- Speaker #0
Bienvenue dans Transclassos. Ici, on parle de classe sociale, du mythe du mérite, du club un peu trop fermé de la culture. Je m'appelle Peggy Pexy Green. Parfois je raconte, parfois j'écoute. Des artistes issus de classes populaires prennent la parole. On rit, on se révolte, on fait entendre notre voix. Bienvenue dans Transclassos. Bonjour Bo!
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Bienvenue dans Transclassos !
- Speaker #1
Merci !
- Speaker #0
Comment ça va ?
- Speaker #1
Ça va bien, serein ce matin.
- Speaker #0
Il fait pas un temps dingue ?
- Speaker #1
Ah non, il fait dégueulasse !
- Speaker #0
Mais donc, on va apporter de la lumière dans cette journée avec ce podcast.
- Speaker #1
Exactement !
- Speaker #0
Je te propose. La première chose que j'ai envie de te demander, c'est de te présenter.
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Beau, Beau Reynaud, et je suis poète punk. Je n'attends pas de savoir faire les choses pour les faire, je les fais. Et je traduis ma poésie via différents canaux. J'ai produit un long-métrage qui s'appelle « Veux-moi » et qui fait sa vie à San Francisco, un album de musique sous le nom de « Biche de Ville » qui s'appelle « Kevin » et mon premier livre qui s'appelle « Biche Boy » qui est sorti en avril 2025 aux éditions Maelstrom et dont j'ai tiré un seul en scène.
- Speaker #0
Wow, ok, c'est... C'est très riche.
- Speaker #1
Et ça, c'est que les dernières années.
- Speaker #0
C'est plein de formes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'adore. On a envie de plonger dans tout. Avant de rentrer dans ce que tu fais maintenant ou dans plusieurs années, ma question suivante, c'est dans quel environnement tu as grandi ?
- Speaker #1
Alors, j'ai grandi dans une... Jusqu'à six ans, mes parents étaient ensemble et puis dans une famille monoparentale. Ça a eu un vrai impact parce que mes deux parents... n'aborde pas du tout la culture de la même façon. Et mon père est très classique, donc il n'écoutait d'ailleurs que de la musique classique. Là où ma maman, justement parce qu'elle voulait aller contre sa mère, mais qui n'était plus en vie, mais elle n'écoutait que de la musique, comme elle disait, pour allumer la joie, pour danser, pour s'amuser. Donc de la musique populaire, de la musique pop. C'est au moment où mes parents ont divorcé que ma maman a osé écouter la musique qu'elle aimait. Donc ce qui fait que j'ai baigné dans une diversité d'accès culturel. Et puis dans la ville de Verviers, je suis née dans le centre-ville et j'ai vécu dans le centre-ville. Et l'air de rien, ce qui était accessible quand t'as pas énormément les moyens. Puisque bon, j'étais à l'époque trois enfants avec une maman toute seule. C'est l'académie. Mais à Verviers, on appelle ça le conservatoire de Verviers. Et donc, c'est comme ça que moi, j'ai fait du solfège, de la danse classique. Et puis, un peu plus tard, de l'art dramatique, de la diction, de la déclamation.
- Speaker #0
Donc, tu as fait ça au... conservatoire, c'est-à-dire l'académie comme nous le nommons. Le conservatoire de Verviers.
- Speaker #1
À Verviers, ça s'appelle le conservatoire.
- Speaker #0
Mais pour nos amis bruxellois ou autres. Voilà. Mais c'est marrant parce qu'il y avait Auriane aussi avec qui j'ai fait un épisode récemment, qui était de Liège, qui a aussi fait, qui vient d'un milieu populaire et qui a aussi fait plein de cours à l'académie comme ça.
- Speaker #1
En fait, l'air de rien, c'était accessible. Ça coûtait pas cher du tout. Et d'ailleurs, je pense que c'est ce qui fait aussi que moi, on me l'a proposé. Et comme, bon ça, je l'ai découvert seulement à 40 ans, mais je suis autiste et TDAH, j'ai un terrain curieux. Et donc, le fait d'avoir eu la possibilité, d'avoir eu accès à différentes choses, moi, je me suis intéressée à tout ça. Ça n'a pas nécessairement été le cas de ma petite sœur, celle qui me suit, par exemple, qui ne va pas avoir le même récit, en tout cas, de base culturelle. parce que ça l'emmerdait au plus haut point. Là où moi, j'adorais la musique classique, comme j'adorais danser sur les cassettes, parce qu'à l'époque aussi, on allait pas mal à la médiathèque à Verviers. Il y avait une grande médiathèque, une ludothèque et une bibliothèque où on pouvait louer des jeux, des livres et des CD qu'on transformait en cassettes. Donc j'écoutais beaucoup de cassettes. Donc là aussi, en fait, on pouvait avoir accès à tout ça à un prix...
- Speaker #0
Hyper démocratique. Oui, voilà.
- Speaker #1
C'est dans quelle année ? C'est les années 90, quoi. C'est fin 80,
- Speaker #0
début 90. Ça me donne un peu de nostalgie. Voilà,
- Speaker #1
c'était avant-hier. C'était avant-hier.
- Speaker #0
Et tes parents, ils faisaient quoi comme travail ?
- Speaker #1
Alors, ma maman, elle était secrétaire et mon père était professeur. Il était enseignant. Et ma maman a aussi fait évoluer son travail puisqu'au fur et à mesure, elle a voulu trouver un travail qui lui plaît. et non pas juste un travail qui nous fait manger. Donc, à 40 ans, elle a repris des études. Donc, ça aussi, c'est une possibilité de se dire que les choses sont possibles.
- Speaker #0
C'est un beau modèle.
- Speaker #1
Voilà. Et puis, elle est devenue médiatrice, médiatrice de quartier. Et puis, même là, aujourd'hui, où elle est plutôt à l'âge de la pension, elle continue, en fait, de créer des activités professionnelles parce qu'elle est passée par le... le développement personnel au contact du cheval à un moment. Et puis là, aujourd'hui, elle crée des ateliers pour accompagner des jeunes enfants qui sont victimes de harcèlement en classe ou dans le milieu scolaire. Elle a créé un jeu de cartes, d'ailleurs, pour les aider.
- Speaker #0
Elle fait ça en bénévolat ou elle a...
- Speaker #1
Elle fait ça en auto tout seule,
- Speaker #0
quoi. Je ne sais pas comment on dit.
- Speaker #1
Non, parce qu'elle a aussi ses diplômes, etc. Mais je veux dire qu'elle est en indépendante et qu'elle continue de développer des activités parce qu'il faut que les sous rentrent. Parce que quand tu es une maman solo aussi, il ne faut pas oublier que les mamans prennent beaucoup en charge la famille, etc. Et n'ont pas le loisir de mettre de l'argent de côté pendant longtemps. Et quand le... Le père ne subvient pas vraiment aux besoins des enfants. C'est la maman qui se saigne pour que les enfants y arrivent. J'ai une maman qui aujourd'hui n'a pas de sous-côté. Elle est toujours obligée de développer son imaginaire pour créer des activités qui lui permettent aussi de payer ses factures à son âge. Je pense que c'est important d'en parler parce que c'est des choses dont on ne parle pas beaucoup et que le niveau de classe, même au sein d'une même famille, en fait, il peut être différent. Comme je lui ai posé la question, elle me disait, en fait, non, tu n'étais pas précaire quand tu étais tout petit, mais en fait, une fois que mes parents ont divorcé à 6 ans, en fait, le truc a basculé parce que là, une maman toute seule qui doit s'en sortir avec trois enfants, avec un père qui ne fait pas nécessairement ce qu'il faut. Ça devient très vite très difficile de tout assumer toute seule.
- Speaker #0
Oui, ça c'est sûr. Donc merci d'en parler. Et aussi du fait que, ok, c'est dur quand il y a les trois enfants d'avoir un seul salaire si on n'est pas aidé comme il faut, par le père ou par le reste de la famille qui aurait des moyens.
- Speaker #1
Oui, en l'occurrence, là il n'y a pas parce qu'elle a perdu ses parents jeunes, elle a perdu son père quand elle avait 8 ans, sa mère quand elle en avait 21. Donc voilà, il n'y avait pas de famille aussi autour. Après, le leg familial, c'est que son père était photographe, était aussi le premier taximène de Verviers. Un jour, il s'est mis devant la gare avec sa voiture et il a dit « est-ce que quelqu'un a besoin d'un trajet ? » Et sa maman faisait énormément de théâtre. Sa grand-mère, que je n'ai pas connue non plus, était professeure de piano et donc il y avait un piano à la maison. Donc, on va dire qu'il y avait un piano et il y avait une bibliothèque. Et c'était, on va dire, c'était ça, l'héritage. Ce n'était pas de l'argent, mais c'est qu'il y avait la culture qui était accessible, du coup, à la maison.
- Speaker #0
Oui, il y avait une appétence pour la culture.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Même si pas forcément les moyens habituels qui vont... Ah ben non,
- Speaker #1
non. Voilà, moi, j'ai... Comment ? C'est ce qui coûte le moins cher, comme je disais, c'était d'aller faire le conservatoire, etc. Acheter un instrument tout blime, mais il y avait un piano, par exemple. Donc moi, je sais que j'ai essayé de faire du piano. Je n'avais pas des assez bons points au solfège, du coup, je n'avais pas accès aux cours, en tout cas les cours gratuits du conservatoire pour pouvoir faire du piano. Donc je n'ai pas persévéré à un moment parce que...
- Speaker #0
Il fallait avoir des bons points.
- Speaker #1
Il fallait être au-dessus de la moyenne pour être prioritaire, pour avoir des cours de piano.
- Speaker #0
c'est déjà énorme d'avoir un piano ça serait intéressant de faire la généalogie de comment ça se fait que tes grands-parents et plus haut il y avait déjà ce bien à l'art c'est ça en fait parce que justement mon arrière-grand-mère était professeure de piano c'est ça mais comment elle est devenue professeure de piano oui c'est ça parce que le piano c'est quand même typiquement une pratique culturelle en général de personnes aisées Voilà !
- Speaker #1
Et donc, je pense que d'une certaine façon, peut-être que si on remonte plus haut, je ne suis pas descendant d'une famille précaire, mais la précarité arrive par les nouvelles générations, les parents seuls, parce que du coup, la maman de ma maman aussi a été une maman solo, puisqu'elle a perdu son mari assez tôt. et puis ma maman solo et en fait les mamans solo arrivent Avec elle comme bagage, la précarité, parce que s'en sortir toute seule, c'est pas toujours évident. Surtout s'il n'y a pas un leg financier familial.
- Speaker #0
Mais oui, c'est ça, pas d'héritage, de patrimoine. Là, apparemment, les derniers chiffres montrent que la richesse, ce qu'on possède maintenant, c'est genre à 60 ou 70% hérité. Alors que dans les années... J'ai pas grand chose, moi. Il y a 20 ans, c'était 30% de ce que tu possèdes, c'était NT, maintenant c'est 60-70. Donc on a vraiment... Tu grandis l'écart entre ce que tu peux vraiment gagner et à quel point tu peux t'enrichir, entre guillemets, ou juste vivre une vie. Après,
- Speaker #1
c'est quelque chose que j'ai vu très vite, puisque moi, j'habitais juste en face d'un collège assez bourgeois. Mais quand je dis face, je veux dire la porte en face. C'était la porte du collège. Donc, on est allé là à l'école parce qu'en fait, c'était tout près. Mais le truc, c'est que j'étais avec tous des gens assez aisés. qui n'avaient aucun problème pour vivre, manger, et qui d'ailleurs au fur et à mesure, quand on est sorti de l'école, et les premiers cotes et les trucs, eux, leurs parents leur ont payé leurs cotes, leur ont acheté leur machine à laver, c'était d'avoir grandi aussi au milieu d'un milieu qui n'était pas du tout précaire, parce que finalement, même les mouvements de jeunesse, c'était les gens avec qui j'allais à l'école, et c'était aussi des bourges et tout, et donc j'avais autour de moi... Comment dire ? En fait, j'ai toujours été le pauvre du groupe. Et c'est quelque chose que j'ai remarqué, dont j'ai pris conscience il n'y a pas si longtemps, parce que ça s'est reproduit plus tard. Je pense que d'avoir un éveil culturel et d'être pas si con fait que je m'entoure de personnes aussi qui sont cultivées et tout. Et souvent, ces personnes sont des personnes aisées. Et je me suis rendue compte au fur et à mesure du temps que même les amis que je me suis fait une fois que j'étais aux études supérieures et puis au-delà. en tant que jeune adulte, en fait, à chaque fois, c'était des personnes qui avaient quand même des métiers et une famille où il y avait de l'aisance financière. Et c'est particulier de se rendre compte à 40 ans de te dire j'ai toujours été le pauvre du groupe.
- Speaker #0
C'est super marrant que tu dis ça parce que moi, j'ai été aussi dans une école de bourgeois. En fait, il y a quand même pas mal de personnes transclasses ou autres qui ont été dans des écoles privées ou bourgeoises ou quoi, par des... concours de circonstances, en l'occurrence. Moi, c'était vraiment un concours de circonstances incroyable qui a fait que je suis allée là. Et aussi des questions géographiques. Ma mère, elle finissait le travail très tard au salon de coiffure et tout ça. Et en fait, moi, je n'avais pas non plus... En fait, je voyais qu'il y avait des gens qui avaient des moyens, des familles de mes amis qui avaient des moyens beaucoup plus élevés que les miens. Mais moi, je n'avais pas conscience d'être la pauvre. Je ne me considérerais pas... Je ne dirais pas ça parce que je ne me sentais pas vraiment pauvre. Moi, mes deux parents travaillaient, ils avaient un salaire et tout. Mais en fait, quand j'allais chez des personnes avec qui j'étais à l'école, souvent je me disais « waouh, c'est génial ! » Après, chez nous, c'était très mignon, c'était un appartement, tout allait bien. Oui, oui, oui. Ça allait bien, avant, je n'en parlerais pas. Mais du coup, quand j'allais chez... Je me disais, genre comme si c'était une exception, je me disais « waouh ! » C'est super cette personne-là, sa parole à leur famille. Moi,
- Speaker #1
je le voyais dès l'école avec les vêtements, parce que c'était l'époque où c'était les vêtements de marque. Donaldson, Chevignon, tout ça. Et nous, on avait beaucoup de vêtements donnés. Aujourd'hui, tu peux les vendre, il y a la folie. Aujourd'hui, c'est la bonne. Mais à l'époque, pas. Et tu avais des amis d'amis qui donnaient des sacs de vêtements. Et puis dedans, on piochait. puis tu leur... Tu les donnes aux petits. Enfin, voilà. Et ce qui est drôle, c'est que, par exemple, dans ces sacs de vêtements, parfois, il y avait des vêtements de marque, mais moi, je n'en avais pas du tout conscience. Et je me suis rendue compte un jour, mais beaucoup plus tard, que j'avais un gilet. Et à l'école, on m'avait dit, ah, il est super beau ton gilet. Et c'était un gilet Jackpot, ce qui était une marque à l'époque. Aujourd'hui, personne ne sait ce que c'est. Je ne l'ai pas. Je crois. Et c'était une marque de Bourges. et moi je ne le savais même pas et je me dis mince si j'avais su j'aurais même pu me la péter mais en fait non et à l'école on me l'avait dit je devais avoir 11 ou 12 ans et mes copines m'avaient dit que pour une pauvre je m'habillais bien je me trouve féminin là dans le passé puisque je suis une personne Trans je ne l'ai pas dit dans ma présentation mais je suis une personne trans masculine et j'ai fait mon coming out à 36 ans donc voilà j'ai aussi tout un passé on va dire au féminin Et voilà, cette réflexion-là, que pour une pauvre, je m'habillais bien, le pire, c'est qu'à l'époque, je l'ai pris pour un compliment. Je trouvais ça cool, c'était une forme de reconnaissance. Donc je crois que l'environnement dans lequel je grandissais, inévitablement, me rappelait d'où je venais, même si ma maman faisait de son mieux pour qu'on n'ait pas l'air pauvre, en fait. Donc je suis le roi des bonnes affaires. Encore aujourd'hui, par exemple, je suis incapable d'acheter quelque chose qui n'est pas soldé ou qui ne vient pas d'un déstockage ou un truc comme ça. Acheter quelque chose d'un prix plein comme ça pendant l'année, c'est quelque chose que je ne sais pas faire, par exemple. C'est très compliqué. Après,
- Speaker #0
j'imagine que tu n'es pas dans une richesse et une opulence extraordinaire.
- Speaker #1
lui qui fait que... Mais pendant tellement longtemps, tu connais par cœur le prix de tes courses parce que tu es au centime près. Sur la bouffe qui défile au supermarché, tu sais exactement pour combien tu en as. Parce qu'on n'a pas les moyens. Je suis arrivé à Bruxelles pour faire le conservatoire en théâtre. On n'avait pas les moyens. J'ai eu la chance de décrocher une bourse qui a permis de payer mes études. Mais par contre... Voilà, payer mon appart, la nourriture, etc. Au début, je me souviens, j'avais 20 euros par semaine pour tout. Et c'était en chèque-repas d'un ami de ma maman qui donnait ses chèques-repas pour que je puisse... 20 euros en chèque-repas pour tout, pour une semaine, c'est que dalle. Parce que tu es au conservatoire, on te demande d'aller au théâtre, une place de théâtre, tu es à 8 euros, laisse tomber. Donc ça veut dire qu'il faut, quand tu vas faire tes courses, avoir de l'argent qui revient. Quand tu es malade, tu dois acheter un spray pour le nez. T'achètes pas un spray pour le nez. Donc, c'est choisir entre le nécessaire et l'indispensable.
- Speaker #0
Donc, toi, t'as quitté Verviers. Oui. Directement, t'es allé à Bruxelles pour faire le conservatoire. Qui, du coup, le conservatoire, là, c'est l'école supérieure. C'est reconnu pour devenir actrice, acteur et autre. Et aussi maître aux enseignes, etc.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et là, donc, t'as eu une bourse. Parce que t'as permis de faire ça. T'avais le fait que le repas qu'on t'a donné. T'as pu le faire sans travailler.
- Speaker #1
Ah, si. Non, je travaillais toutes les vacances scolaires. Je travaillais toutes les vacances scolaires et ça me permettait en fait cet argent-là de le dispatcher par mois. Donc il n'y avait pas aussi tu travailles, tu as un peu de sous, fais-toi plaisir. Non, ça me permettait en fait de dire ok, tout ce que j'ai gagné pendant ce truc-là, ça me permet d'injecter chaque mois X euros ou centaines d'euros pour pallier aux dépenses et autres.
- Speaker #0
C'est sûr, j'ai travaillé tous les étés, je n'ai jamais dépensé ce que je mettais tout de côté pour l'année.
- Speaker #1
Non, je me souviens, je devais... genre avoir 25 ans ou déjà passer ou je ne sais plus, ou j'ai eu un job comme ça et où avec le cachet du job, je me suis acheté des lunettes de soleil, c'était de dire ok je peux me récompenser de dire allez ça je le fais en plus et je peux je me suis acheté des Ray-Bans des Wayfarers, voilà je les ai toujours dans une petite boîte parce que tu dis voilà, c'est une espèce de symbole de richesse
- Speaker #0
Je crois que je me suis fait offrir des Ray-bans par un petit ami qui avait les moyens un jour.
- Speaker #1
C'est une autre manière de...
- Speaker #0
Oui, je me suis longtemps dit avec mes copines à l'université. En fait, la seule façon qu'on va avoir de vivre et d'avoir les moyens, ce serait de sortir avec quelqu'un qui est riche. Oui,
- Speaker #1
mais c'est un peu un truc qui est inculqué. C'est ce qu'on voit beaucoup aussi dans les films. entre guillemets féminin où en fait la seule façon de s'en sortir c'est via un homme mais ça s'ancre très fort parce que malgré toi moi c'est drôle parce que dans les applis de rencontres plus tard même à la trentaine malgré moi je tombais que sur des bourges alors que c'était pas du tout mon critère Sur les photos, ça ne se voyait pas nécessairement. Et puis tu rencontres la personne, tu vois soit ses chaussures ou sa voiture, ou tu arrives à son appartement et tu te dis mais non ! Alors que quand tu le vois avec son vieux jean et tout, il ne transparaît pas ça du tout. Mais c'est vrai que c'est assez particulier de découvrir comme ça tout ce qui est injecté en nous, culturellement parlant, parce que l'air de rien à l'époque aussi, il faut se dire que ça n'existait pas. des magasins comme Action, Primark, où tu peux acheter des choses qui ressemblent aux choses à la mode, par exemple, mais à un prix moindre. Non, on avait huit bras. Et je peux dire que les jeans huit bras, c'était deux tubes et une tirette. Moi, j'ai eu que des jeans huit bras. Ça ne pouvait pas donner le change.
- Speaker #0
Ça ne marchait pas. Des baskets Noël. C'est un truc sur les petits amis, parce qu'en fait, moi, j'ai finalement fréquenté que des personnes transclasses. Tu vois ce que je veux dire ? Donc en fait, par exemple, celui qui avait les moyens là, c'est quelqu'un qui venait d'un milieu populaire, d'une famille monoparentale et tout ça, et qui avait trouvé un super bon travail, et donc qui gagnait bien sa vie. Mais en fait, au petit à petit, quand je les découvrais, je ne suis pas sortie avec beaucoup de gens qui avaient les moyens. En fait, les moyens, tout dépend. Enfin, tu vois, c'est genre... Et qu'en fait, quand j'étais à l'université, il y avait un gars noble qui me draguait. Je ne sais plus s'il était baron ou comte, je ne sais même pas la différence. Mais il était à fond. Il était à fond et en fait, je pense que j'étais un peu sa roturière. Et du coup, il était tout le temps en train de me dire... En me disant, mais tu sais, il était vraiment... Je pense qu'il n'avait jamais rencontré quelqu'un issu des classes populaires. Pour lui, c'était genre incroyable. Oui,
- Speaker #1
je vois bien le truc. Et du coup,
- Speaker #0
il était à fond et il était tout le temps en train de me dire, mais tu sais, tu serais ma princesse. Il faut que tu viennes. Et en fait, j'avais vraiment la curiosité. Jamais, jamais, j'allais sortir avec lui. Mais par contre, je rigolais beaucoup de ça. Et j'avais envie d'aller voir quand même. parce qu'il avait un château et tout. Juste pour y aller, un jour, tu vois, être invitée. En fait, je ne me suis dit je vais pas supporter, c'est trop bizarre, mais j'avais vraiment envie d'aller voir le monde dont il me parlait. Parce que, en vrai, c'était pour moi comme un film, tu vois.
- Speaker #1
Le problème aussi des mecs comme ça, il y a le syndrome du sauveur, et il y a ce truc de, mais tu vas voir, je vais te faire découvrir autre chose, machin. Et je me suis retrouvée parfois un peu objectifiée à un moment, parce que j'étais l'espèce de vent de fraîcheur qu'il n'avait jamais connue. parce que j'ai la personnalité que j'ai aussi avec mon franc-parler et avec ma candeur. Et je me suis retrouvée d'ailleurs comme une sorte de trophée au sein d'une soirée de bourges. Je ne m'attendais pas du tout. J'étais un peu méprisée par les meufs qui disaient « Tiens, il a ramené sa pute de la semaine » . C'est très particulier ces endroits de conscience que je n'avais pas à ce moment-là. J'ai vécu les choses assez naïvement. J'ai pris conscience de beaucoup de choses plus tard, avec mon éveil féministe aussi. Mais voilà, je pense...
- Speaker #0
C'est un rapport de pouvoir, tout de suite. Complètement. C'est un rapport de pouvoir d'office.
- Speaker #1
Et puis comme j'étais, moi, dans une école de bourge, il y a un truc aussi d'idéalisation de ça. Et dans mes classeurs et tout, mes intercalaires, on faisait les intercalaires avec des feuilles de magazine, c'était des mecs issus de pubs de... de magasins pour hommes, je ne sais plus, Conways, je ne sais plus les noms, c'est des noms qui sont à Venue Louise aujourd'hui. Goody, Goody. Non, plus Riverwood, Riverwood, des trucs, enfin voilà, c'est très masculin, propre, etc. Après, moi je me rends compte aussi qu'il y avait déjà mes idéaux transmasculins, finalement, et pas nécessairement les mecs avec qui je voulais sortir, mais le mec qu'au fond de moi, je... vous voulez être. Donc ça, c'est encore une autre grille de lecture qui arrive au-dessus. Mais voilà, c'est vrai que en plus, quand t'es confronté au milieu bourgeois, ils ont, en tout cas à l'époque, il n'y avait pas du tout les codes aussi de care, de la différence. Je m'explique, par exemple, j'étais au mouvement de jeunesse, c'était assez bourge.
- Speaker #0
Le mouvement de jeunesse,
- Speaker #1
c'était les scouts. Les scouts, oui, voilà. Et donc, ce n'était pas mixte. Oui,
- Speaker #0
il y a les scouts garçons. Et puis, voilà. C'est différent ? Oui,
- Speaker #1
parce que moi, j'ai fait les lutins et puis les guides. Puis, j'étais chef lutin, chef guide et puis grand chef.
- Speaker #0
Oui, alors je dis pour les personnes qui écoutent en France, les scouts en Belgique, c'est plus open. C'est plus open. Parce qu'en France, c'est très... Je crois que c'est vraiment très religieux, catholique. Alors oui, mais moi,
- Speaker #1
j'étais dans des scouts assez catho quand même. Je veux dire, on allait à la messe, on priait, tout ça quand même. Je veux dire, il y a quand même de bonnes racines. C'est les guides catholiques de Belgique que ça s'appelle. Non, ce n'est pas tous comme ça, mais moi, j'étais dans ce milieu-là, et bourgeois. Et par exemple, dans les convocations, donc c'est... Parce qu'à l'époque, aujourd'hui c'est peut-être des messages, mais à l'époque c'était des papiers que tu recevais et que tout le monde reçoit le même, où on te dit voilà, tel samedi, la réunion elle est de telle heure à telle heure. Et en dessous tu avais le reminder de ceux qui n'ont pas payé. Donc au lieu de prévenir les gens personnellement, on disait vous n'avez pas encore payé vos cotisations. En fait tout le monde avait le nom de ceux qui n'avaient pas payé. Et comme pour ma maman c'était très compliqué de payer toutes les cotisations et à temps. on avait souvent notre nom qui était comme ça affiché pour tout le monde. Donc c'est ça, quand je dis qu'il y a les averséments aussi, t'es dans les codes où, ben voilà, je sais pas comment ça se passait, peut-être dans des milieux moins bourges, mais là, en l'occurrence, mon étiquette de pauvre, l'air de rien, je l'avais toujours. Même si tu veux essayer de faire genre, il y a toujours quelque chose qui vient te rappeler ta situation.
- Speaker #0
C'est ultra violent, ce truc de noter qui n'a pas payé dans le papier. Voilà,
- Speaker #1
et que tout le monde soit au courant.
- Speaker #0
Les violences symboliques hyper fortes. Ok, waouh. Donc, on a dit, donc toi directement, tu es rentré au conservatoire. Ça a été l'intégration, ça a été la sélection ?
- Speaker #1
Alors, moi, je m'étais préparé pendant l'été. C'était à l'époque où c'était encore des... Je suis entrée un an dans l'ancien système, donc c'était des professeurs qui avaient un peu tout pouvoir sur la classe et qui faisaient leur classe comme ça. Et donc je m'étais préparée pendant l'été et par défi, j'ai aussi passé l'examen d'entrée à l'INSAS, que j'ai raté. Et d'ailleurs, il paraît que c'est très compliqué, enfin, à l'époque, de le réussir à 18 ans, parce que moi, j'avais pas une... Ben du coup, une grande... culture diversifiée non plus. Ce que je préférais étaient des grands classiques. Moi, je pensais être pointu, mais je ne l'étais absolument pas, puisque je me souviens d'une question à l'examen d'entrée de coup de l'insas. Moi, mon livre préféré, c'était Hygiène de l'assassin, d'Amélie Nothomb, qui en fait, n'est pas du tout pointue. Casse-noisette de Tchaïkovski. et certaines chansons de grands classiques de Disney.
- Speaker #0
C'est pas des classiques ? C'est non classique ?
- Speaker #1
C'est mes classiques et j'ai appris plus tard qu'en fait, quand tu viens d'un milieu précaire, souvent en fait, tu connais les grands classiques que tout le monde connaît. Donc voilà, moi les morceaux de Mozart que j'adore finalement, c'est les morceaux qui sont les plus connus et utilisés pour faire des sonneries de téléphone.
- Speaker #0
Et c'est marrant parce que Aurianne, dans l'épisode précédent, disait... En fait, on me demandait c'est quoi mon auteur préféré. Et bien du coup, je disais Molière parce que c'est le seul que je connaissais. Donc c'était mon auteur préféré. Et après, quand j'ai été à l'école de théâtre, du coup, mon auteur, c'était Tchékov. Parce que c'était le seul que je connaissais. Et c'est hyper intéressant parce que sur le moment, on ne le conscientise pas. C'est une fois que tu prends ce rapport de l'illégitime qui n'est pas notre culture forcément à nous, à la base. et donc qu'on doit apprendre plus tard, rattraper, courir, se sentir légitime.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
En fait...
- Speaker #1
C'est vraiment quelque chose que j'ai ressenti, ça, au conservatoire.
- Speaker #0
C'est là.
- Speaker #1
Où je n'avais pas le bagage... Bon, je suis entré à 18 ans aussi, on n'était pas beaucoup entrés à cet âge-là, mais je n'avais pas ce bagage en théâtre et en cinéma, notamment parce que... Alors, petite anecdote, tout le monde parlait de Godard. Et moi, je ne savais pas qui c'était. Et pour moi, Godard, ça ressemblait à Godasse. Et la Godasse, c'est un magasin de chaussures qu'il y avait dans le centre-ville à Verviers. Et donc voilà à quoi me faisait penser Godard. Moi, mon film préféré, c'était Touche pas à ma fille avec Tony Danza. Enfin voilà, parce que je viens d'une famille où on était plusieurs enfants et plusieurs filles avec une maman. et où, ben... Même si elle, elle essayait parfois de nous faire découvrir ses films préférés. C'est drôle, ma mère, elle avait une culture gay, en fait. Mais elle, elle aime bien dire que c'est une culture gay de joie. Pas gay nécessairement, mais le magicien d'Oz dans ses films préférés, Olivia Newton-Jones. En fait, il y avait tous des repères qui, aujourd'hui, font partie de la culture gay. La mélodie du bonheur. Mais on aimait beaucoup, en fait, aller louer des cassettes vidéo et se faire une soirée où on mangeait ce qu'on dit des gougouilles, donc des trucs sucrés qu'on avait.
- Speaker #0
Des gougouilles.
- Speaker #1
Des gougouilles, c'était en fait, c'était tous des trucs sympas à manger, qu'on aime bien manger, mais qu'on n'a pas toujours le droit de manger parce que, parce que des crasses, ouais, et voilà, et donc on le wank à cette vidéo. Et donc, je n'avais pas une culture du cinéma pointue, mais c'était plutôt le cinéma qui nous fait ressentir des émotions ensemble. Après, voilà, moi, je m'y intéressais pas mal, mais c'était des classiques, je me décroquais des années. 80-90 et c'était... Je ne sais pas, Roméo et Juliette de Baz Luhrmann.
- Speaker #0
C'est déjà plus...
- Speaker #1
Willem Tink. Mais en fait, tu arrives avec ça au conservatoire. Non, ça ne fonctionne pas.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'ils regardent ? Je me pose souvent la question. Qu'est-ce qu'ils regardent ?
- Speaker #1
Ils regardent des trucs en noir et blanc avec des sous-titres.
- Speaker #0
C'est un cliché.
- Speaker #1
Je sais pas, mais moi, je sais qu'à l'époque, les gens disaient « Quoi ? Tu regardes pas en VO ? » Et t'es là « Mais en fait, à Verviers, ça veut rien dire, la VO. Au cinéma, les films, ils sont en VF. » Et t'as jamais entendu parler de la VO. Et puis, tu vois les films qui sont programmés au cinéma de Verviers. C'était le petit cinéma des Galerivos, là. Pareil pour le théâtre, en fait. Moi, c'est quoi, ta pièce ? Je crois que c'est... Ah, j'ai... J'ai peur de dire une connerie, mais c'était un truc sur le flamenco, parce qu'en fait, j'avais vu ça au Théâtre de Verviers avec l'école et j'avais trouvé ça incroyable. Mais je voyais que les pièces qu'on voyait, et qui passaient au Théâtre de Verviers, quoi. Donc, c'est sûr que l'arrivée, pour reprendre ta question, au conservatoire, je suis rentré du premier coup. Mais c'est drôle parce que je me suis senti très vite diminué, très vite pas à ma place. très vite, tu as de la chance d'être rentré, tu as de la chance que tu n'avais pas l'accent. Parce que de temps en temps, quand je laissais échapper un oufti, on me disait, oh, comme c'est mignon. Donc, il y a aussi un côté là qui est assez violent, en fait, de devoir cacher. J'ai dû cacher le fait que je venais de Verviers pendant une dizaine d'années, au moins, voire plus.
- Speaker #0
Pour ne pas subir de mépris de classe. Oui, et parce que, je pense,
- Speaker #1
franchement, ça fait plus, je dirais même 20 ans, en fait, parce que ça ne fait pas longtemps. que je l'ai rajouté dans mon CV que je venais de Verviers et que j'en ai fait une fierté d'être un baraki de Verviers en fait. Parce que pendant longtemps, oui, on m'a dit non, t'as fait tes études à Bruxelles, t'es à Bruxelles, dis que tu viens de Bruxelles, c'est mieux en fait sur un CV. Et tu te rends compte au fur et à mesure que tu dois cacher beaucoup de choses en fait. Et moi en plus, j'ai caché ma transidentité, mon autisme. Il y a beaucoup de choses enfouies, ce qui fait qu'au jour d'aujourd'hui, rien à foutre. Je sens que je fais attention à mon accent, mais de temps en temps, quand il revient , je le laisse sortir et ça me fait du bien, en fait. Parce que merde, je passais 40 ans de ma vie à me cacher, à me cacher à moi et aux autres, en fait. Et merde, pourquoi ? Pourquoi, finalement ? Parce que j'ai l'impression que depuis que je le dis tout haut, j'ai des opportunités qui s'ouvrent. Et tu te dis, ben merde, si j'avais su ça plus tôt. Après, c'est mon chemin de vie à moi. Et c'est ce qui fait que j'ai des choses à raconter aujourd'hui, que je peux écrire des livres et parler de ma vie. Voilà, parce qu'il y a eu tout ça aussi. Donc, je ne regrette rien. Mais je pense que le camouflage est un art qu'on apprend quand on n'a pas les codes pour s'en sortir vivant et dans cette société et trouver comment s'intégrer et comment être aimé.
- Speaker #0
Merci. C'est très touchant ce que tu dis. Et je pense que ça parle vraiment de ce mépris de classe qui est partout et souvent invisible. Et je pense que pour les gens qui ne le vivent pas, même pour les gens qui le vivent, parfois on ne se rend pas compte, on camoufle, on veut rentrer dans le moule, on ne veut pas se faire remarquer, on veut être intégré, on ne veut pas être moqué. Moi, j'ai fait semblant plein de fois que j'avais vu des choses dans le milieu. Ah oui, tu fais Tu connais ? Ouais, ouais. Et t'as aucune idée de qui c'est.
- Speaker #1
Ah oui, non, maintenant, c'est un truc, moi, je fais l'inverse. Dès que je comprends pas, je fais j'ai pas compris. Est-ce que tu peux m'expliquer ce que ça veut dire ?
- Speaker #0
Oui, mais je pense que c'est aussi... J'aurais peut-être dû le faire plus tôt, mais en vrai, déjà, l'époque a changé. Et ensuite, il faut avoir une sacrée maturité, un sacré recul pour se dire j'ai le droit d'être qui je suis. Tant pis si la société n'est pas favorable à qui je suis. J'ai quand même le droit d'exister. Je suis pas seule.
- Speaker #1
Et moi, je pense que je me suis confrontée à mes démons aussi. J'ai fait une... Belle dépression il y a quelques années, un gros burn-out. J'ai vraiment été dans le mur, j'ai eu beaucoup de mal à rester en vie. Et donc je pense que quand tu te retrouves comme ça, face à toi, et que tu décides vraiment de plonger dans ta merde, et de découvrir finalement qui tu es, mais aussi dans tes pires travers, ça permet de prendre... c'est une baffe d'humilité, de recul, et de pouvoir aussi... Aujourd'hui, je préfère... Oser dire non, je ne sais pas, ou oui, là, je suis nulle, je ne sais pas faire ça, ou que d'affirmer tout le temps, mais si, si, ça, je sais, ça, je sais, en fait, et je suis un endroit d'authenticité qui, moi, me fait du bien parce que c'est ce que j'aimerais voir, surtout dans le monde d'aujourd'hui.
- Speaker #0
De toute façon, c'est épuisant. C'est épuisant de faire comme ça. On est fatigué.
- Speaker #1
Qu'il dit dessus. Rendez-moi du sommeil.
- Speaker #0
Autorisez-nous à être qui on veut être. Vous ne voulez pas ? On va s'autoriser soi-même alors.
- Speaker #1
Voilà, mais du coup, on n'a pas les codes. Et moi, je pense que c'est ce qui fait que j'ai beaucoup de mes projets artistiques, je les ai faits seuls, envers et contre tous, parce que finalement, j'ai appris par ma maman la débrouille. Et comme je ne comprends pas comment il faut faire. Alors il y a les codes sociétaux, puis il y a les codes... Enfin voilà, moi je suis autiste TDAH, ça a un impact aussi pour comprendre simplement comment fonctionne la vie et les gens. Et je me rends compte que c'est un mélange melting pot de tout ça qui fait que, en fait, c'est OrelSan qui dit « Tu veux faire un film, t'as qu'à prendre un truc qui filme. » Ben c'est vrai, moi j'ai fait ça. Je voulais faire un film, je voulais te parler de quelque chose avec un regard à l'époque dit féminin. Parce que j'en avais marre de tourner des trucs pour des hommes et où je me disais mais c'est pas possible cette vision qu'ils ont des femmes et de la sexualité etc. Et donc c'est comme ça par exemple que j'ai fait mon film en disant non, moi je veux avoir mon regard, je veux avoir un regard de... A l'époque c'était d'une meuf de 26 ans qui découvre le célibat et qu'est-ce que ça veut dire en fait ? En fait moi j'ai parlé des VSS avant MeToo sans savoir que je parlais de ça. Mais c'est comment aussi tu reconquières les bordures de ta vie avec ton vécu et pas les codes qu'on t'a imposés, les injonctions dont on t'a bourré le crâne et le corps en fait. Et je crois que je suis assez fière des œuvres que j'ai faites, même si d'une certaine façon de ne pas avoir suivi les codes et de ne pas avoir fait des demandes pour être produit, tchic-tchac, etc. Fait qu'une fois que ça sort, tu passe un peu sous les radars aussi, il faut batailler. Et ça, je le vois bien. Je le subis de nouveau aujourd'hui parce que là, après des années sans théâtre, avec mon seul en scène, je veux m'y replonger. De nouveau, je ne suis pas les codes. On m'offre une scène où on me dit, en fait, là, on ne veut pas que tu chantes, on veut que tu fasses du texte. J'avais mon livre en route et je fais, ah, vas-y, je vais en faire un extrait pour voir. Il s'avère que le jour même, il y a 200 personnes, 250 personnes dans la salle et ces personnes, à la fin, se lèvent en applaudissant et restent debout pendant cinq minutes. Tu te dis, on tient un truc. Et donc là, moi, je suis pas passé par la temporalité longue des dossiers, etc. Non, en fait, j'ai fait et puis on me propose une autre date. Tu continues et puis alors là, tu comprends pas après comme t'arrives pas à être programmé. Tu dis, ouais, mais en fait, c'est parce que t'as pas... de prod derrière, t'as pas de truc, mais en fait, je t'emmerde, j'ai un spectacle et il est bon. Et les gens se lèvent, en fait, à chaque fois que je le fais, qu'il y ait 200 ou 50 personnes, les gens sont debout, les gens pleurent, les gens applaudissent, les gens me disent merci. Donc il a une valeur, ce spectacle. Et c'est la même chose, finalement, de te dire, même sans les artifices, sans les vêtements de marque, sans du fric dans les poches, j'ai une valeur, en fait. Et c'est ça, je pense que le transfuge de classe, finalement, c'est de pouvoir Être capable de se rappeler que j'ai une valeur. Et je n'ai pas besoin d'être pété de thunes pour en avoir une. Et je pense que je me convainc moi-même en disant ces mots-là. C'est des mots que je n'ai jamais dit tout haut. Mais je pense que c'est... J'en ai un peu les larmes aux yeux. Mais je pense que c'est ça le fond du truc. C'est que j'ai passé ma vie à me dire que je n'avais pas de valeur parce que je n'avais pas de thunes. Ben fuck it en fait.
- Speaker #0
J'ai trop envie de voir ton spectacle. ça te met en colère tout ça c'est normal ça oui il y a une part de colère tellement une grosse part d'injustice c'est ça tu sais le podcast je le fais aussi pour ça c'est pour rencontrer tellement d'artistes de grande valeur qui n'ont pas les codes qui n'ont pas les réseaux qui n'ont pas les capitaux et dont le travail n'est pas vu ou n'est pas programmé et ça fait partie il y a le mien mais il y a les autres aussi et ça fait partie de ma prise de conscience et de me dire « Waouh, mais cette amie-là que j'ai, ce qu'elle fait en termes d'écriture de chansons, ce qu'elle donne sur scène, c'est tellement unique. » Et les gens sont médusés et tout. Mais en fait, elle ne peut pas jouer le jeu. Elle n'arrive pas à aller lécher les bottes de tout le monde, remplir des dossiers à l'infini, raconter n'importe quoi, faire des trucs par l'IA.
- Speaker #1
C'est aussi extrêmement validiste, toutes ces demandes-là.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
L'air de rien.
- Speaker #0
Mais il y a un côté où... Pour moi, les gens doivent comprendre que ce n'est pas la valeur qui fait la programmation, qui fait la subvention, qui fait la visibilité, qui fait même le succès. Parce que la vérité, c'est qu'il y a énormément d'objets culturels que moi j'ai vus, qui sont magnifiques et qui jamais ne sont programmés, ne seront vus. Alors que, désolé les amis, je vais de temps en temps au théâtre quand même, et toutes les dernières fois où j'y suis allée, c'était catastrophique. Et ces gens-là sont programmés, sont payés, leurs productions sont payées. Ils créent pendant des semaines, des mois. Tous les jours, ils sont payés. Ils vont jouer pendant 20 fois, ils sont payés. Je ne dis pas que ça ne doit pas exister. Je dis juste que vraiment, les gens doivent se rendre compte que ce n'est pas une question de valeur, c'est beaucoup une question de réseau, de code et d'argent.
- Speaker #1
N'oublions pas le pays dans lequel nous sommes actuellement, les messages du gouvernement aussi, ce besoin de faire de la thune. On oublie en fait que le cœur vient de l'art. Le cœur vient des tripes. L'art vient des tripes.
- Speaker #0
J'adore, j'adore. Tu as inversé, j'étais là. Oh, est-ce que c'est ça ou est-ce que c'est une inversion ?
- Speaker #1
Et en fait, on oublie que l'art, il est politique. L'art, il est pour bousculer, il est pour ébranler. Moi, quand j'allais au cinéma, quand j'étais plus jeune, je me souviens qu'en fait, et je parlais de ces fameux 20 euros, ils m'ont parfois servi à acheter un album de musique parce qu'en fait, je sortais du cinéma d'avoir vu un film qui m'avait transportée et je me suis dit, je veux vivre. Dans ces émotions pendant un mois, j'allais au Mediamarkt acheter l'album et je le tournais en boucle pendant un mois et je revivais ça. Et ça, ça me nourrissait en fait. Et on a besoin de... Il faut qu'on nourrisse notre âme, notre épiderme en fait, ce qui nous fait dresser les poils. L'authenticité, je le redis, mais elle doit être au cœur. C'est la poésie qui va changer le monde aujourd'hui. C'est pas le capitalisme. C'est pas à posséder plein de trucs, il faut oublier ça. Et je pense que tant qu'on sera dirigé par le profit, comment on peut faire les bons choix ?
- Speaker #0
Comment on peut choisir vraiment ce qui... Là, on ne cherche pas ce qui va plaire. Déjà, on décide ce qui va te plaire, mais on cherche ce qui va vendre. Et on abrutit les masses, en fait, en tournant en boucle les mêmes notes, les mêmes trucs, en disant, tu vas kiffer, tu vas kiffer. Puis tu vois des gens dont les carrières décollent et tu te dis, mais il y avait quoi au début ? Il y avait une belle gueule et il y avait des thunes. Mais c'est tout. Et on en a créé quelque chose. Alors oui, au fur et à mesure, j'imagine qu'avec... tout cet argent investi, la personne, elle s'est améliorée.
- Speaker #1
Finalement.
- Speaker #0
Finalement. Et souvent, on dit que le talent n'est rien, que c'est le travail, tu vois. Mais il y a un endroit qui est très frustrant quand tu démarres avec, justement, tu sais, quand j'ai démarré dans la musique, j'avais déjà 35 ans. J'étais déjà mort, en fait. J'étais déjà trop vieux. Lily Allen, à 30 ans, lui a dit, t'es mort, tu feras plus carrière, t'es trop vieille. Moi, je commence à 35 ans, laisse tomber, j'ai pas les codes. J'étais une meuf. pas bonne, qui en plus devient trans. Donc t'imagines, laisse tomber en fait. Qu'est-ce que tu veux que je sois ? Je suis un vieux trans maintenant de 40 ans. Qu'est-ce que tu veux que je... Je suis pas vendable, je suis pas fuckable, je suis pas instagramable mais pourtant je peux bouleverser ton âme en partageant ma poésie. J'ai pas quoi dire de plus.
- Speaker #1
Franchement, je sens pas qu'il y a grand chose à dire de plus. Je pense que c'est des mots tellement forts et qui vont résonner avec tellement de gens.
- Speaker #0
qui se sentent seules ou qui n'ont pas encore ta force tu as beaucoup de force je l'ai construite ma force tu es un être fragile et si je suis toujours en vie aujourd'hui c'est justement parce que ma force c'est ma fragilité en fait et je pense que c'est un peu mon mantra écrire tout haut ce qu'on vit tout bas et c'est drôle parce qu'au fur et à mesure il y a des gens qui m'envoient ce message en disant c'est dingue t'as écrit ce que je ressens à l'intérieur tu dis ce que je pense au fin fond de mon ventre Et c'est drôle parce que c'est un peu une mission de vie, mais qui s'impose à moi parce qu'au fur et à mesure, j'ai été confrontée à tellement d'injustices sociales, personnelles et autres que finalement, je n'ai pas d'autre moyen que de le crier. En fait, je n'ai pas d'autre moyen que ça. Et l'écriture, l'écriture, c'est gratuit. Ça ne demande rien. Ça ne demande pas de subsides. À un moment donné, par contre, il faut que je bouffe. Donc, c'est sûr que de temps en temps, j'envoie un dossier qui n'est pas pris. Parce qu'évidemment, je ne suis pas assez consensuelle. C'est le dernier mail que j'ai reçu. On m'a dit, vous ne faites pas... Il y en a qui font plus consensus que vous.
- Speaker #1
Ah bah si vous faites consensus pour être artiste, c'est nouveau ça.
- Speaker #0
Voilà, mais ça m'est souvent arrivé. À l'époque, dans la musique, quand j'avais parfois demandé des retours, on me disait, mais tu sais, en fait, tu divises. C'est-à-dire que les gens te kiffent, mais grave, ou te détestent. Ou genre, n'en ont rien à foutre. Là où d'autres, c'est un peu plus tiède. Et du coup, c'est eux qui passent. Et j'ai rencontré une fois une artiste, entre guillemets, tiède, où elle dit, ben tu vois, moi, je fais consensus. Et je passe à chaque fois, mais je ne gagne jamais. Parce que justement, après, on veut quelque chose de plus tranché. On me dit que ce n'est pas assez tranché. Donc, à un moment donné, il faut revoir vos codes, quoi. Parce que ces grilles de sélection, elles reposent sur quoi ?
- Speaker #1
Sur un regard sur le monde de personnes privilégiées, je pense.
- Speaker #0
Alors, oui. On mélange le privilège avec le masculin, avec la blanchité, avec tout un tas de... Un cadre en tout cas qui font que les personnes minorisées sont d'office exclues. Ou alors on va en prendre un pour dire regarde.
- Speaker #1
C'est ça, l'alibi.
- Speaker #0
Il y en a un quand même. Mais non, je pense que le regard qui juge dit beaucoup de la société dans laquelle on vit.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des gens dans ton parcours qui t'ont aidé, ouvert des portes ? une personne, et que ce soit une personne dans la famille, que ce soit des gens du métier.
- Speaker #0
Alors je me souviens de... M. Jamotton, c'était mon professeur de français, qui lui, croyait énormément en mon écriture. Là, c'est vraiment quelqu'un qui... C'est drôle parce que j'ai fait une émission pour une télé locale, et on était allés voir la maison de mon enfance et mon école, et comme par hasard, M. Jamoton était là. et j'étais là vous vous souvenez peut-être pas de moi si si je me souviens de vous et tout et puis je porte pas le même prénom de quand j'étais enfant et tout mais c'était assez voilà magique c'est vraiment une personne qui qui m'a fait croire en tout cas en ma force d'artiste en ce coeur d'artiste que j'avais à l'intérieur et qui brûlait et qui brûle depuis que je suis tout petit un artiste c'est pas un truc qui s'invente tu nais comme ça Mon identité, je suis poète avant d'être trans ou ce que tu veux, en fait. En fait, c'est quand tu ne sais pas faire autre chose que ça, que créer. Ça déborde de toi. Ce n'est pas, je vais tenter pour voir si ça me plaît. Non, je n'ai pas le choix, en fait. J'ai besoin de le faire. Là, je remonte sur scène samedi. J'ai hâte, en fait. C'est comme si on me disait, tu vas avoir un verre d'eau alors que ça fait une semaine que tu es dans le désert, quoi.
- Speaker #1
Alors là, je vais... I would agree to disagree with you.
- Speaker #0
OK. D'accord.
- Speaker #1
Parce que moi je... Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Et je pense que dans ton cas, c'est une évidence. Comme tu dis, c'est un besoin. Oui, je parle de mon vécu. Mais moi, c'est un discours dont je me méfie en général. Parce que j'entends beaucoup de gens ultra privilégiés qui font des interviews dans les médias où ils expliquent que je ne pourrais rien faire d'autre. Et du coup, ça construit le mythe du génie. limite de l'artiste. En fait, si quand tu avais 5 ans, tu ne savais pas faire du violon ou tu ne savais pas que tu voulais devenir chanteur ou j'en sais rien, c'est que tu n'es pas artiste, ce qui est faux.
- Speaker #0
Non, c'est vrai.
- Speaker #1
Parce que tu n'as pas accès à la connaissance de pratique. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Je pense que c'est simplement que c'est quelque chose qui déborde. Et alors, c'est pas vrai que je n'ai pas fait autre chose, je l'ai fait. J'ai eu plein de métiers différents parce que je n'ai pas eu le choix aussi. Donc souvent, ceux qui disent ça, il faut voir dans quelle famille ils ont grandi.
- Speaker #1
Mais ils n'ont rien fait d'autre parce qu'ils n'ont pas eu besoin de faire autre chose.
- Speaker #0
Donc voilà, j'ai fait d'autres choses pour me rendre compte que c'était ça, mais je pense que c'est parce qu'il y a ce truc. Et d'ailleurs, mon premier livre, c'est mon journal intime. Et il commence en 91. Parce qu'en fait, tu me demandais dans la première question, finalement, c'était dans quoi j'ai grandi. Et en fait, dès que j'ai su écrire, ma maman m'a dit, tu écrivais tes émotions, en fait, tout le temps. Tout ce qui te traversait, en fait. tu le déposais dans des carnets et autres, donc c'est quelque chose, c'est pour ça que c'est ce feu-là que je ne peux pas inventer. Mais je l'ai fui, par contre. Parce que même dans mes écrits, je me disais, est-ce qu'on est vraiment obligé de faire ce pourquoi on est destiné ? Enfin, je veux dire, ce qui est inné, parce qu'en soi, il m'a fallu 40 ans pour arriver à la poésie, à proprement parler, pour sortir mon premier livre. Finalement, j'ai su passer par d'autres choses qui n'étaient pourtant pas innées pour moi. Donc j'adorais être sur scène, mais jouer la comédie ou jouer d'un instrument, mon album, c'est moi qui ai composé la musique, je l'ai fait, je n'ai rien compris. Pour le moment, je ne sais pas comment le refaire, simplement parce qu'en fait, c'est un truc qui m'a traversé un moment, mais je ne sais pas jouer d'un instrument, je ne comprends pas les codes des trucs. Et donc, ça veut aussi dire qu'en fait, c'est possible, c'est possible sans que tu saches, donc c'est accessible. Je pense juste que c'est le feu qui brûle.
- Speaker #1
Le feu qui brûle, mais il y a l'autorisation aussi. Il y a des choses très concrètes.
- Speaker #0
Et il peut mettre aussi des années avant d'autoriser ce feu à brûler.
- Speaker #1
Déjà, pour moi, ça me touche particulièrement cette question parce que justement, je fais une conférence gesticulée sur le sujet où j'explique à quel point le fait de venir de là où je viens. Donc, mon papa était mécanicien, ma mère coiffeuse. Le seul accès culturel, c'était la télé, la radio. Et donc, j'ai mis beaucoup d'années à découvrir. des pratiques culturelles autres que la radio et la télé. Et en fait, quand j'avais 15 ans, mon directeur a dit à ma mère qu'il faut absolument qu'elle fasse du théâtre en option. Donc elle continue, elle travaille bien à l'école, elle a un bon travail et tout. Mais faites-lui faire du théâtre, absolument. Ma mère et moi, on a fait genre quoi ? Et donc je ne l'ai pas fait.
- Speaker #0
Oui, je vois très bien.
- Speaker #1
Moi, j'ai une série de malentendus comme ça qui font que moi, j'ai l'impression que je suis née pour ça, que c'est mon feu, je ne peux pas faire autrement et jusqu'à aujourd'hui, j'ai un parcours très bizarre où je finis par faire ça. Enfin, essayer, parce que c'est la galère. Mais c'est arrivé très tard. C'est arrivé très très tard, mais pas parce que je pense que je ne suis pas une artiste et que je me raconte une histoire. Parce qu'en fait, mes conditions de vie, sociales et culturelles et financières à l'époque, faisaient que je n'avais pas accès à ce rêve dans ma tête. Je ne pouvais même pas y rêver. Et là,
- Speaker #0
je te rejoins. Il faut se l'autoriser, mais avant de se l'autoriser, il faut savoir que c'est possible. Quand j'ai lancé mon blog poétique sur Facebook, qui s'appelait Biche de Ville, c'était en 2016, et que je partageais une fois par semaine une vidéo poétique, donc de ma bouche, qui disait ma poésie, pour que la poésie soit accessible, tu pouvais l'écouter, la regarder ou la lire. Et je me souviens à l'époque où on me disait, tiens, pourquoi tu ne te fais pas éditer, etc. En fait, je n'avais pas compris ce que ça voulait dire. se faire éditer. J'avais pas compris que c'était quelque chose de possible. Et je me souviens quand j'ai parlé à Lisette de la proposition de mon éditeur, donc Lisette Lombé, notre poétesse nationale. Je lui ai parlé de la proposition de mon éditeur de sortir un livre. Elle m'a dit « Réécoute les messages que je t'ai envoyés il y a des années. Parce que moi, je te vois là depuis des années. Je te vois être édité là depuis des années. » Mais c'est quelque chose que j'avais pas perçu, j'avais pas compris. J'avais pas compris que moi, j'y avais droit. Donc finalement, cette poésie, elle brûle depuis tout petit. Je le fais, j'écris, mais à aucun moment je me dis que ça peut être mon métier. Je parle d'identité, je ne parle pas de métier. Parce que je ne me dis jamais qu'un jour je pourrais gagner ma vie. Je me dis que je pourrais changer le monde avec, mais pas que je pourrais gagner ma vie. Et finalement, aujourd'hui, c'est quand même chaud de gagner sa vie avec sa poésie. Mais l'air de rien, d'une certaine façon, pour le moment, je m'en sors, j'y arrive. C'est pas juste s'autoriser, c'est comprendre que t'as le droit, c'est comprendre comment ça se passe, que ça existe.
- Speaker #1
C'est comprendre que t'as de la valeur, que t'as le droit.
- Speaker #0
Que ton art a de la valeur. Oui,
- Speaker #1
aussi, après.
- Speaker #0
Donc voilà, c'est drôle parce que moi je débarque à 40 ans, prêt comme jamais en fait. Je suis plus prêt que tous ceux qui sont derrière moi, qui sont plus jeunes et tout. Tu fais mes légères, moi j'ai la dalle et je suis prêt depuis toujours. C'est juste que je savais pas comment on faisait. Et voilà, je me retrouve déjà relégué vieux. Tu dis non, je suis jeune, je suis émergent. Je suis un artiste émergent. Je viens d'arriver, les gars. Donnez-moi la place.
- Speaker #1
Comment être émergent quand on a dépassé les 40 ans ? Ça pourrait être le titre du podcast. Voilà.
- Speaker #0
Artiste émergent de 40 ans. De plus de 40 ans.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a... On arrive vers la fin tout doucement. Et il y a encore deux choses que je veux demander. Est-ce que tu veux nous parler de ton actualité maintenant ? Des choses qu'on peut lire ? Écoutez, voix.
- Speaker #0
Alors, je vous inviterai à lire Biche Boy, qui est donc mon premier livre. Journal intimement poétique. C'est le vrai journal intime, le mien, depuis 1991. Les textes n'ont pas été réécrits. Il y a juste des coupures. Parce qu'on ne pouvait pas, pour un premier livre, on ne pouvait pas sortir la trilogie du Seigneur des Anneaux. Donc je vous inviterai à le lire et si vous le lisez, à me faire votre retour. Je trouve ça super riche d'avoir les critiques des lecteurices. Et puis, mon album, il est toujours disponible, Kevin. Et je pense que malheureusement, les chansons engagées qu'il contient sont toujours terriblement d'actualité. Je pense à Ma Terre à Mal, qui résonne pas mal avec Aujourd'hui. Mais je pense aussi à Rides, qui est une ode aux Rides. ou encore à Chéri fais-moi mal qui dénonce les VSS mon sexe ma bataille qui parle de consentement ouais, écoutez donc c'est drôle parce que quand t'arrives pas à percer moi j'ai fait un burn-out donc c'est venu un peu me faucher en plein vol du coup tu renie un peu ce que t'as fait comme ça Après mon film « Veux-moi » , il est uniquement disponible en ligne sur une plateforme de porno lesbien de San Francisco.
- Speaker #1
C'est très niche.
- Speaker #0
Voilà, j'adore parce que je le définissais ni comme porno ni comme lesbien, mais il est là et je trouve ça un honneur. Il s'appelle « Veux-moi » .
- Speaker #1
« Veux-moi » .
- Speaker #0
« Je veux que tu me veuilles » . Voilà, et puis bon là, spoiler, j'écris mon second bouquin. Enfin, il s'est écrit un peu tout seul pendant un an et puis là, j'essaye de lui donner une forme chouette. Et la dernière nouvelle, c'est qu'ici, je fais de mon livre une œuvre d'art. Donc après avoir été dans le milieu du cinéma, de la musique, du théâtre, de l'édition, sans comprendre les codes d'aucun, me voilà dans le milieu des arts plastiques puisque je vais exposer, je fais de Beach Boy une œuvre d'art. pour une exposition qui s'appelle I am here, je suis là, à l'espace Vandenborg, je crois, dans le centre-ville.
- Speaker #1
Vandenborre, comme le magasin ?
- Speaker #0
Vandenborg, ou un truc comme ça. Je ne sais pas, je ne me tiens pas bien. Je suis très nul sur les noms. On peut trouver l'info. On peut trouver l'info sur mes réseaux. Tes réseaux,
- Speaker #1
c'est quoi ?
- Speaker #0
Alors, mes réseaux, c'est à Bo Rainotte. Bo Reinotte sur Instagram. B-O. R-A-I-N-O-T-T-E et là il y a les infos il y a le linktree si jamais qui reprend tout le linktree qui est au nom de Biche de Ville mais tu tapes Bo Rainotte tu me retrouves je suis sur Instagram TikTok et Enzo Wurt mais là où je suis le plus à l'aise c'est Instagram et je fais énormément de contenu aussi pour justement faire du bien en partageant ce que je vis au quotidien en tant que personne trans, en tant que personne neuroatypique Merci. dans cette société qui n'est pas tout à fait prête pour les personnes comme moi. Donc voilà, je suis assez fière de faire cette expo, je ne m'y attendais pas. Je me retrouve avec des nouveaux codes à comprendre. Donc on verra bien où ça me mène. Et puis je suis à la foire du livre, je dédicace mon livre ici fin mars.
- Speaker #1
Je ne sais pas quand va sortir l'épisode, mais en tout cas, ton livre, il va être disponible.
- Speaker #0
Mon livre est disponible, on peut l'acheter partout. Et ça fait pratiquement un an qu'il est coup de cœur à la FNAC, à Bruxelles. Ce qui est assez incroyable. Je ne m'attendais pas à ça. Même si je suis pour les librairies indépendantes. Mais là aussi, ça, c'est un truc. Quand tu viens d'une petite ville, la fierté, c'est de passer à la télé ou d'être à la FNAC.
- Speaker #1
Je suis d'accord.
- Speaker #0
Voilà, et c'est drôle parce que... Plus t'es conscient, plus t'es... J'ai eu peur, en fait, au début, de le dire. Je n'osais pas dire ça parce que je me suis dit non, je soutiens les librairies indépendantes. Et puis en fait, tu dis, mais merde, le petit Baraki de Verviers, il est fier de dire que son livre, il a un tête de gondole à la FNAC. Voilà. Et j'espère bientôt... Enfin, il est en France et j'espère bientôt traverser l'océan.
- Speaker #1
Je le souhaite. Et le seul en scène ?
- Speaker #0
Ah ben non, il n'est pas.
- Speaker #1
Il s'appelle comment ?
- Speaker #0
Il s'appelle Biche Boy aussi. Il s'appelle Biche Boy aussi. Et pour le moment, j'accompagne... Là, bientôt, j'aurai justement une performance pour accompagner d'autres autoristes. C'est une autrice qui sort son premier livre où je fais des extraits, en fait. Dès que j'ai une date, je fais un extrait du spectacle. C'est un spectacle aussi qui s'adapte à n'importe quelle durée, lieu, etc. Il y a le seul en scène pompeux avec des lumières, tout ce que tu veux, mais sinon, la plupart du temps, c'est juste moi et mon bouquin debout face à des personnes assises et qui racontent son histoire.
- Speaker #1
Et qui fait vibrer.
- Speaker #0
Et qui fait vibrer et qui fait du bien.
- Speaker #1
Waouh. Écoute, donc tous les programmateurices qui écoutent, je suis sûre que vous êtes très nombreux et nombreuses. N'hésitez pas à contacter Bo pour programmer le seul en scène.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Dernière question. Qu'est-ce que tu dirais à toi, plus jeune ? par rapport à cette identité d'artiste et où tu vas aller ?
- Speaker #0
J'ai envie de chialer. J'ai envie de lui dire tu te sens bizarre et pourtant c'est tellement normal et continue en fait. Fais-toi confiance. Je sais que tu pleures beaucoup. Je sais que tu t'écris beaucoup mais en fait ça tu ne te rends pas compte que... C'est déjà les graines qui te permettront de, comme tu le voulais dans tes rêves, un jour changer le monde.
- Speaker #1
Merci
- Speaker #0
Beau. Merci toi. Je crois que c'est un des plus beaux podcasts que j'ai fait.
- Speaker #1
C'est un épisode super fort. C'était Transclassos avec Bo Rainotte. Un épisode qui m'a particulièrement touchée. Beaucoup de profondeur dans les mots, beaucoup de force et en même temps de fragilité. J'espère qu'on va pouvoir découvrir Beau partout et tout le temps. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à nous mettre des étoiles, des cœurs et à partager ce podcast. À bientôt. .............. Ciao.
- Speaker #0
Au revoir. Au revoir.