- Antoine Lacouturière
Bonjour, soyez les bienvenus dans ce nouvel épisode de Toucher du doigt la santé, un espace de rencontre, de transmission et de réflexion autour du soin, où l'on explore la santé au-delà des techniques. A travers ce podcast, les immersions, les formations et les différents projets que nous développons, l'idée est simple, faire évoluer notre manière de prendre soin de nous-mêmes et des autres. Pour découvrir l'univers complet du projet, rendez-vous sur toucher-du-doigt-la-santé.fr ou sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir le docteur Florie Akdime, pneumologue passionnée. Ensemble, nous allons explorer un sujet aussi quotidien qu'extraordinaire, la respiration, asthme, sommeil, apnée, hyperventilation, environnement, émotion, prévention. À travers son regard expert, son expérience humaine inspirante et la délicatesse de ses propos, Florie nous partage une vision à la fois scientifique, sensible et accessible du système respiratoire. Une conversation riche en conseils, en prise de conscience et en graines à laisser infuser. Je vous souhaite une très belle écoute. Bonjour Florie.
- Dr Florie Akdime
Bonjour Antoine.
- Antoine Lacouturière
Merci d'avoir accepté l'invitation.
- Dr Florie Akdime
Merci de m'avoir invitée.
- Antoine Lacouturière
Avec joie. On est à Montpellier, pas très loin de l'endroit où tu exerces. Et ce que je te propose de faire pour commencer l'épisode, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas encore, c'est de te présenter en quelques mots si tu veux bien.
- Dr Florie Akdime
Bien sûr. Alors moi je m'appelle Florie, je suis pneumologue de formation. J'ai fait mes études à Paris. Et puis, ça fait maintenant deux ans que je suis installée à Montpellier et à Nîmes aussi, parce que je travaille à Nîmes également.
- Antoine Lacouturière
Ok. Pneumos à Montpellier, pneumos à Nîmes, même activité. Tu as des activités qui sont spécifiques. Tu peux nous raconter un petit peu comment ça se passe pour toi ?
- Dr Florie Akdime
Alors, j'ai une activité effectivement de pneumologie indifférenciée, c'est-à-dire que je vais voir un peu toutes les pathologies relatives au poumon. Donc, ça va être des patients qui vont être asthmatiques, des patients qui vont fumer. Des patients qui viennent parce qu'ils toussent depuis des mois, qui sont essoufflés, indépendamment de mon lieu d'exercice. Et puis, j'ai une spécialisation aussi en sommeil. Donc, tout ce qui va être troubles du sommeil et particulièrement l'apnée du sommeil.
- Antoine Lacouturière
Ok. Alors, pour toute la partie des pros de santé médicaux, paramédicaux, on comprend. Mais pour celles et ceux qui ne font pas vraiment la différence entre médecine G, spécialiste, sommeil, est-ce que tu peux nous parler un peu de ça ? de tes études et de comment t'es arrivé à être aujourd'hui pneumologue, qu'est-ce que ça veut dire en termes de santé ? C'est un médecin généraliste qui spécialise, c'est une spécialité à part entière. Nous on sait, mais je pense que c'est important de cadrer ça au départ.
- Dr Florie Akdime
Bien sûr. Alors on a tous une base fondamentale, si je puis dire, où on fait chacun nos études de médecine pendant six ans, et puis on passe le concours de l'internat qui va déterminer notre choix de ville et notre choix de spécialité. La pneumologie, ça fait partie des spécialités, comme la médecine générale. D'ailleurs, c'est une sorte de spécialité qu'on choisit au moment de l'internat. Et puis ensuite, cet internat, il dure actuellement cinq ans. Moi, j'étais avant la réforme, donc je l'ai fait en quatre ans. Et puis à l'issue de ça, l'internat, c'est des stages de six mois où on passe de service en service, d'hôpitaux en hôpitaux. Et puis à la fin, on passe notre... de thèse et puis on peut rester à l'hôpital. Moi, c'est ce que j'ai fait pendant deux ans, c'est-à-dire que j'ai eu un poste de chef de clinique. On n'est pas chef d'une clinique, c'est un terme un peu bizarre comme ça, mais c'est finalement le premier grade au-dessus de l'interne qui va chapoter, avoir déjà un peu de responsabilité sur la prise en charge des patients hospitalisés. et qui va aussi former les internes, les externes, donc c'est les étudiants en médecine, pendant deux années dans un même service. Ce que moi j'ai fait à l'hôpital Cochin à Paris. Et puis ensuite, vous pouvez soit rester à l'hôpital, en tant que praticien hospitalier, ou même après professeur, et puis sinon aller en libéral, dans d'autres structures publiques aussi, autres que le CHU.
- Antoine Lacouturière
Ok, donc ça c'est ta trajectoire, les études de médecine, la spécialité, le choix de la pneumo. Qu'est-ce qui t'amène en pneumo ? Pourquoi la pneumo ?
- Dr Florie Akdime
La pneumo, c'est l'issue d'un stage en fait. C'était le premier stage d'externe, en début de troisième année que j'ai fait. Déjà, il y avait une spécialité, je voulais faire une spécialité d'organes. Je voulais me spécialiser dans un organe en particulier. Et puis la pneumologie, je trouve que finalement, même si ça reste une spécialité d'organes, c'est très transversal. C'est-à-dire qu'on a des pathologies qui vont être en lien avec l'environnement, la pollution, le tabac, etc. C'est un mario organe d'échange. On est vraiment... en lien avec l'environnement direct de ce qu'on respire. C'est assez génial. Il y a aussi des pathologies plus rares. Par exemple, les maladies inflammatoires, ce genre de maladies qui vont donner des atteintes de tout le corps, dont le poumon. Donc, on travaille avec plusieurs spécialités. On peut avoir aussi toutes les pathologies du sommeil, dans quoi je me suis formée. On peut aussi, si on est un peu plus technicien, faire un peu de la chirurgie, de la fibroscopie bronchique, même interventionnelle, donc des gestes un peu plus, pour ceux qui sont très manuels, ça permet aussi de combler ce désir-là. Et puis, on a surtout une relation avec le patient qui est assez riche, puisqu'on suit beaucoup de pathologies chroniques. Donc, les gens qu'on suit sur des années et des années, moi, c'est surtout ça, c'est le lien qu'on a avec le patient. Ce n'est pas juste le patient qui vient. Par exemple, je pense à la chirurgie. hop, on opère le patient, puis on ne le revoit plus. Ça correspondait moins à ma personnalité. Donc, je trouve qu'on a un lien vraiment très fort avec le patient.
- Antoine Lacouturière
Quand on te voit parler pour les auditrices, auditeurs, il y a les mains qui s'animent, le regard aussi, quand tu parles du lien à l'autre, c'était important pour toi ? J'ai l'impression, en tout cas, en t'écoutant parler de ce côté chronicité, le fait de revoir les patients, de les suivre, c'était un des éléments importants, j'ai l'impression.
- Dr Florie Akdime
Oui, c'est l'élément pour moi le plus important. Dans les axes de mon métier, oui.
- Antoine Lacouturière
Ok, super. Pneumaux, sommeil. Avant de rentrer dans la physiologie, parce que c'est un organe d'échange, et au moment où tu le dis, j'ai plein de questions qui arrivent par rapport à ça. Est-ce que tu peux nous parler de l'anatomie de ta semaine, qu'on puisse s'imaginer avec toi, Florie ? Qu'est-ce que c'est une semaine type pour toi ?
- Dr Florie Akdime
Alors, moi je travaille à mi-temps dans ma semaine en clinique. qui est un institut mutualiste, où les patients sont pris en charge à 100% sans dépassement. Donc c'est pas mal, c'est un mi-chemin entre l'hôpital et vraiment le libéral, ce qui permet aux patients de venir se soigner dans une structure où il y a plusieurs spécialités. Et donc moi, dans ma semaine, j'ai un jour et demi de consultation dans cette clinique-là. Je fais aussi des fibroscopies bronchiques sur un créneau de deux heures par semaine. donc les fibroscopies bronchiques c'est mettre un tuyau au niveau du nez et aller jusque dans les bronches pour aller faire des prélèvements, notamment les gens qui s'infectent à répétition ou chez les gens chez qui on peut suspecter parfois un cancer du poumon, on va aller faire des biopsies à ce niveau-là. J'ai aussi deux demi-journées dans le mois où je fais des ateliers d'éducation thérapeutique d'asthme, donc sur des ateliers de groupe avec trois patients qui reviennent deux fois dans le mois. Donc c'est des parcours d'hôpitaux de jour, c'est-à-dire qu'on vient à l'hôpital juste pour une après-midi et puis ensuite on repart, où il y a différents ateliers, on leur explique vraiment ce que c'est la maladie, les symptômes, comment se prendre en charge.
- Antoine Lacouturière
Génial.
- Dr Florie Akdime
Voilà. Et puis j'ai aussi une demi-journée où je fais faire des épreuves d'effort, donc ça c'est plutôt sur mon activité libérale anime. Donc les épreuves d'effort, pour expliquer un peu, c'est vous allez pédaler sur le vélo. Et puis on va regarder ce qui se passe. Par exemple, les gens qui sont essoufflés, on ne comprend pas pourquoi, on va les mettre dans les conditions où ils sont essoufflés. Et on mesure leur cœur. Ils ont un masque au niveau du nez et de la bouche pour voir les échanges gazeux, comment ça se passe. On voit s'ils respirent trop rapidement. On voit si les bronches s'adaptent bien. On voit si les muscles aussi suivent la cadence. Parce que finalement, il y a beaucoup de gens qui sont déconditionnés. C'est-à-dire qu'ils ne font pas assez d'activités physiques et du coup, qu'ils sont essoufflés. Je fais ça une demi-journée dans la semaine. Et puis, il y a aussi un temps administratif de lecture des tracés de sommeil, ce qu'on appelle des polysomnographies. Ce sont des examens de sommeil assez complets où on va lire la nuit du patient. Et donc, ça, ça représente une demi-journée à une journée dans ma semaine.
- Antoine Lacouturière
OK, merci de nous amener dans cette plongée dans ta semaine avec plusieurs activités différentes finalement. du manuel, de la lecture tracée, de la relation de patient, des épreuves d'effort. Ok. Ça me donne envie de te poser la question, là, on va parler dans le podcast de l'asthme, on va parler de la PPCO, on va parler peut-être du Covid et de cette période avec tout ce qui s'est passé parce que tu étais particulièrement impliqué dans cette période-là. On va parler de tout ça, mais avant de parler de tout ça, ce que je te propose de faire, c'est avant de parler de ce qui ne va pas et de ce qui touche quand même beaucoup, beaucoup de gens. Après, pendant le podcast, je me suis rendu compte à quel point c'était fréquent, ces pathologies-là. C'est de dire, OK, quand tout va bien... c'est quand même un système extraordinaire, le système respiratoire, les poumons, la respiration. Et on peut l'aborder de plein de manières différentes. Je le ferai avec ma vision, sauf Rostéo mélangée. Mais là, on a la chance, le privilège que tu sois une experte. Alors, est-ce que tu veux bien nous parler de la physiologie, de quand tout va bien, comment ça fonctionne, qu'est-ce qui est important, qu'est-ce que tu observes ? Tu as le micro ouvert, tu l'abordes comme tu veux, c'est pour partager un petit peu. Avant de voir comment ça ne va pas, quand tout va bien, qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce que tu observes ?
- Dr Florie Akdime
Alors la respiration, c'est assez magnifique, elle est automatique. On n'y pense pas. Et heureusement, si on devait penser à respirer, ça serait plus compliqué. Et en fait, beaucoup de pneumologues, dont Thomas Similowski, qui est pneumologue à la Pitié-Salpêtrière, qui dit qu'on respire avec notre cerveau. On ne respire pas avec nos poumons, ce qui est très vrai, parce qu'en fait, tout part du tronc cérébral. Le tronc cérébral, c'est ce qui est entre le cerveau et la moelle épinière, pour situer un peu. À l'intérieur du tronc cérébral, on a des neurones qu'on dit pacemakers, c'est-à-dire qu'ils vont décharger tout seuls. C'est les mêmes neurones qu'on a au niveau du cœur. Pareil, on ne pense pas à faire battre notre cœur, ça se fait automatiquement tout seul. Et donc en fait, c'est ces neurones-là... qui s'activent, qui s'inhibent entre eux, qui vont venir transmettre un influx nerveux, qui vont ensuite donner des nerfs, dont le nerf phrénique. Le nerf phrénique, c'est le nerf qui va passer, innerver le diaphragme, qui est le muscle principal de la respiration. Et finalement, par cette innervation, le muscle va se contracter, il s'abaisse, ça va créer une pression négative dans le thorax. La pression négative dit, hop, l'air qui va être attiré, et ça, ça nous permet d'inspirer. La cage se gonfle, et puis ensuite, le diaphragme se relâche, pression positive, et l'air ressort. C'est comme ça que ça se module. L'air, il va passer par le nez, quand tout se passe bien. Il vaut mieux qu'il passe par le nez, ça peut aussi passer par la bouche. Il passe au niveau du pharynx, donc l'espace au niveau de la gorge. Le larynx, on va avoir les cordes vocales. Et puis, tu as ensuite la trachée, et puis les bronches. Il faut le voir comme un arbre avec des bronches. qui se divise avec des bronches de plus en plus petites, des bronchioles. Et ensuite, ça va donner ce qu'on appelle les sacs alvéolaires, les alvéoles, qui est vraiment là où se font les échanges gazeux. Passage de l'oxygène et rejet du dioxyde de carbone. Ça, c'est quand ça fonctionne bien. Et puis, on a des systèmes de régulation qui sont automatiques aussi. C'est-à-dire que le corps, il va avoir ce qu'on appelle des chémorécepteurs. C'est des récepteurs qui détectent des variations. d'oxygène et de dioxyde de carbone dans le sang. Et si on détecte une variation, par exemple, si à un moment le dioxyde de carbone commence à monter dans le sang, exemple une crise d'asthme grave, ces récepteurs vont capter ça, ils vont envoyer un signal directement au cortex en disant il faut ventiler plus vite pour faire sortir le dioxyde de carbone. Et donc là, hop, un flux nerveux et on va se mettre à hyperventiler. Pareil dans le sens inverse. Ça, ça se fait de façon automatique. On a aussi des récepteurs mécaniques qui sont un peu présents partout dans le corps. Et puis, mêlés à tout ça, on a de la modulation émotionnelle. Quand on est anxieux, ça, ça me parle beaucoup. Quand on est émotionné de façon globale, le cortex joue là-dedans et on va accélérer notre respiration. Donc ça, ça joue aussi. Et dernière chose, on a la modulation comportementale. Ce qui est assez magnifique dans la respiration, même si elle est automatique, c'est qu'elle peut être aussi volontaire. Si tu veux chanter, si tu veux te mettre en apnée, tu peux aussi contrôler ta respiration.
- Antoine Lacouturière
Merci pour le voyage. Au fur et à mesure, on suivait les mots. Pour le sophrostéopathe que je suis, c'est un outil du quotidien. Le contrôle de la respiration, ça fait partie des modulations qu'on propose pour jouer directement sur le système nerveux et j'avais jamais entendu cette... métaphore de ton professeur, je ne sais pas s'il est professeur ou pas, mais qui exerce à la pitié salpétrière, de dire on respire avec le cerveau. Je trouve ça, le lien entre le système nerveux notamment et les poumons que tu proposes là. Génial. Donc en consulte, toi tu as cette conscience là qui est aiguisée depuis l'organe né, respiration nasale, on aura le temps d'y revenir sur cette importance là, jusqu'au diaphragme. les pressions, l'oxygénation, O2, CO2, je pense que ça parle à tout le monde, c'est des notions qu'on a déjà entendues plus ou moins. Toi, tu as cette vision d'experte. Qu'est-ce que tu observes quand les patients viennent te voir ? Comment ça se passe ? Tu ne peux pas nous faire une consulte derrière un podcast de tout ce que tu sais, mais concrètement, pour qu'on puisse illustrer un peu les signes dans ton quotidien, qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que tu utilises ? Comment tu reçois les gens avec ça ?
- Dr Florie Akdime
Quand les gens viennent en consultation, la première question que je leur pose, c'est « qu'est-ce que je peux faire pour vous ? » et je les laisse parler. Je les laisse parler parce qu'il y a souvent un besoin d'exprimer leur plainte, ce qu'ils ressentent, etc. Et finalement, on pense que ça va nous faire perdre du temps, mais non, ça nous en fait gagner. Parce que si je vais venir poser les questions d'emblée... Ils vont vouloir me dire « Non mais en fait, j'ai tel symptôme, tel symptôme, et c'est quand je fais ça ? » Et en fait, je trouve que quand on laisse un peu la parole, même si c'est cinq minutes, ça permet déjà un peu, moi déjà, de cibler dans ma tête « Ok, je suis dans ce cadre-là, un cadre d'essoufflement, un cadre de tout chronique. » Les motifs de consultation sont très souvent ceux-là. C'est-à-dire un essoufflement inexpliqué, où le patient va venir Faire le circuit cardiologue, puis pneumologue, notamment. Médecin généraliste aussi, qui a déjà fait un bon travail de débrouillage. Il y a les patients qui vont effectivement tousser depuis des mois et des mois. Ça, c'est un gros motif de consultation aussi. Après, dans l'interrogatoire, je les laisse s'exprimer. Moi, je recible mes questions ensuite sur les antécédents, les traitements. Depuis quand ils ont ces symptômes-là, j'essaie un peu d'affiner, pour me faire une idée et avoir déjà en tête les causes potentielles. Je les examine et puis après je leur fais faire un examen du souffle, ce qu'on appelle une EFR, une exploration fonctionnelle respiratoire. Pour ceux qui ont déjà vu le pneumologue, c'est des cabines où vous allez être assis avec un embout dans la bouche, on pince le nez. D'ailleurs je leur dis que c'est la seule fois que vous avez le droit de respirer par la bouche.
- Antoine Lacouturière
Au passage.
- Dr Florie Akdime
Au passage. Et puis, c'est un outil qui nous permet de mesurer les volumes pulmonaires. Ça nous permet de mesurer une obstruction potentielle dans les bronches qu'on peut voir dans l'asthme ou dans la BPCO. On en reparlera après. Et donc, moi, ça me guide déjà dans les diagnostics qu'ils peuvent avoir.
- Antoine Lacouturière
Je reviens sur le respi nasal. Tu nous en dis quelques mots. Pourquoi ? Comment ? Moi, je n'y connais rien du tout. Je suis un patient standard, mais comment ça ? Par où est-ce qu'il faut respirer ? Je fais le naïf, mais tu me vois venir, du coup tu peux nous parler un peu de ça ?
- Dr Florie Akdime
Oui, alors effectivement, moi je leur dis, le nez, c'est notre organe de respiration privilégié. Il a énormément de fonctions. Il filtre les allergènes, il va filtrer les virus, ça réchauffe l'air également. Et puis cette respiration nasale, en fait, elle est essentielle. des petits, puisqu'elle permet notamment un bon positionnement de la langue au repos, qui va se mettre au palais, et qui va permettre cette croissance sur l'application des forces qu'elle fait au palais, une croissance qu'on dit transversale, qui permet de justement développer ses fosses nasales, qui permet d'avoir une croissance harmonieuse, d'avoir de la place pour que les dents poussent, et aussi pour avoir moins d'inflammation. au niveau ORL, les amygdales, les végétations, ces choses-là. Et en plus, ça permet de mieux réguler aussi les échanges gaz carbonique-oxygène.
- Antoine Lacouturière
Ok, donc plusieurs choses là quand même. Transversal pour les non-anatomistes, c'est, on peut dire, en largeur. Il faut imaginer qu'on agrandit en largeur le visage, et ça, le plancher buccal, c'est aussi en lien avec les... L'espace dans le nez, donc il y a une corrélation vraiment au niveau des deux cavités nasales-bucales. On peut l'illustrer comme ça, je pense que c'est correct. Et la deuxième chose qui me vient tout de suite, c'est de dire... À quel point c'est important pour toi, des petits, parce que quand on a discuté un peu hors antenne, en off, il y a ce lien de prévention, en fait. J'ai le sentiment que ça mérite d'être posé comme base, ça, quand même. Tu veux bien nous apporter ton regard à toi, d'experte ?
- Dr Florie Akdime
Oui, exactement. Pour moi, tout se joue dans les premières années de la vie, mais pour beaucoup de choses. Pas que pour la respiration, mais effectivement, cette position de langue, elle est essentielle. Puisque si elle ne se place pas où il faut, au contraire, le palais, au lieu de grandir en largeur, il va venir, comment dire, s'affaisser. On peut l'expliquer simplement, c'est-à-dire que le palais va devenir creux au lieu de grandir en largeur.
- Antoine Lacouturière
Oui, c'est une bonne image.
- Dr Florie Akdime
Voilà. Ce qui entraîne encore plus un cercle vicieux, c'est-à-dire que l'enfant, il va avoir encore plus de mal à mettre sa langue au palais puisqu'il n'y a plus la place pour la mettre. Ça, ça va favoriser aussi les troubles du sommeil chez l'enfant et chez le futur adulte, finalement. Puisque quand vous dormez, et notamment dans la position dorsale, on peut avoir, via cette position de langue basse, une bascule de la base de langue qui peut venir derrière obstruer les voies aériennes qui vont se collaber et donc provoquer potentiellement des apnées. C'est en soi aussi que ça, c'est hyper important. Je suis... C'est pas du tout « evidence-based » ce que je vais dire, mais je suis intimement convaincue que si on arrivait à prévenir chez les enfants la respiration buccale, on aurait quasiment pu descendre d'apnée du sommeil chez l'adulte.
- Antoine Lacouturière
Point de suspension.
- Dr Florie Akdime
Or, patient qui prend du poids, parce que c'est aussi un facteur de risque, mais je pense qu'on diminuerait vraiment la prévalence.
- Antoine Lacouturière
Tu fais une... une corrélation, un lien important et avec tout le professionnalisme qu'on sent derrière. Tu dis que ce n'est pas forcément évidence bête, donc c'est prouvé, ou pas encore en tout cas, mais que il y a quand même beaucoup d'études qui amènent une réflexion autour des symptômes de l'impact. Je crois qu'on en a parlé à différentes reprises dans le podcast avec plusieurs auteurs différents, plusieurs invités. Je pense à Virginie D'Angelo sur la partie de l'importance de cette corrélation-là, à Clémentine Courrèges aussi, qui est orthophoniste, quand elle dit « le mou façonne le dur » . Je pense aussi à Cédric Bourgeois, je pense aussi à Camille Lolland. Donc, c'est des invités qui nous ont déjà un peu parlé de cette importance-là. Et c'est chouette que toi, pneu-mot, on dit pneu-mot-poumon, tu nous parles aussi de cette partie de l'entrée du système respiratoire, finalement, qui va conditionner la suite. en entendant ça Florie je me dis mais attends t'es pneumologue mais tu regardes pas que les poumons du coup là non pas du tout et c'est drôle parce que je reçois aussi des enfants à partir de 4 ans pour l'asthme et
- Dr Florie Akdime
finalement quand je les vois alors ils ont souvent ce qu'on appelle l'arénite allergique ou le rhume des foins quand on est ternu on a le nez qui coule,
- Antoine Lacouturière
le nez bouché voilà
- Dr Florie Akdime
Et en fait, finalement, je passe plus de temps à la consultation, à parler de la respiration nasale, parce que je les vois, je vois qu'ils sont cernés, je vois qu'ils ont la respiration buccale, je vois qu'ils ont ce faciès long qu'on appelle adénoïdien. Et du coup, je m'embarque dans une consultation qui, finalement, l'asthme, je le traite à la deuxième consultation quand je les revois. En fait, je passe plus mon temps à, finalement, expliquer l'importance de cette respiration-là, et après, en fait, orienter. vers les professionnels compétents, notamment les orthophonistes, les kinésithérapeutes, pour ce travail de rééducation. Les dentistes pédiatriques, les orthodontistes, pour évaluer le palais, la dentition, etc. Et finalement, c'est un travail qui est multidisciplinaire.
- Antoine Lacouturière
J'adore ! J'adore, c'est pas un secret, dans le podcast c'est vraiment une des choses pour moi importantes, c'est qu'on est plus fort en équipe, que ce soit dans le sport, dans la vie et dans la santé aussi. Donc c'est des champs de compétences qui sont communs, qui sont croisés, et je trouve ça hyper chouette de l'entendre de ta part, de se dire, en fait dans cette équipe-là, toi t'es un peu chef d'orchestre, quand quelqu'un arrive tu vas réorienter. Ok, donc au quotidien finalement tu... Tu intègres ces éléments pour adresser, en fonction des motifs et des symptômes, vers des rééducateurs, vers des orthodontistes, etc.
- Dr Florie Akdime
Exactement. Parce que finalement, comme tu l'as dit, on a tous une approche différente, on s'est formés différemment et on a tous à apprendre des uns des autres.
- Antoine Lacouturière
Chouette. Merci pour ça. Donc sur la partie physiologie, comment ça fonctionne ? On imagine le système respiratoire avec une entrée plutôt nasale, de ce que tu viens de nous dire, ça filtre, ça réchauffe, ça permet de former le massif facial et donc de prévenir des pathologies plus tard. On descend jusque dans la trachée, on arrive dans les poumons, tout va bien, et les échanges tout au bout des petits sacs là, et puis on reprend par expiration, avec jeu des pressions. C'est autonome et c'est aussi volontaire.
- Dr Florie Akdime
Exactement.
- Antoine Lacouturière
Ok, magnifique. Donc, respirer quand tout va bien. Florie, je te remercie pour tout ça. Ce que j'entends aussi, c'est la limite de champ de compétences. On en parle souvent. Là, je devine avec toi que du coup, tu réfères à des orthophonistes, à des kinés, à des experts dentaires, qu'ils soient orthodontistes ou autres, parce que tu as cette... conscience de venir prendre en considération la base et la prévention de la cavité buccale, du développement, du positionnement de la langue, des fosses nasales, etc. C'est commun, ça, pour vous en pneumo, ou c'est parce que toi, t'as été creusé un peu plus ces sujets-là ?
- Dr Florie Akdime
C'est pas du tout commun, notre formation. C'est assez surprenant, d'ailleurs. Moi, j'ai une formation de pneumologue, j'ai une formation, j'ai fait le DU de sommeil. Je suis spécialisée là-dedans. Je n'avais... J'ai jamais entendu parler de la dysfonction linguale et de l'importance de respirer par le nez et pas par la bouche. Ce qui est un peu dommage quand même, parce qu'on est au cœur du sujet. Et donc c'est par les rencontres que je me suis formée et en discutant avec ces professions qui prennent en charge ça tous les jours, et dont tu fais partie aussi. Les ostéopathes, les kinésithérapeutes, les orthophonistes. J'en oublie sûrement. les podologues, les orthoptistes, parce que finalement, on se rend compte que c'est de la prise en charge très globale. Et nous, on n'a pas du tout... On est très formés. Pathologie, urgence, médicaments, voilà. Mais finalement, sur l'aspect très fonctionnel, on a, je pense, des lacunes dans notre formation. Malheureusement, il faut en fait aller s'intéresser, aller discuter et rester ouvert et, voilà, communiquer avec d'autres professionnels de santé.
- Antoine Lacouturière
Je trouve ça hyper intéressant ce que tu dis parce que pendant un moment, j'ai mal vécu le fait que des médecins puissent ne pas être au courant de la physiologie, voire dénigrent de la prévention qui paraît du bon sens quand tu connais la natte et la physio. Et en fait, en discutant et notamment à travers le podcast et ces échanges, c'est aussi quelque part que vous êtes des experts de la pathologie et vous êtes... très doué quand ça va pas et on est dans un des meilleurs systèmes de santé du monde. Quand tu voyages et que t'as un problème quelque part dans le monde, tu sais à quel point en France, une pathologie, c'est génial. Par contre, tout ce côté préventif, pour plein de raisons différentes, il est peut-être, probablement même, pas assez pris en considération par les études de médecine traditionnelles. L'idée, c'est pas de critiquer, c'est plutôt de semer des graines. Donc, on sème des graines, aller chercher les pros différents qui sont compétents et formés. Ça me paraît bien pour la physio, pour le côté orientation. Ce que je te propose, c'est qu'on fasse un petit chapitre spécifique sommeil parce que c'est fondamental. Pathologie, du coup, ton cœur de métier, finalement. Avec toute la douceur qu'on devine de toi, la bienveillance, un médecin qui laisse ouvert l'espace aux patients d'entrée. Statistiquement, tu connais le temps moyen de durée avant d'être interrompu chez un médecin.
- Dr Florie Akdime
J'imagine que c'est quelques secondes.
- Antoine Lacouturière
Ouais, c'est ça, quelques secondes. Et encore une fois, on leur jette pas la pierre parce qu'il y a plein de contraintes, mais du coup, hyper intéressant d'entendre ça, le fait de dire, d'abord, tu laisses ouvert le champ. Et une fois que tu resserres tes questions et que tu arrives dans les pathologies, ce que je te propose de faire, c'est de nous parler des pathologies communes qui vont toucher beaucoup, beaucoup de monde dans notre population. On avait identifié l'asthme, la BPCO, un nom un peu bizarre que tu vas nous expliquer. Moi j'aimerais parler avec toi aussi du Covid de cette période, parce que je sais que t'as vécu quelque chose de particulier dans ce moment-là. Et puis, le sommeil et un syndrome particulier d'hyperventilation. Ça te va comme plan ?
- Dr Florie Akdime
Tout à fait, très bien.
- Antoine Lacouturière
On commence avec l'asthme ?
- Dr Florie Akdime
Oui.
- Antoine Lacouturière
À toi, je t'écoute attentivement.
- Dr Florie Akdime
Alors l'asthme, par définition, c'est une maladie inflammatoire des bronches qui est chronique. Tous les mots sont importants. Inflammation.
- Antoine Lacouturière
Pour vous donner un exemple, tout le monde s'est fait ça une fois dans sa vie. Quand on tombe et qu'on se fait une plaie, ça sointe, c'est chaud, ça gonfle. Ça, c'est de l'inflammation. Et c'est ce qui se passe dans les bronches. Donc les bronches, il faut revisualiser l'arbre, c'est les branches de l'arbre, l'arbre respiratoire, qui vont être inflammées. Et du coup, les tuyaux vont être plus petits, parce qu'on va avoir cette inflammation, la muqueuse, le tissu qui va être... plus épaissie, ça va favoriser aussi les sécrétions, et donc les tuyaux se rétrécissent. Et ça, ça va donner des sifflements, plutôt à l'expiration, je ne peux pas le mimer parce que c'est trop difficile, mais des sifflements, de l'oppression, les gens vont dire qu'ils vont avoir une sensation de manque d'air, qu'ils n'arrivent pas à étendre leur cage thoracique, de l'essoufflement, et de la toux plutôt sèche. Ça, c'est les quatre symptômes de l'asthme et qui surviennent dans des moments particuliers. C'est-à-dire quand je suis exposée à un allergène, le pollen des arbres, les animaux, Ausha, chiens, peu importe, les acariens aussi, qui sont des petites bêtes présentes dans nos matelas, dans la poussière de maison, ce genre de choses. Quand on est malade, par exemple, il y a des gens qui ont... des symptômes d'asthme uniquement quand ils sont malades, quand ils attrapent un virus, par exemple, ou quand on est exposé à n'importe quel polluant. Il y a aussi les émotions fortes, il y a le sport aussi, il y a des gens qui font de l'asthme d'effort. Donc voilà, c'est vraiment des symptômes qui sont variables dans le temps, et chroniques, et c'est souvent les patients qui me posent la question, mais je vais être asthmatique toute ma vie ? Alors oui, mais il y a des phases... où on est bien et des phases où on est moins bien. Et nous, notre travail, c'est d'agir justement sur ces facteurs déclenchants, c'est-à-dire en prévention, toujours, on y revient, mais essayer de traiter les allergies, essayer de traiter au maximum les virus, alors ça va être surtout les vaccinations, mais on ne peut pas s'empêcher de tomber malade. Essayer d'améliorer son environnement intérieur, diminuer le tabac, etc., pour justement éviter la survenue de ces symptômes et que les gens vivent le plus normalement possible.
- Dr Florie Akdime
Traitement médicamenteux spécifique ?
- Antoine Lacouturière
Oui. La base du traitement médicamenteux dans l'asthme, c'est les corticoïdes, les anti-inflammatoires, mais qu'on donne sous forme inhalée. C'est-à-dire que ce sont des sortes de bombes qu'on va respirer, bloquer, une ou deux fois par jour selon les dispositifs. Et ça, ça va permettre de donner un effet anti-inflammatoire sur ces branches.
- Dr Florie Akdime
Donc directement local, en fait. Exactement. Ça vient se déposer sur l'arbre, sur les branches de l'arbre dont tu nous parlais.
- Antoine Lacouturière
Voilà.
- Dr Florie Akdime
OK. Et la prévalence, du coup, est-ce que la fréquence dans la population, approximativement, c'est... Tu as un ordre de grandeur ?
- Antoine Lacouturière
On a à peu près 5 millions en France.
- Dr Florie Akdime
Wow ! C'est colossal ! 5 millions ? Ah, je n'aurais pas dit autant.
- Antoine Lacouturière
Ça ne va pas aller en s'arrangeant avec... Le changement climatique, la pollution, tout ça.
- Dr Florie Akdime
Les auditeurs et tristes, ils ne voient pas tes yeux, mais ça fait genre... Oui. Ok. D'accord. Bon. Waouh. Des conseils pour limiter ? Est-ce qu'il y a des choses qu'on peut faire ? Les parents, par exemple, pour les enfants, est-ce qu'il y a des choses qu'on peut prévenir ? Est-ce que tu peux nous... Tu as commencé à nous en parler un peu, mais est-ce que tu peux aller plus loin là-dessus ?
- Antoine Lacouturière
Oui, bien sûr. Alors effectivement, surtout chez les parents avec les jeunes enfants, la première chose, c'est pas de tabac. Le tabac, c'est un recourvoyeur d'inflammation des bronches. Et quand vous êtes parent et que vous fumez, vous exposez vos enfants à la fumée du tabac, ce qu'on appelle le tabagisme passif. Et j'irais même encore plus loin, quand vous fumez avec vos vêtements, même si vous fumez dehors, et que vous revenez, que vous prenez votre enfant dans les bras ou que vous vous mettez sur le canapé, vous remettez en suspension les particules. dans l'air, qui reste plusieurs semaines. Vous vous exposez via ce biais-là aussi, vos enfants. Donc moi, je dis aux parents, fumez avec des habits dédiés à l'extérieur. Alors, en hiver, c'est facile, c'est le manteau, et puis vous déposez votre manteau à l'entrée.
- Dr Florie Akdime
Waouh ! Je laisse quelques secondes, parce que je pense qu'il y a un paquet de personnes qui vont prendre conscience de quelque chose d'important, là. Les molécules en suspension, les substances... En suspension. C'est ouf ! Florie, c'est hallucinant quand même. Ok, je suis content d'avoir posé la question des conseils. Ça, c'est un qui est impactant. D'autres choses ?
- Antoine Lacouturière
Et même pour aller encore plus loin, comme on parle des enfants et des bébés, surtout, le tabagisme maternel, notamment, ou le tabagisme des parents, ça va conditionner. On parle souvent des mille premiers jours de vie. Ça va conditionner la croissance pulmonaire chez l'enfant, entre zéro et deux ans. En fait, on parle de plus en plus maintenant de trajectoire pulmonaire, c'est-à-dire qu'on développe son poumon au fur et à mesure de la vie jusqu'à l'âge adulte et on ne part pas tous avec le même capital. Et ça, c'est conditionné par les conditions de vie in utero, mais le tabagisme maternel altère ça. Le fait d'avoir une virose avant deux ans, bronchiolite, toutes les infections dans la petite enfance. Tout ça, ça conditionne la croissance pulmonaire, ce qui fait que quand on arrive à l'âge adulte, on ne démarre pas tous du même niveau. Plus ou moins haut, en fait. Et on va ensuite, chacun, décroître, parce que c'est le vieillissement. Et du coup, ça, ça conditionne. Plus on part de haut, moins on risque, en tout cas, d'avoir des symptômes d'essoufflement, de choses comme ça, des symptômes respiratoires qui vont survenir au cours de la vie. Si on démarre déjà très bas parce que... on a été exposé au tabac parce qu'on a eu beaucoup d'infections et qu'en plus à l'âge adulte on se met à fumer etc là le déclin il va être très rapide et on peut avoir des patients comme ça qui il y a déjà 40 ans commencent à avoir des symptômes d'essoufflement donc je trouve ça intéressant déjà de se dire que des tout bébés ça se joue un peu déjà là
- Dr Florie Akdime
Alors cette vision chez un parent elle existe, cette vision avec ton éclairage pneumo Wow, la portée n'est pas la même quand même. J'ai une question qui vient comme ça, c'est la taille d'un poumon, c'est quoi ? Approximativement, pour que tu vois, je vois la bouteille qui est entre nous deux, là en vert qui fait un litre à peu près, un poumon c'est plus petit, c'est plus gros.
- Antoine Lacouturière
Alors je vais plutôt te parler en surface d'alvéoles, parce que les alvéoles c'est ça qui constitue l'unité du poumon.
- Dr Florie Akdime
Et ça va choquer les gens, la taille globale des alvéoles détendues.
- Antoine Lacouturière
70 mètres carrés.
- Dr Florie Akdime
70 mètres carrés par poumon pour les deux ?
- Antoine Lacouturière
Pour les deux.
- Dr Florie Akdime
Les deux poumons, si tu les étales au sol, ça fait 70 mètres carrés. 10 par 7. Waouh, c'est un terrain de tennis à peu près. Pour que les gens se représentent. C'est peut-être un peu moins, un peu plus, mais en gros, c'est ça.
- Antoine Lacouturière
C'est énorme.
- Dr Florie Akdime
Est-ce qu'on peut faire ce raccourci de se dire que moins il y a de polluants, jeunes, moins il y a d'infections, moins il y a de choses comme ça, plus la surface augmente, ou est-ce que c'est un raccourci trop rapide ?
- Antoine Lacouturière
C'est peut-être un raccourci, c'est une des données qui joue, effectivement, sur ce qu'on passe entre 0 et 2 ans, entre 5 millions et 50 millions d'alvéoles déjà. Donc il y a une énorme partie de croissance qui se fait à ce moment-là. Donc ça peut entraver effectivement en nombre, mais je pense qu'il n'y a pas que ça non plus.
- Dr Florie Akdime
La texture, la souplesse, la... Est-ce que tu as une idée des autres variables de ce qui va jouer après ? Pas trop difficile de savoir, de toute façon j'imagine que c'est plurifactoriel. Donc on retient pour l'asthme ces éléments factuels et ces conseils de prévention. Est-ce que tu as envie de rajouter d'autres choses ?
- Antoine Lacouturière
Il y a aussi pas mal de choses importantes dans notre environnement intérieur, parce qu'on passe 80% de notre vie à l'intérieur de nos maisons. Et donc il y a des petites choses que vous pouvez... pouvez améliorer déjà. Le tabac, on en a parlé, c'est le principal polluant intérieur. Mais il y a aussi les climatisations, les VMC. Pensez à bien nettoyer les filtres. On n'y pense pas forcément, mais ça retient beaucoup de poussière et ça peut relarguer dans l'environnement après.
- Dr Florie Akdime
Hyper intéressant, merci.
- Antoine Lacouturière
Les huiles essentielles aussi, on en parle beaucoup parce qu'on les utilise beaucoup dans notre quotidien. Il faut faire attention à ne pas les inhaler. Alors, les mettre un peu sur la peau, les consommer, pourquoi pas, mais ne pas les mettre au niveau du nez, les respirer. Pourquoi ? C'est des corps gras, les huiles essentielles. Le poumon, il n'aime pas le gras. Donc, à force de s'exposer, ça peut provoquer des inflammations assez importantes du poumon, à tel point parfois d'hospitaliser les patients, etc. Donc, je ne veux pas faire peur, mais je veux dire, c'est... pas utilisé tous les jours.
- Dr Florie Akdime
C'est pas anodin.
- Antoine Lacouturière
Voilà, c'est pas anodin. Tout ce qui est aussi diffuseur de parfums, les sambons, la javel. Ça, c'est très caustique pour les bronches aussi. Donc, c'est des choses aussi... Alors du coup, il y a peut-être une odeur moins agréable dans la maison, parce qu'il n'y a pas d'odeur de parfum. Mais voilà, tout ça, il faut savoir que tout ce qu'on respire, en fait, il faut être, en tout cas, je n'ai pas envie de dire le plus pur possible, mais en tout cas, ne pas rajouter de fioritures sur ces choses-là. Tout ce qui est combustion aussi, les cheminées... Alors maintenant, la plupart des cheminées sont à poil fermé, donc ça limite quand même les dégâts. Mais dès qu'on ouvre et qu'on respire, la combustion, c'est pas bon non plus. Les poussières, du bois, etc. Après, il y a un moyen assez simple de régler ça aussi, c'est d'aérer votre logement, matin et soir, 5 à 10 minutes. Ça permet de renouveler l'air.
- Dr Florie Akdime
Hyper important, c'est du bon sens populaire d'avant, mais malgré tout, c'est du bon sens qui a été étayé par plein d'études. J'en discutais avec un pompier il n'y a pas longtemps, qui nous disait qu'avant, il laissait toutes les tenues post-intervention d'incendie dans les vestiaires et qu'ils s'étaient rendus compte qu'ils avaient été sensibilisés à l'importance de ce qui allait émaner après de ces vêtements. et pour eux, il y a... Ce bon sens évolue aussi avec vos recommandations, donc je pense que c'est fondamental que tu puisses nous partager ça. Et ce n'est pas juste simplement un conseil de grand-mère, et on adore nos grands-mères, c'est un conseil de médecin expert. Ok, pour l'asthme, on a aussi fait une partie prévention, j'imaginais faire à part entière, mais en fait les deux ensemble ça va très bien. Donc l'asthme, les conseils, les traitements, la prévalence, ça fait un bon tour d'horizon quand même. Il y a une autre maladie qui fait partie de ton quotidien et du quotidien de beaucoup de monde, la BPCO. Je te laisse en parler, tu vas en parler bien mieux que moi. Est-ce que tu peux nous partager ça ?
- Antoine Lacouturière
Oui. La BPCO, c'est la bronchopneumopathie chronique obstructive. C'est une maladie qui va toucher les bronches, qui va aussi toucher le poumon, chronique aussi parce qu'on n'en guérit pas, et obstructive, on en revient à cette obstruction. Et tout ça est généré par le tabac. Alors, il n'y a pas que le tabac, mais en France, c'est particulièrement le tabac. Parce qu'on peut aussi avoir des expositions professionnelles qui donnent cette maladie-là. On peut avoir aussi, quand on est exposé à la biomasse, la biomasse, c'est la combustion du charbon, tout ce qui est au niveau agriculture, matières organiques, etc. Et finalement, on arrive un peu comme dans l'asthme. pas tout à fait la même maladie, mais à cette obstruction des bronches, donc ça peut mimer un peu les mêmes symptômes. Sauf que dans l'asthme, quand vous donnez de la ventoline, les bronches se réouvrent, la BPCO, ça reste fermé. Les dégâts qui sont faits, sont faits.
- Dr Florie Akdime
Irréversibles.
- Antoine Lacouturière
Irréversibles.
- Dr Florie Akdime
Irréversibles.
- Antoine Lacouturière
Irréversibles. Tout à fait. Ça peut aussi donner, dans le poumon, on parle... d'emphysème, parce que ça c'est un terme qui peut peut-être parler aux gens qui l'ont déjà entendu. L'emphysème, c'est la destruction des alvéoles, en fait. Donc au lieu d'avoir cette surface d'échange, il y a de l'air à la place. Et donc ça, on le voit, nous, sur les scanners des poumons, dont on fait l'imagerie.
- Dr Florie Akdime
Tu vois quoi, du coup ? Sur le scanner ? Des trous ? Des trous,
- Antoine Lacouturière
ouais.
- Dr Florie Akdime
Des trous. On a perdu des morceaux de poumons.
- Antoine Lacouturière
C'est ça.
- Dr Florie Akdime
Littéralement.
- Antoine Lacouturière
Exactement. Et ça, ça peut générer de l'essoufflement. Parce que, pareil... ton poumon va être moins compliant parce que l'air prend plus de place que les alvéoles. Donc il a du mal à se réadapter. Et donc ça, ça peut provoquer de l'essoufflement aussi chez les gens.
- Dr Florie Akdime
Ok. C'est une maladie rare ? C'est une maladie fréquente ?
- Antoine Lacouturière
C'est une maladie extrêmement fréquente. On estime à peu près à 3,5-4 millions de Français, ce qui correspond entre 5 et 10 % en termes de prévalence. chez les plus de
- Dr Florie Akdime
45 ans. Donc là aussi, à nouveau, c'est énorme comme stats que tu nous annonces, comme ça, tranquillement, on parle de 10% de la population adulte.
- Antoine Lacouturière
Exactement.
- Dr Florie Akdime
Adulte, adulte, moyen adulte, presque vieux, non pas vieux, mais ok. Donc ça, ça fait partie des motifs de consulte, j'imagine, fréquents.
- Antoine Lacouturière
Oui, souvent adressés par le médecin traitant qui veut justement dépister... La maladie chez les gens qui fument et qui se plaignent de symptômes respiratoires. Ça peut être, j'ai parlé de l'essoufflement, mais ça peut être aussi de la toux chronique, ce qu'on appelle la bronchite chronique. C'est-à-dire les gens qui vont tousser, cracher le matin surtout, chez les gens qui fument. Ça, ça peut arriver aussi où des gens qui vont faire des bronchites à répétition les hivers, notamment. C'est-à-dire ils toussent, ils crachent sale et ils ont besoin de prendre des antibiotiques. Ça, ça peut être... On peut avoir une bronchite chronique sans BPCO. C'est pas parce que vous toussez tous les jours que vous avez une BPCO. Mais en tout cas, le diagnostic, il se fait sur notre examen du souffle. On en avait parlé au début. Justement, parce qu'on a un marqueur quand on fait souffler les gens qui nous permettent de voir objectivement si les bronches sont obstruées ou pas. Donc le diagnostic se fait là-dessus.
- Dr Florie Akdime
Et en termes de prise en soin, de prise en charge ?
- Antoine Lacouturière
Prise en soin, ça va être arrêter de fumer. La première chose, si le patient fume toujours, bien sûr, puisque c'est ça qui va venir stopper le processus, c'est-à-dire qu'ils arrêtent de s'aggraver. Alors il y a des gens qui récupèrent en termes d'obstruction après l'arrêt du tabac, ça arrive, mais dans la plupart des cas, ça reste fixé quand même. L'emphysème, c'est pareil. L'emphysème, quand c'est détruit, c'est détruit. le poumon ne se régénère pas.
- Dr Florie Akdime
Point de suspension.
- Antoine Lacouturière
Voilà. Donc déjà, c'est la première chose. La deuxième chose, ça va être prévenir au maximum les infections. Donc on reparle encore une fois de vaccination. En termes de vaccination, moi, ce que je conseille, c'est la grippe et le pneumocoque. Le pneumocoque, c'est une bactérie qui donne beaucoup de bronchites, de sinusites, et c'est la première bactérie des pneumonies.
- Dr Florie Akdime
Pneumonies ?
- Antoine Lacouturière
Infections pulmonaires.
- Dr Florie Akdime
Merci. pour que tout le monde puisse te suivre. Donc, vaccination, là on est dans la prévention, et puis le fait de ne pas exposer encore plus, de ne pas atteindre encore plus.
- Antoine Lacouturière
Et tu as des médicaments aussi, dont le but en fait va être d'ouvrir les bronches, donc ça ne soigne pas, ça ne guérit pas la maladie, mais ça permet au patient de mieux vivre son quotidien.
- Dr Florie Akdime
Plus confortable.
- Antoine Lacouturière
Exactement. Ce qu'on appelle des bronchodilatateurs. ouverture de branche.
- Dr Florie Akdime
Dans le début de l'épisode, tu nous partageais dans l'anatomie de la semaine, ton côté atelier accompagnement thérapeutique. J'imagine que ça, c'est des patients en une seule consulte, c'est difficile. Comment ça se passe une fois que tu poses ce diagnostic-là, tu as fait les examens ? Comment ça se passe dans le quotidien ?
- Antoine Lacouturière
J'ai des fiches que j'ai faites pour les patients pour chaque pathologie. Je leur explique à l'oral ce que je t'ai dit à l'instant, ce que c'est, les symptômes, comment on agit. Et je leur remets l'affiche et je leur montre sur l'affiche ce que j'écris, parce que j'ai l'impression que les gens enregistrent mieux. Parce qu'ils ne vont jamais lire l'affiche. Bien sûr. Si tu leur donnes une fiche, ils ne vont jamais la lire. Donc tu les lis avec eux. Comme ça, ils arrivent à poser les choses dans leur tête. Et puis on reprend les choses aux consultations suivantes.
- Dr Florie Akdime
Donc tu les revois, là on trouve du côté chronique, tu réévalues, tu vois, tu discutes. BPCO, du coup, il y a une vraie discussion. Tabac, je suppose, vous en êtes tous si ça continue, etc. D'accord. Est-ce qu'il y a d'autres choses que tu veux rajouter sur cette pathologie-là ?
- Antoine Lacouturière
Je voulais ajouter aussi l'importance de l'activité physique et de la réhabilitation respiratoire. La réhabilitation respiratoire, c'est des stages, pour faire simple, soit en centre. spécialisées, soit à la maison, il y a des réseaux ambulatoires qui existent pour ça, et qui consistent à faire une prise en charge toujours multidisciplinaire, on est toujours là-dedans, mais de remise en forme physique avec l'équiné pour travailler sur le renforcement musculaire, le travail de la respiration, il y a des diététiciens si besoin, il y a des tabacologues pour le sevrage du tabac, et il y a des médecins qui encadrent tout ça. Et ça, ça a vraiment été pour le coup démontré dans les études comme vraiment réduisant la mortalité dans cette pathologie.
- Dr Florie Akdime
Génial, hyper intéressant. Merci pour ça, Florie. Il y a une période particulière, on va garder l'hyperventilation, peut-être d'autres choses après, mais tu fais partie de ces héros du quotidien. J'adore ce morceau de musique sur quelque chose qui a été terrible pour nous, cette période Covid. Et j'aimerais bien que tu nous partages ça.
- Antoine Lacouturière
Alors, pour resituer le contexte, moi, j'avais fait une pause dans mon internat. Parce que pendant l'internat, c'est des stages de six mois. Et on peut prendre à un moment donné ce qu'on appelle des disponibilités. C'est-à-dire une pause pour faire autre chose. Il y a des gens qui partent à l'autre bout du monde. Il y en a qui en profitent pour faire des masters, des choses comme ça. Moi, j'avais décidé de faire cette pause parce qu'au milieu de l'internat, Ça commençait un peu à être dur, les conditions de travail, etc. Donc j'avais besoin de faire autre chose. Je voulais aussi faire des remplacements. en libéral parce que dans notre cursus, malheureusement, alors maintenant ça a changé, ce qui est une bonne chose, mais à l'époque, on n'avait pas la possibilité de faire des stages en cabinet, alors que la plupart des pneumologues, en tout cas à Paris, travaillent en libéral. Donc il y avait ça, je faisais mon déluge de sommeil, donc je voulais prendre le temps de bien le bosser, et je commençais à préparer ma thèse. Donc je m'étais dit, allez, je fais six mois de pause, je me concentre là-dessus. Ça, c'était en novembre 2019 jusqu'en mai 2020. Arrive mars
- Dr Florie Akdime
2020.
- Antoine Lacouturière
J'ai super bien calculé mon coût. Covid. Et donc, du coup, nous, on attendait un peu les directives de l'ARS pour savoir où aller aider. Parce que forcément, nous, on n'était pas postés dans les stages. Donc, on voulait retourner aider dans les services. Et finalement, on a tous un peu... Parce qu'on était beaucoup de ma promo à être en dispo à ce moment-là. Donc, on a un peu tous décidé de rappeler nos services d'avant. C'est-à-dire, moi, le stage précédent, j'avais été en brasse parée en pneumologie. Donc, j'ai rappelé le service en disant, est-ce que vous avez besoin d'aide ? Et donc, c'est comme ça que... Je me suis retrouvée, en fait, ils ont monté des unités Covid, donc c'est des lits d'hospitalisation qui étaient dédiés pour ces patients-là, qui étaient gérés par une de mes anciennes chefs d'Ambrasse Paris, qui est très sympa, qui s'appelle Ségolène, si jamais elle écoute le podcast, qui gérait cette unité, et puis nous, on venait en renforcement là-dessus. Et en parallèle, on avait aussi contacté nos anciens services de réanimation, parce que dans la maquette de pneumologie... on est dans l'obligation de faire un semestre en réanimation pour savoir gérer les urgences respiratoires.
- Dr Florie Akdime
Bonne chose.
- Antoine Lacouturière
Bonne chose. Et donc moi, j'avais fait mon stage un an avant à Tenon, donc j'avais rappelé le service aussi pour aider et reprendre des gardes. Parce que pareil, il y a eu, comme tu le sais, une explosion de patients hospitalisés, et donc il fallait faire de la place. Et donc les 20 lits d'hospitalisation habituel en réanimation, elles ont doublé, sont passées à 40. Mais du coup, il faut deux fois plus de médecins pour assurer les listes de garde. Donc nous, on s'est greffés là-dessus. Donc finalement, je faisais dans ma semaine les journées dans cette unité Covid à Ambroise-Paré et je reprenais des gardes. Alors c'était une par semaine que je prenais en réanimation à Thonon. L'expérience sur cette période-là, elle est ambivalente. Je ne sais pas si c'est vraiment le bon terme, mais ça a été à la fois positif et négatif. Je vais parler du positif parce que c'est quand même ce qui est ressorti le plus de cette expérience-là, c'est qu'on nous a donné à ce moment-là les moyens humains et matériels de pouvoir travailler. C'est-à-dire qu'habituellement, on a en charge 12 ou 13 patients, les infirmiers parfois beaucoup plus, ce qui fait qu'on n'a plus le temps à l'hôpital de passer du temps avec les gens, malheureusement. Et là, on était plutôt en ratio à 1 pour 5. beaucoup plus confortable. Et heureusement, parce que c'était un moment où il fallait envoyer les patients plusieurs fois dans la journée, parce qu'ils pouvaient se dégrader au niveau respiratoire très rapidement. Donc on était très attentifs à leur état. On allait les voir deux à trois fois dans la journée. Pour vous donner une idée, dans un service d'hospitalisation classique, vous voyez les patients une fois le matin, éventuellement l'après-midi pour donner les nouvelles aux familles, mais peu plus. Et donc on avait cette espèce d'entraide, moi que je n'ai jamais vue. Enfin, à part dans cette période-là, on était vraiment très soudés entre les infirmiers et les médecins. Ça m'a permis aussi, moi, de côtoyer des spécialités que je n'aurais jamais côtoyées en temps normal. C'est-à-dire qu'on avait des gastro-entérologues qui venaient aider, on avait des dermatologues qui venaient aider. On essayait de comprendre ensemble qu'est-ce que c'était que cette maladie, parce qu'au début, on ne savait rien. Au tout départ, sur la première vague, il y avait des patients qui étaient en détresse respiratoire, on ne comprenait pas pourquoi. Et puis hop, c'était du partage d'expérience de « Ah ben on se rend compte que le patient, il perd l'odorat. Ah ok, ben on va l'intégrer à notre interrogatoire, on va aller réinterroger les patients. » Et en fait, ça se fait tous les jours, il y avait des nouvelles choses comme ça qu'on apprenait. Donc il y avait à la fois cette stimulation un peu intellectuelle, dans le sens positif du terme, parce qu'on découvrait la maladie, même s'il y avait les patients quand même graves derrière, de savoir « Ok, on a l'impression que tester les corticoïdes, on a l'impression que ça marche. » ok on va essayer de faire comme ça cette ambiance là il y avait aussi beaucoup de soutien des gens de l'extérieur mais aussi beaucoup de gens qui venaient nous aider, des dentistes, des vétérinaires qui venaient nous aider tous les jours, parce qu'eux, ils étaient à l'arrêt, donc c'était pour aller brancarder les patients, pour aller faire ces choses-là. Et l'expérience humaine a été incroyable, incroyable, en termes de... On parlait de lien de patient tout à l'heure, et là, c'était puissance 10, dans le positif et le négatif, parce qu'on voyait des familles arriver... toutes contaminées. C'est des histoires de vie qui ont été parfois assez difficiles.
- Dr Florie Akdime
On imagine. Je trouve ça extraordinaire d'avoir été en première ligne. Je citais cette chanson tout à l'heure, il y en a d'autres, mais je trouve ça incroyable ce qui s'est passé, la violence de la découverte, de la recherche, on entend dans ce que tu dis. Moi j'entends deux choses, je te vois aussi avec les yeux et les mains et cette émotion de se dire ça a été terrible parce qu'il y a la mort au quotidien, parce qu'il y a beaucoup de morts, parce qu'on est dans une crise, dans une pandémie, c'est pas que nous, c'est partout dans le monde. Et aussi quelque chose qui fait un paquet de bien-entendre, c'est ce lien humain qui se recrée, cet art de la médecine qui reprend tout son sens de, bah là on sait pas, il va falloir qu'on cherche ensemble. extraordinaire. Tu as une histoire ou un cas clinique de patient ou de couple ou de famille qui t'a peut-être à partager comme ça, que les gens puissent se rendre compte ce que c'est ?
- Antoine Lacouturière
Oui, j'en ai deux. Une sympa, une moins sympa. La première, c'était justement un couple de personnes âgées qui devaient avoir deux mémoires entre 70 et 80 ans. La dame avait des... problème musculaire, maladie musculaire qui faisait qu'elle avait du mal à se déplacer. Et son mari faisait de la musculation tous les jours, des pompes, etc. pour pouvoir réussir à la porter si jamais elle chutait. Déjà, je trouve très beau.
- Dr Florie Akdime
Oui, c'est mignon. C'est très élégant.
- Antoine Lacouturière
Exactement. Ils ont été malades en même temps et hospitalisés en même temps. Ce qui est assez surprenant, c'est que la dame, finalement, a une forme Pas très grave de Covid, alors qu'on aurait pu se dire avec tous ses antécédents que ça aurait pu être plus grave que ça. Mais c'est surtout son mari qui a eu vraiment une fibrose aiguë du poumon. Donc la fibrose, il faut se représenter, c'est comme le poumon qui se durcit d'un coup. On avait le sentiment au début que le Covid donnait cette fibrose pulmonaire. Finalement, on s'est rendu compte avec les mois qui passaient que ça rentrait dans l'or. C'est-à-dire que le poumon arrivait à récupérer de ça. Mais au début, quand on est dans le feu, on se dit, oh là là, ils sont en train de rigidifier les poumons, ils vont devenir tous insuffisants respiratoires, ça va être la catastrophe. Et donc lui, il était dans cette situation-là avec vraiment une nécessité d'avoir énormément d'oxygène par des grosses lunettes qu'on appelle de l'optiflo, qui délivrent vraiment de l'oxygène concentré jusqu'à 100% d'oxygène pur. Au fur et à mesure des jours, avec Ségolène, du coup, on n'était pas tout à fait d'accord sur le moment où il fallait arrêter ou pas.
- Dr Florie Akdime
Arrêter les soins.
- Antoine Lacouturière
Arrêter les soins. Et c'est ça aussi toute la difficulté, ça a été toute la difficulté de cette période. Je pense que mes confrères réanimateurs, ils peuvent aussi, ils pourraient beaucoup en parler aussi bien que moi, c'est-à-dire qu'on était dans des situations éthiques aussi, parfois compliquées. de savoir, par manque de place aussi, c'est horrible, mais qui ont choisi entre le patient de 40 ans et le patient de 20 ans, qui sont tous les deux jeunes. Ce n'était pas simple. Et justement, moi, je me disais un jour, non mais regarde, il a baissé de 15 litres à 12 litres, ce qui est quand même énorme. On part de 15 à 12. Non, non, mais on va y arriver. Elle était, je ne sais pas, ça fait plusieurs jours qu'il stagne. Et puis le lendemain, moi, j'étais... Je me disais, c'est vrai qu'on n'y arrive pas. Elle disait, non, non, mais regarde ce paramètre, c'est amélioré, vas-y, on se laisse la chance. Et finalement, on a testé des médicaments, on a mis des corticoïdes, etc. Et puis finalement, il a fini par baisser d'un coup son oxygène. Il est parti en réhabilitation par la suite, parce qu'il faut savoir que déjà, quand on reste une journée allongée, on perd énormément de muscles. Alors, imagine plusieurs jours, il faut se remettre. L'activité physique, on en parlait, mais voilà. Et puis, les deux sont allés... Marie et la femme sont allées dans le même centre de réhabilitation. Et puis, leur fille m'a donné des nouvelles, je pense, un mois plus tard, où ils sont rentrés à la maison et ils allaient bien.
- Dr Florie Akdime
Magnifique.
- Antoine Lacouturière
Et autant en pneumologie, on suit beaucoup de patients chroniques. Donc, on n'a pas forcément le sentiment de sauver les gens, entre guillemets, ou en tout cas, on les accompagne. Mais là, ça a été vraiment les premières fois pendant le Covid où je me suis dit, on a eu un impact pour sauver ou pas la vie des gens. Et ça, c'est assez fort. quand on ne l'a pas dans notre spécialité de base.
- Dr Florie Akdime
J'imagine. On le vit avec toi,
- Antoine Lacouturière
là. Oui. Et la deuxième histoire est moins sympa, mais c'est pour illustrer qu'il y a eu quand même des drames familiaux dans cette épidémie. En fait, plutôt côté réanimation, on a vu, moi sur une garde, j'avais vu venir la mère, le père, la fille, le fils, qui ont été contaminés par le Covid et vraiment sur des formes très graves. et qui se sont retrouvés intubés. Intubés, c'est un tuyau au niveau de la bouche qui permet à une machine de respirer pour le patient quand on est dans le coma artificiel, en réanimation. Et avec des situations familiales difficiles où finalement il restait le frère de 12 ans qui devait s'occuper du petit qui devait avoir 3 ans parce que toute la famille était en réanimation. Et des gens jeunes, de notre âge, qui n'avaient pas forcément de problèmes de santé, parfois.
- Dr Florie Akdime
Comment vous avez traversé ça, les soignants, des premières lignes ?
- Antoine Lacouturière
Je pense que quand tu es dedans, tu ne te poses pas vraiment la question, parce que tu y vas, tu es au feu, et tu prends les journées une par une. Et il y a des périodes, oui, qui n'ont pas été simples. Je pense qu'on a été beaucoup fragilisés psychologiquement. Par cette période-là, je pense qu'il y a beaucoup d'entre nous, moi j'en fais partie aussi, on a fait de la thérapie après, pour un peu reposer les choses. Parce qu'il y a des choses aussi qui étaient assez violentes. Quand on voit des gens de notre âge, on se projette aussi, on se dit « ça pourrait être moi » . Et puis on a eu aussi beaucoup de confrères qui sont décédés en prenant en charge des maladies qui se sont contaminées. Ça a été une période à la fois difficile, mais très enrichissante humainement. C'est pour ça que c'est un sentiment un peu mitigé.
- Dr Florie Akdime
Je ne sais pas si c'est OK pour toi, mais peut-être qu'à titre exceptionnel, on peut laisser passer quelques secondes dans le podcast pour se souvenir de ça, pour honorer ça. Merci de nous partager ça. C'est la première fois dans le podcast que je propose un moment comme celui-ci, mais ça me paraît juste. Des fois, on le fait dans les stades de sport, dans les infrastructures sportives pour honorer, dans la vie en général. Et en fait, on est déjà repassé à un mode de vie complètement intense en se disant que tout est revenu normal, mais c'était il n'y a pas si longtemps que ça. C'était il n'y a pas si longtemps. Petite anecdote, j'étais aux Etats-Unis il y a quelques semaines et à plusieurs reprises, dans plusieurs échanges différents, les gens parlent de pandémie. C'est un mot que moi j'ai peu utilisé ou que j'ai peu entendu dans cette période pour nous. Et vraiment, pas une seule fois, trois, quatre fois dans des contextes différents. J'ai vraiment entendu ce mot, en disant non mais c'était une pandémie, tu vois cette notion de... C'est mondial, c'est pas juste... Waouh, il y avait cet impact là quoi. L'occasion de vous remercier d'avoir été et puis d'être là pour notre santé du quotidien quand même. La transition est méga intéressante et méga délicate. Ça me donne envie de rebondir sur ce que tu viens de dire sur cet ambivalent, ce paradoxe de... À la fois terrible... Et en même temps, quelque chose d'extraordinaire. Cette fusion des équipes, cette communication, les brancardiers qui parfois sont médecins, parfois sont brancardiers, parfois sont familiaux, parfois sont des enfants de 12 ans qui n'ont rien à faire là, mais qui prennent ces rôles-là. L'être humain est incroyable. Est-ce que c'est des choses que tu observes parfois dans les maladies ? Ça me permet de faire une transition pas du tout prévue dans le podcast, mais il y a ce mot qui me vient, metanoïa. de transformation, de métamorphose, de résilience, de Boris Cyrulnik. Tu vois, comme tu accompagnes des gens dans le chronique, est-ce que toi, avec tes yeux de... De soignante, parfois tu observes des transformations chez les patients alors qu'ils vivent des moments difficiles parce qu'on touche leur système respiratoire, ça veut dire qu'au quotidien ils y pensent. Parfois on le détruit de manière irréversible. Est-ce que dans tes accompagnements tu vois des changements de personnalité, de prise de conscience, tu vois ce brin de philosophie qui nous permet de voir la vie différemment ? Un peu comme ce que tu nous proposes avec ton expérience extraordinaire, de se dire qu'il y a plusieurs lectures possibles.
- Antoine Lacouturière
Des prises de conscience, oui. Il y a des prises de conscience sur leur état de santé. Alors, ça dépend, je trouve, beaucoup de la personnalité des gens. On sait ce qui est extraordinaire chez l'humain aussi, c'est qu'on doit constamment adapter notre discours et notre prise en charge. Pour une même maladie, moi, je ne vais pas avoir forcément les mêmes prises en charge en fonction des gens que j'ai en face de moi. Parce qu'il y a des gens qui sont demandeurs de connaître leur santé, de dire comment est-ce que je peux améliorer les choses, et quand on leur explique, ils disent... Ah ouais, mais c'est hyper important ça, mais merci, j'avais pas compris que... Et du coup, ils se mettent, je pense notamment aux patients qui fument, ils se mettent dans une démarche d'arrêt du tabac parce qu'ils comprennent aussi tous les impacts. Et il y en a, paradoxalement, qui sont très fermés à ce discours-là. Et bon, après, on les accompagne quand même. Mais finalement, je trouve que les explications aussi découlent un peu de ce que le patient est prêt à entendre et veut aussi entendre ou pas. Donc changement de personnalité, je trouve que ça dépend vraiment de qui tu as en face de toi. Il n'y a pas vraiment de règles, je trouve.
- Dr Florie Akdime
Tu adaptes ?
- Antoine Lacouturière
J'adapte, oui, constamment.
- Dr Florie Akdime
Comment c'est une prise de conscience ? Parce que tu fais des annonces qui sont difficiles parfois.
- Antoine Lacouturière
Oui.
- Dr Florie Akdime
Comment ça se passe, ça ?
- Antoine Lacouturière
Je trouve que les annonces les plus difficiles, c'est les annonces de cancer. Alors que je fais de moins en moins parce que... Comme je ne suis plus pas spécialisée là-dedans, je vais m'occuper de la partie diagnostique. On va mettre en place les examens, organiser les biopsies pour essayer d'avoir un diagnostic. Et après, je les oriente à des confrères, des consoeurs pneumologues qui s'occupent de traiter le cancer. Mais tu es obligé quand même d'apporter déjà un peu des éléments de réponse parce que les gens qui viennent te voir avec un nodule dans le poumon, ils vont te poser la question, qu'est-ce que c'est ? Sauf que c'est pareil, tu adaptes. C'est-à-dire que tu sens si les gens sont prêts à entendre ou pas du tout. Il y a des gens qui me disent « Docteur, dites-moi tout. Soyez franche. C'est un cancer, c'est un cancer. » Il y a vraiment des gens qui sont dans ce discours-là. Je trouve que ça facilite un peu le travail parce que je dis tout sans filtre. Je ne vais pas avoir la même attitude avec ces gens-là qu'avec des gens qui sont anxieux de ce diagnostic-là. Et puis, j'essaie de leur dire, le nodule, ça peut être aussi, moi je le dis comme un grain de beauté, tu sais, ce n'est pas forcément cancéreux, ça peut être quelque chose d'infectieux qui va disparaître trois mois plus tard, ça peut être quelque chose de bénin. Et donc, ce que je leur dis, ce qui compte, c'est l'évolutivité de la chose. Petite dégression. Mais pour revenir vraiment au diagnostic, on n'a pas vraiment de... Alors, je pense que maintenant, c'est plus de... plus en plus fait dans les études de médecine, mais on a très peu de formation sur comment annoncer. Déjà rien que où tu t'assoies, la position, le regard, tu vois, ces choses même inconscientes finalement, on ne l'enseigne pas vraiment. On l'apprend en compagnonnage à l'hôpital. Parce qu'on déjà étudiant et puis après interne, on assiste aux annonces. On observe beaucoup comment c'est fait. Et puis après, en fin d'internat, et puis par la suite, on prend la main là-dessus. J'essaie en tout cas, moi, de préparer les gens. Si jamais j'ai une grosse suspicion de cancer, j'essaie de leur dire ça peut être ça, mais on va voir si jamais... Enfin voilà, j'essaie un petit peu déjà de les préparer. Parce que du coup, là non, c'est plus facile aussi. Quand ils ont déjà, en tout cas, eu la possibilité de dire que ça peut être ce diagnostic-là. Et j'essaie de laisser pas mal de temps de pause, parce que les gens sont sidérés, ce qui est normal. Donc de toute façon, ils ne vont pas intégrer ce que tu leur dis. Donc, quitte à donner moins d'explications au départ, mais juste de les laisser poser et leur laisser justement cette place d'exprimer ce qui vient, les questions qu'ils ont, parce que ça va voir. comment ça va se passer, etc. Je leur laisse un peu la place de faire ça.
- Dr Florie Akdime
Merci. de ce partage et merci de ce savoir-être et aller savoir la connaissance, les savoir-faire, les gestes techniques, les prescriptions, puis ce savoir-être qui influence quand même grandement l'expérience des patients, le vécu, le souvenir aussi de ce moment. Du difficile parfois, d'accord. Merci pour ça, Florie. Ce que je te propose de faire, si ça te convient, c'est d'ouvrir un nouveau chapitre sur une autre pathologie, ce syndrome d'hyperventilation.
- Antoine Lacouturière
Le syndrome d'hyperventilation, très très fréquent aussi, très méconnu à mon sens. Je l'appelle aussi un trouble fonctionnel respiratoire, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de problème organique, il n'y a pas de problème au niveau du poumon, mais ça va être une façon... Une rupture d'équilibre entre ce que le cerveau va percevoir de notre respiration et ce qui se passe réellement. C'est-à-dire que le cerveau va anticiper à tort qu'il se passe quelque chose d'anormal dans la respiration et il va faire respirer plus vite la personne. Et il en résulte du coup une baisse du gaz carbonique qui n'est pas normale. et qui va générer un ensemble de symptômes assez désagréables pour le patient, qui peut être des difficultés à respirer au repos, des difficultés, une sensation de manque d'air, c'est-à-dire qu'ils ont l'impression d'être oppressés. Ils peuvent avoir des fourmillements au niveau des mains, autour de la bouche, des douleurs thoraciques, des vertiges, des sensations de confusion. Voilà un peu tous ces symptômes-là. Et très souvent, c'est des patients que je vois dans le cadre de consultations pour des essoufflements. Et on a fait tout le bilan, bilan cardiaque normal, bilan pulmonaire normal. Moi, je fais toujours une prise de sang pour vérifier aussi un truc un peu simple, mais l'hémoglobine. Si on a une baisse de globules rouges dans le sang, si on est anémié parce qu'on a une carence en fer, par exemple, on va avoir du mal à respirer. Et la thyroïde aussi, quand elle est déréglée. favorise aussi les manques de souffle. Et donc, quand tout ça s'est fait, en fait, en les interrogeant, c'est assez simple finalement. C'est des symptômes qui sont très peu spécifiques, mais c'est des gens qui vont aussi... Moi, je leur pose des questions assez simples. C'est est-ce que vous baillez souvent ? Et est-ce que vous soupirez souvent ? Les gens qui font beaucoup ça.
- Dr Florie Akdime
Oui, je vois très bien.
- Antoine Lacouturière
Ça, ça peut être des signes, effectivement, d'hyperventilation. On a l'impression que c'est toujours le patient qui respire vite, mais pas forcément, ça peut se manifester comme ça. C'est parce que c'est le cerveau qui adapte pour réguler ce taux de gaz carbonique. Parfois, les gens vont vous dire aussi qu'ils font des apnées la journée. Ils ont l'impression de s'arrêter de respirer. Je ne sais pas si ça te parle.
- Dr Florie Akdime
J'ai plusieurs patients auxquels je pense qu'ils littéralement l'expriment comme ça. Et comment tu appréhendes ça ? Comment tu proposes de soigner, d'accompagner ? C'est quoi les recos ? Comment ça se passe quand toi tu détectes ça ?
- Antoine Lacouturière
Alors quand on détecte ça, le traitement pour moi il est double. C'est à la fois de faire la rééducation avec les kinésithérapeutes. On a aussi des orthophonistes. Moi j'ai une orthophoniste d'Alphine à la clinique qui est spécialisée là-dedans, qui rééduque ses symptômes d'hyperventilation. Ça va être apprendre aux patients à justement recalibrer la respiration et essayer plutôt d'hypoventiler. C'est-à-dire de respirer moins vite. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième qui est intéressante, c'est la thérapie cognitivo-comportementale qui va être plus faite par les psychologues dont le but, en fait, est de recalibrer justement le cerveau à justement faire le pas de côté et dire, non, là, tout va bien. Donc, je me calme.
- Dr Florie Akdime
Métanoïa, le pas de côté. J'imaginais pas du tout prononcer ces mots-là dans l'épisode d'aujourd'hui, génial. Donc, via le comportement, via des démarches fonctionnelles, donc il n'y a pas de pathologie, on n'est pas dans ce que tu viens de nous partager, tu vas influencer ce paramètre quotidien majeur, colossal, qui est la ventilation, respiration, ventilation.
- Antoine Lacouturière
Tout à fait. Et ça peut être des symptômes qui sont très handicapants. C'est pas parce qu'on n'a pas de lésions organiques dans le poumon que c'est pas handicapant dans la vie d'un patient, en termes de qualité de vie également.
- Dr Florie Akdime
Ce qu'on vient de dire, ça me fait penser à beaucoup de situations du quotidien au cabinet, en sophro notamment, en ostéo aussi, et à un paramètre... que je vais appeler stress, au sens laborie, entcelé, sur... Il y a ce lien psychosomatique où vraiment des événements extérieurs vont influencer ton mental, ta psyché, avec une répercussion directe. Et je trouve ça magnifique, incroyable, extraordinaire de la vie de ouf, qu'on puisse dire, la ventilation, la respiration, le système respiratoire, c'est un petit peu comme un miroir ou une éponge ou les deux mélangés de... de ce qui peut se passer dans l'environnement autour et à la fois à l'intérieur de toi. Je ne sais pas, je n'ai pas vraiment de questions, mais j'avais envie de partager ça avec toi. Comment tu vois ça, toi ?
- Antoine Lacouturière
Effectivement, je trouve que c'est encore un bel exemple de la multidisciplinarité, comme on parlait tout à l'heure. Et je trouve qu'il y a malheureusement une méconnaissance et je trouve parfois un certain mépris des médecins vis-à-vis de ces troubles fonctionnels. Parce que nous, on est très formels à la pathologie. Et on entend trop souvent les phrases « c'est bon, c'est dans votre tête, c'est le stress, au revoir » . Ce qui pour moi est très choquant parce que les patients, alors déjà, ils ne sont pas forcément informés. Et du coup, ça va engendrer des consultations à des deuxièmes avis, des troisièmes avis, ce qui est de la consommation de soins qui n'est pas forcément nécessaire, alors qu'à la base, ils auraient pu être réorientés déjà vers les bonnes personnes, dont toi par exemple, tu vois, pour la sophrologie. Enfin voilà, c'est des techniques, c'est très fréquent. encore une fois, pareil, c'est 10% des gens, et je pense que c'est sous-estimé. Parce que vraiment, moi, au bas mot, dans ma consultation, je pense que j'ai pas loin d'un patient sur deux qui a des troubles fonctionnels et qui vient pour un essoufflement.
- Dr Florie Akdime
Là, c'est quand même colossal ce que tu es en train de nous dire. Tu es en train de nous partager le fait de dire que c'est dans votre tête, madame, c'est dans votre tête, monsieur, et en fait, il y a un trouble fonctionnel. C'est-à-dire, c'est pas grave organique, c'est pas à traiter par des médicaments chimiques tout de suite en urgence avec des chirurgiens. C'est juste qu'il y a un trouble, il y a des symptômes. On n'a pas avec nos outils de quoi répondre, mais aller voir les personnes concernées.
- Antoine Lacouturière
Exactement.
- Dr Florie Akdime
Mais ça change quand même un petit peu le paradigme. Et comment tu fais avec tes autres confrères pour communiquer ?
- Antoine Lacouturière
Tu veux dire confrère pneumologue ou confrère tout court ?
- Dr Florie Akdime
Les deux.
- Antoine Lacouturière
Les deux. J'essaie d'en parler le plus possible. Après, on est... plus ou moins réceptive. Non, j'ai le sentiment quand même chez les confrères pneumologues qu'on est un peu sur la même longueur d'onde. J'aime bien dire ça, je trouve que c'est une spé de gentil, les pneumologues. Je pense que c'est une spécialité de gentil. Non, mais on choisit cette spécialité parce qu'on veut être dans la relation de soins avec le patient. Je trouve que c'est pas un hasard si on retrouve un peu le même genre de personnes dans une spécialité. C'est parfois compliqué. Je pense surtout parfois parler de rééducation fonctionnelle de la langue, etc. C'est du travail au quotidien pour dire que ça peut être important pour les gens.
- Dr Florie Akdime
Merci de semer ces graines-là. Ça me donne aussi envie de faire un parallèle avec des congrès de plus en plus nombreux sur les thérapies non médicamenteuses, ou les pratiques non médicamenteuses. J'ai l'impression, et en France et à l'échelle du monde entier, on parlait des Etats-Unis, mais et ailleurs dans le monde, en Asie notamment, sur toutes ces pratiques de méditation, de tai-chi, de pleine conscience, de psychocorporelle, d'hypnose, de sofro, et autres, où il y a quand même de plus en plus de publications internationales qui favorisent une prise de conscience différente sur la prise en soin de ces symptômes-là notamment. J'ai l'impression, non ?
- Antoine Lacouturière
Oui, bien sûr. Après, d'un point de vue de la dysfonction linguale, tu as énormément d'essais qui sortent sur le sujet, des études qui sont prospectives, rétrospectives. C'est vrai que le souci, c'est que c'est difficile à évaluer. Si tu veux tester une technique particulière de rééducation, comme par définition, on ne fait pas tous pareil.
- Dr Florie Akdime
Opérateur dépendant, tu veux dire ?
- Antoine Lacouturière
Opérateur dépendant, oui. C'est difficile de le démontrer dans des études de façon... non biaisé, de façon très formelle. C'est ça qui fait que je pense aussi que ça avance lentement.
- Dr Florie Akdime
Sur la partie lien, bouche, nez, langue, dont tu partages ton intérêt au départ, là moi je parlais plutôt, si je reformule, de toute la partie. Par exemple, les TCC, le MDR, la partie pleine conscience, ne serait-ce que l'activation sportive. Tu vois, il y a 20 ans ou 30 ans, on disait Merci. L'homalgie égale repos au lit. Aujourd'hui, on sait à quel point c'est important. L'importance de la masse musculaire, tout ça, c'est non médicamenteux. Et on sait que ça fait partie de l'équilibre de santé.
- Antoine Lacouturière
Oui, oui, tout à fait.
- Dr Florie Akdime
Je n'ai peut-être pas assez bien formulé. Je reformule sur ça. En parlant de santé... Une des questions phares du podcast, c'est... Tu la connais, du coup, la question phare. Pour ceux qui découvrent, est-ce que tu veux bien nous partager ta vision de la santé à toi ?
- Antoine Lacouturière
Ma vision de la santé, c'est pour moi un état de bien-être qui soit... Alors ça reprend les visions de l'OMS, je n'invente rien, mais dans ce que je perçois, c'est du bien-être à la fois physique et mental, mais qui va au-delà de l'absence de pathologie. c'est-à-dire qu'on peut avoir Je reprends l'exemple de l'asthme. Une personne qui est asthmatique, mais qui prend son traitement, qui va faire du sport, qui fait toutes les mesures de prévention, il va vivre comme une personne qui n'a pas de maladie. Pour moi, c'est quelqu'un qui reste en bonne santé, même s'il a une maladie chronique. Donc pour moi, il y a une dimension qui est objective, mais qui est aussi subjective dans le vécu du patient et de la personne.
- Dr Florie Akdime
Super. T'es la première à nous la présenter comme ça. Ah bon ? Ouais, avec le côté exemple de maladie qui est ton quotidien. On peut être avec cette maladie équilibrée et s'approcher d'une notion de bien-être et donc par définition de santé.
- Antoine Lacouturière
Oui.
- Dr Florie Akdime
Donc ça introduit aussi cette petite notion paradoxale de dire mais j'ai une pathologie chronique, je me sens bien, je suis entouré des personnes qui sont compétentes pour ça. Et je peux expérimenter dans mon système corporel, individuellement, socialement, émotionnellement, du bien-être. Je trouve ça fort que tu le présentes comme ça. Tu veux rajouter autre chose sur cette notion, bien-être ou de santé ? Ça te va comme ça ?
- Antoine Lacouturière
Ça me va, ouais.
- Dr Florie Akdime
Ah cool. Et une deuxième question, qu'est-ce que c'est un bon soignant pour toi ?
- Antoine Lacouturière
Vaste sujet. Un bon soignant, c'est plusieurs choses. Savoir informer les gens et leur expliquer, prendre ce temps d'expliquer avec bienveillance et sans jugement. Parfois, on oublie un peu parce qu'on est dans le jus, parce qu'il y a des fois, on ne va pas bien dans notre vie, donc on ne prend pas le temps, on a moins la patience de le faire. Mais je pense qu'il faut vraiment se discipliner à le faire parce que les gens, ce n'est pas leur choix d'être malade. Ils n'ont pas choisi d'être malade. Ils sont là parce que... Ils ont un souci et c'est notre rôle de les informer et de les guider dans leur prise en charge. Après, libre à eux de l'accepter ou non, mais déjà, notre rôle, c'est pas de les juger, de rester bienveillants envers les gens, parce qu'on connaît pas la vie des gens, tout simplement. Donc on est personne pour juger qui on a en face de nous. La deuxième, c'est savoir dire quand on sait pas. Oui. Ça, c'est quelque chose... Pour moi, qui est très fort, et d'ailleurs, ça me rappelle mon premier souvenir de mon premier stage, deuxième année de médecine, premier jour dans un hôpital. J'étais en service d'oncologie à Tenon. L'oncologie, c'est les médecins qui s'occupent des cancers de façon globale. Consultation avec le docteur Grigorov, je m'en souviens encore. Il nous avait dit, vous avez le droit de ne pas savoir, mais vous n'avez pas le droit de vous en foutre. Et ça, c'est resté. Quinze ans plus tard, je l'ai encore, cette phrase. Je pense qu'il faut savoir dire quand on ne sait pas, parce qu'on ne peut pas tout savoir. Et je pense que les gens sont reconnaissants quand on leur dit ça. Et je leur dis, moi, je vais me renseigner, je vais demander à des collègues et je reviens vers vous. Parce que je trouve que de ne pas le dire, on se retrouve parfois dans des discours de... non mais c'est ça, ou ça va passer plus tard, enfin voilà.
- Dr Florie Akdime
Je vois bien. Un deuxième point hyper important sur cette humilité de connaître toi-même, socratique presque, et connaître aussi ce que tu connais pas et pas honte de le dire en fait.
- Antoine Lacouturière
Exactement, et du coup de rester humble aussi dans nos pratiques, parce que ce qui est vrai aujourd'hui ne sera pas forcément vrai demain.
- Dr Florie Akdime
Oui, et ça, merci de nous le partager. Merci.
- Antoine Lacouturière
Oui, parce que tu vois, on disait dans les années 50 que fumer, ça détendait de l'arynx. Alors qu'on sait aujourd'hui que non, c'est pas bon pour la santé.
- Dr Florie Akdime
Et il y avait de l'alcool dans les cantines scolaires. Voilà,
- Antoine Lacouturière
exactement. Donc ce qu'on fait probablement aujourd'hui, peut-être que dans 10 ans, on dira non mais incroyable qu'on faisait ça en 2026. C'est un scandale. Donc il faut toujours rester humble. Et la dernière chose, c'est de rester justement... de communiquer, savoir communiquer avec, ça revient à ce qu'on a dit, mais les autres professionnels de santé qui ont beaucoup à nous apprendre. et que ça rejoint ce que tu avais dit, mais ensemble on avance plus loin.
- Dr Florie Akdime
Merci beaucoup pour ces trois points sur un bon soignant. C'est hyper inspirant. Florie, je suis hyper content de cette première partie de l'épisode. Je trouve que c'est à la fois très factuel sur des conseils simples, sur de la prévention, sur du vécu quotidien, parfois avec des émotions très fortes. Des graines que tu sèmes sur la pluridisciplinarité et autres, et puis c'est aussi un exemple de ce que ça peut être, j'adore. Avant de faire le petit jeu de la fin de la saison 3, et puis de te laisser la parole pour le mot de la fin, il y a un sujet fondamental, ça me donne presque envie de faire un mini-podcast dans le podcast, et c'est ce que je te propose d'ailleurs sur la partie qui est un des éléments majeurs de notre équilibre de santé, qui concerne la totalité des êtres humains de la Terre, et avec... Une prévalence, une fréquence de dysfonction problématique est colossale, le sommeil. Est-ce que tu veux bien nous parler ? On peut peut-être aider nos auditeurs en disant d'abord de ce que c'est pour toi, quand ça va bien, qu'est-ce que c'est, en quelques mots, les phases ou autre. Quand ça va pas, comment tu le... des pistes et puis des conseils pour qu'on puisse avancer avec ça. Tu veux bien nous partager ça ?
- Antoine Lacouturière
Le sommeil normal, j'aime bien dire que c'est un sommeil où on ne se plaint pas finalement. Parce qu'il y a des gens qui peuvent dormir cinq heures et c'est leur rythme. D'autres qui dorment plus longtemps et qui disent « En fait, tant que je suis en forme le matin, que je peux fonctionner, il n'y a pas de problème de sommeil. » De façon un peu plus technique, on doit faire dans la nuit entre quatre et six cycles de sommeil. Un cycle de sommeil, ça dure globalement une heure et demie. C'est composé... de sommeil léger, de sommeil profond et de sommeil paradoxal. Le sommeil paradoxal, c'est le sommeil des rêves. Et on enchaîne comme ça les phases de sommeil pendant 4 à 6 fois par nuit. Dans la répartition du sommeil de façon normale, la moitié, c'est du sommeil léger. 50% de notre nuit, c'est du sommeil léger et c'est normal. On a à peu près 90 à 120 minutes de sommeil lent profond. Donc ça correspond à peu près à 20%. Et entre 18 et 25% de sommeil paradoxal. Mélangé à ça, il faut théoriquement s'endormir en moins de 30 minutes, sinon c'est une insomnie d'endormissement. Et puis, dans la mesure du possible, ne pas se réveiller la nuit, qu'on ait un sommeil continu. Ça, c'est le sommeil normal. Après, tu vas avoir beaucoup de pathologies du sommeil. Je ne vais pas rentrer dans les détails de tout ça, mais... des problématiques d'insomnie où les gens vont se réveiller plusieurs fois dans la nuit et avoir du mal à se rendormir ou avoir du mal à s'endormir de base. Il y a les apnées du sommeil qui sont des arrêts de la respiration la nuit qui peuvent provoquer des accès de suffocation qui réveillent le patient la nuit. Il y a les problèmes neurologiques du sommeil, mais ça devient après des pathologies plus rares, la narcolepsie, le somnambulisme, les terreurs nocturnes, ces troubles-là. Et puis les troubles de rythme circadien, qui sont un peu plus spécifiques aussi. Mais non, je pense que ce que les gens connaissent le plus, ça va être l'insomnie et le syndrome d'apnée du sommeil.
- Dr Florie Akdime
Oui. Ça, dans ton quotidien, du coup, tu le prends en charge dans l'anatomie de ta semaine sur la partie sommeil, polysomnographie.
- Antoine Lacouturière
Tout à fait, oui.
- Dr Florie Akdime
Tu peux nous en parler un petit peu de comment ça se passe, comment tu l'évalues, comment ça se détecte, et puis on garde les conseils pour la fin.
- Antoine Lacouturière
Oui. Alors sur la détection, déjà ça passe par l'interrogatoire, c'est toujours pareil, c'est quels sont les symptômes du patient. Parce que ça ne va pas être pareil, un patient qui va me dire qu'il se réveille plusieurs fois la nuit, qu'il a du mal à se rendormir, je vais me dire bon, plutôt de l'insomnie. Et le patient qui va me dire, j'ai mal à la tête le matin, mon sommeil n'est pas réparateur, ma femme elle me dit que je ronfle et que, ça peut être dans l'autre sens aussi, mon mari dit que je ronfle et que je m'arrête de respirer, voilà. Donc déjà ça c'est des symptômes qui permettent de guider. de guider ça. Il faut interroger les gens sur leurs habitudes de sommeil. Ça, ça va déboucher un peu sur les religions de sommeil qui sont importantes, c'est-à-dire à quelle heure vous vous couchez, à quelle heure vous vous levez. La semaine et le week-end. période vacances scolaires, pour voir un peu s'il y a des décalages, des dettes de sommeil. Savoir s'il y a des siestes. Savoir après, on interroge sur différents signes cliniques. Je ne vais pas les détailler, puisque ce n'est pas forcément intéressant sur des pathologies très spécifiques. Et puis l'enregistrement, c'est la polygraphie et la polysomnographie. Les deux ont en commun le fait qu'on va avoir un enregistrement au niveau à la fois du flux nasal, pour mesurer la respiration, Tu vas avoir deux sangles au niveau du thorax et au niveau du ventre qui va mesurer les efforts respiratoires. Ça, ça nous guide pour les apnées. Et puis une montre avec un capteur au niveau du doigt qui va mesurer le taux d'oxygène, la fréquence cardiaque. Ça, c'est la polygraphie. La polysomnographie, tu as tout ça. Et tu as en plus plein d'électrodes sur la tête pour enregistrer tes phases de sommeil, savoir quand tu es en sommeil profond, en sommeil léger, en sommeil paradoxal. Tu as des capteurs aussi au niveau... Des yeux et du menton, ça nous aide à savoir dans quelle phase de sommeil on est. Et des capteurs au niveau des jambes, pour notamment le syndrome des jambes sans repos, qui se manifestent par des impatiences. Les impatiences, c'est des sensations désagréables au niveau des jambes, plutôt le soir, qui obligent les gens à se relever la nuit et à marcher. Et donc, on les enregistre une nuit, et puis ensuite, on lit les tracés. Donc, quand c'est la polysomnographie, il y a toute une phase de lecture de tous les stades de sommeil. Il faut savoir que c'est des périodes de 30 secondes. Et donc, on cote. Ok, léger, lent, profond, tout ça.
- Dr Florie Akdime
Donc, ça prend du temps d'interpréter un examen comme ça.
- Antoine Lacouturière
Ensuite, tu repasses au début et puis tu regardes tout ce qui est respiratoire. Donc, tu vois s'il y a des apnées ou pas. Et ensuite, tu regardes les jambes pour voir s'il y a des mouvements périodiques de jambes, c'est-à-dire des mouvements répétés dans la nuit qui peuvent te faire évoquer un syndrome des jambes sans repos.
- Dr Florie Akdime
Donc, la physio du sommeil, quand tout va bien, que les gens se réveillent le matin. Sans interruption, ça roule, on n'en discute pas, on n'influence pas. On a deux formes d'insomnie, je peux dire, soit difficulté à l'endormissement, soit réveil et difficulté au ré-endormissement.
- Antoine Lacouturière
Exactement.
- Dr Florie Akdime
Et puis, il y a cette partie analyse, on va dire, objective, avec plus ou moins de capteurs, la différence sur les capteurs crâne, pour voir le temps d'interprétation par un pneumo ou par quelqu'un qui est formé. Et donc, on arrive à ça avec... Ok, et je regardais les stats des gens qui se... de plaignent du sommeil en France. Mais j'étais halluciné. Un des premiers épisodes, c'était avec Caroline Rome, que je salue au passage, qui est sur Paris et qui travaille sur le côté sophro, mais dans un centre du sommeil à Paris. C'est quasiment un sur deux, adultes. Quelques 4 dixièmes, quelques 40% des gens qui ont des atteintes du sommeil. Qu'est-ce que t'en penses, toi ? Je trouvais ça hallucinant.
- Antoine Lacouturière
tout trouble confondu.
- Dr Florie Akdime
Oui, tout mélangé. Oui,
- Antoine Lacouturière
parce qu'en fait, il y a énormément de maladies différentes aussi. Donc finalement, ça te fait aussi augmenter ta prévalence. Mais je pense qu'on prend aussi de plus en plus des mauvaises habitudes de sommeil. Les écrans, par exemple, on pourrait en reparler une heure, mais ça ne favorise pas l'endormissement. Ça joue aussi sur notre sommeil. C'est aussi, je pense, l'évolution de nos habitudes qui font qu'on a de... on a de plus en plus de mal à dormir, à bien dormir.
- Dr Florie Akdime
Et tu peux nous donner ton analyse perso sur comment tu vois ça et qu'est-ce que tu peux conseiller pour les gens qui écoutent en se disant je donne des statistiques qui sont approximatives, allez vérifier, mais je suis certain de mémoire qu'on est à plus de 35%, c'était vraiment statistiquement hyper important. Qu'est-ce que toi, tu peux conseiller ? Donc les écrans, oui, c'est évident, on le sait, c'est pas facile, on est tous plus ou moins drogués à ça. Quoi d'autre ?
- Antoine Lacouturière
Pour vraiment comprendre les règles hygiènes de sommeil, il faut déjà un peu poser ce qui fait qu'on s'endort. Il y a deux choses. Il y a la jauge de sommeil, qui se remplit au fur et à mesure de la veille. C'est-à-dire que plus tu es réveillé depuis longtemps, plus cette jauge, elle monte. Si tu fais une nuit blanche, le lendemain, tu vas t'endormir de suite. Et dès que tu dors, ça redescend. Ça, c'est régulé par une protéine qui s'appelle l'adénosine. Et du coup, quand tu fais une sieste la journée, tu vas baisser ta pression de sommeil. Donc, ça ne va pas favoriser ton endormissement pour la nuit prochaine. Donc, la première règle hygiène de sommeil chez les gens qui sont insomniaques, c'est de ne pas faire de sieste la journée. Cette protéine, elle est inhibée par le café. Donc, dès que tu bois du café excitant, thé, etc., la jauge, elle rebaisse aussi. Donc, deuxième règle, on dit... Pas de café, pas de thé, pas d'excitant après 16h. pour justement laisser la possibilité à cette jauge de monter, de monter, pour avoir une pression de sommeil suffisante pour pouvoir s'endormir. Et le deuxième mécanisme, qui est plus important que le premier, c'est nos horloges biologiques, c'est les rythmes circadiens. Ils sont régulés par deux choses, il y a la température et la mélatonine. La température, pour s'endormir, il faut avoir une température plutôt basse. C'est pour ça qu'on conseille de dormir dans des environnements plutôt frais. Il ne faut pas faire de sport après 20h le soir, parce que ça, ça va faire monter la température interne du corps, donc ça ne va pas favoriser l'endormissement. Et pareil, les douches chaudes, les bains chauds, pas le soir non plus. Pareil, tout ça, ça va faire monter la température. Et la mélatonine, c'est l'hormone de l'endormissement, qui est inhibée par la lumière bleue qu'on retrouve dans les écrans. Et donc, c'est pour ça qu'on déconseille. Alors après, c'est toujours pareil. Moi, je fais de l'écran le soir. Je n'ai pas de problème pour m'endormir. Mais c'est si vous avez une plainte de mauvais sommeil et que vous avez ces problématiques-là, c'est des choses que vous pouvez mettre en place à ce moment-là. Donc, ça va être réduire les écrans le soir. Donc, typiquement, il ne faut pas avoir la télé dans la chambre. Il faut que la chambre, ça reste le sanctuaire du sommeil. Et donc, si vous avez des animaux à la maison, il ne faut pas... je sais que c'est pas forcément facile mais pas laisser le chat parce que moi il y a des gens qui me disent le chat vient me réveiller à 3h du matin bah oui ça va perturber les cycles effectivement c'est plus fréquent que ce qu'on pense oui, les animaux qui viennent perturber les bruits, la lumière dormir dans une pièce dans le noir mettre des boules pièces si jamais vous avez du bruit à l'extérieur et respecter des rituels de sommeil, c'est à dire le soir vous faites un peu de lecture du Lego, je ne sais pas, n'importe quelle occupation sans écran, j'entends, qui vous permettent de vous préparer pour le sommeil. Et la dernière chose, c'est que si vous êtes dans votre lit et qu'au bout de 30 minutes, vous n'arrivez pas à vous endormir, vous vous relevez, vous faites autre chose, activité calme, et dès qu'il y a les signaux de sommeil qui reviennent, je me frotte les yeux, là on va se coucher. Parce que sinon, ça entraîne des anxiétés de performance, de devoir. Il faut que je dorme, Mais comme on sait, ce n'est pas très productif.
- Dr Florie Akdime
Je suis sûre que ça va parler à plein, plein, plein, plein de personnes, ça.
- Antoine Lacouturière
J'ai un de mes collègues, Vincent Attalin, qui est spécialiste de l'insomnie, et qui travaille à la clinique, qui utilise, je trouve, un parallèle qui parle beaucoup. C'est quand vous voulez aller aux toilettes. Vous attendez que la vaisselle soit pleine pour aller faire pipi, vous ne vous mettez pas sur les toilettes et puis vous attendez. Le sommeil, c'est pareil. Il faut attendre d'avoir envie de dormir pour aller s'endormir. Et si possible, aussi respecter vraiment des horaires de lever et coucher qui soient toujours réguliers. Le corps, il n'aime pas l'irrégularité. Donc à une heure près, il faut essayer toujours de se coucher à la même heure et de se lever à la même heure.
- Dr Florie Akdime
Merci pour ça. Nourriture ? Tu peux nous dire quelques mots là-dessus ? On est en pneu, on n'est pas en nutrition, mais j'imagine qu'un repas énorme juste avant d'aller au lit, ce n'est pas une bonne idée ?
- Antoine Lacouturière
Non, plutôt dîner léger et sans alcool si possible. Parce que l'alcool, ça va vous aider à vous endormir, mais ça fragmente le sommeil pendant la nuit. Donc vous n'allez pas avoir une nuit récupératrice.
- Dr Florie Akdime
Est-ce qu'il y a une explication, mon physio, sur le fait de dire qu'il y en a qui ont besoin de très peu ? Il y a d'autres qui ont besoin de beaucoup.
- Antoine Lacouturière
Je ne l'ai pas en tout cas.
- Dr Florie Akdime
On ne sait pas trop ça.
- Antoine Lacouturière
Il y a des petits dormeurs et des grands dormeurs. Et il y a des gens qui sont rythmés, qui peuvent être en retard de phase ou en avance de phase. C'est-à-dire que leur rythme, c'est 3h du matin, 10h. Et ils sont bien, ils sont régulés comme ça. Sur les rythmes circadiens. Et qui fait qu'eux, ils vont avoir des troubles de sommeil. Mais parce que...
- Dr Florie Akdime
on vit dans une société où on travaille à 8-9 heures donc eux ils vont se mettre en dette de sommeil chronique parce qu'ils peuvent pas se réadapter sur un rythme normal ça c'est intéressant cette notion que t'apportes ça veut dire qu'il y a une notion d'adaptation au contexte, à l'environnement aux contraintes, on va dire socio-pro, donc ça peut aussi être une invitation à être attentif à ton instinct à toi de lève tôt couche tard, c'est pas forcément en même temps en même temps.
- Antoine Lacouturière
C'est vrai qu'on avait une idée reçue beaucoup en disant que les heures de sommeil avant minuit étaient les plus importantes. Ça, c'est une fausse idée. Il faut respecter vos rythmes. Si vous vous couchez toujours à 1h du matin parce que c'est au moment là où vous êtes fatigué,
- Dr Florie Akdime
tu vas éviter de respecter ça.
- Antoine Lacouturière
Vous respectez les rythmes. Sauf si, bien évidemment, quand on a un travail qui demande de se lever à 6h du matin alors qu'on se couche à 1h, forcément on se met en tête de sommeil. Donc là, on essaie d'aider les gens à essayer de se recalibrer pour mieux dormir, avec de la mélatonine le soir par exemple, pour favoriser l'endormissement un peu plus tôt, et de les faire décaler de quart d'heure en quart d'heure. sur plusieurs jours pour pas faire un gros gap d'un coup mais pour les réhabituer progressivement à avancer un petit peu leur heure de coucher
- Dr Florie Akdime
Est-ce qu'il y a des outils, des médicaments, des conseils que tu donnes une fois que tu as interprété les tracés ? Comment ça se passe ?
- Antoine Lacouturière
Ça dépend de ce qu'ils ont. Sur une problématique d'insomnie je vais beaucoup parler des règles hygiènes de sommeil et je vais après orienter pas mal parce qu'on est plutôt les... À la clinique, par exemple, il y a Vincent Attalin qui traite de ça. Mais on a aussi, par exemple, Annie, moi j'adresse au CHU, parce qu'il y a des neurologues spécialisés là-dedans et qui ont aussi beaucoup plus de billes en termes de médicaments. Sur l'apnée du sommeil, il y a à la fois le traitement des apnées. S'ils ont des apnées sévères, on va mettre une machine pour dormir la nuit. S'ils sont modérés, ça peut être la machine, ça peut être une orthèse. d'avancée mandibulaire, c'est-à-dire une gouttière qui va venir avancer la mâchoire, mais ça c'est des traitements des apnées. Si on arrête ça, les apnées reviennent. J'ai une fiche aussi là-dessus, mais je leur parle aussi surtout des causes et qu'il faut agir sur les causes des apnées. En agissant sur les causes, tu supprimes tes apnées, donc tu n'as pas besoin de mettre de machine ou de mettre d'orthèse. Et donc ça, ça passe par la perte de poids, si les gens sont en surpoids, parce que c'est un des premiers facteurs de risque. L'âge, malheureusement, on ne peut pas lutter contre, mais il y a un relâchement des tissus avec l'âge qui fait qu'on fait plus d'apnées. Et puis, moi, j'oriente vers la prise en charge fonctionnelle sur la dysfonction linguale et éventuellement sur la prise en charge osseuse morphologique. Si je vais voir les patients par les ORL, vérifiez qu'il n'y ait pas des grosses amygdales qui bloquent le carrefour. Chez les enfants, les végétations, il faut que ça soit vérifié. Et après, surtout chez les jeunes, se poser la question des traitements de chirurgie maxillofaciale, orthodontique, pour essayer de refaire de la place, là où on en a perdu, mais qui est une conséquence de la dysfonction linguale depuis tout petit.
- Dr Florie Akdime
Bien joué. Je te remercie, Florie, pour cette partie mini-podcast sommeil, en tout cas chapitre sommeil. Ce que je te propose de faire, c'est le petit jeu de la saison 3, avec des questions-réponses plutôt courtes. Tu as le droit de dire joker, tu as le droit de réorienter, mais l'idée, ce n'est pas un grand développement. Et puis après, on terminera le podcast. Ça te va ?
- Antoine Lacouturière
Oui, très bien.
- Dr Florie Akdime
Pour améliorer, favoriser la santé, le bien-être, les soins, est-ce que tu peux nous conseiller des livres ?
- Antoine Lacouturière
Alors moi, je conseillerais « Respirer » de Jeff Nestor, qui a un bouquin qui fait ça, un journaliste américain, mais qui parle beaucoup de la respiration nasale. et qui fait des expériences entre respiration buccale, respiration nasale, et donc il y a plein de bim. J'ai appris beaucoup de choses avec ce bouquin, donc hyper intéressant. Et la série de BD Le jour où, de BK Marco Maela.
- Dr Florie Akdime
Je vois très bien.
- Antoine Lacouturière
Qui sont des BD de développement personnel, qui ont des messages très puissants, et je trouve que c'est des ouvrages extraordinaires.
- Dr Florie Akdime
Merci. Des films ?
- Antoine Lacouturière
Le premier qui me vient, c'est un touche.
- Dr Florie Akdime
Ok.
- Antoine Lacouturière
Mais parce que c'est plutôt... Je pense que tu as compris, c'est toujours le lien humain qui m'émeut beaucoup.
- Dr Florie Akdime
Un objet à moins de 50 euros que tu conseilles pour favoriser ça ?
- Antoine Lacouturière
Un rhino horn.
- Dr Florie Akdime
Là, il va falloir que tu traduces pour certains.
- Antoine Lacouturière
Le rhino horn, c'est une sorte de... corne de rhinocéros, alors dit comme ça c'est bizarre, mais c'est un contenant qui permet de se laver le nez avec du sérum physiologique ou même vous-même, vous pouvez mettre de l'eau, une cuillère à café de sel, et puis hop, on colle au nez, on ouvre la bouche, et puis ça permet de faire un vrai lavage de nez, ce qui permet de favoriser la respiration nasale aussi. Je suis en boucle, hein.
- Dr Florie Akdime
Le message passe, la répétition fait partie de l'apprentissage. Merci pour les livres, les films, le film, les objets, l'objet du pneumologue du jour qui fait sens. Et puis c'est un objet qu'on retrouve dans la sagesse. orientale, il y a plein de pratiques qui commencent avec ça dans le traitement de certaines maladies en France je suis sûr que c'est une bonne chose de commencer par ça. Merci à toi. Je te propose le moment de fin de podcast c'est toi qui terminera l'épisode avec un mot ce que t'as envie, c'est un micro ouvert pour terminer et avant ça, il me reste à te remercier pour l'ensemble du contenu que tu viens de partager aujourd'hui et puis au-delà du contenu des informations pour La qualité d'être que j'ai pu ressentir et percevoir dans ton humilité, dans ta simplicité d'explication alors que les choses vécues sont parfois extraordinaires. Et puis au-delà de ça, d'être un des médecins du futur, un des médecins qui intègre ces équipes pluridisciplinaires en s'adressant aux préventifs d'abord, en étant capable d'aller dans le curatif et d'avoir cette place que je trouve si juste. Merci beaucoup Florie pour ça.
- Antoine Lacouturière
Merci beaucoup à toi, ça me touche beaucoup.
- Dr Florie Akdime
Et c'est toi qui as le micro pour le mot de la fin.
- Antoine Lacouturière
Je vais réinsister sur les mêmes choses, mais restez bienveillants, bienveillants envers vous-même, bienveillants envers les autres, et communiquez avec les autres professionnels de santé. Encore une fois, on avance beaucoup plus loin ensemble pour la prise en charge des gens et même pour son enrichissement personnel.
- Dr Florie Akdime
L'épisode touche à sa fin avec ces mots. Merci pour votre écoute. Vos retours et vos partages permettent à ce podcast de continuer à exister et à toucher d'autres personnes. Si cet épisode vous a parlé, vous pouvez laisser une note ou un commentaire. C'est simple, rapide et ça nous aide vraiment. J'espère que certaines graines semées ici continueront de grandir pour vous. Chacun de nous, à sa manière, influence le soin. Le bien-être est donc la santé. Prenez soin des autres, c'est une bonne chose, et de vous aussi. A tout bientôt.