- Speaker #0
Bienvenue dans Trajectoire. J'ai toujours aimé raconter des histoires, parce qu'une histoire c'est une trajectoire. Un fil qu'on déroule avec ses lignes brisées, ses virages, ses élans, ses silences. Il y a des débuts qu'on n'a pas choisis, des accidents, des échecs, des moments de lumière qu'on voudrait revivre, et des choix qu'on regrette ou qu'on porte fièrement. Trajectoire, c'est un podcast qui donne la parole à ce qu'on admire, qu'on suit, qu'on croit connaître, mais dont on ne connaît souvent qu'une facette. Je les invite à revenir sur ce qui les a construits. À dire ce qu'ils ne disent pas toujours. L'enfance, les manques, les rencontres, les renoncements, les renaissances. Ici, c'est un espace intime, une voix, un récit, en somme, une trajectoire. Il y a des histoires qui circulent avant même qu'on rencontre ceux qui les portent. Celle de Louis de Rynx, mais d'abord parvenue par Frédéric Lopez. Il m'a parlé de ce garçon dont l'existence a basculé un jour où tout aurait pu s'arrêter. Une histoire tellement forte qu'elle lui a inspiré un long métrage dans lequel Louis incarne son propre rôle. Louis a aussi écrit un livre, 15 000 volts, où il raconte cette traversée. Ça m'a donné envie de le rencontrer et de comprendre un peu mieux ce qui s'était joué pour lui. Je suis né à Bruxelles, c'est ma ville des coeurs Bruxelles, j'adore Bruxelles, donc je suis belge. Actuellement par contre je vis en Suisse, et puis je viens, si on parle des origines, on peut donner tellement d'origines, mais je pense que je viens d'une famille usuelle. Alors on a eu des débuts... difficile financièrement. Ça n'a pas été simple tous les jours, mais une belle famille, très soudée. C'est clair que ça rapproche, ce genre d'événement et ce genre de situation. J'ai une grande soeur. Une grande soeur où on a été comme cuisses et chemises tout du long. Une petite période d'adolescence où ça clashe un peu, surtout que... On le découvrira ensemble, mais je suis un peu un drôle de loustique depuis déjà un bon bout de temps. Mais elle a trois ans de plus que moi.
- Speaker #1
Du coup, justement, ton enfance plutôt paisible dans une famille soudée et l'adolescence alors ?
- Speaker #0
Ben disons, je pense que depuis tout petit déjà, franchement, j'étais... Je suis un peu un petit rebelle de la forêt comme ça, un petit aventurier. j'ai besoin de découvrir des choses j'adore les sensations fortes je suis un amoureux d'intensité que ça soit émotionnel ou que ça soit vraiment au niveau des sensations et de l'adrénaline ça se traduit un peu dans tous les domaines et je pense que j'ai mis ma famille, c'est dur de me suivre clairement, déjà pour donner une idée du truc, j'étais à la crèche Je devais avoir quoi, deux ou trois ans. Et pour la première fois, je suis resté tranquille pendant une journée parce que je poussais un de ces toboggans en plastique, comme ça, super léger. Et tout le monde était super content parce que pour une fois, je me tenais tranquille. Et en fait, j'ai poussé ce toboggan toute la journée pour aller le coller contre une grille et pour me faire la malle. Et ils m'ont rattrapé juste quand je passais au-dessus de la grille, en fait, pour partir. J'ai toujours eu ce truc de... J'ai envie de... de partir explorer, j'ai envie de vivre des trucs, j'ai envie de liberté, j'ai toujours fait partie de moi. Et puis ça m'a suivi l'adolescence, même chose. Et turbulent.
- Speaker #1
Tu crois que ça vient d'où ?
- Speaker #0
Je pense que ça vient vraiment de... En fait, je suis un petit curieux. Clairement. Au cœur tout mou. Clairement aussi. Donc j'ai toujours eu une tension un peu partout où j'étais, où j'ai jamais trop su comment me positionner. J'avais envie de faire plein de choses que j'avais pas le droit de faire, mais d'un autre côté j'avais pas non plus envie de créer des problèmes. À l'école ça a toujours été un truc insolvable pour moi. Parce que... Il se trouve que j'allais assez vite quand je comprenais les choses et tout ça. Puis j'avais envie de faire autre chose, j'avais envie d'explorer autre chose. Alors j'essayais d'aider des gens dans ma classe à comprendre aussi plus rapidement. Je voulais beaucoup participer parce que moi ça allait vite dans ma tête. Et puis je trouvais ça génial. Et à chaque fois je me faisais engueuler ou je me faisais mettre tout seul, tout devant. Ce genre d'approche. Et à un moment, je pense qu'il y a un... truc qui s'est fait dans ma tête où j'étais là ok je trouverai jamais ma place parce que moi je comprends pas votre système je fais tout ce que je suis censé faire j'ai envie d'aider mes camarades, oui ok je tiens pas en place je tiens pas assis mais voilà si je peux pas faire ça si je peux pas explorer mes propres intérêts en fait votre système il est pas fait pour moi et à partir de ce moment là j'ai des crochets scolaires mais très jeune déjà Premier décrochage scolaire, je pense 11 ans. J'avais plusieurs années d'avance à l'école, donc j'étais déjà en avance, mais je me faisais tout le temps, je me faisais toujours aussi chier, honnêtement. Et ouais, 11 ans, 11 ans j'ai commencé, j'étais en plus, j'étais en plein centre de Bruxelles, juste à côté de la Grand Place. Non mais, l'appel des antiquaires, des marolles, des sablons, des cathédrales, des musées, il y avait tout ça autour de moi. Et on me disait, tu dois rester assis dans une classe à te faire yéche. Non quoi. Et la première fois que j'ai osé partir de l'école alors que je n'étais pas censé, puis j'ai été faire le musée du chocolat, j'allais voir plein de trucs. C'était la porte ouverte à toutes les fenêtres. C'était parti, c'était lancé. Et depuis ce moment-là, j'ai jamais été en mesure d'aller à l'école de manière classique. Jamais.
- Speaker #1
Tu décides de faire quoi ? C'est quoi ton orientation ?
- Speaker #0
Disons qu'on a exploré plein de choses. J'ai autant un côté extrêmement rationnel, très scientifique, très matheux. J'ai toujours adoré ça, mais aussi très littéraire, très artistique. D'ailleurs, je me faisais toutes les galeries d'art qu'il y avait autour de la Grand Place. J'adore ça aussi. Donc, on a un peu exploré toutes les pistes. Mais systématiquement, je me faisais virer de partout.
- Speaker #1
Mais tu foutais la merde ? Tu faisais quoi exactement ? Non,
- Speaker #0
en fait, je n'étais jamais là. Non, non, et c'est ça que j'ai dit. Un petit explorateur rebelle me met au cœur tout mou, tu vois. Et moi, j'avais capté un truc. C'est que je partais tout le temps, mais je venais pour les tests. Parce que comme ça, je faisais les tests, j'avais mes notes, et on ne pouvait pas me caler. Parce que le pire, enfin, pire que d'aller dans le système, c'était de rester bloqué dedans. Alors j'allais pour tous mes tests. Et le truc, c'est que je les cartonnais tous. Donc on ne pouvait pas trop me dire grand-chose. Mais d'un autre côté... j'avais un nombre d'absences inimaginables. Et donc à chaque fois, c'était une invitation très sérieuse et définitive de changer d'établissement. Tu vois un peu le style ? On ne sait pas trop comment on te prend. Et j'ai essayé plein de trucs. J'ai été après dans une école spéciale pour finir plus vite, aller plus vite à l'université. En fait, si tu veux, c'était une école unique en son genre. Normalement, c'était pour les cancres qui n'arrivent pas à... à passer le pas pour rattraper le temps perdu. Et moi, j'étais le plus jeune, largement. Parce qu'en fait, moi, j'allais là-bas pour aller plus vite. C'était pour faire toutes les dernières années d'école et aller directement à l'université.
- Speaker #1
T'avais quel âge ?
- Speaker #0
Je devais avoir 14 ans au début, un truc comme ça, 15 ans. C'était pour arriver à l'Uni vers 15-16 ans. Parce que là, justement, j'allais bénéficier d'un truc un peu plus flexible, où je peux... En tout cas, c'est comme ça que je me l'imaginais. Et je vais là-bas. Et je réussis bien, tout se passe bien. C'est une école privée, moi je suis sous bourse. Parce que, évidemment, impossible de se permettre ce genre d'établissement. Et là, je me fais un peu attraper par le monde de la nuit. Je suis avec des personnes plus âgées. Donc je découvre tout ça.
- Speaker #1
C'est quoi le monde de la nuit ?
- Speaker #0
C'est le monde de la nuit de Bruxelles. C'est des énormes fêtes, du hardstyle. Enfin, ça va, du hardstyle dans des énormes hangars près des quais. à des fêtes dans des églises réhabilitées en boîte de nuit, on allait dans des fêtes où c'était un hôtel où tout est blanc. Et puis le truc qu'il y a, c'est que ce sont des personnes qui ont quand même beaucoup de moyens, parce que c'est une école privée, moi je suis sous bourse, et ils sont beaucoup plus âgés, donc eux ils rentrent partout, tout le monde les connaît, et moi je suis la mascotte, moi je peux aller avec, et le monde de la nuit, comme je t'ai dit, amoureux d'intensité, explosion. Et donc je pars là-dedans et je me dis, de toute manière, ce système n'est pas fait pour moi. Et je me refais virer. Et je pense que là, ça a marqué un tournant, mais un peu plus tard. Parce que je me fais virer alors que je cartonne tous mes examens. Et je parle une fois avec mes parents et puis ma mère, elle me dit, c'est quand même con, tu vois. T'es à deux doigts, là. Je pense que mes parents, face à tout, à cette envie de liberté qui est incontrôlable, autant pour moi que pour qui que ce soit à l'extérieur, ils ont vite compris qu'en fait ça sert à rien d'essayer de me cadrer, d'essayer de me mettre dans quelque chose d'enfermé, si je vais m'enfuir. En fait, je vais pas tenir, peu importe, je vais pas tenir. Et donc, quelque part, et c'est ce qu'ils ont bien compris, heureusement, heureusement, c'est qu'ils maintiennent la communication. On peut parler de tout. Et certes, je fais mes conneries et tout ça, mais je sais que je peux leur dire. Et ils n'essaient pas de me bloquer parce qu'ils savent que quand ça, ça va se passer, je vais continuer. Mais sauf que je vais couper la communication. Et là, on va se perdre. Et donc ils maintiennent la communication et on parle beaucoup. Et c'est à cette occasion-là d'ailleurs qu'on parle de cette école et tout ça. On me dit mais putain quoi, t'as deux doigts. Après c'est fini tout de suite. Et donc je fais un effort, je ravale mon égo d'adolescent. Donc voilà, tu vois. Et on me fait passer des tests spéciaux. Ils veulent vraiment me montrer que je ne vais pas revenir comme ça. Surtout, je suis sous bourse, donc tu imagines le truc. Et puis je fais les examens et tout. En fait, je réussis tous les examens que je suis censé passer pour après réussir mon année. Ils me les font tous passer à l'avance pour assurer que si je reviens, je passe tout. Et je me rappellerai toujours de ce moment qui marque vraiment un point de bascule quelque part dans ma jeunesse. Je réussis tout et puis j'ai un rendez-vous avec le directeur. On est tous les deux assis au bureau. Alors c'est une vieille école, vieille mode, vieille France. Parce qu'il faut savoir que c'est aussi une école. Tant que tu ne réussis pas des tests quotidiens sur la matière et que tu n'as pas plus que 80%, tu ne pars pas de l'école. Et tu peux rester jusqu'à 22h des fois. Parce que tu répètes. Jusqu'à ce que tu réussisses. C'est fait pour les personnes justement. Très vieille école. Je suis assis devant lui, côté magistral, comme ça. Il me regarde de haut. C'est vraiment le truc. Moi, je respire. Je me dis non. On a deux doigts. On a deux doigts. Et il me fait. Ah ben voilà. On rentre enfin dans le rang. Et il me sort des trucs un peu paternalisants. Enfin, le truc. Et il me parle de rentrer dans des cases, dans le rang. Et là, je l'ai regardé. Je dis, tu sais quoi ? Garde ton école. Je me vire moi-même. Et je pars. Et depuis ce moment-là, en fait, je n'ai plus jamais été capable de rentrer dans une case ou dans un... C'était juste plus possible. C'était épidermique. Et à partir de là, je me fais virer de partout. Mais partout, tout le temps. Parce que le truc, en fait, c'est qu'on me réinscrit dans une école, mais je n'y vais même pas. Du tout. Je préfère aller travailler dans la sandwicherie du coin où je parle à plein de gens, où... J'étais pas payé, j'allais chez Lulu, c'était un truc, il y avait tous les élèves, il y avait aussi des habitués, moi j'aidais à faire les sanduilles. Je préfère ça, c'est humain, tu découvres, tu parles, tu découvres des histoires. C'était ça qui me parlait, alors que j'allais même pas. Alors je me refaisais virer, je me faisais inscrire à une autre école, je savais même pas dans quelle école j'étais limite, parce que j'y allais pas. Et point de bascule de nouveau, je suis en boîte de nuit, je rencontre une fille. Et le lendemain, en fait... Voilà, le monde de la nuit oblige un souvenir un peu fou.
- Speaker #1
Quel âge ?
- Speaker #0
15 ans. Mais je sors déjà depuis un moment, à cette époque-là. Et je rencontre une fille, et puis soirée de fou, mais je me réveille, souvenir flou. Je me rappelle juste que c'était dingue. Et par un miracle hasard, je retrouve son numéro. Alors que je ne connais même pas son nom. Mais je retrouve ça dans mon... Dans mon répertoire, je me dis, je suis couré de ce truc. Puis j'essaie, j'essaie. Elle est irlandaise. Elle était de passage parce que son père est expat. Mais elle vit à Dublin. Et là, de nouveau, OK, je viens à Dublin. Tu sais quoi, on va faire notre premier date à Dublin. C'est là que je te dis, amoureux d'intensité, romantique à crever. Les belles histoires, les grands gestes, c'est mon kiff. C'est vraiment vivre la sensation qui te prend au trip comme ça. Je ne peux pas faire autrement que la suivre. Et là, ça me prend au trip, donc j'y vais. Et puis quoi, Dublin ? Quoi, j'ai 15 ans, je ne peux pas prendre l'avion tout seul ? Quoi, je n'ai pas de taf, je n'ai pas de thune ? Ok, t'inquiète, je vais trouver un moyen. Et puis j'ai trouvé. Et j'ai été à Dublin, sauf que je ne suis pas revenu.
- Speaker #1
T'as vécu ton histoire ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Combien de temps ?
- Speaker #0
Plusieurs mois. J'avais plus d'école, j'allais plus à l'école. Sauf que j'avais pas de thunes. J'avais pas de papier. J'avais pas de taf, j'avais rien. Mais je rencontre, je fais une rencontre humaine de dingue. T'as un jeune homme, il avait 25 ans, je pensais à l'époque. Il a une histoire un peu difficile. Il a perdu sa fiancée très jeune. Il est sans emploi. Mais on clique à fond, les deux. Et on commence à passer toutes nos journées ensemble. Moi, ma copine, elle va à l'école. Je suis un petit blanc. On commence à méga cliquer. On passe toutes nos journées ensemble. Et finalement, on vit à deux dans sa Golf. Et on vit un moment dans sa voiture.
- Speaker #1
Tu vis dans une voiture ?
- Speaker #0
Ouais, dans une Golfe.
- Speaker #1
Tu ne travailles pas ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Tu ne t'ennuies pas ?
- Speaker #0
Bah en fait le truc c'est que les deux on cause toute la journée de plein de trucs. Parce que c'est quelqu'un d'extrêmement profond, d'extrêmement intéressant, sensible. Il devait faire 1m90, 150 kilos. Il est immense. Mais un cœur, un cœur de fou. Et en fait on passe nos journées à parler, à aller à la plage. rencontrer des gens, à sortir. Donc voilà, moi je continue à faire ça. Et c'est d'ailleurs avec lui. À un moment, on a une conversation, les deux. Il n'a jamais dit au revoir à sa fiancée. Il n'a jamais réussi. Parce qu'ils se sont engueulés le jour de sa mort. Il n'a jamais pu aller jusque là. Et un soir, les deux, on parle et tout. Puis on arrive à la conclusion ensemble que c'est peut-être le moment qu'il y aille. Mais elle est enterrée tout au nord. Et donc on se dit, on retrippe. On va jusque là-bas et on lui rend visite. Et ce road trip c'est une de mes plus belles aventures. On parle de plein de trucs, on arrive comme ça dans le nord, on va se baigner, c'est un vrai road trip. Va visiter la tombe, je le laisse, moi je fais un tour. Et puis, après, on se pose et on discute. On a eu la même réflexion, en fait, tous les deux. Je pense que ça s'est construit dans le voyage ensemble. Puis ça a été un peu le point d'inflexion, cette visite. Et on était un peu là, mais genre, mais qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait, là ? Je veux dire, c'est pas une vie. Enfin, on essaye de faire quoi ? Et on se rend compte qu'on est en train de se construire contre. Contre un système qu'on ne comprend pas, contre des choses qu'on n'a peut-être pas forcément envie de traiter à l'intérieur de nous, contre plein de trucs mais pas pour nous en fait. Et on fait un pacte. On se dit, tu sais quoi, maintenant on rentre à la maison. Et on construit pour. Puis c'est ce qu'on fait. Lui il retourne vivre chez ses parents, moi je retourne à la maison. Et on reprend notre vie et c'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à vraiment construire pour moi. Alors je suis jamais retourné dans une case.
- Speaker #1
Tu l'as revu ?
- Speaker #0
Jamais. Non.
- Speaker #1
Comment il s'appelait ?
- Speaker #0
Dave. Dave.
- Speaker #1
Tu y repenses parfois ?
- Speaker #0
Souvent.
- Speaker #1
T'as jamais eu envie de le recontacter ?
- Speaker #0
Alors c'est peut-être particulier. Mais je trouve qu'il y a des histoires qui sont faites pour rester pures. Pas y retoucher, juste les laisser. Pas les revisiter trop souvent. Les garder à l'intérieur de soi. Ça faisait partie de ces histoires, donc non.
- Speaker #1
Donc tu rentres chez tes parents ?
- Speaker #0
Ouais. Mais c'est toujours le bordel.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que je ne m'y retrouve toujours pas dans ce système. C'est impossible. Je retourne à l'école. Je me fais de nouveau chier. On m'emmerde de nouveau parce que je ne suis pas comme les autres. Pourtant, je suis premier de classe. Franchement, et je saute une année en cours d'année. Parce que je suis passionné. J'adore apprendre. J'adore apprendre. On me donne une matière, c'est un point de départ. Et après, j'explore. En plus, je suis dans l'entretien. En économie, on m'a renforcé dans les filières les plus considérées. Les plus complexes, machin, enfin. Et donc, de nouveau, ils savent pas quoi faire de moi. Alors ils me disent, ah, tu vas sauter une année. Je suis ok. Sauf que ce qu'ils avaient pas compris, c'est que quand moi je saute l'année, je me dis, bah c'est trop cool. En fait, je prends six mois de congé, et je reviens, mais j'ai pas de trucs dans mon parcours scolaire. Et donc je peux de nouveau repartir, explorer, faire mes petits trucs. Et donc, hop. on me fait sauter une année, je joue le jeu jusqu'à ce que j'arrive dans l'année d'après et dès que je suis dans l'année d'après, je m'encarapate et je reviens pas et je reviens l'année d'après pour reprendre sans que ça se voit et finalement je finis parce que je pense qu'à un certain moment, suivre ces chemins d'exploration et découvrir la matière comme je l'entends, ça me passionne à un tel point que finalement je finis mes années avec les meilleures notes de toute l'école et ça lance un nouveau truc. Mais toujours pas dans les cases quoi. Jamais réussi. Et l'uni, ça continue à suivre le même chemin. Sauf que là au mieux, déjà j'étais pas classique. Mais alors la vie décide de me faire vivre un truc encore un petit peu moins classique en cours de route. J'avais 19 ans, à l'aube de mes 20 ans, je commençais enfin l'Uni. Ouais, je commence une école polytechnique, en mathématiques, pure. Le moment où je me disais, ouah, je vais être dans la masse, on va me laisser tranquille. Je vais être un élève dans l'auditoire. Je viens, tu t'en fous, je viens pas, tu t'en fous, on me laisse tranquille. Je vais au cours, je vais pas au cours, tout le monde s'en fout, je fais comme je veux. Et à un moment, on décide qu'il y a une fête qui se passe. Je dis, on va sortir, puisque ça va être les examens, on va devoir rentrer dans une tanière. Et on sort. Et je me réveille aux soins intensifs. Plusieurs semaines après.
- Speaker #1
Tu te souviens de la fête ?
- Speaker #0
En partie. Et tout le reste, effacé. Si je te le raconte de mon point de vue. Je peux te dire ce qui s'est passé, parce qu'évidemment avec le temps, on a un peu recollé certains bouts. Mais je pars en fête, on commence la fête, et je ré-ouvre les yeux, et je sais pas où je suis. Je sais pas ce qui s'est passé. Y'a plein de bruit autour de moi, et quand je regarde autour, y'a plein de machines, et je capte. Je suis à l'hôpital. Et je me dis, wow. Et j'essaye de me lever. Mais il n'y a rien qui se passe. Et je ne peux pas bouger en fait. Et j'envoie la commande à mon corps. C'est une sensation tellement étrange. T'en vois ? Il ne se passe rien. Et puis après, j'étais tellement chouté que... Et il y a quand même une infirmière qui apparaît. Qui me calme. Qui me demande un peu mon nom, mon prénom. Et c'est là que je comprends que ça fait plusieurs semaines que je suis dans le coma. Que je ne suis plus là. Parce qu'on a fait un bond dans le temps. Je ne sais pas, 5-6 semaines.
- Speaker #1
Donc au moins un mois.
- Speaker #0
Ouais, ouais, ouais. Et je ne sais pas si c'est parce que je suis shooté ou parce que je n'ai plus parlé depuis tellement longtemps. Mais j'ai de la peine à parler. J'ai de la peine à bouger la bouche. J'arrive presque pas à bouger. Je ne peux pas bouger, mais je sens tout mon corps. Il est là, mon corps. Il est entier, mon corps. Et je suis couvert par une couverture, donc je ne sais vraiment pas du tout ce qui s'est passé. J'ai mal. J'ai très, très, très mal.
- Speaker #1
Où ça ?
- Speaker #0
Partout. Partout. J'ai des douleurs atroces. J'ai des fois tellement mal que j'ai l'impression que je vais perdre la boule. Ou que je vais mourir, mais juste de la douleur. Et puis après vient l'annonce. Plusieurs médecins qui rentrent. Et puis moi j'ai l'impression que ça dure une heure. Je pense qu'en vrai ça a dû durer 5 secondes. J'ai l'impression qu'il y a un silence. Et je me dis, oh là là, ça pue. Ils commencent par la brûlure, disant que je suis grand brûlé. Et après, ils me disent que je suis amputé des deux bras. Et ils continuent à me dire des trucs, mais j'entends plus rien. Moi, je reste là-dessus. C'est un moment suspendu dans le temps. Il y a tout qui disparaît. J'ai l'impression d'être tout seul dans une pièce où il n'y a plus rien. Même moi-même, je suis suspendu. Je ne sais pas où je suis. Amputé des deux bras. Et le truc qui est particulier, c'est... Tu sais, t'arrives pas à projeter. Tu comprends même pas. Tu restes là, t'es là, mais... T'arrives pas à projeter ton image de ton corps. Moi, je peux pas bouger, je me vois pas, donc je sais... Je sais pas à quoi je ressemble. T'arrives pas à projeter un présent ou un avenir. Tu... T'es bloqué. Tu découvres que t'es devenu étranger à toi-même. Et je pense que c'est aussi... Alors, je vais parler un peu d'autre chose, mais... Je pense que c'est aussi pour ça que j'ai envie de partager mon histoire, parce que c'est une histoire extrême, mais je pense que c'est une histoire qu'on vit tous. Ce moment où il y a ta vie qui bascule pour une raison ou pour une autre, et quelque chose qui faisait partie de toi, change tellement. Que tu ne te reconnais plus. Que tu ne sais pas où t'en es. Et que tu ne sais pas où tu vas. Il y a un truc qui se passe. Et je l'ai revécu encore après, pour d'autres raisons. Et tu sais, c'est ce moment-là, tu vois ce que je veux dire ? C'est genre, tu ne sais même pas donner du sens aux choses. Le fait que ce qui faisait partie de toi, ça disparaît. Ça change tellement profondément que t'as ce sentiment que t'es étranger à toi-même. Tu sais plus faire sens de toi-même. Il faut que tu te réexplores, il faut que tu te redécouvres. Parce que t'as pas la matière.
- Speaker #1
C'est un autre soi.
- Speaker #0
C'est exactement ça. Mais que tu connais pas. Mais c'est toi. Et donc il y a un truc qui est sûr, c'est que t'auras pas le choix que de réapprendre à le connaître. Très vite dans ma tête je me dis ok, bah on revient pas en arrière, c'est la nouvelle donne. Donc qu'est-ce qu'on en fait ? Mais c'est un moment où, et Fred me le ressort souvent parce qu'une fois on en avait discuté les deux.
- Speaker #1
Frédéric Lopez ?
- Speaker #0
Oui, Frédéric Lopez. On parle souvent. Si je lui ai dit, ben la vie elle a redistribué les cartes, que la partie commence.
- Speaker #1
Je pense que ceux qui écoutent ont envie de savoir ce qui s'est vraiment passé ce jour-là.
- Speaker #0
Ben ce qui s'est passé ce jour-là, en tout cas ce qu'on a pu reconstituer, c'est que je rentrais de soirée, il pleuvait très très fort. Il y avait un climat orageux, très humide. Et je rentre de soirée. Je prends un taxi pour rentrer. Parce qu'ils me posent à la gare. La gare, elle est proche de chez moi. Et donc, moi je pars par le quai numéro 1. C'est un quai où au bout, il y a un chemin qui longe les voies. Et qui m'amène par un chemin détourné chez moi. Et donc, je pars par là. et on ne sait pas ce qui se passe. Mais on arrive à déterminer qu'il y a eu un arc électrique, c'est-à-dire qu'autour des fils à haute tension, tu as une zone, et s'il y a quelque chose qui passe dans cette zone, même si ça ne touche pas les fils, ça fait conduction. Et avec la pluie, avec l'humidité, l'arc électrique est particulièrement grand, et apparemment j'ai traversé cet arc électrique, donc je me prends 15 000 volts. Une déflagration... Selon les blessures que j'ai, on arrive à déterminer que j'ai pas mis les mains sur le câble et qu'apparemment, vu qu'il n'y avait pas de wagon, ça c'est le rapport de police que j'ai lu après, qui dit ça, moi j'en sais rien, apparemment j'aurais pas grimpé sur un wagon vu qu'il n'y en a pas, puis je prends 15 000 volts quoi. Et en fait, c'est un chauffeur de train qui voit l'éclair, qui voit le... et qui entend la détonation, qui voit le flash, qui vient voir. C'est le mec qui m'a sauvé la vie, hein. Parce qu'il vient voir tout de suite, puis il me trouve. Et là, on prend le bas de combat, et j'ai une série de chances, petits miracles, parce que déjà, il l'entend tout de suite, il vient voir tout de suite, puisqu'il n'y a pas donné. Après, il appelle l'ambulance, l'ambulance, elle arrive, il voit mon état, c'est clairement pas un truc qu'ils peuvent gérer sur place. Deuxième coup de bol, il y a un hélico de secours qui est dans le coin, qui revient d'autre chose ou je ne sais plus quoi, qui me prend direct. Et donc j'ai presque pas d'attente, il n'y a pas de délai. Et je suis emmené à l'hôpital cantonal, vu que c'est en Suisse, mais un hôpital universitaire. Et quand j'arrive, il y a le spécialiste des grands brûlés qui est de gare. C'est le truc, je les enchaîne. Je reste presque un an juste à l'hôpital. Juste pour survivre. Je ne sais pas comment ça se fait. Je te disais aussi que c'est en moi, depuis que je suis assez petit, c'est pour ça qu'on a fait aussi ce détour, je pense, en parlant. C'est qu'en fait, je suis là, si je dois mourir, c'est moi qui vais décider. Ça va être selon mes termes. Et donc peut-être je vais me remettre sur pied pour monter en haut de l'hôpital et me jeter par la fenêtre, j'en sais rien. Mais c'est moi. Et je pense qu'à l'heure, c'est mon besoin de liberté. Et je me dis, ok, comment je me barre ? Je me dis, ok, c'est fait. Je veux dire, je ne vais pas les faire repousser. On avance. Et on fait ce qu'il faut pour partir. Et donc direct, je me mets dans ce mode créer la solution. Créer ce qui va me permettre de retrouver ma liberté. C'est devenu une force qui faisait que je n'étais pas aspiré. C'est comme un déni positif. Je ne sais pas comment expliquer. Je me câble là-dessus. Et ça devient ma ligne de vie. Après... J'ai, bien sûr, des hauts et des bas phénoménaux. Mais j'ai ce truc de je veux ma liberté. On ne va pas me garder enfermé, c'est hors de question. Et on me donne plein de pronostics. Je ne les écoute pas. Je fais mon truc. Ouais. Ouais, et puis, je comprends les pronostics, on ne veut pas donner des faux espoirs et tout ça. Mais j'étais un peu là, genre... Le raisonnable, le raisonnable, mais qu'est-ce qu'il en sait le raisonnable de l'impossible ? De l'imprévisible ? De l'inimaginable ? Si on ne peut pas l'imaginer, le raisonnable il n'en sait rien si c'est possible ou pas. Et donc moi je vais vous montrer ce qui est possible. Et je vais me mettre dans zéro case qu'on me propose. Je ne serai pas celui qui va dans une institution, je ne suis pas celui, je ne suis rien de tout ça, je suis moi. Et moi je vais décider. et même si moi je ne sais plus du tout ce que c'est à l'heure actuelle, Je vais le recréer, je vais trouver mon chemin. Je déciderai moi.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui se passe pendant un an à l'hôpital ?
- Speaker #0
Je suis grand brûlé sur presque 50% de ma surface corporelle. Ils ont pris la peau des autres 50% pour couvrir la peau. Les 50% brûlés, donc je suis à vif sur tout mon corps. J'ai des os à l'air libre. J'ai été tellement cramé sur le côté gauche que je vois mes côtes. Je vois mes os. Moi, ça me fait délirer. Je suis une planche anatomique. Ma mère tombe dans les vapes. Moi, j'adore. Je suis empité des deux bras. Mes deux os. Je les vois, des deux bras. Moi, j'ai adoré. Je trouve ça super intéressant. Je ne sais pas. Tu ne vois pas souvent tes os. J'étais là, ouah !
- Speaker #1
C'est pas du tout badant pour toi ?
- Speaker #0
Je sais pas, non, moi je trouve ça assez... Je trouve ça drôle. D'ailleurs je me fais reprendre, enfin, de temps en temps, parce que... Bah ma mère et moi on a un contact très proche, on se voit beaucoup, elle vient me voir. Bah ma mère depuis que je suis petit, c'est une de mes meilleures amies, ça a jamais changé. Et moi je vais toujours lui montrer, tu vois. Je suis comme un gamin. Je suis là, ouah, regarde ! Regarde, enfin, écoute ! Puis les infirmières, c'est ma mère qui m'a raconté ça après, elle m'a dit que les infirmières se mettaient derrière moi si jamais je tombais dans les vapes. Parce que t'étais chou, je voulais pas te perturber, t'étais tout content. Et moi je trouvais ça génial. Je disais, attends, je respire, je vois mes côtes qui bougent. Mais donc j'ai tout ça, je peux plus marcher. Je dois apprendre à marcher. Parce que le courant électrique, c'est frié un chemin par les nerfs. Et en fait, il a cramé mes nerfs de l'intérieur. Et donc, ouais, parce que quand t'es... En fait, t'imploses quand tu... t'es électrisé comme ça. Donc j'ai brûlé de l'intérieur. J'ai implosé, en gros. Et donc... Je ne marche plus, je dois réapprendre à marcher. Je me suis souvent demandé, mais pourquoi ? En tout cas, la réponse que j'ai trouvée, pour l'instant, c'est une question sans réponse. Mais c'est juste un amour de l'expérience, de vivre des trucs, les sentir à l'intérieur de ton corps. C'est ce truc. Ce n'est pas que mental. C'est pas que ton corps, c'est tout à la fois, c'est un feu d'artifice, c'est l'intensité qui me... Déjà de nouveau, tu vois, quand j'étais petit, moi j'escaladais les monuments historiques à Bruxelles, j'allais le plus haut possible, enfin j'ai toujours eu un truc avec l'intensité. pareil dans l'art, j'aime bien aller voir de l'art pour vivre le truc. Et je le regarde et je veux le ressentir à l'intérieur de moi et je ressens une intensité de dingue. Découvrir les histoires des gens, recevoir leur intensité, c'est un truc. J'ai un truc avec ça. Je ne sais pas pourquoi.
- Speaker #1
Et donc là tu le vis pour toi-même ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Avec toi-même ?
- Speaker #0
Ouais. Bah avec un moi-même que j'apprends à connaître. Parce qu'alors il y a tout qui change. Je me réveille, je pèse 40 kilos, j'ai plus de bras, je peux pas marcher, je dois tout... Bah tout réapprendre quoi. Même manger, même boire, step by step. Franchement...
- Speaker #1
Et t'as le moral ?
- Speaker #0
Ça dépend du jour. Mais je pense que j'ai un truc assez rare, c'est que j'ai des gens autour de moi. Et il y a ce truc à l'intérieur de moi où je me rends compte que je suis un peu aussi leur baromètre émotionnel. C'est-à-dire que si moi je vais pas bien, ils vont pas bien. Ils sont un peu câblés sur moi. Parce que personne ne sait quoi penser de ce qui m'arrive. Et je pense que ce trait-là, j'en suis à demi conscient. En tout cas, je le ressens. Et donc, comme moi je suis down pour moi-même. que je n'arrive plus à faire les choses pour moi, en fait je l'ai fait pour ne pas rayonner cette énergie-là envers les autres. Et donc souvent, parce qu'il y a eu des fois où je n'y arrivais plus juste pour moi, j'avais trop mal, j'avais des douleurs horribles, il n'y avait aucun antidouleur qui marchait, ils me balançaient de la méthadone, tout ce qu'ils avaient, ça ne marchait pas, c'était horrible. À ce moment-là, j'avais un truc qui kikine. Je le faisais pour tous ces gens qui venaient me voir, qui me donnaient tout ça. Je ne voulais pas leur rendre. Et donc quand je ne le faisais plus pour moi, je le faisais pour eux. Je le faisais pour ma mère qui venait me voir tous les jours. Je le faisais pour mes proches qui venaient me voir très régulièrement. Je le faisais aussi même pour les infirmières qui travaillaient avec moi. Elles faisaient un taf de dingue. Moi, je les voyais, les horaires, les coupées, les nuits, avec des gens difficiles, on est tous en souffrance, ça gueule, c'est dur. Et elles font tout ça, elles me maintiennent en vie. Moi, je voulais être souriant, tu vois, quand elles arrivent. Mais c'est la moindre. Quand on souffre, Dieu sait qu'il n'y a pas de mode d'emploi. On gère tous comme on peut. Parce que Dieu sait que j'ai vu des proches à moi souffrir face à tout ce que je vivais. Et puis, tout le monde le gère comme il peut. Il n'y a pas de mode d'emploi. Mais je ne sais pas, mon mode d'emploi, c'était ça. J'avais envie de leur rendre. Puisqu'ils me donnaient beaucoup. J'étais très reconnaissant, donc j'avais envie de leur rendre. Donc, ça me faisait tenir. L'amour de connaissance m'a sauvé, tu vois. Parce qu'il y a plein de trucs qui se passent en même temps. Il y a toujours ce truc latent de je ne trouve pas ma place dans le système. Mais il faut savoir aussi que juste avant l'accident, j'ai eu un anorexie boulimie. C'est après que je l'ai dit à votre visa.
- Speaker #1
C'est rare pour un mec d'être là-dedans. Et pourquoi ça te touche autant ?
- Speaker #0
Parce que t'as pas le droit d'en parler quand t'es un mec. Les gens, ils le savaient, ça se voit. Tu peux... Enfin, je sais pas. J'avais pas l'impression que je pouvais le dire. C'était presque clinique, j'étais loin, tu vois. Et l'accident est venu à ce moment-là. Donc moi, je me réveille dans un nouveau corps, mais en plus dans un corps qui porte déjà tous ces trucs. Et je dois tout reconstruire. Tout, tout reconstruire. Tout. Je dois découvrir un corps que je ne connais pas, qui a changé. Mais je dois aussi défaire mon corps de... Plein d'injonctions qui ont passé la barrière du mental. C'est rentré dans mes cellules. Je ne sais pas comment expliquer. Quand tu rentres dans ce genre de dynamique par rapport à ton corps, c'est pas mental. C'est pas mental. Je me dis, je vais tout apprendre. Je vais tout apprendre et je vais tout faire. Je prends tous les cours que je trouve sur la nutrition, la diète, sur la gestion de la... Tout, tout, tout ce que je trouve. Je le prends. Et je monte mon propre programme.
- Speaker #1
Est-ce que tu l'as maîtrisé, ce truc-là, maintenant ?
- Speaker #0
Maintenant, oui. Ça m'a pris des années. C'est un interrupteur bizarre. Parce qu'une fois que tu... Une fois qu'il apparaît, il ne va plus jamais disparaître. Il est toujours là.
- Speaker #1
C'est comme la toxicomanie.
- Speaker #0
Ouais. Ouais.
- Speaker #1
Addiction.
- Speaker #0
Oh oui. Je connais aussi, d'ailleurs. Mais je pense que ça va aussi avec... Avec cet amour de l'intensité, l'amour aussi des états alternatifs, je veux dire, c'est... Mais c'est un interrupteur, une fois qu'il apparaît, tu peux juste gérer, tu peux juste apprendre à dire où là il s'allume, et à... d'adapter, tu vois. Et ça m'a pris des années, vraiment. Ça m'a pris longtemps. Mais finalement, je suis passé par l'orthorexie. En vrai.
- Speaker #1
Le ?
- Speaker #0
L'orthorexie.
- Speaker #1
C'est quoi ?
- Speaker #0
En gros, c'est... Je surétudie tout. Je pèse tout. Et je suis sûr et certain que ce qui passe la barrière de ma bouche, c'est ni trop ni trop peu. C'est exactement ce qu'il faut. Point bas. C'est comme ça que je surmonte, en fait.
- Speaker #1
Mais du coup, c'est hyper, hyper contre le fric. T'es obligé de tout.
- Speaker #0
Bravo, je pèse tout.
- Speaker #1
Mais du coup, tu lâches jamais ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Jamais ?
- Speaker #0
Mais d'un autre côté ?
- Speaker #1
Pourquoi tu pèses ? Pourquoi tu pèses tout ?
- Speaker #0
Comme ça, je sais que c'est pas trop.
- Speaker #1
Mais t'as peur que ce soit trop, pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que je peux pas prendre trop. Parce que ça va redéclencher un truc. Et je peux pas prendre trop peu, parce que ça va redéclencher un truc.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Je comprends.
- Speaker #1
J'ai compris.
- Speaker #0
Faut que ça soit stable. Faut que je sache. Exactement. Et en soi, ça tombe bien. Parce que je dois reprendre une chichette de poids. Mais je vais tout peser. Je vais savoir exactement mes macros, mes ratios de protéines, de carbohydrates, de lipides. Je sais exactement qu'est-ce qu'il y a, dans quel tupperware, à quelle heure, comment, pourquoi.
- Speaker #1
T'es dans une totale maîtrise de ton corps.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Totale.
- Speaker #0
Total.
- Speaker #1
Y'a rien qui t'échappe.
- Speaker #0
Pas de grand-chose. Même la douleur. J'ai appris l'hypnose à l'hôpital parce qu'il n'y a rien qui marche. Aucun antidouleur. Ils essayent tout. J'ai des douleurs fantômes, j'ai des douleurs de brûlure, j'ai des douleurs d'escarpe. J'ai pas bougé pendant plusieurs mois. J'ai un bassin fracturé. Ils trouvent pas. Il y a rien qui marche. Une fois, on me propose de l'hypnose. Le moi de l'époque, il est un peu sceptique. Je te le cache pas. Je suis très cartésien, très rationnel. Mais il y a rien qui marche. Donc, go, tu vois. Et ça, ça marche. Et je me dis, ok, ben ça, pour moi, c'est une révélation. Je suis là, waouh. Tout ce que tu peux faire, en fait. Juste avec ton imaginaire, juste avec toi-même. Et ça, évidemment, moi, amoureux d'autonomie, de liberté, d'exploration, tu me donnes un truc comme ça. Je fonce tête baissée dedans. Et je pratique, L'auto-hypnose, à où prend-on ça ? Et en fait, arrivé à un certain moment, je reprends le dessus. Et j'arrive à gérer mes douleurs, j'arrive à gérer moi-même. Avec ces outils-là. Et donc j'arrête toute la médication. D'un coup, contre tous les avis. des médecins. Et donc quand on dit une maîtrise sur mon corps, je la pousse dans tous les domaines. Et c'est un peu ma manière de me réapproprier. Et ça passe par ce mix dont moi j'ai besoin et que j'ai cherché partout, qui est de la science et de l'expérience. Je lis tout. Les ouvrages, scientifiques, les études, tout ce sur quoi je peux me mettre la main, je le lis. Toute la science, toutes les expériences, toutes les études cliniques qui ont été faites, je lis, je lis, je lis, je lis tout, tout le temps. Et j'expérimente souvent. Parce que je ne peux pas faire qu'apprendre la science. Moi, c'est un truc, et c'est resté encore des années après. Les dix ans qui ont suivi mon accident, ça a été la même chose. Je dois y prouver. Je dois vivre le truc. Et donc tout ce que je lis, je teste. Tous les modèles scientifiques, toutes les théories de la conscience, je teste. Tout ce qui est thérapie cognitive ou comportementale pour la douleur. T'as un petit troisième vague, ça commence un tout petit peu. C'est toutes des manières en fait, et c'est ça qui me passionne d'ailleurs à partir de ce moment-là, de trouver une richesse incroyable dans la douleur. Quelle la douleur ? C'est un phénomène multidimensionnel. C'est autant tes souvenirs que ton anxiété, que ta manière de réfléchir, que tes motivations, que ton émotion, c'est tout ça ensemble qui crée l'expérience de la douleur. Et quand ? Tu apprends à lire toutes ces dimensions. Dans la douleur, tu peux commencer à les bouger et à gérer ta douleur. Tu ne l'élimines jamais, mais tu la rends... Elle ne te freine plus.
- Speaker #1
Tu la rends supportable.
- Speaker #0
Oui. Et je trouve un chemin pour même la rendre moteur. Tu peux la... Je ne sais pas comment expliquer. Tu peux la recâbler. Tu peux comprendre des choses qui te permettent d'aller plus loin. Tu peux redécouvrir tes aspirations au travers de la douleur. Tu vois ce que ça te frustre. Et donc, tu redécouvres ce qui te motive. Et donc, tu... t'avances. C'est une manifestation de ton être. Et ton être il est beaucoup plus large que ton corps ou ton esprit. Ton être c'est tout ça à quoi tu te connectes. C'est l'ambiance, c'est les objets autour de toi, c'est les gens, c'est les relations que t'as vécues, c'est ton histoire, c'est les gens que t'as croisés, c'est la technologie, c'est... ça dépasse totalement ton corps, ça dépasse totalement ton esprit, ça dépasse ton individualité, c'est beaucoup plus large. Et la douleur, en fait, à force de l'explorer, ça a été un peu... Puis la souffrance, parce que ça s'est étendu, évidemment. Je suis tombé amoureux d'elle. Parce que j'y trouvais à chaque fois des nouvelles choses, des nouveaux apprentissages, des nouvelles sources de motivation. Je tombe amoureux de ça. Et très vite, je m'intéresse à celle des autres. Parce que c'est devenu une passion. Et sachant que j'ai arrêté ma médication, il y a des gens qui me demandent de travailler avec eux. Parce qu'on se balade tous avec notre petit séménier, là. On a tous l'impression qu'on est en maison de repos, pas en rééducation. Et moi je ne suis pas thérapeute. Je leur dis, j'ai fait joujou avec moi-même, mais les gars je ne peux pas. Et puis face à ça je me dis, tu sais quoi ? En fait j'ai envie de les aider. Et c'est là que j'entame ma première formation freestyle. Je fais la formation pour devenir thérapeute en hypnose, et puis tous les papiers pour être reconnu par les assurances et tout le bazar, pendant que je suis en rééducation. Et ça devient une force motrice qui me fait découvrir justement cet être que maintenant je trouve qu'il est infini, il n'a aucune limite en fait, il est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus large que ce qu'on nous dit, que ce qu'on apprend, que ce qu'on pense. Et donc, de manière intéressante, ma douleur, ça devient un espèce de chemin de transcendance. Avant mon accident, c'était genre, t'as pas le droit d'être vulnérable, t'as pas le droit d'être émotionnel mec. Parce que tu deviens la risée des potes, tu deviens fin T, t'es la bave par fiole, fin T, moi j'ai eu droit à tout. En plus je suis le plus jeune à chaque fois dans toutes les classes, donc j'étais la tête de turc. Et donc pour moi, vulnérable tu peux pas, émotionnel tu peux pas. Mais en passant par ma douleur, je me rends compte que mon émotion, c'est une force. Ma vulnérabilité, c'est une force. Me dire j'ai mal et le regarder parce que j'ai mal et voir ce qui se cache là-dedans, c'est ce qui me permet de la gérer, de la transformer depuis l'intérieur. Et c'est ça qui marche. Parce qu'essayer de la tuer de l'extérieur, ça ne marche pas. J'ai essayé, ça ne marche pas. Et c'est venu tellement jeune que je me suis construit une espèce de carapace où je me suis plus posé la question de surtout te donner ce que tu attends de moi. plutôt que d'être qui je suis. C'est devenu un mode de protection parce que j'avais l'impression qu'à chaque fois que j'étais qui j'étais, je finissais dans la merde. Je pense que c'est un des trucs que j'ai dû travailler après mon accident. Là, je n'avais pas le choix. Il y a eu toutes ces déconstructions à la fois à faire, mais j'avais ce truc, je vais être libre de nouveau. Je reste, je pense, en rééducation un peu plus d'un an, avec un petit retour à la vie au milieu, pour pimenter un peu le... Parce que je sors des cliniques, j'avais fait des demandes pour avoir des prothèses et tout ça. Et après deux mois, on m'appelle et on me dit « les prothèses, ça, il faut retourner en clinique » . C'est un an et demi avec une petite pause au milieu, pour les prothèses qui ont aussi été une sacrée aventure.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que ça marche pas. Si je suis brûlé, si j'ai un pité très court, j'ai plus les mêmes muscles au même endroit, parce qu'on m'a pris des muscles dans les jambes pour les greffes autour de mes bras, puis on m'a un peu bidouillé de partout. Puis on essaye, on essaye, ça marche pas. Et puis le truc que moi je trouve insensé, c'est qu'il me faut quelqu'un pour la mettre, il me faut quelqu'un pour l'enlever, il me faut quelqu'un si elle se dérègle. Et j'étais là, mais c'est pas de la liberté votre truc. Je suis désolé, mais c'est un handicap supplémentaire ce machin. Et donc, finalement, je les refuse. Après avoir essayé, mais comme un dingue, de les faire marcher, franchement. Mais j'ai pas besoin de cosmétiques. Moi, je veux de la liberté. Et donc, je prends pas. Je suis rentré dans l'acceptation. Parce que ce genre de choses, c'est comme perdre un être cher. Tu l'as jamais complètement accepté, ça revient. De temps en temps, tu refais ton acceptation. T'es en cheminement, tout le temps. Tu reviens jamais comme avant. Tu deviens quelqu'un que t'avais pas prévu d'être en fait. Mais tu chemines avec ça, et t'apprends à créer avec ça, avec ce que t'as perdu, avec ce qui a changé, avec ce qu'il y a encore, avec ce qui pourrait être mais qui n'est pas encore. Puis t'avances. Mais j'aime bien, en tout cas ça me va. Sur ce chemin, j'ai trouvé, je sais pas, une espèce de force intérieure... phénoménal. Et donc je sors et je me lance dans mes études, mais je crée une start-up en même temps. C'est un nouveau traitement de la douleur. En fait, en explorant ces douleurs, en explorant toutes ces manières de pouvoir la gérer autrement que par des médicaments qui sont ravageurs. En fait, il y a de nombreux gens qui ont mal et qui n'ont pas de solution. Ils sont très très nombreux. Je me dis, c'est pas possible, en fait, juste thérapeute, c'est pas assez. Et c'était les débuts de la réalité virtuelle. Et je me dis, mais voilà, en fait, je vais prendre ces thérapies, ces modèles, toutes ces choses que j'ai apprises, je vais les mettre dans la réalité virtuelle. Et comme ça, tout le monde peut y avoir accès. Mon idée, en fait, c'est de créer des séances. D'abord d'hypnose, et puis de thérapie cognitivo-comportementale, et de prendre toutes les approches non médicamenteuses qui aident à gérer la douleur.
- Speaker #1
Via la réalité virtuelle ?
- Speaker #0
et l'automatiser via la réalité virtuelle. Avec un soupçon d'IA, pour personnaliser. Parce que la douleur, c'est hautement personnel. Il n'y a pas de one size fits all là-dedans, du tout. Tu ne peux pas faire la même chose pour tout le monde. Et donc j'imagine tout un système où on collecte plein de descripteurs de ta douleur, on essaie d'apprendre à la connaître. C'est parce que fondamentalement, ce que j'essaie de créer, c'est une IA générative, mais il y a 8 ans. Et finalement, j'y arrive. J'apprends à coder, je fais les sciences informatiques, j'y arrive. Maintenant que je suis ces deux trucs et je décide de faire psycho à l'une, parce que je me dis c'est pas possible, il y a un truc, je veux continuer, j'aime découvrir des histoires, j'aime... entrer en contact avec les gens. Et donc je suis ces deux choses en parallèle. Et il se trouve que mon projet d'entrepreneuriat, il va très bien. Alors que je suis encore à l'une, en bachelor, je vais accélérer le développement. Parce que moi, je veux qu'une seule chose, c'est que ça arrive dans les... les mains des gens. Et je veux que ça soit accessible, donc je veux que ça soit remboursé. Alors, parcours semé l'embûche, il y a huit ans, tu dis, je fais de la VR avec de l'IA pour faire de l'hypnose pour la douleur. On te regarde, genre, mais toi, t'es perché, mon gars. Et je rencontre un mastodonte de la santé digitale. C'est genre l'une des plus grosses boîtes. Et je veux faire un partenariat. Parce que je veux aller vite. Je veux que les gens aient en main. Mais il faut faire des études cliniques, il faut faire... Enfin, il y a tout un pipeline que j'apprends à connaître à ce moment-là. Et donc, je me dis, il me faut un partenariat. une fois de la force de frappe. Et là, c'est miracle de la vie, je suis au fitness et je vois le CEO de cette boîte rentrer. Je me dis, c'est pas possible. Et donc je vais pitcher pendant qu'il fait son elliptique.
- Speaker #1
On a l'image.
- Speaker #0
Et je le pitch. Il me dit, ok, on parle après. Et après, par un concours des circonstances, par des personnes que je rencontre, par les conférences que je fais, par d'autres moyens, avec d'autres amitiés que je noue, en fait, tout mène vers cette boîte. Et au départ, ils ne savent pas s'ils veulent faire le partenariat, ils ont beaucoup en cours, machin, donc on continue à parler du partenariat. Ils me disent, mais par contre, vu ce que tu nous montres, nous, on ne sait pas. Je cherche un expert en neurosciences de la douleur. Est-ce que tu serais motivé d'essayer ? Je suis là, les gars, mais je suis en bachelor en psycho. La neurosciences, je l'ai appris tout seul. Ils me disent, ouais, mais on peut faire un test. Moi, je ne peux pas dire non. Je fais mon essai et ça passe. Et je me rappellerai toujours de mon premier jour. Ils arrivent et me posent mon ordi. Ma mission c'était d'éduquer toute la boîte sur la douleur. Du point de vue neuroscientifique, psychologique, hypnose, tout. Ils me disent, ben voilà, bonne chance. Et je commence à faire toutes mes présentations, je parle à tous les gens, c'est génial, tu vois. Et en fait, je finis par faire carrière dans cette boîte. Et à un moment, je me dis, j'ai envie d'aller voir comment ça se passe là-haut. Et je sais pas, je me mets dans la tête. Avant 30 ans, j'ai envie de finir dans la direction. Juste pour voir, c'est... C'est parce quoi, la main ? Et donc, je chemine dans cette boîte. Parce que je suis toujours à l'université, j'ai pas arrêté. Je vais quand c'est obligatoire. Je passe les examens, mais je jongle avec les deux. Et puis bon, on en reviendra après. Mais je fais aussi des conférences et je suis thérapeute le week-end. Donc, enfin, t'sais, moi, je... C'est une explosion. C'est mon rêve. Et je continue. Et je termine dans la direction avant les 30 ans. Je deviens directeur médico-économique de la boîte. 7 ans. 7 ans de carrière à 100%, pendant 7 ans d'études à 100%, parce que je suis un amoureux de la science. Et je le vis à fond. J'ai quand même la chance de vivre dans un pays en Europe, et là où on est, moi je suis en Suisse, il y a du soutien, donc j'ai quand même une personne qui est avec moi. Parce que je suis entièrement autonome à la maison, mais dès qu'il y a des déplacements, j'ai pas tous les accessoires que j'ai créés, j'ai pas tout ça avec moi. J'ai quelqu'un avec moi. qui n'est pas entièrement couvert, c'est compliqué. C'est pas... Disons qu'on ne me suit pas sur tous mes délires. On me donne la base pour faire... Pour que j'ai ma dignité d'être humain. Le reste, je compose. Mais disons que les notes de cours, tout ça, c'est moi qui fais.
- Speaker #1
Comment ?
- Speaker #0
En se connectant, de nouveau, aux gens, aux livres, aux profs, à la matière. à cet être qui est beaucoup plus large que ce qu'on pense, une fois que tu touches à ça, tu te rends compte à quel point tu as une richesse incroyable à ta disposition pour faire des trucs. Alors bien sûr, c'est de nouveau, tu vois, des fois tu vas dire à des gens que tu connais pas, que ben t'es dans la merde, et t'as pas d'égo, t'en bats les couilles, enfin moi je suis honnête, tu vois, et puis ben j'ai pas de notes, j'ai pas la moindre idée en fait de quoi ce cours il parle, et je suis censé passer l'examen dans une semaine, donc... Et je parlais des inconnus. Et je dis, tu vois, tu peux m'aider si tu peux. Et tu rencontres une bienveillance. Alors des fois, tu te prends une porte dans la gueule. Je veux dire, et fine, il n'y a pas de problème. Et il y en a qui m'aident. Et je noue des amitiés. Et puis après, on continue ensemble. Et puis moi, je les aide sur autre chose. Et puis, enfin... Et en fait, c'est comme ça que j'avance tout le temps. Jusqu'à la dernière en date, là. J'ai fait un... Un executive MBA. Dans une des écoles les plus prestigieuses du monde. J'étais le plus jeune de l'histoire à rentrer. Parce que je suis rentré à 29 ans, la moyenne d'âge c'est 45. Et ça aussi c'est... Tu vois on parlait de culot au début, d'audace. Mais c'est parce que j'ai eu de l'audace. J'ai passé mes examens de finance pendant le tournage du film.
- Speaker #1
Alors oui, donc derrière... Derrière, t'es devenu acteur aussi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ça t'en a pas parlé.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Est-ce que c'est quelque chose que tu voulais faire, ou c'est quelque chose qui est venu à toi ?
- Speaker #0
Bah c'est venu à moi. Enfin, un peu des deux, comme d'hab. J'avais l'émission avec Frédéric Lopez, où j'ai été invité sur le plateau de Millenvie. C'est lui qui m'a raconté ça, parce que je pense que c'était tellement naturel pour moi que ce n'est pas quelque chose qui m'a marqué. Là où Dieu sait que c'est audacieux, ce que j'ai fait, c'est à la sortie de l'émission, il y aura un film sur votre vie. Moi, je lui ai dit, ouais, ce sera vous qui le ferez. Le truc... Et puis voilà, ça se passe. Mais tu sais que c'est une vocation. Je rêve de pouvoir continuer. Après, est-ce que le cinéma est prêt à ça ? Je n'en sais absolument rien. On verra bien. Je chemine. On verra ce qui ressort de tout ça. Mais c'est devenu une vocation. Et tu sais pourquoi ? Parce que c'est comme la douleur, c'est comme la souffrance. Tout ton vécu, tout ce que tu es, tout qui tu es, toute ton histoire, c'est une matière fertile. T'apprends à la mettre au service de quelque chose. En connexion avec tes partenaires. en connexion avec tout ce qu'il y a autour de toi. C'est mon kiff le plus grand. Et j'ai eu six semaines pour travailler mon rôle un peu plus. Parce que vous, on ne savait pas. Il y a toute une aventure là-haut. Et quand j'ai le feu vert, c'est genre, on tourne dans deux mois. J'ai un peu de coaching, mais j'ai six semaines. Et heureusement, je rencontre un coach qui est fantastique, qui m'ouvre des dimensions encore de moi-même que je n'avais pas rencontré et qui est aussi d'une humanité juste grande. Andiose. Et de nouveau, on connecte. On commence à parler. Il m'aide. Il me guide sur certaines choses. Et après, je me retrouve devant la caméra. Et t'as l'adrénaline du c'est maintenant qu'on tourne. T'as tout à l'intérieur de toi, mais tu vas créer avec l'instant. Avec ce qui se passe, mais qui n'était pas prévu. Tu vas chercher à l'intérieur de toi l'hypnose, mais à fond. Je peux pratiquer ça pour me remettre dans des trucs. feu d'artifice. Et je me dis, moi je vais faire ça. Moi je vais faire ça. Et ça tombe bien parce que par des chemins croisés, j'ai eu quelques petits soucis de discrimination, d'harcèlement sur la fin de ma carrière. Et donc en fait, quelques mois avant qu'on ait le feu vert pour le tournage, je quitte mon travail.
- Speaker #1
Sur la fin de ta carrière, c'est ta carrière de... Dans cette boîte. Dans cette boîte.
- Speaker #0
Ouais. J'ai vécu quelques trucs difficiles en cours de route. Et donc j'ai découvert cette vocation, je suis là, ben voilà.
- Speaker #1
Donc maintenant, t'en es où alors ?
- Speaker #0
Ben j'écris un livre aussi. Je suis un peu à la croisée des chemins, je sais pas. Avec le film, on me dit, on va rééditer le livre qui a inspiré le film. Le premier livre que j'ai écrit, mais il y a dix ans. Au départ, je suis là, ouais, trop. Comme ça, ben, les personnes qui veulent découvrir. La personne qui a inspiré le film, ben il peut. Puis je le relis. Et ça me renvoie dans un voyage de redécouvrir ma voix il y a dix ans. Avant que je vive tous ces trucs. En fait, je la lis. Je vois les graines de ce que c'est devenu après. Je vois les bourgeonnements de ce que je reconnais. Je vois les bourgeonnements de mes plus gros cassages de gueule. Et je me dis, oh, Là, mon ami, tu disais ça, mais ouais, et je relis tout ça et je vois ça, et puis je commence à prendre des petites notes, puis je commence à prendre plus de notes, puis je commence un peu à réécrire le livre. Et après, finalement, en fait, je réécris tout le livre. Même si je réécris le livre, ceux qui veulent découvrir le Louis qui a inspiré le film, ils peuvent. C'est ma voix d'il y a dix ans. Mais entre mes lits, je leur présente le Louis d'aujourd'hui. Et je leur présente ce Louis d'aujourd'hui un peu au travers d'une enquête de qu'est-ce que c'est l'être, le soi. où je mélange les découvertes scientifiques que j'ai testées, que j'ai explorées, tout ce que j'ai été chercher là-dessus, les découvertes que j'ai eues en art, qui m'ont fait rentrer en contact avec cet être justement beaucoup plus large, beaucoup, beaucoup plus large que ce que je pensais. Je rencontre une femme incroyable. J'en parle dans mon livre d'ailleurs, parce qu'elle m'a ouvert des perspectives encore... Au revoir. Elle est en profondeur et en légèreté. Et elle a un truc ici, je ne sais pas comment expliquer. Elle m'emmène, elle m'emporte, elle me transforme, elle me retourne, elle me renverse. Et on décide de devenir parents. C'est la grande, grande, grande révolution. Et c'est ce qui m'a attiré pas mal d'ennuis d'ailleurs au niveau professionnel aussi. Tu deviens papa. Et tu te prépares mentalement, tu vois, tu te dis ouais, papa ça va tout changer. Et puis après il naît et on te le pose sur le torse. Et là... Là, tu sais, tu vois. Et là, moi, j'ai su. Fallait que je sois là. Alors, j'ai fait en sorte de l'être. Ça m'a valu des problèmes dans les chemins de carrière usués.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que t'es pas censé être absent aussi longtemps, t'es pas censé être impliqué dans autre chose que ton taf. Mais moi, je m'en fous. Dans ma situation, on t'offre pas de... de place dans le monde. C'est très difficile. Et je sais qu'en quittant mon emploi, je prends un risque. Je prends un énorme risque. Mais encore une fois, tu vois, c'est plus fort que moi. C'est plus fort que moi. Je vois mon fils, il fait partie de toutes ces choses auxquelles je me connecte et qui font partie de moi. Y'a pas moyen de faire autrement. Je vis ces premières années avec lui. Par exemple, le livre, je l'écris la nuit. Comme ça, la journée, je peux le voir. Je n'ai pas dormi pendant trois mois. Mais je ne pouvais pas juste ne plus être là. On avancera ensemble et je recréerai ce que je suis censé recréer avec ce nouveau soi qui maintenant a un magnifique petit bout de chaud. en lui, et puis on verra.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on voit de toi et qu'est-ce qu'on ne voit pas ? Je crois que j'ai déjà la réponse, mais tu peux me le dire en quelques mots.
- Speaker #0
Je ne sais pas si ça va répondre à ta question, mais je me suis rendu compte que souvent ce qu'on voit de moi, c'est le reflet de soi. Par ma situation, on projette beaucoup de choses. Et donc, qu'est-ce que tu vois de moi, une part de toi ? Et qu'est-ce qu'on ne voit pas de moi ? À quel point j'aime te voir, toi. J'aime te voir, toi. Jamais je ne te jugerai pour quoi que ce soit. J'ai un amour pour les personnes qui sont en face de moi, dont je pense qu'on ne mesurera jamais réellement l'étendue.
- Speaker #1
Est-ce que cet amour-là, tu l'avais avant ton accident ? Ou est-ce que c'est venu... À travers une forme de sagesse ?
- Speaker #0
Je pense que je l'avais avant l'accident, mais je ne savais pas quoi en faire. Je ne savais pas comment le gérer, je ne savais pas dans quoi le mettre, je ne savais pas... Et je pense qu'avec le cheminement depuis, j'ai appris à le gérer un peu mieux. Et j'ai appris surtout à en fait le vivre et puis à m'arrêter là où je suis censé m'arrêter. L'autre en fait ce qu'il veut.
- Speaker #1
C'est quoi ton rapport au temps, à l'âge ?
- Speaker #0
Je n'en ai pas. Non, j'ai une distorsion du temps en plus, parce que comme je dis, j'ai pas beaucoup dormi depuis vachement longtemps, donc moi et le temps, compliqué. Mais déjà de base, je trouve que l'être dont je t'ai parlé justement, il transcende le temps, en vrai. Il transcende le temps, il transcende l'espace. En un claquement de doigts, tu peux te reconnecter à ta manière d'être d'y attiser. Et elle est là avec toi, ça transcende le temps. Donc mon rapport au temps et à l'espace, c'est que c'est une fabrication. Je pense que c'est quelque chose qui structure et qui est nécessaire, bien sûr, mais qui quelque part est très réducteur par rapport à ce qui est possible. Et donc pour moi, là, ça ne va rien dire le temps, ça ne va rien dire la perception de durée. Allez, peut-être, un peu. Parce que tu vis le temps différemment. Il y a du temps plus long, il y a du temps plus court, il y a du temps plus saccadé. Ce vécu-là, c'est riche, il y a plein de choses. L'âge. Alors là, moi on me la reproche, c'est que moi j'ai eu de l'âgisme inversé, je ne sais pas comment on appelle ça, du jeunisme. Le nombre de fois qu'on m'a dit « Ouais, t'es trop jeune. » Je crois, ok, bon, excusez-moi. On me dit ça depuis que j'ai 12 ans, je crois. Donc là, franchement, rien du tout.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te manque aujourd'hui ?
- Speaker #0
Qu'il ne me manque rien. On est tous parfaits, on est tous complets. Même si on a perdu des trucs, même si on est cabossés, même si on est amochés. On est des êtres entiers. Personne n'est jamais incomplet, on est toujours complet. C'est ce qu'on crée à partir de ce qu'on a qui reste. Donc, qu'il ne me manque rien, que j'ai envie de créer plein de choses.
- Speaker #1
Tu conclus ?
- Speaker #0
Je pense que la conclusion, ce serait de te dire qu'être soi, c'est beau. Être soi comme on est. Sans chercher à correspondre, sans répondre à des rôles sociaux, sans se limiter, sans accepter qu'on nous réduise. Être soi. Je pense que c'est une des plus belles choses que j'ai eu la chance de vivre. Et c'est ce que je souhaite. A tout le monde de vivre ça. Que point c'est beau d'être soi, juste soi. De dire les choses, de partager, d'être là, d'être présent. Et de transmettre à tout le monde que c'est pas la perte, c'est pas la rupture. C'est pas la souffrance, c'est pas la différence qui nous définit. Ce qui reste vraiment à l'intérieur de nous et derrière nous, je pense que c'est ce qu'on crée à partir de là. À travers tout ça, avec tout ça. Avec tout ce qu'on a perdu, avec tout ce qu'on porte. Mais pas tout seul. Avec les autres. Avec ce qui nous entoure, avec le monde qui nous entoure. Et pas n'importe comment. Par amour. Quand on arrive à trouver ce chemin, où on crée autant par amour pour soi que par amour pour l'autre, pour tout ce qui nous entoure, quand on arrive à équilibrer ces trois forces, je pense qu'il y a un truc assez unique qui se passe. Et en tout cas, moi j'ai trouvé... J'ai trouvé des très très très belles choses. Et il y a mille chemins pour y parvenir. Parce que le chemin, c'est le nôtre. C'est être nous-mêmes. Donc il n'est jamais comme celui du voisin. Donc je souhaite à tout le monde de trouver son chemin. Vers juste être soi.
- Speaker #1
Merci. Merci d'avoir écouté cette trajectoire. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le liker, à le commenter, à le partager autour de vous. C'est grâce à vous que ce podcast peut vivre, grandir et continuer à faire entendre ces voix qu'on connaît, mais qu'on découvre autrement ici.