- Speaker
être tout seul quand on est entrepreneur est ce que c'est un frein une liberté ou une angoisse voire un challenge vous écoutez tout seul Un podcast d'Orange, pour les pros. Tout seul. Tout seul. Tout seul, oui. Tout seul. Tout seul.
- Mathilde
Tout seul. Tout seul. Je suis Mathilde Guyaud et je rencontre pour vous, partout en France, des entrepreneurs qui ont accepté de partager leur expérience, leur histoire. Aujourd'hui c'est la rentrée pour la saison 2 de Tout Seul, je m'apprête à aller tourner le premier épisode et pour ce faire je vais rencontrer Anne Crozet, la dirigeante et formatrice de la boutique de décoration Pigment qui se trouve à Paris, dans le 11e arrondissement. Je vais prendre le métro, il est 9h30, je vous retrouve tout de suite.
- Anne Crozet
Bonjour ! C'est pareil, c'est meilleur à l'intérieur. Oui mais en plus aujourd'hui c'est pareil. Non. Est-ce que vous voulez un café ? Ou un thé ?
- Mathilde
Oui un thé très bien. C'est aussi bien décoré chez vous que dans la boutique.
- Anne Crozet
Bonjour, je m'appelle Jojima Tou. Ça va les shorts, ça ne vous crée pas peur ?
- Mathilde
Ah non, j'adore. Comment est-ce qu'il s'appelle du coup notre invité du jour ?
- Anne Crozet
Ah non, c'est Newton.
- Mathilde
D'accord. Merci Newton de nous accueillir. Merci de nous recevoir chez vous aujourd'hui. On va parler un petit peu de votre parcours. Déjà, est-ce que je peux vous laisser le soin de vous présenter brièvement ?
- Anne Crozet
Oui, bien sûr. Alors, je m'appelle Anne Crozet. J'ai 44 ans. J'ai trois enfants. et voilà, j'habite à Paris.
- Mathilde
Et vous êtes la fondatrice du coup de
- Anne Crozet
Pigment. Absolument, oui.
- Mathilde
Qu'est-ce que c'est Pigment ?
- Anne Crozet
Alors Pigment, c'est à la fois une boutique de décoration, de meubles et décoration et aussi un service de conseil en déco, architecture d'intérieur.
- Mathilde
Avant d'arriver du coup à votre entreprise actuelle, donc Pigment, on va explorer un petit peu l'avant. Vous passez 15 ans chez IKEA. Quel type d'expérience est-ce que vous avez eu là-bas ?
- Anne Crozet
De nombreuses, c'est une super expérience de manière générale. J'ai grandi avec Ikea, je suis arrivée en tant que Vizel Merchandiser décorateur et j'ai gravi les échelons au sein de l'enseigne. Ce n'était pas du tout prédestiné, c'était une expérience de plus pour moi dans mon jeune parcours de décoratrice et d'architecte d'intérieur. L'idée, ce n'était pas forcément de faire une carrière, mais les choses ont fait que dans cette petite idée que j'ai depuis longtemps d'être entrepreneur et de créer quelque chose vraiment de A à Z.
- Mathilde
Est-ce que le fait d'avoir évolué aussi dans une multinationale, à un moment, ça a fini par vous étouffer ?
- Anne Crozet
On ne fait plus ses propres choix parfois. Dans toute grosse société, effectivement, il y a des choix qui sont faits qui ne sont pas forcément ses propres choix. On aurait fait peut-être différemment, à tort ou à raison, mais on aurait peut-être fait différemment. Et j'avais envie de reprendre un peu le pouvoir.
- Mathilde
C'était un risque pour vous, du coup, de quitter cette entreprise au moment où vous avez posé votre démission ou évoqué votre départ ? Est-ce que vous avez senti un petit frisson en vous disant « Oh là là, qu'est-ce que je suis en train de faire ? »
- Anne Crozet
Ah oui, mais c'est sûr. La réflexion, elle a été... Pendant un an, de me dire est-ce que je saute le pas ou pas, et à partir du moment où la décision a été prise et où j'ai réellement signé la fin de mon contrat en tant que salariée, oui, on saute dans le grand bain. Il faut savoir nager tout de suite. Donc oui, c'est un challenge, c'est un frisson, c'est une angoisse un peu de se dire mais qu'est-ce que je fais ? Parce que forcément, en tant que salarié, on a la sécurité de l'emploi, on a un salaire qui nous permet de vivre correctement et on part pour rien.
- Mathilde
Entre le moment où vous démissionnez, vous vous apposez votre signature sur cette fin de contrat, et le moment où Pigment est né dans le concept tel qu'il est aujourd'hui, est-ce qu'il y a beaucoup de temps qui s'est écoulé ? Est-ce que ça allait très très vite parce que vous aviez déjà un petit peu tous les éléments au fond de vous et qu'il ne restait plus qu'à les coucher sur le papier ? Ou est-ce que cette gestation, elle a pris longtemps ?
- Anne Crozet
Avant de signer ma clôture de contrat, j'avais quand même réfléchi à ce que je voulais faire, au fait d'ouvrir une boutique de déco avec un concept vraiment déterminé de cette notion-là. Locale, durable, éthique, une sélection d'échos vraiment pointue dans cette thématique-là. J'avais fait quand même un business plan, un début de trame de business plan en tout cas, une réflexion aussi sur le nom déjà. Avant de quitter, j'avais déjà un peu mûri le projet. Donc à partir du moment où j'ai quitté mon entreprise, c'était au mois de mars 2019, La boutique a ouvert en novembre 2019, donc ça a été assez rapide. Parce qu'il y a des concours de circonstances aussi qui ont fait que ça a été rapide, particulièrement le local commercial que j'ai trouvé finalement assez vite. Donc du coup, finalement, c'est vrai que ça s'est fait dans un temps court, mais ça me rassurait aussi de faire ça dans un temps court, parce qu'à partir du moment où vous n'êtes plus salarié et que vous avez vos indemnités chômage qui commencent à courir, vous avez un temps donné qui est assez limité. Donc, il fallait faire vite quand même.
- Mathilde
Entre mars et novembre, vous cherchez un financement. Alors, vous avez votre boucle sous le bras, vous allez frapper à la porte des banques. Comment est-ce que ça se déroule ? Oui,
- Anne Crozet
tout à fait. Alors, en fait, effectivement, très logiquement, je me suis plutôt orientée vers les banques. Peut-être qu'après réflexion, peut-être que pour des financements futurs, ça ne sera pas forcément vers des banques. Il y a d'autres moyens maintenant. qui permettent de financer des projets. Mais effectivement, au départ, c'est l'acteur évident pour se faire prêter de l'argent. Donc effectivement, je suis allée toquer à deux, trois banques différentes, dont la mienne, avec mon business plan sous le bras et ma projection de chiffre d'affaires sur les trois, quatre années futures. Comment est-ce que vous avez été reçue ? Plutôt très bien. les gens étaient assez enthousiastes par rapport au projet c'est ce qui m'a un peu rassurée après j'étais bien reçue mais j'ai pas eu des acceptations pour l'ensemble des rendez-vous que j'ai eu donc voilà après il y a le côté un peu humain qui qui rentre en jeu et puis il y a le côté aussi purement financier et le risque que peuvent prendre les banques sur des projets qui sont des nouveaux projets avec voilà Ils sont assez frileux quand même. Globalement, j'ai trouvé sur la création d'entreprises et sur le fait de prêter de l'argent sans réelle garantie finalement, puisque c'était finalement un simple business plan et une projection de chiffre d'affaires sans rien derrière. Effectivement, il fallait croire au projet et les banques ont tendance parfois à mettre les choses dans des cases. Des chiffres dans des cases et ça passe ou ça casse. Mais du coup, je n'ai pas eu tout le temps des réponses positives. Heureusement, il y a une banque qui m'a suivie. Donc ça, c'était chouette.
- Mathilde
Novembre 2019, vous ouvrez votre boutique. Vous passez le seuil. de cette boutique Pigment que vous avez rêvé, imaginé pendant plusieurs mois maintenant. Est-ce que vous pouvez nous décrire un petit peu cette boutique-là ?
- Anne Crozet
Alors l'ouverture, j'ai ouvert le 5 novembre 2019. C'était un mardi. Je devais ouvrir le lundi, puis finalement, je n'étais pas prête du tout. Parce qu'il y avait de la marchandise que je n'avais pas reçue. Du coup, on a ouvert le mardi. C'était... Quand j'y repense maintenant, je me dis que la boutique était vide, qu'il y avait peu de marchandises, qu'elle ne ressemble plus aujourd'hui à ce qu'elle était à l'ouverture. Mais à la fois, c'était palpitant, c'était chouette d'accueillir mes premiers clients à la boutique. C'était grisant parce que... Ils ont réservé un super accueil parce qu'il n'y avait pas trop de boutiques de décoration dans le quartier. C'est vrai qu'ils étaient contents. Il y avait beaucoup de boutiques de prêt-à-porter et peu de boutiques de déco. L'accueil était chouette pour ça.
- Mathilde
Vous aviez un concept assez fort. Est-ce que vous pouvez nous le décrire ?
- Anne Crozet
Oui, bien sûr. Pigment, c'est une sélection déco. Donc d'accessoires déco et de mobilier déco, mais vraiment local, durable, éthique. Donc on a une sélection très drastique de produits essentiellement made in France. L'idée, ce n'est pas de faire en sorte que ce ne soit que 100% made in France, parce que c'est assez compliqué quand même en déco de trouver 100% de fonction dans le made in France. Malheureusement, on tend à ça, mais c'est vrai que ce n'est pas toujours évident de trouver... toutes les fonctions en Made in France. Donc la sélection, effectivement, est française et éthique et co-responsable. Donc effectivement, quand ce n'est pas fabriqué en France, ça doit nécessairement être éthique ou et co-responsable, mais quand même avec une démarche de travailler avec l'Europe essentiellement et pas d'aller au-delà de l'Europe parce que vraiment, on veut une empreinte carbone qui soit la plus faible possible. Donc voilà la sélection. Et l'idée aussi, c'était d'avoir une sélection. Le seul critère, ce n'est pas que ce soit made in France, parce qu'il y a un aspect esthétique et durable qui est très important pour moi, parce que je suis décoratrice, architecte d'intérieur, et que le côté beau... Le design est important. C'est pour ça que ce n'est pas si simple de trouver des beaux produits fabriqués localement et de manière durable. Même si c'est fait en France et que c'est en plastique, ça ne me plaît pas.
- Mathilde
Ça, c'est la partie un peu visible de l'iceberg, c'est la boutique. Quand vous ouvrez, évidemment, il y a la gestion d'un commerce, le contact client. la réception des marchandises, mais avant ça, il y a aussi un gros travail de sourcing pour vous, de recherche du bon éditeur, du bon artisan. Ça vous a pris beaucoup de temps avant d'ouvrir la boutique, ou est-ce que c'était un peu un work in progress et vous l'avez fait au fur et à mesure, avant l'ouverture, pendant l'ouverture, après ?
- Anne Crozet
Disons qu'il fallait les principaux acteurs et fournisseurs pour ouvrir et pour avoir une boutique quand même qui tienne la route à l'ouverture. Donc j'ai travaillé avec plus ou moins de gros acteurs français, aussi bien des marques françaises que des artisans, des petits créateurs que j'ai trouvés via des salons, via aussi Internet, beaucoup maintenant, avec Instagram, c'est assez facile quand même de dénicher des talents, même des tout petits talents. Donc du coup, j'ai travaillé comme ça pour sourcer les produits. Et puis après, c'est une démarche constante. Il y a toujours de nouveaux produits qui rentrent dans la boutique, de nouveaux artisans, de nouveaux partenaires. Il y a des partenaires avec qui on travaillait au début, avec lesquels on ne travaille plus. Et inversement, il y a des partenaires avec qui on est très fidèles, parce que le produit plaît, ça marche, ça fonctionne bien. Au-delà de la qualité du produit, c'est aussi le contact avec le fournisseur, la relation de travail qui est très importante pour moi. Parce que c'est aussi pour ça que je fais ce métier.
- Mathilde
Vous avez commencé toute seule dans cette boutique-là. Vous aviez eu déjà l'idée toute seule. Jusqu'à quand est-ce que vous êtes restée toute seule à la boutique pour pouvoir la gérer ? Parce que c'est quand même des horaires assez exigeants, en continu. Six jours sur sept ou sept jours sur sept, parfois, parce que vous avez du travail à la maison. À quel moment est-ce que vous vous êtes dit, ça va commencer à commencer ?
- Anne Crozet
Pendant un an. Pendant un petit peu plus d'un an, j'étais toute seule, vraiment toute seule, 100%. Et je ne l'ai pas mal vécu, en fait. C'était un démarrage progressif. Donc, c'est vrai qu'il fallait que je me fasse connaître. Donc, c'est vrai que le flux client n'était pas le même que celui qu'il est aujourd'hui. Donc, j'arrivais à le gérer. Et puis, au bout d'un moment, je me suis dit que ce n'était plus possible d'être tout seule. Et effectivement, il fallait que je me fasse aider. Voilà, donc j'ai pris ma première alternante la seconde année pour effectivement m'aider sur la partie commerce, mais aussi sur la partie un peu marketing. Parce que voilà, quand on est entrepreneur, on a des cordes à son arc, mais on n'a pas toutes les cordes. Et on se rend compte qu'effectivement, il faut savoir tout faire. Et on est humain, on ne sait pas tout faire, donc il faut savoir se faire accompagner ou par des prestataires extérieurs ou par des équipes qui peuvent avoir les compétences qu'on n'a pas.
- Mathilde
Vous avez souvent travaillé seule depuis l'ouverture de l'entreprise. Qu'est-ce que vous avez appris sur vous dans ces moments-là ?
- Anne Crozet
Je pense que je me connaissais quand même assez bien finalement dans mes forces et mes axes de progrès sur le fait de... de ne pas forcément avoir une ultra confiance en moi. Je travaille dessus tous les jours, mais ça, c'est quelque chose que je n'ai pas appris finalement, parce que je connaissais. Mais par contre, j'ai découvert plus des compétences finalement que je n'avais pas valorisées, identifiées auparavant, comme le fait de créer un site Internet moi-même. Ça, c'est vraiment un truc... Voilà, je me suis plongée dans des sites de création de site. Au début, j'avais envisagé effectivement de le faire faire. Et puis quand j'ai vu les coûts exorbitants de la création de site, je me suis dit, pourquoi pas moi-même ?
- Mathilde
Progressivement, vous êtes passée d'une activité uniquement commerçante à une activité de conseil. Quand est-ce que ça est arrivé et comment ?
- Anne Crozet
Alors, il y a eu plusieurs... Disons que ça se fait beaucoup par bouche à oreille. Il n'y a pas trop de communication pour le moment sur le côté marketing du service. C'était effectivement ou à la fois des clients de la boutique ou des gens qui me connaissent. C'est d'avant et qui avait besoin de conseils et ça a été du bouche à oreille. J'ai démarré par un premier projet pour une maison au Pérus sur Marne grâce à un copain qui a donné mon nom à ces gens-là. Et puis progressivement, il y a eu du bouche à oreille et les projets se sont enchaînés comme ça par ce biais-là. Donc là, c'est une première façon de trouver des contrats. en architecture. Et la seconde, effectivement, forcément, c'est la boutique, des clients du quartier qui ont acheté un premier produit, deux produits, un meuble, et puis qui finalement ont besoin de conseils pour refaire leur cuisine, leur salon, leur chambre ou un appartement complet. Et là, effectivement, ils nous sollicitent.
- Mathilde
Comment est-ce que vous emboîtez un peu vos emplois du temps pour être à la fois à la boutique, à la fois sur les projets ? Est-ce que ça représente une grande part de votre quotidien aujourd'hui ou est-ce que ça dépend des moments de l'année ?
- Anne Crozet
Ça dépend des moments de l'année, effectivement. J'essaye de ne pas prendre trop de projets en même temps parce qu'effectivement, aujourd'hui, j'ai aussi l'envie et le besoin d'avoir un pied dans la boutique. Parce que je veux que ça reste quand même mon identité et mes propres choix. Donc, je fais en sorte d'avoir pas trop de projets en même temps pour arriver à gérer les deux. Donc effectivement, dans une semaine, il y a peut-être une ou deux journées où je vais être à la boutique 100% du temps. Et puis une journée où je vais être à la maison à travailler sur des projets ou en chantier chez des clients pour faire le suivi. Voilà, j'organise un peu mon temps de cette manière-là.
- Mathilde
Vous n'êtes plus toute seule aujourd'hui. Vous avez décidé de vous associer. Vous n'êtes pas allée chercher très loin votre associé. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
- Anne Crozet
Non, effectivement. Je ne peux pas aller le chercher très loin. Il habite chez moi. Voilà, c'est ça. Donc, effectivement, je me suis associée depuis le mois de janvier avec mon conjoint. On est assez complémentaires dans nos domaines de compétences. Moi, je suis plutôt effectivement la créative du couple. Et puis, lui, il a une notion sur la partie logistique et financière du projet. donc du coup effectivement c'était naturel qu'on puisse s'associer. Il est passionné de déco aussi, donc forcément c'était aussi simple. Je ne l'ai pas poussé à me rejoindre, c'est plutôt lui qui avait très envie de poursuivre sa carrière dans ce projet-là. C'est un vrai entrepreneur aussi né, donc du coup il avait envie de poursuivre cette aventure avec moi. Et puis on a déjà travaillé ensemble avant. avant de se lancer tous les deux, comme ça c'est un peu risqué.
- Mathilde
C'était pas la grande inconnue alors.
- Anne Crozet
Non c'est ça, on savait qu'on était aussi compatibles d'un point de vue pro, donc c'était rassurant de se dire qu'on n'allait pas s'arracher les cheveux dès la moindre difficulté.
- Mathilde
Avec du recul aujourd'hui, vous venez de terminer la clôture du deuxième exercice. Est-ce que vous êtes fière de là où vous en êtes aujourd'hui ?
- Anne Crozet
Oui, je suis fière d'avoir réussi à, en tout cas, de m'épanouir dans ce nouveau challenge, de n'avoir aucun regret. de ce changement de vie. Au contraire, c'est vraiment un vrai épanouissement personnel et intellectuel aussi parce que, effectivement, c'est le fait de rencontrer des gens, des artisans, des fournisseurs, des clients, de partager plein de choses avec ces gens-là. C'est un vrai enrichissement aussi personnel. Je suis totalement comblée par ce que je fais aujourd'hui.
- Mathilde
Votre entourage le voit ?
- Anne Crozet
Je pense que mes enfants particulièrement. Je crois qu'effectivement, à la fin de mes nombreuses années dans cette grosse multinationale, je commençais un peu à saturer. Et je pense que ça se sentait aussi par le fait de prendre la voiture tous les matins, tous les soirs, d'être dans les bouchons de la région parisienne, qui sont juste l'enfer, d'arriver à la maison stressée, etc. Ils ont vraiment vu un gros changement. gros changements et je pense qu'ils sont assez... Assez fière. C'est plus palpable pour eux de ce que leur maman fait finalement. C'est vrai qu'ils viennent à la boutique régulièrement, ils jouent aux petits marchands. C'est chouette ça.
- Mathilde
Vous allez avoir une famille d'entrepreneurs. Le père, la mère, les enfants, tout le monde va monter sa boutique.
- Anne Crozet
Oui, peut-être. En tout cas, l'idée, ce n'est pas forcément de les pousser dans une voie ou dans une autre. Ce que je veux, c'est qu'ils vivent leur passion. En tout cas, c'est ce que je leur transmets. C'est qu'ils le fassent avec passion.
- Mathilde
Est-ce que vous pensez que c'était le bon moment pour vous d'entreprendre à cet âge-là, à ce moment-là de votre vie, à ce moment-là de votre carrière ?
- Anne Crozet
Oui, sûrement. C'est-à-dire que j'avais ça qui me trottait dans la tête depuis un certain nombre d'années. Mais effectivement, je n'avais pas le sentiment jusque-là d'avoir les armes pour le faire.
- Mathilde
C'est quoi ? C'est une question de maturité ? Une question de sensation de légitimité ?
- Anne Crozet
C'est la légitimité, oui. Sûrement, c'est aussi l'entourage. Beaucoup. c'est-à-dire que... Je me sentais assez entourée pour pouvoir le faire. C'est aussi l'expérience, c'est-à-dire que, effectivement, quand on a 20 ans, 25 ans, on n'a pas toutes les clés. Je ne dis pas que j'ai toutes les clés aujourd'hui, mais en tout cas, j'ai davantage de compétences et d'aptitudes pour... Dans la gestion, la gestion au-delà de la partie créative, c'est-à-dire que pour être chef d'entreprise, il y a toute cette partie-là, gestion, management, d'équipe, de fournisseurs, qu'il faut appréhender. Moi, en tout cas, il y a certainement des jeunes de 20 ou 25 ans qui sont en mesure de le faire et qui ont les aptitudes pour le faire. Moi, à l'époque, ce n'était pas mon cas. Donc, effectivement, à 40 ans, je me suis sentie plus prête.
- Mathilde
Est-ce que vous avez fait des formations, ou est-ce que vous avez bénéficié d'accompagnement de certains réseaux qui vous ont aidé, que vous aimeriez conseiller à d'autres entrepreneurs ?
- Anne Crozet
Effectivement, oui, j'ai bénéficié de plusieurs options, particulièrement des formations avec la Chambre de commerce et de l'industrie de Paris, qui ont été bénéfiques sur certains aspects très précis de mon développement. Lesquels ? C'est plutôt sur la partie marketing, sur la partie réseau, sur la partie visibilité de la marque. Donc ça, ça a été plutôt positif. C'est ce qui aujourd'hui, c'est le gros levier en fait pour Pigments, c'est de se faire connaître. C'est vrai que j'ai ouvert au moment de la crise des Gilets jaunes, de la crise des retraites, de la réforme des retraites. Et puis on a enchaîné avec le Covid, donc du coup c'est vrai que c'est pas une période qui était simple en ouverture d'une boutique. Et j'ai la nécessité effectivement de développer la marque par le biais du marketing et par le biais des réseaux, au-delà des gens du quartier. Donc ça c'est quelque chose qui est encore... Un gros challenge pour l'avenir.
- Mathilde
On est justement en train, plus ou moins, d'en sortir de cette période de Covid. Qu'est-ce que vous en retiendrez et comment est-ce que vous l'avez traversé ?
- Anne Crozet
Étonnamment, plutôt bien, parce que je me suis dit que, de toute façon, tout le monde était dans le même bateau et que, effectivement, les problématiques... Des commerçants qui ont dû fermer, mettre la clé sous l'eau, fermer en tout cas pendant des périodes assez longues pour certains. Nous, on a fermé la première année, on a dû fermer 3 mois, 3 ou 4 mois, et l'année dernière, on a fermé un mois et demi. Donc c'est vrai que c'est assez particulier en termes de gestion du prévisionnel et comment on fait un forecast alors qu'on a des années qui ne sont pas du tout comparables. C'est assez compliqué, mais je l'ai plutôt bien vécu parce que, du coup, la première fois qu'on a été confinés, donc on a été confinés deux mois. Mais je me suis questionnée, je me suis dit, bon, qu'est-ce que je fais ? Comment je mets à profit ces deux mois ? Et donc, j'ai créé le site Internet avec la possibilité de le e-shop. Et je me suis dit, on met à profit ces deux mois un peu off pour créer ça. Je n'avais pas prévu de le créer tout de suite, tout de suite, parce qu'effectivement, j'avais plutôt... de le créer la seconde année parce qu'à la base, c'était quand même une boutique de quartier, une boutique physique. Mais l'idée était quand même de créer à terme un e-shop. Donc voilà, ça s'est fait plus vite que prévu finalement. J'ai pu mettre ce temps-là à profit. Après, je me suis dit, si j'arrive à me sortir de ça et à rester la tête hors de l'eau et développer la marque et développer la boutique avec ce contexte si particulier et si exceptionnel, après, je peux tout faire.
- Mathilde
C'était le baptême du feu.
- Anne Crozet
C'est ça, exactement. Ça ne pouvait pas être un moment pire. Donc, je me suis dit, on est sorti la tête de l'eau de toute cette période. Donc, maintenant, il n'y a pas de raison que ça ne fonctionne pas.
- Mathilde
Vos projets pour les trois prochaines années pour Pigmont ?
- Anne Crozet
Très certainement ouvrir une seconde boutique. Oui, très certainement ouvrir une seconde boutique. Développer la partie architecture d'intérieur et projet. Du coup, nécessairement embaucher. effectivement et ça c'est quelque chose qui est qui est comment dire, embaucher à la fois c'est c'est un peu stressant parce que c'est des charges supplémentaires et quand on est à son compte et quand on est tout seul ou quand on est à deux c'est prendre le risque aussi mais de la même manière qu'ouvrir une seconde boutique c'est prendre un risque mais à la fois ça va me permettre une chose que je Ce qui me manque depuis que je suis partie de cette grosse multinationale, c'est le management. Et effectivement, aujourd'hui, j'ai des alternants, mais c'est vrai que c'est une toute petite équipe. Et embaucher un peu plus de personnes, et embaucher, pour le coup, pas que des contrats d'alternance, mais vraiment des vraies embauches en CDI, c'est... C'est recréer une équipe que j'ai un peu perdue en quittant mon statut de manager. Et ça, ça me manque beaucoup.
- Mathilde
Deux questions pour terminer, qui appellent les réponses assez brèves, peut-être en une phrase. La première, c'est pour vous, ça veut dire quoi réussir ?
- Anne Crozet
Être heureux.
- Mathilde
Et pour vous, toujours, ça voudrait dire quoi ne pas réussir ?
- Anne Crozet
Trouver une autre idée.
- Mathilde
Vous repartiriez sur un autre projet que celui de Pigment si ça ne marchait pas ?
- Anne Crozet
Oui.
- Mathilde
C'est une bonne conclusion. Vous avez la femme. C'est bon, vous êtes parti dans plusieurs années d'entrepreneuriat. Vous avez fait ce test. Merci beaucoup Anne de nous avoir reçu.
- Anne Crozet
Merci. C'était chouette.
- Mathilde
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