- Speaker #0
Bienvenue dans Trajectoire. J'ai toujours aimé raconter des histoires, parce qu'une histoire c'est une trajectoire. Un fil qu'on déroule avec ses lignes brisées, ses virages, ses élans, ses silences. Il y a des débuts qu'on n'a pas choisis, des accidents, des échecs, des moments de lumière qu'on voudrait revivre, et des choix qu'on regrette ou qu'on porte fièrement. Trajectoire, c'est un podcast qui donne la parole à ce qu'on admire, qu'on suit, qu'on croit connaître, mais dont on ne connaît souvent qu'une facette. Je les invite à revenir sur ce qui les a construits. À dire ce qu'ils ne disent pas toujours, l'enfance, les manques, les rencontres, les renoncements, les renaissances. Ici c'est un espace intime, une voix, un récit, en somme, une trajectoire. Pour ce nouvel épisode de Trajectoire, j'ai choisi de recevoir quelqu'un qui fait souvent parler les autres, mais qu'on entend finalement très peu sur lui-même. Frédéric Lopez a inventé des formats uniques à la télévision, où l'émotion et l'humain sont toujours au cœur. Rendez-vous en terrain connu, la parenthèse inattendue, un dimanche à la campagne... Toutes ces émissions portent sa signature, celle d'un homme qui cherche à comprendre, à écouter, à faire surgir l'intime. Mais derrière l'animateur discret, il y a aussi un parcours marqué par une enfance cabossée, des doutes, des choix, et un chemin vraiment singulier. Frédéric Lopez a eu la grande gentillesse d'accepter mon invitation, voici sa trajectoire.
- Speaker #1
C'est difficile pour moi de raconter où j'ai grandi parce que j'ai beaucoup déménagé. Alors si je parle des maisons, je crois qu'avec mes parents on a déménagé 19 fois. Mais des fois c'était dans la même ville ou dans la même région.
- Speaker #0
Pourquoi 19 fois ?
- Speaker #1
C'est ça qui est drôle, je ne sais pas. Quand on demande à mes parents, c'est leur paraissait logique, c'était toujours pour mieux. Moi je faisais des blagues quand on me disait mais ton père est gendarme, je faisais non non il était instable. Mais en fait je ne les ai jamais su vraiment. Mais quand t'es gosse t'as pas de recul, c'est juste que t'arrives à l'heure du déjeuner on te dit on déménage. ce qui va devenir compliqué d'ailleurs à l'adolescence puisque tu commences à t'attacher à des gens et là d'un coup on te dit on déménage et à l'époque il n'y a pas le portable, il n'y a pas les réseaux ça... Ça a eu des conséquences, on en parlera peut-être sur mon lien à l'attachement. Et du coup, j'ai fait grosso modo la toute petite enfance. Quand j'avais 3 ans, j'étais en Corrèze, dans le village de ma mère à Al-Assak. Et puis ensuite, j'étais au Maroc, parce que mon père venait du Maroc. Donc on a fait un an au Maroc. Et ensuite, on est arrivé en Normandie, à Forges-les-Eaux. Et à 11 ans, quand je vais rentrer en 6e, on nous annonce qu'on déménage en Espagne. Mon père s'appelle Lopez, il a grandi au Maroc, mais il a toujours eu l'impression... Enfin, il a eu des racines, son père et sa mère étaient espagnols. Et Franco est mort deux ans avant, il est mort en 76. En 78, les casinos... Mon père travaillait dans un casino comme croupier. Les casinos ouvrent en Espagne, il dit, on part là-bas. Sauf qu'ils sont très spontanés et qu'à l'époque, ils ne se demandent pas où est-ce qu'on va mettre les gosses à l'école. On s'installe sur la Costa Brava, Yoret de Belmar, il n'y a évidemment pas d'école française. il y en a une à Barcelone mais il faut être il n'y a pas de pension à l'époque donc il faut Il faut trouver une famille. C'est compliqué, ça se fait au dernier moment. Donc, je vais faire des cours par correspondance. Donc, je vais en Espagne à l'âge de 12 ans. Je fais un petit passage chez un oncle à Toulouse. Et là, on arrive dans le sud de la France. Donc là, on va bouger entre Palavas-les-Flots, Aigues-Mortes, Lunel, La Grande Motte, Montpellier. Donc, je vais faire mes études au début à Montpellier, études de marketing. Et puis, je vais partir à Paris pour des études de journalisme et la suite de mon métier et de ma vie. Donc, c'est un petit peu ça qui s'est passé dans mon histoire.
- Speaker #0
Tu faisais quoi tes parents ?
- Speaker #1
Mon père était croupier dans un casino. Et ma mère s'occupait de nous, et mon père était croupier, mais c'était très secret. Il en parlait avec son frère, qui était aussi de la partie, c'était presque comme des jumeaux. Ils en parlaient parfois même en espagnol, parce que nous on ne comprenait pas à l'époque. Donc il y avait un truc très mystérieux. Et lui qui voyait des gens perdre leur vie au casino, et bien en fait il ne voulait pas qu'on ait ce vice du jeu, comme il disait. Donc il nous intéressait de jouer même aux cartes. Donc avec ma sœur, à l'âge de 10 ans, on jouait en cachette dans un placard à la bataille. je peux citer Tu te souviens de la bataille ? Et donc, c'était rigolo parce qu'il y avait tout un mystère autour de son métier. On ne savait pas très bien ce qu'il faisait. On n'avait pas trop de questions précises. Quand on est gosse, c'est venu plus tard, en fait. Mais je crois qu'il a beaucoup aimé. En fait, lui, il était joueur au début de sa vie. Et puis, le meilleur moyen de ne pas jouer, c'est de se faire interdire. Quand on devient croupé, on est interdit de casino. Je crois que c'est ça, l'idée de départ. Et voilà. Donc, il a toujours travaillé la nuit. donc moi dans ma vie je sais que le matin il fallait jamais faire de bruit parce que papa dormait C'était une histoire. Et puis après, il partait vers 20h travailler. Et donc, il y avait la vie avec lui la journée, la vie sans lui le soir. C'était un peu ça le schéma,
- Speaker #0
le cadre.
- Speaker #1
En fait, je n'ai pas tellement aimé mon enfance. J'ai l'impression que quand on est gosse, on subit l'environnement. Alors qu'à l'adolescence, d'un seul coup, le regard des autres devient plus important. Et j'ai beaucoup aimé le regard qu'on portait sur moi. Parce que je n'avais pas aimé le regard qu'on portait sur moi dans ma famille ou dans ma famille. proches ou même plus larges, ils n'avaient qu'une manière de fonctionner, c'était le dénigrement. Donc ça va, mon père qui dénigrait, mes entrefrères, ils se dénigraient. Quand ils jouaient au foot, ils se battaient. Enfin, il y avait tout un truc un peu... Bon, c'était toxique, on dirait ça aujourd'hui, mais on ne connaissait pas les mots à l'époque. En clair, à l'âge de 15 ans, je me suis rebellé. Mon père, du coup, avait plus de mal à avoir le contrôle sur moi. Et là, j'ai eu l'impression que je découvrais la liberté. C'est-à-dire qu'en fait, On ne m'avait jamais posé cette question. Et donc du coup, j'ai comme... Il y a des gens encore aujourd'hui qui n'aiment pas ce que je fais ou ce que je suis et qui disent qu'ils vivent dans le monde des bisounours. Ce n'est pas faux. C'est-à-dire que moi, dans mon cerveau, c'est comme si on voit une foule et moi, je ne vais voir que les sourires. Même s'il y a trois personnes sur cent qui sourient, c'est ceux-là que je vais voir. Dans une soirée, c'est la même chose. Et c'est comme ça que je vais fonctionner à partir de l'âge de 15 ans. Quand j'étais petit, j'avais un besoin de reconnaissance puisque comme j'étais dénigré... Je pouvais entendre le bon à rien, des choses comme ça. On le croit. Avant de faire une thérapie à 35 ans, je le croyais que j'étais bon à rien. Et donc, du coup, j'avais envie d'être aimé. Et c'est pour ça que j'ai été aimé par les amis. Certains de mes amis de l'adolescence sont encore dans ma vie aujourd'hui. C'est pour ça que les filles, à l'époque, me renvoyaient une image de moi plutôt agréable, alors que moi, je n'avais aucun point de vue sur mon apparence. En fait, je ne savais pas du tout si je pouvais être quelqu'un qui plaît ou pas. et puis c'est là aussi où je commence à rêver très fort et ce qui est très troublant c'est que la plupart de mes rêves se sont réalisés mais en mieux des fois j'écoute la musique et je me dis je me vois bien être batteur dans ce groupe je me rappelle encore du groupe où c'était à bas, il n'y a pas de batterie mais en tout cas j'entendais un groupe où je voyais des gens qui chantaient à la télé je voyais être applaudi je voyais Michel Drucker recevoir des gens et leur faire des compliments et recevoir Charles Aznavour ... Et il disait, il nous fait l'immense honneur d'être avec nous, il va nous faire la joie de chanter sa nouvelle chanson. Aujourd'hui, on dirait qu'il fait sa promo, mais à l'époque, on ne disait pas ça. Et je trouvais ça beau, les compliments, je ne connais pas. Et je ne vous dis pas, quand je me retrouve, moi, dans ma vie, à être reçu par Michel Drucker, ou qu'il me fait des compliments, ça fait comme une collusion dans mon cerveau. Je repense aux gamins qui regardaient ça, les paillettes, les sourires. Ce n'est pas ce que je voyais beaucoup. Donc, il y avait cette envie de ça, mais en fait, je ne savais pas chanter, je ne savais pas jouer la comédie. j'avais bien envie de faire du théâtre, mais c'était que les filles. J'avais pas envie d'être qu'avec des filles ou que mes potes se foutent de ma gueule ou que mon père se fout de ma gueule. Donc il n'y avait pas grand chose. Et puis un jour j'ai 17 ans et je suis en train de préparer le bac et il y a des gens qui me disent « Oh là là, il y a un mec à la télé, il te ressemble ! » Alors c'était Christophe Dechavanne qui démarrait sa carrière et qui était révolutionnaire parce que très spontané. Et à l'époque les présentateurs c'était Michel Drucker, Patrick Sabatier, Jean-Pierre Foucault, ils étaient très ronds, très calmes. lui était très maigre, très nerveux et moi j'étais très maigre et très nerveux Il y avait une ressemblance physique à l'époque. Et ça m'a donné un espoir fou parce que je me suis dit, c'est possible. Et donc, j'ai tout mis là-dessus. Comment on fait pour devenir présentateur ? Alors évidemment, animateur, il n'y a pas vraiment d'études. Mais journaliste, il y a des études. Donc, je vais faire un débuté de marketing. Je vais faire l'école de journalisme. Et d'un coup, là, c'est concret. Et je ne me rends pas compte à ce moment-là que ça correspond à ma nature. C'est-à-dire que je vais apprendre, je ne sais même pas ce que j'ai appris dans cette école de journalisme. plein de choses, mais... C'est d'abord une nature. Ce qui est drôle, c'est que quand je sors de l'école de journalisme, je suis très anxieux. On peut le comprendre, j'ai vécu dans un environnement assez anxiogène, donc je suis très anxieux. Je suis anxieux de l'avenir, je suis seul à me débrouiller, je ne peux compter sur personne, et donc je cherche un CDI. Un CDI, un journalisme, ça n'existe pas, surtout quand on démarre. Parce que quand on est journaliste, on est payé à la pige, donc à la prestation, c'est comme freelance. Et tous mes potes, ils acceptent des jobs, et il travaille à l'IB. Figaro, RTL, La France 2, la rédaction... Moi, le seul CDI que je trouve, c'est Autoroute Info. Et je me retrouve à travailler sur une radio d'autoroute. Et à l'époque, il faut savoir qu'on est les pionniers. C'est-à-dire que c'est un test sur Macon-Geneve. C'est très peu de trucs. Et Macon-Geneve, je peux vous dire qu'il y a des bouchons qu'en février, quand les gens vont au ski. Autant vous dire que c'est une radio d'info continue, que toutes les 7 minutes, on prend l'antenne pour dire... Tout va bien sur l'autoroute A40, la circulation est fluide, moi je rêve juste qu'il y ait un mec qui crève un pneu pour avoir un truc à raconter. Et donc c'est vrai que c'était très frustrant pour moi parce que j'avais l'envie de découverte. Et puis il y a eu une opportunité qui s'est présentée à Télé Lyon Métropole, à Télé de Lyon. Et il y avait une télé locale où j'avais fait un stage pendant les études et j'avais dit au gars qui était reporter et que j'avais sympathisé, si vous entendez parler d'une opportunité, tenez-moi au courant. Et du coup... il y a un appel d'un garçon qui s'appelle Alain Locatio j'adore le citer parce qu'il va changer ma vie et il me dit Fred je suis désolé, en fait tu m'avais dit de t'appeler s'il se passait un truc et j'ai complètement oublié, ils ont fait un casting je dis et ? Il dit bah ils ont terminé c'est à dire, ils ont choisi le gars c'est une nouvelle équipe qui est arrivée, ils ont choisi le gars et là c'est intéressant c'est un turning point comme on dit parce qu'une fois que j'entends ça, je raccroche et puis je pleure ... Et là j'ai ce que j'appelle le culot des désespérés, je m'entends lui dire tu peux me donner le numéro de téléphone du directeur ? Alors ça va, c'est pas le directeur de TF1 donc c'est assez facile à joindre. Ce qui est très drôle c'est que le garçon qui va me répondre qu'il y a 23 ans à l'époque, aujourd'hui dirige Canal+, c'est Gérald Brice. et je l'appelle et je lui dis pareil vous faites un casting, il me dit c'est terminé et je m'entends dire mais vous m'avez pas rencontré et il me dit et ? et je m'entends dire mais je sais même pas d'où ça sort et je dis bah peut-être que vous allez vous mordre les doigts toute votre vie il rigole et il me dit très bien venez demain là j'ai 23 ans comment c'est possible qu'un gamin qui pense qu'il est une grosse merde va dire mais vous m'avez pas rencontré, c'est un mystère que je m'explique pas j'avais un mantra en fait qui était très basique, mais qui m'a guidé pendant toutes ces années, c'était qui ne tente rien à rien. Donc j'avais cette idée que de toute façon, je lançais la balle de l'autre côté du mur, puis on allait voir. Il y avait une envie d'ailleurs, il y avait une envie de découvrir, il y avait une envie que ça bouge, de vivre des expériences fortes, et je ne me disais que je n'avais qu'à postuler. Mais j'ai peut-être une explication sur comment ça se fait que j'ai sorti ça ce jour-là. Flashback trois ans avant, je fais des études de marketing à Montpellier. Je fais des photos depuis l'âge de 15 ans, je prends les filles de ma classe en photo, mes cousines, etc. J'adore ça, un peu comme dans les magazines, je leur vends ça. Mais évidemment, je n'ai pas le niveau, mais je leur vends ça. Et puis, je passe devant les coiffeurs, et puis je me rends compte que souvent, quand ce n'est pas une grande chaîne, comme Jacques Dessens, Jean-Louis David, etc., c'est souvent des photos assez moches. Et je me dis, je peux faire mieux, c'est sûr que je fais mieux. Et je décide d'aller postuler auprès des coiffeurs. donc je prends mon petit book Et je vais taper au port de tous les coiffeurs de Montpellier. Et c'est un samedi, c'est le jour où j'ai pas cours. Et je me fais jeter de partout. C'est-à-dire que je rentre dans un coiffeur, on me dit « Non, merci ! » En fait, pour ces gens-là, je suis un VRP. Et le VRP, ils viennent pas le samedi. Mais moi, parce qu'ils ont du boulot, je comprends pas à ce moment-là. Donc c'est dur de se faire envahir. Et la fin de la journée, il est 18h40. Les coiffeurs ferment à 19h. Il en reste un. J'en ai fait 69. c'est le dernier de la ville ce jour là et là pareil, c'est intéressant parce que je suis rentré chez moi en me disant Je me suis fait jeter 69 fois. Je ne vais quand même pas y aller. Pourquoi ça marcherait la 70e fois ? Mais en fait, j'ai un cerveau exhaustif. C'est-à-dire que c'est qui ne tente rien n'a rien. Et je vais être sûr d'avoir tout essayé. J'ai fait de mon mieux. Si je n'ai pas été ce jour-là, je m'emmorde les doigts toute ma vie en me disant peut-être que ça aurait marché. Donc, je décide d'aller. Je fais les 20 minutes à pied pour y aller. Au moment où j'arrive, le gars, il est en train de fermer le salon. Et là, pareil, le culot des désespérés. je sors mon boucle de mon sac et je le plaque contre la vitrine. Et là le gars c'est clair, il sourit. Il ouvre la porte, il dit, oh mais c'est fou, je cherche un photographe. Truc de dingue, truc de dingue. Et ça, ça m'a mis dans le cerveau que j'aurais dû y aller. Et donc, du coup, le gars dit, mais attention, j'ai pas trop de budget. Bon, pour un petit budget, je lui fais une séance photo avec une fille de ma classe, c'est joli. Il a quand même assez de sous pour se faire des petits abribus. Ce qui fait que du coup, le Jean-Louis David Ducoin, c'est Jean Vallon, qui a plusieurs salons, va me donner à l'époque, je me souviens, en France, c'est 10 000 francs quand on est étudiant. C'est énorme. Et là j'ai des vrais mannequins, des vrais coiffeurs et des vrais maquilleurs et je fais une campagne 4 par 3. Et il s'est passé un deuxième truc, je viens de me rendre compte, t'as raison de poser la question, comment ça se fait que j'ai eu le culot de dire à ce patron de TLM, Télévion Métropole, l'année deux ans avant, je prends l'avion pour la première fois de ma vie, je vais à New York et j'ai décidé de postuler dans les agences de mannequins parce que je fais des photos, il se trouve que j'ai travaillé pour l'agence Elite une fois à Paris, mais c'était juste avant de partir, je me dis peut-être j'ai le niveau Mais alors du coup, je ne parle pas très bien anglais, donc il y a une fille qui est à la fac avec moi, qui a envie d'être mannequin. Ensemble, on va voir les agences. Et là, je me dis, j'ai toute la liste, le bottin de New York de l'époque, de toutes les agences de mannequins. Et je me dis, je vais démarrer par celles qui sont les moins connues, puis je vais m'exercer, puis petit à petit, puis j'irai voir les meilleures. Et là, je vais avoir une leçon de vie aussi incroyable. Je me fais jeter. Il y a même un gars qui me demande un composite, c'est une sorte de carte de visite avec des photos. mais à l'époque c'est des photocopies couleur, ça coûte une fortune pour un petit budget comme le mien. Il me prend dans sa main ma carte de visite, il me sourit et il la lâche dans la poubelle. Et il fait, merci, thank you. Donc je sors de là, je dis, allez, c'est fini, j'arrête tout et tout. Et la fille me motive et je dis, bon, pour pas avoir de regrets, on va aller voir les trois meilleurs. Elite, Ford, et à l'époque c'est Wilhelmina. J'ai travaillé pour les trois. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai appris que les grands, les meilleurs, C'est souvent les gens les plus sympas, les plus ouverts, tous ceux qui ont eu du mal, ont une forme d'aigreur en eux et se sont sentis sans doute maltraités par l'existence ou par le milieu dans lequel ils sont et vont du coup maltraiter. Et donc ça a été aussi un choc pour moi de me dire, il suffisait d'y aller. Donc en fait ce que je te raconte, la photo du coiffeur, le truc de l'agence, je pense que c'est ça qui a fait que j'ai dit, mais il faut juste qu'il me voit. Je ne sais pas ce que j'ai fait, je n'ai aucun souvenir. Ce que je sais, c'est qu'à 18h, il m'appelle pour me dire « Vous êtes pris, vous commencez demain » . Là, il faut que je demande à Jean-Paul Rollin, le patron de l'autoroute. Il faut aussi qu'il accepte de me lâcher alors qu'il y a un préavis. Il accepte de me lâcher. Et je vais commencer. Et ce qui est très drôle, c'est que quand j'arrive le matin à 9h et je dois être en direct à midi, je dis au directeur, mais de quoi on va parler ? Il dit, oh ben, on va démarrer une nouvelle émission, on va faire ce qu'on va présenter tous les gens de la chaîne. Je dis, mais je ne les connais pas. Il dit, ben, va les voir dans les couloirs. Me voilà dans les couloirs en train de demander, toi tu fais quoi ? Ben moi je m'appelle Dominique Blanchard, je fais le sport et tout. en fait j'ai un trac fou On est en direct, j'ai jamais fait ça sauf dans ma chambre ou à l'école, mais j'essaie d'avoir de l'assurance. Je pense que j'imite des gens que je vois à la télé, je pense que j'imite Jean-Luc Delarue. Et quand je sors de là, tout le monde dit « c'est incroyable, c'est incroyable ! » En fait, je passe trois ans dans cette télé locale. D'abord, je vais faire cette émission, puis après il y a une nouvelle direction qui arrive, qui décide de me placardiser, de me mettre comme reporter, et j'adore ça, reporter d'image. Donc je vais faire ça, je vais adorer, et puis à un moment donné, on me propose de présenter les infos. Je vous présente les infos. Je n'aime pas beaucoup. Il n'y a pas de prompteur. Donc, il faut avoir une bonne mémoire. Et je n'aime pas tant que ça. Et là, il y a un directeur très sympa, très ouvert. Il s'appelle Christophe Ducasse. Et lui, je vais lui proposer une émission de témoignages. À l'époque, il y a La Grande Famille sur Canal+. Donc, moi, j'ai envie d'appeler ça La vie d'en face. J'ai toujours été fasciné, quand on habite dans un immeuble, qu'on voit les autres immeubles en face. Il y a toutes ces petites fenêtres, avec tous ces petits théâtres et toutes ces petites vies. C'est une association qui s'appelle Altitude pour les gens qui mesurent plus de 2 mètres. Donc ils racontent leur quotidien de quand on mesure plus de 2 mètres. Mais ça peut être des sujets plus graves, etc. Et je vais adorer faire ça. Mais ça fait 3 ans que je suis là. Et je rêve d'avoir plus d'expérience, plus de responsabilité, plus d'intensité. Et donc je postule, j'ai oublié de le dire, mais je postule. À ce moment-là, j'envoie des cassettes dans toutes les télévisions nationales, à toutes les émissions. Je reçois soit rien, soit une lettre type. Et je vais me recevoir une lettre qui m'est adressée d'une directrice des programmes dont je ne dirai pas le nom, qui va me dire « Monsieur, avec la tête que vous avez et cette coupe de cheveux, comment vous pensez faire carrière ? » Et je me rappelle dire, alors que je lis ça devant mes potes, je dis « Mais je peux me couper les cheveux ? » Ce qui est très drôle, c'est que je l'imagine en train de dicter ça à sa secrétaire, mais quel genre d'être humain fait ça ? Moi, je ne m'imagine pas une fraction de seconde envoyer ça à un être humain et essayer de lui couper les jambes, je ne comprends pas. Bon enfin, elle fait ça, ça fait son petit effet, ça me donne des complexes à ce moment-là et tout. Et puis un jour, il y a la création d'une nouvelle chaîne d'info, c'est LCI, la chaîne d'info. J'envoie une candidature, et là il me rappelle, et il me dit « Je vous engage pour présenter le journal des sports. » Drame, ça ne m'intéresse pas, j'y connais rien. À l'école de journalisme, tous mes potes, tu demandes qui a gagné le Tour de France en 78, ils vous donnent les dix premiers. Et moi, je n'avais pas cette connaissance, donc je me sentais usurpateur. Un poster, je ne pouvais pas dire oui, donc je m'entends dire non, je ne dors pas la nuit. Je le rappelle le lendemain, je dis vous n'avez vraiment pas autre chose. Et là, il me propose d'être journaliste, reporter d'image, ce que j'avais fait deux ans avant. Et c'est comme ça que je monte à Paris, je quitte un CDI, moi l'angoissé, pour un CDD. Et je fais un test pendant trois mois comme reporter à LCI. J'ai toujours peur, j'ai toujours peur, mais j'ai un côté... Je ne sais pas comment expliquer, je ne dirais pas qu'à mi-case, mais j'ai toujours peur parce que, par exemple, je vais me rendre compte que je vais avoir, pendant toute cette année de reporter, la boule au ventre. En fait, quand vous êtes dans une chaîne d'info, vous êtes à l'étage, dans une sorte d'open space, il y a une table des reporters, il y a d'autres journalistes, services étrangers, sociétés. Et il y a la rédaction en chef qui est en dessous, et là c'est Cap Canaveral, il y a des écrans partout, c'est l'urgence permanence, et d'un seul coup vous entendez votre nom dans un micro qui résonne dans toute la rédaction, c'est Lopez et Bocal. Et là j'ai le trac, parce que je ne sais pas ce qu'on va me donner. Je ne sais pas si c'est la vache folle, si c'est un incendie, un conseil des ministres, j'en ai aucune idée. Et quand on n'a pas d'estime de soi, on se dit qu'on va être nul, et qu'on ne va pas être capable de l'expliquer, etc. Donc c'est fascinant de repenser à ça après coup. Mais en même temps vous êtes surstimulé, moi qui ai une curiosité insatiable, là j'apprends des choses incroyables, et je fais des rencontres de dingue. Par contre très vite, très vite je vais avoir une frustration, C'est que je me rends compte que le news, ce n'est pas fait pour moi. Parce que dans le news, en fait, on va avoir que des gens en détresse. Et on sait pourquoi, parce que quand je fais des études de journaliste, je peux résumer deux ans d'études en une phrase, nous ne sommes pas là pour parler des trains qui arrivent à l'heure. Donc on va parler que des problèmes quand on fait de l'info. Et moi, je suis quelqu'un d'hypersensible, mais je ne le comprends pas à l'époque. J'ai une éponge et je passe ma vie à tendre des micros à des gens qui sont dans des situations de détresse. Bien sûr que je ne les laisse pas seuls, il y a toujours des gens pour les soutenir, des pompiers, des psychologues, des cellules psychologiques Enfin, c'est quand même de plus en plus dur pour moi. Et j'ai vu deux événements qui vont décider que j'arrêterai le news, que c'est plus possible pour moi. Le premier événement, c'est quand on me voit à la suite d'inondations en Espagne dans un camping à Biescas. Il y a eu je ne sais combien de morts. Il y a une forme d'absurdité parce qu'on se demande toujours mais qu'est-ce que je vais faire là-bas, l'événement est terminé. Ben non. Nous retrouvons en direct sur place et je me retrouve dans un camping dévasté avec des caravanes renversées, avec des peluches partout. C'est effrayant. Et donc j'essaie d'être professionnel et je fais mon papier en regardant la caméra et j'explique ce que je peux raconter et tout. Et pendant que je parle, il y a des gens qui passent entre moi et la caméra. Donc je me concentre, j'essaie de ne pas être perturbé. Ils sont à côté, je ne sais pas ce qu'ils trifouillent, mais moi je continue de regarder la caméra. Et quand je finis mon papier, je les vois en train de repartir et ils repartent avec le corps d'une petite fille de 6 ans dans les bras. Ça veut dire qu'elle a passé la journée à côté de moi. j'en ai vomi toute la nuit et ça c'était plus supportable Et le deuxième fait divers qui va me faire arrêter l'info et le news, et je vais comprendre que c'est pas pour moi, c'est qu'en fait, un jour on me réveille au milieu de la nuit, et on me dit qu'il y a un avion qui s'est craché au large de New York, la TWA. On est en 98 je pense. Je sais pas ce que je dois faire. Je suis à moitié endormi, je ne comprends pas ce qu'on me dit, est-ce que je dois aller dans l'océan ? Je ne comprends pas ce que je dois faire. Et la personne qui me parle me dit mais va à l'aéroport, je dis pour faire quoi ? Elle me dit on verra plus tard. Et sur le trajet je dis attention, ne me mets pas en direct si je n'ai rien à raconter. Sauf qu'évidemment on vient me donner un micro dans les mains parce qu'entre temps la technique est arrivée et on me dit tu es en direct dans trois minutes. J'ai absolument rien à dire, le seul truc que je vois c'est qu'il y a des panneaux on annonce les avions en partant c'est les arrivées etc Et je vois l'avion qui arrive de New York et ils ont écrit annulé. C'est pas écrit craché, je sais même pas si les lettres existent. Et donc c'est ça ce que je raconte, je dis à cet instant précis il y a ça. Et là on me demande de reprendre l'antenne un quart d'heure plus tard, une demi-heure plus tard. Ce que je ne sais pas, c'est qu'il y a des familles, ça se passe le matin, qu'il y a des familles qui viennent pour chercher leurs amis, leurs frères, leurs sœurs à l'arrivée de cet avion. Et donc pendant que je parle, derrière moi, il y a un grand comptoir, c'est assez loin, où les gens viennent et on leur annonce. Donc vous imaginez les gens qui s'effondrent, c'est déjà assez terrible. Et quelques minutes plus tard, en fait, je me retrouvais dans un ascenseur où là il y a deux femmes, une mère et une fille, dans un état que vous imaginez, puisqu'on vient de leur annoncer que leur fils et frère s'est craché au large de New York. Vous imaginez déjà en temps normal la promiscuité dans un ascenseur. Mais là, la promiscuité émotionnelle, quand vous êtes à un mètre des personnes qui viennent vivre ça, c'est terrible. Et puis les portes de l'ascenseur s'ouvrent. Et pour la première fois, je suis de l'autre côté. C'est-à-dire qu'il y a une forêt de micros, une forêt de caméras en face de nous. Moi, je me rends compte que je suis filmé, donc je me baisse. Elles sortent, les portes se ferment, je suis hébété, je ne sais pas quoi faire. Je fais deux, trois allers-retours en ascenseur. Et quand je reviens, elles ont fait quelques mètres. Et il y a une forêt de micros et de caméras, mais c'est le silence. La situation, je la trouve absurde. Et j'entends même une fille, parce que ces femmes sont prises en charge par une cellule psychologique, j'entends même une fille qui récupère son micro et qui dit « mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? » Et le soir, je vais rentrer à la rédaction en chef, et sur tous ces écrans à Cap Canaveral, il y a des images qui défilent en boucle, et il y a les images de ces deux femmes, qui elles-mêmes, si vous pouvez vérifier, se sont retrouvées en couverture de tous les magazines et de tous les journaux de Libé, de Télérama, parce que finalement, il y avait la beauté dans le malheur. Il y avait quelque chose de très particulier, j'imagine. Et le rédacteur en chef me dit « bon boulot » . J'ai dit « c'est tout ce que tu as à me dire » . Moi, j'avais été en empathie et en souffrance toute la journée et lui, c'était juste du bon boulot parce qu'il fallait attirer le job, parce que la concurrence, parce que l'AFP, parce que... Donc, il y avait une dichotomie dans mon cerveau et je leur ai dit « il faut que j'arrête le news » . Il faut que j'arrête le news. J'ai eu la chance que Daniel Alombroso, qui dirigeait l'unité culture, me propose de présenter une émission de cinéma. C'est vrai que c'est rigolo parce que je passe du news au monde du cinéma, donc j'ai pas les codes. D'abord quand je reçois les premiers acteurs, le premier que je reçois c'est Pierre Arditi. Quand il a l'habitude d'aller quelque part, il est reçu par quelqu'un qui l'emmène en maquillage et tout. Le problème c'est que moi j'étais en train de répéter en studio, c'est la première, donc personne l'a reçu. Je vois qu'il est un peu agacé, je suis mal à l'aise, moi qui aime recevoir je suis mal à l'aise parce qu'en fait je suis tout seul à tout faire. et je suis très intimidé et je vais être très intimidé par tous les comédiens qui vont venir dans cette émission. Mais à la fois, ils me font beaucoup de compliments en sortant. Donc ça me... Je ne sais pas pourquoi, parce que je ne me vois pas, je ne m'entends pas, mais je sens que ça va. Ils me donnent confiance en moi. Mais c'est rigolo parce que je vois... En fait, je viens d'un monde qui est le news, où on voit de la tragédie en permanence, et j'arrive dans un monde extrêmement privilégié, où les gens vivent des dramas complètement inventés. C'est-à-dire qu'il y a une sorte de... C'est très rigolo, à ce moment-là. Mais parce que c'est des caricatures, c'est... Dans le métier, c'est on s'appelle, on se voit à Cannes, et puis à Cannes, c'est on s'appelle, on se voit à Paris. Donc je découvre ce monde-là, évidemment. Et c'est rigolo quand on vient du news, quand on vient du milieu d'Ougéen, qui est un milieu plutôt modeste. Mais j'ai une fascination pour les acteurs que je vois à la fois comme des enfants dans des corps d'adultes. Au fond, si vous creusez un peu, un acteur, il veut juste qu'on l'aime. Pas super. Alors qu'un politique, il vous dit je suis là pour vous. Moi, je ne le crois pas. Et donc, du coup, je préfère les artistes. Du coup, j'aime beaucoup ça. j'ai l'impression que je les comprends Je trouve que c'est courageux de s'exposer, je me rends compte que leur outil de travail c'est leurs émotions, c'est leur histoire. Et puis au fond, je ne leur parle pas souvent des films qu'ils ont faits, parce que des fois les gens ne l'ont pas vu, mais par contre je leur demande leur histoire. Je suis en train de leur poser un peu les questions que tu es en train de me poser là, c'est-à-dire je veux savoir d'où ils viennent, qu'est-ce qui les a motivés, et puis comment ils ont fait pour affronter les obstacles, ça continue de me passionner. Parce qu'évidemment aucun d'entre eux n'est arrivé là où il est par un coup de baguette magique. même ceux qui ont été découverts dans la rue, il faut continuer Donc c'est cette espèce de résilience permanence où on est dans un milieu qui vous rejette, par définition. Et comment on fait pour exister dans un milieu qui vous rejette ? Comment on fait pour garder l'espoir ? Quand on est comédien, on est juste soumis au désir des autres. C'est terrible, terrible. C'est pour ça qu'il y en a qui se mettent à écrire, à réaliser des films. Et donc je suis fasciné par ça, par cette... Au fond, on les choisit parce qu'ils sont vulnérables, authentiques et sensibles. Et en même temps, ils évoluent dans un milieu très violent. C'est un peu le cas des gens qui font mon métier, c'est un peu mon cas. Parfois, je me suis dit, mais c'est bizarre, on vient me chercher parce que je suis un peu plus sensible que la moyenne. Et à la fois, je dois subir des trucs surréalistes qui se passent dans un milieu. Les gens imaginent que mon milieu est dur, mais pas... Ils n'imaginent pas à quel point. Et un jour je reçois un coup de fil, je me rappelle de la charge émotionnelle, j'ai le coeur qui bat très fort, et il y a quelqu'un au bout du fil qui me dit « Bonjour, on voudrait vous rencontrer, France 2 va créer une nouvelle émission de cinéma » . Il n'y en a pas eu depuis 10 ans sur France 2. Et donc la rumeur, les journaux disent que ça va être Jean-Luc Delarue qui va la présenter. Donc je suppose qu'on veut me rencontrer pour être chroniqueur. Et déjà pour moi c'est extraordinaire. Ce garçon qui m'appelle, je peux dire son nom aujourd'hui parce qu'il fait de l'antenne, et il s'appelle Stéphane Rottenberg. à cette époque il est adjoint de Christine Lenz, qui est la nouvelle directrice des magazines. Une femme très charismatique. Elle vient me recevoir à l'ascenseur. Je vois que je suis très bien reçu. Elle me pose plein de questions. Je vois qu'ils ont beaucoup regardé ce que je faisais. Je sens que c'est lui qui lui a présenté mon travail. Donc je me sens reconnu, compris. Et il me propose non seulement d'être le présentateur, d'être le rédacteur en chef, mais même d'être le producteur de l'émission. Ce qu'on appelle une production interne. Mais du coup, je me retrouve à produire une émission. Ce qui est très drôle, c'est qu'en deux émissions, j'avais dépensé tout le budget de l'année. Et il a fallu que je m'en rattrape. Mais du coup, c'est fantastique parce qu'on fait confiance. Donc évidemment, il y a le track qui va avec. Quand on n'a pas d'estime de soi et qu'on prend l'antenne et qu'on doit faire le lancement de... Heureusement qu'on le fait après l'émission. Bonsoir, bonsoir à tous. Bienvenue sur France 2. Je crois que je l'ai fait 25 fois. Je bafouillais. et quand je bafouillais, je pensais que j'étais nul, que je n'avais pas ma place. Le syndrome de l'imposteur qui est très courant et là c'est terrible, terrible, terrible. Alors en vrai, assez rapidement je vais comprendre qu'il vaut mieux que je propose des choses. Et assez rapidement je vais comprendre que plutôt que de conduire les gens et de leur dire non parce que c'est pas tout à fait ce que j'aurais fait, c'est comme ça que j'ai inventé mes propres émissions de télévision. Du coup parce que je me suis dit tiens c'est ce que j'ai envie de voir à la télé. Ce que je ne sais pas au moment où j'invente, c'est que ça se fait pas. Parce que la plupart des émissions qui existent à la télévision, elles ont existé à l'étranger, elles ont déjà marché dans 40 pays. Donc le patron des programmes, lui, il est rassuré, il connaît les audiences dans 40 pays. Et moi, je lui propose un truc qui est juste dans ma tête, il faut déjà qu'il arrive à se projeter, et ensuite qu'il prenne le risque alors qu'on n'a aucune idée de si ça va marcher. Donc c'est pour ça que tous mes concepts, ça a été entre 4 et 7 ans de combat. Ça a été long et douloureux. Et surtout quand ça a marché, on pourrait dire, ouais super, ouais mais en fait c'est très douloureux d'avoir raison avant les autres. Et dans cette période-là... Je me dis, je vais reproposer une émission que j'essaie de vendre depuis des années, qui s'appelle Panique dans l'oreillette. Mon idée, c'est que je peux interroger une star, elle va me raconter son histoire, mais ses potes ne me diront jamais la même chose. Donc moi, j'avais cette conviction profonde que ça pouvait être une super émission, et on me dit non pendant 7 ans. Et mes amis les plus proches voient que je continue de me battre, me disent Fred, réveille-toi, on t'a dit non.
- Speaker #0
Arrête ! Et moi je répète comme un espèce de zombie robot ce qu'on veut, je dis mais je suis sûr que ça va cartonner dans le monde entier. Il me dit t'es fou ? Il se trouve quand ça arrive à l'antenne, le lendemain de la diffusion, on est appelé par une boîte anglaise qui est chargée de vendre des formats à l'international, et qui va vendre le concept dans 12 pays. L'émission ne va pas exister dans 12 pays, ils vont acheter des options, ensuite évidemment il faut les appeler, etc. Mais à l'époque je ne le sais pas, et puis je suis tellement occupé, je ne m'en occupe pas. Mais ça va quand même exister en Espagne, ça va être un carton. de coeur de mon père, donc ça, ça va être un moment important, parce que le mec qui présente, c'est son présentateur espagnol préféré, Juan y Medio, et puis ça va exister au Liban aussi. Et là, c'est incroyable, parce que je découvre un nouveau plaisir. Ça me rend heureux. C'est pas que ça me flatte ou ça te flatte mon égo, mais ça me rend heureux. Pas parce que c'est mon idée, mais parce que j'aime ce que ça raconte, et je suis heureux de voir que ça va toucher d'autres gens. Et puis un jour, je vais être viré de cette émission, pour des histoires très complexes et trop longues, mais au fond... Je n'ai pas les codes et je me suis un peu pris la tête avec un conseiller du président de France Télévisions. Le mec, il s'est juré de me faire virer. Il va y mettre quatre ans, mais il va réussir. Et sans raison, puisque l'émission cartonne et que je me sens protégé par les audiences. Mais sur le service public, on n'est pas dans le privé. Le privé, l'audience vous protège, mais pas sur le service public. Et donc, du coup, je vais être viré en plein succès. C'est injuste. C'est objectivement injuste, mais je ne vais en parler à personne, ni publiquement, parce que je me dis que les gens ont d'autres Ausha à fouetter. Mais je ne vais pas non plus me plaindre auprès de mes potes. C'est là où je vais démarrer une thérapie. Donc il y a toujours un tant mieux dans un tant pis. Et je vais démarrer une thérapie, et c'est là où le psy va me dire « Bon alors racontez-moi un moment de bonheur. » Et je raconte des moments au bout du monde. Et il me dit « Bah, faites une émission de voyage. » Et si j'avais dit « J'adore la brocante » , il m'aurait dit « Faites une émission de brocante. » Mon étape la plus importante professionnellement, c'est compliquée, parce que j'accorde de l'importance à tout, mais évidemment la création de Rendez-vous en terrain connu. Puisque ça va durer beaucoup de temps. Elle va d'abord exister sur France 5, mais après 3 années de combat. Puis je vais me retrouver à nouveau au chômage. Puis grâce à mes camarades de Bonne Pioche, elle va arriver sur France 2. Mais là, la chaîne va en signer 2. Donc je joue ma vie sur, pas un one shot, mais sur 2. Et surtout, comme j'avais été viré en plein succès et que je ne comprenais pas, je considérais que j'aimais ce que je faisais, mais que je n'étais pas fait pour ce milieu. C'était trop compliqué à décoder. Il m'a fallu trop d'années, même encore aujourd'hui, je ne suis pas sûr. Donc en fait, il y avait cette dichotomie de j'aime le job, mais j'aime pas l'environnement, j'aime pas l'écosystème, comme on dit. Et voilà, et la création de Terre inconnue va être dingue parce que le public va consacrer cette émission très vite, grâce à Muriel Robin, qui est pour beaucoup parce qu'elle est partie avec moi au Cameroun pour France 5, et pour France 2, elle a fait la première en Namibie. Dès la première, à l'époque, il n'y a pas tous les réseaux sociaux, mais il y a les forums, et là, je me rappelle que tout le monde m'envoie des... messages, notamment je pense à Raphaël, c'est un ami commun qu'on a, il me dit, c'est incroyable, c'est incroyable, regarde ce qu'il se passe, il est très drama, et donc il me dit, il a l'impression que toute la France est connectée. Mais effectivement, on va faire une très belle audience, avec Muriel Robin, on lit les messages et on pleure, parce qu'on a vécu un truc fort, qui dure trois semaines, mais on ne sait pas si c'est émouvant en 1h50. En fait, le public m'a offert ça, et ça c'est un truc que je souhaite à tout le monde, c'est de se sentir compris. Et grâce au public, je me suis senti compris, et c'est le Les bras de fer qu'il y a pu avoir avec le diffuseur, les moments d'incompréhension, les moments de chômage que j'ai eu très souvent en fait. Et cette reconnaissance du public, elle a réparé beaucoup de choses chez moi. Elle m'a comblé à des moments où j'en avais besoin et elle a donné du sens à mon travail. C'est-à-dire que quand quelqu'un me dit c'est merveilleux, je dis mais je le fais pour vous. Enfin je veux dire, je le fais pour le public. Et quand les gens dans la rue ne me disent pas bravo, ils disent merci, je n'entends pas tout de suite que c'est merci, j'entends bravo. Alors ils ont dit merci. Et j'ai dit mais pourquoi merci ? Ils disent bah pour ta reconnue parce que vous nous donnez de l'espoir. Ah bon pourquoi de l'espoir ? Bah parce que c'est la représentation du monde qu'on voit pas ailleurs sur les écrans. Ah bah ouais, pour passer aux infos il faut qu'il y ait... c'est les extrêmes qui passent aux infos. C'est le drama mais la vie, tout le reste de l'existence c'est pas ça. Et donc du coup la manière dont le monde nous est raconté aujourd'hui, la représentation du monde qu'on a, c'est un gros problème pour moi. La manière dont on représente le monde aujourd'hui qui est très anxiogène... n'a pas de rapport avec le monde dans lequel on vit. Donc, si on parle juste des infos, ben en fait, on est formé pour parler que des trains qui n'arrivent pas à l'heure, d'accord ? Bon, regardez bien, c'est que 3% des trains qui n'arrivent pas à l'heure. Ça veut dire qu'en gros, on parle de la SNCF que quand ça va pas. Donc, quand on me raconte les infos, bien sûr qu'il existe des tremblements de terre, bien sûr qu'il y a de la souffrance sur cette terre, et que c'est too much, on a envie de dire ça suffit en fait ? Enfin, pardon, mais ça suffit ! Il y a toujours eu des mendiants aux portes des palais. Mais enfin, quand même, maintenant ! Ça donne cette illusion que la vie est une vallée de larmes et que le monde n'est fait que de souffrances. En temps inconnu, j'ai rencontré des êtres humains, d'abord qui choisissent de nous recevoir, parce qu'ils ont des messages à passer, donc ça c'est important, qui font confiance à mon équipe parce que Franck Desplancs, le rédacteur en chef, il passait trois mois en voyage, c'était important pour nous d'avoir une éthique irréprochable. Et on a rencontré des êtres humains qui nous accueillent dans des endroits très hostiles. En fait, sans eux, je serais mort. Si j'étais allé seul au-delà du cercle polaire, je meurs en 24 heures. Si j'étais allé seul dans la jungle, je suis incapable de... Je ne suis pas chasseur-cueilleur. Si j'étais allé seul dans le désert, je ne sais pas au bout de combien de jours on meurt quand on ne boit pas, mais enfin bon. Et donc en fait, j'ai rencontré des gens à qui je dois la vie, et j'ai rencontré des gens qui ont pris soin de moi, et c'est ce qui a choqué les invités. Quand je dis moi, c'est mon équipe, mon invité. mes invités étaient toujours choqués par ça par la manière dont ils prenaient soin de nous souvent ils disaient j'ai l'impression qu'ils balayent devant moi pour paquer de cailloux C'est fou, je me souviens d'Edouard Baird, on est au Mali et on est reçu par Amaim B, 78 ans, très chaleureux, il dit tu es ici chez toi, et Edouard Baird qui a le sens de la blague fait j'aimerais tellement qu'on te dise la même chose chez moi. Donc en fait on a été reçu par des gens qui ont une hospitalité exceptionnelle, et puis ils nous ont ouvert leur maison, ils ont raconté leur histoire, donc ils nous ont raconté, ils nous ont ouvert leur coeur, on s'est pris dans les bras tous, on a pleuré ensemble, parce que quand on se dit au revoir... Ben, c'est pas au revoir. Au début, je croyais que j'allais les revoir. Je me racontais que j'allais les revoir, que j'y retournerais avec mon fils. Mais en fait, comme je faisais trois films par an les premières années, ben, au bout de deux ans, ça fait six films, neuf films, comment je vais choisir ? Et j'ai compris que je ne les retournerais pas. Et quand j'ai compris que ce n'était pas des au revoir, mais des adieux, ça a commencé à se compliquer. Et puis, au bout de, je ne sais plus combien d'années, quinze ans, je n'ai pas la notion du temps, je pars à l'aéroport Roissy pour partir en terrain inconnu. donc le chauffeur taxi est content parce qu'il me dit je vous emmène dans le terrain inconnu sauf que j'étais en larmes Alors qu'on partait. Pourquoi ? Parce que j'avais lu la documentation sur les invités que je rencontre pour la première fois, les héros du bout du monde. Mais en fait, je savais que j'allais leur dire au revoir alors que je voyais qu'ils avaient traversé des trucs incroyables, etc. Mon pote Franck, le rédacteur en chef, m'avait raconté comment ils étaient. Je savais déjà que j'allais les quitter. Donc c'est un peu le réflexe de Pavlov. C'est-à-dire que ça s'était tellement produit que voilà. Et là, je me suis dit mais c'est pas possible. Et puis cette expérience en terrain connu, c'est ce qu'on appelle une expérience profonde. C'est une expérience qui transforme. tous mes invités en parlent très bien Mais moi, je peux pas être transformé à ce point 25 fois dans la vie. Je suis trop transformé, là. Quand j'arrête Rendez-vous en temps inconnu, j'arrête aussi Notaires inconnus, et j'ai envie de faire une pause dans la présentation. Pour être sincère, à l'époque, j'ai pas envie de faire une pause, j'ai envie d'arrêter la présentation. Parce que ça paraît naturel d'être exposé, mais ça l'est pas du tout, d'être surexposé, d'être sous le feu des remarques, des critiques. Moi, j'ai beaucoup de chance parce que globalement... le public est super avec moi les émissions globalement ça fonctionne très très bien mais paradoxalement je savais que c'était dans un milieu très compétitif, il y a ce truc de yes t'as battu TF1 mais comme si moi je dormais la nuit ou je me réveillais le matin en rêvant de battre qui que ce soit, moi je nage dans ma ligne d'eau je fais mon petit bazar, je propose un truc, les gens sont là, c'est extraordinaire ils aiment, c'est fantastique mais c'est tout et donc il y a un petit dichotomie entre la manière dont C'est perçu, les commentaires. Et puis, quand on est exposé, vous dites une phrase, elle est sortie du contexte, elle devient un titre. Et d'un seul coup, il y a un petit côté... On doit être tout le temps concentré. Et d'un coup, je me rends compte surtout que j'adore être derrière la caméra. Même en terrain connu, quand on voit l'invité seul, ça m'arrive d'être pas loin, d'être derrière la caméra et puis de le voir vivre et tout. Et je suis heureux comme producteur, je suis heureux comme créateur. Mais je me rends compte qu'à ce moment-là, euh... Ça me plaît de me dire, ben voilà, je suis quelqu'un qui n'aime pas subir. Peut-être parce que j'ai l'impression de subir les premières années de ma vie. J'aime bien avoir la main, avoir le contrôle, être responsable de mes actes et tout. Donc j'ai choisi d'arrêter. Effectivement, on peut se dire qu'à ce moment-là, la reconnaissance dont j'avais besoin, je l'ai eue. C'est effectivement ça. Il y a aussi cette idée que moi, je ne suis pas bouddhiste, mais je suis bouddhiste friendly. Et dans le bouddhisme, il y a l'impermanence. ça veut dire que si on s'accroche à sa jeunesse à sa beauté, à sa richesse quoi qu'il arrive tout ça évolue c'est le mouvement permanent Et donc, ça va s'arrêter, à un moment donné, naturellement. Et ça va s'arrêter, la plus grande probabilité, c'est soit le public se lasse, il y a un côté un peu triste d'être délaissé comme ça, soit parce qu'un patron de chaîne, de manière arbitraire, va mettre un pote à lui, ou quelqu'un d'autre, ou etc. Et je me suis dit, pourquoi ce ne serait pas moi qui arrêterais ? Donc c'était aussi une manière de prendre la main. Je me suis rendu compte aussi que dans ma vie personnelle, j'ai plus souvent quitté qu'été quitté. peut-être parce que j'avais peur d'être quitté et j'avais l'impression que j'allais prendre la main Donc à l'époque, j'ai dit je fais une pause et j'arrête Terre inconnue, mais dans mon esprit, j'arrête la télévision. Et puis, il y a 2-3 ans, ça fait 6 ans d'arrêt d'antenne, et j'étais très heureux. Et France Télévisions me dit, voilà, Michel Drucker est parti déjà sur France 3 avec son émission. Il y a une case à cette heure-là. Est-ce que tu voudrais bien refaire cette émission que tu as fait à une époque qui s'appelait La Parenthèse Inattendue ? Et qu'est-ce que raconte l'émission ? Et c'est pour ça que j'ai eu envie de la reprendre. C'est une émission qui dédramatise l'échec. Parce qu'il faut en vouloir pour être là où j'en suis. C'est-à-dire qu'il faut accepter toutes les humiliations. Je ne parle pas des acteurs et des castings où c'est l'école du rejet. Les spectacles qu'on va monter, on va tout mettre et puis d'un coup il va y avoir des attentats et tout tombe à l'eau. Ça n'est fait que de revers de médaille. Je ne peux pas refuser la proposition de France Télévisions. Mon équipe est emballée et en plus je leur dis écoutez-moi, j'ai besoin que vous me donniez ma liberté totale sur le choix des invités. On te fait confiance sur le choix des invités. Donc en fait comme tous les feux sont verts, je ne peux pas dire non. Au début, je reviens, je me rends compte que c'est un sport de haut niveau et que franchement, ça fait longtemps que je ne suis pas remonté sur le vélo. Si vous regardez les premières émissions avec Charlotte Durkheim, Big Flo Holy, franchement, je suis un peu à la ramasse parce que je ne suis plus habitué à mener le truc. Et je me rends compte que ça prend du temps. Ce dimanche à la campagne me comble. C'est profond et léger, comme j'aime, c'est comme la vie. A 20 ans, je me réfugiais dans les cinémas parce que, je peux le dire aujourd'hui, ça n'existe plus, mais avec la mère de mon fils, on s'est connus à 20 ans, on allait l'un par Dieu, et à l'époque, on pouvait passer d'une salle à l'autre. Donc on finissait un film, on rentrait dans la salle d'à côté où le film avait déjà commencé, autant dire que ça provoque l'imagination, parce que tu ne connais pas le début, donc il faut imaginer, et ainsi de suite, on pouvait voir trois films dans la journée. Et je me demandais à l'époque, pourquoi à ce point la fiction m'intéresse, comme si le réel... Mon réel, ma réalité m'intéressait moins, peut-être. Mais en tout cas, ça je l'ai laissé tomber. Être réalisateur, ça me paraissait totalement inaccessible. D'ailleurs, tout au long de ma vie professionnelle, c'était compliqué de quitter un truc où je me débrouillais pas mal pour essayer un endroit où j'allais peut-être découvrir que je suis nul. Parce que c'est souvent ça les rêves qu'on ne va pas affronter. Parce qu'on préfère se dire, j'aurais pu, j'aurais dû. J'ai rêvé de faire de la fiction depuis l'adolescence, mais j'avais mis mon rêve de côté. ça arrive à tout le monde ça paraissait trop inaccessible puis un jour il va y avoir une rencontre je vais faire une émission qui s'appelle 1000 et une vies qui est une émission sur la résilience où je reçois des individus en tête à tête et je reçois un garçon qui me bouleverse parce qu'il a traversé et par la résilience et par le sourire qu'il a alors que c'est une tragédie terrible et quand il s'en va avec son père hors caméra je regarde dans les yeux et je fais bon ce qui est sûr c'est qu'il va y avoir un film sur votre vie je me suis demandé pourquoi j'avais dit ça et je pense que j'avais besoin de donner du sens à sa tragédie et il me regarde dans les yeux et me fait ouais Et c'est vous qui allez le faire. Et lui, il ne sait pas qu'il appuie sur un bouton qui est le rêve enfoui. Et je me dis, Fred, saisis l'occasion, c'est maintenant. Donc je me mets à écrire un pitch sur une demi-page, je vais rencontrer des producteurs de cinéma, ils vont me faire comprendre que c'est mieux pour la télé. Ça va être une très longue histoire, ça va mettre 9 ans, 9 ans de ma vie, pour que ce film se fasse. Il s'appelle Après la fin, et le garçon dont je vous parle a joué son propre rôle. Moi j'ai l'habitude comme ça de me battre pendant des années, mais pour la première fois j'ai failli lâcher. La raison pour laquelle j'ai pas lâché c'est qu'on allait raconter l'histoire vraie de quelqu'un qui est vivant et qui a envie que son histoire soit racontée. Et pour lui j'ai tenu bon. Alors pourquoi les 9 ans c'est trop compliqué à raconter et en rigolant je dirais que ce sera le sujet de mon prochain film. En tout cas le pitch de Après la fin, en fait c'est l'histoire vraie de Louis de Runges, qui est un garçon qui a vécu un accident et on a dû l'amputer des deux bras. Et donc, à l'âge de 20 ans, dans la vraie histoire, il va devoir se reconstruire et trouver du sens à sa vie et trouver une place sur cette terre. Il est un modèle de résilience XXL, aujourd'hui il fait des conférences dans le monde entier, il est bardé de diplômes, il est psychologue, il est spécialiste en neurologie, spécialiste de la douleur reconnue par des grands experts partout dans le monde, etc. Ce film est adapté de son histoire, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de choses vraies, parce que c'est lui qui joue son propre rôle, donc vous imaginez bien. et puis forcément on a On va dire qu'il y a des personnages qui incarnent d'autres personnages qu'il a rencontrés, etc. Et qui incarnent aussi le type de gens qu'on peut retrouver dans un centre de rééducation. Bon, la préparation est un cauchemar parce que j'ai commencé à flipper. Je me suis dit, en fait, ce qui t'étonne depuis le début, c'est comment c'est possible que tu y ailles alors que tu n'as pas forcément fait ça, que tu n'as pas confiance en toi. En fait, je me suis battu neuf ans pour faire ça. Et au moment de la préparation, quand j'ai enfin obtenu un oui, je me suis dit, mais je n'ai même pas fait un court métrage dans ma vie. Et c'était un flip, mais un flip extraordinaire. Mais paradoxalement, quand le tournage a commencé, je me suis mis dans un état d'esprit où je veux kiffer, ça fait trop longtemps. Et j'étais bouleversé par le professionnalisme des gens autour. Je ne vais pas citer tous les prénoms parce que c'est fou, mais je vous jure, j'étais fasciné par le travail de la photo, le travail des décorateurs, le travail du maquillage. J'ai souvent dit que je souhaite à tout le monde de connaître l'amour. de connaître l'amitié, mais il y a ce truc dont on ne parle jamais, c'est faire ensemble. Et c'est ce qui me plaît le plus dans ma vie professionnelle, que ce soit en terrain connu, j'ai fait le tour du monde avec mes potes, on s'est jamais engueulé à moins 30 degrés, à plus 50, on s'engueulera jamais. Et sur le tournage, j'ai choisi les chefs de poste, mais pas les autres. Et j'avais des gens, mais extraordinaires, extraordinaires. Et à la seconde où on se parle, ils n'ont pas vu le film, et je suis impatient de leur montrer, et c'est prévu, il y a une projection. J'ai pas la date de diffusion à la télé, ce sera sur France 2 je crois. je ne sais même pas si c'est France 2 ou France 3, mais je crois que c'est sur France 2, et ce sera en prime time, et évidemment ce sera annoncé d'ici là, j'espère que ça sortira avant la fin de l'année 2025.
- Speaker #1
On n'a pas du tout parlé de ton rapport à la paternité, si ça t'a changé en tant qu'homme.
- Speaker #0
En fait, ce qui est très drôle par rapport à la paternité, c'est que j'ai l'impression que si on m'avait demandé à 16 ans « Est-ce que tu peux être père ? » , j'aurais dit oui. Parce qu'en fait, j'avais toujours l'impression que je pouvais faire mieux que mon père, puisque je n'étais pas content. Même si aujourd'hui, je sais qu'il a fait de son mieux, mais à l'époque, j'ai l'impression que je pourrais faire mieux. Donc, j'ai très envie, j'ai de fantasmes sur l'idée d'avoir une relation complice avec mes enfants. de les encourager, au fond de leur offrir tout ce que j'ai pas eu. Et on verra d'ailleurs que c'est pas si simple, mais à ce moment-là c'est ça. Et puis à un moment donné, on a 30 ans, on se connait depuis 10 ans avec la mère de mon fils, et on décide de faire un enfant à 30 ans. Et voilà, donc je n'oublierai évidemment pas cette charge émotionnelle de l'accouchement. Et au début quand même, comme tous les parents, parce que j'ai des amis qui viennent de devenir parents en ce moment, ça me fait rire parce que juste avant on te dit, mais mon Dieu, j'arrêtais pas de dire mais... Personne ne m'a dit pourquoi il pleure. Comment je sais ? Bon, évidemment, dès qu'on est parent, on a compris que ce n'est pas compliqué. Soit il n'a pas dormi, soit il n'a pas mangé. Et du coup, c'est quelque chose que je vais adorer. Puis moi, j'ai eu un ami qui avait un enfant très jeune, à l'âge de 20 ans. Donc, on avait 20 ans. Et il me racontait quand il donnait le biberon au milieu de la nuit et qu'il adorait ça. Et ça m'avait marqué. Donc, j'étais impatient de ça. Donc, quelque part, j'étais prêt. J'étais très, très prêt. Alors après, évidemment, il grandit. qu'est-ce qu'on découvre ? Sa mère et moi, on est très protecteurs, un peu surprotecteurs, je sais que ça te parle. Et je vais découvrir des années plus tard que quand on surprotège, on fragilise. Mais parce qu'au fond, on projette nos propres peurs. C'est en général quand on a souffert, on ne veut pas que l'autre souffre comme nous, etc. Donc un jour, mon fils va me dire, papa, c'est pas parce que je te parle d'un problème qu'il faut que tu le règles. Et moi, j'ai dit, ah bon, et alors, qu'est-ce que je dois faire ? Je vais mettre des années, même en développement personnel, en communication violente, on apprend ça quand quelqu'un te raconte un problème. On a... tous l'instinct de vouloir protéger, de vouloir sauver. On a tous un petit syndrome sauveur. À ce moment-là, c'est juste être là. Donc aujourd'hui, c'est ce qui se passe. Il a 28 ans et quand il ne va pas bien, c'est ce qui se passe. Il y a un jour, quelqu'un m'a dit, mais quelle genre d'erreur tu as fait ? J'en ai fait sans doute des milliers. D'ailleurs, à chaque fois que je disais quelque chose, je disais, peut-être que ça va le traumatiser. Mais surtout, la principale erreur que j'ai faite, c'est que j'avais envie de détendre mon fils sur les attentes que je pouvais avoir de lui et j'ai toujours tu sais quoi mon fils le plus important pour moi c'est que ce heureux enfin bon Le bonheur n'est pas naté à permanent, donc mon fils n'était pas toujours heureux. Et quand il n'était pas heureux, il se sentait coupable. Parce qu'il disait, j'ai que ça à faire. J'ai la chance d'être dans un milieu privilégié, ou avec des parents hyper soutenants, et je suis malheureux. Donc c'était un problème pour lui. Il a fallu que je comprenne ça pour lui dire, et tu sais quoi, c'est malheureux, bonne nouvelle. Profite, tu vas apprendre. Savoure tes émotions. Il n'y a pas d'expérience négative, il n'y a que des expériences, disent les bouddhistes. Il n'y a pas d'émotion difficile, on dit que c'est une émotion inconfortable. Il parle comme ça d'ailleurs aujourd'hui. Donc ça veut dire que notre rapport a changé le jour où j'ai compris qu'il n'y avait pas d'injonction au bonheur. On a le droit d'être malheureux. En fait, quand il n'est pas bien, je lui dis que j'ai le droit d'être malheureux, mon fils. Son rapport à la notoriété est particulier, il a grandi avec ça. Et donc il a vu parfois, on était de nos moments à nous. Parce que lui considère que je n'ai pas été un père absent alors que moi j'ai grandi. Alors que quand il a grandi, j'avais cette culpabilité. Mais quand c'était nos moments, c'était extrêmement sacré. Mais forcément, les gens dans la rue, ils vous croisent, ils savent qu'ils ne vont pas vous recroiser de sitôt. Donc il y a une forme... Même si c'est des choses gentilles, il y a beaucoup d'intrusions. Donc j'ai souvent vu lui se mettre à l'écart pour les gens, etc. Donc la notoriété, c'est un truc qui ne lui faisait pas envie. Et puis, j'ai compris assez tard qu'il n'a jamais dit à personne que j'étais son père. Il voulait exister par lui-même. D'ailleurs... Je m'étais toujours dit, depuis qu'il était petit, j'ai pas envie qu'on l'embête pour ce que moi je peux dire dans une interview, etc. Donc depuis qu'il était petit, je lui disais, si quelqu'un te parle de moi, tu lui dis, alors moi c'est moi, mon père c'est mon père, si tu veux lui en parler, c'est quand il vient me chercher. Et il répondait ça, des fois dans des situations complètement incongrues, mais parce qu'en fait il avait retenu ce truc, moi c'est moi, toi c'est toi. Et c'est très drôle parce que il avait une vingtaine d'années, un jour on déjeune ensemble et puis je le ramène à son boulot et puis il m'envoie un message et il me dit c'est malin maintenant ils savent que t'es mon père. Je dis, je ne vais pas dire de nom comme ça parce que je ne veux pas que ça fasse polémique, mais à un moment donné, je dis bon, c'est pas trop dur. Il dit ça va, je ne suis pas non plus le fils d'eux. A vous d'imaginer de qui vous n'aimeriez pas être le fils de la fille. Et donc c'est rigolo. Donc oui, cette idée de, il est conscient que grandir à l'ombre d'un chêne, il connaît mon histoire perso par exemple. Et donc, c'est ce qu'on est en train de raconter, c'est une espèce de petite légende personnelle. Fait que lui, il se dit... je ne ferai jamais aussi bien. Par exemple, il est dans des métiers artistiques, il n'a jamais souhaité que je donne un coup de fil pour lui. Et dans des périodes de sa vie, il ne donnait pas de coup de fil lui-même, comme j'ai fait, comme je l'ai raconté. Et je lui ai demandé, pourquoi tu ne fuis pas, pourquoi tu ne possiles pas ? Il m'a dit parce qu'en fait, je t'ai vu te battre toute ta vie et j'ai pas envie de me battre.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui tu es la personne que tu projetais d'être quand tu étais jeune ?
- Speaker #0
Quand j'étais petit, je m'imaginais plus vieux, mais ça ne dépassait pas les 30 ans. Je ne m'étais pas imaginé à 58 ans. Donc c'est dur de répondre à cette question, de savoir si je suis la personne que j'aurais aimé être quand j'étais gosse. Je pense que je n'allais pas si loin. D'ailleurs mon cerveau ne va pas si loin, c'est-à-dire que je n'ai pas eu de plan de carrière, c'est juste des envies. Donc je ne sais pas si je suis... Par contre, est-ce que l'enfant que j'étais serait content de qui je suis aujourd'hui en tant qu'être humain ? J'espère, j'espère. Mon fils, il sait que j'ai toujours essayé d'être quelqu'un de bien. Il me fait souvent ce compliment, ça me bouleverse. Parce qu'il m'a vu, il a vu les choix que j'ai faits dans ma vie professionnelle. Je pourrais être 100 fois plus riche qu'aujourd'hui si j'avais dit oui à certaines propositions. Mais à partir de moi, j'ai un toit sur la tête. C'est arrivé à 45 ans. Ça allait, quoi. J'ai pas besoin de plus. J'ai besoin de kiffer ce que je fais. Ça, ensuite, je crois avoir le sens de l'amitié puisque j'ai les mêmes amis. J'ai des nouveaux amis, mais j'ai les mêmes amis depuis l'adolescence, depuis l'âge de 20 ans. Et voilà. Donc, je pense que j'ai essayé d'être quelqu'un de bien. Pas pour qu'on m'aime plus, peut-être au début. Mais parce que c'est apaisant, en fait. de se dire je suis droit dans mes bottes. Je pense que je ne pourrais jamais croiser quelqu'un dans ce métier qui me dira tu me l'as fait à l'envers. C'était mon problème d'ailleurs, c'est que j'étais très franc et très direct. C'est aussi pour ça que j'étais viré plusieurs fois en plein succès. Parce que j'étais très cash, ce qui n'est pas l'usage. Donc je crois qu'il y a ce qu'on fait et ce qu'on est. Donc ce que j'ai fait, j'en suis fier. Encore une fois parce que je ne l'ai pas fait seul. Donc je suis fier de ces aventures collectives et de l'avoir porté, de l'avoir initié, de voir comment ils ont été reçus. Ça, ça me comble, évidemment. Je ne peux pas rêver mieux. De ce que je suis, je continue d'évoluer. Je ne suis pas le même qu'il y a un an et qu'il y a deux ans. Chaque histoire, chaque expérience me transforme. Mais j'aime l'apprentissage. Il n'y a rien qui me passionne plus que ça, en fait. Donc, je ne me suis jamais demandé si je serais fier de ça. Mais l'enfant que j'étais, qui est un enfant qui avait besoin d'attention, de réconfort... Ce qui l'est réparé aujourd'hui. Ce qui m'a réparé, ce n'est pas... mon métier bizarrement. Malheureusement, il y en a beaucoup qui font des erreurs comme ça, ceux qui ont des besoins de reconnaissance et qui pensent que le métier va les réparer. En fait, c'est le contraire. Quand vous êtes un enfant fragile qui a subi, on va dire, qui n'a pas eu de soutien, qui a vécu du harcèlement à l'école, c'est pas mon cas, mais je parle de certaines personnes ou de maltraitance, vont croire qu'ils vont régler tout dans le métier. Mais sauf que ça, ça va être multiplié par 10 000. Le harcèlement, c'est dès que vous êtes exposé, vous avez 3000 personnes à la seconde où on se parle qui disent du mal de vous sur internet. Vous avez des critiques qui vont parler de votre film, ils vont faire un papier qui va leur durer une demi-heure, vous vous avez mis trois ans de votre vie. Donc en fait, ce qui est très drôle, c'est qu'on croit que ça va réparer quelque chose, alors ça ne veut faire qu'accentuer le truc. Moi, j'ai fait beaucoup de travail sur moi, j'ai fait un psy pendant plus de dix ans, j'ai fait dix ans de développement personnel, donc je suis moins anxieux que quand j'ai démarré ma vie, je suis moins perfectionniste parce que c'est une forme de maladie mentale. que quand j'ai démarré ma vie. Ça rend malheureux, parce qu'on a l'impression qu'on n'est jamais à la hauteur. Et voilà, donc du coup, j'aime cet apprentissage, j'aime cette évolution.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aimais qu'on dise de toi avant et qu'est-ce que tu aimerais qu'on dise de toi aujourd'hui ?
- Speaker #0
Avant, à l'adolescence, je pense que j'avais besoin qu'on dise Fred, il est super sympa. Aujourd'hui, j'aimerais qu'ils disent de moi Je suis quelqu'un sur qui on peut compter.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te manque aujourd'hui ?
- Speaker #0
J'ai envie de dire rien. Pas que je sois privilégié à ce point, mais je suis quelqu'un qui est heureux de ce qu'il a. En revanche, à certains moments de ma vie, je pourrais te répondre que ce qui me manque en ce moment, c'est un projet. Je ne sais pas si c'est l'ensemble de l'humanité, mais moi c'est sûr, j'ai besoin d'un projet. J'ai besoin de me projeter dans quelque chose, de consacrer mon énergie à quelque chose. Donc en ce moment, c'est le contraire. J'ai besoin de kiffer un dimanche à la campagne, de ne pas me rajouter 10 000 trucs en plus. Je continue de produire Rendez-vous en Terre Inconnue, d'accompagner Laurie Tillman. On a une émission qui s'appelle Nos Terres Inconnues. Et c'est un garçon qui est québécois, qui s'appelle Samuel Ostigui. C'est sur France 3. Et qui découvre la France. Donc son regard sur la France. C'est un Français qui se déteste tant. Pas d'un second, on a un Québécois qui va sans doute nous dire, je ne vais pas spoiler, qu'on a un pays incroyable et qu'on est des gens formidables. Et ça, ça me plaît. Et du coup, est-ce que j'ai envie de me rajouter un projet ? Je ne sais pas encore. Je sais qu'il y a ce projet télévision sur les acteurs du changement. Et il y a ce prochain film. Et puis, j'aimerais bien écrire un livre. Mais je n'ai jamais trouvé le temps de me poser pour l'écrire. Mais ça fait partie des rêves. Mais je dis ça parce que j'ai besoin de rêves pour respirer. En vrai, la question des manques, il n'y a pas de manque.
- Speaker #1
Ce serait quoi ce livre ?
- Speaker #0
J'ai eu beaucoup de propositions pour raconter mon histoire. Et j'ai toujours hésité. Parce que je ne savais pas si mon histoire était intéressante. Si elle était inspirante. Je trouvais ça bizarre de dire, tiens, mon histoire. Même j'étais très jeune quand on me proposait ça. Je disais, je ne suis pas le général de Gaulle, je ne vais pas écrire mes mémoires. Il y avait ce problème-là. Ensuite, quand je racontais mon enfance qui était... pas toujours heureuse, j'avais peur de blesser des gens qui sont encore vivants et qui, pour le coup, ont fait de leur mieux et que j'adore aujourd'hui, avec qui ça se passe bien. Donc ça, c'est un problème. Et ensuite, quand je pensais à raconter qui j'étais, d'où je viens et comment je vois ma vie et le monde autour de moi, raconter ma vision du monde, je l'ai un peu fait avec toi, je sais que ça va heurter des gens. Il y a des gens qui sont dans cette représentation du monde. Le monde est plein de chaos, il y a plein de souffrances. Et donc, toi, tu es un bobo, tu es un privilégié. ce qui est très drôle c'est que je suis devenu Bobo je suis pas né Bobo Et d'ailleurs, un jour quelqu'un m'a dit mais c'est un privilège de pouvoir aider. Parce que quand on est en galère, on ne peut pas aider. Donc moi aujourd'hui, j'ai la chance de pouvoir être attentif autour de moi et de pouvoir aider. Donc je sais qu'on est dans un monde aujourd'hui qui est complètement fracturé, polarisé, où d'un seul coup, quand les gens ne sont pas d'accord avec vous, ils ne parlent pas de ce que vous dites, ils vous parlent de ce que vous êtes. Donc j'ai toujours essayé de slalomer pour jamais être une cible. parce qu'en fait, ils perdent leur temps et on perd tous notre temps en fait donc en fait, ça me plaît de ne pas prendre position non plus sur la société telle qu'elle est aujourd'hui même si j'ai un avis comme tout le monde pour toutes ces raisons, je ne l'ai pas écrit alors que j'ai signé avec une maison d'édition il y a 15 ans ils attendent toujours le livre et donc c'est une sensation de truc inachevé je n'ai pas l'habitude de cette sensation et c'est pour ça que je dis, il faut que je le fasse un jour donc je passe mon temps à demander aux écrivains t'écris à quelle heure ? t'as des rituels et tout Puis il y avait la question de, est-ce que je réponds à une interview et puis du coup c'est écrit par quelqu'un d'autre, ou est-ce que j'écris moi-même et ça va prendre plus de temps ? Donc, comme il y a eu tous ces dilemmes, je ne l'ai pas fait. Et puis peut-être que j'aimerais décrire une fiction un jour, mais en fait c'est des rêves plus que des manques.
- Speaker #1
C'est quoi ton rapport au temps aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est une catastrophe. En tout cas, c'est ce que vont répondre les gens proches. Alors, mes collaborateurs le savent, j'ai du mal à être à l'heure. les gens qui ont partagé ma vie le savent j'ai dit ma lettre à l'heure et évidemment ça peut être interpellé de mille manières. Il y en a qui peuvent penser que j'en ai rien à faire, des gens qui m'attendent. Paradoxalement, c'est parce que c'est plus dur pour moi de quitter ceux avec qui je suis en ce moment. À partir du moment où je n'ai pas la notion du temps, je ne sais jamais quel jour on est, ça m'est déjà arrivé de signer un chèque 2012 alors qu'en 2016, je travaille sur des émissions qui des fois sont diffusées un an plus tard, ou le dimanche à la campagne, c'est trois mois plus tard. Et donc en fait... Il m'arrive de dire à l'antenne, nous sommes jour de la chandeleur, alors que ce n'est pas du tout ça. Donc ça ne m'a peut-être pas aidé. Et quant à un rapport à l'âge, j'ai tendance... Alors il y a deux choses. Il y a d'abord l'apparence, puisque comme je suis filmé, photographié, je vois bien l'apparence qui change. Je l'ai accepté. J'ai accepté, on peut être déçu d'un seul coup, on se dit oh là là, enfin c'est pas le oh là là ce qui se passe aujourd'hui, c'est oh là là je vois vers quoi on va. Bon, il y a un truc bizarre d'abandon de tiens, mais en même temps je suis plus à l'aise aujourd'hui avec mon apparence que quand j'avais 20 ans ou 30 ans, donc finalement ça se compense. Après la chance que j'ai, c'est que je reçois par exemple un dimanche à la campagne des invités qui ont parfois plus de 80 ans. J'ai reçu Gérard Rolls, 79 ans, il en fait 50. C'est un mystère, mais il faudrait qu'il fasse beaucoup de sport, il fasse beaucoup de vélo. Mais je me souviens avoir interviewé Jean Dormesson, qui avait un enthousiasme d'enfant. Et j'ai compris que le secret de Jouvence, c'était l'enthousiasme. Et j'espère ne jamais le perdre. C'est-à-dire que c'était le goût des autres, le goût des choses, la curiosité. Et du coup, votre attention, elle est tellement... Parce que moi, j'ai appris beaucoup de choses sur l'attention en méditation. Votre attention, elle est tellement sur ce que vous faites, etc. Et non pas sur ce que vous êtes. qui fait que du coup, vous êtes absorbé et vous ne voyez pas le temps passer. Donc évidemment, quand on m'a dit que ça faisait 20 ans que l'émission de Terre inconnue existait, j'ai cru que c'était une blague. Parce qu'on m'aurait demandé spontanément, j'aurais dit, je ne sais pas, 12 ans. Voilà, donc mon rapport au temps, je ne pense pas au futur. Et puis moi, ça fait 15 ans que je fais de la méditation de pleine conscience, où j'ai appris dans l'instant présent. Donc en fait, je me délecte du présent, je sacralise le présent, j'observe mes sensations quand je suis bien. Hier par exemple, j'étais avec mon fils et un ami, on a passé l'après-midi, c'était le week-end, ben tout le monde était content de l'après-midi, mais moi peut-être encore plus parce que j'aimais ce moment, j'aimais cette complicité, j'aimais cette lumière qu'il y avait, je voyais que ma chatte, ma chienne étaient heureuses, il y avait dans cette bulle où j'étais, parce qu'on est dans des bulles à chaque instant de nos vies, ben voilà, et donc je suis très attentif, je suis tellement dans l'instant présent que je ne suis pas en train de me dire, oulala, dans 10 ans, c'est vrai que c'est un choc, j'ai 58 ans, par exemple j'ai pas eu trop de problèmes de passer les décennies mais quand j'ai réalisé que dans deux ans j'avais 60 ans, j'ai eu un petit choc parce que quand j'étais petit, 60 ans c'était très vieux et moi dans ma tête je suis un adolescent mais il paraît que dans notre tête on n'a pas l'âge qu'on a donc voilà, je sais pas quel âge j'ai mais en tout cas c'est sûr que j'ai pas 60 ans dans mon cerveau que j'ai des enthousiasmes d'adolescent, on me le dit souvent d'ailleurs on me dit on dirait un ado, bah tant mieux Tant mieux parce que j'ai Jean Dormeusson dans un coin de la tête. Alors moi je te remercie de ce moment, j'ai envie de dire à ceux qui peuvent écouter que nous on s'est croisés dans nos vies, on a des amis communs, on ne s'était pas croisés depuis très longtemps mais du coup il y avait une sorte de familiarité, de confiance déjà, il faut le savoir. Et même si on s'était croisés, on ne s'est jamais dit ce qu'on pensait l'un de l'autre mais on a toujours senti l'un et l'autre qui avaient de la bienveillance, donc j'étais en confiance. C'est vrai que l'exercice que tu m'as proposé, bon je t'ai dit oui sans réfléchir parce que j'avais envie de te dire oui. Mais quand tu m'as dit qu'on n'entendrait pas tes questions, comme je suis un professionnel de la profession, je me suis dit, mais les gens vont m'écouter en monologue pendant combien de temps ? Et si, moi dans la vie, quand on me dit, alors qu'est-ce que tu racontes ? Bah rien, moi je te raconte un truc, s'il y a un truc qui t'intéresse, pose-moi une question. Et donc dans ma vie, j'ai toujours répondu aux questions qu'on me pose, parce que j'ai supposé que si la personne me pose une question, c'est que ça l'intéresse. Et comme on n'entend pas ta question, d'un coup j'avais peur que ça donne la sensation que je parlais tout seul dans le vide. Je parle de moi, monsieur parle de lui. Ça, c'était ma crainte de départ. Ensuite, les questions que tu poses, je pars du principe que c'est ce qui t'intéresse et je vois très bien ce qui t'intéresse. Je comprends pourquoi ça t'intéresse, puisque moi-même, ça m'intéresse. J'espère avoir répondu à tes attentes. C'est plus ça, ma sensation. Forcément, là, on est chez moi, avec mes animaux, on est au calme, on est tous les deux. on se connaît, il n'y a personne. Je sais forcément que j'ai raconté des choses que je ne raconte pas forcément. Mais c'est OK dans le sens où d'abord, un, c'est ma manière d'être et deux, je considère que c'est un honneur que tu me donnes de m'accorder autant de temps et que j'ai envie de répondre aux questions que tu te poses avec le plus de sincérité. Avec toujours l'espoir évidemment que ceux qui écoutent se reconnaissent et avec toujours l'espoir. que ça inspire dans le sens où j'appelle ça notre humanité commune. Au fond, on a tous les mêmes peurs, pas les mêmes, mais on a tous des peurs, on a tous des joies, etc. Et c'est ça qui me plaît dans l'humanité. Donc si je me livre, c'est aussi parce que la plupart des gens que j'interroge se livrent. Et si je ne faisais pas, je serais extrêmement malhonnête.
- Speaker #1
Oui, c'était ça l'idée. C'était que pour une fois, c'était à toi de parler.
- Speaker #0
Et c'était super Delphine, merci beaucoup. Merci Fred. À la seconde où on parle, je ne sais pas à quel point tu vas laisser tes questions. En tout cas, si vous avez l'impression que j'ai dialogué tout seul, que j'ai monologué, sachez qu'elle m'a posé beaucoup de questions. Et merci à vous d'avoir écouté.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cette trajectoire. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le liker, à le commenter, à le partager autour de vous. C'est grâce à vous que ce podcast peut vivre, grandir et continuer à faire entendre ces voix qu'on connaît, mais qu'on découvre autrement ici.