- Mathilde
être tout seul quand on est entrepreneur est ce que c'est un frein une liberté ou une angoisse voire un challenge Vous vous écoutez tout seul, un podcast d'Orange pour les pros.
- Speaker
Tout seul. Tout seul. Tout seul, oui. Tout seul. Tout seul.
- Mathilde
Tout seul. Tout seul. Je suis Mathilde Billot et je rencontre pour vous, partout en France, des entrepreneurs qui ont accepté de partager leur expérience, leur histoire. Cet après-midi, j'enregistre un nouvel épisode de Toute Seule. Je vais rencontrer Gaëlle Frison de Lamotte dans le 12e arrondissement de Paris. C'est la CEO et la fondatrice d'Olibi. Après 10 ans d'entreprise et d'entreprenariat, elle a commencé son propre projet en 2015, Olibi, et elle va vous raconter son parcours, ses aventures. A tout de suite.
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Salut ! Bonjour !
- Mathilde
Ça va ? Oui, ça va et vous ? Oui, ça va. Allez-y.
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Toi ?
- Mathilde
Alors, à quoi vous allez me dire où vous voulez qu'on te mette, il y a plusieurs possibilités. Ben là, on est pas mal. Est-ce que vous voulez dire quelque chose ? Qu'est-ce que c'est ? Euh... Moi, je veux bien un café, bonne nuit. Très bien. C'est parfait. Il n'y a plus qu'à. Bonjour Gaëlle Frison de la Motte. Merci de nous recevoir chez vous aujourd'hui. Bonjour, avec plaisir. De nous rencontrer. Est-ce que pour commencer, je peux vous laisser le soin de vous présenter brièvement à nos auditeurs ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Bien sûr. Je m'appelle Gaëlle, je suis la fondatrice d'Olibi. Et avant Olibi, j'ai travaillé plusieurs années chez Philips. J'ai démarré chez Philips, j'avais 25 ans. C'était ma première vraie expérience professionnelle et j'ai démarré aux Pays-Bas. Sans ces dix années chez Philips, je ne sais pas si j'aurais été capable de monter ma boîte. Donc déjà, ça m'a donné les bases et surtout la confiance suffisante pour me dire que je pouvais me lancer dans un projet entrepreneurial. À la fin de ces dix années, grosso modo, on m'a proposé des projets aussi d'intrapreneuriat. m Donc l'intrapreneuriat, c'est l'entrepreneuriat, mais au sein de l'entreprise. Et c'est là où la bascule avec Philips, avec Olybi, qu'elle s'est amorcée.
- Mathilde
Alors racontez-nous ce petit moment charnière. Qu'est-ce qui a changé dans votre façon de voir les choses et qui vous a poussé aussi à partir de quelque chose qui ressemble à un job de rêve ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Oui, effectivement, j'avais un super job parce qu'à l'époque, j'étais responsable du digital pour la France, pour la partie produits grand public. Et un jour, le DG France m'appelle. Il y avait une boutique d'entreprise, donc une boutique destinée aux employés. Et comme ils voulaient digitaliser l'espace et que j'étais responsable du digital, je me suis retrouvée à une réunion sur ce projet-là. Où comme ça, de buton blanc, mon boss a dit « Mais oui, pas de problème, c'est Gaëlle qui va s'en occuper » . En fait, ça a été une des plus belles opportunités de ma vie au final, parce que ça m'a montré que je pouvais... Parce qu'en fait, cet espace, il a fallu faire des appels d'offres avec des agences d'archi d'intérieur, parce qu'il fallait complètement le repenser, des agences de digitalisation de l'espace. Bref, j'ai touché à des sujets auxquels je n'avais absolument jamais touché de ma vie. Et je me suis rendu compte qu'en fait, j'adorais ça, j'adorais avoir un scope beaucoup plus large que mon périmètre. de poste quotidien. C'était un projet purement local, sans aucun antécédent dans un autre pays. Donc, en fait, j'avais toute l'attitude pour prendre mes propres décisions et avec des circuits de décisions beaucoup plus courts. Et en fait, j'ai découvert ça parce que moi qui fais toute ma carrière chez Viz, je ne connaissais rien d'autre que la grosse boîte et la façon de fonctionner de la grosse boîte. Et j'ai découvert qu'en fait, on pouvait prendre des décisions plus rapides, que ça pouvait être beaucoup plus souple, agile, etc. Et j'ai adoré. Et c'est là où j'ai commencé à me poser des questions en me disant est-ce que vraiment j'ai envie de bosser dans une grosse boîte toute ma vie ou est-ce que j'ai envie d'avoir mon propre projet ?
- Mathilde
Comment est-ce que ce projet est né ? Comment est-ce que l'idée est née ? Et comment est-ce que la transition entre cette aventure chez Philips et le début d'Olibi s'est faite ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Alors, j'ai vraiment, moi, eu envie de monter un projet avant d'avoir une idée de projet. Donc ça, je pense que c'est important de le dire. J'avais pris la décision assez vite dans ma tête de me dire ok je vais lancer mon projet mais bon je quitterai Philips quand j'aurai un vrai projet etc. Sauf qu'en fait les choses se sont un peu accélérées parce que mon DG m'appelle parce qu'en fait des entités allaient fusionner et il me dit... Je veux que tu réfléchisses à structurer une équipe digitale pour ces deux entités, machin, comment tu verrais les choses. Et hyper vite, je me suis dit, mais en fait, je ne vais pas leur prendre une organisation dont je ferais partie. Alors que je sais pertinemment, et ça j'en étais sûre, je veux quitter l'entreprise à plus ou moins brève échéance. Donc en fait, j'ai été obligée de me dévoiler beaucoup plus tôt que prévu. Et rapidement, je lui ai dit, mais en fait, pour être honnête, je veux monter mon propre projet. Donc, je ne vais pas pouvoir vous accompagner là-dedans. Et ils ont été top parce qu'ils m'ont dit, c'est génial, on va nous t'accompagner dans ton projet entrepreneurial. Et j'ai eu une rupture conventionnelle. Ce qui est évidemment aussi un point important, parce que c'est le point important de l'argent et d'avoir le chômage, etc. Il ne faut pas se le cacher.
- Mathilde
La naissance de l'idée, vous vous en souvenez ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
La naissance de l'idée, c'était début 2015. À l'époque, moi, je faisais du yoga chez quelqu'un dans mon quartier. Donc, on était en petit groupe et on se retrouvait tous les samedis chez une dame qui s'appelle Rita. On était 4-5 élèves avec une prof pour faire du yoga. Et un jour, je me suis dit, mais en fait, c'est génial parce que c'est juste à côté de chez moi. Donc, c'est pratique d'y aller. C'est le côté petit groupe. Ça reste accessible. Pourquoi ne pas creuser cette idée et voir comment est-ce qu'on pourrait développer ça, ce côté du yoga accessible dans son quartier, pour plus de monde. Et donc voilà, j'ai commencé à creuser l'idée, j'ai commencé à creuser le marché surtout, parce que le yoga, je ne savais pas si c'était un gros marché ou pas. Et puis j'avais peut-être aussi ces a priori qu'ont encore énormément de gens aujourd'hui. Le yoga est un marché de niche qui concerne grosso modo les bobos du 11e. Mais c'est vraiment l'image qu'on me renvoie. C'est genre, je fais du yoga, donc je mange du quinoa et je bois des jus. C'est vrai. Ça fait très cliché, mais c'est vraiment l'image qu'on me renvoie habituellement. Et puis je ne compte plus le nombre de personnes et d'hommes, notamment, qui, quand je les rencontre, me disent « Ah oui, oui, ma femme fait du yoga ou du pilates. » En général, c'est le premier truc qu'ils me disent. Ce qui est encore une fois très cliché. Mais bref, tout ça pour dire que ça m'est venu comme ça. Je commence à creuser le marché et je me rends compte qu'en fait, c'est un marché qui est gigantesque, qui faisait déjà à l'époque plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le monde. Énorme évidemment, marché aux US, un peu plus petit en France. Mais bon, comme on sait que les tendances démarrent là-bas et viennent ensuite en Europe, c'était assez prometteur. Donc je me dis, on va tester cette idée-là, on va voir comment est-ce qu'on arrive à développer à l'époque ce que j'ai appelé le yoga entre voisins. L'idée c'est de mettre en relation des élèves qui veulent pratiquer le yoga, des profs et des élèves hôtes qui veulent accueillir le cours chez eux. Donc par exemple, vous avez un appartement, vous avez envie de faire du yoga, vous n'avez pas envie de bouger de chez vous, vous bougez un peu les meubles dans le salon, vous accueillez 3, 4, 5 élèves et vous avez un prof qui vient à domicile et vous partagez les coups. Et comme ça, tout le monde peut faire du yoga vraiment dans son quartier à deux pas. C'est hyper simple parce que l'un des freins principaux à une pratique sportive, pas que le yoga, d'ailleurs, une pratique sportive en général, c'est l'absence de proximité géographique. C'est quand il faut faire une demi-heure de métro ou de voiture, etc. On se démotive assez vite alors qu'on s'est à côté de chez soi. C'est plus simple.
- Mathilde
Vous vous lancez toute seule. Vous avez... Un petit frein où en fait dès le départ l'entrepreneuriat c'était la suite logique de l'entrepreneuriat que vous aviez déjà commencé à explorer chez Philips.
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Alors effectivement, je me lance seule, consciente du fait que c'est sans doute pas idéal parce qu'entre le moment où j'ai décidé de me lancer dans mon projet, j'ai quitté Philips, j'ai évidemment commencé à travailler sur mon projet et je me suis beaucoup intéressée à l'écosystème entrepreneurial qui était un écosystème que je ne connaissais pas du tout parce qu'en fait, dans ma famille, je dis ça et en y réfléchissant, après, je retrouve plein de similitudes. Mais pardon, je vais finir ma phrase. Personne n'est entrepreneur, sauf mon beau-frère qui avait sa boîte à l'époque. Je voyais bosser quasiment nuit et jour, donc ça ne m'a jamais donné très envie. Je m'intéresse à cet écosystème. Je fais pas mal de conférences, je commence à rencontrer du monde aussi qui évolue dans cet écosystème. Tout ce que j'entends, c'est qu'il vaut mieux ne pas se lancer seul. Ce n'est pas idéal, il vaut mieux avoir un ou deux associés, c'est plus complémentaire. C'est plus vendeur aussi pour des investisseurs, etc. Sauf que moi, je suis toute seule. Donc, en fait, j'ai le choix. C'est soit j'abandonne, soit je me dis j'essaye. Et franchement, je me dis, j'ai rien à perdre. Je vais essayer.
- Mathilde
Est-ce que vous avez le souvenir de ces premiers mois ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Je bosse de la maison. Le nom, c'est assez un brainstorm familial. Et c'est mon père qui trouve le Oli. Et c'est le Bi. Donc j'avais le Oli, je trouvais ça court. Et c'est en marchant avec des copines le long de la mer à la boule, je me souviens très bien. On brainstorm et on atterrit sur Oli Bi. Mais franchement, c'est comme le nom. On se dit toujours qu'un nom, c'est hyper important, qu'il faut y passer vachement de temps. C'est pareil, c'était assez évident. Bon, ben, au Libye, ok, ce sera au Libye. Je ne me suis pas posé mille questions sur le truc. Je bosse de la maison, je rencontre des gens. Et assez vite, même avant de quitter Philips, parce que tout ça, c'était avant de quitter Philips, je n'avais pas de site, je n'avais rien. Je commence à tester l'idée, en fait. Je commence à lancer avec mes copines et les copines de mes copines des cours chez celles qui avaient des grands apparts. pour voir quels étaient les freins, qu'est-ce qui était facile, qu'est-ce qui était difficile pour essayer aussi moi de déconstruire certaines idées préconçues que je pouvais avoir sur des trucs. Et donc voilà, et je fais payer les cours tout de suite, parce que des cours gratuits, tout le monde est content de faire un truc gratuit, donc je veux faire payer tout de suite pour voir si les gens sont prêts à payer. Et donc on fait les cours et puis après j'offre l'apéro et on fait des apéros, des briefs et j'ai du feedback client de première main. Je pense que ça, c'est un truc qui m'a toujours assez driveé dans ce que j'ai fait avec Olybi. Je dirais que c'est vraiment quelque chose qui est très important dans l'entrepreneuriat, c'est de tester vite ses idées, même si c'est à la main, même si ce n'est pas beau. C'est d'ailleurs le fondateur de LinkedIn qui le dit. C'est que quand on lance son produit, qui peut être son site ou autre chose, que on le trouve bien, c'est qu'on l'a lancé trop tard. Il faut avoir un peu honte de ce qu'on fait au début parce que sinon, c'est trop tard et on peut bosser des mois sur quelque chose en se disant que c'est ce que les utilisateurs veulent et en fait, si on ne l'a pas testé, on n'en a aucune idée. Donc moi, je me lance juste avec une page Facebook. Je récupère l'argent à la main. Ça me sert à payer l'apéro, les profs. Et comme ça, j'ai du feedback. Et c'est comme ça que je me lance. Et je vais créer ensuite... Un site, une app, mais pareil que je vais faire toute seule parce qu'en fait, je ne suis pas du tout dev, mais il y a plein de solutions aujourd'hui pour créer des outils et des plateformes assez simples. Après, je ne faisais pas de la deep tech, donc j'avais aussi la possibilité de le faire, mais de le faire seul sans investir trop pour commencer à tester et développer l'idée.
- Mathilde
À quoi ressemblent les... À les trois premières années de Libye, est-ce que vous continuez à travailler toute seule ? Est-ce qu'il y a beaucoup de choses qui changent ? Vous développez un petit peu le réseau ? Vous commencez à Paris, est-ce que vous avez déjà une idée de le développer ailleurs ? Racontez-nous.
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Les trois premières années sont hyper différentes. La première année, ça se développe doucement. Il y a un premier moment qui va changer pas mal, c'est quand je suis acceptée dans un programme d'incubation qui s'appelle les Sprinteuses, qui est un programme co-développé par un incubateur qui s'appelait Paris Pionnières à l'époque, qui s'appelle Willa aujourd'hui, et le Tremplin, qui est l'incubateur sport de la ville de Paris. Je fais partie de la première promo. La boîte est fondée fin 2015. Et ça, ça arrive, je suis acceptée là-dedans à l'été 2016. Et là, je me dis, ah ouais, ça y est, c'est chouette, il y a des gens qui commencent à croire à mon projet, qui ne sont pas ma famille et mes amis. En fait, ça me donne vachement confiance en moi. Puis à cette époque, je commence déjà à faire un tout petit peu de chiffre d'affaires. Enfin, moi, le truc est un peu lancé quand même. Je n'en suis pas à l'état complètement embryonnaire du projet. Et ça, ça va pas mal m'aider. Et je développe. Et il y a un autre moment assez important en 2016, donc en année... Finalement, c'est l'année 1 comme j'ai commencé, enfin en 2015. C'est qu'en septembre 2016, je vais aussi rencontrer une fille à un salon qui me dit « Ah, mais moi, j'adore le yoga et j'ai un super grand lieu. Tu veux pas venir faire des cours dans mon lieu ? » Et là, le modèle est différent parce qu'on n'est plus sur un modèle de yoga entre voisins, de mise en relation. On est sur un modèle de « Bon, ben, on fait des cours avec... » plus de monde et dans des lieux publics. Et ce qui est coincidé assez avec le moment où je commençais à me dire « Ouais, c'est vrai, on commence à avoir un peu plus de communautés, ce serait chouette de pouvoir les réunir à plus, etc. pour faire des cours à plus grande échelle. » Et on se dit « Comme on a ce modèle-là, on va vraiment... » J'avais vraiment cette envie depuis le départ, moi, de Libye, de cette idée d'accessibilité à la fois géographique mais aussi financière. Et on se dit « Super ! » On a une structure de coût qui nous le permet, on va proposer des cours à 8 euros. Donc des cours vraiment, vraiment accessibles. Parce qu'il faut savoir qu'un cours de yoga à Paris, déjà à l'époque, c'était plutôt 20 euros et maintenant c'est même plus. Donc à 8 euros, on était vraiment très accessible pour plein de gens. Et ça, ça cartonne tout de suite. Donc comme, ça c'est un très bon conseil qu'on m'a donné, l'un des secrets de l'entrepreneuriat c'est le focus. On se dit ok, on va se focaliser. Maintenant, sur le développement de ce qu'on appelait des community classes, donc de ces cours collectifs à 8 euros. Donc, on va essayer de trouver de plus en plus de lieux et développer de plus en plus de cours. Donc ça, c'est fin 2016. Et là, je ne suis plus toute seule. Je dois avoir une stagiaire. Donc, ce qui est chouette depuis être sous selle. Et voilà. Et la boîte se développe comme ça. Et puis, je commence à avoir mes premiers employés. Je fais une toute petite levée de fonds fin 2017. J'ai mes premiers employés, du coup, fin 2017, début 2018. Je pense que le troisième moment le plus fondateur d'Olibi, ça a été la crise sanitaire et la Covid. Parce qu'à l'époque, on était six. Franchement... On faisait des chiffres incroyables tous les mois, ça augmentait de façon exponentielle. J'étais sur le point de closer une levée de fonds, c'était vraiment une super période. Et puis, on commençait à sentir les choses le 12 ou le 13 mars. Le 14 mars, Edouard Philippe annonce la fermeture des lieux publics non essentiels. Et pour nous, ça signifie littéralement plus de business, mais plus du tout. Alors qu'il y a quand même des profs à payer. Et puis, on évolue aussi au sein d'un écosystème où on contribue à faire vivre un certain nombre de professeurs aussi qui enseignent. Parce que c'est à eux qu'on fait appel pour animer les cours. Et je me souviens très bien, c'était un samedi soir, on se fait une réunion, une call vraiment un peu de crise avec l'équipe. On se dit, qu'est-ce qu'on fait ? Et là, en fait, on avait quand même commencé à sentir le vent tourner. Donc, on avait commencé à faire des tests pour faire des choses en ligne le vendredi d'avant. Mais on se dit, c'est marrant parce que j'ai aucun souvenir de... On est abattu, en fait. J'ai juste le souvenir de... OK, on était hyper dans l'action, on se retrousse les manches et on se dit, OK, lundi, on lance des cours en ligne. En fait, on transforme notre planning offline. en présentiel, en planning, en live, on va faire un cours ou trois cours test lundi et mardi, on lance l'offre. Et c'est littéralement ce qu'on a fait. Et là, en vous en parlant, et à chaque fois que j'en parle, j'ai des frissons parce que c'est un moment dingue, en fait, dans l'histoire de la boîte où on se retrouve sans boîte et en 48 heures, on transforme notre modèle, on s'adapte, on lance nos cours en ligne. Le truc, c'est ce que je vous disais tout à l'heure, c'est qu'en fait, le truc est moche. Rien n'est automatisé. Parce qu'on utilise Zoom. Pour envoyer les liens Zoom, on se relaie de 7h30 du matin à 19h30 pour les envoyer manuellement aux élèves inscrits au cours. Évidemment qu'au bout d'une semaine, c'était automatisé. Mais on n'a pas voulu attendre une semaine pour se faire automatiser. Donc, on fait tout manuellement. Mais c'est un moment génial parce qu'en plus, notre communauté nous suit. Notre communauté paye pour faire des cours online alors que commencent à fleurir pléthores d'offres gratuites sur Insta et autres. Mais non, non, les élèves au Libye, ils nous soutiennent, ils nous suivent, ils payent nos cours. Et c'est génial. Et la levée qui avait été mise en pause au début de la crise sanitaire reprend, on signe à la fin du premier confinement. Enfin, période assez dingue où l'équipe et la cohésion qu'on avait a évidemment beaucoup joué parce que ça nous a permis de rebondir franchement ultra vite. Et en plus... Moi, je suis sortie de cette période en me disant, mais en fait, rien ne peut nous arrêter. Si on a survécu à ça, on survivra à tout. Bon, cela dit, aujourd'hui, ça ne m'empêche pas de me faire pas mal d'insomnie et de m'inquiéter pour mille sujets. Donc, je veux dire, je n'ai pas trouvé là une sérénité à toute épreuve, évidemment. Mais ça a été quand même un moment très, très fort de l'entreprise.
- Mathilde
C'était votre deuxième levée de fonds que vous aviez signé pendant le confinement, une belle levée de fonds d'un million cinq je crois. La première a été plus dans les années 2016-2017. À quoi est-ce qu'il faut être préparé et qu'est-ce que concrètement ça veut dire ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Alors déjà il faut être préparé psychologiquement au fait qu'on ne sera plus tout seul dans sa boîte. Il va falloir rendre des comptes déjà, ce qui est très différent. Donc il faut être préparé à ça, il faut être préparé au fait qu'a priori quand on se lance dans une première levée, on va se lancer dans une deuxième. C'est qu'on met aussi le doigt dans un engrenage qui fait qu'on sera a priori, en tout cas il y a de grandes choses plus jamais indépendantes dans cette boîte-ci. Il faut se préparer au fait qu'il va y avoir aussi potentiellement plus de pression. Il faut se préparer à ça. Et aux avantages aussi d'avoir un fonds, c'est-à-dire de l'accompagnement, un réseau et d'autres choses. Et concrètement, qu'est-ce qu'on fait ? Déjà, moi, j'avais repéré les fonds qui m'intéressaient, puisque les fonds ont aussi des tests d'investissement, ce qu'on appelle des tests d'investissement et des profils qui peuvent être assez différents. Et moi, je voulais absolument un fonds qui soit soit un fonds à impact, soit en tout cas qui... pour lequel cette dimension d'impact n'est pas qu'un regard financier, en tout cas sur leurs investissements. Donc j'avais sélectionné quelques fonds qui m'intéressaient. Je me suis dit, ok, je ne vais pas aller en voir 50, je vais aller en voir 10, 15. Et j'aurai forcément un de ceux-là. Je m'étais conditionnée pour ça. Et on prépare ce qu'on appelle un deck, une présentation des slides. avec des éléments sur la boîte, des éléments sur l'équipe, des éléments financiers, beaucoup d'éléments sur la vision, là où on veut aller et comment on va le faire, et pour qu'on a besoin des fonds, de combien on a besoin et comment on va les utiliser. Et on va prendre son bâton de pèlerin et on va ce qu'on appelle pitcher auprès des fonds.
- Mathilde
Entre OliBi version 2015 et OliBi aujourd'hui, qu'est-ce qui a changé ? dans le modèle, dans la façon dont vous travaillez, dans... Qu'est-ce qui a pivoté ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Ce qui a changé, c'est déjà qu'on est passé de cours 100% en présentiel et entre voisins à des cours plutôt dans un réseau de lieux partenaires, donc des cours collectifs, qu'on a ajouté cette brique online depuis deux ans. Donc on a aujourd'hui l'offre la plus large du marché avec... Des milliers de cours à la fois en présentiel dans tout un réseau de lieux partenaires qui peuvent être des hôtels, des galeries d'art, des écoles, des studences, etc. Donc à la fois en présentiel et en online parce qu'on a racheté une boîte l'année dernière qui s'appelait Yoga Connect et qui était le leader français des cours de yoga en VOD. Le rachat, c'est plein de stress, mais c'était aussi un autre projet et occasion d'apprendre pour moi, un peu comme une levée. Donc on a ces deux piliers-là, qui n'étaient pas du tout les deux piliers de départ, et on a aussi une offre B2B. Donc on accompagne aussi aujourd'hui une quarantaine d'entreprises dans leur politique de qualité de vie au travail.
- Mathilde
Est-ce que vous pouvez nous parler justement de ce projet de rachat ? Je pense que ça peut être intéressant de le partager. Comment est-ce que ce projet est arrivé ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Je connaissais la fondatrice de Yoga Connect, qui s'appelle Laure. Et puis un jour, on prend un café, puis elle me raconte un truc. Et puis je me dis, pourquoi pas se rapprocher ? Ça pourrait être intéressant. Donc en fait, j'y réfléchis, j'en parle à un de mes investisseurs qui me dit pourquoi pas. Et en fait, je décroche mon téléphone et je lui dis assez simplement, j'ai pensé à ça, est-ce que tu serais ouverte à l'idée et à ce qu'on en discute davantage ? Et voilà, et ça s'est fait comme ça.
- Mathilde
Est-ce que ces moments, justement, de pure adrénaline, ça fait partie de ce que vous aimez dans l'entrepreneuriat ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Ouais, carrément. Et encore une fois, là, j'en ai des frissons, mais oui, c'est négo avec... avec pour le rachat du Gaia Connect avec l'or les avocats et tout mais je me revois encore le matin de la signature du deal enfin je sais pas parce que pour un rachat en plus c'est assez précis il faut signer à une heure précise faire transférer les fonds à une autre c'est très encadré en fait ce à quoi je m'attendais pas mais c'est très encadré et je sais plus on devait signer à 10h et à 8h on était encore au téléphone avec l'or les avocats et tout pour... pour modifier une virgule ou un mot dans le contrat. Et ça, c'est des moments ultra stressants. Mais oui, ces moments d'adrénaline, clairement, ça fait partie du deal et ça fait partie du kiff entrepreneurial. Je pense que c'est assez addictif d'avoir ces... C'est ces moments de boost qui sont très forts, qui peuvent aussi s'accompagner de moments de down assez bas. Mais c'est vrai qu'il y a des hauts assez hauts et des bas assez bas. Et que moi, mon objectif est quand même d'arriver, parce que ça demande beaucoup d'énergie dans les deux sens, c'est d'arriver quand même à réguler un peu le truc.
- Mathilde
Les moments assez bas, comment est-ce qu'on les gère au mieux ? Est-ce que c'est une question d'état d'esprit, d'entourage, d'optimisme ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
C'est un peu tout ça. mais moi j'ai... Je pense qu'en tout cas moi, je vais parler pour moi, mais j'essaye de les gérer en me disant c'est normal et ça va passer. Et surtout, je pense que ce qui m'aide beaucoup au quotidien, moi, c'est de prendre du recul sur ce que je fais. Ça, c'est un truc que j'avais lu dans un bouquin au début de Libye. C'est qu'on a très tendance à dire qu'un entrepreneur, sa boîte, c'est son bébé. Et même avant, je dis ça parce que c'est vrai qu'on ne me voit pas, mais en fait, je suis en santé, j'attends un bébé. Mais depuis le début, j'ai toujours dit qu'Olivier n'était pas mon bébé. Parce qu'un bébé, si ça meurt, c'est dramatique. Alors qu'une boîte, si ça meurt, c'est un peu chiant. Mais ce n'est quand même pas dramatique, ça reste juste une boîte. Il faut aussi relativiser le truc. Et je pense que j'ai cette capacité quand même à relativiser, à prendre du recul qui m'aide. énormément au quotidien.
- Mathilde
Il y a un moment, vous êtes passée de 5 employés à plus d'une vingtaine. C'est flippant. Il faut le gérer. Il y a peut-être une question de culture d'entreprise aussi qu'on a envie de transmettre au reste de l'équipe. On quitte certaines de ses fonctions parce qu'on n'a plus le temps.
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Alors moi, ma plus grande inquiétude en grossissant, c'était de perdre la culture qu'on avait réussi à développer à 5 ou 6. et la proximité qu'on avait avec cette équipe de départ. J'étais très inquiète sur cette partie valeurs, culture, etc. Donc c'est quelque chose que j'ai vachement bossé avec l'équipe avant de commencer à recruter, sur quelles sont nos valeurs, et qui nous permet aussi, par conséquent, quand on a fait des recrutements ensuite, de faire ces recrutements. en les mettant en regard de ces valeurs et d'être sûre que les gens qu'on allait recruter étaient dans le même état d'esprit que nous. Après, sur le reste, sur le fait de recruter, moi, c'était tellement d'inquiétude. Sur le fait de recruter et de grossir, je n'étais pas inquiète.
- Mathilde
Vous aviez peur de perdre de l'agilité, par exemple ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Alors, en l'occurrence, non, je n'avais pas peur. Mais oui, on en a perdu. Mais c'est amarrant parce que ce n'est pas un truc qui me faisait peur. Mais oui, on en a perdu. et... Et du coup, pour l'instant, je suis dans la phase de... On regagne cette agilité. Et parce qu'en grossissant, j'ai commencé à me dire... Enfin, quand même, formater Philips, il va falloir mettre en place certains process, etc.
- Mathilde
De temps en temps, c'est important d'avoir des process, mais de temps en temps, en fait, on s'en fiche. Et aussi, en grossissant, en ayant des équipes dédiées, alors qu'avant, tout le monde est un peu couteau suisse, on se retrouve à devoir s'aligner beaucoup plus, à devoir mille fois plus communiquer. Il y a aussi le coût du télétravail, parce qu'avant, on était tous dans le même bureau, cinq jours sur cinq. Donc, en fait, dès qu'il fallait s'aligner, on se disait un truc, on va faire ça, OK, allez. Bon bah maintenant, il faut soit s'envoyer un mail, soit un slack, soit se faire une réunion. Ce qui fait que oui, on a perdu en agilité. Mon grand dada en ce moment, c'est de retrouver cette agilité, que chacun décide beaucoup plus et beaucoup plus vite à son niveau. Et fasse les choses, même si ce n'est pas directement dans son périmètre. En fait, on s'en fiche. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. Si c'est une bonne idée, il faut y aller. Il ne faut pas attendre d'en discuter avec 15 membres de l'équipe. Il faut avancer. Est-ce que votre place a été reconfigurée dans cette équipe un peu agrandie maintenant ? Est-ce que vous avez eu à vous ajouter à nouveau ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Je n'ai jamais eu de mal à déléguer. Je me suis toujours dit qu'il fallait que la boîte tourne aussi, dans une certaine mesure, sans moi. Sur plein de sujets, on fait un shooting photo. Je vais à peine intervenir, parce que je sais que j'ai les bonnes personnes au bon endroit. pour le gérer sans moi.
- Mathilde
On dit souvent, ou en tout cas, on entend beaucoup dire qu'un bon entrepreneur ou un entrepreneur qui a du succès, c'est celui qui sait bien s'entourer et qui sait aussi trouver les bonnes personnes pour faire les choses qu'il ne sait pas faire lui. Vous pensez que c'est vrai ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Je pense que c'est ultra vrai. Mon ambition, c'est de trouver que des gens meilleurs que moi pour m'entourer. Déjà, je trouve ça plus intéressant et plus stimulant intellectuellement. Et qu'en plus, s'ils sont meilleurs que moi, ils feront une super boîte avec moi. Donc, ouais, c'est hyper vrai. Et c'est hyper vrai à la fois dans son équipe et aussi, on peut s'entourer de gens, de mentors, de coachs, de gens qui nous aident aussi en dehors de l'entreprise. Mais oui, c'est hyper vrai. C'est la clé du succès.
- Mathilde
Qu'est-ce que vous pensez que vous avez appris en route, sur le chemin ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Que j'étais capable. En fait, que j'étais capable sans doute de beaucoup plus que ce que j'imaginais. Parce que 2010... Je pense que je me dis que jamais je peux être entrepreneur, que je ne suis pas du tout. Je ne suis complètement... Je n'aime pas le risque, je ne suis pas créative. Je suis un bon petit soldat qui exécute plutôt bien, mais franchement, je suis plutôt moyenne. Je ne dis pas que je me trouve exceptionnelle aujourd'hui, parce que pas du tout. Mais je me dis qu'en tout cas, j'ai la capacité de me donner les moyens d'essayer des choses. Et c'est un moment assez fort, je pense qu'il me l'a montré, c'était au début de Libye. Je crois qu'on en avait parlé pendant la préparation, mais je suis à une conférence dans laquelle intervient Sébastien Bazin, qui est DG d'Accor Hôtel, et qui parle d'un de leurs projets. Et je me dis, mais c'est un projet dans lequel on pourrait tellement s'inscrire au Libye, on est le partenaire parfait. Il quitte la scène et je me dis, moi je suis assise dans le public, il quitte la scène, je me dis, il y a un cocktail après, je me dis, j'irai lui parler au cocktail. Puis je me rends compte qu'il part en fait. Et puis je suis avec mon beau-frère, toujours le même entrepreneur, et il me motive, il me chauffe et il me dit, mais non, vas-y. Et je me vois, donc je cours, je dévale les escaliers, je lui cours après dans le couloir. Puis je l'aperçois qu'il est en train de partir, il est en train de discuter avec quelqu'un. Je pars à un mètre de lui et j'attends. Je fais un sourire quand même. Au bout de cinq minutes, parce qu'il est quand même poli, il finit par se tourner vers moi parce qu'il comprend que je veux lui parler. Il me dit oui. Je lui pitche mon truc au Libye et je lui dis « Je pense qu'on peut faire des choses ensemble. » Il me dit carrément, il me tend sa carte. Là, je pense que je sors de cette conférence, je ne touche plus terre. Je me dis que j'ai réussi à le faire, ce qui n'est pas grand-chose. À ce moment-là, pour moi, c'est un gros truc. J'ai osé le faire. Et je pense que je réalise vraiment ça à ce moment-là.
- Mathilde
Qu'est-ce qu'on souhaite du coup à Olybi pour les dix prochaines années ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Qu'Olybi devienne vraiment la référence du yoga et de tout ce qui est aussi autour de la santé mentale parce que c'est un sujet qui est assez clé, qui me tient beaucoup à cœur et sur lequel on va se développer dans les prochaines semaines et les prochains mois. C'est un sujet qui est souvent encore tabou, la santé mentale, alors que... C'est un sujet qui est clé et qui concerne tout le monde. Nous, on a envie de contribuer et d'aider les gens.
- Mathilde
Et qu'est-ce qu'on vous souhaite à vous ?
- Gaëlle Frizon de Lamotte
De toujours prendre autant de plaisir.
- Mathilde
Ok, merci beaucoup Gaëlle.
- Gaëlle Frizon de Lamotte
Merci à vous.
- Mathilde
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