- Speaker #0
Bienvenue dans Transclassos. Ici, on parle de classe sociale, du mythe du mérite, du club un peu trop fermé de la culture. Je m'appelle Peggy Pexy Green. Parfois je raconte, parfois j'écoute. Des artistes issus de classes populaires prennent la parole. On rit, on se révolte, on fait entendre notre voix. Bienvenue dans Transclassos. Bonjour Aurélie !
- Speaker #1
Bonjour Peggy !
- Speaker #0
Je suis ravie de te rencontrer pour la deuxième fois, on s'est vu une fois pour préparer et ton histoire m'a semblé vraiment super passionnante et à fond dans le transclasso style. Donc bienvenue Aurélie Trivillin et première question, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, je m'appelle Aurélie, j'étais comédienne et maintenant je suis prof d'alphabétisation. le milieu du théâtre autour du Covid. J'avais commencé la formation. J'ai commencé cette formation en 2020 ou 2021.
- Speaker #0
Formation pour être ?
- Speaker #1
Formatrice en alphabétisation.
- Speaker #0
Ok. On va revenir en arrière et essayer de comprendre un petit peu quel fut ton parcours. Dans quel milieu tu as grandi ? Tu es née et tu as grandi ?
- Speaker #1
Alors moi je suis née dans la région de la Louvière. de parents ouvriers. Quand j'étais petite, mon papa travaillait dans une usine de bonbons. C'est moins sexy vu l'intérieur.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Et ma maman, il travaillait aussi quand j'étais petite. Puis elle a très vitu des problèmes de santé, de dos. Mon petit frère est né. Ma maman était vraiment au tri des bonbons. C'est une station de boue fixe tout le temps. Donc elle a eu vite des problèmes de santé. Elle a fait une formation pour être aide-soignante. Et là, elle a été aide-soignante jusqu'à il y a peu, où elle a pris sa retraite. Voilà, moi, j'ai grandi dans ce milieu. Mes grands-pères étaient mineurs. C'est quelque chose dont j'aime bien parler aussi. Ça marque vraiment une identité, je pense. Mes deux parents étaient immigrés. Mes grands-parents étaient immigrés. Italien, polonais, la mine.
- Speaker #0
Alors attends, les parents de...
- Speaker #1
De ma maman sont polonais. Les parents de mon papa sont italiens. Et donc ils sont immigrés pour travailler dans les charbonnages de la région de Charleroi. Donc voilà, ça c'est vraiment le terreau dans lequel j'ai grandi à la Louvière, qui est une ville où il y a une grosse communauté italienne.
- Speaker #0
Et est-ce que quand tu étais jeune, tu avais déjà des pratiques culturelles ? Est-ce que vous alliez au théâtre, au cinéma ?
- Speaker #1
On regardait la télé beaucoup. Moi, ensuite, je suis arrivée à faire du théâtre quand même assez rapidement, mais de façon très particulière. En fait, j'avais les dents en avant, mal mises, etc. Donc, j'ai porté un appareil dentaire. Et je me souviens, c'était la dame du petit magasin, donc de l'épicerie, qui a conseillé à ma maman de me mettre au cours de diction. Parce que j'avais du mal à parler avec mon appareil dentaire. Donc, au conservatoire de la Louvière, enfin l'académie. J'ai été prendre des cours de diction et de là, j'ai commencé à faire de la déclamation, de l'art dramatique, etc. Mais c'était ma seule pratique culturelle et la lecture. J'ai très vite aimé lire. Donc au début, on achetait des livres au Cora et puis on a été à la bibliothèque. Je revois ma maman m'attendre pendant des heures, pendant que je choisissais des livres. Et voilà, donc ça c'est mes... Mes débuts dans le théâtre, grâce ou à cause, je ne sais pas, de mes dents.
- Speaker #0
Oui, c'est dingue ça.
- Speaker #1
Je pense que si j'avais eu de magnifiques dents, je ne sais pas, je serais peut-être logopède.
- Speaker #0
En tout cas, on ne t'aurait pas envoyée à l'académie. Tes parents n'auraient pas pensé à ça.
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
D'ailleurs, c'est la dame du petit magasin qui a envoyé. Et elle, elle faisait du théâtre ?
- Speaker #1
Pas du tout. Je pense qu'elle avait un enfant qui devait faire de la musique ou quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Ça tient un peu de choses.
- Speaker #1
Tout à fait. Ah ouais, ouais. J'ai souvent pensé à cet appareil dentaire. Qu'est-ce que j'aurais fait ? Est-ce que j'aurais fait du théâtre sans ça ? Je ne sais pas du tout.
- Speaker #0
Bah oui, c'est ça. Parce que le métier d'artiste, toi, quand tu étais jeune, est-ce que tu rencontrais des artistes ? Tu en connaissais ?
- Speaker #1
Non. Alors, on a... Mon papa était clown. Mais pas clown dans le sens théâtral du terme. Il animait des fêtes d'école et des choses comme ça. Avec un oncle qui était DJ, enfin DJ-Jockey, style mariage et compagnie. Et mon papa, un petit personnage de clown, il allait dans les fêtes d'école.
- Speaker #0
Ah, c'est marrant,
- Speaker #1
ça ! Scooby-Doo, le club.
- Speaker #0
Et ça lui venait d'où ?
- Speaker #1
Je crois que c'était un instinct, d'aimer se mettre en scène, en spectacle.
- Speaker #0
En spectacle,
- Speaker #1
quoi. Oui, tout à fait. Oui, oui. Il faisait les 3 à 8, donc il n'avait pas le temps de prendre des cours de théâtre.
- Speaker #0
Expliquez-moi, je ne sais pas si c'est les 3-8, mais tu peux expliquer ?
- Speaker #1
Donc, il travaillait une semaine de 6h à 14h. La semaine d'après, 14h, 22h. Ensuite, 22h, 6h. Et tout, enfin, ainsi de suite.
- Speaker #0
Une hérésie. ce truc d'être trois-huit. Non,
- Speaker #1
l'enfer.
- Speaker #0
Mais c'est vraiment...
- Speaker #1
Non, c'est pas possible. Enfin, c'est pas...
- Speaker #0
La personne qui a inventé ça, l'a l'est vraiment.
- Speaker #1
Ah oui, non, c'est vrai.
- Speaker #0
C'est vraiment quelqu'un qui ne le faisait pas. On est d'accord.
- Speaker #1
Oui, mais il n'y a rien de mieux pour niquer ta santé. Ah, mais...
- Speaker #0
C'est le sommeil, ta vie, il n'y a rien qui va dans l'être pro-huit.
- Speaker #1
Non, rien.
- Speaker #0
Et donc, lui, il faisait vraiment ça semaine... Oui, semaine. Tout à fait.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Moi, je connaissais... C'est les deux huit quand tu as deux semaines ?
- Speaker #1
Deux huit, je crois que c'est quand tu ne travailles pas de nuit. C'est ça.
- Speaker #0
Moi, je connaissais plutôt dans ma famille ou même un petit ami qui faisait ça aussi. C'était 2-8. Mais c'était déjà horrible.
- Speaker #1
Oui, parce que tu as à peine le temps de te mettre dans un rythme que tu changes. Je pense que c'était ça. Il passait d'une semaine de travailler la nuit à une semaine de commencer à travailler à 6h du matin. Donc, l'heure à laquelle il se couchait.
- Speaker #0
Je sais, c'est fou.
- Speaker #1
Oui, c'est pas...
- Speaker #0
Donc, il faisait ça. Et à côté de ça, il avait cette activité avec ça. Ton oncle était italien, du coup ?
- Speaker #1
Non, c'était mon oncle par alliance, de l'autre côté de ma famille, en plus. Donc, il était belge, oui. Et lui, il était chauffeur de bus et DJ le week-end.
- Speaker #0
J'adore !
- Speaker #1
Et c'est vrai que je n'avais jamais pensé à cet aspect spectacle.
- Speaker #0
Oui, parce que comme c'est un autodidacte, et puis que ça peut être aussi, comme d'hab, peut-être pas valorisé par la culture. légitime d'être clown et DJ dans des anniversaires.
- Speaker #1
Le premier truc que je te dis, c'est pas clown théâtral. Avec la main qui se lève comme ça.
- Speaker #0
C'est pas un vrai clown qui a étudié.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Il n'a pas fait de masque neutre. On ne voit pas.
- Speaker #0
Il a fait la salle de la clown académique. Entre autres. Ah ouais, c'est... Ça m'inspire trop. Parce que, voilà, toi et moi, on connaît le travail à l'usine et la famille qui travaille. travailler à l'usine et c'est quand même quelque chose de très très épuisant. Toi, tu as déjà travaillé à l'usine ?
- Speaker #1
Comme étudiante, oui. Après, j'avais la chance, entre guillemets, mon papa était très apprécié dans son usine, je pense, et du coup, j'avais un poste, enfin, je n'étais pas à la chaîne, je n'étais pas au tri, mais j'étais au laboratoire de préparation des additifs.
- Speaker #0
Ah, évidemment, tu étais dans l'école, dans l'usine de bonbons.
- Speaker #1
Oui, évidemment. Du coup, je... Je pense que j'ai respiré et touché des choses. Je me suis fait une brûlure chimique avec un arôme cerise. Bon alors rien de dramatique, ça ressemble à un coup de soleil. Mais je me suis brûlée avec de l'arôme dans le visage. Mais je n'étais pas à la chaîne. Et j'avais la chance de travailler de 7h30 à 16h.
- Speaker #0
Donc ça c'était pendant les vacances ? Pendant les vacances, oui. Moi j'ai fait deux usines. Une c'était pour Kenzo. Ça existe toujours, Kenzo ?
- Speaker #1
Parfum. Parfum, comme ça, oui.
- Speaker #0
Je collais les coquelicots, là. Tu sais, il y a un flacon. Je vois ça. Ça existe toujours.
- Speaker #1
Je vois les pubs, oui.
- Speaker #0
Voilà, c'était un truc qui collait les coquelicots. Je ne les collais pas à la main, c'était la machine, mais je devais faire une manip entre le collage et...
- Speaker #1
En huit heures.
- Speaker #0
Oui, mais je n'ai pas fait ça longtemps. Ça en était aussi, mais ça m'a bien remis les idées en place. Elles étaient déjà en place, mais ça m'a bien gardé en place. Oui, ça. Ça, je ne sais pas, vraiment pas longtemps, peut-être deux semaines. Je faisais de l'intérim, tu vois. Ça et puis la CERP, les produits pharmaceutiques. Tu fais les commandes. Donc tu marches avec un chariot dans l'usine de médicaments et tu prépares les commandes pour les pharmacies. Donc tu as une feuille que je serais incapable de lire maintenant parce qu'à mon grand âge, je ne peux plus lire. Et donc tu es ici, tu vois, dans les codes barres en fait. C'est des codes barres et tu es dans des petits tiroirs. À l'époque, mais j'imagine que c'est pareil maintenant. Ou alors maintenant, il y a des robots qui le font, je ne sais pas. En tout cas, à l'époque, c'était des jeunes filles en fleurs comme moi qui passaient leur été à ouvrir des tiroirs, fermer des tiroirs, prendre les médicaments et les mettre dans un caddie. Le premier jour où j'ai fait ça, en été, je suis rentrée chez moi, je ne sais pas à quelle heure j'avais commencé, je suis rentrée chez moi à 6h, à 19h, je dormais. J'étais allée me coucher. J'étais morte. Et en fait, il y a quelqu'un qui avait un compteur de pas. maintenant tout le monde en a sur le téléphone mais à l'époque je suis sur la compte c'était il y a plus de 20 ans les gens n'avaient pas ça et quelqu'un en avait un là-bas parce qu'en fait on faisait le tour les gens ne voient pas parce que je montre avec ma main on faisait un carré à l'infini à l'intérieur du hangar Et donc, on était tout le temps en train de... Tu vois, on marchait, on prenait, on marchait, on prenait, on marchait. Et il y en avait qui parlaient. On avait fait 14 kilomètres.
- Speaker #1
Ouais. Ah ouais.
- Speaker #0
Moi, ça, c'était pas tous les jours. Mais il y en a une qui avait calculé un jour. J'étais là. Ah ouais, d'accord. Je comprends que j'étais fatiguée. J'ai pas eu grand sportif, moi.
- Speaker #1
Il y a des gens qui font ça leur vie, ils font ça leur carrière.
- Speaker #0
C'est clair. C'était vraiment... Ouais, ça m'a beaucoup appris, en tout cas. OK. Donc, l'usine de bonbons. toi qui as un tuyau, un piston pour aller travailler à l'usine. Bon, ben oui, on a les pistons de sa famille.
- Speaker #1
Et avant ça, j'avais eu un autre piston, parce qu'à l'usine, tu ne peux pas travailler avant 18 ans. Et à 16 ans, on peut déjà avoir des contrats étudiants, donc moi, je voulais travailler. Et un ami de mon papa, si je me souviens bien, je pense qu'il travaillait au Cora, et donc j'ai pu travailler à la boulangerie du Cora.
- Speaker #0
Avant 18 ans.
- Speaker #1
De 16 à 18, oui. Et là, j'emballais les pains au chocolat. C'était dans les supermarchés. C'était dans des espèces de boxes en plastique. Pains au chocolat, croissants, tout ça.
- Speaker #0
On a passé des beaux étés. Oui,
- Speaker #1
c'était... Moi,
- Speaker #0
je vendais les journaux.
- Speaker #1
Ah ben voilà.
- Speaker #0
Sur la plage, autour du lac d'Annecy. Il y a plein de campings, avec plein de Belges d'ailleurs. Plein de Hollandais aussi.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
C'est en Haute-Savoie. Et on pouvait travailler là à partir de 16 ans. Tous les matins, il fallait aller dans tous les campings et dans toutes les plages pour vendre le Dauphiné libéré.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Un petit bien de la région. Voilà. C'était sympa. Après, au retour des vacances, on avait un peu de sous. Et les autres nous racontaient leurs sublimes vacances.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Vous avez passé en dehors de la ville, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
Tout à fait. Dans les maisons. Oui, dans les maisons. Parfois. Dans les hôtels. La maison de la grand-mère, puis la maison de la tante, et puis après, il fallait partir en voyage.
- Speaker #0
Je trouve ça vraiment super intéressant parce que c'est vraiment, en tout cas par rapport au podcast et par rapport à toutes les réflexions qu'on a sur les questions de classe sociale, moi, je n'ai pas vraiment remis ça en question. Tu vois, le fait de travailler tous les étés, je n'ai pas vraiment remis ça en question. jusqu'à ce que je fréquente vraiment des gens qui étaient d'autres classes sociales. J'en fréquentais déjà, parce que la plupart des gens avec qui j'étais en cours partaient en vacances. Mais je ne sais pas, il y en avait quand même qui travaillaient aussi. Mais c'est vraiment plus tard, quand je suis devenue cadre, que je me suis rendue compte à quel point tout le monde avait des souvenirs de vacances de dingue, partir là, là, là, dans des pays étrangers. Et que moi, les seuls souvenirs que j'avais, c'était d'avoir bossé. Attention, je nuance, puisque j'habitais quand même dans une magnifique région. Avec un lac. Donc, si tu veux, j'étais quand même dans un lieu de vacances pour beaucoup de gens. Donc, je pouvais quand même en profiter quand je ne travaillais pas le week-end ou même le soir, tu vois. Donc, je n'étais pas du tout à plaindre. Mais c'est vrai que là, je me suis rendu compte un jour que les gens avaient cumulé des années de vacances à l'étranger. Oui, oui. Au niveau de la ville, quoi.
- Speaker #1
Oui, oui. Alors, ça nous arrivait. On partait. La première fois que je suis partie en vacances, j'avais 9 ans. Mais on partait en voiture, dans une location en Espagne. Et ce n'était pas tous les ans. Ce n'est pas possible. Moi aussi, je me suis rendue compte du gap. Là, ça a plus été avec le milieu du théâtre. Pour les gens, c'est normal de partir deux mois. Déjà, ils peuvent ne pas travailler pendant deux mois. Et en plus, c'est normal. Ils se disent, cet été, j'ai juste pu partir deux semaines. C'est bien.
- Speaker #0
C'est pas mal.
- Speaker #1
Et deux, souvent, bon, après, dans le milieu du théâtre bruxellois, il y a pas mal de personnes françaises, donc elles rentrent dans leur famille, normal. Mais souvent, il y a la maison de trucs, la maison de machins, ils font un circuit.
- Speaker #0
Bah oui, c'est ça, il y a beaucoup de maisons de famille, un peu partout dans des lieux sympathiques, n'est-ce pas ? Oui, oui, c'est vrai, c'est vrai. Je pense que quand t'es toujours partie en vacances, c'est normal de partir en vacances deux mois ou des trucs comme ça. Et quand t'as toujours travaillé ? Il y a quelque part de « c'est normal de travailler » .
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Quand ces personnes se rencontrent, c'est là qu'on se dit « ah, tiens, peut-être qu'eux se disent pourquoi ils travaillent, c'est bête » .
- Speaker #1
Quelle drôle d'idée.
- Speaker #0
Et nous on se dit « mais pourquoi je travaille ? » .
- Speaker #1
Et d'ailleurs, il y a cette distinction qu'ils font plus. Moi, je dis « partir en vacances » , mais souvent, des gens parlent de « partir en voyage » . Comme s'il y avait quelque chose de plus noble à partir en voyage que… partir en vacances. Ce n'est pas la même chose. Oui,
- Speaker #0
c'est intéressant, ça. Partir en voyage.
- Speaker #1
Et pour eux, ce n'est pas la même chose. Je pense que, par exemple, s'ils vont deux semaines dans la maison de famille ou quelque chose comme ça, ça, c'est des vacances. Sinon, ils partent en voyage. Ce n'est pas... C'est plus noble, je crois.
- Speaker #0
Ce n'est pas dans une de leurs maisons.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Ah, la vache ! Ok, chouette. Donc on en a déjà un petit peu parlé. En général, j'aime bien savoir si avant de te lancer dans des études de comédienne et ou dans le métier, si tu as fait d'autres jobs. Donc là, tu m'as dit que tu avais travaillé tous les étés. Quand est-ce que tu t'es lancée dans des études ? Toi, tu as fait des études pour devenir comédienne. Est-ce que tu as fait d'autres études avant ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Directement, tu t'es lancée là-dedans. Comment tu as... Tu as eu l'idée ou l'envie ou la motivation de pouvoir y aller ?
- Speaker #1
Ça venait de l'académie. J'aimais vraiment ça, l'académie. Mais j'aimais les cours de l'académie et les spectacles de l'académie. Je suis rentrée à l'IAD. Donc moi, j'ai fait deux ans à l'IAD. Ils m'ont dit au revoir. Ils ne pouvaient pas officiellement me virer de l'école, mais ils m'ont fait comprendre que c'était mieux que je double ailleurs. Ce qui était une bonne chose. Ce n'était pas une école qui me convenait. Je ne leur convenais pas. Avec le recul, c'est une bonne chose. Et là, je suis partie au conservatoire de Mons.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut faire un petit arrêt ? Donc, toi, tu faisais l'académie en soirée pendant des années, etc. Donc, tu as adoré ça et tu as fait arts dramatiques, déclamations, tout ça. Et du coup, naturellement, au moment de choisir, tu t'es dit, je veux faire ça.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et l'IAD, moi, je ne connais pas bien l'IAD. C'est aussi pour rentrer, c'est aussi un concours avec des scènes et puis des questions avec un juillet et tout ça ?
- Speaker #1
Non. Alors à l'époque, maintenant, je ne vais peut-être pas donner la date, ça va me dater. Il y a très longtemps, il y a plus de 20 ans, c'était en 2001, j'ai passé l'examen d'entrée. C'était un stage en fait, de deux semaines. Première semaine, je vais dire des chires, je pense qu'on était une petite centaine. On était divisé en deux groupes et on travaillait avec des professeurs de l'école. On avait des scènes, mais on ne devait pas les... Arriver avec les scènes prêtes.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
On travaillait, puis à la fin, on présentait à d'autres professeurs ce qu'on avait fait. Puis là, ils sélectionnaient une vingtaine de personnes. On retravaillait encore une semaine. Et puis là, ils ont gardé encore, je ne sais plus les chiffres. Donc c'était plutôt un stage. Moi, je n'avais jamais été au théâtre, à part avec l'école secondaire. Donc s'il fallait parler, en plus, c'est pour ça que je disais que ce que j'aimais, c'était les cours. J'allais pas au théâtre, on allait aller avec l'école, j'aimais pas trop ça. Tu vois, on avait un abonnement au National, et je me souviens même d'avoir vendu aux enchères des places à l'égo des coups avec les copains, et puis revenir prendre le quart pour rentrer, c'était Médée avec Isabelle Huppert. J'aurais pu le voir, mais j'ai vendu ma place. En plus, on avait les places pour rien.
- Speaker #0
Je pense que c'est pas over, j'aime pas le mot, mais accessible. Médée avec Isabelle Huppert quand t'es ado.
- Speaker #1
prof, c'était con de nous choisir ce spectacle.
- Speaker #0
Comment dégoûter les personnes non initiées. Je vais t'emmèner voir ça. Isabelle Huppert, si tu écoutes, sache que je t'aime. J'attends qu'une chose, c'est qu'on joue ensemble.
- Speaker #1
Je te présente mes excuses. Si tu veux rejouer mes dés pour moi, j'ai hâte de voir avec plaisir.
- Speaker #0
Tu peux nous faire une représentation privée, Isabelle. C'est ok. En plus, un jour, il y a une directrice de cours qui m'a dit que je jouais comme Isabelle Huppert. Et là, j'ai fait... Quoi ? Il y a quelqu'un de moi qui a dit, mais pourquoi elle raconte ça ? J'étais là, eh bien, elle sait mieux que toi. Je sais pas du tout pourquoi elle a raconté ça. Ça m'a fait super plaisir. Ça mange pas de pain que quelqu'un nous fasse plaisir.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Que ce soit vrai ou pas, finalement, on sait que j'y crois.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Ok, donc, l'IAD... En fait, ça m'intéresse un peu parce que le comment rentrer... en tout cas à l'époque, on a daté on a dit c'était il y a plus de 20 ans parce que j'ai l'impression que les autres écoles, à chaque fois il faut avoir préparé des scènes et t'as un questionnaire justement sur tes goûts, ce que t'as vu, etc. Du coup ça m'intéresse l'IAD parce que ça veut dire que avant de rentrer, j'imagine que t'avais dû remplir un dossier un truc comme ça.
- Speaker #1
J'avais dû remplir un dossier mais alors vraiment je ne sais plus ce que j'avais écrit dedans, je ne sais même pas s'il y avait des questions sur ce que j'avais vu ou pas En tout cas, je n'avais rien vu. Donc, même s'il y avait cette question, elle n'a pas été déterminante. Et de toute façon, le dossier, je pense que tout le monde arrivait à la première semaine de stage. Personne n'était refusé sur le dossier.
- Speaker #0
C'était en fonction de ce que vous sortiez au bout d'une semaine. Et comment ça se passait aussi.
- Speaker #1
Et après, j'ai passé l'examen d'entrée de Mons. Là, c'était des scènes à préparer, des trucs très classiques. Une scène classique, une scène contemporaine, un monologue. Mais comme j'avais déjà fait deux ans d'IAT, j'avais de la matière. Mais j'ai demandé, on en avait parlé, il n'y avait pas de test de connaissance théâtrale ou de goût, entre guillemets. C'était juste les scènes et puis une discussion. Et dans la discussion, je n'ai pas souvenir qu'on me posait de questions sur ce que j'avais été voir ou pas voir.
- Speaker #0
En général, pour l'instant, tout le monde m'a dit que dans la discussion, ça venait.
- Speaker #1
Mais voilà, il y a longtemps. Oui,
- Speaker #0
mais ce n'est pas... C'est pas forcément éliminatoire, tu vois. Évidemment, heureusement, on crée plus que ça. Le fait que tu dis que t'as pas vu, on se dit pas immédiatement bah dégage. Mais ça crée déjà un environnement où toi t'es stressée parce que si on te demande et que tu as pas vu, bah du coup tu te dis je vais pas être pris, du coup t'es stressée, du coup t'es pas bien, du coup tu donnes pas le mur de toi-même. Et tu te sens en dessous, etc. Et c'est de la violence symbolique, n'est-ce pas ? Mais donc ouais, super intéressant. Est-ce que tu sais pourquoi l'IAD c'était pas toi ?
- Speaker #1
Alors moi déjà, il faut savoir que j'ai choisi cette école, je ne connaissais rien, je ne savais pas. Autre histoire, je rembobine un tout petit peu, mes parents m'ont envoyée à l'école à Nivelles parce qu'ils se disaient que c'était plus chic. J'ai vécu pas mal de violences symboliques, c'est très bourgeois. Nivelles ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais tous mes amis de secondaire allaient faire leurs études à Louvain-la-Neuve. Du coup, j'ai pris l'école de théâtre de Louvain-la-Neuve sans rien connaître du tout. Après, maintenant, avec le recul, je sais que chaque école a un peu son étiquette, son univers. Et ça ne me convenait pas parce que c'est une école où tu fais énormément de choses. Encore une fois, à l'époque, je ne connais plus personne qui y est, donc ça a peut-être changé. Je crois que c'est une très bonne école pour les gens qui parviennent à cloisonner et à s'intéresser à plein de choses sans se perdre. Tu sais, tu fais... Dans mon souvenir, on avait deux heures d'escrime, deux heures de danse, deux heures de chant, deux heures de voix. Donc tu fais énormément d'acrobaties aussi. Et moi, j'ai tendance à me disperser. Donc si autour de moi, c'est déjà multiple, je n'arrivais pas à me concentrer dans quoi que ce soit.
- Speaker #0
Oui, ce n'était pas en profondeur sur quelque chose. C'était beaucoup de... D'accord. Oui, tu es allée là-bas parce que c'était à Louvain-la-Neuve.
- Speaker #1
Et que mes amies allaient à Louvain-la-Neuve. Voilà.
- Speaker #0
Le message pour moi, c'est fondamental. Le fait que... chaque école a son approche, son étiquette comme tu dis, ses affinités et tout, et que quand tu viens d'un milieu loin du milieu du théâtre, tu n'en as aucune idée. Et donc tu tombes au hasard, parce que c'est près de chez toi, parce que quelqu'un que tu connais, que tu connais, qu'il y a un cousin qui l'a fait. Voilà, c'est tout le temps comme ça, c'est tout le temps des choix par défaut. Pas du tout éclairés. Ils font que tu fais deux ans et puis tu te rends compte que ça ne va pas.
- Speaker #1
Et heureusement qu'ils s'en sont rendus compte aussi, parce que je pense que... J'aurais terminé là et j'aurais terminé malheureuse parce qu'il y a quelque chose qui n'allait pas, que je n'arrivais pas à identifier en étant là-bas.
- Speaker #0
Après, tu as été à Mons.
- Speaker #1
Là, ça me convenait mieux comme école. Aussi, sur le moment même, je ne m'en rendais pas compte, mais dans ma classe, tout le monde était ici dans le milieu au moins classe moyenne aisée. À Mons, il y avait plus de personnes prolo. Ah oui ? Ouais. Il y en avait plus, en tout cas. Ou de parcours comme le mien, que c'est grâce à l'académie qu'ils avaient découvert ça. Ou par la troupe de leur ville, le troupe à Matrice. Il y avait plus.
- Speaker #0
Et ça, c'est super intéressant, parce que ça a l'air d'être le cas partout. Et bon, après, ça c'était aussi il y a 20 ans. Est-ce que les gens qui étaient de milieu, tu dirais, populaire, de milieu populaire, est-ce qu'ils travaillent dans le théâtre maintenant ? La question à un million d'euros.
- Speaker #1
Mais alors, de ma classe en particulier, il y a peu de gens qui travaillent. Donc, en tout cas, il y a une personne qui travaille beaucoup et qui n'était pas issue d'un milieu très bourgeois, en tout cas.
- Speaker #0
On est passé loin, là, de plein de gens au milieu populaire à une personne très bourgeoise. Oui, oui, non, mais tu as raison. Tu as raison, on joue.
- Speaker #1
Et au tout. C'est super intéressant.
- Speaker #0
Pour moi, déjà, c'est chouette de savoir qu'il y a des personnes. qui était le milieu, en tout cas, pas bourgeois, pas supérieur, peut-être moyen, peut-être en dessous de moyen, sachant que populaire, ça recouvre beaucoup d'universités, de situations. Mais la question, c'est, OK, s'ils ont réussi à aller jusque-là, ce qui est génial, comme toi d'ailleurs, est-ce qu'ensuite, la seconde partie qui est basée essentiellement sur du réseau, a fonctionné ? Il y avait le réseau, bien sûr, parce qu'il y a le réseau du conservatoire, mais est-ce que ça suffit par rapport à ceux qui ont le réseau du conservatoire et de leur famille ?
- Speaker #1
Non, mais ça aide évidemment. ils travaillent beaucoup plus.
- Speaker #0
Et donc, est-ce que, voilà, c'est ça, moins que les gens auxquels tu penses, maintenant, ils sont comédiens, comédiennes, metteurs en scène et qui travaillent. Donc, quand on dit pour les gens qui ne connaissent pas forcément rien au milieu, juste de dire est-ce qu'ils travaillent, ça veut juste dire, c'est pas qu'ils n'ont pas envie de travailler. Oui, oui. C'est vrai, est-ce que c'est des flemmards ? Non, c'est pas ça. C'est, est-ce que le milieu veut bien nous faire travailler ?
- Speaker #1
Il y en a un qui n'était pas dans ma classe, dans mon niveau, je vais dire, mais qui travaille beaucoup. Il y a une personne.
- Speaker #0
Il faut que tu le prennes en une heure.
- Speaker #1
Mais sinon, c'était au minimum, alors pas des gens du milieu théâtral, mais les enfants de profs, etc. Des gens qui avaient accès à un patrimoine culturel, en tout cas déjà à la base. Oui.
- Speaker #0
Plus. Qui ont un patrimoine culturel, mais qui n'ont pas forcément le réseau qui va avec et derrière.
- Speaker #1
Oui, mais ça, franchement, il y en a quelques-uns qui bossent.
- Speaker #0
C'est déjà bien.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
OK, donc Mons, là, tu fais combien d'années ?
- Speaker #1
Trois. En fait, j'ai fait deux ans à l'IAD. J'ai recommencé ma deuxième à Mons et j'ai terminé mon cursus.
- Speaker #0
Et là, pendant l'année, tu n'avais pas à travailler et tu travaillais l'été ? Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Parce qu'à Mons, mes parents, la Louvière, ce n'est pas loin du tout. Et donc, je suis retournée vivre chez mes parents. Comme ça, j'étais plus tranquille de ne pas devoir travailler. Je vivais chez mes parents, je mangeais chez mes parents. Je prenais le train dix minutes le matin. Ah oui, ok.
- Speaker #0
Mais c'est une certaine vie aussi.
- Speaker #1
Oui, c'est un choix aussi de ne pas avoir son appart. Parce que c'est vrai que c'est des horaires quand même assez prenants. On ne peut pas, comme dans d'autres études, se dire aujourd'hui, j'y vais pas, j'ai mon syllabus, j'ai mon truc pour rattraper. C'est des cours pratiques. Donc, tu n'y vas pas, tu n'y vas pas, tu apprends moins. Et c'est temps plein.
- Speaker #0
Et c'est temps plein, oui, c'est ça. Tu ne peux pas vraiment travailler à côté, à part le soir ou le week-end. Ce qui est quand même hyper fatigant.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et difficile en général, parce que des fois, tu dois préparer des trucs en dehors des cours, on le sait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok, donc t'étais chez tes parents, ce qui fait que t'as rendu la chose beaucoup plus simple.
- Speaker #1
Et à l'IAD, j'étais concierge.
- Speaker #0
Mais c'est dingue ! Parce que t'es vraiment pas la première qui me dit ça.
- Speaker #1
C'est vrai ? Ouais, t'étais concierge de l'IAD. Je pense qu'à l'IAD, ils doivent prendre un prolo par an, j'en sais rien. À l'époque, parce qu'ils ont déménagé, maintenant ils ont des nouveaux bâtiments, et c'était dans la petite ferme au-dessus de Louvain-la-Neuve. Et donc c'était les anciennes porcheries, ça me rend pas, qui étaient aménagées en petits deux pièces. Et donc la première année, j'étais en cote. Et puis, ils ont dû me repérer ou j'en sais rien. Et le concierge quittait l'école. Et donc en fin de première, on m'a proposé de reprendre la conciergerie. Et donc j'avais cet appart gratuit, toutes charges comprises.
- Speaker #0
Ce qui fait que tu devais fermer les bâtiments, jeter un peu tout le temps.
- Speaker #1
Et aussi un peu, il y a le théâtre du bloc-cris. Je devais fermer le théâtre du bloc-cris s'il n'y avait pas de spectacle. Ok.
- Speaker #0
intéressant mais non parce que c'est en fait ça semble anecdotique mais c'est quand même peut-être au moins déjà la troisième ou quatrième personne qui me dit avoir été concierge dans son école tu vois c'est quand même pas non plus le même voyage c'est le cas de dire que quand tu es dans un milieu aisé et que tu travailles pas que tu rentres dans un appart à toi ou avec tes potes le soir c'est quand même autre chose je trouve que en fait la légèreté ou l'expérience c'est pas la même non effectivement oui ou même par rapport Merci.
- Speaker #1
Moi, il y avait plein de gens dans ma classe à l'IAD qui vivaient à Bruxelles et faisaient des trajets. Moi, je ne comprenais pas pourquoi, mais c'était effectivement pour avoir une vie culturelle le soir. Mais moi, je me disais, mais pourquoi se faire du mal à prendre le train le matin, à payer le train en plus, d'avoir des appartements.
- Speaker #0
C'est pragmatique de ton point de vue de situer de classe. Oui, exactement. Pourquoi faire ça ? Mais ça fait autre chose. Il me semble que c'est Jean-Paul Rouve qui racontait qu'il avait fait le cours Florent à Paris.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et qu'il ne pouvait pas continuer. Donc, je crois que j'ai vu l'interview de lui. Il raconte ça. Il était après la première année, je pense. En fait, c'est trop cher. Et donc, il ne pouvait pas continuer. Et sa prof était Isabelle Lanty. Et elle serait intervenue en sa faveur pour qu'il devienne concierge du cours Florent. Et c'est ce qui s'est passé.
- Speaker #1
Ah, ben voilà.
- Speaker #0
Tu vois. Même lui.
- Speaker #1
Ouais, c'est drôle.
- Speaker #0
C'est un des rares. C'est un des rares transclasses comédiens qui existent. Ok, chouette. Eh bien, alors on en est où ? Est-ce qu'il y a quelqu'un qui t'a ouvert la porte, a marqué un peu ton chemin, en tout cas, je dirais, jusqu'aux études ou au moment de sortir des études ?
- Speaker #1
Non, je n'ai pas l'impression de marquer mon chemin. Alors moi, je dirais plutôt que c'est... la confiance que mes parents ont eue. Tu vois, comme ça peut être mautorisé à 18 ans, alors que voilà, ils m'avaient envoyé à l'école à Nivelles, je réutilisais assez bien à l'école en primaire. Voilà, et quand en fin de réto, je leur dis, ben en fait, moi je veux faire du théâtre, ça a dû être un gouffre pour eux, et ils m'ont fait confiance, et ils m'ont fait, si c'est ça que tu veux, ok, fais du théâtre. Ils auraient très bien pu me dire, non, on ne va pas payer ces études-là, fais autre chose d'abord, etc. Et puis...
- Speaker #0
On verra, mais ils m'ont laissé faire.
- Speaker #1
Ils ont tout de suite dit oui. Et pour eux, c'était un milieu qu'ils connaissaient ?
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Pas du tout, ils ont fait confiance.
- Speaker #0
Oui, mais je pense qu'au théâtre, ils venaient voir mes examens d'académie, tu vois. Et même, c'est une anecdote très drôle, mon frère est venu voir un truc au conservatoire. On fait parfois des choses. Voilà, c'était le livre de Job. Un truc de la Bible traduit par je ne sais pas qui, quelqu'un de très connu. J'ai oublié son nom. Bref. Je ne connais pas, t'inquiète. On est joué dans le livre de Job et ma mère m'a expliqué que mon frère lui avait dit, réveille-moi quand c'est Aurélie qui parle. Il s'endormait à chaque fois quand j'arrêtais de parler et se réveillait si je parlais.
- Speaker #1
J'adore réveille-moi quand c'est Aurélie qui parle. Donc, ton frère, il n'était pas non plus en lien avec le milieu, mais il t'a soutenu aussi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est beau, c'est tes parents qui t'ont ouvert le chemin. On dit, vas-y, lâchons l'usine de bonbons.
- Speaker #0
Oui, exactement. Dans laquelle mon frère a travaillé aussi, ensuite.
- Speaker #1
La reproduction sociale oblige.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok. Donc, tu finis Mons. Et là, comment ça se passe pour toi ?
- Speaker #0
Alors après, je travaille dans un gros théâtre bruxellois, billetterie téléphone. Je gagne très mal ma vie. Ah bon ? À l'époque, c'était même en dessous des minimums légaux, etc. Mais c'est des contrats d'artistes, donc ça aide à obtenir le sacro-saint statut d'artiste. Voilà. Je travaille assez longtemps dans ce théâtre. Où du coup, tu es toujours comédienne, tu passes les auditions de l'Insas, tu fais des trucs, etc. Et puis tu vois les comédiens qui travaillent vraiment, qui sont là, qui font des séries de 6, 8, 9 semaines. C'était parfois un peu dur, mais j'ai toujours réussi à éviter la jalousie et l'envie. Par contre, maintenant que j'ai pris du recul, je suis une personne très en colère. J'ai accepté de vivre avec et d'arrêter de refouler ça. Parce qu'on a toujours dit, c'est pas bien la colère.
- Speaker #1
Non, non. Voilà.
- Speaker #0
Mais ça a nourri ma colère, en fait. Maintenant, je regarde mon parcours avec du recul. Maintenant que j'ai quitté le théâtre, etc. Et je vois tout ce qui a nourri cette colère. Et puis, ça va plus loin. Ça va à la vie de mes grands-pères qui sont morts beaucoup trop jeunes. Enfin, voilà, de plein de choses. Et donc, j'étais dans la billetterie de ce théâtre. Puis, j'y ai joué pas mal. Voilà. Ça, c'était juste après l'école.
- Speaker #1
Et donc, quand tu fais la billetterie, et tu passes des auditions, et à un moment, tu as des auditions qui font que tu rentres dans des projets où tu joues.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Et les auditions, c'est avec qui, du coup ?
- Speaker #0
Là, j'ai beaucoup travaillé grâce à des auditions libres, je veux dire, qui sont ni du CAS ou quoi que ce soit. Je n'ai jamais eu d'audition du CAS. J'ai fait des tours, mais je n'ai jamais eu d'audition via le fameux CAS qui est... il faut sortir d'une des cinq écoles reconnues pour y avoir accès. Ce n'est pas juste du tout ça. Oui,
- Speaker #1
mais du coup, c'est super intéressant que tu dises ça, parce que moi, quand je suis sortie de l'école, je n'étais pas dans les cinq écoles, donc je n'avais pas le droit à ce dispositif du CAS. J'en ai déjà parlé dans ce podcast. Je redonne rapidement. Quand on a fait une des cinq écoles reconnues, il y a des conservatoires, INSAS. On est sur une liste et on a des aides à l'emploi qui font qu'on est invité systématiquement. beaucoup d'auditions parce qu'on ne coûte pas cher pour être comédienne, comédien ou assistant, assistante, mise en scène, ce qui permet de travailler beaucoup et vite et d'avoir beaucoup d'auditions. Mais il y a beaucoup de monde, d'une part. Par contre, c'est une chance incroyable parce que c'est une liste d'auditions qui déroule. Mais donc, si tu n'as pas fait ces écoles, tu n'as pas le droit de les laisser, ces auditions. Mais ce qui est intéressant, moi, quand tu me dis que c'est des auditions hors casse, c'est que... Moi, n'ayant pas fait de conservatoire, n'ayant pas travaillé à la biétrie du grand théâtre comme toi, je n'avais même pas accès à des auditions non CAS, puisque l'information ne circule pas.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Donc, pour moi, c'est un monde parallèle du CAS, que c'est uniquement un réseau fermé qui est invité, qui a fait l'école aussi.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et je pense même que ça va plus loin que si tu as accès à l'information et que tu envoies une candidature et que tu n'as pas fait une école. Je ne suis même pas sûre qu'ils t'appellent. Sauf si tu as fait autre chose. Moi,
- Speaker #1
je l'ai fait deux fois. Deux fois, j'ai fait ma Peggy. Et je me suis remballée, mais bien comme il faut.
- Speaker #0
Ils n'essaient même pas de voir.
- Speaker #1
Ah non, C'est qu'entre nous. Mais enfin, c'est complètement assumé.
- Speaker #0
Sauf si peut-être... Alors, il faut que tu aies eu la chance d'avoir mis un premier pied. Mais alors, ça revient au réseau. Et on t'a vu où quelqu'un dit que...
- Speaker #1
C'est un cercle vicieux de toute façon. Je pense que comme tu dis, il faut que quelqu'un t'ait vu. Et pour que quelqu'un t'ait vu, il faut que tu aies joué. Et pour avoir joué, il faut avoir une audition. Tout à fait. Il faut avoir eu l'info.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et donc c'est bien, c'est un cercle vertueux quand tu es dedans. Mais c'est un cercle ultra vicieux quand tu n'es pas dedans. Ok, donc du coup, tu joues là, pas mal, dans ce théâtre-là. Tu joues dans d'autres théâtres aussi ?
- Speaker #0
J'ai un peu joué ailleurs, oui. Et puis, j'ai fait une mise en scène après, qui a pas mal tourné.
- Speaker #1
Et donc, tu prends une pièce existante ?
- Speaker #0
C'est une amie qui a écrit un spectacle. Bon, qui va plus jouer, mais le livre se vend. Ça s'appelle « Un fait divers » .
- Speaker #1
Ah, voilà.
- Speaker #0
Donc, on met en scène ce spectacle. On a des petits soucis aussi là de production, etc. On essaye un peu de nous la mettre à l'envers. Mais finalement, on s'en sort. Quelqu'un de bien vient remettre son nez et les choses se passent normalement. Et on a pas mal tourné avec ce spectacle.
- Speaker #1
Tu peux en dire un mot de ce spectacle ? Oui,
- Speaker #0
c'est un spectacle de Laure Chartier, un texte de Laure Chartier. Elle le joue. Elle le jouait puisque c'est terminé. Mais donc, on peut toujours se procurer le texte qui a été édité par Lanceman. et c'est le parcours d'une victime de viol après toutes ces démarches administratives, juridiques, etc.
- Speaker #1
Et c'est un seul en scène ?
- Speaker #0
C'est un seul en scène. Ce qui facilite la tournée aussi parce que ça coûte moins cher.
- Speaker #1
Et on en est toujours là !
- Speaker #0
Mais encore une fois c'est parce que c'est arrivé ça faisait un bout de temps que j'étais dans le théâtre mais on n'aurait jamais pu on a travaillé à trois Donc, il y avait... C'est Sania Tombosoa qui a fait l'assistanat, mais on était presque en co-mise-en-scène. Elle s'est beaucoup occupée de tout ce qui était production, administration. Elle a rejoué. Puis finalement, on a fondé notre compagnie pour tourner qui s'appelle...
- Speaker #1
Coucou à Sania parce qu'on se connaît aussi.
- Speaker #0
Sania, en fait, on s'est rencontrées via via. À l'époque, elle était avec une connaissance à moi.
- Speaker #1
et puis elle suivait une formation en production mais c'est là où j'ai rencontré parce que quand t'as pas d'audition tu comprends que tu vas devoir faire ta production toi-même et te donner du travail toi-même et donc on s'est rencontré dans cette formation qui aidait à comment tu produis ton spectacle et du coup on a tout de suite demandé à Sania de
- Speaker #0
se joindre à notre équipe qui était une équipe de deux jusque là pour faire assistanat et casquette prod on a fondé notre compagnie pour pouvoir prendre la tournée en charge nous-mêmes pas dépendre de votre compagnie,
- Speaker #1
ça se peut appeler comment ?
- Speaker #0
"Le Brame de la Biche" compagnie qu'on est en train de réinventer entre nous plus devenir une collective et faire autre chose que du théâtre Le Brame de la Biche on peut suivre ça si on pourrait, mais il n'y a pas de réseau pas encore je crois jamais c'est en réinvention en ce moment Donc voilà.
- Speaker #1
Donc il y a ce spectacle-là. Toi, tu mets en scène, c'est ta première mise en scène. Oui,
- Speaker #0
j'avais fait beaucoup d'assistanat avant.
- Speaker #1
Tu peux dire « assistanat, mise en scène » juste pour les gens qui écoutent et qui ne connaissent pas ?
- Speaker #0
Oui, c'est « assistante du metteur en scène » , mais c'est surtout un métier de coordination, je dirais. L'assistant, l'assistante souvent coordonnent entre les différents corps de métier, mais aussi d'un travail directement d'assistance. du metteur ou de la metteuse en scène, prendre ses notes parfois, parfois pas, se souvenir de choses pour lui. Ça dépend très fort de la personne avec qui tu travailles, mais en tout cas, c'est toi qui permet que ça roule entre tout le monde. Du coup, ça peut aller de rappeler aux acteurs à quelle heure on commence demain, que truc, un rendez-vous avec la scénographe, rappeler la scénographe. C'est beaucoup de choses différentes.
- Speaker #1
Oui, c'est un métier très complet.
- Speaker #0
Ça peut être aussi, je me suis retrouvée à travailler avec une metteuse en scène qui jouait dans le spectacle et donc de faire un filage sur deux, prendre sa place.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Ok, et ça t'a plu de faire la mise en scène ?
- Speaker #0
Oui, beaucoup, beaucoup. Et en même temps, c'est quelque chose qui revient beaucoup, j'ai un peu un syndrome de l'imposteur. Comme tous les transferts à sauce. Voilà, ce matin je me disais, je vais dire que des bêtises, ça va pas.
- Speaker #1
There is no betty. Everything is good.
- Speaker #0
J'ai toujours, même dans mon nouveau métier, je suis en train de me dire, un jour ils vont se rendre compte que je suis nulle, que ça ne va pas. J'aimais bien ça, mais j'avais l'impression d'être pas forcément la plus douée pour ça. Et puis, le milieu du théâtre, comme je te disais, m'avait commencé à nourrir une colère.
- Speaker #1
Ça venait de quoi ?
- Speaker #0
Du tout. On peut être fou, ce dont on a parlé, du milieu, de l'entre-soi, de plein de choses.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des moments, des événements, des situations que tu te rappelles, qui te heurtent ?
- Speaker #0
Il y a énormément de mépris de classe ordinaire, je dirais. Enfin, ils ne s'en rendent même pas compte. Je pense aussi le nombre de personnes qui se revendiquent modestes ou populaires, etc. J'en peux plus. Enfin,
- Speaker #1
voilà.
- Speaker #0
C'est pas grave d'être riche. Voilà. Ou d'avoir eu des moyens, d'avoir eu accès plus jeune. C'est pas grave. C'est pas parce que tu vas mettre des slash Lidl. que ça va aller mieux, ça je ne peux plus non plus. Je crois que le summum que j'ai vu, c'est une personne avec un pantalon, tu sais les pantalons oranges avec les bandes réfléchissantes, que portent les éboueurs, que portent les ouvriers de nuit, mais pourquoi tellement avoir envie d'avoir l'air pauvre ? Ou des gens avec des t-shirts Lidl, mais qui vont dire, ah tu fais tes courses là ? Je ne sais pas, tu n'as pas qu'à se dire ce que je te dis.
- Speaker #1
On en parlait dans l'épisode avec Amélie Verreidt de ça. de ce truc de T-shirt Lidl qui nous rend dingue parce que les vraies personnes de milieu populaire ne supportent pas de voir des gens qui mettent des T-shirt Lidl alors qu'il y a des mieux bourgeois et qui sont enfin qui trouvent ça chic trendy ou je sais pas trop quoi ou pour faire croire qu'ils sont pauvres mais en fait non parce que c'est quand même une trend ça
- Speaker #0
s'appelle apparemment attends ça s'appelle comment déjà poverty cosplay ah ouais les américains ils ont toujours des noms pour tout ouais ouais c'est ça j'ai un truc un petit truc des trucs insta sur là dessus oui qui est le Merci. C'est une petite BD, je pense. Et la personne explique qu'en fait, le bourgeois veut toujours se distinguer des autres. Et à un moment donné, dans sa culture, il peut tellement plus que la seule façon, c'est ça. Mais par contre, derrière, se moquer des nouveaux riches avec leur bagnole blanche. Voilà.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Et surtout pas mettre ses enfants dans une école de milieu plus populaire, par exemple. On peut mettre un tee-shirt little. Non,
- Speaker #1
c'est performatif, en fait. C'est de la... C'est de la procréation culturelle de classe sociale, et c'est une bohème performative, qui est insupportable quand on vient vraiment de là, donc ça je comprends trop.
- Speaker #0
Oui, et alors là c'est un truc, tiens c'est intéressant que j'en parle, donc moi, depuis que je suis toute petite, j'adore le foot, mais vraiment. Mon papa m'a emmenée au stade vers mes 7 ans, je pense, quand mon petit frère est né à Charleroi, et voilà. Dans les années 90, quand t'arrives à Nivelles, que t'es une fille et que t'es fan de foot, à la Baraki de service, le machin, et j'ai tenu bon, j'ai gardé cette passion tout du long, même si on te disait, enfin, sport de baraque, le hockey, le machin. Et maintenant, je les vois tous aller voir l'Union Saint-Gilloise, j'ai envie de les exploser. Ah, j'en peux plus de les voir avec leur bonnet à pompons, ça me rend dingue, dingue, parce que c'est les mêmes qui m'ont jugée pendant des siècles. Et qui maintenant, parce qu'ils mangent leur pain saucisse le bord du terrain... Non.
- Speaker #1
Ça,
- Speaker #0
ça me rend folle. L'Union Saint-Gilloise me rend dingue.
- Speaker #1
Je sais qu'effectivement, il y a cette tendance, le foot est en train d'être... Comme le rap est en train d'être récupéré, le foot est en train d'être récupéré. Il y a un très bon, apparemment, une très bonne conférence gesticulée que je n'ai pas vue, qui s'appelle, je crois, "Rapitalisme" ou « Rapitalism » .
- Speaker #0
Ça m'intéresse parce que j'aime beaucoup le rap aussi.
- Speaker #1
Il est sur la récupération du rap par le capitalisme. Apparemment, c'est ça. En tout cas, le sujet, il est génial. Ok. Donc, en fait, ouais, vraiment des enjeux de classe qui te font mal et qui… Tu vois,
- Speaker #0
voilà, ça m'énerve tout de suite.
- Speaker #1
Mais en fait, pour moi, il faut que cette parole… puissent avoir de la place aussi. Parce que la parole, elle est quand même souvent prise par les mêmes personnes. Et on peut prendre la parole pour dire « Bon, ben voilà, trouvons des chemins, des chemins de traverse pour essayer d'arriver à des endroits où on n'est pas super bienvenue. » Mais on peut aussi dire « En fait, on n'est pas bienvenue, on n'est pas bienvenue. » Et il y a un moment, c'est pas juste, c'est pas normal, et ça me fait en colère. Et j'ai le droit d'être en colère. Je pense que tu as le droit d'être en colère.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est aussi très bourgeois de vouloir éteindre la colère et de ne pas...
- Speaker #1
Les émotions, c'est tellement populaire. C'est pas se tenir. Mais moi, je trouve ça intéressant et ça me rend triste aussi, évidemment, à des endroits, et je comprends trop. Et aussi, je trouve que t'es allée au bout de... En fait, t'es allée quand même au bout de ton ressenti et de ton positionnement en arrêtant le théâtre. Parce que là où d'autres personnes pourraient se plaindre ou... et quand même jouer le jeu et tout, ou continuer à essayer. Je veux pas jeter la pierre, parce que moi-même, je continue plus vraiment à essayer, mais tu vois ce que je veux dire ? On joue quand même pas à l'éponge. Moi, je trouve ça intéressant de se dire à un moment, mais en fait, non, c'est pas possible. C'est trop de violence symbolique, c'est trop d'entre-soi, c'est trop difficile. C'est trop violent. J'arrête, j'ai pas envie de vivre dans ce milieu-là.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Je commençais à être malheureuse, moi. Oui, c'est ça, j'ai dit stop. J'avais du ressenti. Même avec des amis, des gens que j'aime bien, je commençais à être pas cool parce que le moindre demi-truc me déclenchait. Voilà, c'était pas... Et même moi, j'étais malheureuse là-dedans et je vais beaucoup mieux.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et ça ne me manque pas.
- Speaker #1
J'ai une amie qui m'a raconté l'histoire aussi d'une... Est-ce qu'elle était en théâtre ou dans les arts plastiques ? Je ne sais plus. Elle faisait souvent des performances et des ateliers dans son lieu. C'est une amie à moi qui avait un lieu culturel. Pas du tout reconnu, bien sûr. Elle avait un lieu culturel privé qu'elle portait de ses petites mains. Elle me dit qu'elle était tout le temps en galère. C'était tout le temps dur pour elle. Je la voyais et pourtant, elle était géniale. Et je me disais, mince, j'espère que ça va marcher. Et elle m'a dit, un jour, je la vois, elle était trop bien, elle était super détendue, cool et tout. Et je dis, ça va ? Elle me dit, oui, ça va super bien. Et je dis, c'est quoi tes projets ? Et là, elle m'explique qu'elle a tout abandonné et qu'elle a trouvé un travail et que maintenant, elle fait du codage. Et qu'en fait, elle est soulagée. Et que quand elle fait, peut-être c'est des arts plastiques, maintenant, du dessin ou des arts plastiques, elle a remis ça à l'état de hobby, si tu veux, même s'il y a un hobby à un niveau professionnel. mais qui n'a plus de visée professionnelle et qui a son salaire et qui a l'aide tranquille. Je veux dire, ça, pour moi, c'est hyper important de le dire aussi. Ça veut dire qu'elle venait d'un milieu populaire. Elle avait besoin de cet argent pour vivre. Donc, elle souffrait plus que quelqu'un qui n'a pas besoin d'argent. Je pense que c'est un milieu, de toute façon, quand même, où beaucoup de gens souffrent. Parce que le milieu de la culture, il y a beaucoup d'envie, mais il n'y a pas beaucoup de place. Et donc, même si tu viens d'un milieu privilégié, tu peux quand même souffrir, parce que c'est dur de... En fait, tu dépends du désir des gens, tu dépends du bon vouloir, il faut aussi lécher des votes, etc. Et ce n'est pas facile psychologiquement de dépendre tout le temps des autres. Mais alors, si on rajoute à ça le fait, en plus, de ne pas avoir les bons codes, de ne pas avoir les bons réseaux et avoir besoin d'argent, effectivement, je pense que la santé mentale, elle en prend un sacré coup.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Oui, oui. Et puis, c'est un métier, en tout cas, d'acteur, d'actrice. Ça peut être la même chose pour les arts plastiques, la musique, etc. Si tu as un refus ou quoi, c'est directement toi que tu te mets en question. Pas ton travail, en fait. Tu penses que toi, tu as touché à l'ego au sens premier du terme.
- Speaker #1
Oui, on ne veut pas.
- Speaker #0
C'est moi, c'est ça. Ce n'est pas mon travail qui ne convient pas à ce moment-là, à ce spectacle, à cette chose. C'est moi qui... Donc oui, c'est difficile. Je m'en moque encore parfois un peu de mes amis qui sont toujours dans le milieu du théâtre, de l'ego. Mais je comprends qu'il y ait une remise en question complète à chaque fois. C'est usant, finalement.
- Speaker #1
Oui, puis après, quand tu prends du recul, parfois ça fait un peu genre... Tout ça n'est pas si grave. En tout cas, ce qui se joue, ce que vous nous racontez n'est pas si grave. Quand on prend du recul. Ce qui ne veut pas dire que le théâtre n'est pas important et n'a pas... n'est pas puissant. Par contre, il faut savoir raison garder sur la gravité qu'on donne aux choses, ou qu'on croit qu'elles ont.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Ok, et ça s'est mis petit à petit ? Tu t'es dit, petit à petit, avec le temps, tu disais, je sens que je vais arrêter bientôt ? Ou c'est vraiment un jour, il se passe un truc et tu te dis, maintenant, stop,
- Speaker #0
c'est bon ? Petit à petit, en tout cas, déjà commencer à... me diriger plus sur de la mise en scène, de l'assistanat, plutôt que le jeu.
- Speaker #1
Parce que le jeu, tu trouvais ça...
- Speaker #0
Parce que je me disais que j'étais pas bonne, que j'étais pas... Finalement, bon, je suis peut-être pas assez bien pour ça, et donc, faire autre chose, être en retrait, en fait, c'est bien aussi pour moi. Et puis, à un moment donné, je me suis dit, mais pourquoi rester dans le théâtre ? Vas-y, t'as le... une formation et au pire, si on t'appelle pour un contrat à 100 000, tu arrêtes, ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Ça va sûrement nous arriver très bientôt.
- Speaker #0
À 100 000 quoi ?
- Speaker #1
Je ne sais pas comment ça se fait. Ok. Et du coup, tu fais cette formation formatrice en alphabétisation. Et tu trouves un travail là-dedans ?
- Speaker #0
Oui, en fait, je n'ai même pas terminé la formation parce que j'ai tout de suite trouvé du travail pour travailler dans une école à Anderlecht qui s'appelle la Providence. qui est une école dite difficile, mais qui est l'école avec l'indice socio-économique le plus bas de Belgique.
- Speaker #1
Tu peux dire ce que c'est ?
- Speaker #0
Explique. Une école de pauvres.
- Speaker #1
Merci Aurélie. On n'est pas passés par une définition officielle.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
L'économique, je pense qu'il calcule les revenus des parents, les situations, si c'est employés, chômage, CPAS.
- Speaker #0
Je crois que c'est ça.
- Speaker #1
Les ressources. Les capitaux diraient Bourdieu.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Comme ces étudiants-là, parce qu'apparemment, c'est beaucoup inspiré de leur travail. D'accord. Donc, toi, tu es dans cette école... Non, non, non.
- Speaker #0
J'ai fait un remplacement de janvier à juin. Voilà. Et puis, après, j'ai travaillé en plus bénévolat ou remplacement, etc. dans des écoles plus pour adultes. d'alphabétisation, vraiment, pour le coup. Et là, depuis deux ans, j'ai un CDI dans une école d'alphabétisation à Bruxelles, près de l'église du Béguinal.
- Speaker #1
Donc, nouvelle vie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et tu ne regrettes pas ?
- Speaker #0
Non. Non, puis je réfléchis à quand même... J'ai la chance de ne pas être dans un cadre... Voilà, tu peux enseigner l'alphabétisation en promotion sociale, en... d'insertion socio-professionnelle, où tu as un cadre, des évaluations. Les apprenants, les apprenantes sont conditionnés à réussir pour avoir des droits quels qu'ils soient. Moi, ça, ça m'angoisserait très fort de voir des... Je donnerais le papier à tout le monde, donc je ne garderais pas mon travail, je crois. Non. Là, je suis dans un cadre de cohésion sociale, ce qui permet d'être plus souple, du côté social du boulot. Je réfléchis à maintenant que j'ai pris mes marques là-dedans à peut-être amener un truc un peu artistique, d'écriture. L'année dernière, on a fait un petit podcast avec un des groupes. Vraiment, moyen du bord, je n'ai aucune formation, j'enregistre. J'ai monté en faisant cut, cut, cut, et des petits pendus. C'est un bassin, un médium qui m'intéresse beaucoup, le son. et depuis toujours en fait tu vois je me dis, bon là je réfléchis tout avec ce truc d'avoir été comédienne pour enlever l'image ce qui permet, moi je pense que ça me donne plus de liberté le son d'enlever l'image surtout je crois d'être juste avec le son et le podcast etc et pour l'anecdote c'est vrai que je garde un petit boulot d'actrice oui Je fais les voix d'habillage de Musiq3. Donc, pour le coup, Radio 1.
- Speaker #1
Je me disais, tu as une très belle voix. Tu fais des voix d'habillage pour Musiq3. C'est-à-dire, tu dis quoi ?
- Speaker #0
C'est la radio de musique classique belge. Vraiment, je pense que c'est une radio écoutée par la bourgeoisie. Je ne sais pas qui écoute la musique classique à la radio. Moi,
- Speaker #1
des fois, je tombe sur Musiq3. Mais je n'écoute pas la musique classique. Des fois, il y a d'autres trucs. Mais on a une amie qui travaille là-bas, qui fait justement le son à l'insas, qui travaille à Musiq3.
- Speaker #0
du coup j'ai découvert comme ça c'est moi qui dis musiq3 changez d'air etc mais allez le scoop de on a la voix de musique 3 c'est trop bien c'est avec ça que j'ai 100 000 mon contrat à 100 000 c'est les contrats à
- Speaker #1
100 000 même pas on vous aime la radio j'ai fait des chroniques ça rapporte vraiment rien du tout Oui,
- Speaker #0
oui. Je crois que je suis mieux payée que quelqu'un qui fait des chroniques, mais j'y vais qu'à trois par an.
- Speaker #1
Et ils utilisent la voix toute l'année.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, je n'ai pas de droit.
- Speaker #1
Moi, j'adore aussi, j'avais envie de faire de la radio, mais c'est pareil, la radio, ce n'est pas un métier qui paye du tout. Il y a beaucoup de gens qui ont envie d'en faire et il n'y a pas beaucoup de place. Ce qui nous reste maintenant, c'est le podcast, comme ici, artisanal. qui ne rapporte pas d'argent, mais qui permet quand même de pouvoir discuter, de pouvoir partager des émissions, des réflexions. Moi, j'adore les podcasts.
- Speaker #0
Mais j'ai arrêté d'en écouter, je devrais m'y remettre.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Ouais, je suis dans une période où j'ai du mal à me concentrer, du coup, j'écoute beaucoup de musique.
- Speaker #1
Ça, c'est super. Moi, j'écoute moins, mais par contre, les podcasts... Ouais, je crois que c'est difficile de faire les deux, parce qu'à un moment, la journée est trop...
- Speaker #0
Ouais, exactement.
- Speaker #1
J'écoute un podcast tous les soirs avant de dormir. Des fois même, je m'endors avec. Là, j'arrive vraiment dans ma vie privée. Est-ce que tu pourrais imaginer ce que tu dirais à la petite Aurélie aujourd'hui par rapport à tout ton parcours ?
- Speaker #0
Fais autre chose. Fais pas ton temps, fais directement autre chose. Franchement, oui. C'est un regret que j'ai de ne pas... Par exemple, je n'avais pas confiance en moi pour faire des études universitaires. Et ça, c'est un grand regret. Ou même quand j'ai repris la formation. Maintenant, il y a 5-6 ans, je me dis que si j'avais repris un cursus universitaire, je l'aurais terminé maintenant. Maintenant, il est vraiment trop tard. Mais ça, c'est un grand regret de ne pas m'être fait confiance.
- Speaker #1
Alors, fais autre chose et fais quoi ?
- Speaker #0
Un truc sérieux, quoi. Je ne sais pas. Non, vraiment, là, je me dis qu'il y a 5 ans, j'aurais dû faire le droit. Parce que j'avais l'image de faire le droit, c'est tout de suite être avocat d'affaires.
- Speaker #1
À l'époque, tu veux dire ?
- Speaker #0
Oui, mais en fait, c'est multiple. Je lui dirais ça, Aurélie. Fais autre chose.
- Speaker #1
Garde le théâtre sur le côté.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et peut-être, l'inverse. Commence par autre chose.
- Speaker #1
Comme j'ai fait moi, parce que moi j'ai fait ça. France politique dans l'international. Et après théâtre. Mais je dirais aussi, je ne sais pas. Moi, je ne sais pas si j'aurais dû faire théâtre tout de suite.
- Speaker #0
Je regrette, je pense que j'étais trop jeune aussi quand j'ai fait mes études. beaucoup trop jeune. J'avais 18 ans à peine. J'avais 18 ans à peine. J'avais quasiment jamais été au théâtre. C'était beaucoup trop de choses à appréhender même à assimiler en fait pour quelqu'un de 18 ans qui n'est pas fini.
- Speaker #1
Oui, mais on n'en a aucune idée puisqu'on ne connaît rien. Donc, on se lance comme des fleurs.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Aurélie.
- Speaker #0
T'en prie,.
- Speaker #1
C'était super intéressant de parler avec toi.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Et profond. et... je lève les bras c'était Transclasos avec Aurélie Trivillin, cet engagement, cette colère cette passion, le fait d'avoir choisi ce chemin théâtral et puis finalement d'avoir décidé de changer de vie, je trouvais que c'était important de partager aussi ce type de parcours parce qu'il est plus fréquent qu'on ne le croit C'est-à-dire de se lancer, de prendre cette voie de métier artistique alors qu'on vient d'un milieu populaire, loin de tout ça. Et puis un jour, après des années de travail, de lutte, de mépris de classe, se dire que finalement, on va laisser tomber. Et recommencer une nouvelle vie où on se sent peut-être plus à sa place, je l'espère en tout cas. C'était passionnant de rencontrer Aurélie. Et j'espère que vous avez aimé cet épisode. Si oui, mettez donc 5 étoiles parce que ça dépend que de vous que le podcast puisse continuer et être écouté et partagé.