Speaker #1Bonne écoute ! Je devais avoir deux ans. Cette image me restait dans l'esprit. Et quand j'étais en maternelle, je me souviens que je disais à mes parents que je voulais être astronaute. Après, ça m'a vite passé. Je ne me verrais pas du tout astronaute aujourd'hui. Pendant longtemps, j'ai voulu être journaliste. C'est un métier, mais je pense que c'est un métier qui m'habite. de fait que je suis curieux. J'aime beaucoup la presse écrite, j'aime beaucoup écouter la radio, j'aime beaucoup écouter les nouvelles. Le métier de journaliste quelque part m'a toujours intéressé dans le sens où il était à l'écoute du monde, de ce qui se passe dans le monde, de relater, de commenter. Pendant longtemps, j'ai voulu être journaliste. J'ai rarement rêvé d'être dans le métier du décolletage et de... Je n'ai même jamais rêvé ça. Décolletage, c'est un métier de la métallurgie. C'est l'usinage de pièces plutôt métalliques, de petits composants destinés à toutes les industries, à partir de barres. On part de barres de 3 mètres, et à partir de ces barres, on fait des petites pièces mécaniques. Ça va de tout petits diamètres, pour l'horlogerie par exemple, à des plus gros diamètres pour... Tout type d'industrie, ça peut être de l'automobile, de l'horlogerie, du luxe, de l'aéronautique, de l'armement, il y en a partout du décolletage. Et donc c'est par enlèvement de matière, c'est en usine. Et tout ça est automatisé, c'est un process qui est très automatisé. C'est le métier de Bouvra Perna qui est historique, l'entreprise a 50 ans et ça a été créé par mon père, Gaston Perna. et mon grand-père maternel est de Montbouvra. J'ai fait ce métier par défaut parce que c'était une entreprise familiale. où j'avais déjà mes deux frères qui étaient rentrés dedans, et quelque part, mes deux frères qui étaient dans l'aspect plutôt technique. Moi, il y avait un aspect qui m'intéressait malgré tout, qui était l'aspect commercial. L'aspect commercial où, comme je le disais, j'étais quand même très intéressé par le contact, le fait de rencontrer les gens. Ce n'était pas du journalisme, mais quelque part, l'aspect marketing, c'est toujours un aspect qui m'a toujours intéressé. Mais mon père, qui dit tu rentres dans le truc familial, mais t'es quelqu'un comme les autres, il a eu la sagesse de faire en sorte que je fasse tous les métiers. J'ai pas été commercial tout de suite. J'ai fait les tâches les plus ingrates, et puis j'ai connu un peu tous les postes. C'était très formateur aussi. J'étais au lavage de pièces, au conditionnement, au tri, sans aucune qualification, payé au SMIC. J'ai commencé au SMIC. C'est pas parce que t'es fils du patron que tu... C'est ça qui est intéressant, c'est bien ça, c'est formateur. Et puis, on s'est réparti les tâches avec mes frères. On était encore une toute petite boîte, puisque quand j'ai commencé, on était sept. En 89, on devait être une dix-douze. En 89, c'est la date où je me suis marié. Je faisais ça un peu de façon alimentaire. Encore une fois, je continuais de façon alimentaire, sans être passionné par le métier. Et en 92, c'est l'année où tout a basculé. Parce que c'est l'année où j'ai donné du sens à mon travail. C'était le week-end du 8 mai 92. C'était un pont. On faisait le pont à l'entreprise et on part en week-end, plutôt dans le Périgord. Encore une fois, une bonne table qui m'attire. Un week-end pour manger des truffes et du magret de canard. C'est plutôt intéressant. Et voilà qu'on s'arrête en Corrèze. Et là, on rentre dans une abbaye, une abbaye cistercienne. Je n'avais pas de pratique religieuse ou quoi que ce soit. Je me considérais comme agnostique, d'un point de vue purement intellectuel. Je n'étais pas athée. Je convenais de l'existence de Dieu sans que cela change ma vie. Le lundi matin, c'était un lundi matin. Je rentre dans cette abbaye, et là, de façon inattendue, brutale, sans crier gare, je suis rentré agnostique et sans arrière-pensée, sans être anticlérical non plus. Je suis totalement transpercé. Je fais une rencontre qui a bouleversé ma vie. Je suis rentré agnostique et je suis ressorti chrétien. catholique pratiquant. Et ça a été totalement inattendu, j'allais dire d'une violence, parce que j'ai passé ma nuit à pleurer, mais ce n'était pas désagréable, c'était très agréable, la sensation d'être aimé de façon inconditionnelle et d'un amour beaucoup plus... importants que n'importe quel amour humain. C'est quelque chose d'indescriptible. Je n'ai rien vu. J'ai senti intérieurement. Je n'ai absolument rien vu. Je n'ai pas eu de vision, de révélation, je n'ai pas entendu des voix. C'était une certitude intérieure, physique. Je l'ai senti physiquement dans mon corps, mais ça a été d'une... d'une puissance totalement inédite. C'est comme une douche, mais on est complètement inondé. Oui, c'est les mots qui me viennent là. On est inondé par l'amour de Dieu. C'est comme ça qu'on pourrait le qualifier. Ça m'est arrivé qu'une fois, cette sensation. Je ne peux pas la revivre une deuxième fois. C'est pour ça que depuis ce moment-là, je n'ai pas peur de la mort. C'était toujours moi. J'ai rassuré mon épouse, c'est toujours moi. Je n'ai pas changé. Et en même temps, mon regard était totalement autre. Il m'avait permis de changer totalement mes perspectives. Elle se demandait ce qui m'arrivait. Elle était un peu troublée quand même, parce qu'elle se posait des questions. Je l'ai rassurée, parce qu'elle croyait que j'allais la quitter pour me faire moine. Je l'ai rassuré. Je lui ai dit non, ce n'est pas ma vocation. Donc, on a beaucoup discuté. On a échangé toute la nuit. Parce que vous ne comprenez pas ce qui m'arrivait. Toutes mes certitudes tombaient. Parce que j'avais plein de certitudes. Mais avec un regard totalement différent. Ça reste un mystère. Et pourquoi moi ? Je n'en sais rien. Il y a peut-être un événement, je dis que je n'ai jamais été athée, il y a peut-être un événement qui a déclenché ça, mais je n'en sais rien, s'il y a un lien de cause à effet. J'essaye de retrouver une cause, je ne sais pas. Quelques années avant, je n'étais pas encore marié, j'avais eu un accident de bagnole. Personnellement, je n'avais pas eu grand-chose, j'avais juste le cavicule cassé, mais j'avais eu un... un copain qui était avec moi. qui avait été gravement touché au niveau de la colonne vertébrale. Il était... Moi, j'avais fait le con parce qu'on a eu un accident un samedi soir. On roulait avec des grammes d'alcool. J'étais totalement responsable. Lui était sur le lit d'hôpital. On ne savait pas, le soir même, s'il allait remarcher un jour. Et moi, cette nuit-là, pour la première fois de ma vie depuis, j'ai prié. J'ai même passé à marcher. J'ai dit au bon Dieu, c'est de ma faute, j'ai fait le con. Occupe-toi de Marc. Fais en sorte qu'il s'en sorte, déjà. Et qu'il remarche, deuxièmement. Et si c'est le cas, je te promets, je ferai quelque chose pour toi. Bon, il s'en est sorti, il a remarché. Les médecins sont bons, ils remarchent. Le bon Dieu, il n'a rien à voir là-dedans. Mais voilà, je fais ce lien-là. Est-ce qu'il y a un lien de cause et effet ? Peut-être. Chercher une explication à tout prix. Pourquoi pas ? Mais non, j'ai renoncé là, aujourd'hui. Je me suis dit, ben voilà. Aujourd'hui, je sais qu'il y a eu avant et après. Aujourd'hui, depuis cet événement, effectivement, tout a été bouleversé. Ça a tout changé, toute ma vision sur le monde, sur les événements, sur le sens. Le sens de la vie, parce que des fois, je me posais des questions. À quoi bon, quoi ? À quoi bon vivre ? À quoi bon machin ? À quoi bon ci ? À quoi bon ça ? Et là, pour le coup, tout prend du sens. Alors, des fois, il faut le chercher, mais tout prend du sens à la lumière de cet événement. Et aujourd'hui, même mon travail. Mon travail, je disais, c'est quoi le sens de mon travail ? Ceux qui vont en Afrique donner leur vie pour les pauvres, ça a du sens. Mais non. chacun à sa place. Si on était décolteur, donnons le meilleur de nous-mêmes en étant décolteur. J'ai compris qu'il fallait fleurir là où on était planté. C'est-à-dire qu'on avait tous un rôle à jouer, quelle que soit notre condition de vie, et qu'on avait un rôle à jouer là où on était planté. Ça a complètement bouleversé mon cheminement. De ma vie professionnelle, de ma vie familiale, de ma vie tout court. Au début, je ne parlais que de ça. C'était tellement intense. Avant que je comprenne que c'était très difficile à partager, dans le sens, autant qu'on ne l'a pas vécu, on n'arrive pas à le comprendre. C'est très, très intangible, quoi. Je n'ai aucun problème pour en parler, mais j'en parle avec plus de parcimonie. J'en parle quand on parle de ce sujet-là, alors qu'au tout début, j'en parlais à tout le monde, tout le temps. Je ne sais pas ce qui m'est arrivé. Même si les mecs, ils n'en avaient rien à foutre. Mais voilà, c'était plus fort que moi, parce qu'il fallait que je partage les trucs. Là, aujourd'hui, j'en parle très aisément. Qui veut bien l'entendre ? Si les gens n'ont pas envie d'en parler, je n'en parle pas. Il y a plein de gens qui me disent que j'aimerais bien vivre cet événement-là, parce que c'est vrai que c'est confortable. Je n'ai rien fait. C'était mes tombées dessus. Il y en a plein qui font des trucs... Ils ont rêvé de faire une carrière dans je ne sais pas quoi. Ils font un métier qui est à demi-lieu. Ils ne font pas ce qu'ils aiment. Si tu ne fais pas ce que tu aimes, aime ce que tu fais. Ça change la perspective. Et rien que de changer la perspective, ça donne du sens. Alors oui, c'est une démarche intellectuelle de dire « Je ne fais pas le métier dont j'ai toujours rêvé. » Je ne sais pas ce que j'aime. J'aimerais faire ci, j'aimerais faire ça. Est-ce que je peux prendre la décision volontaire de l'aimer ? Parce que l'amour, il y a aussi une grosse discussion sur l'amour. L'amour, ce n'est pas que du sentiment. C'est important le sentiment. Mais c'est aussi un acte de volonté. Je choisis d'aimer. Parce que si ça reste du sentiment, ça part en couille. un jour ou l'autre. Par contre, il en faut du sentiment. Mais si c'est en plus une volonté d'aimer, c'est bien plus solide. Donc, l'amour, c'est avant tout un acte de volonté. J'en suis intimement persuadé. C'est aussi du sentiment, mais c'est d'abord de la volonté. Dans tout ce que tu fais, si tu choisis d'aimer, ça change la perspective et ça donne du sens. Je pense que la curiosité, c'est une chose qui... est très importante pour avancer. On ne peut pas dire que j'ai eu un cursus scolaire des plus brillants. J'étais plutôt assez médiocre et je me suis fait plutôt virer des écoles que j'ai fréquentées. Mais j'ai aussi cet avantage d'être excessivement curieux. Je disais à mes enfants, ne faites surtout pas des études. Vous allez passer votre vie à désapprendre des conneries qu'on vous a apprises à l'école. Je le dis de façon un peu provoquante, je ne suis pas loin de le penser réellement. Ce n'est pas tout à fait vrai, mais ce n'est pas tout à fait faux non plus. Mes mémoires de Tretombe, je les ai lues parce que j'étais curieux de lire Châteaubriand. Châteaubriand, typiquement, c'est un auteur qu'on n'apprend jamais à l'école. Zola, par exemple, je l'ai lu chaque année. Chateaubriand, je ne l'ai jamais lu à l'école. Et Chateaubriand, oui, il dit quelque chose de très intéressant. Lui qui était abolitionniste, il dit « je suis opposé au statut de salarié parce que c'est une forme, quelque part, d'esclavage. Moi, je rêverais d'une entreprise où j'ai zéro salarié et que la relation… » de mes salariés, de mes collaborateurs, soit des relations d'entrepreneurs qui aient des relations de clients à fournisseurs. En fait, une société d'artistes et d'artisans. C'est Chesterton qui prône ce modèle-là. C'est un penseur anglais qui est philosophe, journaliste. Il a plusieurs cordes à son arc. Il est aussi nommé le prince du paradoxe, parce que parfois, c'est... C'est très paradoxal ce qu'il dit. Il a un livre qui est plaidoyé pour une propriété privée anticapitaliste. Il dénonce à la fois les dérives du communisme, du socialisme, et les dérives du capitalisme moderne. Le capital est réuni dans quelques mains. Ce n'est pas juste et ce n'est pas durable. Lui prône un capitalisme le plus répandu possible. Tous propriétaires, tous capitalistes. Et la propriété privée... la plus répandue possible. Et moi, je rêve d'une société où tout le monde soit indépendant, soit tous propriétaires de son moyen de production. Je pense à Sébastien, qui était à la maintenance chez nous et qui a souhaité un jour se diversifier totalement dans la production audiovisuelle. Aujourd'hui, il vit ce métier-là. Il nous fait nos films aussi d'entreprise. Il en fait plein d'autres à travers essentiellement le département. évite son métier-là. Et quand il a souhaité faire cette reconversion, on a permis, quelque part, par des postes à temps partiel, de lui confier ses premiers films, finalement. Et moi, ce que je souhaiterais, c'est d'avoir zéro salarié, mais que des relations de clients-fournisseurs. On fait avec ces paradoxes, et c'est un petit peu... éthiquement, j'aimerais qu'il n'y ait pas de guerre. Et en même temps, je travaille pour la défense et l'armement. C'est un des paradoxes. La vie est pleine de paradoxes. C'est inconfortable, mais il faut vivre avec ces paradoxes. Moi, j'ai plein de paradoxes. Donc, oui, j'ai plein de salariés, alors que j'aimerais en avoir aucun. Ce n'est pas pour ça que je n'oeuvre pas pour faire que les gens... essaie de grandir en responsabilisation, en autonomie, pour tendre vers. Et on n'est pas encore au bout du chemin. Et je sais que le bout du chemin, en termes de management participatif ou d'autonomie des salariés, c'est pas moi qui le verrai. Peut-être que personne ne le verra jamais. Encore une fois, je pense que c'est quand même une utopie, parce que tout le monde n'est pas appelé à devenir son propre patron. C'est ce que j'espère, mais tout le monde n'aspire pas à ça. C'est la servitude volontaire. Il y en a qui sont très contents dans le statut d'esclave. Ça, c'est de la provocation. Mais il y en a beaucoup qui s'y complaisent. Et on ne va pas les empêcher d'être esclaves. Il y a une grande majorité de personnes qui sont très heureux d'être dans cette condition-là. Mais moi, je voudrais permettre à ceux qui veulent s'en affranchir de pouvoir s'en affranchir. Et même ceux qui veulent être dans cette condition d'esclaves, entre guillemets, j'essaye de faire en sorte qu'ils aient le maximum d'autonomie, le maximum de possibilités. On est dans un management très horizontal. C'est beaucoup plus compliqué à gérer. Mais c'est beaucoup plus épanouissant pour les collaborateurs. Certains disent que c'est l'entreprise libérée. Moi, je n'aime pas trop ce terme. C'est plutôt l'entreprise responsabilisante, avec le droit à l'erreur, qui est l'une des valeurs que l'on défend. C'est-à-dire qu'on a le droit de se tromper. Et c'est vrai que moi, mon rêve, mais ça restera un rêve, j'ai beau essayer de promouvoir ce modèle, c'est qu'il n'y ait pas zéro salarié. Un bon chef, je l'appellerais un patron. Mais un patron au sens étymologique du terme, en sens tricot. Un patron dans le tricot, c'est le modèle. En fait, c'est la maquette sur laquelle on fait le pull. Et donc le patron, ça doit être un modèle qui donne l'exemple. Donc un chef, il doit être avant tout exemplaire. Il doit être exemplaire dans sa façon de diriger, dans sa façon d'agir, dans sa façon de parler, dans sa façon d'écouter. Alors c'est très exigeant, parce qu'on est forcément pris en défaut. Il y a forcément des moments où on n'est pas exemplaire, des moments où on est emporté par la colère. on n'a importé pas. Mais l'exemplarité, pour moi... C'est le propre du chef. Il faut faire ce qu'on dit, dire ce qu'on fait, et être cohérent. La cohérence est vraiment quelque chose qui doit être très important pour un chef. Il a le droit de se tromper, mais quand il se trompe, il faut qu'il le reconnaisse. Le droit à l'erreur, tout le monde peut se tromper, mais il faut qu'il soit cohérent. Alors, quand on est chef, et quand il y a débat, on a le devoir à un moment de trancher. Et trancher, on peut se tromper aussi. On peut prendre la mauvaise décision. Et puis il y a des fois des décisions qui sont des micro-décisions qui ne sont pas très impactantes. Et puis des fois, les décisions qui sont très impactantes. Et puis des fois, on peut décider de ne pas décider. C'est aussi une décision. Moi, j'ai une règle de la prise de décision. Il n'y a sienne. Saint Ignace, de prendre des décisions quand on est en période de consolation, c'est-à-dire que quand on est déjà plutôt bien dans sa tête, en période, on dirait, de grâce, on peut prendre des décisions. Quand on est en période plutôt au fond du trou, il est sage de rien décider, parce qu'on prendra forcément des mauvaises décisions. Puis après, il y a des fois où on ne sait pas quelles décisions prendre. parce que les décisions sont trop impactantes, sont trop compliquées, qu'elles vont être les conséquences de ces décisions. On a du mal à les évaluer. Moi, en tant que chrétien et croyant, je dis que ferait Jésus ma place. On n'a pas toujours la réponse. Des fois, je l'attends encore. Mais on se pose cette question. Je ne la pose pas pour savoir si je choisis la glace à la vanille ou la glace à la fraise. Je ne me pose pas la question. C'est aussi quelque chose pour ne pas prendre des décisions hâtives. Et ce n'est pas magique non plus. Je pense qu'être un chef vulnérable, ce n'est pas forcément une faiblesse. Être un chef vulnérable, ça montre qu'on est humain, déjà. Un chef, c'est d'abord une personne, un homme ou une femme, et chaque personne, dans son humanité, est blessée. Se reconnaître vulnérable, finalement, c'est une force. Le fait de vouloir dire « je suis de toute façon… » Le chef, je suis invulnérable, c'est moi qui décide, donc je décide comme ça. Quelque part, c'est masquer sa blessure et prendre des mauvaises décisions. Le rôle le plus important et le plus difficile, j'ai envie de dire aujourd'hui, c'est effectivement celui de chef de famille. Ce n'est pas celui de chef d'entreprise. Si je suis chef d'entreprise, c'est de la rigolade. Moi, je suis père et grand-père aujourd'hui. C'est un rôle qu'on remplit avec son épouse. Et c'est vrai que ce rôle, on fait forcément plein d'erreurs. C'est dur parce qu'on n'est jamais sûr de prendre la bonne décision. On n'est jamais sûr d'être dans le vrai. Est-ce qu'on est juste ? Est-ce qu'on est injuste ? Parce que moi, j'ai élevé mes enfants de façon un peu stricte, avec des règles, avec des barrières, avec des limites. Quand nos enfants nous disent « mes copains, ils peuvent faire ça, ça, ça, toi tu nous... » Est-ce que c'est juste ? Je pense que limiter, mettre des règles, la frustration, quelque part, imposer une certaine frustration, c'est structurant pour l'éducation. Ça ne les empêche pas de franchir ses limites. C'est aussi le source vers l'interdit. Mais ça aussi c'est structurant. Moi le premier. Moi, j'étais le premier, un ado extrêmement turbulent qui franchissait les limites. Mais n'empêche que j'avais des limites, que je prenais un malin plaisir à dépasser, à franchir. Mais les limites étaient posées. Il faut être excessivement humble dans ce rôle, parce que c'est le rôle à la fois le plus difficile et le rôle le plus gratifiant en même temps. J'ai donc cinq enfants qui sont grands maintenant, puisque ma fille est née de 90, elle a donc 35 ans. Et ma dernière, j'ai trois filles et deux garçons, ma dernière a 2000, donc elle a 25 ans. Mais néanmoins, ça a été finalement l'aventure la plus belle de ma vie. Et puis j'ai bientôt trois petits-enfants. J'espère en avoir beaucoup plus. C'est aussi une aventure nouvelle pour moi, qui est très intéressante et très exaltante. De mon point de vue, c'est le rôle le plus compliqué. L'éducation des enfants, les faire grandir, parce qu'éduquer les enfants, c'est accepter que ce soit effectivement un rôle qui nous a été confié, éduquer les enfants, mais ce n'est pas nos enfants. D'accepter qu'ils deviennent... Des adultes, avec leur propre autonomie, des fois on peut être frustré parce que certains parents projettent leur fantasme sur leurs propres enfants. C'est d'accepter que leurs enfants ont leur propre vie à mener avec leur propre autonomie. C'est d'accepter que nos enfants ne sont pas nos enfants. On est là par procuration, on doit les faire grandir par procuration. Et d'accepter de leur donner toutes les clés pour... qu'ils soient des adultes responsables, et qu'ils soient autonomes, etc. Et tous jouent avant 3 ans, selon moi. Tous jouent avant 3 ans. Tout le reste, après, c'est du bonus. Et tous jouent dans la petite enfance. Et là, je ne peux que rendre hommage à mon épouse, qui a fait un travail extraordinaire. J'y étais aussi pour quelque chose. Je ne veux pas me faire quand même. Mais le rôle des parents est crucial. Et souvent, les parents, aujourd'hui, ont tendance à déléguer ce rôle à l'école, alors que c'est avant tout le rôle des parents. C'est vraiment ce rôle très difficile d'être à la fois celui qui exerce l'autorité, mais qui sait aussi reconnaître ses erreurs. Ça, pour moi, c'est le truc le plus difficile. Le plus dur, souvent, c'est de demander pardon. Ça, c'est la chose qu'on n'a pas appris forcément à faire. demander pardon quand on se trompe, quand on blesse, mais c'est le truc le plus difficile à faire, mais on peut se tromper aussi. Après, en tant que chef d'entreprise, j'ai envie de dire que c'est presque simple, c'est-à-dire que, enfin c'est simple, c'est pas si simple que ça, mais je veux dire, en tant que chef d'entreprise, mon talent...
Speaker #0Ce n'est pas d'être le meilleur. Je suis loin d'être le meilleur. Je suis peut-être le plus mauvais dans mon métier. Mon seul talent, c'est de savoir bien m'entourer par des talents qui sont bien meilleurs que moi, dans leurs fonctions, etc. Et de leur faire confiance. De faire confiance à ceux qui sont meilleurs que moi et puis de travailler en étroite collaboration avec eux. Être un bon chef d'entreprise, je pense, c'est d'être quelqu'un qui sait faire confiance à ses collaborateurs et les choisir en fonction de leurs compétences. Et moi, j'ai la chance d'avoir des compétences importantes au poste-clé et de les avoir choisis pour ça, de leur faire confiance. Mais quelque part, l'expérience de la paternité est aussi quelque chose qui est utile en tant que chef d'entreprise. c'est à dire que Nos enfants sont tous différents, même si ils sont frères et sœurs. Ils ont tous une personnalité différente. Et ne pas essayer de vouloir faire, je dis n'importe quoi, un avocat alors qu'il ne l'a pas appelé à faire ça. Et vraiment essayer de comprendre quelle est vraiment l'aspiration de chacun. Mais c'est un peu pareil pour l'entreprise. Aujourd'hui, dans l'entreprise, souvent en recrutement, et c'est de plus en plus vrai, il y a ces fameuses fiches de poste qui ne veulent pas. Pour moi, pas dire grand-chose. Il faut aujourd'hui comprendre le candidat qui est en face de nous, certes pour un poste donné, mais qu'il n'est forcément pas adapté à ce poste. Et voir comment nous, notre organisation, peut s'adapter au mieux au candidat qui est en face de nous. Et comment notre organisation peut être suffisamment agile pour tirer le meilleur. Du candidat qui est en face de nous, ce n'est pas simple. Mais tout le challenge, il est là. Donc voilà, c'est quelque part la même chose que nos enfants. Je me lève entre 5h30 et 6h du matin, donc c'est relativement tôt. J'aime bien commencer le taux parce que le matin, en règle générale, ça me permet de faire le point de tous les mails. S'il y a des mails urgents, de trier sur lesquels je dois répondre, je dois pas répondre, des fois j'en ai en retard. Une journée est souvent très chargée, donc elle se termine. Quand elle se termine tôt, se termine au plus tôt, à 19h30. Et souvent, si j'ai des réunions le soir, c'est 21h, 22h, quoi. Jusqu'au vendredi. Le week-end est sacré. Samedi, dimanche, sacré. Ça n'a pas toujours été le cas, mais maintenant... Donc du lundi au vendredi. Pour moi, c'est pas un travail. Pour moi, c'est pas une contrainte. Pour moi, je prends du plaisir dans ce que je fais. Donc oui, c'est fatigant. Oui, je prends du plaisir à partir en vacances, par exemple. Mais je suis très content quand ça s'arrête, les vacances. Trois semaines, c'est le maximum. Au bout de trois semaines, j'en peux plus. Je suis content de reprendre de l'activité. Quand je suis à la maison, je déconnecte. Le week-end, j'arrive à déconnecter. Et en vacances, j'arrive à déconnecter. Au bout de trois semaines... Je me dis, je commence à repenser sérieusement au boulot, quoi. Parce que ça a besoin, c'est presque une drogue. C'est presque une... Je sais pas. J'arrive pas à le... J'entends tellement de gens qui me disent « vivement la retraite » , moi, c'est pas le cas. Alors que j'ai plein de copains qui, aujourd'hui, sont en train de la prendre. Mais moi, ça me... Ça fait envie. Parce que je ne m'ennuie absolument pas au travail. Je m'éclate au boulot. Je prends vraiment du plaisir à travailler. Je ne veux pas arrêter d'un coup. Je vais transmettre. Et je vais faire en sorte que ce soit progressif. Je ne vais pas arrêter d'un coup. Je me donne encore entre 7 et 10 ans. Je suis de 67. Donc j'ai... On est en quelle année là ? Voilà. Donc, j'ai 58. Donc 10 ans, ça fera 68. Entre 7 et 10 ans, quoi. Qu'ils vont, quoi. Mais non, j'appréhende pas. Mais je suis pas pressé non plus. Moi, je suis très heureux quand je pars 10 jours et que personne ne m'appelle. C'est-à-dire qu'ils se sont débrouillés. Ils ont réussi à se débrouiller sans moi. Et ça arrive ! De plus en plus. Donc je dis, chic, c'est super. C'est le principe de subsidiarité quand ils ont épuisé toutes les solutions. On va demander au boss si... Mais ça devient de plus en plus rare. Et c'est tant mieux. Et l'idée, c'est que ça n'arrive plus jamais. Après, c'est vrai que c'est... Un mode de management qui n'est pas forcément partagé par tous les patrons, tous les chefs d'entreprise. Il y en a beaucoup qui aiment bien, in fine, que tout soit rapporté, que tout soit contrôlé. Si ça tourne sans que je sois au courant, je suis le plus dur des hommes. Il faut tous qu'on ait conscience qu'in fine, on a tous une finitude. Donc si on est fini, il faudra bien qu'on soit remplacé un jour. Donc si on est remplacé, c'est qu'on est dispensable. À un moment donné. Ça peut arriver n'importe quand. Ça se trouve, ce soir, j'ai fait une crise cardiaque. Lundi, il faudra me remplacer. Autant qu'il soit le plus près possible de vivre sans le roi. Le roi est mort, vive le roi. Et d'ailleurs, c'est ce qui se passe. Quand il y a un roi, il le remplace, il trouve un héritier. Donc aujourd'hui, l'essentiel de ma tâche, c'est de faire en sorte qu'il y ait quelqu'un qui puisse prendre la suite lorsque je ne serai plus là. Alors bon, je ne te cache pas que ce serait mieux que ce ne soit pas lundi. Tout n'est pas tout à fait cadré, mais ce ne serait même pas catastrophique si c'était lundi. C'est mieux que ce soit un petit peu plus tard. Mourir vivant que vivre mort, ça c'est quelque chose qui pour moi est important. Certes, je n'ai pas une santé extraordinaire, là j'ai de l'arthrose dans les genoux, mais peu importe, je vis bien, je suis heureux de vivre, je passe du bon temps avec mes amis, je partage des bons moments. Pour moi, c'est très important. Le fait de faire cet entretien dans un cadre très intéressant, avec une bonne bière, peut-être tout à l'heure avec du vin, avec un bon plat, c'est très important parce que ça fait partie de la vie. Je suis un peu boulimique, d'ailleurs ça se voit. Je suis boulimique à la fois pour ce qu'il y a dans l'assiette, mais pour les projets, les machins, les trucs. C'est un peu presque pathologique. Et heureusement que j'ai des collaborateurs qui me raisonnent des fois sur certains sujets pour dire non, on ne pourra pas tout faire, ce n'est pas possible. C'est un peu aussi un de mes défauts d'être partout, de tout faire, de ne pas renoncer, d'être sur plusieurs projets. À un moment donné, il faut faire des choix. Et choisir, c'est renoncer. Donc ça aussi, il faut accepter de ne pas vouloir tout faire. Moi, j'aime à me référer au code du bien-boire de Chesterton. Chesterton, c'est une référence pour moi dans plein de sujets. Ce qu'il dit sur le bien-boire, c'est pour moi très intéressant. Les bonnes règles dans cette matière apparaîtront sans doute à l'exemple de beaucoup de bonnes règles comme un paradoxe. Buvez parce que vous êtes heureux. Ne buvez jamais parce que vous êtes malheureux. Ne buvez jamais lorsque vous vous sentez misérable, sinon vous ressemblerez... aux pauvres buveurs de gin des bas quartiers. Mais buvez au contraire, alors que vous pourriez être parfaitement heureux sans boire, et vous ressemblerez aux joyeux paysans italiens. Ne buvez jamais parce que vous en avez besoin, car ce serait une manière rationnelle de boire. C'est le chemin le plus sûr de la mort et de l'enfer. Buvez au contraire, parce que vous n'en avez pas besoin, car c'est irrationnel et c'est l'antique santé du monde. C'est magnifique ! Et moi, c'est un peu ma philosophie de vie. Je bois lorsque je n'en ai pas besoin, parce que c'est irrationnel. C'est par le plaisir d'être ensemble, c'est par le plaisir de communiquer, etc. Pour moi, laisser une trace. Si je regarde un petit peu dans le rétroviseur, je regarde ceux qui nous ont précédés. Et ceux qui nous ont précédés, je regarde mes grands-parents, je regarde... Et moi, j'ai toujours une certaine tendresse. Et je respecte les anciens. Des fois, on a tendance à les mépriser un peu. Et moi, j'ai toujours un petit peu de nostalgie quand même à regarder les vieilles photos zonies, où on voit les vieux, etc. J'aimerais demander à ma mère, par exemple, de me raconter les histoires du temps passé, etc. Laisser une trace. C'est quand je me rappelle, quand j'étais gamin, les soirées que je passais chez mes grands-parents. Les soirées d'été, notamment. On jouait jusqu'à ce que la nuit tombe. Dors, mes grands-parents, avec tout le voisinage, étaient sur un banc. où ils se racontaient des histoires, des fois je les écoutais. Et ça s'est ancré, et c'est une trace dans ma mémoire, d'écouter ces anciens qui discutaient, qui jouaient aux cartes. C'est ce temps de vivre, qui prenait le temps de parler les uns avec les autres. Eux, ils ont laissé une trace dans mon histoire.