- Speaker #0
L'année où je suis venue en vacances, la première fois, un jour de pluie, mais un jour de déluge. Une cousine me dit, il fallait qu'on aille voir la famille Coton à Dalhuis, donc on y va. Donc on découvre Dalhuis, la famille Coton. Alors là, tu as le poêle qui est allumé, la cuisinière, quatre personnes autour. Le sol en bois, mes mauvaises planches avec de la terre. Et les Ausha, tout cramé autour du poêle. C'était noir de fumée. Je me disais, mais qu'est-ce que c'est ? Et après, très gentil, les gens nous ont dit, la grand-mère cotonne nous dit, non, mais vous allez dormir là, parce qu'il ne fait pas beau, vous n'allez pas remonter, il y a des pierres et tout. Je dis à ma cousine, je ne l'aurai pas là. Ma cousine me disait, surtout que tu fais là. Ils te mettent dans les lits en fonction des places disponibles. J'avais que 15 jours de vallée là. C'était le choc de ma vie.
- Speaker #1
Toute une montagne ! Un podcast hyper rural sur nos voisines.
- Speaker #0
Je crois que c'est une option qu'il faut proposer à toutes les femmes, une zone de solitude et de liberté.
- Speaker #1
Je ne sais pas trop ce qui s'est passé, si j'étais quoi,
- Speaker #2
mais je ne me suis jamais bien sentie en ville.
- Speaker #1
Salut, nous sommes six copines à habiter une vallée bien perdue du sud des Alpes, la Haute-Vallée-du-Var. Bon, ben du coup, on a décidé de prendre le micro pour la première fois de notre vie. Pour aller rencontrer nos voisines et faire entendre la vie des filles de notre coin quoi !
- Speaker #3
Enfin une carte c'est bien mais quand on sait pas où on est ça sert pas à grand chose ! Bon on est complètement paumelés !
- Speaker #1
Quoi ? Une production des jipettes poilues ! Saison 1, découvrir la vallée ! Pour ce second épisode, nous allons rencontrer Chantal, un des personnages importants de Guillaume, village central de la vallée. Elle a exercé différents métiers et s'est beaucoup investie sur le plan associatif. Son expérience raconte l'environnement social de nos villages.
- Speaker #0
Merci beaucoup, bon appétit, à tout à l'heure. C'est bien passé ce matin ? Oui. Qu'est-ce que vous avez fait ? J'avais 26 ans, j'étais institutrice, je vivais encore avec ma maman, donc dans le quartier nord de Marseille, j'habitais, je travaillais beaucoup dans le quartier sud et au centre de Marseille, et j'étais la pure citadine, j'adorais faire des magasins, j'étais abonnée au théâtre de la Criée, je sortais beaucoup, enfin voilà.
- Speaker #1
Et après, vous allez travailler là-dessus avec les maîtresses ?
- Speaker #0
Peut-être. Je suis venue un été en vacances à Sucis avec ma cousine. Et comme mes cousins aimaient beaucoup marcher et tout, ils sont venus passer des vacances, ils vouaient. Puis on a commencé à balader. J'ai découvert la vallée avec eux au niveau montagne et au niveau fête de village. Parce qu'ils faisaient tous les balades de toutes les fêtes de village. Et au 15 août, j'ai connu Hubert. Quand j'ai connu Hubert, ma cousine me disait, tu te vois venir vivre ici ? Je me disais, jamais de la vie ! Ma première impression, c'était de dire, je ne pourrais jamais vivre dans un petit village, je veux bien venir y passer des vacances. Venir vivre avec Guillaume, non, ce n'était pas envisageable dans un premier temps. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que Hubert était ferronnier, et M. Ranquerelle voulait laisser en gérance à Hubert la ferronnerie, et Hubert hésitait. On voulait vivre ensemble, mais en même temps, je suis passée à Marseille. Sauf qu'en principe, il avait les yeux verts et qu'à Marseille, il avait les yeux marrons. Ça ne plaisait pas du tout la vie. C'est physique. Du coup, il s'est lancé, il a pris la gérance. Et on s'est mariés, je suis venue là.
- Speaker #1
Tiens, Réunis, je te donne les clés. Fais attention, il y a des chiennes. Allez-y, allez-y.
- Speaker #0
Ma mutation d'institutrice était à Nice. Donc j'ai laissé tomber, j'ai démissionné. C'était en 82 et le village de vacances allait ouvrir. Donc j'ai postulé pour être monitrice de club d'enfants. J'ai fait des stages pour ça et en fait ils m'ont pris comme responsable de l'installation. Et je suis arrivée en novembre dans le logement de fonction du village de vacances. Je pensais qu'il ne voit plus du tout le soleil. Et là, la déprime m'a gagnée. En fait, je descendais au village que pour aller à la gym. Et après, je descendais les jours de crédit agricole et aux heures de sortie d'école. Comme ça, il y avait du monde. Voilà, c'était ce qui me permettait de me mentir à moi-même en me disant que je suis dans un dead et que je vais devenir. Mais après, j'avais quand même conscience. J'ai gardé mon abonnement à la criée. Je gardais ça. Toutes les trois semaines, je repartais à Marseille voir les amis, la famille. Voilà. Alors on mange indien. Donc on les fait avec de la poitriche, épinards, et il y a un petit peu de poulet et du riz à côté. Dans un premier temps, tu te sens toujours épillé. Tout ce que tu fais est vu à la loupe. Ta façon de t'habiller, la façon dont tu vas à la gym, ce que tu achètes. Moi j'ai même le boucher qui m'a dit, vous achetez bien de la viande. Des réflexions sur ta vie privée, mais qui sont... Moi je tombe des dénis. Et en même temps, le besoin de cohésion, quand tu te dis, bon là si je ne veux pas m'enfoncer, il faut que je fasse un lien social. Et ça a été le truc, soit tu crèves seule, soit tu fais un lien, c'est trop fermé pour ne pas y arriver. Sur le village, on n'était pas très nombreux du même âge. Nous, on n'avait pas beaucoup de matière sur le village. En fait, on était peut-être deux couples. Il y avait Annie et nous, même génération. Après, il y avait Monique Assos, tu vois, il y avait Béathe à Bente, avec ses trois enfants, enfin, c'était très disséminé. On se regroupait, on arrivait à avoir des activités. Il y avait Sylvie et son mari à Péonne. Mais il n'y avait pas beaucoup de personnes sur le village.
- Speaker #1
On réussit le petit matou.
- Speaker #0
Il y a des pochettes, des épinards,
- Speaker #1
il y a de la sauce tomate, des tomates et du poulet.
- Speaker #0
Ma vie s'est vraiment installée au cœur du village quand j'étais maman. Mais tu vois, c'est plus... On était parents d'élèves, on avait des enfants en commun, on se soutenait. Et il fallait faire avancer pour pouvoir vivre sereinement là. Donc on se soutenait beaucoup. Et cette solidarité-là, on l'a eue entre filles. Quand on a été maman, que nos enfants sont allés à l'école. Moi, en tant qu'instit, je trouvais que 4 ans, ils rentraient à l'école à 4 ans à l'époque. C'était loin. Donc j'avais créé une petite école 2 fois par semaine. Je prenais le matin les enfants de 3 ans à 4 ans. pour qu'ils se connaissent, pour qu'ils arrivent à faire une cohésion déjà avant d'aller à l'école. Et après,
- Speaker #1
il y a eu la création de la cantine.
- Speaker #0
Puisqu'il y avait les personnes de l'extérieur qui ne trouvaient plus de famille d'accueil, quand tu habites à Bande, à Châteauneuf, il faut quand même que ton gamin mange un midi. Et donc, Foyer Rural, on a dit, on va organiser une cantine. Alors il y avait celle qui disait, mais moi je ne sais pas cuisiner. Alors on disait, on te commande des pizzas surgelées, puis tu en fais une salade et ça ira. Et puis celle qui cuisinait, moi j'avais Marine qui était bébé, donc je cuisinais chez moi. Et après on avait le moment béni où il y avait la famille Tommel, lui il était cuistot. Et comme il ne pouvait pas prendre un jour de façon régulière, il prenait une semaine de vacances et pendant une semaine il faisait manger les gamins, tous les jours. Et c'était génial pour les gamins. ils mangeaient bien, ils avaient des choux à la crème, ils avaient des cides et là, c'était la fête pendant une semaine. Mais ça, c'est des trucs, c'est vrai qu'on a vécu des grands trucs comme ça.
- Speaker #2
Le vendredi, il y a une cousine à nous qui monte. Le lundi, elle descend Juliette. Le mardi, maman, elle descend Jean. Il dort avec papi et mamie. Après, moi, je dors le mardi soir avec papou, toute la semaine.
- Speaker #0
L'instituteur était dans la communauté, donc il fallait qu'on puisse... donner la chance au plus grand nombre, donc il fallait qu'on se bouche pour y arriver. Donc il fallait de l'argent pour l'école, pour faire des belles sorties, on faisait des repas, on faisait des manifestations, on a vendu du muguet, on a mis des bouffes, je ne sais pas moi, peut-être deux ou trois fois par trimestre, si ce n'est pas plus, on recevait des 120 personnes. Puis après il y en a qui sont venus nous voir en nous disant, mes enfants étaient grands, il y a peut-être 10-15 ans, des parents, des adultes qui sont venus nous voir. Nous, on aime bien jouer au boule, mais il n'y a personne qui organise des concours. Les bars ne le font plus, on a organisé des concours. Et puis, ils disaient, ouais, c'est sympa, mais là, on a la dalle. S'il y avait un petit truc, on a commencé à faire de la bouffe. On avait 120 repas tous les vendredis soirs. Chaque fois, ça a été des trucs qui ont été pour le partage, faire connaître, aider les familles qui étaient plus en difficulté. Et bon, on s'est lancé et puis ça ne paraissait normal.
- Speaker #2
Les tomates,
- Speaker #0
c'est pas encore tout à fait la saison. Quand ce sera la saison, on aura des tomates.
- Speaker #2
Mais c'est les tomates déjà que c'est pire que les... Comme des fraises.
- Speaker #0
Que des fraises, oui. Que ce soit bon. Puis on espérait, enfin, moi je me disais que mes enfants, ils habitaient dans un village, mais il fallait qu'ils aient l'ouverture d'une possibilité de grande ville. J'avais toujours ce truc de dire, il faut qu'ils connaissent le théâtre, il faut qu'ils connaissent ceci, il faut qu'ils puissent faire comme s'ils habitaient en ville. Donc ils ont fait beaucoup de routes, ça c'est sûr. Mais voilà, je voulais leur donner la richesse. Je ne voyais pas au départ ce que pouvait être la richesse de la campagne. C'est Benoît qui me la montre aujourd'hui et Rémi qui me la montre la richesse de la campagne. Moi j'étais citadine, je n'avais pas la culture. J'avais Léonie, elle commençait à parler à 1h30 et on était à la fenêtre, on regardait les poules et d'un coup on a l'aigle qui a foncé et qui nous a tué la poule devant les yeux. Moi après j'ai dit merde l'aigle ! Et Léonie derrière... Merde, l'aigle, il avait faim. Et ça, c'est un peu toute cette découverte des enfants. Savoir que les vaches sont nées, le veau, les animaux, et ne pas être choquée par le fait de voir une bestiole se faire manger par une autre. J'étais pas dans le truc où on observe ce qui se passe. C'est plus la contemplation, la campagne, aussi. Tu vois la vie, tu vois les animaux, tu vois ce qui se passe. Tu plantes des fleurs, tu cultives un jardin, le cerf-filet passé, il n'y a plus rien.
- Speaker #2
Mémé, je peux avoir une petite glace et du flan, s'il te plaît ?
- Speaker #0
Ça c'est chocolat noir, mirabelle, caramel. Elles,
- Speaker #2
elles sont toutes petites. Chocolat au lait. C'est quand même trop bien le noix de coco. Noix de coco ? Oui, très drôle. Noix de coco !
- Speaker #0
C'est vrai que du coup je suis devenue un petit peu plus sauvage, j'aime bien rester chez moi, tranquille, alors que je ne l'étais pas du tout. J'avais besoin de beaucoup de monde autour de moi pour vivre ici et là. Je me nourris sur mes petits-enfants, mais après, là aussi, je veux laisser la place à mes enfants de s'investir. Instinctivement, je me mets en retrait pour leur laisser, parce que maintenant c'est leur vie qui est en jeu, et je pense que sur Morgane, Floriane, elles ont... vécues en ville et elles sont venues vivre dans un village. Donc il faut qu'elles se l'approprient elles. Et c'est pas en ayant la belle-mère au milieu que tu t'appropries forcément les choses. Et du coup, moi je m'investis sur mes petits-enfants parce que je me dis que ça va pas durer éternellement. Voilà, ça me donne une autre ouverture, une autre truc de me dire, tiens, je peux aider, je peux... Et en même temps je fais pas ombrage. J'ai pas envie de me remettre sur des associations. Et Merci. qui bougent trop et qui te mettent en avant sur la scène de l'activité du village et en même temps qui... Comment dire ? Je ne me sens pas à être encore dans le club Saint-Jean.
- Speaker #1
C'était Chantal, habitante de Guillaume. L'épisode 2 de cette première saison. Pour découvrir la vallée sous une autre oreille, on vous conseille, si ce n'est pas déjà fait, d'écouter les deux autres épisodes de cette saison-là. La prochaine saison sortira à l'automne, et d'ici là, n'oubliez pas que nous sommes toute une montagne. Un podcast hyper rural sur nos voisines.
- Speaker #4
Qu'est-ce qui te fait rester au village Bérénice ? Je ne sais pas vraiment.
- Speaker #5
Il se trouve que nous avons un léger problème de nudistes révolutionnaires dans la région.
- Speaker #1
Apparemment. Ouvre ! Propos d'or ! Une production des chipettes poilues !