- Guénaëlle de Montgolfier
Et j'avais en moi un bouillonnement qui faisait que je ne tenais plus en place. Et j'étais toujours malade aussi régulièrement. Mais avec cette envie de quitter mon lit. Je ne sais pas si ça vous est arrivé quand vous êtes malade, de vous dire si je me lève et que je vais ailleurs, peut-être que je ne serai plus malade. J'ai ressenti ça. Il fallait que je parte. Je ne savais pas comment, mais il fallait que je parte.
- Marie
Bonjour, je m'appelle Marie et vous écoutez Un beau jour, le podcast de famille chrétienne qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. Et dans cet épisode, je reçois Guénaëlle de Montgolfier. Guénaëlle a connu six années d'une maladie mystérieuse qui la clouait au lit dans de grandes douleurs. Et puis, un beau jour, elle a ressenti l'appel à marcher sur le chemin de Compostelle. Elle est partie seule durant trois mois contre la vie de beaucoup et en est revenue rétablie. C'est le récit de cette incroyable aventure et de cette guérison aussi bien physique que morale et spirituelle qu'elle retrace dans un ouvrage intitulé « Seul, 1500 km vers Compostelle » et qu'elle vient nous partager. Bonjour Guénaëlle.
- Guénaëlle de Montgolfier
Bonjour Marie.
- Marie
Alors pour commencer, est-ce que vous pourriez nous présenter l'objet symbolique de votre histoire que vous avez apporté s'il vous plaît ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, cet objet symbolique, j'ai choisi en fait, parce que j'avais trois idées.
- Marie
Il faut choisir.
- Guénaëlle de Montgolfier
Non, l'objet que j'ai choisi, en fait, ce sont deux objets. Ce sont les bâtons que mon mari m'a donnés pour partir sur le chemin. Et donc, c'est aussi un petit clin d'œil, parce que non seulement il représentait vraiment cet homme que j'aime et que j'emmenais à mes côtés pendant tout le long. Mais également le joke de mon chemin parce que je n'ai pas arrêté de les oublier, de faire des demi-tours parfois sur plusieurs kilomètres pour les retrouver. Ils ont réussi à passer la douane au retour, ce qui est incroyable.
- Marie
Bien caché au fin fond de votre sac.
- Guénaëlle de Montgolfier
Exactement. Et donc j'ai pu lui remettre ces fameux trophées. Et c'était un point d'honneur.
- Marie
Et c'est vrai que votre livre a beaucoup d'humour, c'est aussi pour ça qu'il est très sympathique à lire. Votre histoire, en tout cas celle que vous allez nous raconter, commence en 2016, on peut la faire commencer ainsi. Alors vous avez 45 ans à ce moment-là, vous êtes mariée avec celui qui est donc votre bâton de marche, votre pilier de vie, votre Ben, comme vous l'appelez affectueusement, Benoît, avec qui vous formez un couple collé-serré depuis 15 ans. Vous avez cinq enfants, vous menez une vie active, très active, mais somme toute assez normale pour une mère de famille nombreuse, une vie professionnelle, une vie d'épouse. Et puis à ce moment-là, le train de votre vie commence à dérailler avec un puis deux burn-out au travail. Racontez-nous.
- Guénaëlle de Montgolfier
Oui, j'ai commencé à travailler en fait chez un antiquaire au départ. Et puis, très vite, il s'est avéré que c'était vraiment quelqu'un de malhonnête et qu'il me faisait travailler sans... Enfin, voilà, je ne vais pas rentrer dans le détail parce que je ne veux pas... Il a fait de la prison depuis, donc je pense qu'il a suffisamment payé. Donc, voilà, mais il m'a vraiment maltraitée moralement. Et donc, au bout de neuf mois, j'ai complètement craqué. Et puis, quelques mois plus tard, quand j'ai été rétablie, j'ai fait une complète reconversion. Et je me suis dit que j'étais plutôt faite pour le social. À bonne école, à la maison, en me donnant un peu à tout le monde, je me suis dit que ça me correspondait. Donc j'ai été chargée de développement dans une structure de maintien à domicile. Et là, ça correspondait complètement à mes valeurs, qui étaient la prise en charge, le prendre soin de l'autre. Mais très vite, j'ai été vraiment en opposition avec un patron qui était à l'opposé de mes objectifs, qui était de... de prendre soin surtout des personnes qui en avaient le plus besoin et non pas selon leur portefeuille. Pour faire court, c'est un peu ça. Et donc, je suis trop entière et je crois que je n'ai pas supporté cet écart tellement intérieur que j'avais. Et puis, j'ai subi du coup des pressions, des menaces aussi. J'ai été prise pour cible vraiment au cours des réunions à répétition pendant deux ans. et me montrer du doigt alors que je faisais des très bons chiffres et du très bon résultat. Et donc, ça a été très, très compliqué. Et je me suis mise au fur et à mesure à 60% en me disant que j'allais mieux tenir le coup. Et puis, je me disais, j'avais beaucoup d'orgueil aussi parce que je me disais de toute façon, j'ai une vie équilibrée, j'ai un mari qui m'aime, j'ai une famille qui va bien. Ça va aller, ça va aller.
- Marie
Je vais tenir, je vais tenir, je vais tenir.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et en fait, j'ai craqué et j'ai craqué comme les huit autres personnes avant moi. qui sont parties en burn-out, en arrêt maladie, en répétition. En fait, il y avait quelque chose d'organisé. Ça a été compliqué, ça a été difficile, ça m'a été difficile aussi de rechuter, on va dire, de tomber une deuxième fois. Je ne l'acceptais pas et c'est pour ça que je crois que j'ai tenu aussi longtemps à la force du poignet. Il n'y avait pas que de l'orgueil, il y avait aussi le fait de ne pas vouloir décevoir mon entourage.
- Marie
Il y a toujours beaucoup de choses qui se mêlent effectivement. Et donc deux burn-out, vous réussissez quand même à vous remettre de ce deuxième burn-out ? Alors celui-là, non. Celui-là,
- Guénaëlle de Montgolfier
ça a été peut-être parce que c'était le deuxième. Je ne sais pas. J'étais certainement déjà fragilisée. Mais là, j'ai vraiment, vraiment eu du mal à remonter la pente. Donc pendant deux mois, je n'ai fait que dormir. De nouveau, mon mari gérait tout, reprenait tout en main. Sans un reproche, jamais. Ça a été incroyable. Et puis au moment où je m'apprêtais à reprendre en me disant « Allez, cette fois-ci, ça y est, ça va aller. Je vais changer de... » de poste, etc. En fait, là, j'ai commencé à avoir des symptômes un peu étonnants.
- Marie
Oui, c'est ça. Si je reprends la métaphore du train, votre vie déraille à ce moment-là tout à fait avec une maladie mystérieuse effectivement qui se déclare. Mais alors, qu'est-ce qui vous arrive ?
- Guénaëlle de Montgolfier
J'ai l'impression que mon corps m'envoyait des signaux que je ne voyais pas à l'époque, comme s'il se mettait à clignoter en rouge. Et j'ai commencé à avoir de très très fort mot de tête, vraiment insupportable, mais quand on a mal à la tête, surtout quand on est une mère de famille bien occupée, on se dit que ça va passer, on prend un Doliprane et ça repart. Là, c'était pas ça du tout, c'était beaucoup plus fort, beaucoup plus violent, ça me mettait complètement par terre, et puis au bout de deux jours, ça passait. Donc, je me suis dit une fois, deux fois, et puis une autre, une fois, en fait, j'avais ma mère qui était à la maison à ce moment-là. Et là, elle m'a vue me prendre la tête vraiment et fermer les yeux et serrer les mâchoires. Et là, elle m'a dit non, mais il y a quelque chose qui ne va pas. Et comme d'habitude, je lui ai dit non, non, mais je sais que ça passe, je sais que ça passe. Et en fait, un peu de force, elle m'a emmenée à l'hôpital et il s'est avéré que c'était une méningite fulgurante.
- Marie
Ah oui, quand même, une méningite, ok. Donc là, il vous donne un traitement, j'imagine ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors là, tout le monde avec les masques, prend le bas de combat parce que la ponction révélait une méningite vraiment... très, très, très mauvaise. J'ai passé une dizaine de jours à l'hôpital. Et en fait, je devais sortir au bout de dix jours. Et puis, au bout de huit jours, au moment où ils étaient en train de parler de mon jour de sortie et ce que j'allais faire derrière pour me reposer de cet événement vraiment compliqué, ça a recommencé. Nouvelle méningite ? Nouvelle méningite, nouvelle crise violente, nouvelle ponction lombaire, branle-bas de combat, rebelote, exactement la même chose. Et en fait, à partir de là, je vais avoir des épisodes de méningite tous les dix jours pendant six ans.
- Marie
Pendant six ans ? Une méningite tous les dix jours ? Qu'est-ce qu'ils disent les médecins ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors les médecins, déjà je tiens à dire que les médecins sont formidables. Vraiment, il y avait une équipe à Clermont. Assez vite, j'ai été en fait... très intéressante pour la médecine interne. Ils n'avaient jamais vu des taux de... Là, le médecin que je suis allée voir il y a 15 jours à peu près, m'a redit à quel point il se souvient de ces taux d'infection. Je ne sais pas comment est-ce qu'ils appellent ça. Donc oui, dans ce service, j'ai été très bien accueillie, très bien prise en charge, mais également un peu le sujet de plein d'investigations. Et donc c'était très fatigant parce que je passais d'un service à l'autre, d'un instrument d'analyse à l'autre. Et puis assez vite, ma famille m'a un petit peu poussée à consulter également à Lyon, parce qu'on a pas mal de familles à Lyon, pour avoir un autre avis. Et quand on change d'hôpital en France, et ça je ne le savais pas, on recommence tout à zéro. Donc j'ai passé vraiment des mois et des mois à l'hôpital, jusqu'à Paris également.
- Marie
Et alors, qu'est-ce qu'ils vous disent ? Est-ce qu'ils trouvent quelque chose pour expliquer toutes ces méningites à répétition ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, ils ne trouvent rien. Ils appellent ça une maladie auto-immune, maladie rare. Il fallait quand même rentrer dans des cases. Donc, ils ont parlé d'une maladie de Arada, qui est une maladie qui touche les yeux, qui peut rendre sourd, aveugle et qui, dans ses formes graves, donne des méningites. Quand on a ce genre de diagnostic, c'est un peu panique à bord. Moi, je me disais, je commence par les signes graves avant d'avoir les premiers symptômes sur les yeux et les oreilles. Donc, je ne savais pas très bien ce qui risquait d'arriver. J'avais l'impression que j'allais m'éteindre petit à petit.
- Marie
Pendant six ans, du coup, vous êtes dans cet état d'esprit de vous dire... Là, c'est le début de la fin, en gros.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors étonnamment, et ça c'est mon mari qui me l'a répété assez souvent, il m'a dit tu ne te souviens pas mais à chaque fois que tu sortais d'un épisode de Ménagite, tu me disais que ce serait la dernière. Et c'est vrai que je crois que c'est ce qui m'a donné la force de tenir, c'est que j'étais tellement contente de ne plus avoir mal quand je sortais de ces deux nuits et trois jours, quand j'en sortais et que je n'avais plus mal, en fait je... Peigne, c'est le ciel de ne rien sentir faim. En fait, on ne mesure pas à quel point c'est rare et on a une chance inouïe de ne pas avoir mal. Maintenant, j'y pense souvent aujourd'hui où je n'ai plus mal et où je pense à ces malades qui souffrent en permanence.
- Marie
Oui, vous ne souffriez pas en permanence, mais quand même, vous avez souffert énormément pendant six ans. Vous n'avez jamais essayé autre chose que la médecine conventionnelle ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, c'est le danger. Et ça... Quand on n'en peut plus, que la médecine ne trouve pas, on entend en plus à droite à gauche, tu devrais essayer ci, tu devrais essayer ça. Oui,
- Marie
c'est ça, les autres vous donnent des conseils, je vais aller voir telle personne.
- Guénaëlle de Montgolfier
On se laisse un peu tenter par tout ça. Alors évidemment, on essaye des régimes. En plus, moi, j'étais sous très, très forte dose de cortisone. Donc j'avais gonflé, je n'étais pas très belle à voir. J'étais insupportable de caractère. Ça n'arrangeait rien. Donc en fait, dans ces cas-là, on se dit... Oui, non seulement il faut une nutritionniste, mais il faut également aller voir du côté des plantes, du côté de la médecine chinoise. Et puis, peu à peu, on est attiré par... Je reconnais que j'ai été attirée par un conseil d'aller calmer le psychisme. En disant que j'avais une espèce de colère intérieure, des interprétations comme ça. Et de fil en aiguille, j'ai atterri dans un endroit où il ne faut pas mettre les pieds, en fait.
- Marie
C'est-à-dire ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Au fin fond de la campagne, du côté de Millau, je me suis retrouvée dans un petit gîte. Je suis allée avec ma sœur quand même parce que je n'étais pas très tranquille. Et on a passé quatre jours sur place. Et là, on est un peu entre les mains d'une sorte de gourou qui, moi, m'a fait comprendre que j'étais très très réceptive, que j'avais vraiment des appétences au chamanisme et à je ne sais quoi. Je lui ai dit très rapidement, je garde toujours ma médaille miraculeuse sur moi, Et je lui ai dit très rapidement que j'avais la foi, que je ne touchais pas à ces choses-là. Il m'a dit non, non, mais vous prendrez ce que vous voulez. Mais en fait, je pense que ce n'est pas bon d'ouvrir les portes dans ce domaine. Enfin, je laisse libre chacun de penser ce qu'il veut. Mais moi, pour l'avoir expérimenté, ça m'a énormément fragilisée psychologiquement. C'était plutôt l'inverse. Ça m'a rendue extrêmement fébrile, très fragilisée. Et pas du tout guérie.
- Marie
Ça ne vous a pas fait de bien du tout. Parce qu'en fait, on comprend cette tentation quand on a si mal que les années passent. Enfin, on ne se rend pas compte, mais des années à avoir mal, on comprend que la tentation soit grande d'aller voir.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, je trouve que d'un mal peut sortir un bien parce que je le remercie aujourd'hui parce que ça a été l'occasion pour moi de me rapprocher énormément de ma sœur. Voilà. On avait des relations qui étaient assez distendues. Et depuis, on est extrêmement liés. Mais vraiment, c'est très fort.
- Marie
De tout mal, Dieu peut sortir un bien. Donc, on vous retrouve six ans après. J'imagine que vous deviez être à bout physiquement, mais aussi moralement, peut-être spirituellement, j'en sais rien. Qu'est-ce que vous décidez de faire au bout de six années, comme ça, de grandes souffrances ?
- Guénaëlle de Montgolfier
En fait, ce que je voudrais quand même souligner, c'est que... On ne peut pas dire que physiquement, je baissais énormément. C'était assez étonnant et ça a étonné les médecins d'ailleurs. Par contre, moralement, oui, parce que je me disais, mais ça ne va jamais finir. Ma vie maintenant est organisée comme ça et je vais finir par mourir de ça, je pense, assez tôt. Aussitôt que mon père, certainement. J'ai perdu mon père qui est mort dans la force de l'âge. Donc, je me disais, voilà, c'est mon sort. Et je commençais aussi à culpabiliser, de peser autant sur mon entourage et en particulier sur mon mari. que j'empêchais de dormir. Il n'aime pas trop qu'on parle de lui, donc je ne vais pas insister trop, mais il a été vraiment exemplaire.
- Marie
Il est devenu votre aidant, de fait. On peut dire ça quand même, quand quelqu'un est à côté.
- Guénaëlle de Montgolfier
Oui, puis plus de vie sociale du tout. La vie sociale chez nous, c'est plutôt moi. J'aime voir du monde. Là, on était coupés de tout. Et ça aussi, c'est une petite mort, en fait. Parce qu'on n'existe plus pour personne. La vie des autres continue autour, comme si on était au bord du fleuve. et qu'on voit la vie des autres passer. Et nous, on est à l'arrêt.
- Marie
Oui, vous ne pouviez plus du tout recevoir. Ça vous...
- Guénaëlle de Montgolfier
Ni recevoir, ni participer à une quelconque réunion de quoi que ce soit. On n'était plus engagé dans rien. On ne peut plus. On n'a plus la force, en fait.
- Marie
Donc, vous n'étiez pas à bout physiquement, mais moralement, la culpabilité commence à être... très forte et puis oui c'est ça le fait de penser que vous vous usez en fait la santé avec ces épisodes. Donc qu'est-ce que vous décidez de faire là au bout de six années ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Là je me suis dit peut-être que quand on tombe très bas comme ça, la façon de toucher le fond de la piscine et de donner une grande impulsion c'est de tendre les mains vers le ciel. j'ai vraiment réalisé en fait que là au plus Au plus profond de ma faiblesse, j'avais besoin de me jeter dans les bras du bon Dieu et de lui dire, bon, j'ai confiance, mais je crois que je ne te le dis pas assez. Là, j'ai écrit une lettre. Je crois que c'est ma belle-sœur qui m'a parlé de ça, qui avait dû faire ça pour elle. J'ai écrit une lettre à la communauté de Saint-Joseph de Montrouge qui organise des retraites de guérison intérieure.
- Marie
D'accord. Elle est où, cette communauté ? De Montrouge, ça évoque la région parisienne, mais je ne suis pas très sûre.
- Guénaëlle de Montgolfier
Non, non, non, elle est à Pumisson, c'est pas très loin de Béziers.
- Marie
D'accord, ok.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et en fait, il y a une liste d'attente incroyable. Ah oui, c'est vrai ? Mais ce qu'on m'avait dit, c'est qu'il faut écrire et ils prient le Saint-Esprit et ils choisissent les personnes comme ça.
- Marie
Est-ce que vous sentiez avoir besoin d'une guérison intérieure ?
- Guénaëlle de Montgolfier
En fait, je crois qu'au départ, quand j'ai écrit, c'était pour demander cette guérison physique. Je me disais, je ne suis pas loin de la foi. Je ne suis pas loin de la foi. Je voudrais quand même changer de vie. Stop. Voilà. Je crois que c'est un petit peu... J'étais en colère. J'avais besoin de régler ça. Et donc, je me suis dit, ça ne fait pas de mal, une retraite. Et cette retraite-là, il y a le mot guérison dedans, ça m'intéresse.
- Marie
Et donc, vous écrivez et vous êtes acceptée dans cette retraite alors ?
- Guénaëlle de Montgolfier
J'ai une réponse assez rapidement, me disant que j'étais la bienvenue. Et donc, je suis partie sans du tout savoir à quoi m'attendre. Et quand même, avec l'appréhension d'avoir au milieu ces fichus... Parce que la retraite dure 9 ou 10 jours, donc forcément, ça allait mal tomber pour mes crises, que j'appelais mes crises. Et ça n'a pas raté.
- Marie
Alors, c'est-à-dire ? Comment ça s'est passé ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Eh bien, la petite sœur que j'aime beaucoup... beaucoup, je ne vais pas dire son nom parce qu'elle ne le souhaiterait pas, je pense, mais qui m'accompagnait. Elle était extrêmement ferme. Elle était parfaite pour moi. Elle ne s'est pas du tout faite avoir par mon côté où on va prendre soin de moi, etc.
- Marie
C'est-à-dire ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Elle est passée au-dessus de la maladie. Je n'étais pas malade pour elle. Je venais chercher le bon Dieu.
- Marie
D'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
Donc, elle n'a pas vu ma maladie.
- Marie
Pourtant, vous étiez en pleine crise de méningite.
- Guénaëlle de Montgolfier
Quand la crise a démarré, ça pouvait être impressionnant. Et cette fois-là, ça l'a été beaucoup. J'ai les doigts qui devenaient tout bleus. Et j'avais une très, très forte fièvre. Je me mettais à trembler. Et donc, elle me disait, non, mais les conférences sont trop importantes. Il faut y aller le matin. Il faut y aller l'après-midi. Et donc, jusqu'au moment où vraiment, je me suis évanouie de fatigue. Elle m'a dit, là, c'est vraiment plus possible. Et donc, j'ai loupé quelques conférences. Mais elle venait prier à mes côtés en m'expliquant vraiment que la Sainte Vierge viendrait s'asseoir sur mon lit. Et elle m'a confiée à la Sainte Vierge.
- Marie
D'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
Donc voilà.
- Marie
C'est combien de temps une retraite là-bas à Puy-Miffy ? Alors,
- Guénaëlle de Montgolfier
je crois que c'est huit ou neuf jours.
- Marie
D'accord, ah oui.
- Guénaëlle de Montgolfier
C'est plus qu'une semaine en tout cas.
- Marie
D'accord, ok. Vous avez tenu les huit, neuf jours, voilà.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors j'ai trouvé ça horrible. Je ne veux pas faire peur, mais voilà. Non mais vous étiez malade. Pour moi, voilà. Vous étiez gravement malade. physiquement c'était rude, moralement c'était rude parce que j'avais le sentiment que j'étais pas au bon endroit que c'était pas pour moi, que c'était pour les autres c'est toujours l'orgueil qui travaille dans ces cas-là on se dit mais non, on va revisiter nos relations à notre famille mais moi je m'entends bien avec ma famille je m'entends bien avec mes frères et sœurs on se fait un petit peu des histoires dans la tête où on se dit mais il y a plus malheureux que moi et en réalité le Seigneur nous attend dans la vérité qu'on doit faire dans nos vies Merci. dans la vérité sur nous-mêmes et sur notre caractère. Et petit à petit, je crois que jusqu'à la veille de la fin, j'avais le cœur fermé. Et au cours de la dernière prière, qui est une prière très spéciale, parce que toute la communauté se rassemble dans une petite chapelle, rien que pour nous, pour un patient. Enfin, c'est pas un patient là,
- Marie
c'était un patient de l'âme.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et on a prié tous ensemble et ils m'ont demandé de formuler ma demande. Et là, j'ai oublié de demander ma guérison physique.
- Marie
Mais non, ce n'est pas vrai.
- Guénaëlle de Montgolfier
Ce n'était plus du tout important.
- Marie
Ah oui ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Et j'ai demandé ma guérison intérieure.
- Marie
D'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et ça a été étonnant parce que ça me paraissait logique de demander au Seigneur de guérir mon cœur et de guérir mon âme. Et puis, rien ne s'est passé. Voilà, la petite sœur derrière a un peu ri et a dit, je rajoute que je demande la guérison physique. Voilà. Et puis, elle n'arrêtait pas de me dire pendant toute la semaine, il faut attendre le dernier jour, la dernière messe.
- Marie
Et alors, le dernier jour et la dernière messe ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Eh bien, j'ai eu vraiment un beau cadeau, un très très beau cadeau. Le dernier jour, au cours de cette dernière messe, juste après la communion, j'ai été, c'est très difficile à décrire, j'ai été comme sous une douche d'amour. J'ai été enveloppée. paix, d'amour. J'étais juste ce qu'il fallait d'intensité pour pas que j'explose de bonheur, de joie, de larmes, de je sais pas quoi. Je me suis sentie dans les bras du bon Dieu, mais d'une façon incroyablement douce et fluide. Enfin, c'est très difficile à expliquer. Mais ça a duré, je pense, assez longtemps. J'ai pleuré, Mais des larmes douces, c'était... Complètement, je me suis sentie purifiée, lavée. consolée. J'ai senti mon cœur se remplir de joie, d'une joie immense, d'une confiance, d'une lumière, enfin beaucoup de choses. Et quand j'ai repris mes esprits, parce que j'ai pas perdu connaissance du tout, mais je pense qu'en fin, perdu la notion de ce qui se passait, il n'y avait plus du tout personne dans l'église, tout était noir, les retraitants étaient repartis.
- Marie
Tellement ça a duré de temps.
- Guénaëlle de Montgolfier
Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je raconte avec mon ressenti. C'est à prendre avec des pincettes parce que ce qu'on ressent à ce moment-là. Mais ce que je garde de ça, c'est que depuis, je ne me sens pas du tout plus sainte ou plus parfaite du tout. Mais par contre, j'ai une conviction et une force intérieure qui ne m'a plus jamais quittée. Et ça, c'est le plus beau cadeau. que le Seigneur ait pu me faire. C'était un bien plus grand cadeau que de me guérir physiquement sur cette terre. Là, j'ai un cadeau pour la vie éternelle, en fait. Je le sens. Et donc ça, si je n'avais pas été malade, je n'aurais pas eu ça. Donc voilà, ça c'est incroyable.
- Marie
Donc vous ressortez de cette retraite rayonnante avec quand même cette guérison intérieure, mais la guérison physique alors ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors rayonnante, mais surtout survoltaire. Comme toujours, quand il m'arrive quelque chose, ça prend des proportions. Alors, c'est très difficile pour mon mari de gérer ça parce que je suis partie complètement au 36e dessous. Je suis revenue complètement survoltée au 36e dessus. Donc, de nouveau, il a fallu que ça se calme un petit peu. Et j'avais en moi un bouillonnement qui faisait que je ne tenais plus en place. Et j'étais toujours malade aussi régulièrement, par contre.
- Marie
D'accord, ça continuait.
- Guénaëlle de Montgolfier
mais avec cette envie de... De quitter mon lit. Je ne sais pas si ça vous est arrivé quand vous êtes malade, de vous dire si je me lève et que je vais ailleurs, peut-être que je ne serai plus malade. J'ai ressenti ça. Il fallait que je parte. Je ne savais pas comment, mais il fallait que je parte.
- Marie
Et alors, vous voulez partir où ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, en fait, simultanément, j'ai eu deux signes. D'abord, j'ai lu un livre qui est de Marine Barnerias, qui s'appelle « Ses Pères Héros » . Et Marine, si je la rencontre un jour, ça serait mon plus grand bonheur parce que ça a été vraiment le point de départ, en fait, de me dire que le fait de marcher peut guérir, peut remettre. Oui,
- Marie
parce que c'est une jeune femme qui a atteint de sclérose en plaques.
- Guénaëlle de Montgolfier
Voilà.
- Marie
Et c'est ça. Et elle a fait un tour du monde, elle, carrément. Alors elle,
- Guénaëlle de Montgolfier
c'est incroyable. Oui, oui. Puis on ne se compare pas, bien entendu. Mais elle a bien expliqué que la marche est thérapeutique, en fait.
- Marie
D'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et cette façon d'aller chercher dans cet effort physique, au départ, dans son premier voyage, cette façon de reprendre des forces, en fait, et presque de tordre le cou à sa maladie, d'une certaine façon. Ça, ça m'a beaucoup parlé. D'accord. Donc ça,
- Marie
c'était le premier signe, oui.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et le deuxième, c'est de façon totalement hasardeuse, mais il n'y a jamais de hasard, c'était certainement la Providence, sur le ton de la conversation, un de mes cousins, qui est pourtant peu bavard, m'a dit qu'il avait fait le chemin de Compostelle, il y a deux ans. Et je lui ai dit, mais comment ça, il y a deux ans, et tu n'en as pas parlé ? Il dit, ben, il n'y a pas besoin d'en parler. Je lui ai dit, ben si, c'est quand même quelque chose d'important, c'est incroyable, c'est extraordinaire. Il me dit, ben non, ce n'est pas extraordinaire, tu peux le faire. Je lui ai dit, mais non, c'est impossible. C'est impossible. En plus, on me disait depuis six ans que j'étais fatiguée, qu'il fallait que je me repose. Et il m'a dit, mais qu'est-ce qui t'arrête ? Et là, j'ai réfléchi et je me suis dit, mais en fait, il n'y a pas grand-chose qui m'arrête. Je ne vois pas ce qui me freine.
- Marie
Quand même, des crises de méningite tous les dix jours, tout de même.
- Guénaëlle de Montgolfier
Oui, mais à ce moment-là, je n'y pensais pas parce que... Ah oui, en fait, au moment où ce cousin m'a parlé, parce qu'il faut que je remette les choses dans l'ordre, un traitement venait d'être trouvé. Voilà, comme si mon corps là était quand même... Oui, parce qu'après la retraite, je commençais à retrouver un peu plus d'énergie. Et est-ce que pour ça, à ce moment-là, je ne sais pas, le traitement à partir de ce moment-là a commencé à me parcher. Ils ont trouvé une nouvelle molécule qui sont des immunosuppresseurs par intraveineuse. Donc je passe une journée à l'hôpital par mois.
- Marie
D'accord, oui, comme c'est une maladie auto-immune.
- Guénaëlle de Montgolfier
Voilà.
- Marie
il faut supprimer les causes de l'inflammation. Les défenses un peu trop fortes qui vous attaquent. Voilà.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et donc, on venait juste de faire cet essai de traitement. Et l'essai marchait. Et puis, on est partis en vacances. Et c'est là où j'ai rencontré ce cousin. Et donc, quand il m'a dit qu'est-ce qui te freine, mes méningites ne me freinaient plus. Parce que j'avais ce traitement. Bon, il fallait organiser les choses, sûrement, mais en tout cas, voilà. Et puis, je crois que la seule chose qui me faisait peur, c'était les punaises de lit.
- Marie
Ah oui, ça va comme obstacle parce que finalement... En fait,
- Guénaëlle de Montgolfier
il n'y en a pas.
- Marie
Et alors, vous avez cet appel à partir sur le chemin de Compostelle. Mais vous ne deviez plus avoir aucun muscle quand même en six ans de maladie qui vous clouait au lit.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, j'étais très faible. J'étais très faible, oui effectivement aucun muscle, mais c'était pas le seul manque. J'avais aucun sens de l'orientation, j'avais jamais rien fait toute seule de ma vie. Je me suis mariée très jeune, on se connaît depuis l'âge de 13 ans avec mon mari, qui est très organisé, qui réfléchit tout pour deux. Et donc, aucun sens des cartes, je ne savais pas lire une carte, enfin tout ça. Mais ça ne m'inquiétait pas plus que ça.
- Marie
Petit désir d'indépendance.
- Guénaëlle de Montgolfier
Voilà.
- Marie
Ok.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et puis moi, quand je me projette dans quelque chose, ça ne me paraît jamais impossible. C'est après, quand je suis dans le dur, que je me dis que j'aurais dû réfléchir avant. Mais sur le coup, je me... Voilà. Mais par contre, le frein que j'avais, c'était quand même l'aval des médecins.
- Marie
Oui. Qu'est-ce qu'ils vous disent, les médecins, où il y a ce sujet ? Je me suis dit... Ils n'ont pas voulu vous laisser partir comme ça ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors à Clermont, ils m'ont dit, nous on n'est pas défavorable, mais il faut que vous preniez l'avis du grand ponte qui vous suit à Paris, qui était celui qui donnait les avis sur les différents traitements, qui était toujours très bien choisi par Clermont, donc qui était toujours accepté. Et en fait, du coup, je suis allée un beau jour à Paris. toute contente pour exposer mon projet. Et lui était en train plutôt de regarder les résultats chimiques, qui était très fier du résultat des immunosuppresseurs sur mon corps, et qui m'a dit non, non, vous n'allez pas tout mettre par terre. Ce que vous avez est irréversible, il faut que vous l'acceptiez. Vous êtes complètement dans le déni. Quand on a une maladie auto-immune comme ça et qu'on arrive à trouver quelque chose, il faut s'en contenter. Et donc maintenant... Il faut faire ce traitement régulièrement, reprendre petit à petit des forces, mais votre projet est prématuré, voire impossible.
- Marie
Et alors ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors là, je suis sortie de là en me disant impossible, et bien je vais partir.
- Marie
Impossible n'est pas Guenel.
- Guénaëlle de Montgolfier
J'étais en fait en colère. Pour une fois que j'allais mieux, pour une fois que là une porte s'ouvrait, après six ans de porte fermée, plus de projet, plus rien, j'avais quelque chose. Et qui, même si ce n'est pas possible, qu'on ne me ferme pas la porte avant que j'essaye. Donc cette colère-là, je crois que je le remercie encore une fois aujourd'hui, c'est ça qui m'a fait vraiment partir, mais envers et contre tout. Et je crois que quand on a un projet comme ça, bon alors là, le médecin, j'étais quand même obligée de lui en parler, mais il faut en parler à ceux qu'on aime le plus proche. Moi, j'en ai parlé à mon mari, c'est tout. Mais quand j'ai commencé un petit peu à le dire à quelques-unes de mes amies, mais tout de suite, elles me déversaient leur propre peur. Mais ne fais que 15 jours, pourquoi tu veux partir 3 mois ? Mais ne pars pas toute seule, c'est trop dangereux. En fait, elles avaient peur elles-mêmes. Moi, j'avais peur, bien sûr. Mais d'entendre les peurs des autres, ça freine encore plus. Et ça, non, c'est pas possible. Donc, j'ai arrêté d'en parler. D'abord, parce que je crois que quand on en parle, on se dit que c'est réel aussi. J'ai commencé à préparer dans le secret parce qu'évidemment, ça se prépare. Je ne suis pas partie du jour au lendemain.
- Marie
C'est ça. Oui, vous êtes entraînée. Effectivement, c'est ce que vous racontez dans votre ouvrage. Vous vous entraînez pendant un an. Voilà, en secret ou presque. Et puis, vous décidez de faire un tronçon encore peu connu, enfin même pas ouvert, le tronçon Orcival Rocamadour, parce que vous vouliez partir de chez vous. Donc, vous acceptez de faire l'éclaireuse, de tester le chemin. Et donc, un beau jour du printemps, c'était en quelle année ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Le 31 mars 2024.
- Marie
Le 31 mars 2024, vous voilà avec vos fameux bâtons. À partir d'Orcival, pour votre première journée, comment alors se passe cette première journée ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors une première journée très incroyable, j'étais entourée de mon mari et de mes enfants à la basilique d'Orcival et en fait c'était le jour de Pâques, donc basilique comble, et j'ai reçu cette bénédiction et vraiment là j'ai regardé la Sainte Vierge et je lui ai dit bon, il ne va pas falloir me lâcher, j'avais choisi cet endroit là parce que c'était C'était un lieu de pèlerinage des mères de famille où on avait beaucoup déposé nos intentions et notamment ma maladie a été déposée par toutes mes amies dans cette basilique-là, donc ça avait beaucoup de sens.
- Marie
Et puis le genre de Pâques magnifique,
- Guénaëlle de Montgolfier
la résurrection qui commence. La résurrection, le début du printemps et très honnêtement, pour moi, le printemps égale petites fleurs, petits oiseaux, une douceur de vivre. Donc je suis partie soudée. trompes d'eau glacées.
- Marie
Les petites fleurs n'étaient pas encore là.
- Guénaëlle de Montgolfier
Les petites fleurs et les petits oiseaux étaient tout à fait cachés. Et le lendemain matin au réveil, au réveil dans la première auberge, 20 centimètres de neige.
- Marie
Mais non !
- Guénaëlle de Montgolfier
Donc je n'étais évidemment pas du tout équipée pour ça. Et là, quand même, déjà j'ai du mal à me repérer, mais sous la neige, c'était impossible. Donc je me suis dit, le petit clin d'œil du ciel, c'est de me dire bon, ma cocotte a décidé de tout lâcher. Il faut vraiment tout lâcher. Donc je me souviens vraiment de cette première journée où je me disais que là, j'étais quand même en plein défi. Et que voilà, un pas après l'autre, avec des grands smarcks dans la neige, il fallait que j'y aille. Et donc j'y suis allée.
- Marie
Et vous avez réussi à faire une étape, et puis deux, et puis trois. Et puis finalement, vous faites Orcival-Rocamadour. Et vous vous sentez bien, vous racontez dans votre livre que ça se passe bien. Mais qu'est-ce qui vous fait le plus de bien, en fait, dans cette aventure qui commence tout de suite ? Qu'est-ce qui vous fait du bien ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, si ça peut donner envie à certains de se lancer, j'aimerais dire que quand on fait ce premier pas, et qu'on a un espace immense qui s'ouvre devant soi, là, on a une paix immense. Ce n'est pas la même sensation que ce que j'ai reçu dans cette conversion intérieure que j'avais eue. C'est quelque chose de différent. On se retrouve avec plus aucune charge mentale. C'est comme si ma tête s'ouvrait et se calmait, en fait. Et ça, c'est un soulagement immense. Moi, je ne savais pas du tout si je partais pour une semaine, pour 15 jours ou que j'arriverais jusqu'au bout. Je ne me suis jamais dit que je partais en allant jusqu'au bout, quoi qu'il arrive. Je me suis dit, je fais ce que je peux. Et là, quand même, de se dire que c'est libre, qu'on est libre et qu'on a du temps, eh bien ça, ça... Tout de suite, physiquement, on le ressent. Et donc, il y a cette paix qu'on reçoit, qui est très douce. Il y a la joie de se reconnecter à la nature. Se remettre au rythme de la nature, ça détend le corps, en fait. Parce que le corps apprend à écouter, le corps n'a plus peur. En fait, on arrive à reconnaître un cri de renard. On arrive à savoir s'il y a un pas qui est tout proche ou pas. On arrive à savoir si l'orage va venir sur nous ou pas. on apprivoise et on se sent apprivoisé par la nature aussi et partie prenante de la nature et puis d'arriver au bout de la première puis deuxième puis dixième journée il y a une fierté une confiance qui commence à naître et du coup alliée
- Marie
à cette paix intérieure en fait on commence à se réconcilier avec soi-même ouais c'est ça Mais vous n'avez pas du tout de douleurs physiques, de courbatures, d'ampoules, de tendinites ? Parce que franchement, il y a du dénivelé en Auvergne, alors s'il va le recamador !
- Guénaëlle de Montgolfier
Je ne dirais pas que ça a été une partie de plaisir tout le long. Il y a eu des moments difficiles et cette partie-là, en comparaison après avec la suite, cette partie-là qui n'avait pas été encore balisée, j'étais la première à prendre ce tronçon. d'autres personnes avant. Donc il y avait des petits ratés, je me suis perdue. Il y a eu surtout de ma part des erreurs de vouloir couper à travers bois en me disant ils auraient dû rajouter cette façon de couper. Puis en fait je me retrouvais dans des situations cocasses ou à Califourchon sur des troncs d'arbres en train de traverser des rivières avec mon sac à dos sur le dos. C'est dangereux. Enfin non, il y a eu des moments un petit peu limite. Et puis la vallée de la Dordogne que j'imaginais bucolique à suivre une petite rivière toute gentille. En fait, on monte et on descend tout le temps. Donc depuis, l'association Orsival Rocamadour, qui est formidable, avec des bénévoles extraordinaires, ils ont fait des variantes.
- Marie
D'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
Donc maintenant, on passe par les pressions. Grâce à vous,
- Marie
vous pouvez emprunter Orsival Rocamadour. Vous dites qu'il y a une deuxième étape qui commence à partir justement de Rocamadour. Vous rejoignez la fameuse Via Poso. Podiensis, je crois qu'on dit. La voie du puits, la fameuse et millénaire voie du puits, où vous rejoignez le flot de pèlerins qui la traversent, qui l'empruntent. Et là, c'est un peu plus dur.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, c'est à la fois plus dur et beau aussi, parce que rétrospectivement, moi, je ne savais pas au départ ce que c'était le chemin de Saint-Jacques, pas vraiment. Donc, je pensais que c'était ce que j'avais vécu sur cette première partie. Mais en réalité, le chemin de Saint-Jacques, ce n'est pas que le chemin qu'on fait tout seul, c'est aussi les personnes que l'on rencontre et que l'on rencontre. en train de marcher. Et donc, dans cette deuxième partie, je l'ai démarrée de façon craintive parce que j'aimais bien ma solitude. J'aimais être seule. J'aimais n'avoir que moi sur qui compter. J'aimais être accueillie, être la seule personne qu'on attend dans la journée. J'ai aimé cette partie-là. Et en fait, le Seigneur m'attendait dans cette ouverture aux autres et dans cette acceptation de n'être personne au milieu de plein de monde. Et d'accepter d'arriver la dernière à un gîte et d'avoir le dernier lit, pas forcément le plus confortable. De ne pas avoir forcément une place à table, de ne pas être celle qu'on attend. Et ça, c'est un apprentissage parce que finalement, le chemin, il vient chercher en nous aussi des ressources. Et donc, si on reçoit tout et que tout est très facile dans la façon dont on est accueilli partout, finalement, on n'apprend pas grand-chose sur soi, je pense.
- Marie
C'est très juste. Et puis, il y a le versant positif de tout ce flot de pèlerins qui se déversent sur la voie du puits. C'est toutes ces belles rencontres que vous faites, les rencontres aussi loufoques et drôles, parce qu'il y a toujours des originaux, n'est-ce pas, sur le chemin ? Il y a quelques moins belles rencontres normales, comme dans une vie, en fait. Vous aigrenez donc dans votre livre toutes ces rencontres. Alors, on ne va pas pouvoir... toutes les raconter. On va laisser les auditeurs lire votre livre qui est vraiment très sympathique de ce point de vue-là. Mais est-ce que vous avez une belle rencontre qui vous reste de cette partie-là entre Rocamadour et Saint-Jean-Pied-de-Bord, on va dire, dans la partie française ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Oui, en fait, j'ai fait une belle rencontre d'un Suisse, par exemple. Un Suisse, ils étaient trois, en fait. Il y avait un Suisse, il y avait aussi Katia, qui était très, très touchante. Voilà, que j'aimais beaucoup. Et puis, donc on était ce petit trio et depuis deux jours, on marchait ensemble. Et elle n'était pas croyante et lui était protestant. Et je leur ai proposé qu'on s'arrête à Las Cabanes. Il me semble que c'est bien Las Cabanes. Quelquefois, je confonds les noms de villages, mais il me semble que c'est bien celui-là. Et parce que j'avais repéré que le gîte était un ancien presbytère qui était adossé à la petite église. Je trouvais ça sympathique et puis je savais qu'il y aurait la messe ce jour-là, donc je voulais les inviter à m'accompagner. Et en fait, il y a eu bien plus que ça, il y a eu un lavement des pieds. Dans cet endroit, je ne sais pas s'il est toujours en vie, mais il y a deux ans, il était là, c'est un vieux prêtre de 85 ans qui lave les pieds des pèlerins tous les soirs, depuis le début de sa vocation. Sa vocation, c'est d'être le plus pauvre auprès des plus pauvres. et de prendre soin des pieds abîmés des pèlerins. Alors les miens étaient tout frais, tout beaux, j'ai eu beaucoup de chance, mais mes voisins, ce n'était pas du tout le cas. Et ça, c'est une image qui va me rester. J'avais l'impression de voir le Christ en train de prendre soin de ceux qui viennent le chercher et qui souffrent pour ça. Ils ne savaient pas forcément qu'ils venaient chercher ça dans cette église, mais ils ont tous été bouleversés par ce geste. Et depuis, on garde quelques liens, je crois qu'ils n'oublieront jamais.
- Marie
Vous avez un chapitre très drôle dans votre livre sur la question à ne surtout pas poser à un pèlerin en route sur le chemin. C'est « Alors, bien dormi ? » Non, mais parce que voilà, c'est d'hors-tour plein de ronfleurs. Bizarrement, peu de personnes en parlent, mais c'est quand même un peu difficile à vivre. Et pour vous, ça a été vraiment difficile de... Dormir sur le chemin, ça c'était la partie un peu difficile, j'ai l'impression, de dormir, de récupérer. Comment vous qui êtes malade, vous tenez physiquement sur le chemin, avec les nuits difficiles, la fatigue physique qui s'accumule ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors je me pose encore la question aujourd'hui, ça c'est vrai. Je pense que ça fait partie des miracles du chemin, mais il y a aussi une explication physique. C'est-à-dire que quand on marche au long cours comme ça, et qu'on marche toute la journée, on développe, je crois que ce sont les endorphines. C'est une espèce de drogue qui fait que le corps appelle la marche quoi qu'il arrive. Donc cette fatigue physique, on ne la ressent pas. On ressent une excitation, une envie. Et moi, très très tôt, parfois à 4h du matin, j'ai envie de me lancer sur le chemin. Et je l'ai fait. Et puis effectivement, après, quand les nuits sont difficiles et qu'on se tourne et qu'on se retourne, je crois que pour moi, le combat, c'était d'avoir l'impression d'être la seule à râler. Et la seule à dire, mais comment ça se fait que vous ne soyez pas gêné, qu'on ne vous ferme pas les volets, que vous ne soyez pas gêné qu'il y ait une lumière exite qui clignote toute la nuit, que vous ne soyez pas embêté par celui-là qui est insupportable de ronflement. Et puis jusqu'au jour où je me suis rendu compte que j'avais réveillé tout le monde dans le dortoir parce que j'avais marché et parlé toute la nuit, j'avais été somnambule. Donc en fait, chacun son tour, on embête les autres.
- Marie
Ça rend beaucoup plus humble. Vous parlez d'une réconciliation avec votre corps pendant ce chemin.
- Guénaëlle de Montgolfier
Je crois que ça a été une des révélations pour moi. Et il me semble que je crois que c'est ce que j'étais venue chercher. C'est refaire confiance à cette carcasse que je ne supportais plus. D'abord, je ne m'aimais plus trop physiquement quand on est plein de cortisone. On a eu l'habitude d'avoir plutôt une bonne tête. Et de plus se reconnaître dans la glace, ce n'est quand même pas très facile. Mon mari n'arrêtait pas de me dire que si, mais je savais qu'il disait ça pour me faire plaisir. Et en fait, déjà, j'étais donc assez en colère contre ce corps-là que je n'aimais plus. Et donc, il fallait que je me réconcilie. Et en marchant, en fait, ça a été plus qu'une réconciliation, ça a été comme une reconnexion et une écoute de qu'est-ce que le corps veut me dire. Et encore aujourd'hui, là, quand je vous parle, je sens que ma nuque me tire un peu. Et hop, on se détend, c'est pas grave. Voilà, maintenant, j'entends ce qu'il me dit. Voilà. Et ça, c'est grâce à la marche. Quand on marche, et j'ai pas eu une ampoule, j'ai pas eu une courbature, j'ai eu aucun problème. Je suis partie avec une énorme pharmacie qui était remplie de toutes mes peurs, de tout ce qui pouvait m'arriver. Et qu'on m'avait dit qu'il m'arriverait.
- Marie
On porte ses peurs. Voilà,
- Guénaëlle de Montgolfier
vraiment. Et je l'ai distribuée à tout le monde. Ça m'a servi, du coup. Ça m'a servi à distribuer, et voilà. Je fais de la pub, mais il y a juste l'huile de Golthéry que j'ai gardée et qui permet vraiment de soulager dès qu'on a une tension musculaire. Et ça, effectivement, on a des tensions musculaires, et donc faire un petit massage le soir, c'est pas mal. Mais sinon, rien. Pourquoi ? Parce que dès que j'avais une hanche qui tirait, dès que j'avais un pied qui avait mal, je lui parlais.
- Marie
C'est vrai ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Réellement. Je lui parlais en disant, ok. Alors, quand il n'y avait personne à côté de moi ou que personne ne comprenait le français. Et sinon, je lui parlais. Je lui disais, mais d'accord, j'ai compris. Tu as envie que j'appuie un petit peu plus sur l'autre. Je vais rééquilibrer. Est-ce que comme ça, ça va, etc. Mais je vous garantis que ça fonctionnait et que le mal passait. Je n'avais pas besoin de m'arrêter.
- Marie
Ok. Parler à son corps, à l'endroit qui fait mal, pour écouter son message et dire qu'on a entendu. Très bien, journaux. Spirituellement, comment vous vivez ce pèlerinage ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors j'étais partie avec une très grande, une haute idée du pèlerinage. J'avais fait des pèlerinages plus courts et j'avais mon chapelet, j'avais mon sac à dos rempli de plein plein plein d'intentions. Et au fur et à mesure, mon sac à dos se chargeait d'ailleurs. Je me suis sentie missionnée d'une certaine façon. J'avais aussi des... Oui, on m'avait confié des futurs séminaristes pour notre diocèse qui en a besoin. Donc voilà, des choses comme ça. et Je me disais, non seulement j'ai une mission de prier pour tous ces gens, mais en plus je vais en convertir, etc. Donc j'étais partie vraiment très comme en croisade. Et puis en fait, très très vite, je me suis rendu compte que 1, j'étais complètement happée par le matériel, donc j'avais complètement oublié mon chapelet, ou bien que beaucoup d'églises étaient fermées, donc du coup je ne faisais pas ma petite prière du matin, que le dimanche j'atterrissais dans un coin complètement perdu, donc je n'avais pas forcément la messe. Et du coup, ça a un peu remis en cause ce que je pensais du pèlerinage en lui-même et surtout de ce que moi, je venais chercher sur le chemin. Je ne venais pas pour convertir, je venais pour moi, pour être touchée, pour être convertie par les autres et même par d'autres religions. Et donc, cette ouverture que ça m'a donnée sur les autres religions m'a aidée. Et les prières, la façon de prier, en fait, ça a été beaucoup en communion avec la nature.
- Marie
Et puis sur le chemin espagnol, cette fois-ci, vous vous rendez compte qu'en fait, la foi est quand même beaucoup plus incarnée que ce qu'on a l'habitude finalement de pratiquer. On a l'habitude de dire des prières, mais c'est très dans la tête. Et vous, en fait, dans ces rencontres, dans cette connexion à la nature, vous pratiquez un christianisme beaucoup plus incarné, j'ai l'impression.
- Guénaëlle de Montgolfier
Oui, plus incarné. Parfois très joyeux aussi, je dis, parfois on peut parler du Christ et de sa foi autour d'une bière. Et ça, c'est des moments forts. Et puis ne serait-ce que de témoigner sur son mariage, sur la théologie du corps, sur la fidélité, sur l'éducation, sur la souffrance aussi, sur la maladie. Tout ça sous le regard de Dieu, parce que finalement quand on laisse l'Esprit-Saint parler à travers nous, il dit plein de choses. Et ce qui est fou. Ce qui est fou, c'est que tout ça, après la frontière, c'était en anglais. Et j'étais nulle en anglais. Et bien le don des langues, moi j'y crois. Parce que toutes ces conversations, mais oui ! Quand je parlais à des jeunes, justement de tout ça, du mariage...
- Marie
Il y a ce groupe de jeunes que vous rencontrez, qui boivent vos paroles sur le sens du mariage, ils avaient besoin de cette parole vraie.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et de voir que ça existe. j'ai vraiment entendu C'est la première fois qu'on me parle de ça. Moi, dans ma famille, on ne parle que de sport et de travail. Et voilà. Et ça, tout est dit.
- Marie
Et alors, franchement, chapeau, parce que vous tenez le coup, du coup, finalement, durant 1500 kilomètres. C'est franchement énorme.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, en fait, plus, mais ça faisait un compte rond pour le titre.
- Marie
À combien exactement ? Ça fait trop plaisir de le dire.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, sûrement, sur le diplôme qu'on m'a remis, ils ont inscrit 2000. Parce que soi-disant, en ayant fait le calcul, je crois que ça tourne plutôt autour de 1750.
- Marie
Et si on rajoute tous les aller-retours que j'ai fait pour mes bâtons, allons-y pour 2000. 2000 kilomètres et finalement, vous atteignez Santiago. Incroyable. Alors, racontez-nous l'arrivée quand même.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, cette arrivée, elle est très, très en demi-teinte. C'est-à-dire que... Ah oui,
- Marie
finalement ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Moi, je sentais aussi que la séparation était difficile à vivre par mon conjoint. Et donc, j'appréhendais aussi un peu ce retour. Comment arriver à la fois à lui transmettre ce que j'avais vécu et à accepter qu'il ne soit pas forcément heureux de tout ce que j'avais vécu. Voilà, comment le partager. Oui,
- Marie
parce que lui est resté seul.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et donc, je me sentais à la fois coupable de marcher. Et à la fois l'envie quand même de continuer. Donc ça, c'est difficile. Et je voulais, comme on l'avait vraiment préparé ensemble, ce chemin, qui m'a accompagnée, qu'il en a parlé à mes amis, qui m'a soutenue, eh bien je voulais quand même le terminer avec lui, ce chemin. Donc le dernier kilomètre, je l'ai appelé. Il était évidemment entre deux réunions au boulot. Il a tout mis entre parenthèses puisqu'il a vu que c'était important pour moi. Et on a prié le chapelet ensemble. Et j'ai franchi l'arrivée sur la place avec lui au téléphone et j'ai fondu en larmes.
- Marie
Ah oui, évidemment.
- Guénaëlle de Montgolfier
J'avais besoin qu'il recueille ça et que ce soit avec lui que je le partage et avec personne d'autre. Et puis après, j'ai retrouvé les 70, entre guillemets, ma famille Camino. Donc ça, ça lui fait un peu mal quand je dis ça à mon mari. Mais on a une espèce de famille qui s'est formée sur le chemin. Des pèlerins comme ça.
- Marie
qu'on perd de vue, puis qu'on retrouve providentiellement.
- Guénaëlle de Montgolfier
Qui sont arrivés deux jours avant, qui arriveront deux jours après.
- Marie
Et vous avez pu les revoir.
- Guénaëlle de Montgolfier
Et là, même, on embrasse des inconnus. Moi, j'ai dansé, j'ai pleuré avec tous ceux qui arrivaient. Là, c'est très très fort, c'est du grand n'importe quoi, c'est magnifique. Et tout se calme quand on arrive dans la grande cathédrale de Santiago, et qu'on prie tous ensemble, et qu'il y a ce silence et le grand encensoir qui se met en route.
- Marie
Ça donne envie. Comment s'est passé le retour ? Parce qu'effectivement, vous dites que votre mari était resté. Lui, vous, vous vivez une grande aventure. Comme ça, vous rencontrez plein de monde. Vous vivez plein de beaux moments. Et puis, en plus de ça, vous vous rétablissez. Vous revenez, vous n'êtes quasiment plus malade. Lui, il était votre aidant pendant des années. Ça n'a pas dû être évident, les retrouvailles.
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors il y a vraiment une rupture d'équilibre, il y avait un certain équilibre avant que je parte, j'étais la malade, j'étais celle dont on prenait soin, il avait ce rôle là auprès de moi qu'il a très très bien, vraiment il a su être mon rock et puis en fait j'allais dire presque depuis le début de notre mariage, depuis notre rencontre, il est comme ça parce que j'ai perdu mon père très tôt, il a toujours été vraiment ce bâton sur lequel je m'appuyais et toujours aujourd'hui. Aujourd'hui, je continue, mais je suis revenue effectivement différente. Et quand quelqu'un, si certaines personnes m'écoutent et ont un proche qui est parti comme ça, vivre quelque chose, pas forcément le chemin, mais quelque chose pour soi, on revient changé et on revient changé en bien. On a gagné des choses. Oui,
- Marie
il a dû être heureux de vous voir mieux, d'avoir fait quelque chose qui vous a fait du bien.
- Guénaëlle de Montgolfier
Heureux, mais un peu paniqué. Parce qu'en fait, je ne sentais pas ma fatigue. J'étais complètement dans la phase euphorique. Vous savez, où du coup, le corps a envie de bouger tout le temps. Vous ne le sentiez plus ? Comme je ne marchais plus, je l'exprimais avec mes mots. Donc, ça allait à toute allure. J'avais 10 000 projets. Je voulais qu'on vende notre maison. Je voulais qu'on achète un gîte au fin fond de la Corrèze. Qu'on accueille des gens. Ils ne voulaient pas. Donc, ce n'est pas grave. On va partir en humanitaire.
- Marie
Ah oui, d'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
J'étais... Je partais... Ted dans tous les sens. J'avais envie de changer le monde, de changer de vie. Je ne voulais plus retrouver ma vie d'avant. Et ça, ça lui faisait peur. Parce que lui, il aime bien notre vie d'avant.
- Marie
Oui, je comprends. Comment vous avez réussi à trouver un terrain d'entente alors ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, la première chose, c'est qu'on a dit aux enfants, aux amis, à tout ça qu'on ne voulait voir personne. On s'est donné la priorité d'être nous deux. Donc, pendant les premiers mois, il faut du temps. Il faut se retrouver. Voilà.
- Marie
D'accord.
- Guénaëlle de Montgolfier
Les premiers mois, on a beaucoup marché tous les deux.
- Marie
Vous l'avez entraîné derrière vous quand même.
- Guénaëlle de Montgolfier
De toute façon, il fallait qu'on marche pour parler. C'était important. Et donc, on a fait ça. Et puis, providentiellement, on préparait notre anniversaire de mariage.
- Marie
Avoir un projet commun, ça, ça aide.
- Guénaëlle de Montgolfier
On invitait beaucoup d'amis pour nos 30 ans de mariage. On voulait renouveler nos voeux. Et en même temps, on se disait, est-ce qu'on n'est pas un peu hypocrite ? On est en train vraiment de traverser des turbulences. Donc on se posait la question, on ne voulait pas faire ça pour faire semblant, on se disait que fait-on ? Et en fait, grâce à Dieu, on a maintenu et en fait, il y a eu un avant et un après. Là, je peux vraiment témoigner.
- Marie
Ça a été un acte de foi performatif.
- Guénaëlle de Montgolfier
Le sacrement du mariage est vivant et quand on le renouvelle, quand on renouvelle les voeux, quand on célèbre et qu'on reprend des témoins qui sont témoins de notre amour et qu'on se le redit, notre amour. C'est quelque chose, vraiment.
- Marie
Aujourd'hui, comment vous sentez-vous ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Aujourd'hui, je me sens infiniment joyeuse, infiniment reconnaissante. Reconnaissante d'avoir pu avoir ce temps pour moi aussi long, alors que je n'avais jamais eu ça dans ma vie. Une mère de famille qui s'accorde ce temps-là, c'est une vraie chance pour toute la famille en fait. Parce qu'aujourd'hui, moi, je crois que les enfants me voient différente, me voient changer, me voient mieux. C'est moins pesant pour des enfants de voir une maman en forme.
- Marie
Bien sûr.
- Guénaëlle de Montgolfier
Pour un mari aussi. Et donc, voilà, je me sens infiniment reconnaissante. Je me sens encore un peu, un tout petit peu coupable parce que je sens bien...
- Marie
Cette fameuse culpabilité.
- Guénaëlle de Montgolfier
Je sens bien que chaque fois que, là, ce week-end, par exemple, on est allé faire du rafting, j'ai horreur de ça. J'ai un peu peur. peur dans les rapides, mais je l'ai fait pour mon mari à chaque fois. Je lui ai dit, bon, voilà, ça remonte un petit peu le curseur.
- Marie
Et physiquement, vous vous sentez comment aujourd'hui ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Aujourd'hui, je pense que mon sommeil n'est toujours pas revenu tout à fait à la normale.
- Marie
Il a été détraqué par le chemin.
- Guénaëlle de Montgolfier
Par contre, mon traitement, je n'ai pas arrêté mon traitement parce que moi, je voulais l'arrêter au retour complètement.
- Marie
Vous vous sentiez mieux ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Mais je respecte ce que les médecins me... me disent. Mais par contre, je le fais moi-même maintenant. Avant, je dépendais des médecins et des infirmières, mais maintenant, j'ai bravé ma peur des piqûres. Et puis aussi, j'ai plus peur. Par exemple, aujourd'hui, je suis avec vous, mais avant, je n'aurais jamais pu.
- Marie
Je m'apprêtais à dire, qu'est-ce qui a changé avec ce pêle-rivage ? Vous n'avez plus peur ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Je me sens moi-même, en fait. Je n'ai plus peur parce que je n'ai plus peur du regard des autres. Un petit peu, peut-être. Bien sûr, comme tout le monde, j'appréhende de rater. Je ne dis pas que je me sens... superwoman, mais je me sens naturelle. Et du coup, ça détend d'être naturelle. Ça libère. On se dit qu'on n'a rien à prouver. Quelquefois, quand je fais quelque chose de compliqué, par exemple là, de trimballer tout le déménagement de ma fille et d'aller repeindre son appartement par la chaleur, je me dis, mais écoute, t'as monté tel truc tel jour, t'y es arrivé alors que tu ne pensais pas arriver en haut. T'y es arrivé. Et ça m'aide. En fait, ça m'aide.
- Marie
Alors, les petites questions habituelles de la fin de cette interview. Quel conseil, parce qu'on en entend plein, il y en a plein sur Internet, etc. Mais vous, quel est le conseil que vous donneriez à quelqu'un qui hésite à partir sur le chemin de Compostelle ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Le conseil que je voudrais donner, c'est n'écoutez pas les peurs que l'on projette sur vous. C'est vraiment, je pense, le plus important. Écoutez votre intuition, écoutez cet appel intérieur que vous avez et si vous avez le sentiment que c'est important pour vous à ce moment de votre vie de faire quelque chose pour vous, ce n'est pas égoïste. C'est que vous en avez besoin. Écoutez ça.
- Marie
Et quel est l'objet à ne surtout pas oublier ? Parce que là, pareil, on voit des listes, mais on ne sait jamais. Vous, c'est quoi l'objet ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, sans hésiter, mon meilleur ami, après les bâtons, c'était mon poncho. Prenez un bon poncho, suffisamment long, avec des guêtres, pour éviter qu'il y ait des petites rigoles dans les chaussures. Mais un bon poncho, et vous êtes parfaitement bien partout.
- Marie
Est-ce qu'il y a un livre qui vous a particulièrement éclairé dans votre histoire et que vous voulez recommander aux auditeurs ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors, j'en ai parlé tout à l'heure, je crois que c'est... Comme c'est celui qui m'a vraiment fait partir sur le chemin et qui est un peu mon livre de chevet, c'est vraiment celui de Marine Barnerias, « Seper héros » .
- Marie
Quelle est votre prière préférée ou bien celle qui vous a rejoint, qui vous a aidé dans votre chemin de guérison ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Alors c'est le chant de Sainte Thérèse. Je peux vous lire la petite phrase qui m'a portée pendant ma maladie et pendant le chemin, que j'aime beaucoup. Ma vie n'est qu'un instant, une heure passagère. Ma vie n'est qu'un seul jour qui m'échappe et qui fuit. Tu le sais, ô mon Dieu, pour t'aimer sur la terre, je n'ai rien qu'aujourd'hui. Et voilà, cette prière m'a beaucoup portée parce que pour moi, c'est vraiment à l'image du chemin. La vie, c'est un pas après l'autre, c'est un jour après l'autre.
- Marie
Et ma toute dernière question, si vous aviez le Christ en face de vous là, aujourd'hui, qu'est-ce que vous lui diriez vis-à-vis de votre histoire ?
- Guénaëlle de Montgolfier
Merci d'avoir toujours été là, de m'avoir toujours tenu la main. Et en fait, merci de m'avoir donné ce feu qui ne me lâche pas, qui est là au fond de moi. Et j'ai tellement hâte qu'on se retrouve tous les deux.
- Marie
Merci Guénel.
- Guénaëlle de Montgolfier
Merci Marie.
- Marie
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- Guénaëlle de Montgolfier
Je voulais vraiment préciser que mon livre, on le trouve partout. Mais il a été illustré par ma fille. C'est une affaire de famille. C'est Servane de Montgolfier qui fait des dessins absolument ravissants. Et je lui avais demandé de dessiner ce qui la touchait dans le livre. Voilà, donc c'est pour ça qu'on retrouve ces croquis. Et je la remercie infiniment.