enfants, ils étaient... Ils allaient être confrontés à des difficultés dues à leur couleur de peau. Est-ce qu'il y a eu des moments qui vous ont marqués ? Vous avez pris conscience que vous aviez des enfants qui étaient biculturels ? et biratio, entre guillemets.
- Speaker #3
Moi, déjà, quand j'étais petite ou jeune, adolescente, je me souviens, je ne sais pas si tu as déjà entendu mamie dire ça, raconter cette histoire, mais moi, j'ai toujours été attirée par la musique. Alors, à l'époque, c'était la musique antillaise. J'ai toujours aimé les musiques, ces références-là. Et les feuilletons, oui, moi, je regardais, j'étais fan de... La famille Yuckstable, enfin, oui, le prince de Bélair, ça arrivait peut-être plus tard, mais j'aimais beaucoup. Et ma mère disait, toi, t'as dû être noire dans une autre vie. Parce que c'est vrai que j'ai toujours aimé cette, enfin, été attirée par cette culture. Alors, je te dis, à l'époque, ce n'était pas l'Afrique, c'était les Antilles plutôt. Parce que je n'avais pas de référence de chanteur africain, à part Harry Belafonte.
- Speaker #0
Juste pour vous préciser que Harry Belafonte n'est pas du tout un chanteur africain. mais un chanteur afro-étasunien qui est originaire de la Jamaïque. Mais dans tous les cas, je pense qu'on a bien compris que ma mère apprécie énormément les sonorités afro.
- Speaker #3
C'est lui qui chante. Alors, ta référence à toi,
- Speaker #4
c'est...
- Speaker #3
Non, c'est pas Arrivé la Fonte, alors. Ah oui, voilà, c'est ça, c'est lui, c'est Arrivé la Fonte, ouais. La référence c'est Beetlejuice, voilà. Donc mes parents écoutaient beaucoup. Ça on avait, alors à l'époque c'était des cassettes, donc on avait beaucoup de cassettes quand on voyageait, on allait en vacances, on mettait ça en boucle dans la voiture. Voilà, le jazz, mes parents ils aimaient bien le jazz, mais sinon moi c'était plus, voilà, les musiques, zouk et compagnie, tu vois. Et du coup j'ai trouvé assez naturellement le fait de m'intéresser à la culture de papa. Puisque du coup, on s'est connus en France, donc je ne la connaissais pas, donc je m'y suis intéressée. On est partis en vacances en Côte d'Ivoire, j'ai adoré et c'est vrai que je me suis tout de suite imprégnée et ça m'a... Je l'ai fait naturellement, en fait, d'intégrer nos deux cultures à votre éducation. Et donc, en France, je n'ai jamais eu de remarques ou de quoi que ce soit. En tous les cas, je n'en ai pas eu conscience. Là où, effectivement, ça a commencé un peu la couleur de peau à agir, à faire réagir, en tous les cas, c'était quand on est arrivé en Côte d'Ivoire. Où là, du coup, vous étiez les blanches. Même moi, on ne me disait pas la blanche. Et vous, par contre, on vous définissait comme les blanches. Donc c'est vrai que c'est là que ça a commencé un peu à devenir quelque chose qui peut... Ouais, on s'interroge en fait. On définit la personne par rapport à sa couleur de peau. Et c'est à partir de ce moment-là. Le racisme, proprement dit, j'en avais déjà eu des expériences à travers. Parce que ce n'est pas moi qui subissais, mais... à travers des attaques ou des choses, des mots vis-à-vis de papa, mais pas par rapport à vous, pas par rapport aux métisses.
- Speaker #4
Est-ce que tu racontes tes épisodes ? Est-ce que tu as à dire, raconter tes épisodes ?
- Speaker #3
Ah, on était à Paris, et à l'époque, il y avait les cabines téléphoniques, et il y avait, donc c'était des cabines téléphoniques, elles étaient toutes les unes à côté des autres, donc elles étaient toutes prises, et moi j'étais à l'extérieur, j'étais enceinte de toi, donc peut-être un peu... nerveuse. Et il y a un gars qui est venu et en fait, il était pressé pour téléphoner, probablement, mais du coup, il s'est posté devant la porte où papa était en train de téléphoner. Et là, il a commencé à... Alors, je ne me rappelle plus ce qu'il a dit, forcément, parce que c'était il y a longtemps, mais il a commencé à avoir des propos racistes et tout. Et là, moi, je suis arrivée avec mon gros ventre et j'ai commencé à... à l'allumer moi aussi en me disant que non, ça ne se faisait pas. Pourquoi il réagissait comme ça ? Et ses papas, en sortant, ils me disaient « mais qu'est-ce qu'il y a ? » Et puis là, le gars, lui, il est parti. Papa prenait ça plutôt, lui, calmement, tranquillement, tu vois. Je pense que moi, ce n'était pas dans mes habitudes, donc forcément, ça m'a plus agacée, énervée. J'ai commencé à découvrir le racisme à partir de là, en fait. Autrement, ça n'a pas été... Enfin, ouais, pas trop en France, en fait. À l'époque, en tous les cas, pas trop. Et ça a commencé vraiment, pour vous, vis-à-vis de vous, en tous les cas, ça a commencé en Côte d'Ivoire. La coloration. La coloration. Voilà. Parce que bien sûr, j'ai toujours... Je vois que papa, il est noir, moi, je suis blanche, mais pour moi, c'est pas... On se définit pas comme ça, quoi, tu vois. Et là, le fait de vous définir vous en disant « les blanches » , c'est là que ça a commencé à me travailler. Je ne l'ai pas subi non plus, puisque ça se faisait plus au niveau de l'école, les choses comme ça. Or, moi, je n'y étais pas. Là où on s'est le plus battu à l'école, c'était pour les règles, parce que là-bas, il y avait la chicotte, même si c'est interdit, si légalement, ils n'ont pas le droit. Voilà, ils s'autorisent quand même, les enseignants, à chicoter les enfants. Donc, il y en a même des parents, moi, je me souviens, une fois, j'avais été chercher à l'école, où les parents disaient, « Allez-y, chicotez-la, allez, il faut qu'elle saigne ! » Parce que, voilà, les parents, ouais, reproduisent, et puis délèguent un peu cette autorité à l'enseignant, alors que, ben nous, pas du tout, avec papa, on s'est battus quand même pas mal de fois pour dire que, ben non. Alors moi, vis-à-vis de moi, il y a eu des choses que je comprends. Puisqu'avec l'histoire, parce qu'en plus, on était en Côte d'Ivoire, donc quand ils savaient que j'étais française, tout de suite, voilà. Il y a de tout. Mais par rapport à mes enfants métis, c'est vraiment là-bas que... Pour moi, ce n'était pas un problème, justement. Pour moi, c'était plus les enfants sont... Comme on a une double nationalité, on a un double passeport, on a un double... Voilà. Et le fait d'être métisse, pour moi, c'est un double. C'est plus, c'est mieux. Or, ça peut devenir un handicap finalement. Au lieu d'être un plus,
- Speaker #0
ça devient une charge. Maintenant, j'aimerais savoir si la question de la transmission, parce que souvent, je trouve qu'on est quand même chanceux, chanceux dans notre fratrie, d'avoir quand même eu un bon bagage de transmission. de nos deux cultures, la culture française en vrai je trouve que c'était assez facile finalement mais la culture ivoirienne et Wobbe, finalement toi papa bon ok, on ne sait pas parler Wobbe, on comprend un petit peu et tout mais on n'est pas vraiment bilingue à ce niveau là, mais t'as quand même réussi à toujours nous raconter des histoires à parler de chez toi et tout. Et comment tu as réfléchi à ça ? Ou alors pareil, c'était naturel ou quoi ? La question de la transmission de ta culture Wobbe, en fait, de ta culture africaine, ivoirienne même.
- Speaker #1
Ma culture, au moment où moi j'ai des enfants déjà et que les enfants sont métis, je m'octroie quand même le droit de leur apporter cette éducation en leur ouvrant aussi l'esprit sur moi, ma culture à moi. pour qu'il puisse savoir exactement d'où je viens. Parce qu'un enfant qui naît de deux parents différents, qui grandit, il se pose beaucoup de questions. Pourquoi mon père est noir ? Pourquoi ma maman est blanche ? Donc, au moment où l'enfant commence à se poser des questions, il faut lui expliquer déjà et il faut lui raconter aussi nos racines. Et c'est à partir de là que l'enfant ne se pose plus de questions parce qu'il comprend. Depuis le bas âge que mon papa est noir parce qu'il est de la Côte d'Ivoire, parlant de moi. Donc à partir de là, moi j'ai des racines que j'explique, je donne à mes enfants, que je leur explique pour qu'ils comprennent bien. Avant de connaître leurs grands-parents, leurs cousins, leurs tantes, lorsqu'ils partent en Côte d'Ivoire, au moins ils sont déjà briefés. Au moins ils savent déjà que la nature de notre papa, c'est ça. C'est comme ça qu'ils vivent, c'est comme ça qu'ils... Ces parents vivent, voici comment ils voient les choses. Donc en fait, on leur a déjà donné ce qu'il faut. Ils sont armés pour rencontrer déjà les parents, pour échanger avec eux. A partir de là, lorsqu'ils vont voir les parents, les cousins, les cousines, les frères et les sœurs, ils ne sont pas dépaysés parce qu'en amont, on leur a déjà donné l'information, d'un, sur leurs racines et aussi sur leurs couleurs.
- Speaker #0
Ok, d'accord, je vois. Je ne sais pas si j'ai d'autres questions parce que vous avez quand même répondu pas mal à mes questions. Mais est-ce que le fait de nous élever, du coup, vous venez quand même de deux cultures différentes et de deux cultures différentes, même pas du même continent. Donc, ça a posé quand même des défis. Est-ce que le fait de nous élever, ça vous a changé, vous aussi, dans votre manière de vous redéfinir, entre guillemets, ou de vous percevoir ? Tu vois, par exemple, maman, toi ? Tu as fait l'effort d'apprendre à nous tresser, à nous coiffer, parce qu'on n'a pas du tout les mêmes cheveux que toi. Et tu as fait cet effort-là en regardant nos tantes, comment elles faisaient et tout. Et c'est vrai que, mine de rien, même si vous dites que vous avez fait les choses de manière naturelle, ce n'est pas naturel. Vu que ça ne vient pas de ta culture à la base, ce n'était pas naturel. Tu l'as intégré comme si c'était naturel, parce que je pense qu'au fond de toi, c'était évident que tu devais, comme justement tu avais déjà un peu cette appétence à aller vers d'autres cultures. côté du jazz et tout, c'était peut-être pas les plus ouverts d'esprit. Et donc, du coup, finalement, t'es rentrée dans la culture un peu afro à travers des trucs qu'on pouvait tous consommer, comme la musique et tout, qu'on connaît et tout. Mais quand même, t'as fait un travail d'apprendre à très... Si je trouve que c'est quand même quelque chose qui est assez fort, il y a des gens qui savent pas s'occuper des cheveux de leurs enfants. Et ça aussi, ça rajoute une double difficulté pour l'enfant. Du coup, ça me fait revenir à cette question-là. Est-ce que ça vous a changé ?
- Speaker #3
Je ne pense pas que ça... Oui, pour moi, ce n'est pas un changement. Pour moi, limite, j'ai envie de dire que c'est moi qui me suis intégrée à la culture de papa. Effectivement, c'est moi qui me suis intégrée à la culture africaine, ivoirienne en particulier, ou obé même. Parce que moi, déjà, avant de... Enfin, quand j'ai rencontré papa... On est partis en Côte d'Ivoire en vacances. Et comme je disais, j'ai beaucoup aimé. J'ai vraiment apprécié. Je parle de l'hospitalité à l'ivoirienne, mais elle est réelle. En fait, j'ai été très bien accueillie. On est allé jusqu'au village même pour rencontrer ton grand-père. J'ai rencontré toute la famille et pour moi, c'était important. Parce qu'on n'avait pas du tout des projets de mariage à l'époque. On sortait ensemble, on est partis en vacances. Et tout le monde m'a intégré vraiment tout de suite. Et j'ai tellement aimé cette énergie, la façon de vivre. C'était vraiment... J'en garde vraiment un souvenir. D'ailleurs, je suis repartie, je pleurais. Je suis repartie, je suis rentrée en France, je pleurais parce que j'étais vraiment heureuse là-bas. Je me suis vraiment sentie bien. Et du coup, après, quand papa m'a demandé en mariage, je me suis dit, ouais, OK. C'était facile pour moi parce que je connaissais sa culture, je connaissais sa famille. C'était évident en fait, parce qu'en plus, il y a la crainte des autres. pas de moi, mais des autres qui disent « Ah ouais, mais tu te maries avec un étranger. » On a vu pas mal de choses, des fois, où les pères, ils repartaient dans leur pays, avec les enfants, et tout ça. C'est vrai qu'il y a des gens qui disent « Mais non, t'as pas peur. » T'as toujours des gens qui sont, soi-disant, bienveillants, en te donnant des...
- Speaker #0
Je vais une part en tête, mais oui, il y a des films, genre, « Si j'avais sans ma fille... »
- Speaker #3
Exactement, ça, c'est le truc traumatisant. Ouais. mariage mixte, voilà, ça a été dans le regard des autres, ça a été un peu dans la parole. Je dis les gens qui viennent soi-disant te donner des bons conseils, en fin de compte voilà. Donc pour moi c'était rassurant de connaître la Côte d'Ivoire, de connaître la famille et après c'était une évidence aussi que dans l'éducation de mes enfants, c'était aussi qu'ils connaissent tout, mais que ça soit naturel. J'avoue, moi, je ne suis pas une grande cuisinière, donc déjà, la nourriture, les plats, vous avez tout de suite mangé des plats de Côte d'Ivoire, puisque c'est papa qui cuisinait 90% du temps. On a tout de suite aussi intégré le fait, parce qu'on avait beaucoup, on avait les amis quand ils venaient, le fait de manger à la main, ça a été tout de suite, ça a été naturel. Alors oui, pour les cheveux, effectivement, en plus, vous êtes... Trois filles et un garçon qui est venu en dernier. Donc oui, trois filles, tu n'as pas le choix. Tu dois coiffer, tu dois tresser et tu dois en prendre soin. Il fallait le faire. Et puis j'ai appris, effectivement, en regardant les amis, les tantes, comment elles tressaient. Une tresse simple, je savais la faire. Parce que moi, j'ai eu les cheveux longs en plus. Mais tresser, et puis voilà. Et après, j'ai eu une fierté de se dire, c'est moi qui l'ai fait. Donc, c'est vrai que ça s'est fait naturellement. Je pense que c'est plus moi qui me suis intégrée parce que j'aimais bien pouvoir, du coup, pour le coup, m'identifier. Je n'ai pas eu d'efforts à faire. Et même après, quand on est parti vivre en Côte d'Ivoire, quand on a eu ce projet avec papa, moi, c'était tout de suite, ok, let's go, on y va. Parce que j'avais eu cette bonne expérience quand on était partis en vacances. Bon, le fait de partir vivre, ça n'a pas été aussi simple. Parce que quand tu vis, quand tu vas en vacances, c'est une chose. Quand tu vas pour vivre, là, tu rencontres un peu plus les difficultés, la réalité de la vie là-bas. Ce n'est pas juste des vacances. Il faut travailler, il faut faire tout, voilà. Alors, je n'ai pas eu trop de problèmes à m'intégrer. Encore une fois, moi, en tant que blanche, il n'y a pas de problème. Oui, voilà. Et puis j'étais vraiment...
- Speaker #0
Isolée.
- Speaker #3
Je me suis pas mise... J'ai pas dit, tiens, je vais vivre en Côte d'Ivoire, mais par contre,
- Speaker #0
je reste avec la diaspora française ou européenne, tu vois. En fait, c'est vraiment ça, je trouve, qui est assez cool en Côte d'Ivoire, c'est que les gens essayent vraiment de t'intégrer en général. Après, quand on est métisse, évidemment, c'est différent. Enfin, c'est différent. C'est différent dans le contexte. Et toi, papa, du coup, est-ce que... Ça a changé des choses chez toi ?
- Speaker #1
Non, ça n'a rien changé. Les enfants se sont adaptés. Nous aussi, on s'est adaptés à nos enfants. Les enfants se sont adaptés à nous. On n'a pas eu vraiment de difficultés à élever nos enfants parce que nos enfants sont très intelligents. Dès le bas âge, ils ont pris l'ampleur de la chose. Ils ont compris tout de suite qu'il fallait s'adapter. et à l'éducation de papa et à l'éducation de maman. Et puis, ils ont vite compris. On a évolué comme ça jusqu'à ce qu'ils grandissent. Et moi, personnellement, je n'ai pas eu de difficulté à élever mes enfants. Au contraire, ça a été un énorme plaisir. Si je devais recommencer aujourd'hui, je recommencerais tranquillement, sans problème. Parce que moi, j'ai eu des enfants superbes, des enfants... très mignons, qui ont pris aussi, qui ont su faire le mélange entre moi, ma culture et la culture de leur maman. Donc ils ont compris ça vraiment très très tôt, très vite. Et nous, ça nous a libérés. Donc on a vécu en harmonie dans une famille extraordinaire. Moi je suis fier en ce sens que mes enfants retournent régulièrement en Côte d'Ivoire. pour voir la famille, pour se frotter aussi à ma culture, mais c'est un plaisir énorme. Et puis en plus de cela, moi je suis très heureux de voir mes enfants. Pour retourner en Côte d'Ivoire, même sans moi, au contraire, retourner en Côte d'Ivoire pour voir leur pays, voir leurs parents, nos amis et se faire même des amis ivoiriens. Moi, je suis très, très heureux de ce que font mes enfants parce qu'ils ne sont pas arrêtés sur l'éducation ici en France. Non, ils sont en train de pousser, pousser leur connaissance. et puis encore connaître plus la Côte d'Ivoire et puis peut-être un jour tourner vivre. Moi, je suis, en tout cas, dans ce domaine-là, j'ai béni Dieu qui a fait en sorte que mes enfants soient très, très flexibles dans ce domaine-là. Ils ne sont pas arrêtés. Non seulement sur l'éducation qu'on leur a donnée ici, mais plus ça va, plus ils poussent, ils poussent, ils poussent. Ils s'en vont en Côte d'Ivoire et moi, j'étais très heureux de voir la dernière fois Mélissa Abidjan dans son acte. à Bassam quand elle a fait son exposition tout ça, j'étais très très heureux oui donc je crois que on bénit le ciel pour ce que nous avons transmis à nos enfants et j'ai une dernière question et ça s'arrêtera là à chacun de tes enfants t'as donné un prénom ouobé,
- Speaker #0
soit un deuxième soit un deuxième prénom,
- Speaker #1
soit un premier prénom et j'aimerais savoir pourquoi c'est en fait identifier l'enfant C'est en fait l'initié, faire comprendre à l'enfant que les prénoms français, c'est vrai, c'est des prénoms accidentaux, mais dans sa racine, il a une langue qui est le « oué » et cette langue-là, parlée par son papa et qui lui donne le droit d'avoir aussi le nom dans cette langue qui est le « oué » et ce nom qu'on lui donne l'identifie quand il est avec ses parents, ses grands-parents, ses frères et ses soeurs. Généralement, quand on donne un nom, De nos racines, de notre ethnie à nos enfants, c'est ce nom-là qu'on prononce au village. Quand on va en vacances au village, c'est ce nom-là. Ce n'est pas le nom occidental qu'on lui a donné, mais ce nom de l'ethnie de son père ou de sa mère, dans mon cas, du mien, qu'on appelle régulièrement. Parce qu'en l'appelant par son nom traditionnel, on comprend l'aspect de l'enfant. Parce que l'enfant s'identifie à son nom. Parce que les autres identifient l'enfant au nom. chez nous au nom qu'on lui a donné. Donc, on est content d'appeler ce nom parce que ce nom signifie aussi à une signification. Voilà, et l'enfant s'identifie au nom qu'on lui a donné. Mais le nom qu'on appelle régulièrement dans son travail ici à l'école, ce nom-là, ce prénom, ou ce nom-là, nom au village, on ne le connaît pas. On l'appelle par son nom, on appelle ça un nom universel. Chez les Ouais, on s'identifie. Chacun est identifié par son nom qui lui a été donné par son père.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Richard et Béatrice, mes parents.