- Speaker #0
Toulouse et moi, un podcast de la mairie de Toulouse. Nous rencontrons aujourd'hui Abdallah Groutil, gérant du kiosque de la Roseraie.
- Speaker #1
Deux cafés, deux expressions, pas de problème, je vous sers ça tout de suite.
- Speaker #2
J'habite un petit peu plus loin, je prends le métro à Roseraie. Et donc, naturellement, j'ai connu Abdallah avant qu'il n'ait le kiosque avec son petit chariot roulant. Bonjour. Alors, ces kiosques, c'est un peu une icône toulousaine. Et puis ici, voilà, il y a un petit lieu, c'est un petit havre de paix, il y a de la pelouse, des arbres. On peut boire, manger, on peut s'asseoir. C'est super,
- Speaker #3
quoi. C'est formidable, c'est un lieu de sociabilisation. On vient chaque jour, on est retraité. En plus, ça crée un réseau. Quand on a besoin de quelque chose, on sait qu'on peut compter les uns sur les autres. Et puis bon, la bonne humeur d'Abdallah et son charisme, ça c'est l'essentiel. C'est lui qui effectivement est fédérateur de tout ça.
- Speaker #1
Moi c'est Abdallah, j'ai 42 ans, j'ai commencé mon activité de cafetier ambulant le 10 décembre 2010 pour proposer dans la rue, directement aux passants, un café à emporter ou à boire sur place le plus rapidement possible pour ne pas leur faire perdre de temps. surtout pour ceux qui travaillent, je me suis lancé, sans trop savoir où j'allais. Et j'ai découvert ce petit quartier de la Roseraie qui m'a beaucoup plu, où il y avait une bouche de métro. Et ce quartier, au début, je m'étais dit que j'allais y faire juste quelques passages et que j'allais peut-être me faire une tournée dans d'autres quartiers. Mais finalement, j'ai tellement été accueilli chaleureusement par les habitants du quartier de la Roseraie que j'y suis resté. J'ai commencé précisément le 10 décembre 2010. Et depuis ce jour-là, je n'ai jamais quitté professionnellement le quartier de la Roseraie. Ça va faire 15 ans cette année.
- Speaker #4
Bonsoir.
- Speaker #5
Non, je suis en vie, ça va.
- Speaker #4
Oh, mec ! Tu dis bonjour ou quoi ?
- Speaker #6
Salut !
- Speaker #4
Ça va, ma fille ? Ça va, là, oui. Ça va ? C'est un ami, ça. Je ne sais pas que je l'aime beaucoup, mais en fait... Vous voyez où il y a les rideaux, là, dans la fenêtre où il y a les rideaux ? Eh bien, j'habite là. Et j'habite là depuis 1900, je ne sais pas si c'est 72 ou 73. Alors le kiosque ça fait 5 ou 6 ans qu'il est là. Avant il faisait le café là, après il est dans le coin, avec une rouleau, on arrive, et voilà. Alors je viens une fois par jour.
- Speaker #1
10 fois par jour.
- Speaker #4
À chaque fois je dis j'y vais, j'y vais. Et je suis là tout le temps, lui. Il est comme ça, en fait.
- Speaker #1
Quel est ton âge, papy ? Ah,
- Speaker #4
80. Ouais, c'est ça, ouais. 90. La fleur de nage. Attention, attention. 90 ans depuis le demain.
- Speaker #1
Pour moi, ces kiosques, je les ai toujours vus devant le maître Jean Jaurès, puisqu'ils ont 100 ans, ces kiosques, cette année, en 2025. Donc, ils ont 100 ans. C'est les kiosques qui ont été... fait par l'architecte de la ville à l'époque, Jean-Montariolle, donc c'est très ancien, c'est le style art déco, je n'étais absolument pas au courant que ces kiosques pouvaient être déplacées. Et l'ancien maire de quartier, donc Laurent Lesgourgues, que je salue au passage, a eu l'idée, quand il a appris lui-même que deux kiosques devaient être déplacées, il a eu l'idée de m'en mettre un à disposition dans le quartier de la Roseraie pour que je puisse continuer mon activité. Et moi, naturellement, non seulement c'était une aubaine, parce que je voyais... un développement possible pour ma petite entreprise. Mais en plus de ça, ça m'offrait un confort que je n'avais pas connu jusqu'à présent. Parce que travailler complètement dehors, c'est compliqué. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. J'ai un toit sur la tête.
- Speaker #5
Ce que j'aime dans le kiosque, c'est que, déjà sur un plan architecture, c'est beau. Il s'est ouvert et fermé à la fois. Ça va comme la communication ouverte et fermée. Et c'est un lieu de passage. Lui, il est stable. Mais les gens y passent, ils tournent autour. On ne peut pas aller d'un côté, de l'autre. Et lui, il est toujours… Voilà, comme si c'était un bar, mais convivial. Les bars n'ont plus ce côté convivial. Alors qu'ici, il y a une suspension du temps. Tu t'arrêtes, tu as une petite bulle de 10, 15 minutes, 20 minutes. Et après, tu retournes à ta vie, tu vas travailler. Mais il y a une suspension agréable. Comme si le temps horloge s'arrêtait. Et on est tous en manque de ça. Et moi, pour aller bosser, je pars plus tôt pour prendre cette bulle. Et peu importe le temps, on a connu la pluie, le vent.
- Speaker #1
Le fer, le froid. J'ai travaillé à moins de 13 degrés ici. Moins de 13. J'avais des clients qui étaient contents d'être là. Oui,
- Speaker #4
oui.
- Speaker #5
Et moi, je dois y aller quand même. À la semaine prochaine.
- Speaker #6
Salut,
- Speaker #1
bon week-end. En 2019, précisément en mai 2019, le kiosque est déplacé et il est positionné dans le parc au niveau du métro de la Roserée. Donc j'assiste au déplacement du kiosque. Ça a démarré à une heure du matin et je suis même resté toute la nuit sur place pour observer. C'était très émouvant parce que je voyais quelque part mon futur métier arriver à moi. C'était exceptionnel. Alors quand tu vois ton futur kiosque, entre guillemets, ton futur travail dans les airs, porté par une grue, un truc énorme, et qui se pose comme ça devant toi, à l'endroit où toi-même tu travaillais, à l'endroit où tu as créé quelque chose qui n'existait pas finalement, c'était impressionnant. C'était vraiment, vraiment très impressionnant.
- Speaker #4
Salut Joël, bonne journée ! Allez, à la semaine prochaine !
- Speaker #1
Merci ! Au revoir ! Marie-Jules,
- Speaker #4
je vous donne un peu de l'écharpe si vous le voulez. J'attends. Tu vas bien, sinon ? Très bien.
- Speaker #1
J'ai un peu froid ce matin.
- Speaker #4
Oui, j'ai beau fait quand même. Ça va, Delphine ? Ça va, oui.
- Speaker #7
Petit café à longer ? Je te prends une madeleine aussi.
- Speaker #4
S'il te plaît.
- Speaker #7
Moi je suis éducatrice en club de prévention. On accompagne des jeunes de 11 à 25 ans. Sur des actions, on a sollicité Abdallah, par exemple sur des fêtes de quartier ou des fêtes dans des résidences, on l'a sollicité pour qu'il vienne faire comme il fait ici à Roseray. Oui, on est complémentaire parce qu'il connaît tous les habitants. Nous, on travaille aussi avec les gens du quartier. Comme je dis, c'est le cœur du quartier Abdallah. Il crée du lien social, chose qui existe de moins en moins, des petites structures comme ça où les habitants peuvent se retrouver. C'est de plus en plus rare et c'est pourtant ce qu'il faut sur un quartier.
- Speaker #4
Et la météo, qu'est-ce que ça dit ?
- Speaker #2
Alors, hé papy, s'il ne pleut pas, il fera beau.
- Speaker #4
Ouais, s'il ne pleut pas, il fera beau.
- Speaker #2
Voilà. Non mais dimanche, tu vas pouvoir aller te promener, il va faire 28 degrés.
- Speaker #4
Dimanche, je ne serai pas là.
- Speaker #2
Tu seras où ?
- Speaker #4
Chez ma soeur à Crignel, là-haut.
- Speaker #2
Grenoble. À Grenoble ? Oh mon Dieu ! Mais là à Grenoble il va neiger par contre. Ah oui.
- Speaker #4
Tu n'en as pas d'autres à dire ?
- Speaker #2
Quand je passe le matin un peu trop tôt et que je vois qu'Abdallah n'est pas encore arrivé, le kiosque est fermé, mince ! Donc je m'enfile dans le métro avec une espèce de goût amer en me disant mince, je n'ai pas mon café du matin quoi, avec les amis. Et alors ce qui est marrant c'est que Abdallah c'est vraiment devenu une espèce de point focal du quartier quoi, c'est vraiment... tous les anciens, il y a quelqu'un, il y a du monde, donc ils viennent, ils savent que je suis météorologiste, j'ai le droit tous les matins, alors la météo, ça donne quoi aujourd'hui ? Alors qu'ils le savent plus que moi, parce qu'ils regardent la météo toute la journée à la télé. Ils le savent presque plus que moi, c'est ça qui est trop rigolo.
- Speaker #1
Fèvre à miel. Merci. Bon app. Merci. Merci, patron. Merci, patron. Merci, patron. Ce qui est magnifique dans mon activité, c'est que j'ai toutes les classes sociales, mais j'ai aussi tous les âges. Et ça, c'est merveilleux parce que j'ai ceux qui vont travailler le matin, donc qui sont assez pressés et que j'essaie de servir le plus rapidement le matin. Et après, il y a mes petits retraités, comme j'aime bien les appeler, pour qui j'ai beaucoup, beaucoup d'affection. Et c'est réciproque, d'ailleurs. que j'accueille aux alentours de 11 heures, qui prennent le temps de se lever, qui prennent le temps de venir s'installer, de discuter. Et ce qui est magique, c'est que ces personnes-là habitent le même quartier pour certains depuis des années et des années et ne s'étaient jamais adressé la parole. Et depuis quelques temps, ils sont devenus amis. Et ils prennent plaisir à se retrouver tous les jours. J'insiste bien sur tous les jours. Ils sont entre eux, ils sont bien. Je suis avec eux, on est bien.
- Speaker #4
Ah, comme il est gentil. Oh, je peux consulter avec monsieur ?
- Speaker #1
Papy, 90 ans, quand il part en vacances, il me laisse toujours les clés de son appartement.
- Speaker #4
Oui, mais je surveille. J'y laisse les clés à une condition. Il faut qu'il m'appelle tous les jours. Non, je rigole. Non, c'est jamais du poids. Ah, t'as pas mis le sucre. Merci Abdallah.
- Speaker #1
Je me plais tellement dans ce quartier, je me plais tellement avec ma clientèle actuelle. C'est vraiment un confort de travail que je souhaite à tous les commerçants, parce que vraiment se sentir aussi apprécié et aussi bien dans son travail, c'est... C'est rare. Pour la petite histoire, il y a une mamie un jour qui est venue me voir en me disant qu'elle s'excusait de ne pas être cliente chez moi, mais qu'elle adorait quand j'étais ouvert et que quand le kiosque était fermé, elle avait l'impression que c'était le quartier qui était fermé. J'ai vraiment pris ça comme un très grand compliment. Ça m'a beaucoup touché.
- Speaker #0
Toulouse et moi, un podcast de la mairie de Toulouse.