Speaker #1le lien est dans la description. Je suis né en 1950, à cette époque-là, les femmes c'était fait pour faire des gosses, la bouffe, le ménage. Et voilà, en gros, c'était ça. Et j'ai eu la chance d'avoir un père qui m'a dit tu es une fille, mais je vais t'élever comme si tu étais un garçon. Ça ne veut pas dire qu'il m'a élevé en garçon, mais comme si tu es. Et je veux que tu aies les mêmes droits qu'un garçon. Et ça, ça m'a suivi toute ma vie. Et je pense que si je suis comme ça maintenant, c'est parce que mon père m'a élevé comme ça. Il avait la même définition que moi, c'est « tu es libre à condition que ça te fasse du bien à toi, mais que ça ne fasse pas de mal aux autres » . Être libre, c'est être en cohérence avec soi-même à tous les instants de sa vie. En cohérence, c'est-à-dire liberté et devoir, ce sont deux mots pour moi qui sont très liés. Devoir librement choisi, bien entendu, donc il y a liberté. Non, librement choisi, il y a déjà liberté. Et la liberté, je crois que c'est ça. Et quand je dis qu'elle s'arrête ou commence celle des autres, la liberté, c'est pouvoir faire quelque chose qui te fait plaisir à toi quand même, bien sûr, mais qui est bien pour les autres aussi. La liberté, elle doit servir à ça. Le triptyque liberté, égalité, fraternité, ça marche ensemble. C'est-à-dire que si tu es libre, mais que tu n'es pas fraternel, Eh bien, ce n'est pas de la liberté, c'est du mal. Égalité, eh bien oui, si tu es libre. Mais si tu as 42 millions de revenus et que tu gardes tout pour toi et que tu t'en fous de l'environnement, eh bien, c'est une liberté qui n'est pas bien utilisée. Donc la liberté, elle doit être bien utilisée pour toi, mais aussi pour les autres. Si je me remémore mon enfance, à l'école, à cette époque-là, les filles jouaient à la poupée et les garçons jouaient entre autres au foot. Donc moi j'avais décidé que j'allais jouer au foot. Donc c'était ma liberté, ça ne faisait pas de mal aux autres. Mais quand il y en a un qui me dit « toi t'es une fille, on ne joue pas au foot quand on est une fille » , je me suis battu. physiquement. Je lui ai envoyé mon poing dans la gueule au mec. Et je lui ai dit maintenant, je vais participer à ce match de foot et tu vas voir. Et tous les buts, qui c'est qui les a marqués ? C'était Geneviève. Je suis prête à me battre, si possible non violemment quand même, donc plutôt avec les mots, si possible et avec des arguments. Je suis prête à me battre pour défendre ma liberté. Si tant est qu'elles n'entravent pas celles des autres, bien entendu. Donc je sais écouter, même ceux avec lesquels je ne suis pas d'accord, je les écoute, je les écoute, je les écoute, et après j'argumente. Et j'essaye de convaincre. Je crois qu'il faut arrêter de devoir, avant de prendre une décision, raisonner, peser le pour et le contre. Il faut arrêter ! L'intuition, c'est important. Et le coup de cœur, c'est important. Et la péniche, c'est le coup de cœur. On habitait au Montou. Alors bon, pour ceux qui n'habitent pas Lyon, ils ne connaissent pas, mais c'est la campagne à côté de Lyon, mais la campagne quand même. Et... Voilà, on louait une ferme. Une ferme. Une ferme avec une vache. Voilà. Et un dimanche, je ne savais pas quoi faire. Enfin, je n'avais rien à faire. Et le voisin me dit, tiens, je vais visiter une péniche. C'est un marinier qui va la vendre parce qu'il est trop vieux. Je dis, tiens, je n'ai rien à faire. Je descends avec toi. On va voir ce que c'est qu'une péniche. Je ne savais pas ce qu'était une péniche. Enfin, je savais comme ça, mais pas dans les détails. Donc, on descend ce dimanche-là. Et... Puis, alors, le copain en question, il est vachement content. C'est super. C'était une péniche de transport. C'est-à-dire qu'il y avait encore du matériau, du matériel de transport dedans. Donc, pas de hublot, rien du tout. C'était du transport. Et le marinier, je lui dis, mais pourquoi vous quittez cette péniche ? Alors, il me dit, moi, je suis vieux. Pétard, il avait au moins 75 ans. C'était très, très vieux, quand même. Et la péniche est vieille, elle date de 1930 avec un moteur qui n'est pas très très puissant. Donc je vais l'emmener à la casse. Ça s'appelle le déchirage normalement pour une péniche. Et il se met à pleurer. Je dis mais qu'est-ce qui se passe ? J'ai vécu toute ma vie sur ce bateau et à l'idée que je vais le détruire, ça me fend le cœur. Alors je ne disais rien. Je regardais, on était dans la cale, et je dis, et combien on t'en demande pour le déchirage ? Alors, c'était pas grand chose, il allait gagner le prix de la ferraille. Et je lui dis, et si je te l'achète ? Si je te l'achète et que je la transforme en appartement, et là je vois ses yeux s'éclaircir, il me dit, mais tu ferais ça ? Ben j'ai dit ouais, ça me donne une idée. Allez, allez, vas-y. Bon, je lui ai fait un chèque ridicule. Enfin bon, il était très content quand même. Et je lui ai dit, allez maintenant. Je vais l'aménager en appartement. Et donc voilà, je suis remonté au Montou, j'ai dit à Paul, mon mari, ben voilà, on est propriétaire d'un bateau de 38m50, et il me dit, t'es folle ma pauvre femme. Bon, peut-être que... Et même quand même, et même peut-être parce que je suis folle, je n'en sais rien. En tout cas, on est toujours ensemble. Et donc, après ça, il y a eu un autre... Alors ça, c'était le coup de cœur, parce que ce n'était pas raisonné du tout. Et puis après, il y a eu un coup de peau. Alors je crois à la chance, il faut savoir la saisir. Et je rencontre un ami d'enfance. Mais d'enfance, quand j'avais 8 ans, qu'on habitait à Mâcon. Jean-Mi, je lui dis, mais qu'est-ce que tu fais ? Je termine mon tour de France de compagnon menuisier et je cherche un chantier maintenant. Je lui dis, oh pétard ! Jean-Mi, t'as trouvé. Je viens d'acheter une péniche, tu vas l'aménager en appartement. Avec du bois, c'est possible, bien sûr. Ah, il me dit, génial. Alors, il vient voir, il dit, ah, mais super. Mais alors, attends, il te manque quelque chose quand même, ma cocotte. Il te manque un architecte, parce que tu vois, moi, en termes de haute électricité, machin, moi, j'y connais rien. Et là, tu as du pot, parce que je vais me marier avec une fille, Sylvie, qui passe son diplôme d'archi et qui a besoin d'un chantier. Bah je lui dis ben voilà ! Donc on a fait ensemble les plans de la péniche. Il y a beaucoup de bois parce que j'en ai mis... C'est incroyable d'ailleurs, cette péniche là, ça fait quand même 50 ans. Ça fait 50 ans qu'il a fait ça. Ça n'a pas bougé. Et Sylvie a été merveilleuse. Et voilà. Et donc, on a mis 3-4 ans à faire les plans, faire comme il faut, la mettre au bon endroit, ici, parce que je voulais être en face de l'opéra. Tac, il n'y avait personne, on était les premiers. Donc hop, on s'est mis où on a voulu, on n'a rien demandé à personne, et clac, il a fait les travaux, et c'est devenu Balthazar, parce qu'elle ne s'appelait pas Balthazar, elle s'appelait Solvay 69. Alors 69, c'était un signe peut-être. Et puis voilà, et depuis, c'est ma péniche. Non, pas ma, c'est une péniche dans laquelle j'aime vivre. Je ne sais pas où je pourrais vivre ailleurs. Je pars chaque année dans le désert parce que c'est mon lieu de ressourcement. Mais je reviens ici et je me dis, ma péniche. C'est ma maison. Pour moi, le mot maison est important parce que c'est là où tu vis d'abord et ton habitat doit te ressembler pour que tu t'y sentes bien. Je ne devrais pas utiliser le mot mât parce que je suis contre la propriété privée. Mais bon, pétard, ce n'est pas parce que j'ai payé un truc que je dois être la seule à l'utiliser. Enfin bon, il faut partager. Partager, c'est important. J'appelle ça ma péniche parce que je n'ai pas d'autre façon de le dire. C'est une péniche dans laquelle j'aime vivre. Cette péniche, c'est une péniche ouverte. Alors ouverte aux gens qui viennent me voir, mais même des gens que je ne connais pas qui disent « Ah tiens, vous habitez une péniche ? » Eh bien oui, venez voir. J'accueille, j'accueille, j'accueille les gens. Les gens qui en ont besoin. Comme des migrants, par exemple, que je vois en hiver dormir sur le bas-port. Je leur dis, allez, viens ! Moi, mes enfants, ils sont partis maintenant, donc j'ai deux chambres. Alors, hop, tu t'installes, tu restes le temps qu'il faut, et puis voilà. Et bon, j'ai pas arrêté d'accueillir des migrants depuis que mes filles sont parties. Donc c'est une péniche ouverte, c'est important. Là, sur... Tribord, tu as la nature, les arbres. Je me suis battu pour que ces arbres ne soient pas coupés. Ils ne sont pas coupés. Et puis, de l'autre côté, à bas bord, tu as le fleuve. Et ça, c'est un lieu qui est magique. C'est un lieu de liberté. Là, c'est calme. Écoute. Écoute le silence. Et on est en plein centre-ville, juste en face l'hôtel de ville et l'opéra. Ça c'est une merveille. Ah là, il y a un bateau qui passe. Tu sais, la vie est un fleuve. À sa source, c'est ta naissance. Il coule. C'est la vie. Et il arrive à son terme. Là, en l'occurrence, le Rhône, comme tous les fleuves, c'est dans la mer. Eh bien, tu meurs. Eh bien, c'est normal. Et puis, pendant ta navigation, pendant ta vie, eh bien, il y a des fois des barrages. Mais ça continue. Le fleuve va toujours à son embouchure. Tout le temps. Tout le temps. Donc, il y a des méandres. Il y a des difficultés. Des fois, ça coule très, très, très, très vite. Une cascade, c'est merveilleux. Ça, c'est la vie. Je suis né au bon endroit, au bon moment, avec des parents qui étaient comme, voilà, bien. Donc, je suis redevable. On a fait des conneries dans les années 50, en termes politiques. Pétard ! Tout ce qu'on subit maintenant, ça vient de là-bas. Ça vient de cette époque-là. On n'avait pas de problème pour gagner des sous. On n'avait pas de problème pour trouver un boulot. Il n'y avait pas de problème. Et donc, on a fait des grosses conneries sur un plan politique, sur un plan de style de vie. Et ça, j'y ai participé, forcément. Alors, il y a eu un moment dans ma vie où j'ai pris conscience de ça. C'était en mai 68. Ben oui, j'avais 18 ans. Et tout d'un coup, là, je me suis dit, pétard Geneviève, là, on est dans une société à laquelle tu participes et on fait des conneries. Il faut s'arrêter, là. Enfin, il faut s'arrêter. Il faut agir. Les mains et les pieds, allez, en avance. Donc oui, j'étais très impliqué en mai 68. Et ça, ça guidait un petit peu la suite de ma vie. Pour moi, mai 68, ça a été une prise de conscience. Une prise de conscience sur plein de sujets. Alors, sur le féminisme, en effet. Grâce à mon père, j'ai été féministe à ma naissance, pratiquement. Mais aussi sur la politique, sur la démocratie. Bon, je suis engagé, entre autres, dans la démocratie inclusive, c'est-à-dire les assemblées citoyennes décisionnaires, et on est loin de ça, on est très loin de ça. Tous les individus... ont la même potentialité. Après, il faut la mettre en œuvre. Et donc j'ai en effet l'habitude de dire qu'on a une tête pour penser, quand même. On a un cœur pour aimer, ça c'est très très important. Mais n'oublions pas qu'on a des mains. Des mains pour agir. Tiens, tout à l'heure il va falloir que je soude. Eh ben, il faut savoir souder quoi. Bon, c'est pas compliqué. Faut apprendre. Donc des mains pour agir, et puis des pieds pour avancer. Et n'oublions pas une chose, c'est que pour avancer, il faut mettre un pied devant l'autre. Or, pour mettre un pied devant l'autre, il faut que tu te mettes sur une jambe pour pouvoir avancer l'autre pied. Donc ça implique que tu prennes des risques. Si tu ne prends pas de risques, tu n'avances pas. Mon père, il avait des phrases comme ça, que je trouvais justes et donc que j'essayais de mettre en pratique. Et il me disait, ne va pas te coucher avant d'avoir appris quelque chose, ma fille. Alors, je jouais un peu à ça parce que je disais le matin, ça y est, j'ai appris quelque chose, papa, je peux aller me coucher. Non, non, mais ça, ça m'a poursuivi toute ma vie. S'améliorer chaque jour, apprendre, apprendre. Puis après, réfléchir, penser par soi-même. à penser par soi-même. Je fais partie, entre autres, de mes 14 associations. J'ai créé la MJC, la Maison des Jeunes et de la Culture, du 6e. Et le slogan, c'est apprendre aux jeunes à penser par eux-mêmes. Chose que ne fait pas systématiquement l'éducation nationale. Ne pas être en compétition avec les autres, mais être en compétition avec toi-même. Apprendre. T'améliorer, chaque jour. Et aller te coucher si tu penses que c'est nickel. Sinon, tu ne vas pas te coucher, tu continues. Voilà, ça c'est une des choses que j'ai retenues et que j'essaye de mettre en pratique. Il y a dix ans, mon père, qui habitait toujours à Mâcon et moi j'étais à Lyon, M'appelle un soir en me disant il faut que tu viennes parce que je vais pas bien. Et moi je lui réponds écoute je viendrai demain parce que là j'ai un gros client, j'avais mon agence de com, j'ai une présentation à mon client, je peux pas venir ce soir, je viendrai demain. Et le lendemain il était mort. Et ça, ça me poursuivra toute ma vie. J'aurais dû y aller. J'aurais dû y aller. C'est un remords. C'est un remords, oui. Et ça m'a appris quelque chose. C'est qu'il y a des choses qui sont plus importantes que d'autres. Il faut les hiérarchiser. et faire passer devant celles qui sont les plus importantes. Et là, c'était le cas. C'était plus importante que mon client. Quand il m'a dit « je vais pas bien » , il avait pas l'habitude de dire ça. Quand il a dit « je vais pas bien » , c'était un appel au secours. Et ça, je l'ai pas entendu. Donc ouais, ce que ça m'apprend, c'est à écouter réellement ce qu'on me demande. et de gérer les importances. J'essaye de mettre en œuvre ça. Un regret, c'est pas grave. Un remords, c'est grave. Ça te suit toute ta vie, un remords. Mais quand j'y pense, oui, je suis... vraiment ému, ému, ému. Et on n'a pas parlé de l'émotion, c'est important l'émotion. L'émotion, c'est... On a un cœur, il est pour aimer, il est pour ressentir. Et ressentir, on peut ressentir plein de choses. On peut ressentir la beauté, la beauté du monde. On peut ressentir aussi des choses désagréables. C'est voir des gens qui se battent. Au hasard, il y en a bien d'autres choses. Mais ressentir la beauté du monde, c'est pour ça que je vais dans le désert chaque année. Là où je vais, je ne peux y aller qu'en voiture. Enfin, en voiture. J'ai un 4x4 qui ne sert qu'une fois par an à ça. Je l'appelle ma grosse vache, c'est un HDJ100, Toyota HDJ100, c'est le meilleur, meilleure bagnole pour aller partout dans le désert, je dors dedans, elle est aménagée, superbe, c'est ma grosse vache, je l'appelle ma grosse vache parce qu'elle est puissante mais elle ne va pas vite, elle n'est pas faite pour aller vite d'ailleurs, et puis on s'entend bien toutes les deux, c'est un petit peu mon cheval. Alors, tu me diras, c'est contradictoire avec ce que je pense sur l'écologie, c'est sûr. Mais bon, c'est ma contradiction, voilà. Une fois par an, je vais dans le désert avec des copains et avec ma grosse vache et ça me permet d'aller là où je ne peux pas aller à pied. C'est impossible. C'est impossible d'y aller autrement. Moi, je n'ai pas besoin de téléphone, de montre ou de quoi que ce soit dans le désert. Le matin, le soleil se lève, tu te lèves. A midi, le soleil est aux zénithes, tu manges. Le soir, le soleil se couche, tu te couches. C'est simple. Donc c'est un espace-temps où la vie est simple. Et la beauté du monde, alors même si en effet c'est une beauté minérale, ça te ramène à ta juste mesure. Et se rendre compte qu'on est tout petit. Tout petit. Donc arrêtons de nous prendre pour le centre du monde, quoi. On est tout petit dans le désert. Et là, on s'en rend compte. Tu sais, quand je monte le soir au bivouac, quand je monte sur la plus haute dune, parce qu'on bivouaque toujours à côté d'une dune, je monte à pied. Je dis aux garçons, parce que c'est souvent des garçons. Vous préparez le repas, les garçons. Moi, je vais sur ma dune. Je monte en haut de la dune. Je reviens sur l'émotion. Et je vois le soleil. Se coucher à l'ouest et la lune se lever à l'est en même temps. C'est-à-dire que tu vois le soleil descendre et la lune monter en même temps. Et là, je pleure. Je ne pleure pas de tristesse, bien au contraire. Je pleure d'émotion. C'est ça pour moi l'émotion. C'est ressentir quelque chose qui te bouleverse. On ressent, on n'explique pas. Mais on est dans cette émotion-là, et cette émotion qui vous submerge à un moment donné, ça, ça veut dire qu'on a un cœur. La vie fait qu'on essaye de le cacher. Parce qu'avoir du cœur, ça peut faire du mal aussi. L'histoire avec mon père, ça m'a fait du mal. Mais bon, il faut accepter les émotions de ce type-là aussi. Et si on n'a pas d'émotions, on est une machine, on n'est pas un être vivant. Les animaux ont des émotions, bien sûr. Alors ils ne pleurent pas parce que nous on pleure, mais c'est pas parce qu'on pleure que... Voilà, bon... Tout le vivant a des émotions. Et nous on est les seuls à vouloir les raisonner. Il faut arrêter de raisonner. Enfin, faut raisonner de temps en temps quand même, hein, mais bon, concernant les émotions, il faut arrêter de raisonner, il faut ressentir. Sur ma péniche, il n'y a pas eu beaucoup de moments difficiles, il y a eu des moments, enfin, il y a eu beaucoup de contraintes quand on habite un bateau, hein. Et donc, en effet, on doit sortir la péniche au chantier naval tous les dix ans. Et à un moment, pour contrôler l'épaisseur de la coque, et là, ils m'ont dit, elle est pourrie, votre fond, le fond de la péniche est pourri. Donc, vous pouvez l'emmener au déchirage. Ah, il dit, non, non, non, non, pas question. Donc, avec l'expert, on a imaginé ce qu'on pouvait faire. et on a créé un... double fond. Alors, pendant un mois, on était en chantier naval, ils ont fabriqué un fond, ils l'ont soudé tout autour du fond actuel, si bien qu'elle a deux fonds. Et là, ça a été dur quand même, parce que à un moment donné, l'expert m'a dit, Geneviève, tu l'emmènes au déchirage, ta péniche, elle est foutue, là. Et là, j'ai dit non, non, on va trouver une solution. Je crois beaucoup à ça. C'est qu'il ne faut pas anticiper des trucs quand on n'a pas de problème. Lorsque le problème se pose, là, on trouve la solution. Mais autant pas se casser la tête à tout. Ah, et si je pouvais habiter ailleurs ? Ben non, non, je suis bien là. Je suis bien, donc tout va bien. Et quand je ne serai pas bien, quand je ne pourrai plus descendre les escaliers, je verrai, mais pas maintenant. Chaque minute est un combat. Il y a des gens qui ont la chance de pouvoir mener ce combat. Et il y en a d'autres pour lesquels c'est plus difficile. Par exemple, la dame qui fait le ménage ici sur la péniche, c'est une dame qui a été bousculée par la vie. qui vient de Turquie, avec trois mômes. Son mec l'a quitté. Elle a peu d'éducation, pas de sous. Donc je l'ai récupérée pour lui donner un boulot. Donc je fais le ménage, on le fait ensemble pour tout dire. Mais bon, enfin voilà, je la paye pour ça. Et elle fait le ménage sur quasiment toutes les péniches maintenant. Habitation. Et elle vit, elle peut vivre. Donc, elle n'avait pas de liberté, elle n'avait pas de droit. C'est un combat. Et maintenant, elle vit à peu près normalement. Donc, ce qui veut dire qu'il y a plein de gens qui ne peuvent pas vivre normalement. Et ça, la liberté, elle est réservée à ceux qui peuvent. qui peuvent en profiter. L'argent n'est pas une fin en soi. L'argent est, hélas, hélas, le seul moyen dans nos sociétés de vivre correctement et donc d'être libre. Donc oui, oui, c'est pour ça qu'il faut qu'il y ait égalité à côté. J'ai un petit-fils qui a eu 16 ans la semaine dernière et j'ai une petite-fille qui a eu... 6 ans il y a un mois donc les enfants, qu'est-ce que je vais leur dire ? qu'est-ce que je leur dis ? bien sûr pareil petit garçon je lui dis respecte respecte toi mais respecte aussi les 50% de l'humanité qui sont pas du même sexe que toi et puis la petite fille je lui dis en gros, enfin bon j'ai même pas besoin de lui dire parce que ma fille enfin les parents de ma petite fille disent la même chose Je veux dire... Tu es un être à part entière, que tu sois un garçon ou une fille, c'est pareil. Donc, comporte-toi comme une personne. Comme une personne... Tiens, je n'ai pas parlé des animaux. C'est pareil, hein ? Dans le vivant, on fonctionne tous pareil. Sauf que nous, les humains, on a pris un peu trop de place, quoi. Mais bon... Les animaux eux aussi sont libres. Si le loup bouffe un lapin, c'est simplement parce qu'il a faim. Il ne faut rien qu'il mange. Mais il n'est pas contre les lapins d'une manière générale. Et nous, les humains se battent. Putain, mais ce n'est pas possible ça. Se battre alors qu'on pourrait s'entendre. Avoir des puissants qui vous imposent leurs lois et des impuissants. qui subissent, mais c'est incroyable ce truc. Enfin, la fraternité, c'est pas ça. La fraternité, c'est, on est liberté, égalité, fraternité, quoi. Bon, et sororité, quand même. Parce que fraternité, c'est mec, quand même. C'est les hommes. Fraternité, ça vient de frère. Alors, on pourrait dire liberté, égalité, sororité. Mais la sororité, ce serait que les femmes. Ça ne va pas. Et il existe un mot, mais que tout le monde a oublié, que personne n'utilise, dont personne ne connaît le sens. Fraternité et sororité, si on le met...
Speaker #0Ensemble, il y a un mot qui existe dans le dictionnaire qui s'appelle l'adélphité. A-D-E-L-P-H-I-T-E. Moi, je serais bien pour changer la devise de la France et dire liberté, égalité, adélphité. Remplacer fraternelle par un mot neutre qui inclut les femmes. Bon, c'est aussi un de mes combats. Moi, je vais te dire, à mon âge, donc bientôt 75 ans, mon seul but, enfin mon vrai but dans la vie, c'est d'être utile. De rester utile jusqu'à la fin de ma vie. Être utile, c'est quoi ? C'est participer... à l'avenir d'une société. Alors que ce soit une société toute petite, comme étant un milieu familial, ou de voisinage, ou plus grand, national, ou plus grand encore, international. Mais apportez ma pierre à l'édifice. Ma pierre. L'édifice, il est énorme. Il y a plein de pierres de partout. Essayez d'être une pierre qui soit bien taillée comme il faut, qui s'insère dedans, et puis qui fasse construire le monde. Je crois que c'est ça, le bien commun, c'est important ça. Il y a trois ans, j'ai été piqué par un frelon à la gorge. Et donc, il a été malin ce frelon. Je l'avais emmerdé, donc c'était un peu de ma faute quand même. Il me pique et c'est parti directement dans mon système sanguin, tu vois. Et donc j'avais rien, sinon que je me sentais toute molle, mais molle, mais molle. Alors je dis bon, ça va passer, et là heureusement Paul m'a dit non non, on va aller aux urgences quand même, c'est bizarre. Et là aux urgences, en effet, je dis oula, à son âge, elle a trois tensions, elle devrait être morte, vite vite vite. Bon, ils m'ont piqué de machin, mais pendant qu'ils me piquaient, et avant que ça fasse son effet, très très vite d'ailleurs, je suis ressorti. deux heures après, en disant, je me casse maintenant. Mais non, mais ça va pas, vous êtes prêts à vous casser ? Si, si, je vous signe une décharge. Mais pendant que j'étais encore un peu dans les vapes, là, je me disais, mais si c'est ça, parce que je les entendais dire que je devrais être morte, donc je me suis dit, je vais mourir. Mais c'était d'un calme, mais olympien. Je dis, bon, j'ai fait ce que j'ai pu pour bien remplir ma vie. Maintenant, bon, ça va, j'avais 62 ans. 13, 73 ans, 72, ça va quoi, j'ai fait ce qu'il fallait, c'est pas grave de mourir. Et j'étais dans un calme olympien en disant, si je meurs, c'est d'où la mort en fin de compte. Alors bon, j'avais de la chance de ne pas souffrir, c'est autre chose. J'avais la chance de ne pas souffrir, mais ce truc-là c'est génial. Peut-être que pour mourir, il faudrait que j'aille chercher le frelon qui m'a piqué, qui me repique au même endroit, c'était calme. D'où ? Ça, c'est comme ça que j'envisage la mort, moi. D'où ? D'où ? On passe, voilà, hop, hop, hop, on est le fleuve, là. Notre vie est arrivée, on est à l'embouchure. Eh ben, on est à l'embouchure, et puis voilà. Et je vais crever, bien sûr. J'ai 75 ans, je vais crever, hein. Dans pas trop, trop longtemps, normalement. Eh ben, je veux crever sur cette putain... Oh, pardon. Je veux crever sur ma péniche. Et mes cendres seront jetées. Dans le Rhône, regarde le Rhône, comme c'est beau, ce dont j'ai le plus peur, c'est de devenir Alzheimer. Si j'ai ma tête justement, si j'ai toute ma tête et que je me sens dépendante... Genre, je ne peux plus aller faire pipi toute seule, je ne peux plus bouffer toute seule. Je ne supporterai pas. Une seule seconde, je ne supporterai pas. Donc, hop, je me tue. Voilà. Donc, c'est moi qui le fais puisque je suis conscient. En revanche, ce qui me fait peur, en effet, c'est de perdre la tête, en gros. Alors, Alzheimer ou autre chose. Et donc, de ne plus pouvoir prendre la décision de me supprimer. Et pour cela, je fais partie de l'association Mourir pour la dignité. J'ai fait mes directives anticipées. Alors, en disant en gros ce que je viens de dire, c'est-à-dire, si j'ai toute ma tête, vous me lâchez les baskets, j'ai une copine infirmière qui a la piqûre qui fait bien, je me la fais et top, je suis responsable de ma mort et ça me va très bien comme ça. En revanche, si j'ai plus toute ma tête et que je ne peux pas faire ça, j'ai nommé une amie proche comme personne de confiance et c'est elle qui le fera. Je n'ai pas voulu mettre ma famille comme responsable de cela, parce que j'aurais voulu leur enlever cette... Voilà, c'est difficile quand même, de tuer quelqu'un de ta famille. Mais ma copine en est bien sur la même longueur d'onde. Elle m'aime, je l'aime, mais elle sait que, justement parce qu'elle m'aime, elle fera ce geste-là pour moi. Je suis l'actrice de ce nom. Je ne serai pas dépendante. Et je fais ce qu'il faut pour ne jamais l'être. Moi, je m'en fous de laisser une trace. C'est de construire. Si ce que j'ai fait dans ma vie a servi à quelque chose, tant mieux. Sinon, je m'appelle Geneviève et je vis bien et tout va bien. Et quand je vais crever, ça ne va pas révolutionner le monde.