- Speaker #0
Bienvenue dans Trajectoire. J'ai toujours aimé raconter des histoires, parce qu'une histoire c'est une trajectoire. Un fil qu'on déroule avec ses lignes brisées, ses virages, ses élans, ses silences. Il y a des débuts qu'on n'a pas choisis, des accidents, des échecs, des moments de lumière qu'on voudrait revivre, et des choix qu'on regrette ou qu'on porte fièrement. Trajectoire, c'est un podcast qui donne la parole à ce qu'on admire, qu'on suit, qu'on croit connaître, mais dont on ne connaît souvent qu'une facette. Je les invite à revenir sur ce qui les a construits. A dire ce qu'ils ne disent pas toujours. L'enfance, les manques, les rencontres, les renoncements, les renaissances. Ici, c'est un espace intime, une voix, un récit, en somme, une trajectoire. Zabou Bretman, c'est la définition de l'enthousiasme. Quand on est avec elle, c'est comme si on la connaissait depuis hyper longtemps. Parce qu'on a grandi avec elle, on l'a vue actrice, réalisatrice, elle fait partie de notre paysage. En tout cas, elle a marqué le mien. On s'est retrouvés dans une brasserie du 14e arrondissement, son quartier de prédilection, et là, j'ai replongé dans son histoire. Je vous emmène avec moi dans ce moment rare, où Zabou s'est prêté au jeu de trajectoire, sans aucun filtre et avec une grande générosité.
- Speaker #1
Alors moi j'ai grandi à côté de l'endroit où on se trouve là. On est aux Ayères, à Alésia. J'ai grandi là, j'ai même été éclaireuse de France. Les éclaireurs, c'est les scouts laïcs. Donc il n'y a pas de religion. éclaireuse de France et les rendez-vous étaient à l'église d'Alésia. Donc ça m'amuse d'être ici parce qu'on connaissait bien. Mon grand-père venait déjeuner ici. J'ai déjeuné et dîné avec mon père ici. Surtout déjeuner à la fin, jusqu'à 93 ans. Il marchait très difficilement. Il faisait encore manger ses... Qu'est-ce qu'il avait qu'il aimait tant ? Des riz de veau et des tripes. Oui, c'est une vraie brasserie. Donc c'est un quartier que j'ai... Toujours aimée, je suis très attachée à ce qui était familial. Pour une raison aussi, je pense, qui se comprend très bien, c'est que j'étais fille unique. Et quand on est enfant unique, on est très attachée à la cellule familiale qui était toute petite. Et puis l'enfant est minoritaire quand il est enfant unique. Dès qu'il y a deux enfants, ils sont un peu plus forts. Alors moi, j'étais forte en tant qu'enfant fille unique, évidemment, pour plusieurs raisons. parce que mon père, qui voulait un garçon, parce qu'il avait déjà une fille d'un autre mariage, m'a élevée comme si j'étais une fille ou un garçon. En fait, aujourd'hui, on dirait non-genré. Et donc, toute cette partie-là de moi, je pars tout de suite de cette éducation-là, parce que, quand j'étais éclaireuse de France, j'avais un côté comme ça, garçon manqué. Et j'ai toujours eu, d'ailleurs, un côté. garçon manqué, on me disait garçon manqué, mon père me disait non, non, fille réussie. Et donc, cette enfance était très douce pour moi, puisqu'elle correspondait aussi au grand succès de mes parents, qui étaient tirés la fronde. Mon père avait écrit le feuilleton. Et ma mère jouait Isabelle, nommée After Myself, parce que je m'appelais Isabelle. Il avait appelé son héroïne Isabelle. J'ai des souvenirs de cet endroit. En fait, j'ai des souvenirs de l'immeuble qui était boulevard Brune et des souvenirs de l'appartement. Et il y a un peu longtemps quand même, j'y suis retournée. J'y suis allée pour entrer dans l'ascenseur, parce que je me souviens de la porte en fer. C'est des immeubles de la RIVP des années 30. Et donc, je suis rentrée dans l'immeuble. J'ai reconnu le... Les portes, comment elles sont vernis, l'ascenseur, son bruit, les couinements de la porte. Je suis très attachée au sens. Et donc, le 14e, je suis native puisque je suis née dans le 14e, je suis née dans la clinique Sarrette. J'allais à l'école Antoine Chantin. Pendant le Covid, d'ailleurs, j'allais me promener vers l'école.
- Speaker #0
Tu es très nostalgique, apparemment.
- Speaker #1
petite nostalgie, même si je ne sais pas quelque chose que j'adore, la nostalgie, je préfère la mélancolie. La nostalgie, c'est un regret quand même, il y a quelque chose d'aller rechercher, alors peut-être, oui, un peu de nostalgie, c'est le mot en tout cas. Là, c'est pour aller humer à nouveau les parfums de l'enfance, qui me plaisaient, mais je ne regrette pas tout ce qui s'est passé ensuite. Donc, c'est peut-être plus de la commémoration. on va dire la commémoration du 14ème. Ici, il y a une odeur, mais il y a une odeur partout. Et donc j'adore, je sens, je ressens, j'ai partagé, j'ai aimé les... L'école aussi, c'est la raison pour laquelle j'allais retourner dans mon école, parce que j'ai aimé l'école, j'ai aimé les instituteurs, j'ai aimé les profs. J'ai toujours aimé et admiré et respecté. J'ai d'ailleurs voulu être prof moi-même, j'ai voulu être prof. C'était l'enseignement qui me plaisait énormément. La passation en fait, c'est la passation, le passage de témoins. C'est un peu ça. Et tout ça, c'était dans le XIVe, parce que quand les affaires étaient beaucoup plus mal, on s'est retrouvés en province, et ça a correspondu avec quelque chose d'assez violent, mais qui a correspondu également à une époque, on dit, merveilleuse, libre, qui était mai 68. Mes parents se sont mis corps et âme dans mai 68, et s'y sont perdus complètement. Mon père particulièrement, parce que je pense que ma mère a suivi mon père beaucoup.
- Speaker #0
C'est-à-dire s'ils sont perdus ?
- Speaker #1
Mon père n'a plus travaillé après. Après mai 68, ça a été terminé. Bon, il était toujours... Pourquoi ? Mon père était toujours un peu... un peu chiant, je pense. Mais chiant, ça veut dire... Il avait quand même une morale très définie, une éthique merveilleuse, donc ça, c'est super. Mais je pense qu'il ne savait pas non plus négocier avec des gens qui avaient le pouvoir et qui étaient décisionnaires de son... de son futur. Par exemple, des chaînes de télé. Donc, en 67, après le succès monstrueux Thierry Lafrante, puisque, je le rappelle, il n'y avait qu'une seule chaîne, on lui proposait plein de différents scénarios à reprendre. Alors, lui, il n'aimait pas, il trouvait ça mal écrit, il avait pas complètement tort, il trouvait que les dialogues étaient nuls. Là non plus, je pense qu'il n'avait pas complètement tort. Et, il aimait pas... pas ce qu'on lui proposait parce qu'il trouvait qu'au niveau éthique, ce que ça racontait était épouvantable. Donc il n'adhérait pas. Mais il ne le faisait pas savoir d'une manière astucieuse, on va dire.
- Speaker #0
Il n'était pas politique, comme on dirait aujourd'hui.
- Speaker #1
Il n'était pas politique parce qu'il était très politique. Quand on dit que ce n'est pas politique, ce n'est pas exactement ce que ça veut dire. Lui, il était trop politisé pour accepter d'être politique. Mon père était rose, plutôt. Il était socialiste, c'est le socialiste de l'humanisme de Léon Blum. Léon Blum était un grand copain de mon grand-père, par exemple. Donc j'ai des photos de mon grand-père avec Léon Blum. C'est le front populaire de Léon Blum, pas celui de Laval, bien évidemment. Mon père, qui est donc l'enfant de ce père-là, a toujours défendu certaines valeurs. Et donc des valeurs, on va dire, du socialisme. Mais je me souviens d'une discussion quand j'étais toute petite dans la cuisine du 14e. Il parlait avec un type qui était très rouge, beaucoup plus rouge gaucho, on va dire. C'est pas vilain dans ma bouche. C'était pendant mai 68, je pense. Et le type lui dit, et je pense que j'arrive dans la cuisine à ce moment-là, il lui dit, d'accord, donc tu préfères discuter avec un mec intelligent de droite qu'avec un connard de gauche. Mon père dit, bah évidemment. Et ça, le mec ne comprenait pas. Il lui dit, mais c'est horrible. Donc, le mec de droite, tu peux parler avec lui ? S'il est intelligent ? Mon père dit, mais bien sûr. L'idée n'est pas de ne pas parler à un mec de droite. L'idée, c'est de savoir à quel endroit la discussion est possible. Il dit, un mec de gauche avec lequel la discussion n'est pas possible, c'est pour moi un crétin. Et donc, il n'a pas les vraies valeurs. Donc, il est à gauche pour de mauvaises raisons. Et donc, je me souviens de cette discussion-là. Elle est intéressante. Donc, mon père était rose, très cultivé, plus prêt à faire une blague tendancieuse. Si elle est drôle, qu'à ne pas la faire. Et ensuite, ma mère était rouge, était beaucoup plus rouge. Ma mère est québécoise, était québécoise. Et donc, les féministes québécoises sont hyper virulentes. C'est du délire. Et donc ma mère était une enragée. Donc beaucoup plus rouge. Je pense qu'elle aurait été gilet jaune, ma mère. C'est évident. Mon père, jamais. Mon père aurait été fou, furieux. Il les aurait détestés. Détestés de condamner l'art, par exemple. Parce que mon père m'a dit, on condamne tout de suite l'art. C'est l'art, la culture qui va être prise en... C'est ce qui est fou. C'est ça qu'on devrait sauver tout de suite. D'abord. C'est ça qu'on doit sauver d'abord. On peut attaquer tout ce qu'on veut, mais ça, il faut tout faire pour que ça continue. Et ne pas comprendre ça, c'est ne pas comprendre la partie la plus belle de l'homme, de l'être humain. qui n'est pas juste là pour manger. C'est terrible. C'est effacer l'être humain. Donc, je suis de ces deux-là. Je suis issue de ces deux-là. Et la rage de ma mère, je ne l'ai comprise que beaucoup plus tard. Malheureusement, elle était déjà morte. Donc, je n'ai pas compris sa rage et sa colère. Parce que, quand on comprend, quand on écoute des féministes un peu enragés, on peut comprendre exactement d'où elles viennent et ce qu'elles ont subi. Et quand on n'a pas compris ça, moi je ne l'avais pas compris parce que j'avais un père qui était beaucoup plus fort que ma mère. Donc j'étais team papa. C'était ma team, c'était papa. On ne faisait qu'un. Il s'était bien débrouillé pour qu'on fasse qu'un. Mais je pense qu'il était aussi plein de défauts, de manipulations et que ma mère suivait quand même. Et donc, elle ne faisait que gueuler, mais un peu dans le vide. Donc, d'être enfant de ces deux-là, il y a une chose que je trouve intéressante, c'est que, de par mon père, je suis capable de réfléchir beaucoup et de me remettre en question, d'analyser. Et j'ai, grâce à lui, pu comprendre qu'il n'était pas le saint que j'imaginais qu'il était. C'est drôle pour moi qui suis athée et laïque de dire ça. Mais enfin, vous voyez ce que je veux dire, l'image du saint. Et pour moi, c'était qu'il y avait tout méchant d'un côté et tout bon de l'autre. Et puis, grâce à lui, j'ai été capable de comprendre qu'il n'était pas toujours quelqu'un de bien, qu'il a été très manipulateur et qu'il a oppressé psychologiquement complètement ma maman. Et ça, c'est terrible de dire qu'on a été team papa et qu'on a lâché maman. Ça, ce n'est pas bien. Mais c'est intéressant de ne pas s'en vouloir après. À l'adolescence, précisément, on arrive en province. Donc mon père refuse les scénarios, interdit, je l'entends sans l'entendre, à ma mère de travailler sans lui. Ma mère avait du boulot comme actrice, mais était extrêmement jolie. Donc mon père était... mon père à ce moment-là était naze. Il n'était pas capable de lui dire, évidemment, on va travailler sans moi.
- Speaker #0
Si elle était féministe, comment pouvait-elle se laisser dicter par ton père ?
- Speaker #1
Parce que c'est très complexe, la soumission. C'est extrêmement complexe. Ce n'est pas parce qu'on connaît ses préjugés qu'on est capable de les détourner. Elle s'est fait battre, tabassée toute sa vie par son père. Elles étaient onze enfants. Elle s'est fait abuser par les bonnes sœurs. C'est une enfant abusée. Elle s'est battue. jusqu'à partir en France, qui était son rêve. Mais son rêve a été également son cauchemar en même temps. Et elle n'est pas partie parce qu'elle a eu à 20 ans un enfant. Et c'est horrible. Et son enfant, c'est moi. Et quelque part, elle m'en a voulu. Et donc, ce n'est pas si simple d'accepter qu'une mère vous en veuille d'être là. C'est hyper violent. Donc, ça n'est pardonnable, peut-être que parce qu'elle est morte. Ce qui est terrible, c'est que peut-être que j'ai été capable de faire ça parce qu'elle était morte. Et que peut-être qu'avant, je n'étais pas capable de le voir. Enfin, je n'en sais rien. Toujours est-il que j'arrive à bosser là-dessus. D'une manière, il ne faut pas que j'enterre non plus définitivement mon père, qui est déjà enterré depuis toute la belle durête. Mais il ne faut pas que je le réenterre complètement et que j'adoube complètement ma mère. Ce qui est intéressant, c'est de voir, et qui peut seulement faire progresser, c'est de voir à quel point... Il n'était pas un génie. Et à quel point elle était aussi formidable. C'était une femme formidable. Ce n'était pas une mère formidable. Donc, oui, elle peut être féministe. Mais vous savez, ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas de lire Simone de Beauvoir. Elle lisait Simone de Beauvoir. Elle lisait Anaïs Nin. Elle lisait Jursenard. Elle lisait... Vous voyez, elle lisait les femmes. Elle était fière des femmes. Tu te rends compte de ce qu'elle a fait, cette femme. Mais de l'intérieur, elle était... Je ne pense pas que mon père ait lu ce qu'elle disait. Or, elle lisait ce que lisait mon père. Et donc, il l'a très maltraité. Et elle l'a aimé jusqu'au bout. Il est mort, elle est morte trois semaines après lui. Ça faisait 40 ans qu'ils n'étaient plus ensemble. Donc, adolescent, moi, je remets tout ça là parce que c'est, au moment donné, la déchéance. La déchéance, c'est-à-dire finir dans la misère, c'est vachement dur. Et ma mère me disait, ça suffit d'une vie gâchée. Sa vie a été gâchée, ce qui est vrai. Je pense à 20 ans par ma naissance. Et après, parce qu'elle a suivi tout, alors qu'en fait, elle a eu vraiment, elle a eu quoi, dix ans de, je ne sais même pas, huit ans, huit ans de bonheur, peut-être, même pas, peut-être six ans. Allez, six ans de vrai bonheur, six, sept ans, ce n'est pas beaucoup. Et j'oublie qu'elle avait 32 ans quand on a déménagé. Et qu'on a déménagé en province dans un château du XIIIe siècle. Je veux dire, il n'y avait rien. Et ils étaient encore... C'était entre Vierzon et Romorantin. Enfin, je veux dire, il n'y avait rien. C'était atroce. On me jetait du pain mouillé parce que je m'habillais dans les brocantes avec des... Peut-être parce que je m'appelais Bretman un peu aussi, je pense. En province, c'était cool. C'était super. Et j'ai détesté, quoi. J'ai haï. Jamais j'y retournerais. Vraiment l'adolescence, quoi. Le moment où on tombe amoureux. Et puis mon père s'est barré quand j'avais 15 ans. Il s'est barré avec une jeune femme de 20 ans. Le schéma, un espèce de pauvre truc classique, minable, quoi. Et il l'a laissée toute seule. Je suis allée avec ma mère jusqu'à faire des crises de panique, évidemment. Je suis partie. Elle s'est laissée toute seule dans son priori. pas voulu déménager après. Ouais, pour faire des études. Alors, j'avais fait au lycée, je faisais latin grec, donc lettres classiques. Alors après, j'ai voulu faire anglais, j'étais très bonne en anglais à la fac. Et j'ai voulu faire anglais et je ne sais absolument pas pourquoi, portugais du Brésil. Parce que, en fait, aussi... Parce que mon père, dans ses bons côtés, me disait depuis toute petite, tu peux tout faire. Tu peux faire exactement ce que tu veux, n'oublie jamais. Ton cerveau peut te permettre de tout faire. Il n'y a pas une chose que tu ne peux pas faire, à part des choses physiques, peut-être, si ce n'est pas assez forte, ça c'est possible, qu'un homme peut faire et que tu ne peux pas faire. Le reste, tu peux tout faire. Il m'avait engueulé un jour parce que je voulais faire, il y avait une prise électrique, il m'a dit, j'ai te montré comment on remet deux fils dans une prise. Je lui avais dit, oh non, mais moi, je ne peux pas savoir faire ça. Il m'avait dit, quoi, parce que tu es une fille, tu crois que tu es plus con qu'un mec ? Je ne sais pas. Il m'a dit, mais c'est insensé quand même de penser ça. Donc, c'est vrai que je sais tout faire. Et que je vais, oui, je sais mettre les fils. Oui, je sais faire, je sais talocher. Je sais mettre du carrelage. Je sais, mais même en plomberie, là où toi, j'ai demandé à mon voisin de venir. J'avais des voisins super sympas. Changer le robinet. Et je regardais, je me disais, mais j'aurais pu le faire moi-même, franchement. mais c'est que dalle. Et c'est juste par flemme. Et il me disait mais non, si tu ne sais pas, tu regardes une notice et tu vas savoir faire. Et ma mère me disait elle adorait, elle écoutait ça avec un sourire parce qu'elle se voyait elle-même petite fille et elle me disait t'as de la chance. Et ça m'énervait. Je ne supportais pas parce que j'avais l'impression que moi aussi quand même c'était louable tout ce que je faisais. Mais elle avait quand même raison. J'étais née quand même dans un endroit un peu cool. J'avais de la chance. Puisque même quand on a déménagé, je dis que c'était la misère et tout ça, c'est rétrospectivement que je dis ça. Je n'ai jamais été triste. Pendant, je n'ai jamais été triste. C'est fou. Je n'avais rien. J'avais un pull et un jean. Et un pantalon. Point. Et je lisais. Je m'ennuyais. Je lisais dans le priori. J'avais plein de bouquins, des vieux bouquins. j'avais les Misérables, j'ai lu deux fois, mais c'était des livres. énorme, des grosses relios rouges. Et donc, oui, mes études, je me retrouve à faire Portugal et du Brésil, tout simplement, parce que je peux tout faire. Donc je me dis, tiens, qu'est-ce que j'ai envie de faire ? Et puis je me suis un peu ennuyée. Et j'avais fait grec ancien. Moi, j'aimais pas le latin, j'avais du mal. Ça m'ennuyait, vraiment. Puis les textes m'ennuyaient. La guerre des Gaules, c'était pas possible. Mais j'aimais beaucoup les textes grec ancien. On avait Lysias, on avait plein de trucs très rigolos. Et donc... Je me suis dit, ah mais, parce que j'aimais bien la linguistique. Et je me disais, tiens, je me demande, parce que j'étais allée en Grèce avec une copine, je m'étais payée mes vacances, ma copine non évidemment, mais à 16 ans j'avais été dans un crédit agricole de Vierzon pour bosser et pour gagner des sous, et j'étais partie avec mes sous, parce qu'on n'avait rien. Et je me souviens parce que ma copine à l'époque, ses parents avaient payé, et on n'avait pas du tout la même vision des vacances. Parce que je disais, bah non, mais là on ne peut pas. Je me disais, attends, on ne va pas manger des pâtes. Et je me souviens, je me disais, en fait, ça m'était un peu égal. Je me disais, non, là, on ne peut pas, on ne peut pas. Et donc, après... Je suis partie en Grèce deux fois. Ça m'amusait parce que je lisais le grec, mais la prononciation était un peu différente. Donc ça m'intéressait. Et donc je suis allée au Langso, en grec moderne, pour voir, par curiosité, juste par curiosité, pour voir comment le grec ancien était passé au grec moderne. Et qu'est-ce qui se passait ? Qu'est-ce qui avait été perdu ? Et comment la langue avait bougé ? Je ne vais pas faire des exemples maintenant, mais c'est un peu absurde. Le gueux était devenu un gémouillé. C'est-à-dire gueux. Pourquoi ? Des trucs vraiment absurdes. C'est très difficile comme ça dans un podcast. Mais en tout cas, j'adorais ça. J'étais la seule à avoir fait du grec ancien. J'ai fait ça deux ans.
- Speaker #0
Tu avais un métier en tête ? Tu avais quelque chose que tu voulais faire ?
- Speaker #1
Prove d'anglais. Mon père m'appelle parce qu'il avait encore des... avec des anciens de Télé France Films. Et il connaissait, il y avait une script qui lui avait dit qu'il y avait des auditions pour Récréateur, pour présenter des émissions pour les enfants. 19 ans, 18 ans, 18, 18.
- Speaker #0
Donc, tu étais en pleine étude.
- Speaker #1
En pleine étude. 18 ans, j'y vais. C'est Jacqueline Joubert qui fait passer les auditions. Et il fallait que je réponde à ces questions en regardant dans la caméra. Elle était à côté de la caméra, donc c'était déjà un exercice. Pour moi, c'était assez simple. Ça allait vite, quoi. Je l'ai vite, je comprends vite. Et dissocier, je suis bien latéralisée, quoi. Je me souviens qu'elle avait dit, c'est bien. Et ensuite, elle ne posait plus... quelques questions et elle était morte de rire. Parce que j'étais très à l'aise. Pas prétentieuse, juste bien contente d'être là. J'étais un peu lourd à vie de la crèche quand même. On m'appelait comme ça. J'étais contente d'être là. Tout ce qui arrivait pour moi, c'était du bonus. Tout, tout. Mais absolument tout. Je suis extrêmement heureuse quand il arrive quelque chose. C'est-à-dire quand il arrive quelque chose de chouette, c'est pas « Ah, c'est cool ! » Non, non, non. Je suis heureuse comme tout.
- Speaker #0
Tu t'émerveilles.
- Speaker #1
Je m'émerveille. Absolument. Grande capacité à l'émerveillement. Tout le temps. Je me dis, oh là là, c'est super. Très vite, je dis, oh mais c'est formidable.
- Speaker #0
C'est une qualité.
- Speaker #1
C'est une qualité. Ma mère était comme ça. Je pense que ça, c'est ma mère. Elle était très démonstrée. Mais c'est Québec aussi. Par exemple, au spectacle, mes enfants, ils avaient un peu honte de moi parce que je faisais, ouais, bravo. C'est comme ça, des trucs comme ça.
- Speaker #0
Alors, donc, tu passes ce casting de Récré à deux, t'es prise ? Ah ouais, ouais,
- Speaker #1
ouais, direct, ouais. Ouais, je suis toute contente. J'aimais beaucoup Jacqueline Joubert, il faut dire.
- Speaker #0
Rappelle qui est Jacqueline Joubert, c'est la productrice ?
- Speaker #1
Jacqueline Joubert était une grande speakerine, c'est-à-dire c'était des femmes, pas uniquement des femmes, très belles, qui annonçaient les programmes. Il n'y avait que la France qui faisait ça. Elle était la femme de Georges Decaune et ils étaient les parents. d'Antoine, de Cône. Jacqueline Joubert, ma mère me dit ah oui, c'est super. Donc Jacqueline, elle m'adore, elle dit oui, tout de suite. Je présente les après-midi, donc je suis un peu toute seule sur un fond bleu, parce que c'était bleu à l'époque avant vert. Les caméramans sont en train de regarder des matchs de foot pendant que je suis là à faire mes petits trucs. J'écris mes textes, je ne dépose pas mes textes. Ça, c'est du côté de mon père, on était nuls en pognon. Donc, mes textes déposés, je n'ai pas touché un centime sur mes textes. Je ne sais pas si c'est rétroactif d'ailleurs, mais j'aimerais bien savoir qui les a déposés. Parce que pendant un an, j'ai écrit des textes, dont des textes entiers et parfois des directs, donc beaucoup de textes. En fait, c'est beaucoup d'argent. Je n'ai pas vu un centime. Ça, c'est dur. Et là... On me met en couple avec un type qu'adorait Jacqueline, qui est Jackie, Jackie Bovitch. Et Jacqueline l'adore, ils se sont rencontrés, donc allez hop, ils se disent, parce qu'ils voient que je suis assez fantaisiste, que je ferais bien un bon duo avec Jackie. Et voilà, et j'adore Jackie évidemment, je l'adore. On rit comme des malades, qu'est-ce qu'on a pu s'amuser. Mais de toute façon sur Récréadé, à deux, je me suis amusée. J'ai adoré. Encore une fois, j'étais contente d'être là. Et puis surtout, je gagnais ma vie. J'étais payée, elle me dit « combien vous voulez être payée ? » J'ai dit « bon, on ne sait rien moi, aucune idée » . Et donc elle m'a dit « le minimum, ce qu'on donne à tout le monde » . J'ai dit « bah oui, ça va très bien » . J'étais très contente, ce qu'on donne à tout le monde, ça m'allait très bien. Et donc j'étais payée, c'était extraordinaire. J'ai continué un peu la fac et puis après j'ai arrêté. Parce que je pouvais continuer au début. J'enregistrais une fois par mois, je crois, ou deux fois par mois. Et puis un jour, je me souviens de ça, j'étais dans une librairie, je crois. Il y a une petite fille avec sa maman qui me dit « Oh, vous êtes Zabou ! » Et j'étais avec ma mère. Et je dis « Oui ! » Et donc c'est la première fois qu'on me reconnaissait. Et ma mère m'a dit « Ça m'a fait tout drôle parce qu'avant, c'est moi qu'on reconnaissait. » Et donc je fais ça et donc on commence à faire les directs. Et je rencontre Dorothée, qui est adorable, qui est super sympa. que j'ai adoré, qui a été top. Et je rencontre Ariane Carletti, qui n'est plus là, malheureusement, avec qui on se marrait comme des dingues. Parce qu'Ariane, c'est vraiment une actrice au départ. Et d'ailleurs, c'est drôle parce que moi, ça m'était égal ce que j'allais faire après. Je n'y pensais pas, ce que j'allais faire après. Je n'avais pas de plan de carrière. Je n'ai jamais eu de plan de carrière. Et c'est peut-être la raison pour laquelle je fais tant de choses. Oui, si j'avais eu un plan de carrière, peut-être que je tournerais Un long métrage par an, c'est probable d'ailleurs. C'est probable, puisque j'ai conduit plein de trucs pour faire des choses pas payées, dans un coin. Mais on a une vie, quoi. Et j'ai envie de faire plein de trucs. C'est ça qui m'angoisse. C'est pas seulement de mourir, c'est de ne pas pouvoir faire tout ce que j'ai à faire, et tout ce que j'aurais voulu faire, j'aurais voulu 20 vies, je sais pas. Et donc, Dorothée, super sympa. Ariane bizarrement, donc actrice, quand moi, je n'ai pas de velléité de quoi que ce soit, mais elle, elle a déjà tourné un film, elle a envie d'être comédienne, elle me parle sans arrêt de ça, je rencontre des gens du cours Florent, moi, ça m'est égal, quoi. Moi, je disais des Alexandrins quand j'avais six ans, avec mon père, on blaguait sur Racine, c'est-à-dire que j'avais une culture interne, une culture physique, voilà. J'avais une culture physique, exactement. C'était inné chez moi. La culture, elle était à la fois... Elle était acquise, mais oui, bien sûr, mais elle était là, là, quoi. C'était naturel pour moi, la culture. C'était un truc qui se faisait forcément, quoi. Et d'ailleurs, mon père me disait, ce qu'il faut apprendre, c'est pas apprendre quelque chose, il faut apprendre à apprendre. Il faut apprendre à être curieux. Quand on sait être curieux, on peut tout. Et ce qui est vrai, là-dessus, il avait raison. Et donc... Je regardais Ariane en me disant « c'est merveilleux, elle a un plan de carrière » . Mais je n'y voyais rien de mieux ou de moins bien. C'était un fait. Je me disais « elle est différente de moi » . Et je voyais donc Antoine régulièrement. J'avais croisé Antoine. Et c'était génial, j'adorais Antoine. Je le trouvais merveilleux. Et Antoine, avec toutes ces années depuis qu'on se côtoie, est le même. Enfin, avec moi. Il est pareil. On est un peu pareil. J'ai l'impression qu'on est pareil. J'ai l'impression que c'est un cousin. Qu'on parle la même langue. Je l'aime énormément parce que c'est tellement simple, c'est tellement évident. On est au même endroit et je vois bien que je suis dans des endroits que les gens ne comprennent pas parfois. Je me sens très différente, je vois bien. Oui, je sens bien qu'il y a des gens qui me regardent comme si j'étais folle ou barcienne. Parce qu'avec ma fantaisie permanente, ou mon envie, qui peut dépasser tout, de faire une blague, mal placée, ma détermination à déconner, ou mon envie, ou ma façon de penser qui est bizarre, et qui peut paraître bordélique et qui ne l'est pas en vrai. Pas du tout. C'est un bordel très organisé. C'est un truc... Quand j'imagine un film, par exemple, j'ai la dernière scène. J'ai toujours la dernière scène. Je ne sais pas exactement comment ça commence, mais je sais comment ça finit. Et pour moi, c'est bien. Je vois dessus-dessous, en même temps. Pour moi, faire une série, par exemple, c'est facile. Je comprends. Je vois très, très bien où ça se situe. Je n'ai pas besoin. C'est comme un puzzle en 3D, quoi. Ça me va. L'abstention dans l'espace, ça me va. Je comprends très bien comment ça fonctionne. En revanche... Je suis débile sur des trucs tellement simples, mais vraiment bêtes. Une forme de linéarité, quoi. de fonctionnement très horizontal. Mais là, je ne comprends rien parfois. Je peux être perdue. Pour aller d'un point A à un point B, à un point D, moi, je vais passer par le Z, en remontant par le M, parce que là, je vais le définir. Donc, je ne travaille qu'avec des obsessionnels, évidemment. Je ne travaille qu'avec des gens qui sont capables d'être linéaires, mais qui sont capables d'accepter comment je suis. Ça leur va aussi. Ceux qui ne sont pas capables, je ne peux rien faire. Parce que parfois les gens me disent, mais ça se passe avant ? Je ne travaille qu'avec des gens comme ça. Forcément. Et je les adore. D'ailleurs, j'adore travailler avec des gens comme ça. Ça m'éclate. Parce qu'ils ont une intelligence que je n'ai pas. Je sais que je dois donner des explications parfois. Mon premier assistant, je me souviens qu'il était un mec brillant. Il m'a dit un jour, le problème là, c'est que ça c'est dans ta tête. Là, l'équipe, je vois qu'ils ne peuvent pas comprendre. Parce qu'il y a un moment donné, il va falloir que ça soit un tout petit peu plus clair. parce que je vois bien que tu sais exactement mais Tu ne peux pas faire des précipités, parce que là, il va falloir que ce soit très concret. Alors là, je dessine, parce que j'adore dessiner. Donc je dessine, je dessine tous les plans, les caméras, les endroits. Et là, ah d'accord ! C'est bien quand il y a quelqu'un qui me rappelle que, attention, pour le passage de l'idée à l'exécution, il va falloir quand même être bien fluide, on va dire, pour tout le monde. Enfin, il faut que je travaille avec des bonnes personnes. Quand je travaille avec des bonnes personnes, ça va tout seul. Anne n'avait pas de problème. Oui, c'est vrai. Et alors, ça me rend très malheureuse quand on ne comprend pas ce que je veux dire. Ça me rend malheureuse parce qu'à ce moment-là, on me prend pour une imbécile. C'est facile, puisque c'est comme si je disais tout et n'importe quoi. Or, tout et n'importe quoi sont possibles. Il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas oui et non. Ce n'est pas oui ou non, c'est oui et non. Les deux existent en même temps, toujours. Ça existe aussi, c'est aussi vrai. Si on l'exclut ça, on est dans une écriture extrêmement binaire et inintéressante. Pour que ça soit un peu plus intéressant, il faut rajouter cette complexité-là qui est le possible du pas possible. Et ça, c'est un vrai truc de personnalité, je pense. D'ailleurs, c'est ma mère qui le disait. Mon père ne me disait pas ça, mais ma mère me disait toujours « Oh ben, quand quelque chose ne se faisait pas, qui est une chose terrible pour moi, quand quelque chose ne se fait pas. » Elle me disait « Ah ben, tant pis ! » Et là, moi, je lui disais « Non, tant pis pas. » Eh bien, tant pis pas. Ça, c'est un trait de caractère. Je suis pote avec Jackie, on va dîner chez Jackie parce que je suis vraiment copine avec Jackie Jagubowicz. Et il est copain avec un groupe de musique qui s'appelait Au bonheur des dames, mais qui devient le groupe Odeur, parce qu'ils changent de nom. J'adore ce nom Odeur. Et le chanteur c'était Ramon Pipin. Et donc je fais un dîner avec Ramon Pipin chez Jackie, qui est un grand copain lui, parce que Jackie sortait leur disque, parce que c'était son travail, il était attaché de presse chez Polydor je crois. Et il se trouve qu'ils faisaient la musique d'un film dont ils allaient faire la musique, qui était Blanche-Neige. Elle voit des nains partout, d'après la pièce de Café Théâtre. Et ils disent, on va faire la musique d'un film. Et Ramon Pipin, il me dit, pourquoi tu ne passes pas l'audition, toi ? Oui. Je dis, ah bah ouais. Comme ça, mais vraiment, ah bah ouais. Et Jackie fait, bah ouais, t'as qu'à passer l'audition. Trop cool. Je dis, bah ouais, génial. Mais comme ça, quoi. On est en train de bouffer. Ah ouais, trop bien. J'apprends le texte, je passe l'audition et je suis retenue dans les dix dernières. Oh, j'ai aimé tout ! Mais je n'ai pas peur de rater. Ce n'est pas dans mon idée de rater. Ce n'est pas non plus dans mon idée de réussir. Mais ça n'existe pas, quoi, l'idée de « Oh là là, peut-être que je ne vais pas l'avoir » .
- Speaker #0
Tu n'as jamais eu ce truc-là ?
- Speaker #1
En vieillissant, si. Ah si, en vieillissant, bien sûr.
- Speaker #0
Ah oui ? Comment ça s'installe, ça ?
- Speaker #1
Avec le manque de travail. Enfin, quand on n'a pas assez de travail. Ah, du coup ? Pour moi, c'était clair.
- Speaker #0
Parce que tout à coup,
- Speaker #1
ça s'est rapproché de moi.
- Speaker #0
C'est lié à un manque de confiance ?
- Speaker #1
Non, à une destinée genre, oh merde, je ne vais pas finir comme mes parents. Donc, moi, ça fait très peur quand même. Mais ma fille me dit de temps en temps, « Mais maman, tu vois la réussite que tu as. » Mais il faut savoir une chose, c'est que je ne lis rien sur moi. Jamais. Je ne lis rien sur moi. Jamais, jamais. C'est pour ça que j'aime bien la radio. C'est pour ça que j'aime bien. Parce que c'est fait, mais je ne vais pas écouter. Pardon, mais je ne vais pas écouter. Jamais, mais jamais. Parce que ce qui sort de moi n'est pas moi. Ce n'est pas comme je me perçois. Et ce qu'on voit de moi n'est pas moi. Ce que les autres voient de moi, dans un article, n'est pas moi. C'est une partie de moi que moi j'ignore. Non mais, c'est une partie que moi j'ignore. Je ne veux pas la savoir cette partie-là. j'ai vraiment l'impression de me voir marcher de dos Je ne veux pas cette partie-là. Je veux la partie qui est interne. Le reste, pour moi, c'est extérieur. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas moi. En revanche, je lis les critiques des autres films. Ça m'intéresse. Mais ce n'est pas sur moi. Jamais.
- Speaker #0
Tu te protèges, quelque part.
- Speaker #1
Oui, je pense. Et puis, ça me permet de rester complètement confiante. Ça, c'est super. On arrive, on n'est plus que 4. Elle a passé l'audition finale en étant maquillée, coiffée. Et là, j'ai un coup de téléphone et c'est moi qui suis retenue. Je me souviens de deux scènes. La première scène, elle raconte une histoire drôle au petit lapin qui est une histoire un peu cochonne au petit lapin. Et donc, évidemment, je me suis amusée comme une dingue à raconter ça. Et puis, une autre scène, je ne sais plus ce que c'est. Et je me souviens qu'il riait dans les trucs parce que j'étais contente de faire mon numéro. Parce que petite, je faisais mon numéro. On disait, elle fait son numéro. Ben ouais, c'est ça être acteur. Donc je faisais mon numéro et j'étais contente. Et j'étais tellement contente d'être là. Donc j'étais que contente. Je n'avais pas tellement peur. Non, non, pas tellement le trac. Et coup de téléphone. Donc c'est moi qui l'ai. C'est génial, c'est super. Et je m'en souviens parce que j'ai fêté mes 20 ans sur le tournage. Et j'ai... offert du champagne. J'ai pu faire ça avec mon argent. Offrir du champagne. J'étais tellement contente.
- Speaker #0
Tes parents étaient fiers ?
- Speaker #1
Alors, peut-être que c'est là que ça s'est corsé. Mon père était fier parce qu'il m'a dit un peu que c'était un peu grâce à lui parce que j'avais fait ça. C'est toujours un peu grâce à lui. Donc, voilà. Tu comprends à quel endroit il est. Il ne va pas changer, le bonhomme. Et ma mère était contente avec, je pense, un bémol sur sa propre vie. Donc, c'était un double sentiment. Elle était aussi contente. Mais là, n'empêche pas. Voilà. Oui et non. En même temps. Il y avait les deux en même temps. Mais ça m'était toujours égal. Mon père ne me complimentait jamais. Il me disait « Ah ben, elle est comme moi » . Ma mère me complimentait. Mais je pense que ça lui faisait mal, quelque part. Il y avait une forme de jalousie. C'était plus quand j'étais réalisatrice. Je pense que là, ça a été difficile. Mais en tout cas, j'ai fait ce film. Je me suis amusée comme une dingue. J'ai vu là toute la méchanceté qui pouvait ressortir de la jalousie, de l'envie. des gens sur un plateau. C'est des trucs de dingue. J'ai une amie qui était à l'école avec moi, qui faisait de la danse à Paris. Elle est retournée en province, mais elle faisait de la danse. Il se trouve qu'elle faisait de la danse avec une des filles qui passait le casting en même temps que moi. Et je pense que ma copine lui dit « Ah, mais t'as passé le casting ? Ma copine aussi, c'est qui ? » Ah oui ! Et elle a commencé à lui dire du mal de moi. Je ne pense pas que ma copine aurait dû me le répéter. Elle n'aurait jamais dû me répéter ça. C'est dégueulasse. Ça n'aurait rien changé. Mais elle a dit du mal de moi. J'étais sidérée. Je n'aurais jamais dit du mal d'elle. Ça ne me serait même pas venu à l'idée. Moi, j'attendais de dire beaucoup de mal des acteurs par mes parents. Beaucoup. Et ça m'énervait. Je n'aimais pas. Je ne trouvais pas ça bien. ça ne m'intéressait pas trop ils parlaient beaucoup métier et donc ça me fatiguait et donc quand les gens disent énormément de mal sans arrêt ça m'épuise, ça me dégoûte ça me va pas ça me plaît pas il faut que ça s'arrête ou alors qu'ils disent du bien mais ils savent pas de quoi ils parlent ils savent pas du tout pourquoi enfin ils ont pas d'argument voilà, ça ça me plaît pas non plus que les choses soient un peu pas justes ça me plaît et ça ça me plaît pas Merci. Oh bah si, ça c'est nul ! Ah ça c'est super ! Non, pas que ça quoi. Donc, voilà, j'ai appris toute la méchanceté. qu'il pouvait y avoir sur un plateau de cinéma. Et toute la gentillesse également, parce qu'il y en a. Et l'amusement. Je me suis dit, oh là là, qu'est-ce que c'est sympa. Je trouve tout sympa. On m'avait dit, ah ben non, t'as fait un rôle important, maintenant il faut que tu fasses que ce rôle important. Et moi j'ai dit, ah non, il faut que je travaille. Donc pour moi, ce qui était important, c'était de travailler. Chose que mes parents n'ont pas faite. C'est-à-dire qu'après tirer la fronde... ils visaient très très haut. Ils sont devenus assez snobs, je pense. Je pense que c'est ça qui s'est passé en vrai. Et très vite derrière, mon père ne voulait pas ci, ne voulait pas ça, ma mère ne voulait pas ça, voulait faire un rôle principal, ne voulait pas... Je pense qu'elle était très comme ça, parce que j'entendais des discussions et quand on lui proposait un second rôle, elle n'en voulait pas. Après, elle pleurait pour avoir un second rôle et on lui proposait un troisième rôle.
- Speaker #0
Quelque part, tu étais à bonne école.
- Speaker #1
J'étais à très bonne école et puis j'étais à l'école du star system et de l'échec. Donc je peux te dire que tu fais gaffe. Je veux travailler, je veux faire mon travail. Donc quand on me dit, oh là là, mais t'as fait cette grosse comédie, je dis oui, je fais mon travail. C'est aussi ça, faire son travail. C'est d'être le meilleur possible, avec des gens qui ne sont pas des monstres. C'est des gens parfois très très bien, parfois très cultivés, parfois beaucoup plus cultivés que vous. Parce qu'il y a le snobisme en France depuis la nouvelle vague entre les films intelligents et dramatiques, et les films drôles. et populaires et idiots. Alors qu'il n'y a pas de différence. Il faut bien travailler. Il faut bien travailler. C'est tout. Et puis faire son travail. Moi, je fais mon travail. Et puis, j'ai fait beaucoup de théâtre. Et là, dans le théâtre subventionné, qui n'est pas payé, vraiment en lance-pierre, si vous ne faites que ça, pendant trois ans, par exemple, vous vous dites... à falloir faire bouillir la marmite. Et là, à un moment donné, je me suis dit bon, attends, je vais me remettre au cinéma. Et je me suis dit, comment on se remet au cinéma quand ça fait longtemps ? Parce que je n'ai plus de proposition. Forcément, je n'en fais plus de cinéma. Les gens, en fait, vous proposent des trucs quand ils vous voient. C'est très simple. C'est un peu dommage, mais c'est comme ça. C'est normal, ça se comprend. Ça se comprend facilement. Et je me suis dit, je vais faire plein de trucs. Plein. Et c'est ce que je fais. J'ai fait plein de trucs. Et à partir de là, on s'est remis à me proposer des choses.
- Speaker #0
C'est quoi plein de trucs ?
- Speaker #1
Ah ben plein de trucs dans tous les sens. 3-4 jours par-ci, 4 jours par-là. Alors parfois des films incroyables, des films juste très grand public, drôles, mais toujours avec un bonheur, avec plaisir. Toujours. Avec parfois des films... Évidemment, quand Pascal Helbet m'appelle pour La Bonne Étoile, forcément le scénario est exceptionnel. C'est un truc un peu rare. Donc oui, là c'est le film qui me fait dire oui.
- Speaker #0
Pourquoi tu t'es appelée Zabou et puis derrière tu as repris ton nom de famille ?
- Speaker #1
Quand j'ai fait les émissions de Récré à deux, je m'appelais Isabelle Breitman. Je m'appelle. Et il y avait déjà une Isabelle. Donc j'ai proposé Isabelle et j'ai proposé mon deuxième prénom qui est Cécile. qui était le prénom de ma grand-mère maternelle que j'adorais. Et j'avais proposé aussi de m'appeler Léger, comme ma mère. Je ne savais pas lequel des deux noms. Et là, ils m'ont dit, on va faire voter les enfants. Donc Zabou, c'était le nom que j'avais quand j'étais toute petite parce que je suis contemporaine de Zazie dans le métro. Donc toute petite, j'ai d'abord eu pendant un an Zazie. Et puis à partir de l'âge de deux ans, trois ans, c'est devenu Zabou. Parce que un... des comédiens sur Thierry Lafronde. Fernand Belland, qui était le prof, qui fait Judas dans Thierry Lafronde et qui était le prof de théâtre de mon père, m'appelait Zabou. Voilà. Donc, mes parents m'ont appelé Zabou. Et donc, on fait voter les mômes. Vous préférez Cécile ou Zabou ? Évidemment, ils ont pris Zabou, c'est un nom d'enfant. Donc, Zabou. Ensuite, je fais El Wadena partout. L'affiche, c'était Solé et Gottlieb. Qu'est-ce qu'il est drôle, cette affiche. Et le producteur m'appelle et dit, qu'est-ce que je mets sur l'affiche ? Est-ce que je mets Isabelle Bretman ou Zabou Bretman ou Zabou ? Et il me dit, Zabou, les mômes te connaissent quand même. Je dis, ce n'est pas vraiment pour les mômes. D'ailleurs, j'avais dit à Jacqueline Joubert, je vais faire un film. Je ne crois pas que je puisse continuer à faire Récré à deux. Et donc, voilà. Ensuite, j'ai fait donc... forte de mon expérience de dire on va travailler Gwendoline de Feu, juste chacun, que j'adorais, qu'avait fait Emmanuel avant quand même, qui est quand même le plus soft des soft porn qu'on peut imaginer, surtout quand on voit, je sais pas, 50 nuances de... Bref, je ne sais pas, mais c'est vraiment chaud patate. C'est vrai, maintenant, il y a des trucs soi-disant un peu... C'est légèrement coquin, mais en fait, c'est limite porno, quand même. Il y a des trucs qui sont vraiment... Soi-disant, c'est un peu érotique. Oui, c'est un peu érotique. Enfin, oui, ils vont fort, quoi. Donc, il y avait ce fameux juge, chacun, qui monte Gwendoline. Enfin, qui monte, si je peux m'exprimer ainsi. Qui fait un film d'après la bande dessinée de... C'est une bande dessinée hardcore SM des années 20. Très très belle d'ailleurs. Et mon Gwendoline, c'était très beau, c'est Rico Crook et Dominique Colladant qui sont des champions du monde de maquillage, qui font des maquillages de dingue. Voilà, c'est magnifique et je fais ce film. Et je suis ok pour faire ce film, il n'y a pas de problème. C'est très sympa, il y a des super comédiens. il y a Jean Rougerie il y a Bernadette Laffont c'est pas un truc tout pourri mais quand même pour l'époque ça paraît un peu tout pourri ce qui n'est pas vrai du tout c'est pas un super film je pense pas mais la DA est très très belle magnifique, les chars les casques et tout c'est sublime donc j'ai fait ce film j'ai les fesses à l'air dans une sorte de string en cuir c'est classe Et oui, j'étais super jolie. Et je fais des photos pendant le tournage, parce que c'est très beau, visuellement. Et j'ai un pote qui travaille à ce moment-là à François Magazine, qui existait. Il y avait un François Magazine. Il travaille là, comme directeur artistique. Il me dit, mais c'est génial, tu ne peux pas nous passer des photos. Je dis, ah bah ouais. Je suis hyper contente. Évidemment, je suis toujours contente d'être publiée. Je vous dis, l'eau ravie de la crèche. Bon, je suis ravie. On va publier des photos que j'ai faites avec un commentaire. On peut te faire une double page et tout ça. Pas de problème, je suis super contente. Lui sait déjà ce que moi, je ne sais pas. Et c'est là où j'en ai voulu vraiment beaucoup. C'est qu'en fait, les photos étaient interdites, enfin, de parution et réservées à deux boîtes, genre Gamma et Sigma, des trucs comme ça. Et que donc, on n'avait pas le droit de sortir des photos, comme aujourd'hui, on n'a pas le droit, évidemment, de sortir des trucs sur les réseaux sociaux quand on est en train de tourner quelque chose. Enfin, c'est... Bon, c'est normal. Mais moi, je ne savais pas, ça. C'est mon deuxième film. J'ai aucune idée, quoi. Et je suis tellement contente, évidemment. Et j'ai des copines avec le directeur de... Ça s'appelait Parafrance, qui était un réseau de distribution. J'étais assez pote avec lui. Il était très sympa. Très sympa avec moi. On buvait des coups. Il était vraiment rigolo. Il était chouette comme tout. Un bel homme, je me souviens. C'est beau. Les cheveux bouclés. À l'instant, je viens d'oublier le nom. C'est parfait. C'est parfait. Le moment est parfait. J'adore ça. Et donc, j'oublie son nom. La vache. C'est génial. Et donc, le journal sort avec une double page magnifique. hyper fière, zabou, cachée entre deux caméras, qui a fait ci, qui a fait ça. Et ce mec-là, on va retrouver son nom quand même, il faut retrouver son nom, ah bah si. Ou alors je me censure, non, je dis à tout le monde. Je dis à tout le monde, c'est pas rude en match, enfin bon bref. Ce mec-là m'appelle, et ça je m'en souviens, à un moment de traumatisme dans comme une petite boîte. Il y a plein de choses à l'intérieur. Il y a comment on est habillé, il y a ce que ça sentait à ce moment-là, il y a l'heure de la journée, il y a la couleur du canapé sur lequel j'étais assise, le téléphone, tout est là. C'est dans ma petite boîte. Il m'appelle, il me dit « Ah, salut, c'est… » Et je fais « Ah, ça va ? » Et tout de suite, il me fait « Non, pas trop. » Et à sa voix, je sens son ton glacial. que ça va chier. Il me dit, vous savez qu'on a une exclusivité avec Gamma et Sigma ? Et là, je sais. Et là, je sais. Je dis, non, je ne savais pas. Il me dit, bien sûr que si, vous devez le savoir. Alors ça, ça me fait... Je lui dis, mais attendez, vous croyez vraiment que je sais ces trucs-là ? Moi, c'est que les gens ne savent pas à quel point je peux être parfois d'une naïveté, mais folle, en se disant, alors qu'ils pensent que je suis calculatrice. Or, je ne suis pas du tout calculatrice et j'en pense que je le suis. Ça, c'est assez génial. Pas du tout, je suis assez frontale, je suis assez au moment où ça se passe. Je ne suis pas du tout calculatrice. sinon j'aurais fait d'autres choses Je pense. Ben vraiment. Et alors là, il me dit, de toute façon, vous avez fait ça pour l'argent. Et je me souviens qu'à l'époque, j'avais vendu ça, je pense, j'avais vendu 50 balles, mes photos. 50 francs. Non, 50 euros. Non, non, ben non, 50 francs, je suis bête. 50 francs. Et il me dit, c'est pour l'argent. Je dis, ben non, vraiment, c'est pas pour l'argent. franchement, je me dis, mais si, bien sûr que c'est pour l'argent. Je sens, je sens, de pointer un truc nauséabond, et il enchaîne, de toute façon ça ne m'étonne pas, c'est quoi votre vrai nom déjà ? Et là, donc c'est là la petite boîte du trauma, elle est là la petite boîte. Là, je revois mon canapé vert, Ikea, je revois le téléphone blanc, à fil évidemment, j'avais une salopette. Mon sang s'est figé dans mes veines. Jamais ça m'est arrivé un truc comme ça. Jamais ça m'est arrivé. En plus, ah oui, c'est vrai, que je m'appelle Bretman, j'aurais pu m'appeler Léger. J'aurais pu m'appeler Léger parce que, en plus, j'ai une maman, Kato, qui était Kato, après tout ce qu'elle avait subi, elle n'était plus du tout. Et mon père, qui me disait tout le temps, je suis désolée, elle m'a été goye, mais très, très goye, parce qu'il dit moi-même, je suis goye. grand-père a épousé une... Il me disait, mais la culture, elle passe quand même. Donc, le type me dit ça. Et là, mon sang se fige dans mes veines. Et je lui dis, et là, je ne suis plus du tout victime. Je lui dis, pardon, qu'est-ce que vous venez de dire ? Pardon, qu'est-ce que vous venez ? J'ai 24 ans. Pardon, qu'est-ce que vous venez de dire ? Et là, il me dit, je me comprends très bien. Et ça a été terminé. Je n'étais plus mal par rapport à ça. Je suis restée dix ans avec cette angoisse et ce moment où je ne le dis à personne. Et à un moment donné, il y a André Asseo qui travaillait à Paris Match, qui était un monsieur que j'aimais énormément, et qui me dit... Le monsieur a été patron de Radio France quand même. Le même vilain. Et bien, qui me dit, il faut que tu me le racontes dans Match. Tu dois me le raconter. Et donc, je raconte. Le vilain, il fait un démenti, évidemment. Il dit, j'ai fait la marche du siècle. Tu vois qui c'est ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Ah, merde alors. Cavada. Jean-Marie. Jean-Marie Cavada. Non, Jean-Marie Cavada. Tu vois, il n'a pas laissé de mémoire. Donc, Jean-Marie Cavada. il envoie un démenti. Moi, je dis, je ne lâcherai jamais. Jamais. Et puis, il fait partie d'un groupe qui dit du mal, des mecs du sentier. Après, il n'a plus jamais rien dit. Mais j'ai appris une chose intéressante. J'ai appris que c'était un enfant de la DAS, de l'ASE aujourd'hui. C'était un enfant de la DAS. Donc, il n'a pas de nom. C'est intéressant quand même. C'est quoi votre vrai nom déjà ? Vous avez dû dire, ça se trouve, que vous êtes plus juif que moi. Je ne suis pas juif, moi. Vous, peut-être, oui. Ça passe par la femme. Et mon père me disait, c'est une société matriarcale. Et ça passe par la femme. Et mon père me disait, tout simplement, pour une raison bien simple, c'est qu'on est toujours sûr de la mère. Je la mets du père. Mais bien sûr, c'était à la fois très drôle et très vrai. On est toujours sûr de la mère, jamais du père. Jamais. Et donc, je trouve ça très, très rigolo. Bref, tout ça pour dire, j'ai donc... Je me suis appelée Zabou, j'ai continué à m'appeler Zabou. Et le nom de Bretman n'est revenu que dix ans plus tard parce que ça m'a hantée. C'est le mot, ça m'a hantée. Et même si je m'étais appelée Léger, je pense que j'aurais repris le nom de Bretman juste parce que ce qu'il avait emporté avec lui de fondamental, c'était mon grand-père aussi. Bien sûr, il y a aussi ma grand-mère que j'aurais voulu défendre. Mais là, je trouvais qu'après ce qui s'était passé, je devais le reprendre pour dire, je m'appelle comme ça. C'est quoi votre vrai nom déjà ? Ah bah oui, mon vrai nom. En plus, votre vrai nom, ça me... Tout est pourri, tout est ignoble. Et donc, je reprends mon nom en 98 et pas n'importe quand. Je reprends avec... Ah bah voilà, la boucle va être bouclée grâce à Daniel Benon. Parce qu'il montre La jeune fille et la mort d'Ariel Dorfman. C'est absolument incroyable cette pièce. Et je lui dis, j'ai envie de reprendre mon nom de famille. Et Daniel me dit... Mais ça me ferait tellement plaisir. Et donc c'est drôle parce que c'est pour La jeune fille et la mort que je reprends. Ariel Dorfman vient du même coin que mes arrières-grands-parents. Et donc j'ai repris à cette occasion. Et il y a Claude Miller qui est venu me voir jouer La jeune fille et la mort. Et il m'a dit tiens c'est drôle, elle s'appelle Zabou Bretman celle-là. Je me demande si c'est la même. Et je lui dis ça t'a pas empêché de venir ? Il m'a dit non. Ce que je trouve intéressant...
- Speaker #0
Pourquoi ça l'aura empêché ?
- Speaker #1
Non, non, mais parce que les gens m'ont dit, ah oui, mais tu ne peux pas changer. Non, on m'a dit, tu ne peux pas changer le nom. Alors ça, j'adore. Je pense que quand on me dit, tu ne peux pas faire ça et qu'au fond de moi, je sens que je peux faire une chose quand même, quand même, ça me donne très envie de le faire. On m'a dit, tu ne peux pas. Je dis, bah, je pense que si, si, je vais décider que je peux et je vais pouvoir, si. C'est une question de décision, en fait. Donc, si, je vais le faire. on m'a dit bah ouais mais les gens ils te connaissent sous Zabou ça va enlever Moi, je pense que la raison est un peu plus profonde que ça et un peu plus moche. Mais bon. Et donc, ça n'a embêté personne. Enfin, peut-être que ça a embêté des gens. Mais en tout cas, moi, je n'ai pas senti le problème. Je le sens un petit peu plus ces derniers temps. Mais là, je n'ai pas trop senti. Je rencontre, je travaille souvent avec Zazie, l'ancien producteur de Hugo Films. C'est Xavier Gélin, le fils de Daniel Gélin. Daniel Gélin, qui était le premier pote de mon père. Xavier est donc un peu une sorte de cousin éloigné culturellement, on va dire. Et il fait des films, des comédies qu'il réalise. Et il me demande souvent de jouer dedans. Donc je fais des petits rôles dans des films et tout ça. Et puis moi, je ne vais jamais dans ma loge. Je suis toujours sur le plateau. Et il me dit ce que je pensais à réaliser des trucs. J'avais des idées. Et puis ça restait un peu comme ça, parce que j'en fallait entreprendre trop de trucs, je me disais que j'y arriverais peut-être pas.
- Speaker #0
T'écrivais pas ?
- Speaker #1
Si, j'écrivais, j'écris tout le temps. J'écris tout le temps, depuis toute petite, j'écris des trucs, j'écris des poèmes depuis que j'ai 12 ans. Des grands poèmes, des parfaits, des trucs en alexandrin, parce que je maîtrise bien la bête. Et des... J'écris énormément, mais j'écris des premiers chapitres. Ça s'arrête.
- Speaker #0
Tu vas pas au bout.
- Speaker #1
Non. Et Xavier m'appelle, Zazie me dit On sait de quelle boîte est fabriquée. On est fabriqués un peu pareil. Et Xavier me dit, propose-moi un scénar. Je te le produis. Je suis sûre que tu as ça. Je suis sûre que tu dois faire ça et c'est pour toi. Donc, quand on parle de coïncidence ou de choix ou de choses qui se passent bien, là, c'est complètement fou. Je fais, OK. Donc, je bosse comme une folle. Je lui propose d'abord un scénarque, un mec, un postier dans la rue m'a donné, qui s'appelait Froutch, qui était extraordinaire. C'était Quentin Dupieux. C'était vraiment du Quentin Dupieux. Mais vraiment.
- Speaker #0
Un postier ?
- Speaker #1
Oui, un postier, un mec d'Alab... Oui, très sympa. « Oh, je peux vous passer un scénarque ? » Je dis « Bah oui ! » Il dit « Voilà, je ne sais pas trop ce que ça vaut. » Il y avait des moments... Mais tellement... À un moment donné, il y a un mec qui demande à un autre, ils sont dans un parking, ah non, non, non, c'est pas ça, un type qui demande, non, c'est pas ça, oui, il demande à l'autre, il se rend compte, ils ne se connaissent pas, il lui dit, t'es d'où ? Et l'autre, il dit, oui. Et tout est comme ça, t'es d'où ? Et c'est oui. Et tout est dans l'approximation, mais tout est comme ça, c'est du Quentin Dupieux, vraiment. Et donc, je trouve que la couverture n'est pas très jolie, dont je photocopie à l'époque, je m'en souviens encore. Je photocopie, j'ai un pantalon avec des fleurs, et je le trouve vachement joli, donc je photocopie les fleurs de mon pantalon, et je le mets en couverture, je trouve ça joli. Je fais toujours plein de découpages, de trucs. Je trouve ça très joli. Très manuel aussi. J'ai failli faire les arts déco aussi, quand même. Je suis à la limite tout le temps, parce que j'adore fabriquer. Donc, je donne Frouch. Il me dit, non, c'est trop spécial. Ok. Le deuxième, c'est un documentaire. Et qui... En fait, raconte d'où vient une histoire drôle. Qui l'a raconté le premier ? Et il y avait un fil rouge et on essayait de traquer l'histoire d'autre. Qui te l'a raconté ? Pour aller chercher. Et en fait, on revenait au point de départ. C'était complètement fou. Ça revenait au début. Donc, on n'arrivait jamais à trouver qui avait raconté le premier l'histoire. Donc, je lui passe. Il me dit, ouais, c'est d'hommes. Il me dit, non mais vas-y. Et puis, j'ai cette histoire qui s'appelle « Moi, c'est la mémoire » pour une simple et bonne raison, c'est que mon père et moi, on est hyper mnésiques. Donc, on a une tendance à se souvenir très bien de beaucoup de choses. Et donc, je pense à un truc sur la mémoire. Et ça s'appelle « Moi, c'est la mémoire » . Parce que c'est tiré d'une histoire. drôle.
- Speaker #0
Donc c'est ça, un film que tu veux écrire ?
- Speaker #1
Oui, mais ça fait une page et demie. Et en fait, c'est ce souvenir des belles choses. Et il me dit, c'est celui-là. C'est celui où il y a moins de trucs. Il y a une page et demie. Et il me dit, c'est ça qu'il faut faire. Il me dit, avec qui tu vas l'écrire ? Et je dis, ben je sais pas. Et il me dit, ben, un film sur la mémoire, forcément avec ton père.
- Speaker #0
C'est lui qui me le dit, Ben oui.
- Speaker #1
On écrit du film avec mon père. C'est là que je suis son clown blanc, il est mon Auguste. On travaille avec un mec de la Timone. La personne qui doit le prendre le déteste, le film. Le déteste. Qui doit le diffuser. D'abord, Xavier Gélin meurt avant le tournage. Et mon chef opérateur, Dominique Chapuis, que j'ai aimé d'amour, est malade à mourir pendant le tournage. C'est un mec qui vient de temps en temps et me dit « mais l'hiver, il y a un truc qui ne va pas » . Et il meurt avant d'avoir vu le film aussi. Donc c'est très très lourd. Ça m'a beaucoup beaucoup choquée. Le film est prêt et la distributrice dit « c'est une catastrophe, le film que tu connais. C'est une catastrophe, personne n'ira voir votre film. C'est une horreur votre film » . Elle me dit « c'est une horreur » . Je me dis, tout de suite, je ne sais pas faire de film. Elle a raison. Moi, ça me plaît. Elle me dit, oui, évidemment. Il y a plein de gens qui l'ont vu, qui adorent. Elle me dit, c'est vos copains. Mais en salle, personne n'ira voir ce film. Donc, je suis complètement abattue. Il reste Stéphane Marcille, le coéquipier de Xavier Gélin, à Hugo Film, qui ne sait pas quoi faire. Parce qu'il perd la distributrice, mais il croit au film. Xavier, il y tenait beaucoup. Et il fait un truc incroyable. Il dit, tant pis, on va aller voir un distributeur, je le garde. Alors qu'elle faisait une sortie technique pour qu'il soit remboursé. Donc, il fait un truc formidable. Il le montre à la panne européenne, Philippe Godot. Il y a Alexandre Malégui. Et Alexandre, à l'époque, c'est le premier film qui sort, il a 25 ans. Et lui, il est comme un fou avec le film. Et ils me disent, et je m'en souviens... encore. C'est marrant, c'est le concert du trauma, mais bon, je suis en train d'acheter des jouets pour mes enfants. Et j'étais au téléphone et je me souviens que ils me disent, c'est merveilleux. Et quand on a entendu, c'est une horreur, et bien, on ne revient pas à « Ah bon, super ! » On a été tellement abîmés. Je n'ai pas dormi pendant vraiment, pendant quatre jours. Du tout. Je ne dormais plus du tout. Et je me disais, j'ai emmené toute une équipe aussi. J'ai emmené 50 personnes, des acteurs et tout ça. Et là, ça sort et c'est la fête. C'est la fête au village.
- Speaker #0
Et t'as ta petite revanche.
- Speaker #1
Alors, jamais je ne l'ai ressentie comme une revanche. C'est drôle. J'ai été trop blessée.
- Speaker #0
Une revanche gentille.
- Speaker #1
Non, non, non. Pas une revanche gentille. Rien. Je n'ai même pas eu la joie que j'aurais dû avoir à la sortie du film. Ça m'a ôté la joie. C'est fini. Ça me l'a... Et quand cette dame me dit... Elle n'a pas voulu le montrer à Cannes. Elle a refusé, parce que j'aurais pu être caméra d'or, ou j'aurais pu, je ne sais pas, j'aurais pu faire quelque chose pour la carrière du film aussi. Et elle m'a dit, bon, ben, je me suis, peut-être, j'ai fait, oui, oui, enfin, je l'ai à peine, comme on dit, calculé, j'ai fait un petit sourire qui n'en était pas un, de politesse, parce qu'on m'a appris à être polie, parce qu'elle me disait, c'est six pages de fax, à l'époque, c'était des fax, 6 pages pour démolir Elle me dit, c'est votre musique, la petite musique guilleraite, ridicule. Tout le monde me parle de la musique, les gens achetaient la musique. Et elle m'a tuée. Et donc après, c'est drôle comment le... La seule chose qui m'intéresse, et qui m'intéresse toujours un peu, c'est est-ce que les gens se remboursent ? Mais est-ce que les gens, ils ont mis de l'argent, ils ont parié sur moi, et est-ce qu'ils se remboursent ? J'ai une culpabilité par rapport... à l'échec de mes parents, évidemment. Et j'ai l'impression que c'était dans la misère. C'était un peu à cause de moi. Et donc, je veux toujours que les gens, ils ne soient pas pauvres à cause de moi. Et je lui ai demandé à Philippe Godot. Il a ri, je me souviens. Il me dit, ah bah oui, on a même gagné des sous. Ne t'inquiète pas. Il m'avait dit de ça. Il avait été super. Il avait ri. Il m'a dit, et puis même, on va te produire le prochain. Non, mais il avait été super, ce qu'il a fait d'ailleurs. Je suis un peu comme Robocop. En fait, je me reconstitue très vite. C'est ça, je pense, ma grande force. Je cicatrise. Je me reconstitue. Il y a des gens qui ne se reconstituent pas. Je pense que ma maman ne se reconstituait pas. Il y a un moment donné, je crois, quand on me donnait trop abîmée, elle était très sombre. En tout cas, je me reconstitue. C'est comme si je faisais...
- Speaker #0
Tu te reconstitues dans la créativité, certainement.
- Speaker #1
D'ailleurs, quand je ne crée pas, je m'angoisse. Je m'angoisse, je m'étiole d'ailleurs. Je fabrique des trucs. Je fais de la porcelaine. Je fais des petits déjeuners. Je fais des trucs en porcelaine. Là, juste avant de venir, j'ai failli être en retard. Alors que j'avais un visio avec le mec au Québec, je me suis dit, j'ai une demi-heure, je vais faire une tarte aux pommes. C'est complètement absurde. Et je l'ai faite. Et j'étais contente. Et elle m'attend. J'ai failli en apporter un bout, mais t'es trop chaude.
- Speaker #0
Bon, alors, écoute, je pense qu'on va... On a encore mille choses à se raconter. Oui,
- Speaker #1
mais ça raconte bien. Mais c'est intéressant. C'est intéressant quand même.
- Speaker #0
Très intéressant.
- Speaker #1
Parce qu'en vrai, je suis la même personne. D'ailleurs, je me demandais une chose. Et par rapport à ce que tu fais, à tes podcasts, justement, je trouve qu'il y a une question, moi, qui me taraude, et que peut-être tu peux poser aux gens. J'en sais rien, si c'est une bonne question. À quel moment as-tu eu le sentiment que tu étais ce que tu étais ? C'est-à-dire que, est-ce que, confusément, je savais ce que je suis en train de dire ? C'est super intéressant. Ou à quel moment j'ai su que j'étais ça ?
- Speaker #0
En fait, c'est intéressant ce que tu dis parce que ce qui m'intéresse dans ce podcast, c'est la lecture que tu fais de ta propre vie.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Voilà. C'est ça qui est intéressant. Bien sûr. Je te raconte ma trajectoire. Non, non, non. C'est comment tu relis...
- Speaker #1
Voilà, les choses.
- Speaker #0
Avec la maturité, avec ton travail personnel.
- Speaker #1
Oui, c'est super.
- Speaker #0
Et donc, c'est ce que tu m'as donné aujourd'hui, quand même.
- Speaker #1
Oui, mais je vais dire un truc un peu rigolo. Le psy me disait l'autre jour, il a éclaté de rire, parce que je lui raconte que j'étais tout le temps en retard. Tout le temps en retard. Mais en retard, vraiment en retard. Pas trois minutes, une demi-heure, 25 minutes. suffisamment pour faire attendre les gens. Un jour, Jean-Pierre Bacry, quand on répétait Cuisine et Dépendance, donc j'arrive en retard de trois quarts d'heure, beaucoup, essoufflé, mal à l'aise, malheureuse, angoissée d'avoir fait attendre tout le monde, je suis désolée de ça, et Jean-Pierre me dit mais un peu, pas vraiment de manière très agressive, il me dit, bah en fait, oui, c'est toi qui le décide d'être en retard. Et ça, ça m'avait un peu énervée. Il m'a dit, mais ce n'est pas le destin, c'est toi qui décide d'être en retard. J'avais trouvé ça énervant à l'époque, mais très juste, évidemment. C'est pour ça que ça m'avait énervé. Je me dis, de toute façon, je suis en retard tout le temps, puisque je suis née en retard. Je suis née en retard. Je suis née avec une semaine d'en retard, quasiment. Et le psy me dit, parce que je ne suis plus jamais en retard. À part là, j'avais quatre minutes d'en retard à cause de la tarte aux pommes. Trois minutes. Mais ce n'est pas ça. Mais bon, en général, je suis toujours à l'heure. D'ailleurs, il me dit, quand vous n'êtes pas là à l'heure, je me dis, il lui est arrivé quelque chose. Et je lui dis, j'étais toujours en retard. Mais j'ai arrêté d'être en retard parce que je l'ai décidé.
- Speaker #0
Qu'est-ce que t'as dit le psy ?
- Speaker #1
Il m'a demandé si j'étais née en retard. Et je lui dis, mais je l'ai écrit ça dans un bouquin. Il me dit, mais il dit oui, parce que je pense que vous savez très bien. Et je pense que c'est peut-être pour ça aussi que je me reconstitue aussi facilement. C'est que j'arrive à nommer les endroits qui déconnent. Les solitaires, ils ont cette capacité-là. Et une solitaire qui s'est ennuyée, qui sait s'ennuyer. Donc, qui réfléchit. Quand on est seul dans un prioré du XIIIe siècle avec Victor Hugo, et qu'on est incompris par ailleurs, l'introspection se fait naturellement. Je pense que Victor Hugo, par exemple, c'est un bon thérapeute. La poésie est une thérapie. Dans les poèmes, il y a tout. Quand je lis le spleen, de Baudelaire, la mélancolie, puisque je suis très mélancolique. Je connais l'origine du mot. Il ne faut pas oublier que je suis une héléniste et mon père me rappelait tout le temps les mots grecs. Or, la mélancolie, c'est la bile noire ou l'estomac noir. C'est à cet endroit-là que ça se passe. Moi, je sais que c'est ça, la mélancolie.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui, selon toi, te différencie des autres ? Ce serait quoi ta valeur ajoutée ?
- Speaker #1
Ah, j'arrive pas à le voir dans ce sens-là. Je vois dans l'autre sens. Je vois ce que les autres voient de moi. Donc, ce que j'ai en moins, mais pas ce que j'ai en plus.
- Speaker #0
C'est marrant parce que la question d'après, c'est qu'est-ce qu'on voit de toi et qu'est-ce qu'on ne voit pas ?
- Speaker #1
Voilà. C'est exactement ça. C'est-à-dire que je suis très embêtée parce que pour moi, je ne vois pas ma valeur ajoutée du tout. Pas du tout.
- Speaker #0
conscience du tout.
- Speaker #1
Non, je pense différemment, mais différemment ça ne veut pas dire mieux, tu vois. Non, je pense différemment. Je sais que j'étais différente à l'école. J'étais souvent seule dans la cour. Mais j'étais copine avec tout le monde. J'étais première de classe et copine avec les cancres. Donc je suis pareille aujourd'hui. Pareil. Ce qui m'intéresse, ça peut être un moment. J'ai une conscience très forte de la vie. Ça c'est vrai. Très forte conscience de la vie. J'aime la vie énormément. Ça, c'est quelque chose qui est très fort chez moi. En revanche, une valeur ajoutée, j'en sais rien. Mais rien. J'ai toujours l'impression que les gens savent mieux faire des choses que moi. Que je suis un peu handicapée de la vie de tous les jours. Alors que pas vraiment. Tout le monde me dit, mais c'est fou, là j'ai encore un message. Oh ben, tu dois être encore en train de faire plein de trucs, j'en suis sûre. C'est marrant cette vision que les gens ont de moi, que je fais un milliard de trucs. Mais moi, j'ai pas... Alors peut-être c'est ça, ce que les autres voient de moi, mais moi je ne sais pas ce que je vois. Moi j'ai l'impression que je fais trop trop de trucs.
- Speaker #0
Donc les gens pensent que tu fais trop de trucs, à juste titre ?
- Speaker #1
Pas seulement, ils aiment bien que je fasse plein de trucs. Ça les épate un peu, alors que moi ça m'effraie de ne pas faire bien les choses. Faire tout mal ce n'est pas forcément super, il y a des gens qui m'ont dit « mais si tu fais plein de trucs bien » . Et je n'arrive pas à savoir ce que je fais. j'ai pas tellement confiance en moi du tout même, pas du tout donc je multiplie les courses d'élan pour arriver à faire un truc et une fois qu'une chose est passée ah ça c'est assez étonnant, je ne sais pas que c'est moi qui l'ai faite ça c'est même bizarre,
- Speaker #0
c'est vraiment bizarre je vois ce que tu veux dire t'as l'impression que c'est pas toi ah non pas du tout
- Speaker #1
Ce que j'ai écrit même. Ou ce que j'ai filmé. Je me dis mais comment j'ai pensé ça ? Impossible. Je ne fais pas le lien entre le moment où je l'ai pensé et fait et le moment où je le regarde.
- Speaker #0
Moi j'ai une théorie par rapport à ça. J'ai l'impression que c'est quand un artiste est traversé par quelque chose qu'il doit absolument faire.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il est traversé par un truc un peu magique qui dépasse.
- Speaker #1
Absolument. C'est un élan tellement puissant et tellement fort. qui n'a pas de mots, que ce qui se passe devient une évidence, ça va très vite. Et ce qu'on est après n'est pas exactement la personne qu'on était à ce moment-là. Je pense que c'est juste. Et la question d'après, c'était, qu'est-ce que j'ai en moi ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on voit de toi et qu'est-ce qu'on ne voit pas ?
- Speaker #1
Alors, ça dépend qui. Parce qu'il y a des gens qui voient tout. Il y a plein de gens qui ne voient pas mon immense mélancolie, à quel point je peux être heurtée. beaucoup par quelque chose, que je peux être blessée par quelque chose, parce que je me reconstitue tellement vite qu'on a l'impression qu'on peut tout me dire. Et parce que je suis un peu frontale, donc on me dit, voilà, on va lui dire à elle. Donc on me dit tout, quoi. En vrac, moi, ça me fait un mal de chien.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te fait le plus mal, par exemple ?
- Speaker #1
Qu'on me prenne pour une idiote. Là, ça me fait de la peine. Non, mais ça arrive. Des gens qui me disent, ouais, non, mais ça me détruit, je pense. parce qu'il y a une légèreté Roger Blanchon disait de moi, et ça c'est merci Roger, il me disait « ta fausse légèreté » . Et c'est exactement ça, c'est très juste ça. J'ai une fausse légèreté. J'ai besoin de cette légèreté-là, sinon on se fout en l'air. J'ai besoin de cette légèreté. La légèreté du profond, elle existe aussi.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui tu es alignée avec la personne que tu es devenue ?
- Speaker #1
J'y arrive. Je vais y arriver. J'espère y arriver avant de mourir. Peut-être, oui, je pense. Je vais y arriver, oui. Je pense que je vais y arriver. Je sens. Ben oui, parce qu'avec l'aide d'un psy, c'est bien. C'est super même. C'est génial.
- Speaker #0
Est-ce que l'âge pour toi, c'est quelque chose qui t'affecte, le temps, l'âge ?
- Speaker #1
Oui, ça m'affecte parce qu'il y a plein de trucs que je ne pourrais pas faire. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, on n'est que là-dedans, bien sûr. Ça m'affecte énormément. Je dis « Merde, ça je ne peux pas le faire, je voudrais bien faire ça » .
- Speaker #0
Je ne peux pas le faire ou je ne peux plus le faire ?
- Speaker #1
Oui, enfin, je ne peux plus le faire. Non, je ne peux pas le faire parce que je ne savais pas à l'époque que j'aurais pu. Eh oui, je ne savais pas. J'étais jeune et je ne savais pas. Mais l'insouciance, c'est pas mal. Là, je deviens mortelle et ça m'emmerde. Moi, je suis très immortelle quand même, moi, de fille. Et de temps en temps, je suis un peu mortelle. Je vais chier.
- Speaker #0
Ton rapport, on n'en a pas parlé du tout, mais ton rapport à la maternité, est-ce que ça a changé quelque chose chez toi ?
- Speaker #1
Oui et non, parce que moi j'ai toujours voulu, en fait j'aurais voulu plein d'enfants. Moi j'avais un mari qui ne voulait pas plein d'enfants, donc on en a eu deux. C'était un fils unique aussi, donc deux c'était bien. J'en aurais voulu au moins quatre, moi je pense. Moi c'était une merveille pour moi, ça a été une révélation. Une révélation. Je suis morte d'amour, fan. Ils sont merveilleux. Je suis grand-mère. J'ai un petit-fils. Mignon. Et je ne le vois pas beaucoup parce qu'il est aux Etats-Unis, mais ce n'est pas grave. Mais qu'est-ce qu'ils sont... C'est beau, quoi. C'est merveilleux. Puis alors, j'ai une fille et un garçon. Alors, ce qui est bien, c'est qu'une fille... Ce qui est bien, c'est qu'on peut avoir des discussions. On a des... Des grandes discussions, c'est formidable. Des belles discussions, c'est vraiment super. Mon fils aussi, mais il est un peu plus secret. C'est un garçon, les garçons. Ou alors, il y en a qui se livrent à fond avec leur maman, mais bon, ce n'est pas celui-là.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te manque pour finir ? Qu'est-ce qui te manque aujourd'hui ?
- Speaker #1
Dans la vie ? Un chéri. Mais il faut qu'il ait la place aussi. Je me demandais, mais comment je ferais pour avoir un chéri ? Il faudrait que, quand même, on ne se voit pas tous les jours. Pas qu'on habite ensemble, ça c'est non. Non. Il y a des femmes qui ont pensé ça et des couples qui ont fait ça pendant des années. Moi, ça m'a toujours semblé improbable. Moi, j'adore être collée, serrée, la famille collée. Mais moi, aujourd'hui, non. Impossible. J'ai vécu trop longtemps toute seule. Donc, il faut avoir un chéri pour partir en vacances, pour faire des sorties, des machins. C'est super. Mais pas tous les jours. Moi, je ne pourrais pas tous les jours. C'est fini.
- Speaker #0
Il y a des choses que tu as envie de faire et que tu n'as pas encore faites.
- Speaker #1
Oui, écrire mon livre. J'y suis dessus depuis tellement longtemps. C'est un enfer.
- Speaker #0
C'est une fiction ?
- Speaker #1
Oui, c'est une fiction, oui. Ah ouais, c'est une fiction avec une histoire vraiment, vraiment qui m'éclate complètement. Et puis, plus j'entre dedans, plus c'est intéressant, évidemment, sur les personnages. Ils sont bien mes personnages. Je les aime beaucoup. Et puis parfois, il y a une sorte de paresse. Ce n'est pas une paresse. C'est que quand je m'y mets, ça demande tellement d'investissement. Ça demande un truc tellement... Ça arrache tout, quoi. Ça peut être sympathique. Ça peut être très sympa. Ce ne sera peut-être pas un grand livre. Ou peut-être que ce sera un grand livre. On n'en sait rien. Oui, peut-être que ce sera bien. Il y a des bouts bien. Il y a des bouts vraiment bien. Je suis capable de juger aussi ça. Ça, c'est intéressant. Il y a des bouts qui sont vraiment bien. Et puis à débout, je me dis, mais vas-y ! arrache-toi un peu plus. Ça mérite mieux. Pourquoi là, c'est vachement bien ? Un livre,
- Speaker #0
c'est de la réécriture.
- Speaker #1
Que de la réécriture. C'est que de la réécriture. Donc là, j'en suis à, je ne sais pas combien j'ai fait de pages, 120, 130 pages.
- Speaker #0
Pas mal.
- Speaker #1
Il me manque 60 pages. Un livre, un roman. Un roman, c'est 200 pages, il paraît. Mais non, ça mérite, parce que ça m'oblige. Et c'est bien, parce que je suis un peu paresseuse. J'ai un côté un peu glandeuse. Je peux ne rien foutre pendant très longtemps. Rien faire, observer.
- Speaker #0
Même si ça t'angoisse.
- Speaker #1
Ah non, là, ça ne m'angoisse pas. J'observe. Je suis, par exemple, je peux passer des heures sur un jardin. Des heures.
- Speaker #0
T'es une contemplative.
- Speaker #1
Je suis très contemplative. Et là, les gens n'imaginent pas une seconde. Je suis très contemplative. Je ne peux rien faire. J'ai ma tête qui part très très loin. D'ailleurs, je ne peux pas m'en empêcher. Ça, c'est un truc assez rigolo. Quand on parle de quelque chose, je ne peux pas empêcher ma tête de partir très très loin. Et parfois, c'est très emberdant parce que je n'arrive pas à rester dans le sujet. Je reste pas mal dans le sujet.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Ça va ?
- Speaker #0
Ah oui. Je vais te laisser conclure.
- Speaker #1
Ah, il faut que je conclue ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que je pourrais conclure ? Je ne suis pas très contente d'avoir l'âge que j'ai, parce que je n'aime pas, j'ai la peau molle, j'ai des petites rides partout, et puis j'ai mal là, j'ai mal là. Mais il y a des questionnements que je n'avais pas avant et que je trouve merveilleux, parce qu'ils n'amènent pas forcément une réponse. Ce n'est pas ça, là, ce qui est intéressant. C'est avoir des bonnes questions. Et ça, je trouve ça super. Je n'avais peut-être pas ça avant. Et ça, c'est mieux qu'avant.
- Speaker #0
Merci. Merci d'avoir écouté cette trajectoire. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le liker, à le commenter, à le partager autour de vous. C'est grâce à vous que ce podcast peut vivre, grandir et continuer à faire entendre ces voix qu'on connaît, mais qu'on découvre autrement ici.