- Stéphanie
Bonjour, c'est Stéphanie. Bienvenue sur le podcast « Tu joues ou quoi ? » dédié à l'univers du jeu de société. Suivez-moi, je vous emmène dans les coulisses à la rencontre des acteurs de ce monde très créatif. Cette semaine, je reçois à mon micro Charles Chevalier, auteur depuis une quinzaine d'années. De Intrigo, son premier jeu édité en 2010, à Légion, sorti en fin d'année dernière, en passant par Looot ou encore Abyss, il possède une cinquantaine de jeux et d'extensions à son compteur. des jeux qu'il a imaginés seul ou avec d'autres auteurs comme Bruno Cathala, Laurent Escoffier ou encore Johannes Goupy. Bien qu'il ait connu plusieurs succès ludiques, Charles continue d'exercer son métier d'architecte, tout en continuant à créer des jeux sur son temps personnel. J'ai eu le plaisir de le rencontrer lors du Festival des aventuriers du jeu à Gonfreville-Lorchers, fin janvier. Alors j'ai le plaisir d'être avec Charles Chevalier sur le Festival du jeu de Gonfreville l'Orcher, nous sommes en Normandie. Merci Charles d'accepter mon invitation sur le podcast.
- Charles
Merci à toi, Stéphanie, pour cette invitation.
- Stéphanie
Et puis bienvenue. C'est une première rencontre. C'est vrai qu'on rencontre pas mal de monde sur les festivals. Ça fait quand même pas mal d'années que je tourne personnellement un peu sur les festivals. Je n'ai pas encore eu l'occasion de te rencontrer, donc ça fait vraiment plaisir. Voilà. J'ai forcément plein de questions à te poser parce que tu as un parcours assez riche. On peut dire ça comme ça. Simplement démarrer par comment toi, tu es arrivé dans le milieu ludique. Est-ce que d'abord, tu étais un joueur, peut-être, tout simplement ?
- Charles
Alors, oui. En fait, j'ai... Moi, j'ai un parcours peut-être assez atypique, mais quand j'étais gamin, forcément, je jouais beaucoup, mais pas assez à mon goût parce que j'avais deux grandes sœurs qui jouaient de temps en temps avec le petit frère, mais sans plus de... Et donc, ce qui fait qu'à un moment, j'ai commencé à créer des jeux déjà à l'âge de 7 ans.
- Stéphanie
D'accord.
- Charles
Donc, ça allait d'un flipper avec des élastiques à des jeux de cartes, des clones de choses que je voyais dans le commerce ou à la télé. Et ça jusqu'à l'âge de 17-18 ans. Je me suis intéressé à la revue jeux et stratégie à l'époque, qui était une mine d'or. J'ai découvert Boulogne, donc je n'avais pas osé quand j'étais gamin participer. Et puis voilà, on arrive à 18 ans, et puis là, il faut étudier, il faut aller à l'université, etc. Ça devient très compliqué. Puis après, le mariage, les enfants. Et donc le jeu passe clairement en second plan. Et donc moi, j'étais resté à des jeux comme... risques, diplomatie, enfin des jeux on va dire américains. Il y a eu quand même une parenthèse jeu de rôle assez forte. Parce que j'ai découvert Call of Toulouse quasiment, enfin personne autour de moi. J'ai eu l'occasion d'aller aux Etats-Unis et je suis revenu avec une boîte de Call of Toulouse qui n'existait même pas en France. Et donc le jeu narratif, on va dire jeu de rôle narratif, ça a été vraiment pour moi une découverte. Ça m'a ouvert à plein de choses, notamment les labiroles de Gizérix dans Jeux de Stratégie qui étaient des plans. Donc je me suis mis à dessiner des plans. à raconter des histoires. Et on va voir que derrière, ça va m'amener à mon métier. Ça va m'amener à beaucoup de choses. Ça m'a ouvert à beaucoup de choses.
- Stéphanie
Justement, ton métier, il est créatif aussi. Tu es architecte. Oui,
- Charles
je suis architecte. Ça prend beaucoup de temps. C'est très prenant. C'est artistique. C'est super. Mais c'est vrai que c'est toujours très sérieux. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'on fait un trait, ça coûte des milliers d'euros. On a des gens qui se mettent autour de la table, qui disent « On ne peut pas le faire comme ça. » Tout le monde donne son avis. Et donc, c'est vrai que j'ai eu besoin à un moment d'avoir quelque chose peut-être de moins grave. Donc, pour de faux, c'est la définition du jeu. Et donc, en fait, j'ai toujours l'habitude de dire que je fais des grosses boîtes, des immeubles et des petites boîtes, des jeux. Mais finalement, c'est le même métier, c'est à dire qu'on va créer un espace dans lequel on va pouvoir se rencontrer, vivre, habiter. Alors évidemment, dans les jeux, on habite pendant 45 minutes, une heure, une heure et demie. Et dans les immeubles, on habite plus longtemps. Ça coûte aussi beaucoup plus cher.
- Stéphanie
Oui, bien sûr.
- Charles
Effectivement, c'est le même type de projet. Il y a des passerelles.
- Stéphanie
Il y a des passerelles. En plus, j'imagine sur peut-être la façon de travailler un projet. J'imagine. Bien sûr.
- Charles
En fait, pour moi, ça a été très facile. C'est-à-dire que j'ai l'habitude de projeter des choses qui n'existent pas. Et donc, le fait d'inventer un jeu, de créer un jeu, les gens disent « Mais comment tu fais ? » En fait, ce n'est pas très différent de ce que je fais habituellement. Et à l'époque, il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup d'architectes qui faisaient des jeux. Dans les auteurs, il y a 30-40 ans, il y avait beaucoup d'architectes dans la profession.
- Stéphanie
Je crois d'ailleurs que Jules Messot, c'est sa formation aussi. Si j'ai bonne mémoire, parce que j'avais interviewé pour le podcast aussi, et il me semble qu'il a ce cursus-là. Oui,
- Charles
oui, ce n'est pas étonnant.
- Stéphanie
Oui, c'est même sûr, parce qu'on avait parlé de comment il avait construit l'Acropolis, etc. Alors justement, comment tu es venu à te dire, vraiment, je me lance dans la création ludique ? Alors tu viens de le dire un petit peu, mais pour que ça se concrétise.
- Charles
Du coup, j'avais tous ces prototypes faits jusqu'à l'adolescence, qui traînaient dans un carton. Donc de temps en temps, le carton, je l'ouvrais pour un déménagement, etc. Ah oui, c'est ça, bon. Et un jour, c'est l'arrivée d'Internet qui fait que je me dis, mais tiens, finalement, ce concours de Boulogne-Biancourt, est-ce que ça existe encore ? Merci. J'avais ça dans un coin de ma tête. Et donc, je vais chercher sur Internet. Et avec Internet, je tombe sur TrickFact, sur la proto-zone. Et sur la proto-zone, je découvre... Il y a d'autres gens comme moi qui créent des jeux, donc je tombe un peu des nues parce que moi, je pensais que c'était quelque chose de réservé à une forme d'élite. C'est marrant, ça fait partie d'une idée un peu. Oui, bien sûr, mais pour moi, c'était l'édition, c'était un truc réservé à des gens. Et donc, je tombe déjà sur cette proto-zone. J'envoie un premier prototype qui était Cappuccino, je crois, enfin ce qui est devenu Cappuccino. Et on me dit, oui, mais bon, c'est bien votre jeu, mais ça ressemble vachement à un jeu du G-Project. Et je revenais dans le monde du jeu. Donc, je n'avais aucune culture dans les dernières années. Donc je vais voir le Gipre-Lex, je dis mais pas du tout, le mien est beaucoup plus simple, etc. Et je poste sur TrickTrack, Melan qui est ma ville où j'habite, en disant « désert ludique ? » . Et le premier à répondre, c'est Pascal Peulemans, qui me dit « j'habite de l'autre côté, à Vauréal, j'habite de l'autre côté de la colline, passe la colline » . Moi j'avais à l'époque 40 et quelques années, donc j'étais déjà pas le jeuneau. Donc je lui dis « mais tu sais, j'ai pas 18 ans, enfin voilà, j'avais pas du tout… » Et il me dit, j'ai trois ans de plus que toi, ramène des bières. Et ils m'ont fait redécouvrir avec Catherine Peuleman, son épouse, Catherine Dumas, en fait. Je ne sais pas s'ils sont variés, d'ailleurs. À l'époque, il n'était pas. Et ils me font découvrir. Là, je tombe, premier jeu auquel je joue, Talouva. Et là, je prends une claque phénoménale parce qu'il y avait de la construction. Donc, il y avait tout ce qui me plaisait. Le jeu est merveilleux. Il est beau. Il est vraiment malin. On s'écrase soi-même ses propres paillotes pour pouvoir reconstruire un autre temple, un autre truc. Enfin bon, waouh. Et donc ils vont m'introduire à Talouva, à Java, à Tikal, à tous les jeux de Kramer qui se lignent. Et là, moi, je prends vraiment une claque. Donc je prends en gros la plupart des protos que j'avais dans ma cave, je les mets à la poubelle parce que je me rends compte assez rapidement que ce n'est pas du tout l'air du temps. Je commence à faire des jeux plus intelligents parce que les jeux allemands, c'était quand même costaud. Un jour, j'arrive avec un prototype. C'est un prototype qui, on va dire, avec des moines autour d'un monastère. Et c'est un jeu auquel ils vont participer, évidemment, à la création, qui va devenir Saint-Benoît, qui va gagner Boulogne deux ans plus tard, et qui va donner un trigo, notre premier jeu édité.
- Stéphanie
Ton premier jeu créé, c'est ton premier jeu édité ?
- Charles
C'est le premier jeu édité. Ah ouais, ok,
- Stéphanie
c'est rare ça.
- Charles
En 2009, voilà. Parce qu'en fait, une fois qu'on gagne Boulogne, là, tous les éditeurs viennent et disent, on est super intéressés. Moi, j'ai fait le tour pour le vendre auprès d'éditeurs, et le fait d'avoir gagné Boulogne, ils ont tous dit, si, si, on le prend, on le prend. Donc, c'est le premier qui m'a dit, on le prend. J'ai qu'une parole, donc il me dit, on le prend, super, tu le prends. Puis derrière, des éditeurs peut-être plus connus, mais en même temps, ça a été Asgard, c'est Erwan Askouet, qui est devenu mon éditeur historique. C'est Bombic maintenant. Parce que c'est chez lui qu'on l'a fait plus tard, Abyss, Sultania, etc. Comme quoi, ça s'est joué à 15 minutes. 15 minutes plus tard, Sébastien Pochon m'appelait. J'ai dit, je suis désolé, j'ai promis à quelqu'un d'autre. Il dit, mais comment ? Je croyais...
- Stéphanie
C'était une de mes questions, l'importance de peut-être aller dans des concours ou dans des zones de proto.
- Charles
Oui, parce que ça valide le fait. Moi, j'ai été juré après deux années de suite à Boulogne. Il y a quand même des professionnels qui soient journalistes, éditeurs, auteurs, etc. Alors, on n'est pas forcément d'accord sur ce qui est un bon jeu. Mais ça n'empêche qu'il y a quand même des gens du milieu qui valident le fait qu'ils sont des gros joueurs et qui disent ça, c'est intéressant, ça, c'est nouveau. Donc, à partir du moment où il y a cette validation-là, forcément, les éditeurs vont être enclins à dire tiens, je vais essayer pour voir si ça peut correspondre à ma gamme.
- Stéphanie
Oui, ça met en lumière aussi, tout simplement. exactement c'est un peu peut-être tarte à la crème comme question mais quelles sont un peu les sources d'inspiration parce que est-ce que toi tu vas plutôt partir alors tu vas me dire ça dépend peut-être des jeux mais plutôt d'une mécanique qui va t'intéresser plutôt d'un thème qui va t'intéresser plutôt d'un objet d'un matériel les trois pour être clair au
- Charles
départ je suis plutôt mécano justement en tant qu'architecte c'est comment imbriquer des mécaniques comment trouver une nouvelle distribution etc donc j'ai trouvé des choses qui étaient plutôt sympathiques que ce soit Jurassic que ce soit Antarctica enfin qui est Merci. À un moment, elle était à Monte Cristo avec ce toboggan à billes qui nous donnait à qui c'était à qui de jouer, etc. Bon, voilà, on s'amusait à ça, mais on était encore dans un trip jeu allemand. Donc, c'était la mécanique qui primait, etc. Et en fait, de plus en plus, parce que je travaille beaucoup avec d'autres auteurs, je me dis que finalement, ce qui compte, c'est l'expérience de jeu. Et cette expérience de jeu, elle se nourrit aussi d'une histoire. Et donc, on a commencé à cheviller un récit aux mécaniques. Et donc, il m'est arrivé sur certains jeux. J'ai beaucoup de jeux qui sont inspirés des romans fantastiques, 19e siècle, etc., parce que ça me plaît. Je suis un fan de BD aussi, absolu. J'ai écrit des scénarii de bande dessinée sans percer là. Donc, ça veut dire que, clairement, au niveau écriture, il me manque sans doute quelque chose. Alors que c'est drôle, parce que moi, quand je voulais faire des jeux à 18 ans, on me disait, non, non, mais il ne faut pas faire ça comme métier, on ne gagne pas sa vie, etc. J'ai écouté des gens. J'étais bien idiot, je pense, à l'époque. Mais bon, je suis très content d'être architecte. Je veux dire, ce n'est pas la question. Mais quand, effectivement, Erwan, à un moment, voit mon premier jeu, mon deuxième jeu, mon troisième jeu, il me dit, toi, tu as le talent pour en vivre. Et là, je me dis, oui, mais on m'a dit le contraire, il y a 25 ans. Bon, voilà. Donc, il y a les trois. Et quand je parle de cappuccino, c'est parti d'un gobelet, d'un empilement de gobelets. Et donc, c'est parti d'un objet.
- Stéphanie
De toute façon, il faut toujours, on peut écouter les conseils qu'on nous donne, mais il faut toujours suivre un peu son instinct aussi.
- Charles
C'est ça. Il faut croire. en soi. Mais ça, c'est à 20 ans, je ne savais pas.
- Stéphanie
Oui, mais je pense qu'il y en a beaucoup à 20 ans qui ne le savent pas.
- Charles
Et c'est ce que je dis à tous mes étudiants en game design, je leur dis si vous avez une idée, foncez. Oui,
- Stéphanie
parce que du coup, tu disais que tu as commencé vers 40 ans, en final, c'est ça, un peu plus de maturité, pour pouvoir se lancer, peut-être un peu plus d'oser, à ce moment-là. Oui,
- Charles
j'ai plusieurs avantages. Le fait d'effectivement cette maturité, j'ai le fait que je fais ça pour mon plaisir, je suis amateur. Donc, si ça ne me plaît pas, si on me dit, on va changer de thème, au début, j'étais un peu connu pour ça, j'arrivais avec des mécaniques, donc forcément, on me disait, Le premier, ça a été intriguant. C'était les moines dans un monastère. Ils m'ont dit « Ouais, bon, bof » . Par contre, des intrigants vénitiens, c'est beaucoup plus... Effectivement, c'est plus vendeur, le carnaval. Ça n'empêche qu'aujourd'hui, je n'accepterais pas forcément sur des jeux où vraiment le thème est chevillé. Typiquement Abyss, il y a eu un moment, une discussion autour du changement de thème et tout. Non, quoi. Le jeu, il est né aussi de ce monde aquatique. On est dans un world building, dans une création d'univers. Et d'ailleurs, cet univers est tellement riche qu'aujourd'hui... Je dis on, ce n'est pas moi, mais Fabien Clavel a écrit un roman dans cet univers. On a fait des spin-off avec Bruno et le dernier, Légion avec Joanne Goupy. Il y a des idées, des envies de jeux de rôle, de ci, de ça, parce que c'est tellement riche qu'on peut…
- Stéphanie
Oui, c'est tout un univers, ce n'est plus seulement un jeu.
- Charles
C'est ça. Donc là, il est hors de question qu'on touche à ce thème.
- Stéphanie
Oui, bien sûr. Comment tu travailles tes protos, toi ? Parce que tu viens quand même de l'architecture, donc tu dois avoir peut-être une facilité à rendre les choses plus palpables.
- Charles
Mon langage, c'est le dessin. Mais bon, à l'époque, c'est vrai que les premiers prototypes, à chaque fois que j'avais une idée, je changeais tout le prototype. Ça me prenait des journées entières. Et souvent, il était mauvais parce qu'il n'était pas testé. Donc voilà. Au fur et à mesure, avec l'expérience, tu apprends effectivement à jouer dans ta tête. C'est-à-dire toutes les idées que tu as. C'est vrai que tu as ceux qui ont beaucoup d'idées et ceux qui n'en ont pas. Moi, je fais partie de la première catégorie. Donc en fait, ça veut dire qu'en fait, il faut déjà tester les idées. C'est-à-dire qu'il y a des fois, je me réveille en pleine nuit. je note sur un morceau de papier qui traîne en disant mais ça c'est génial, je tiens un truc etc, et le lendemain matin déjà souvent t'arrives même pas à te déchiffrer donc ça est terrible mais souvent ça n'a aucun intérêt t'as un moment, il y a une évidence ça semble une évidence, c'est bon donc ça déjà il y a beaucoup on va dire d'idées à évacuer comme ça, après tu joues dans ta tête après tu commences à faire des prototypes tu joues toi, en physique comme tu jouais dans ta tête mais avec le matériel parce que des fois tu te rends compte qu'il y a des incongruités que tu n'avais pas vues dans ta tête Et puis, après, moi, j'ai appris une chose. Un jour, j'ai été invité par une association. Ils ne se rendaient pas compte de qui ils invitaient. Ils m'ont dit, ouais, tu ramènes un proto ou deux, etc. Moi, j'ai ramené 10 protos parce que c'est une grosse association. Et ils avaient plein de tables. Donc, j'ai expliqué chaque prototype une fois et je les ai laissés jouer. À la fin de la journée, il y avait trois tables qui tournaient. Donc, les règles étaient passées. Le prototype avait un intérêt, etc. C'est les trois qui ont été édités. Et ça, depuis, moi, c'est une... une méthode infaillible. C'est-à-dire que si on voit qu'effectivement, les gens commencent même à jouer au prototype parce que ça a l'air cool, ça a l'air machin, alors qu'ils n'ont même pas la règle. Sultania a été vendu comme ça. Il y avait à cette journée Air One, à Squat. Il m'a dit, je prends le proto. J'ai dit, quel proto ? Je l'avais ramené pour pouvoir tester le truc. Il n'avait jamais été joué. Je n'avais pas les règles. Et les gens, Sultania, c'est un domino où on construisait le plus beau des palais. Il m'a dit, mais c'est génial. Les gens, ils adorent. Donc derrière, j'ai dû vite fait trouver les règles, etc., qui tiennent. Après, il y a aussi des choses que l'on apprend par l'expérience, que des règles, ça se teste et que l'auteur n'est pas livré dans la boîte. Et donc, ça veut dire que nous, forcément, quand on est à côté, mais non, on n'a pas dit la pile de gauche, on a dit la pile de droite. Sauf que la moitié des gens confondent la gauche et la droite. Alors que quand on dit vous prenez la pile rouge ou la pile bleue, là, les gens ne confondent plus. Sauf les Altoniens, malheureusement. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a des manières d'expliquer les choses qui font que les gens ne vont pas se tromper. C'est toute une succession de tests. Oui,
- Stéphanie
c'est un processus. Et puis, finalement, la phase test, c'est la plus importante pour un créateur. C'est la phase la plus longue, en fait. La plus longue, oui.
- Charles
C'est ça. Parce qu'il y a des prototypes qui arrivent. Quand je dis directement, il y a des jeux qui… On rigole souvent avec Bruno Catala, avec qui j'ai fait 7 ou 8 jeux. Lui, c'est dans la douche. Il a l'inspiration dans la douche. Donc, il arrive. J'imagine qu'il doit sortir. Il n'a plus de cheveux, mais il doit sortir avec du shampoing partout. Et en disant, il faut que je note le truc, je l'ai. Voilà. Moi, c'est vrai que souvent, en me baladant, quand je marche, j'ai des flashs, une capacité à dire. Et c'est vrai qu'il y a des jeux, j'ai cherché des fois pendant des années, la bonne distribution, la bonne chose, et puis à un moment, ça tombe. Et là, on se dit, je l'ai. Et on essaye, le jeu, il fonctionne. Il marche tout de suite.
- Stéphanie
Parfois, c'est un peu miraculeux. C'est effectivement... C'est un cheminement, en fait.
- Charles
On a une capacité, je pense, à compartimenter le cerveau, qui fait qu'à un moment, on va se dire, tiens, je vais... j'ai dans le cerveau, j'ai un truc qui tourne, un jeu qui tourne, puis j'en ai un autre, parce qu'on n'a jamais un proto seul. On a toujours une dizaine de prototypes, 10, 15, en cours, et c'est vrai que on les fait tourner de temps en temps dans notre tête, et puis à un moment, il y a un truc qui tourne, et on se dit, mais non, c'est pas ça qu'il faut faire. Il faut donner les cartes aux gens et pas les mettre au milieu. Et là, ploum, d'un coup, on se dit, mais ça tourne parfaitement. Et donc, on peut passer à la phase d'après.
- Stéphanie
D'où l'importance, effectivement, de faire d'abord...
- Charles
plusieurs protos aussi en cours pour effectivement passer de l'un à l'autre il y en a qui bloquent et il y en a que je ne déterminerai jamais parce qu'à un moment on se dit mais finalement est-ce que ça n'a pas déjà été fait de temps en temps il y a des jeux qui arrivent on se dit merde, moi j'ai le souvenir je crois que c'est Thomas Dupont qui a sorti un jeu qui s'appelle Cartaventure et j'avais un proto qui s'appelait Cartaventure je ne dis pas que c'est le même jeu mais c'est le même principe, ce sont des cartes c'est un jeu dont vous êtes le héros découpé en cartes il a sorti le jeu avant parce que les idées sont dans l'air Merci.
- Stéphanie
C'est ça, il y a des idées dans l'ère du temps.
- Charles
Oui, le zeitgeist, ce que les Allemands appellent zeitgeist, c'est-à-dire cette ère du temps. Eh bien oui, bien sûr, ça existe. C'est-à-dire qu'à un moment, moi j'ai vu, j'ai fait des jeux, ou derrière, j'ai vu sortir des jeux qui clairement prenaient des choses que j'avais apportées, et le jeu marchait peut-être mieux, et voilà, ils ont eu plus de succès, et c'est le jeu. Parce que moi-même, des fois, je me souviens, sur le premier jeu, sur un trigo, à un moment, on trouve ce draft, on était en 2008 ou 2007, et on se dit, waouh, on a trouvé un truc génial. Et en fait, à un moment, j'ai rejoué à Notre-Dame, auquel j'avais déjà joué. Et en fait, ça existait déjà dans Notre-Dame. Qui lui-même s'inspirait de Magic, etc. Donc, en fait, les idées, elles sont dans l'air. Il y a des choses à la mode. Il y en a d'autres qui reviennent à la mode, des choses qui ne le sont plus. Et puis,
- Stéphanie
parfois, c'est des petites choses qui diffèrent de peu, mais c'est qui ramène autre chose.
- Charles
C'est ça.
- Stéphanie
Et alors, tu parlais de Bruno Catala. Tu es effectivement travaillé en co-autorat avec plusieurs personnes. Donc, Bruno Catala, il y a Laurent Escoffier, récemment, Johan Goupy. Ça t'apporte quoi, toi, le co-autorat ? C'est important pour toi ?
- Charles
C'est essentiel parce qu'en fait, on se rend compte assez vite que si on est toujours nous sur les jeux, je ne dis pas qu'on a toujours les mêmes idées, mais on a quand même des tics ludiques qui font qu'on va quand même toujours tourner autour du même type de jeu. Et des fois, on est bougé par des gens. Tu as parlé de Joan Goupy, c'est vrai que sur Légion, à un moment, on voulait faire un jeu de guerre avec Bruno, mais on était parti sur un gros truc à figurines et là, typiquement, aujourd'hui, on n'est plus dedans. Le marché a changé, le milieu a changé depuis le Covid. Donc la grosse boîte à 70 euros. Après, je suis avec des auteurs ici qui font ça encore. Mais ce n'est pas que je n'y crois plus. Mais passer des années à développer un jeu, parce que ça demande des années.
- Stéphanie
C'est l'investissement que ça demande aussi.
- Charles
Pour derrière, aller en vendre 500 sur Kickstarter. Enfin bon, voilà. On ne s'est pas senti de remettre ça. Mais on avait toujours cette idée de faire un jeu de guerre, un jeu vraiment d'affrontement. Et donc, on était parti finalement sur un jeu peut-être à deux joueurs, etc. Et on ne trouvait pas. On n'était pas parti. Et un jour, il y a Johan qui travaille avec Bruno, qui m'a dit, Bruno m'appelle et il m'a dit, il m'a montré une méca, ça marcherait tellement. Donc, je lui ai dit, il en est hors de question, pour être clair au début. À la vie, c'est nous deux. Je ne connaissais pas Johan, donc les deux borons sont très sympathiques, etc. Et puis, il me montre la méca et je dis, c'est vachement bien. Et donc, c'est assez drôle parce que je me suis retrouvé, normalement, je suis plutôt, quand je dis moteur, Bruno, je voulais travailler avec lui parce qu'il m'avait dit un jour, on travaillera ensemble en voyant justement les mécaniques de Monte Cristo, de Jurassic. Et donc, moi, je ne savais pas qui c'était parce que je n'avais pas la culture à l'époque. Puis, je vois le nombre de jeux et je vois des super jeux. Et donc, après, je l'ai saoulé pendant les trois salons suivants en arrivant avec des idées. Donc, on s'est mis à fonctionner comme ça. Je lui montrais des jeux et il me disait non, ça, j'ai déjà fait. Ça, ça ne m'intéresse pas. Et là, je me suis retrouvé à être un peu le gardien, entre guillemets, du monde d'Abyss. Parce que finalement, Johan arrivait avec une bonne méca, mais ne connaissant pas forcément. Il n'avait pas le background des jeux précédents. Bruno lui l'avait donc il n'était pas forcément d'accord il n'était pas forcément d'accord entre eux et moi j'arrivais en disant mais attendez là on n'est plus dans l'avis ce que vous me proposez ça ne marche pas et donc c'était assez drôle de me retrouver de l'autre côté de la barrière et ça je pense plutôt bien marché parce que faire le jeu chaque fois qu'on le sort pour des joueurs experts un jeu à deux il fait beaucoup mieux que tourner c'est du micro choix permanent ce qu'on essaie de faire aujourd'hui ça plaît quoi
- Stéphanie
Oui, donc c'est vrai que c'est important ça, finalement, ce rebond d'idées ou du moins ce côté...
- Charles
Ça nous permet déjà de nous ressourcer, je pense. Comment dire, d'apprendre aussi des autres. Moi, quand j'ai vu Bruno faire, c'était pas du tout, même s'il est mécano aussi au départ, c'était pas du tout le même type de game design. Et en fait, je l'ai vu faire, j'ai dit, ah oui, ça, c'est pas bête. Il fonctionne comme ci, comme ça. Et lui-même, je ne sais pas si j'ai pu l'inspirer sur certaines choses, mais je pense qu'il a vu comment je fonctionne. Moi, je suis assez graphique, effectivement. Il faut qu'à un moment, quand on passe à côté du jeu, on comprenne tout de suite comment ça fonctionne.
- Stéphanie
C'est forcément enrichissant et ça nourrit. Bien sûr.
- Charles
Et puis, humainement, je pense qu'un jeu, c'est une aventure humaine à la base. Déjà, quand on joue, évidemment, mais quand on le crée, c'est un jeu en soi. J'ai fait des jeux avec, effectivement, les Peulements, on en a parlé avant, avec Gaëtan Boujano, avec Laurent Escoffier, avec Brunjoine Goupil, avec beaucoup avec Bruno Catala. L'autre, Bruno, Fight Duty, on a fait un jeu aussi. Enfin bon, j'espère ne pas en oublier. Et là, je vais faire un jeu avec, par exemple, Manu Rosoy. Et donc, c'est super enrichissant parce qu'il a une vision totalement différente, très philosophique du jeu. Prof de Game Design, quel jeu plus l'être, mais très théoricien. Il avait montré le Centre National du jeu à l'époque. Enfin bon, donc, ce sont des gens qui, chaque fois, nous amènent des choses. Et j'ai l'impression qu'effectivement, on progresse, on s'enrichit avec ça.
- Stéphanie
Comme tu dis, il y a les partenaires de création, mais aussi après les partenaires éditeurs.
- Charles
Bien sûr, c'est super important. On se rend compte assez vite qu'on correspond à quelques éditeurs. Alors oui, les gens veulent te rencontrer parce que tu as sorti plein de jeux, on va voir. Et en fait, il y a un moment, c'est toujours non, Et alors que mes éditeurs de référence, finalement, ils viennent me rechercher en disant mais ça, ça m'intéresse vachement. Donc, ça veut dire qu'on se correspond aussi. Je pense qu'un éditeur, pour résister en plus dans le milieu actuel, il doit vraiment avoir quelque chose en plus aussi. C'est vrai que les éditeurs avec qui je travaille, que ce soit Bombix, que ce soit effectivement Gigabit, que ce soit Studio H, etc. etc. Yellow, finalement on se complète je pense pas mal oui c'est ça il faut réussir à être matché aussi sur le développement sur finalement faire un bon binôme alors ça c'est compliqué parce qu'en fait il y a beaucoup de mouvements chez les éditeurs actuellement et donc des fois le développeur avec qui on s'est super bien entendu c'est vrai qu'Erwan c'est le patron de la boîte chez Bombix donc c'est plus facile parce qu'il est toujours là mais par contre tu vois Gigamic on a eu un super avec l'Horace Coffee on a eu un super contact avec Joseph Foussa qui a développé le jeu.
- Stéphanie
Donc là, tu parles de loot ?
- Charles
Il lui doit beaucoup, oui, loot, bien sûr. Il nous a vraiment challengé, il nous a fait monter le jeu, etc. Et on est arrivé à quelque chose qu'il n'était pas du tout. Le jeu, au départ, n'était pas aussi riche. C'est vrai que si demain, je dois retravailler avec Gigamic, j'aimerais bien retravailler avec lui. Je ne dis pas que les autres ne sont pas bons, mais je dis juste qu'on a tellement bien matché que voilà. Et donc, c'est vrai que Yellow, par exemple, Ludovic Papalis, avec qui on a fait Kanagawa et revenu, ça donne envie de retourner.
- Stéphanie
tu vois voilà c'est sûr il y a des liens de confiance aussi et puis comme tu dis il y a des choses qui matchent et puis ça marche bien c'est ça et alors tu disais à peu près une cinquantaine de jeux édités avec les extensions c'est peut-être pas facile comme question mais quel est pour toi peut-être le jeu dont tu es le
- Charles
plus fier ou qui a une saveur particulière pour toi une histoire particulière un seul c'est compliqué c'est le coup de l'île déserte là que tu me fais donc c'est bon tu peux avoir le droit si tu veux ouais voilà déjà le premier parce que je pense que c'est toujours à un moment sincèrement Merci. Moi, je n'avais pas l'idée qu'on pouvait être édité. Alors, ça demande du travail. Attention, ce n'est pas facile. Mais quand même, d'arriver à l'édition, je n'en rêvais même pas. Je pensais que c'était réservé à d'autres personnes, à d'autres types de... Et qu'il fallait travailler directement chez les éditeurs. Donc, le premier, forcément, il a une saveur particulière. J'aime beaucoup quand même... Kanagawa, pour moi, ça reste un truc... Le jeu, il a une telle évidence. Et d'ailleurs, on essaye aujourd'hui de le retravailler pour le ressortir. Faire cette fresque... Enfin, cette...
- Stéphanie
Tu peux rappeler le but du jeu ?
- Charles
Le but du jeu, c'est qu'on est des élèves de Kusai et on va faire une estampe japonaise avec 12 cartes de souvenirs. Ça veut dire qu'on va créer notre estampe, sans savoir dessiner, et avec des comptages, avec un système un peu rotor au centre, qui a peut-être un peu vieilli, je me dis aujourd'hui, mais ça n'empêche que les gens, à la fin, prenaient des photos. Même s'ils ont perdu, ils prenaient une photo de leur estampe. Comme Sultania, ils prenaient une photo de leur palais. Ce sont des jeux qui me plaisent. Puis après, je ne suis pas le troisième, peut-être Lutz, parce qu'on est arrivé à Berlin, on a été sélectionné aux spiels, c'était quand même un moment.
- Stéphanie
Sélection aux spiels,
- Charles
c'est quand même pas rien. Après, Abyss, c'est mon jeu le plus vendu. Il y en a beaucoup, ça dépend sous quel angle on regarde, mais oui, ce sont ces jeux.
- Stéphanie
Si on parle du plus gros succès, c'est Abyss. C'est Abyss, oui, bien sûr.
- Charles
Abyss avec les extensions, la boîte de base, etc. Les spin-offs type Légion, Conspiracy. Je pense qu'on approche des 300 000 exemplaires. Donc, ouais, c'est assez colossal. Il y a l'univers derrière et qu'on continue à travailler. Et ça, c'est super.
- Stéphanie
Est-ce qu'il y a un jeu, justement, que tu as créé qui n'est peut-être plus édité aujourd'hui que tu aimerais revoir édité sous peut-être dépoussiéré, retravaillé ?
- Charles
Il y en a quelques-uns. Moi, j'ai parlé de Cappuccino avant. S'il y a une telle évidence dans ce jeu et une telle simplicité que... Moi, je l'ai reproposé, mais c'est très, très difficile d'éditer des jeux abstraits parce que, bon, voilà... Et je vois tous les auteurs qui réussissent en éditer un sur une carrière. Et le jeu ne marche pas. Et après, il y a des jeux abstraits qui fonctionnent. Là, il y a une forme de loterie. Je l'ai proposé justement chez Gigamix, etc. Qui sont des spécialistes des jeux abstraits. Très difficile.
- Stéphanie
Ça ne répond pas au marché actuellement,
- Charles
c'est ça ? Oui, il y a des moments. Et puis, j'ai toujours Jurassic. Moi, qui reste un jeu pour enfants. Au départ, ce n'était pas un jeu pour enfants. J'avais fait un jeu. J'avais fait un truc avec... avec Arnaud Hurbon, malheureusement regretté, Arnaud Hurbon qui est décédé, mais qui lui se lançait dans l'édition, je ne le savais pas, et moi j'avais fait Montecristo avec lui, et il me dit, mais tu fais quoi en ce moment ? Je lui dis, moi je travaille sur un jeu, j'ai un petit jeu de cartes, c'est vachement malin, c'est ci, c'est ça, et je lui explique en trois phrases. Mais il me dit, mais attends, ton jeu c'est tellement simple que ça peut être un jeu pour enfants. Alors moi j'avais fait à l'époque, c'était Catacomb Raider, parce que ça sonnait comme Tomb Raider, j'avais fait un truc, donc on allait chercher des reliques dans des égouts avec des rares, enfin voilà. Et lui, il m'a dit, je garde les ossements, mais par contre, on va faire des dinosaures. Et donc, on est parti sur Jurassic. Et c'est vrai que c'est un jeu. Moi, j'ai vu des gamins y jouer. C'est incroyable de voir des gamins de 4 ans jouer à ton jeu. Je ne pensais même pas. Tous les copains se foutaient de ma gueule parce qu'évidemment, ils étaient à Cannes. C'est un stand où il y a des tabourets à 30 centimètres du sol. Donc, j'étais assis avec trois gamins et de mettre Charles avec son public. C'est drôle. Mais ouais, en fait, t'es vachement fier parce que pareil, je pensais pas être capable de faire ça. Tu vois, moi, je fais des jeux auxquels j'ai envie de jouer. Donc, c'est plutôt des jeux, on va dire, passerelles parce que j'ai envie de faire jouer tout le monde. Donc, pas que les experts. Donc, je m'attendais pas, effectivement, un jour à faire un jeu enfant.
- Stéphanie
C'est une plus belle satisfaction, ça, finalement, de voir...
- Charles
C'est une chouette, de pouvoir faire jouer vraiment tout le monde. C'est vraiment cool,
- Stéphanie
ouais. C'est ce qui doit être le plus beau, en fait, une fois que le jeu est rendu au public, enfin, est donné au public comme ça, de voir... ce qui se passe autour d'une table.
- Charles
Après, le jeu ne t'appartient plus. Le jeu, c'est un art non fini. Effectivement, si tu te dis que tu fais un film, le film, il existe. Après, les gens le reçoivent bien ou pas, mais le film, il est là. Le jeu, ce sont les joueurs qui le jouent et qui vont du coup, à un moment, s'intéresser ou pas à la chose. Ils vont le prendre, le faire leur.
- Stéphanie
S'approprier, oui.
- Charles
C'est marrant, il y a des publics avec qui ça marche super bien, d'autres avec qui ça ne marche pas. Et n'empêche que c'est eux qui terminent cette œuvre d'art. On parle d'art populaire. Bien sûr, on n'est pas... Je ne peux pas vous expliquer que... je fais du Mozart mais n'empêche que il y a une certaine fierté effectivement à voir les gens s'en emparer et puis à un moment quand un jeu marche ça commence à en parler sur les forums voir les gens ici au salon passer ah ouais celui-là j'ai joué il est super ils ne savent pas que je suis à côté donc ils ne me disent pas ça pour me faire plaisir ça fait vraiment ça
- Stéphanie
touche quoi je veux bien croire il y a quand même une co-autrice dont on n'a pas parlé c'est ta fille Léo donc un Contibus qui est sorti chez Studio H l'année dernière donc c'est quand même Merci. pas banal ça de créer un jeu avec sa mère ?
- Charles
Depuis, il y a plein. Il y a Bruno qui a fait un jeu avec son fils. Il y a Antoine qui a fait un jeu avec son fils. À l'époque, il n'y en avait quasiment pas. Et c'est vrai qu'en fait, c'est ma fille aînée, Cléo, qui à l'époque, je crois qu'elle avait 10 ans, elle voit son père travailler sur des prototypes et elle a envie de passer du temps avec son père. Elle dit, qu'est-ce que tu fais ? Je lui explique, c'est un jeu, etc. Elle dit, est-ce qu'on pourrait faire un jeu ensemble ? Évidemment, le papa, ils font en écoutant ça. On a fait un jeu un peu avec... Je crois que c'était des douaniers dans des entrepôts qui cachaient des billets ou des trésors. On avait un intérêt quelconque. Et à un moment, par contre, c'était du simultané. Et donc, il fallait balancer son doigt sur des tuiles. Et en fait, le doigt, on bougeait toutes les tuiles et ça ne marchait pas. Donc, à un moment, on s'est dit, tiens, il faut prendre une baguette ou un truc. On a pris des baguettes de resto chinois, qui restaient à la maison. Et puis là, on s'est regardé et on a dit, mais je crois qu'on a trouvé le thème. Les baguettes, c'est forcément des sorciers, les baguettes magiques, etc. Et vu que ça a été fait avec une enfant, parce qu'à l'époque, elle avait 10 ou 11 ans, je ne sais plus. C'est un jeu qui a une âme d'enfant, c'est-à-dire qu'on est dans une aventure, on va explorer la tour d'un sorcier, donc on est dans Harry Potter, on s'envoie des sorts. Donc à un moment, on s'envoie des sorts à la figure. Les éditeurs ont commencé à dire, non, ça, c'est peut-être un peu violent, ils vont se les mettre dans l'œil. Toutes des questions. Et puis, au fur et à mesure, ce jeu, on a créé la tour au milieu, il y avait des demandes. Et je trouve que le jeu, pareil, on voit les familles s'éclater, on met des chapeaux. Dans les salons, les gens jouent avec des chapeaux de sorciers, ça plaît beaucoup. Ce qu'il y a de drôle, et là je ne suis pas un peu fier, elle a fait effectivement une école de commerce, elle a fait derrière un master d'édition, etc. Elle est revenue à l'édition et aujourd'hui elle travaille dans l'édition. C'est vrai ?
- Stéphanie
Dans l'édition de jeu ?
- Charles
Je vais passer le virus, en fait. Et ça, c'est un truc, pour un père, ce n'est pas rien.
- Stéphanie
Elle fait quoi comme mission ?
- Charles
Elle travaille pour rendre les jeux accessibles auprès des handicapés.
- Stéphanie
C'est un beau métier, pour le coup. C'est bien, papa est fier. et est-ce qu'elle est fière d'avoir vu le jeu ? Oui,
- Charles
on en a demandé quelques boîtes en plus elle en a offert à ses copains et oui bien sûr aujourd'hui elle aime jouer c'est très drôle parce que mon autre fille je lui ai fait pareil, elle a même l'éducation je lui ai fait jouer à des jeux, elle n'a pas le virus en tout cas pour l'instant je n'ai pas encore réussi ça viendra peut-être plus tard à 40 ans peut-être oui parce que je pense que quand on a joué jeune C'est comme la bande dessinée. Ceux qui n'ont jamais lu de bande dessinée, ils n'en lisent pas adultes. Ceux qui en ont lu petit, ils continuent à en lire adultes et ils voient qu'il y a une bande dessinée adulte. Il y a des jeux pour adultes. Il y a des jeux experts. Et ça, effectivement, il faut éduquer nos enfants à jouer. Et puis, ce n'est pas ce qu'il y a de pire. C'est comme leur apprendre à lire pour que derrière, ils lisent des romans. C'est génial.
- Stéphanie
Il faut passer du temps à jouer avec ses enfants.
- Charles
Il n'est pas perdu. Il n'est pas perdu. Du coup, derrière, ça leur fait une culture supplémentaire.
- Stéphanie
Et alors, tu as sorti beaucoup de jeux et tu ne vis pas de l'autorat. Ce n'est pas ton métier aujourd'hui.
- Charles
Alors, en fait, il y a eu un moment quand il y a eu deux choses. Moi, j'ai commencé effectivement à 41 ou 42 ans, mon premier jeu édité. Donc, forcément, j'ai une vie avant. J'ai un beau métier, un métier magnifique qui n'est pas toujours facile. Je fais des jeux pour me laver la tête, un peu comme Dumbledore avec ses pansines, qui sort ses pansines de la tête. Et en fait, ça permet justement de penser à autre chose. Parce que j'ai un cerveau qui, sinon, pense au boulot jour et nuit. Donc, c'est assez pénible. Donc, j'ai appris à compartimenter et à dire, tiens, je vais penser à autre chose. À partir de maintenant, je pense à des jeux. C'est arrivé à l'édition. C'est devenu marrant parce que du coup, on existe dans un milieu. Sincèrement, c'est plutôt très cool. Donc, de voir des gens dans les salons, venir vous voir pour une dédicace, pour discuter d'un jeu. On a bien aimé ça. Et j'ai vu que finalement, je pouvais le faire en tant qu'amateur. Et le faire en tant qu'amateur, quand on a un métier qui est... Justement grave où à chaque fois qu'on t'est attrait un trait, c'est tant de milliers d'euros, tant de trucs. Et on vous dit non, ça, on ne peut pas, ce n'est pas possible. Là, je veux dire, moi, je fais les jeux que j'ai envie de faire. Si ça plaît, c'est super. Si un éditeur qui me dit je le fais, il le fait. Si ça ne plaît pas, ce n'est pas grave. Je n'ai pas la pression de dire je dois gagner de l'argent. Donc, je ne suis pas obligé de sortir des jeux qui ne me plaisent pas. Je n'ai plus l'obligé de bosser avec des gens avec qui je n'ai pas envie de travailler.
- Stéphanie
Mais tu aurais pu, à un moment donné, tu aurais pu choisir le fait de dire je ne fais que ça.
- Charles
C'est-à-dire quand il y a eu la sortie d'Abyss, Pitkanagawa, là, il y a eu des grosses, grosses ventes. J'ai regardé ce que je gagnais à l'époque. C'était à peu près équivalent. Et heureusement, j'ai envie de dire, bon, on a fait un choix. Là, c'est un choix familial. Il n'y a fait pas que moi. Bon, j'ai dit quand même, il y a une certaine sécurité dans l'architecture. Parce qu'aujourd'hui, je vois beaucoup d'amis qui ont tout lâché. Les gens qui étaient profs, qui avaient des vrais métiers, des métiers formidables. et qui aujourd'hui se retrouvent à devoir sortir 6-7 jeux par an pour pouvoir mal en vivre. Donc moi, j'assume, je suis toujours amateur, j'adore toujours ça. Et alors que je vois que ceux dont c'est le métier aujourd'hui me disent « j'en ai un peu marre » .
- Stéphanie
Et créer sous pression, c'est peut-être moins facile aussi pour la créativité, j'ai envie de dire.
- Charles
Oui, en tout cas, il faut un moment, il faut réussir, il faut vendre. Moi, ça ne m'intéresse pas plus que ça, finalement. Encore une fois, j'ai essayé de la bande dessinée, j'ai essayé des trucs, ça n'a pas marché, ce n'est pas grave. Ça m'a ouvert à des arts et je vois que les gens sont vraiment bons, ceux qui font ça. Moi, je réussis dans les jeux. Et puis, il y a plein d'autres projets.
- Stéphanie
J'ai lu ceci dit récemment dans un Filimag, que tu disais que tu te considérais quand même comme un masochiste. Un auteur.
- Charles
Comme un masochiste, oui. Ça, c'est par rapport au prix. De continuer à créer. C'est-à-dire en disant,
- Stéphanie
mais en fait, je suis maso.
- Charles
C'est marrant parce que c'est... Pourquoi j'ai dit ça ? Parce que je sortais du Spiel des Siards, de la sélection. J'ai été sélectionné avec Abyss à Cannes pour l'Asdor, qu'on n'a pas eu. parce que c'est un certain Bruno Catala qui avec le jeu Five Traps qui est un excellent jeu la question ne se pose pas qui l'a fait tout seul j'ai été voir le juré en disant c'est pas le message que vous me passez c'est que le jeu qu'il a fait tout seul est meilleur que le jeu qu'on a fait à deux donc oui on ne savait pas on n'a pas compris on croyait bon bref donc c'est vrai que tu ressors de là tu attends beaucoup parce que tu as une sélection et tu es déçu forcément derrière donc quand on a été sélectionné au Spiel peut-être un jour le téléphone se met à buzzer tous les copains t'envoient des Whatsapp des trucs Merci. Et des messengers, et tu te dis, mais toi, c'est sur un chantier. Tu te dis, mais c'est quoi ce truc ? Il se passe un truc. Moi, dans ma tête, il y avait un chantier qui s'était effondré ou un truc. Puis tu regardes les messages et félicitations. Félicitations de quoi ? Et là, tu te dis, attends, il y a quoi cette semaine ? Je dis, non, ce n'est pas possible. Parce qu'avec 4 500 jeux par an, être dans les neufs, je ne vais absolument pas. Surtout qu'on avait été totalement snobé par l'Asdor, alors que je pense qu'on avait un jeu qui, potentiellement, pouvait être dans les jeux initiés. Et là, je dis ça avec le gagnant du jeu initié de l'année qui est à la table d'à côté. Donc, je n'ai pas de soucis, si tu veux. Mais bon... Et donc là, t'es sélectionné. Et après, il y a deux longs mois. Donc moi, au début, réflexe de ce qui s'était passé à l'Asdor, je dis non. C'est pas pour moi, c'est pas pour nous avec Laurent. Et puis tout le monde arrive en se disant, mais attends, vous avez un jeu tellement simple à expliquer, qui est super riche, qui est machin et tout. C'est sûr, c'est pour vous, c'est machin, etc. Et il y avait une catégorie en plus, alors un peu n'importe quoi, c'est-à-dire avec Faraway, qui a un petit jeu de cartes super malin, mais qui a un jeu de cartes, on sélectionne 8 cartes et on compte des points à l'envers. Bon, nous, on avait un jeu passerelle, on va dire moyen. Et puis avec D'Ivor, D'Ipsy, Merci. une heure et demie par joueur.
- Stéphanie
Un peu plus qu'au taux.
- Charles
Voilà. Et forcément, le jury, vu que c'était un jury expert, a pris, encore une fois, une divorce d'ipsy qui va à l'encontre même de leur intérêt dans le sens où, vu qu'ils touchent de l'argent sur chaque boîte vendue, autant aller prendre Far away dans ce cas-là parce que je pense qu'ils en auraient vendu beaucoup plus. Donc, on ne comprend pas trop. Mais en fait, pendant deux jours, tu es là, dans une ambiance, ça monte, super repas. On te dit, vu les problèmes qu'il y a eu les années précédentes avec des auteurs qui se sont permis des trucs, etc., au moment de monter sur scène, C'était limite si on n'était pas fouillé, qu'on n'allait pas l'autocollant, le machin, le truc. Enfin, c'est très sérieux, quoi. Si tu veux, l'Asdor, il y avait en tout cas, les Game of Thrones, 2015, 2016, je ne sais plus. Bon, on avait un rang réservé devant et tu te levais si tu étais appelé, point, c'est tout. Là, c'était vraiment l'hôtel, le machin, les buffets avant, les journalistes. Enfin, tu te dis, c'est plus costaud, plus sérieux, plus machin. Et puis, à un moment, tu as une personne qui ouvre l'enveloppe. D'ailleurs, c'était Pédélope. Et puis, ce n'est pas nous. aucun des deux jeux français donc on va la voir elle faire la tête et puis voilà c'est fini ça retombe comme un soufflet ça retombe comme un soufflet et derrière et donc en fait moi aujourd'hui quand je parle de masochisme c'est pas une question de machin c'est que j'ai eu des prix on a eu un prix scandinave avec Combo Color un peu l'ancêtre de l'août on a eu un prix avec Bruno un prix roumain le Jocul Anuli alors bon on en rigole en prononçant le nom machin parce que bon voilà le jeu de l'année c'était avec pour l'extension c'était la meilleure extension avec Kraken j'ai eu des prix comme ça Mais à un moment, tu attends, je ne dis pas le Graal, mais quand tu es sélectionné au Spiele, tu te dis bon. Et puis, non, ce n'est pas encore ce coup-ci.
- Stéphanie
C'est le côté montagne russe émotionnel.
- Charles
Je le dis quand j'ai mal parce qu'à un moment, tu vois plein de gens qui, à un moment long, aujourd'hui... Le Chpil, il y a plein de Français qui l'ont eu. Bah non, bah voilà, l'Ostdor, forcément, j'ai 50 copains qui l'ont eu, si tu veux, mais bon, toujours pas, et voilà, et puis c'est comme ça, c'est la vie.
- Stéphanie
C'est pas fini !
- Charles
J'ai pas fini, mais bon, voilà, c'est plus un objectif, si tu veux. À un moment, tu te dis, quand il y avait peu d'auteurs et moins de jeux par an, tu te disais, tiens, ça pourrait être sympa si un jour on l'a, voilà. Aujourd'hui, je ne me fixe plus du tout, parce que du coup, sinon, ça devient vraiment... T'en souffres. et je ne suis pas le seul, j'ai plein de copains auteurs qui ne l'ont jamais eu, mais des gens qui ont sorti plus de jeux que moi et à un moment tu te dis merde quoi quand même et t'as systématiquement le gars dont c'est le premier jeu qui récupère le truc et quand je dis ça c'est une fois sur deux finalement ce qui est compliqué c'est peut-être cette reconnaissance des pères un peu entre guillemets mais c'est plus des pères, j'ai été juré pour te dire, moi j'ai été juré à Boulogne forcément l'ayant gagné pendant deux ans et on a eu un jury où il y avait deux auteurs dedans Merci. donc Marie-Fort et moi-même, il y avait des journalistes, il y avait des trucs, etc. Et forcément, moi, je suis joueur et je suis auteur. Et donc, à un moment, on a joué à tous les jeux, etc. Et puis, on va pour s'engueuler. Forcément, on sait que pendant trois heures... Et donc, je dis, tiens, on a tous une petite plaquette avec tous les jeux. On écrit tous les quatre jeux qui vont gagner Boulogne cette année. On tourne la plaquette et on s'engueule et on voit. Et en fait, je pense qu'on n'a pas du tout la même vision du jeu. À la fin, il y en avait deux qui avaient les quatre et deux auteurs. Donc, je ne veux pas dire qu'on n'est ni supérieur ni qu'on a une vision, machin. mais en tout cas... On a une capacité à détecter. Donc moi, je suis venu à un moment en leur expliquant, suite aux dernières années où il y a eu vraiment des bad buzz à Cannes, en disant mais attendez, mettez au moins un auteur. Donc moi, je lui ai dit je m'en fous de ne pas être sélectionné. Je pense qu'a priori, ça arrive. J'ai cru comprendre. Bon, moi, j'ai tellement de mauvais rapports avec eux que ce ne sera pas eux. Non, mais je pense qu'ils ne sont pas juste à leur place. Parce que les deux qui avaient zéro jeu ont été sélectionnés en tant que juré de l'Asdor un mois plus tard. Donc en fait, je pense qu'il y a des gens aujourd'hui. influenceurs, etc. Je veux dire, je leur reconnais aucune légitimité, en fait, pour sélectionner des jeux. Oui, ils jouent à beaucoup de jeux, mais ils savent pas ce que c'est qu'un bon jeu. Donc, voilà.
- Stéphanie
C'est les prismes, en fait, que tu veux dire. C'est les prismes qu'on changeait en finale.
- Charles
Oui, mais c'est-à-dire qu'aujourd'hui, il faut un jeu qui va buzzer, dont on parle, qu'on peut pitcher facilement. Mais je suis désolé, la plupart des jeux qui se vendent à beaucoup d'exemplaires, c'est des trucs qu'on a déjà vus. Est-ce que ça mérite un As d'or ou un Spiel ? Non.
- Stéphanie
Le problème, il est peut-être aussi finalement sur l'évolution du marché.
- Charles
Ah mais attends, attention, le marché, c'est simple. Je pense qu'Asmoday a porté le marché, en tout cas en France, c'est évident, et à l'international, en tout cas en Europe, c'est sûr. L'idée a été d'élargir le marché coûte que coûte. Donc avec des jeux comme Double, avec des jeux... Sauf qu'aujourd'hui, on est arrivé à Skyjo, on est arrivé à Trio, et moi, en tout cas, ce sont des jeux auxquels je ne prends plus de plaisir à jouer. Alors évidemment, on peut faire jouer Tata Jacqueline et Tonton GG, mais... Bon, l'intérêt que je trouve là-dedans, pour moi, il devient tellement tenu que, bon, je me dis, bof, on a eu toute la série, et ça continue avec Bum Buster, la série des jeux coopératifs, le côté c'est gentil, on joue tous ensemble parce que tous ceux qui n'aiment pas jouer, du coup, même s'ils perdent en coopératif, c'est pas grave parce que tout le monde a perdu. C'est l'école des fans, ces machins. Bon, moi, c'est pas mon range non plus. Je n'y arrive pas. J'ai essayé, évidemment, des jeux coopératifs et tout. Bon, voilà. Donc résultat, si tu veux, une fois que tu enlèves tout ça... si tu veux, c'est tous les prix des dernières années, des petits jeux. Moi, je suis désolé, j'aime beaucoup les auteurs. Joe Valli, j'ai parlé à Pourodin, etc. Je les félicitais. Mais ce jeu, c'est Vélonimo, on l'a déjà vu, il est déjà sorti dix fois, et c'est un jeu auquel moi, je ne joue pas. Donc, à un moment, on a créé une carité Gorée initiée, aujourd'hui, on a des jeux initiés, ils sont encore plus... Il faut se souvenir quand même que le Spiel des Sierres, à l'époque, c'était Tikal, le Spiel simple, le rouge. Tikal, c'est 13 façons de marquer des points, et tout le monde jouait à ça. Donc on pouvait expliquer, il faut juste prendre le temps, c'est plus compliqué. Bon, aujourd'hui, on a démissionné en fait.
- Stéphanie
Sous couvert peut-être de vulgarisation du jeu et de catégorisation aussi du jeu.
- Charles
Oui, mais je pense que c'est une démission du milieu, de nous, en disant, on va vendre des millions de boîtes de Skyjo. Ok, super. Moi, ça ne m'intéresse pas. C'est-à-dire que ça ne m'intéresse pas d'y jouer, ça ne m'intéresse pas de l'expliquer, ça ne m'intéresse pas même de le primer en disant, si je suis dans un jury... Voilà, donc en fait, pour moi, là, on est à la limite basse. C'est-à-dire qu'on est vraiment dans les catégories à lequin pour les bouquins. Est-ce qu'il faut primer, si tu veux, un concours, qu'on le veuille ou non ? Effectivement, ils ne sont pas tous extraordinaires, mais il y a quand même un minimum. Ils ont tenté de faire, effectivement, de primer de la fantasy, du fantastique. Dernièrement, après, de temps en temps, on compense en primant un truc que personne ne lit, que tout le monde achète pour dire que je l'ai lu. Mais ça n'empêche que... je pense qu'il y a quand même un minimum à respecter. Et là, il me semble qu'on est vraiment descendu en dessous. Donc, ce qui fait que j'assume. N'importe comment, je ne ferai pas ces jeux-là. Il est hors de question que j'en fasse. Bon, qu'ils continuent de primer ça. Mais ce sont des gens qui, pour moi, n'ont pas la légitimité et qui priment des jeux qui n'en sont limite pas. Oui, on passe du temps avec des gens, mais est-ce qu'il y a un intérêt ? Voilà, je ne suis pas sûr.
- Stéphanie
Tu ne dois pas te faire des amis souvent.
- Charles
Je m'en fous. Non, mais c'est pour ça. L'Astor, ils m'ont dit, ce ne sera pas avec toi, si il y a un auteur. Parce que je les trouve mauvais, quoi. Je les trouve mauvais. Et dans les choix, ils ne se rendent pas compte. qu'il faut arriver des jeux qui ne sont pas toujours en limite basse. Alors c'est marrant, le Spiel on est toujours en limite hausse, eux ils sont en limite basse. Quel est l'intérêt de primer, de mettre en avant des jeux comme ça ? C'est-à-dire qu'à un moment tu te dis, ouais super, les gens vont dire c'est ça le jeu de l'année ? Bah non en fait. A l'évidence non. Et le problème il est là, fondamentalement il est là. Moi ce que je reconnais, c'est de l'expérience de jeu. C'est ce que j'explique à mes étudiants, j'ai donné des cours de game design, tu es en face d'un influenceur qui vend des boîtes de conserve. Et on est censé, si tu veux, avoir le même. Et bah c'est pas possible. C'est-à-dire que ce sont des gens qui sont... Alors, ils servent des bières dans un bar, c'est super. J'aime beaucoup les bars à jeux. Mais enfin, ce n'est pas ça qui lui donne une légitimité pour dire que ça, c'est le jeu de l'année. Même s'il joue à beaucoup de jeux. Est-ce qu'un influenceur qui va être payé pour dire « Ah ça, il est super ce jeu, parce que c'est ça. » Moi, j'ai vu des influenceurs à qui j'ai fait jouer mes jeux. Ils disent « La couverture, elle est jolie. » Ça, c'est juré de l'Asdor. Excuse-moi, c'est juste indécent. J'en parle à l'éditeur en disant « Arrêtez de donner de l'argent à ces gens-là pour... » qui parlent du jeu parce qu'ils n'en parlent pas en fait. Ils n'ont aucun discours dessus, sur le jeu.
- Stéphanie
Alors qu'il y a des gens qui sont, eux, clairement au-dessus. Attention, il en reste dans l'Asdor, des gens capables de dire mais ils ne sont plus majoritaires.
- Charles
C'est une question d'esprit critique aussi, effectivement. Mais justement,
- Stéphanie
il n'y a plus aucune critique dans le jeu. Même les gens dont je parle, le haut du panier, il reste une ou deux filles qui parlent à peu près de jeu. Mais quand je parle avec un Manu Rosoy qui a tenu Boulogne pendant 10 ou 15 ans, attends, mais on est sur une autre planète. Là, il y a des gens qui savent que c'est qu'un jeu. Quand je parlais avec un Laurent Escoffier qui a aussi été prof de game design pendant des années. Mais attends, mais voilà quoi. Donc, bon, voilà. Donc, c'est pour ça. Ça évoluera peut-être. Le côté maso, ce n'est pas de la mauvaise. Effectivement, à un moment, tu le prends mal parce que tu dis mais ce n'est pas possible. Mais bon, je suis sorti de ce milieu-là. C'est terminé. Pas ça. Donc, justement, pour ne pas souffrir comme d'autres auteurs. Et j'en connais beaucoup. Qui, voilà, qui à un moment disent des auteurs majeurs en France, mais même à l'international. Et qui, à un moment, n'ont jamais reçu un prix comme ça. Bon, c'est tout. Continuez.
- Charles
OK. Et je vais rebondir sur autre chose que tu disais, tu l'as dit plusieurs fois, tu es professeur de game design.
- Stéphanie
Oui, je l'ai été pendant 4 ans, à la SUB de création. Alors c'est intéressant, parce que ça permet toi de te structurer pour faire un cours, forcément de dire, tiens, il faut que je parle de ça, etc. Ce qui fait que derrière, finalement, tes protos, tu les vois d'un autre oeil aussi en tant que... Après, j'ai rencontré des étudiants formidables, mais quelques-uns par an. Sincèrement, les autres n'étaient pas, quand je dis pas au niveau, c'est une école de jeux vidéo. Certains se demandaient ce qu'ils faisaient là, tu avais des étudiants pas motivés. Et moi, si tu veux, un jour par an, arrêter d'être architecte, où je gagne bien ma vie, en me disant, je vais transmettre ce que je veux, a priori, je vais faire pas trop mal, voilà. Et voir des gens qui ne viennent pas en cours, qui ne sont pas intéressés, bon, à un moment, ça m'a saoulé. Et là, on est reparti sur autre chose. L'ancien directeur de cette école a monté un prix, et il a récupéré un prix qui s'appelle les chatons d'or. Bon, le nom existait déjà depuis 25 ans. Mais par contre, ça, c'est vraiment, waouh, gratifiant, parce qu'en fait, on a 7 ou 8 catégories de création.
- Charles
D'accord.
- Stéphanie
En fait, les deux bons étudiants parents, on va les chercher directement par un concours.
- Charles
OK.
- Stéphanie
Et ils arrivent avec des projets. Et attends, mais c'est incroyable la créativité de ces gamins. Et j'ai vu dans les autres catégories, où je n'ai moi aucune légitimité, filmique, animation, etc. Mais j'ai vu du coup les autres jeux qui vont être primés. Mais incroyable, quoi. Et là, tu te dis, mais tu as des gens qui ont une capacité à 20 ans, mais tu as l'impression d'avoir Xavier Dolan à côté. Enfin, tu vois, c'est... Et les types, ils ont tout. Et dans la catégorie jeu, nous, on a vu des choses vraiment intéressantes. Et donc, j'ai monté un jury parce qu'on m'a demandé d'être bombardé président du jury. Et je peux dire que ce qui va sortir de là, ça n'a rien à voir avec ce qu'on a dans les prix soi-disant majeurs. C'est-à-dire que là, il y a du jeu vidéo principalement, mais il y a aussi des jeux de plateau. Et là, oui, on va faire du mentorat. Ce qu'ils vont gagner... c'est qu'on va les aider à terminer leur jeu. Et je peux dire qu'il y a un jeu vidéo qui arrive, ça va être un triple A, c'est un truc de dingue. Il y a un jeu de société, on a vu arriver un gamin tout timide, il a fait un truc, on s'est tous regardés en disant « Tu l'as déjà vu ça ? Non ? Non ? Non ? » Et tu te dis, bon, il y a des erreurs flagrantes, mais en dehors de ça, il y a un potentiel colossal.
- Charles
Comment on participe à ce concours ?
- Stéphanie
Alors il faut avoir pour l'instant moins de 30 ans, c'est le jeu, parce que l'idée, c'est qu'on se dit que finalement, le talent n'attend pas les années. Il y a des gamins à 20 ans, ils sont super bons. Et donc, on va les aider à finir de se former.
- Charles
Mais il ne faut pas être dans une école. Non, non.
- Stéphanie
Toutes les écoles de France sont arrivées, et même des Belges qui sont arrivés. Et donc, voilà.
- Charles
D'accord. Je ne connaissais pas ce prix. Je vais aller voir. Il y a un site Internet, quelque chose ?
- Stéphanie
Oui, ça y est. Il faut regarder les chatons d'or.
- Charles
Je le mettrai dans la description.
- Stéphanie
C'est Nicolas Serizola qui a donc repris le lead de ça. Moi, là, je suis comblé, si tu veux, en tant que juré. Je passe beaucoup moins de temps. Et par contre, il va y avoir des projets beaucoup plus intéressants. Et je pense que je peux servir beaucoup plus en tant que mentor qu'en tant que prof.
- Charles
Super. Comment rebondir pour finalement aller sur quelque chose de plus gratifiant ou plus satisfaisant, du moins ?
- Stéphanie
Non, mais à un moment, il faut transmettre. C'est évident. Il y a une école, c'est Tanguy Gréban qui a monté le Borghé-Mack-Ober-Goyne Campus. Voilà, très bien.
- Charles
En Belgique, oui.
- Stéphanie
Et en fait, c'est très bien. Sauf que moi, ayant déjà été prof, alors ce n'était pas spécifiquement du jeu de société, pour être clair, mais quand même, le game design d'un jeu vidéo ou d'un jeu de société, c'est finalement très... On va jouer sur les mêmes frustrations. sur les mêmes satisfactions, le fait de faire partie d'une équipe, etc. et les mêmes gratifications. Et en fait, tu te rends compte qu'il y a plein d'étudiants qui sont là, ils sont un peu perdus, ils ne savent pas trop, ils ont atterri là. Et moi, ça ne m'intéresse pas. Ils sont gentils, mais je ne vais pas perdre du temps pour quelqu'un qui ne fera jamais de jeu.
- Charles
Ça pourrait être intéressant d'intervenir dans l'école Board Game Campus, dédiée aux jeux de société. Sincèrement,
- Stéphanie
j'ai vu que Tanguy avait déjà monté son projet. Il a des gens formidables. Il a déjà Théo Rivière qui lui est prof à l'année, je crois. Donc il intervient. Moi, j'ai pu intervenir à ce but de création. Je lui ai donné deux, trois types. Il m'a dit, ça, je vais te le piquer. Je vais faire ça aux étudiants parce qu'on fait faire des jeux, forcément aux étudiants à longueur d'année. Après, on va en parler parce que je suis en train de monter un lieu qui va être dédié aux jeunes. qui n'est pas encore ouvert, donc c'est difficile d'en parler plus que ça, mais bon, peut-être que ça peut l'intéresser. Et puis bon, lui, il a déjà... Enfin, alors, il est parti sur beaucoup de vidéos aussi, enfin, de distanciels, avec des gens incroyables, comme Bruno Catala, comme Antoine Ausha, qui sont d'excellents auteurs, donc il a tout ce qu'il faut. C'est-à-dire, il a des éditeurs, il a des illustrateurs. Maintenant, il faudra voir si demain, on fait des choses ensemble, pourquoi pas, bien sûr.
- Charles
Bah écoute justement tu parles un peu de tes projets qu'est-ce qu'il y a pour toi en projet que ça soit en création de jeu, en prototype en jeu à sortir
- Stéphanie
Alors jeu à sortir pour l'instant il y a un trou dans la raquette c'est-à-dire qu'il y a eu le Covid, il y a eu plein de choses il y a eu effectivement les cours qui m'ont demandé pas mal de temps donc ça a été un peu moins vite sur les protos et puis encore une fois j'ai levé le pied dans le sens où je suis plus dans la production parce que je, comment dire, il y a trop de jeux aujourd'hui donc je pense qu'on a plutôt intérêt à faire un bon jeu par an mais très bien sorti, très bien édité, très bien testé, etc. Dont on est sûr, bon, mais il y a pas mal de prototypes. Encore une fois, une quinzaine. Avec des, toujours Bruno Catala, avec Manu Rosoy. J'ai envie de retravailler avec Laurent Escoffier, parce que humainement, c'est quelqu'un de formidable. Et puis, il y a ce lieu-là. Je vais déménager dans un lieu que je suis en train de monter, qui va tourner autour de l'art et du jeu.
- Charles
D'accord.
- Stéphanie
Donc, c'est vraiment un projet de vie. C'est quelque chose de... Je retape depuis huit ans. Enfin, quelque chose d'assez colossal.
- Charles
C'est en région parisienne ? C'est en région parisienne,
- Stéphanie
oui, tout à fait, sur l'ouest de Paris, Grand Ouest, dans lequel j'ai travaillé avec des gens du monde du jeu aussi, donc des gens vraiment très forts et assez fiers qu'ils viennent me rejoindre dans ce projet. Tu as parlé de Board Game Campus, ça risque de faire aussi un peu de bruit de ce côté-là, parce qu'on va être vraiment dans l'expérience, dans le jeu total, parce que le jeu, finalement, c'est la base de tout art. On joue au théâtre, on joue de la musique. C'est vrai. Quand on regarde un tableau, évidemment, ce n'est pas un lieu qui existe, donc on fait semblant, donc c'est du jeu, etc. Et donc on va... et irriguer un peu tous ces arts par le jeu. Ces quelques années, j'espère qu'elles vont être ultra enrichissantes.
- Charles
Là, tu tises bien le truc parce que j'ai envie d'en savoir plus.
- Stéphanie
Écoute, ça va arriver. J'ai déjà m'installer là-bas. D'autres personnes qui viennent y travailler. Et puis, on va communiquer évidemment autour de ce lieu. Et après, il y a plein de gens qui vont venir, qui ont des associations pour jouer, mais pas que, pour faire des choses, des GN, du théâtre immersif, des choses un peu plus costauds. C'est le jeu sous tout.
- Charles
Un lieu culturel et de création.
- Stéphanie
Culturel et ludique.
- Charles
Eh bien, j'ai peut-être d'y venir un jour. Pourquoi pas faire un podcast ?
- Stéphanie
carrément on n'est pas très loin on va aussi avoir écoute on va avoir besoin de gens sur les médias donc j'ai déjà des gens que je connais bien etc. mais parce que tous les gens qui vont passer dans ce lieu on va les interviewer donc il va y avoir un site qui va reprendre tous ces arts tous ces artistes tous ces projets c'est assez gros il y aura une salle de tournage aussi super et tu estimes à peu près à quand la concrétisation moi j'y habite dans 3-4 mois et derrière le lieu va ouvrir je pense au moins après les vacances d'été Merci.
- Charles
Ah oui, c'est un projet de l'année 2026.
- Stéphanie
Oui, c'est ça. Il va y avoir une trentaine de couchages. Il va y avoir des ateliers pour travailler à l'année. Il y a des gens qui vont habiter là à l'année, dont moi. Donc voilà, c'est quelque chose d'assez important.
- Charles
On va créer des grandes game jams, ce genre de choses. Ça peut,
- Stéphanie
mais alors, j'ai volontairement pas voulu, tu vois. Enfin, c'est pas une salle de mariage. C'est ça que je veux dire. J'ai pas envie qu'il y ait... Il y a des gens qui font ça très bien. Je vais à Etourvie chaque année, chez Bruno Fai Duty, enfin, ce qu'il organise. C'est génial. Mais bon, on est 150. Il y a des gens à qui, à la fin du séjour, je n'ai même pas dit bonjour. Parce que c'est trop. Moi, j'ai envie vraiment que les gens se rencontrent autour de projets. Donc, ça va être plus petit, mais peut-être plus pointu.
- Charles
À suivre. On va rester connectés. Est-ce que ça a un nom déjà ?
- Stéphanie
Ça risque de s'appeler La Lisière.
- Charles
D'accord. Écoute, je resterai à l'affût sur tes réseaux.
- Stéphanie
Voilà.
- Charles
Est-ce que tu veux rajouter autre chose à cette interview ?
- Stéphanie
C'est plutôt sympa. On est à Gonfreville-Lorcher. Je ne le connaissais pas, mais je connais le Havre. Je suis venu voir le Havre, visiter même en tant qu'architecte pour voir tout le travail de Auguste Perret, les appartements, les boulevards, etc.
- Charles
Même Nîmes-Hierre.
- Stéphanie
C'est chouette. Nîmes-Hierre, effectivement, parce qu'il est venu travailler aussi. Je connais toute la côte, les trottins, parce que c'est super chouette et c'est beau. Je ne connaissais pas Grand-Franville-Lorchers, mais c'est un des gros salons du coin. C'est très sympa, l'association.
- Charles
Justement, c'est important pour toi, ça a des festivals. Garder cet ancrage avec des festivals locaux et non pas simplement être au festival de Cannes,
- Stéphanie
par exemple. En fait, on est des animaux sociaux dans le jeu de société. Donc, on aime partager. Donc, il y a le fait d'arriver, de faire vivre nos jeux parce qu'aujourd'hui, c'est de plus en plus difficile. Donc, c'est vrai que ce n'est pas une garantie. Enfin, j'explique quand même au... aux éditeurs que les jeux, je vais les faire tourner pendant un an et demi, deux ans. Donc, je fais X festivals dans l'année. On rencontre des joueurs qui nous font des retours sur les jeux. Ça, c'est super important parce que si tu veux, les gens, quand ils te disent, t'es les auteurs, ils vont dire, c'est super, il est top ton jeu, mais déjà, quand je vois des gens jouer à mon jeu et que je me mets à 5 mètres, le non-verbal, tu vois, le gars qui s'emmerde, le gars qui est sur son téléphone, le gars qui dit, tiens, ça, ici, sortez le proto, on a loupé quelque chose, ça, sortez là. Et puis, je partage, rencontrer des gens. Et justement, moi, c'est quelque chose qui me plaît dans le monde du jeu, c'est que tout le monde est accessible. C'est incroyable. Alors que pour avoir essayé de percer dans le monde de la bande dessinée, milieu littéraire, on te regarde de haut, mais vous êtes qui pour prétendre être machin ? Bon, écoute, salut.
- Charles
Passe ton chemin.
- Stéphanie
Passe ton chemin. Et alors qu'ici, tu as des gens, tu sais, les gens qui viennent avec des protos. Moi, c'est marrant parce que j'avais été au Festival de Rouen, d'ailleurs organisé un peu par les mêmes assos. À l'époque, c'est les fous de jeu.
- Charles
Les fous du jeu, ça existe toujours.
- Stéphanie
ça existe toujours parce que j'en ai vu deux ici et le soir il y a au off il y a un monsieur qui s'appelle Mathieu Verdier qui est venu et qui a dit est-ce que je pourrais te montrer mes prototypes et tout donc je l'ai vu il m'a demandé mon avis je lui ai donné et puis je le retrouve dans le milieu du jeu et c'est devenu un super auteur un super développeur donc en fait tu vois bien que c'est quand même le gars qui arrive avec son proto demain ça va peut-être être l'auteur ou ton éditeur donc en fait le milieu est tellement ouvert et c'est super et ça j'adore c'est sûr Merci.
- Charles
Si tu étais un mode de jeu, lequel serais-tu ? Du compétitif, du coop, du semi-coop, du solo ?
- Stéphanie
Alors, clairement compétitif. Ouais. Clairement compétitif, oui, bien sûr.
- Charles
T'as pas eu d'hésitation ?
- Stéphanie
Non, j'ai pas d'hésitation, parce que, tu vois, j'aime bien certains coops, type ce qu'avait fait, tu sais, Chevalier de la Table Ronde.
- Charles
Ah, c'est du semi-coop ?
- Stéphanie
Oui, ben c'est ça, c'est avec du traître, avec du truc. Et quand il n'y a pas de traître, tout le monde se regarde. Ça, je trouve ça génial, parce que tu passes le... la partie à te regarder en chien de faïence alors qu'en fait, on était tous du bon côté. Alors que le co-op pur, je ne dis pas, j'en ai essayé, c'est sympathique, mais je n'ai quand même pas l'impression, si tu veux, il y a des gens qui viennent en touriste pour... À la limite, j'aime bien les jeux par équipe, des codenames, des choses comme ça. Ça marche bien, ça marche très bien. Mais sinon, compétitif à 200%.
- Charles
Ok. Si tu étais une mécanique de jeu ? laquelle serais-tu ?
- Stéphanie
moi j'en ai utilisé pas mal j'aime bien en mécanique j'adore la programmation donc je l'ai fait sur Antarctica, sur Monte Cristo parce que je trouve que c'est vraiment quelque chose d'intelligent,
- Charles
il faut prévoir et ouais je pense que ce serait ça la programmation sans doute alors je demande aux auteurs s'ils étaient un illustrateur et aux illustrateurs s'ils étaient un auteur je vais me faire des copains parce que j'ai des très bons copains illustrateurs
- Stéphanie
j'ai le droit qu'un seul ?
- Charles
Vas-y, tu as le droit à plusieurs si tu veux.
- Stéphanie
Écoute, j'ai une vraie amitié avec Maëva. Maëva Da Silva. Maëva Da Silva, qui a un talent monstrueux que j'ai connu à tous ses débuts. Parce que sur les premiers jeux où j'ai pu la placer, avec Christine, d'ailleurs, à l'époque, à qui on pense ? Non, Christine Deschamps.
- Charles
Ah, pardon.
- Stéphanie
Voilà, son amie. Malheureusement, elle n'est plus là. Et qui avait commencé à travailler, d'ailleurs, sur Recortibus.
- Charles
D'accord.
- Stéphanie
Et c'est, je pense, son dernier jeu. Vu qu'elle a mis beaucoup de temps à sortir. Et en fait, Maéva, elle a développé un talent, mais c'est juste monstrueux. Et après, j'ai la chance de bosser sur Lout, Nayad, c'est quelqu'un déjà pareil d'humainement, il est génial et il est super doué. Sur Légion, non mais c'est monstrueux. Avec Xavier Collette, un talent brut, mais monstrueux. Pascal Kiddo, c'est devenu un copain dans un style assez différent finalement. C'est dur, c'est trop dur. Ils sont tous ultra doués, alors là, je suis jaloux. Là, clairement, je suis jaloux parce que je sais à peu près tenir un crayon en tant qu'architecte pour dessiner des images et des choses. Mais eux, ils ont développé un art. Et c'est vrai que c'est devenu... Je suis admiratif et jaloux à la fois parce que je ne dessinerai jamais comme eux et j'aimerais tellement.
- Charles
Ok. Écoute, je termine aussi toujours en demandant pour une prochaine interview si tu avais quelqu'un à me proposer dans le milieu ludique.
- Stéphanie
Ah oui, sympa. Alors, je ne connais pas tous les gens que tu as déjà interviewés.
- Charles
Ce n'est pas grave, tant que tu as de la chance.
- Stéphanie
Oui.
- Charles
de gens connus ou pas connus parce que ah bah tu sais ça peut être c'est ça que j'aime bien aussi ça peut être un auteur un illustrateur un éditeur mais aussi parfois un métier un développeur pourquoi pas enfin tu vois il y a des tas de métiers qu'on a et bah écoute développeur j'aimerais bien que tu ailles interviewer effectivement Joseph Foussat si tu l'as pas fait non je trouve que c'est quelqu'un d'humainement vraiment d'incroyable on
- Stéphanie
a fait un jeu de rôle avec lui tu vois la personnalité du gars qui explose et vraiment sur l'outil il nous a enfin il a plus qu'aider il a Voilà, moi, je trouve que c'est vraiment quelqu'un de formidable en éditeur, en auteur, Laurent Escoffier. Je ne sais pas si tu l'as déjà. Non, je n'ai jamais fait. Eh bien, humainement, c'est une crème. Et en interview, tu as interviewé Maëva ou pas ? Oui, je l'ai fait. Donc, va essayer Nayad.
- Charles
Oui, j'ai tenté Nayad. J'aimerais bien le voir à Cannes, mais il n'est pas là cette année.
- Stéphanie
Pareil, humainement, des gens plus, plus quoi.
- Charles
OK, écoute, je note ces trois noms.
- Stéphanie
Voilà.
- Charles
En tout cas, merci beaucoup pour ce moment. Merci à toi. Plein de choses pour la suite. Et on termine les podcasts comme on termine habituellement les vidéos et les podcasts en disant « Alors, je veux signer Charles Chevalier. »
- Stéphanie
Tu joues ou quoi ?
- Charles
Je vous remercie d'avoir écouté cette interview jusqu'au bout. Si vous avez aimé cet épisode, je vous invite à le partager et à parler du podcast autour de vous. Pensez à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée ainsi qu'à la chaîne YouTube « Tu joues ou quoi ? » . La semaine prochaine, avec David, nous serons présents au Festival international des jeux de cannes. Si vous nous croisez... n'hésitez pas à venir nous voir, ça nous fera vraiment plaisir de papoter. Dans tous les cas, je vous donne rendez-vous dans deux semaines pour un nouvel épisode.