- Zoé Müller
Pendant la messe, je me rends compte très vite que je ne comprends rien. Et là, je vois les gens, souvent c'est ce que je raconte, mais je vois les gens debout, assis, debout, personne ne fait la même chose. Je regarde à droite, à gauche, s'il n'y a pas un acolyte qui est perdu comme moi, histoire que je ne sois pas la seule. Un peu débile, quoi. Et je me rends compte que je suis toute seule. Donc vraiment, cette sensation de ne pas maîtriser, elle était assez difficile pour moi. Et à un moment dans la messe, je me dis, il reste une demi-heure. Soit je continue à regarder les gens, à intellectualiser le moment, ou alors je me laisse aller et j'arrête de réfléchir. Et donc, évidemment, je me suis assise sur un moment où tout le monde était debout, et là, je ressens en fait une paix immense.
- Benjamin Coste
Bonjour, je m'appelle Benjamin. Vous écoutez Un beau jour, le podcast de famille chrétienne qui donne la parole à des hommes et des femmes dont la vie a été bouleversée par un événement imprévu. Aujourd'hui, je reçois Zoé Muller. Si son nom ne vous dit rien, peut-être vous souvenez-vous de son visage. visage. Celui-ci est apparu sur les écrans de cinéma il y a peu. Zoé est en effet l'un des témoins auxquels Sabrina et Steven Gunnell ont donné la parole dans leur film à succès Sacré Coeur. Face caméra, Zoé parle de sa passion pour l'Eucharistie, elle qui jusqu'à sa rencontre avec le Christ ne s'était passionnée que pour le football, sport qu'elle a pratiqué à haut niveau. Alors en cette période de coupe du monde, j'ai eu envie d'en savoir plus sur l'itinéraire spirituel incroyable de Zoé et lui demander comment elle est passée d'une passion pour le ballon rond. à la passion pour Jésus. Zoé, bonjour et bienvenue au micro d'Un beau jour. Je suis très heureux de vous recevoir. Et pour commencer cet entretien, et comme c'est la tradition dans Un beau jour, est-ce que vous pouvez nous présenter l'objet symbolique de votre histoire que vous avez amené ?
- Zoé Müller
Alors mon objet, il est tout simple, c'est un tricot. Pour les connaisseurs, c'est une sophie scarf. En fait, c'est une petite bande de tissu. qui fait office de foulard que l'on noue autour du cou. Et je l'ai choisi comme objet aujourd'hui parce que c'est un petit peu ce que le Seigneur a fait dans ma vie, c'est qu'en fait il a rajouté maille après maille, même si on va en parler évidemment, il est venu me rencontrer assez soudainement. Mais après ça, il est vraiment venu petit à petit me transformer. Donc maille après maille, il m'a façonné, il m'a fait grandir, il m'a fait évoluer avec lui. Et à la fois le tricot, donc il y a les aiguilles, et la laine, elle doit se laisser faire parce que si elle est trop tendue, en fait, ça n'a rendu pas très joli. Et c'est aussi ce que j'ai appris dans mon chemin de foi à essayer de me laisser faire.
- Benjamin Coste
Donc Zoé, vous avez 27 ans.
- Zoé Müller
Exactement.
- Benjamin Coste
Vous êtes née à Besançon, dans le département du Doubs. Peut-être pour commencer, pour savoir d'où vous venez, mais qui était la petite Zoé ? Dans quel environnement vous avez grandi ? C'était quoi l'espace dans lequel vous avez évolué quand vous étiez petite ?
- Zoé Müller
Alors pour remonter un petit peu, moi je suis née dans une famille, donc déjà je plante le décor tout de suite athée. Donc on n'a vraiment jamais parlé de foi pendant des années. Je ne me souviens même pas avoir vu mes grands-parents prier, me parler de foi. Donc vraiment dans un univers... très très loin de toute vie spirituelle, quelle qu'elle soit. Autrement, j'ai grandi aussi dans une famille très sportive. Mes deux parents étaient profs de sport à ce moment-là. Mon papa a changé de métier plus tard, mais toujours est-il qu'on a vraiment baigné dans le sport. Mes frères et moi, donc on est trois enfants, j'ai un an et demi d'écart avec chacun, je suis au milieu. Et donc pour me faire ma place dans cette fratrie de garçons, et en fait je me suis mise très rapidement à faire comme eux et donc à jouer au foot.
- Benjamin Coste
Peut-être juste avant d'arriver sur le foot, parce que ça a eu, pendant une période de votre vie, une grande importance, est-ce que vous gardez un souvenir particulier de cette enfance, parfois, où on a des images qui nous restent ? Est-ce que vous, si je vous demande là, spontanément, une image qui vous vient, en rapport avec votre enfance, laquelle vous viendrait à l'esprit ?
- Zoé Müller
Merci pour la question. Déjà, ça me permet de me reponger dans des souvenirs familiaux, donc c'est trop chouette. Là, j'ai une image de ma famille au ski, en fait. La chaîne de montagne du Jura, qui n'est pas très loin de Besançon. Et donc, on avait un appartement là-bas et on y allait quasiment tous les week-ends faire du ski. Et c'est vraiment un souvenir merveilleux. On était tous ensemble. Où aussi, on a appris à vivre nos aventures parce qu'alors, on se laissait aller dans les pentes. On n'a jamais pris de cours de ski. Voilà, donc on a appris tout seul. Mon papa nous tenait avec un espèce de baudrier. Donc, c'était un peu, voilà, petit symbole de mon éducation. Allez-y, foncez et puis on verra.
- Benjamin Coste
Donc voilà, vous l'avez dit, dans votre famille, c'est le sport qui fait un peu office de religion. Donc le ski, si j'ai bien compris, le football aussi a une place importante. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quelle place il tenait ? Est-ce que c'était le sujet phare à la maison ?
- Zoé Müller
Alors au départ, pas du tout, parce que mon papa, lui, était plutôt dans l'escalade. Il avait même passé son diplôme pour être moniteur d'escalade. Plus jeune, maman, elle a fait du volet au niveau régional, etc. Donc le foot, en fait, finalement, c'est mon grand frère. qui l'a immiscé dans la famille. Donc dès lors qu'il a commencé à en faire, c'est devenu une activité familiale parce que mon petit frère et moi l'avons suivi. Donc on était dans un petit club de campagne. Et c'est vrai que finalement, le foot prenait une place assez importante parce que trois enfants n'étaient pas dans la même équipe. Et donc, il fallait suivre en termes de covoiturage pour nous emmener aux entraînements deux, trois fois par semaine, les week-ends. Donc, ça a commencé à prendre beaucoup de place. D'autant que mon frère, lui-même, est parti faire du sport de haut niveau à l'âge de 13 ans. Il est parti en pôle espoir, donc il ne rentrait quasiment plus.
- Benjamin Coste
Déjà au football ? Au football, oui, c'est ça. Qu'est-ce qui fait que vous êtes passionné pour ce sport, finalement, plutôt que pour le ski, plutôt que pour une autre discipline ? Qu'est-ce qui vous a plu dans cette pratique ?
- Zoé Müller
Ce sport alliait pas mal de données, de paramètres qui me correspondent, c'est-à-dire aussi le côté d'abord d'équipe, esprit d'équipe, on est ensemble. Le côté aussi un petit peu bagarre, on peut dire, parce qu'il y a aussi un côté très physique. Moi, j'ai toujours été défenseur centrale, donc protéger les buts, il ne faut pas hésiter à mettre des petits coups, etc. Et voilà, j'ai vraiment pris goût aussi pour la compétition. Et donc, j'ai changé comme ça quasiment six fois de club.
- Benjamin Coste
Ce qui veut dire que vous étiez douée.
- Zoé Müller
C'est vrai que je l'ai plus ou moins découvert en fait, parce que je ne me suis pas dit, tiens j'ai envie d'être la meilleure au foot ou je ne sais pas quoi, mais je prenais goût pour les matchs. Et j'ai toujours joué qu'avec des garçons aussi, moi jusqu'à mes 15 ans. Donc à chaque fois il va aller faire sa place et j'ai fini par jouer à 15 ans au meilleur niveau de garçon en fait. Donc il n'y avait aucune fille dans le championnat, j'étais la seule, je me changeais dans les vestiaires, c'est aussi toute une organisation. Mais voilà, pour faire sa place aussi, au départ on se moquait de moi quand j'arrivais sur un terrain. Les équipes adverses, il y a une fille. Au bout de quelques minutes, ils se rendaient compte que...
- Benjamin Coste
Une fois que l'attaquant de l'équipe adverse s'était fait un peu chahuter par vous, il rentrait un petit peu dans le rang, c'est ça ?
- Zoé Müller
Oui, tout à fait.
- Benjamin Coste
Vous êtes douée, vous jouez. Et donc, j'allais dire, arrive ce qui arrive parfois quand quelqu'un doué est repéré. C'est le club de l'Olympique Lyonnais qui vous repère. Et vous allez rejoindre le centre de formation. Je crois que vous avez 15 ans à ce moment-là. Comment tout ça se passe peut-être en quelques mots ?
- Zoé Müller
On m'a repéré lors d'un match encore une fois je jouais avec les garçons et comme c'était le niveau en tout cas le meilleur niveau à cet âge là, il y avait beaucoup de recruteurs de clubs professionnels à chaque match pour les garçons et un jour le recruteur de l'Olympique Lyonnais vient voir un match et il se rend compte qu'il y a une fille que finalement quelques facilités on peut dire et donc il transmet l'information recruteur fille Et c'est à partir de ce moment-là que l'Olympique Lyonnais a commencé à m'envoyer des lettres pour venir faire des essais, un mercredi, puis un deuxième, puis il me semble quelques jours d'affilée. Et jusqu'au jour où j'ai reçu cette fameuse lettre, vous êtes sélectionnée pour faire partie de l'Olympique Lyonnais. Et donc, voilà, changement de vie en fait.
- Benjamin Coste
Vous, c'était une ambition, un projet ? Cette donnée, elle vous arrive un peu par surprise, cette invitation à rejoindre le centre ?
- Zoé Müller
Je n'ai jamais eu une passion du foot qui pouvait saisir toute ma vie, comme on peut voir parfois. C'est-à-dire que je ne regardais pas forcément les matchs à la télé, je ne jouais pas à FIFA, je ne jouais pas forcément en dehors des entraînements. Mais en revanche, quand j'étais sur le terrain, là, il n'y avait plus que ça qui comptait. C'était vraiment une passion sur le terrain. Et de fait, j'avais envie, je pense, d'en faire un métier, mais... Plus par amour pour le terrain que pour la vie de footballiste professionnel. Tout ce qu'il y a autour. Oui, c'est ça. Donc, surprise, non, parce que quand même, je voyais que je me donnais à fond et que j'avais envie de réussir finalement quand même dans le foot. Donc, c'était une joie immense d'avoir reçu cette lettre.
- Benjamin Coste
J'essaie de me représenter. Vous avez 15 ans, vous devez arriver avec votre petite valise, votre sac à dos.
- Zoé Müller
En fait, ça a été assez surprenant pour moi parce que jusqu'alors... J'avais extrêmement confiance en moi, j'étais la meilleure fille quasiment de la région, tout le monde me connaissait dans le milieu du foot, je sais que certains ont pu avoir des difficultés au collège, dans les amitiés, parfois on entend parler de harcèlement, mais au contraire j'étais aussi au collège l'une des filles qu'on respectait, en tout cas j'avais vraiment jamais eu de problème. Et en fait j'arrive à Lyon, pleine de confiance, pleine d'ambition, et en fait là je me retrouve confrontée. à 30 autres filles de mon âge qui ont le même niveau que moi, voire sont bien meilleures. Je me retrouve aussi avec des filles qui viennent de tous horizons, notamment de milieux sociaux très très différents. Il y a beaucoup de filles qui viennent de quartiers plus compliqués, je pense à Grenoble, autour de Lyon, même Paris. En fait, on vient de toute la France. Et moi, je sors de ma petite campagne bisontine en Franche-Comté, et donc ça a été en fait très rude. les premiers mois ont été absolument Oui, difficile parce que je me suis retrouvée seule à Lyon à devoir m'entraîner matin, après-midi, d'avoir des matchs dans toute la France. C'était assez rude, mes parents en plus de divorcer à ce moment-là. Donc voilà, une année quand même, un petit peu rude. Mais par la suite, ça s'est amélioré. J'en garde un très bon souvenir quand même.
- Benjamin Coste
Petit à petit, vous êtes plus à l'aise ou il y a d'autres événements qui font que ça va mieux ?
- Zoé Müller
Oui, déjà le temps, évidemment. Je vois qu'avec les filles de l'équipe, on se façonne toutes un petit peu les unes les autres. Les filles qui viennent de quartier deviennent un peu moins brutes. Et moi, je deviens un petit peu moins naïve aussi. On s'est un petit peu façonnées les unes les autres. Et il y a aussi ce simple fait que chez les filles, on passe de U15, donc quand on a 15 ans, à U19. Donc en fait, U16, U17, U18, U19 sont dans la même équipe. Et donc au départ, on arrive, on est les petites jeunes, avec le bizutage, avec tout ce qui va avec. Et puis au fur et à mesure, on grandit. Et donc c'est nous qui sommes plutôt... qui avons moins de soucis en tout cas, et qui vivons un peu plus notre vie.
- Benjamin Coste
Cette parenthèse à Lyon, elle va durer combien de temps alors ?
- Zoé Müller
Elle dure trois ans.
- Benjamin Coste
Vous, ces trois années, il y a encore beaucoup de choses à raconter, donc on va y passer assez vite, mais ces trois années, le focus, c'est de se dire, moi, je vais être joueuse professionnelle, d'autant plus que l'Olympique Lyonnais est assez précurseur dans le football féminin. Vous vous dites, voilà, moi, je vais faire ma place dans ce sport-là et je vais en faire ma vie jusqu'au bout, ou quand même, malgré tout, tout le temps, vous gardez une porte ouverte de vous dire, bon... Peut-être que ce ne sera pas complètement ça et qu'il faut quand même que je veille à assurer mes arrières.
- Zoé Müller
Tout à fait. Donc oui, pour faire simple, moi, j'avais quand même ce focus à être footballeuse professionnelle. Donc, c'était vraiment l'idée. À Lyon, on parlait de contrat professionnel, etc. Donc, je vois qu'en plus, j'ai passé une très bonne deuxième année, dernière année, pardon, sportivement. Finalement, il y a eu un changement de coach au dernier moment. Donc, il m'a dit en fait, j'attends de te voir un petit peu sur le terrain. Et finalement, j'ai été très stressée parce qu'il y avait beaucoup de... Il y a une concurrence et un fossé énorme entre U19 et professionnels. Et donc, voilà, je n'ai pas été au niveau où j'étais très stressée. Donc, en fait, ils m'ont plus ou moins renvoyée avec les jeunes. Et je suis partie finalement à Montpellier, là où après, j'ai fait plus de... Je m'entraînais vraiment au bout d'un moment là avec les pros.
- Benjamin Coste
Montpellier, c'est quoi ? Vous sentez que la parenthèse foot va se refermer ou... Encore une fois, vous êtes toujours dans cette dynamique de me dire, non, ça n'a pas marché à Lyon, mais je vais y arriver à Montpellier.
- Zoé Müller
Eh bien là, Montpellier, c'est un véritable tournant dans ma vie, en fait, parce que jusqu'alors, j'allais quand même à l'école. Enfin voilà, j'ai passé mon lycée général, etc. Et là, je suis à Montpellier et je n'ai plus aucun cours à côté. Donc là, toute ma vie, c'est faire du foot, aller à la muscu, faire attention à ce que je mange, à l'heure à laquelle je me couche. Pas de sortie, pas de vacances. C'est une vie très particulière. Et là, je commence à me rendre compte, alors que cette année, sportivement, ça passait très bien. J'ai fait quelques rentrées dans des matchs en D1. D1, c'est la Ligue 1 féminine. Vraiment une année assez fructueuse pour moi. Et pour autant, je me suis dit, je crois que ce n'est pas une passion, au point de donner toute ma vie, au point de sacrifier ma vie pour le foot. Je sentais que je n'aspirais pas à ça pour une vie de femme. J'aspirais à... continuer l'école, j'aimais beaucoup ça, rencontrer d'autres personnes. Là, on était quand même dans un cercle très restreint de footballeuses, donc les discussions, c'était surtout le match de la veille, critiquer telle ou telle personne. C'est un univers qui n'est pas toujours très sain, très bienveillant. Et voilà, j'aspirais vraiment à autre chose. Et donc, voilà, je me suis souvenu qu'une amie avait, dans mon lycée, qui était en sport de haut niveau pour de la lutte, mais elle, elle ne pouvait pas vivre de leur sport, donc elle avait forcément Quelque chose à côté. Exactement. Et donc, elle voulait passer les concours d'orthophonie. Et là, je me suis souvenu, j'avais beaucoup aimé ce métier qui était dans le soin, etc. lié au langage. Et là, en fait, je me suis dit pourquoi pas me lancer là-dedans.
- Benjamin Coste
Donc, vraiment, le foot, on arrête quasi pas du jour au lendemain. Mais ce choix, il a été posé finalement assez vite dans votre tête. Une fois que vous avez fait ce cheminement intellectuel que vous venez de nous décrire.
- Zoé Müller
Alors oui, mais on va le voir par la suite. Moi, il y a beaucoup de grandes choses qui se choisissent comme ça un peu en un instant. Et là, j'ai appelé une orthophoniste dans l'annuaire au hasard. Et je lui ai dit bonjour, madame, je suis sportive de haut niveau. J'aimerais arrêter pour l'orthophonie. Est-ce qu'on peut se rencontrer ? Et donc là, on s'est rencontrés. Et je suis ressortie de cet échange en me disant OK, c'est ça. Voilà. Et il y a eu quelques mois où j'ai dû l'annoncer à mes parents. Voilà, mon papa qui n'était pas forcément pour que j'arrête parce qu'il pensait que c'était une émotion.
- Benjamin Coste
Il fallait persévérer peut-être. Oui,
- Zoé Müller
il avait peur que ce soit une émotion d'un instant et donc j'arrête tout sur un coup de tête. Voilà, alors je lui écris une lettre, etc. pour l'expliquer. Bon, et j'ai fini par arrêter le foot. Voilà.
- Benjamin Coste
Donc vous arrêtez le foot. Vous avez quel âge pour constituer ?
- Zoé Müller
Ouais, j'ai 19 ans.
- Benjamin Coste
Et donc, pour ces études d'orthophonie, vous revenez à Lyon. Est-ce que je ne me trompe pas ?
- Zoé Müller
Alors oui, bien sûr. Là, j'ai fait deux années de prépa pour préparer les concours d'orthophonie. A l'époque, c'était encore un concours. Maintenant, c'est sur dossier. Et je prépare ces concours. Je finis par intégrer l'école d'orthophonie de Paris.
- Benjamin Coste
Comment vous la vivez, cette nouvelle liberté ?
- Zoé Müller
Je dirais que la liberté, je l'ai plutôt découverte en arrivant à Paris. À Lyon, c'était de nouveau encore... J'aime bien cette expression monocale, parce que c'est vrai que je travaillais toute la journée, etc. Donc c'est vraiment en arrivant à Paris, où là, les premiers mois, je me suis mise à beaucoup sortir. En fait, j'avais réalisé jusqu'à présent que j'avais cherché une espèce de paix, en fait, quelque chose d'un peu grand. Parce qu'au foot, en fait, ça ne me suffisait pas. Même si j'avais beau être avec les meilleures joueuses de France, je ne sais pas, je ne me sentais pas comblée. C'était d'ailleurs pour ça que j'avais arrêté. Voilà, je n'aspirais pas à ça comme vie. Je me dis qu'en arrivant en école d'orthophonie, enfin, je vais être heureuse. Je vais me sentir comblée parce qu'avec des filles qui me ressemblent un petit peu plus. Finalement, la joie de l'admission est très vite passée et donc il fallait que je retrouve une source de bonheur. Je voulais de nouveau chercher à être comblée, etc. Et donc c'est là où je me suis mise à beaucoup sortir à Paris. Je rentrais à 7h du matin, je faisais très attention à mes vêtements parce que je découvrais aussi la vie hors sport. Et donc je n'étais pas tout le temps bien sur vêtements. Voilà, je découvre tout ça, un petit peu les verres entre amis. Mais j'avais l'impression de découvrir en fait complètement la vie.
- Benjamin Coste
Alors ce qui est amusant dans ce que vous venez de dire, c'est que vous décrivez quand même une soif, déjà une soif d'absolu, enfin une quête du bonheur. Vous avez utilisé ce terme de bonheur. Qu'est-ce qui fait que vous, vous aviez, enfin est-ce qu'avec un petit peu de recul, vous arrivez à voir aujourd'hui ce qui fait qu'en vous, il y avait cette soif d'absolu ?
- Zoé Müller
D'abord, je dirais peut-être que c'était quand même quelque chose... Quelque part un petit peu inconscient. Je n'avais pas des véritables questions, comme parfois on en entend certaines personnes qui se posaient des questions sur le sens de la vie, la mort, etc. Moi, ce n'était vraiment pas le cas. Et pour autant, je sentais que la vie, si c'était que ça, ça ne me suffisait pas. Et donc, c'est pour ça que j'allais tout le temps chercher plus loin. Le sport de haut niveau, la prépa, je travaillais des heures et des heures. Ensuite, les sorties. Je sentais que si la vie, c'était que ça, en tout cas, c'était nul.
- Benjamin Coste
Et vous en espériez quoi de la vie en fait à cette époque-là ? Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais c'est quoi le bonheur pour vous finalement ?
- Zoé Müller
Le bonheur, c'est une bonne question. Je pense que le bonheur pour moi, c'était un petit peu d'avoir le cœur comblé en fait. Je n'ai pas, j'attendais comme quelque chose de l'extérieur qui allait me combler entièrement. Et alors j'aurais pu me dire bon, c'est bon, la vie vaut la peine. Enfin, la vie vaut la peine. Voilà, donc je pense que j'allais chercher dans le sport, dans les sorties, justement quelque chose d'extérieur qui pourrait me combler. Je sentais qu'il me manquait quelque chose, voilà. Et pour moi, le bonheur, c'était ça. Quand il ne nous manque rien.
- Benjamin Coste
Quand on est rempli de quelque chose. Oui, qu'il n'y a plus cette sensation de manque.
- Zoé Müller
De vide, en fait, je dirais. C'est le bon mot.
- Benjamin Coste
Il y a un dimanche, une amie de promo de cette école d'orthophonie qui vous invite à la messe. Et vous allez d'abord refuser de l'accompagner. J'ai deux questions. La première, c'est comment vous réagissez à cette invitation ? Vous qui nous avez dit que vous n'étiez pas d'un milieu chrétien du tout. Et qu'est-ce qui fait que vous refusez ?
- Zoé Müller
Je deviens amie, en fait, avec une fille de ma promo. Qui s'appelle ? Qui s'appelle Camille. Et là, je découvre, en fait, qu'elle va à la messe, qu'elle croit vraiment. Et elle avait quand même quelque chose que je n'avais pas retrouvé jusqu'à présent chez mes amis. Elle avait une espèce de douceur et une paix, une féminité aussi que je n'avais jamais retrouvée. Et donc, elle me propose... Je me suis proposé d'aller à la messe, comme vous l'avez dit. Et donc, au départ, je refuse. Sachant,
- Benjamin Coste
pardon, Zoé, vous n'êtes jamais allée à la messe ? Vous êtes peut-être déjà allée pour, je ne sais pas, comme pour beaucoup, un enterrement, un mariage ?
- Zoé Müller
J'étais allée à deux enterrements, ceux de mes grands-parents. Mais pour moi, je ne m'étais jamais posé la question de Dieu. C'était simplement une cérémonie, je dirais. Une cérémonie dans un beau lieu, mais je ne m'étais pas posé la question de la foi.
- Benjamin Coste
D'accord.
- Zoé Müller
Donc, ce n'était pas vraiment des messes, d'ailleurs. Et donc... je refuse catégoriquement parce que justement je ne sais pas du tout ce qui va se passer il y avait un peu le refus il est de quel ordre ?
- Benjamin Coste
c'est une peur de ne pas savoir ce que vous allez découvrir j'ai rien à faire dans une église est-ce que vous arriveriez à nous décrire d'où vient ce refus où il trouve sa source c'était plutôt
- Zoé Müller
la peur de l'inconnu En fait, je n'avais pas tant d'a priori de l'église parce qu'en effet, on n'en parlait pas en famille, mais on ne la critiquait pas non plus cette fois, cette religion, on peut dire. Donc en fait, simplement, ce n'était pas ma place. C'est comme si on me proposait d'aller faire du tennis alors que je ne pratiquais pas le tennis. Et donc, elle m'a proposé et je me suis dit bon, ça devient une vraie amie. J'ai envie de savoir ce qu'elle vit. Et je me suis aussi dit à cette époque-là, croire en Dieu, c'était comme croire au Père Noël. Et donc, comment est-ce que je peux être amie avec une fille qui croit au Père Noël à 21 ans ? Donc il y avait vraiment un peu cette idée-là, il faut que je comprenne. Si je veux être amie avec cette fille, il faut que je comprenne, sinon on ne pourra pas aller plus loin.
- Benjamin Coste
Parce que Camille a continué à vous inviter.
- Zoé Müller
Elle a continué à m'inviter, plusieurs fois.
- Benjamin Coste
Et donc ce que vous nous décrivez, c'est qu'il y a un moment où vous allez l'accepter. Alors vous allez la suivre.
- Zoé Müller
Voilà.
- Benjamin Coste
On est à Paris.
- Zoé Müller
Tout à fait.
- Benjamin Coste
C'est quelle église ?
- Zoé Müller
C'est Notre-Dame-de-la-Gare, dans le 13ème. Juste à côté de ma fac.
- Benjamin Coste
Ok.
- Zoé Müller
Et donc, première messe, et un petit peu stressée au départ. Vraiment, même en arrivant sur le parvis, je me demande un peu ce que je fais là. Je rentre dans l'église.
- Benjamin Coste
Donc Camille, elle est avec vous, elle est à vos côtés, j'imagine ?
- Zoé Müller
Elle est avec moi, oui, tout à fait. Elle est là.
- Benjamin Coste
Elle vous guide un peu ? Elle vous sert de guide ?
- Zoé Müller
Elle me guide, elle sait où s'asseoir, etc. Donc c'est des choses toutes bêtes. Et puis... Pendant la messe, je me rends compte très vite que je ne comprends rien. Et là, je vois les gens, souvent c'est ce que je raconte, mais je vois les gens debout, assis, debout, personne ne fait la même chose. Je regarde à droite, à gauche, s'il n'y a pas un acolyte qui est perdu comme moi, histoire que je ne sois pas la seule. Un peu débile, quoi. Et je me rends compte que je suis toute seule. Donc vraiment, cette sensation de ne pas maîtriser, elle était assez difficile pour moi. Et à un moment dans la messe, je ne sais pas tout à fait lequel, Mais en fait, je me dis, il reste une demi-heure. Soit je continue à regarder les gens, à intellectualiser le moment, ou alors je me laisse aller et j'arrête de réfléchir. Et donc, évidemment, je me suis assise sur un moment où tout le monde était debout. Et là, je ressens en fait une paix immense. D'un coup, en fait, ça me saisit. J'avais eu des grands moments de bonheur dans ma vie, mais là, c'était vraiment merveilleux, en fait. Je me suis sentie... habité, je me suis sentie aimée en fait. Je ne savais pas par quoi ni par qui, puis en fait je m'en fichais mais juste je me suis sentie comblée.
- Benjamin Coste
Ça devait être une sensation quand même à minima étonnante parce que vous ne l'attendiez pas bien évidemment. Comment vous l'a traversée finalement cette sensation ? Ce que vous venez de nous décrire, cet amour qui vous tombe dessus ?
- Zoé Müller
En fait, je ne m'y attendais pas mais je me suis tout de suite laissée aller. Je me suis tout de suite laissée faire, en fait, et j'ai vraiment décidé de m'ouvrir, finalement, et d'accueillir ce qui était en train de se passer. En même temps, c'était difficile de faire autrement. Là, je sentais qu'il se passait quelque chose de dingue, je comprenais pas tout. Je ressors de la messe à moitié avec les larmes aux yeux et en disant à Camille, écoute, qu'est-ce que vous fichez là tous les dimanches, quoi ? C'est qui Dieu ? C'est qui Jésus ? C'est quoi la différence ? Je veux tout savoir. Et donc, raconte-moi, quoi. Donc la pauvre à imaginer de pouvoir répondre à ces grandes questions, pas toujours évident, et on en a parlé pendant très longtemps. Et puis, je suis retournée à la messe, le dimanche d'après. Suis d'après. Il y a un moment, j'y allais quasiment tous les jours. Une fois, j'ai fait deux messes d'affilée un dimanche. De nouveau, je ne comprenais rien, je m'asseyais, je ne me levais jamais plutôt. Je ne faisais pas le signe de croix, parce que je ne savais pas dans quel sens il fallait le faire.
- Benjamin Coste
Qu'est-ce qui fait que vous revenez ? Est-ce que vous cherchez justement à revivre ce que vous avez vécu ? Ou c'est ce que vous avez dit aussi, de chercher à comprendre, de creuser, en se disant, c'est peut-être là que je vais trouver.
- Zoé Müller
Si, je ressentais à chaque fois cette paix, et c'est ça qui me faisait revenir. Je trouve ça marrant, comment le Seigneur, en fait, il nous connaît par cœur, et donc il nous tient un petit peu au départ, il nous appelle avec ce qu'on est, et il savait que moi, c'était par là. Et donc à chaque fois, il y avait cette paix immense, en fait. Il y avait cette sensation d'être complètement à ma place, en fait, sur ce banc d'église. pas chauffée, inconfortable. Et pourtant, en fait, j'étais vraiment là, bien. J'avais la sensation d'être attendue et d'être chez moi. Alors, je ne connaissais personne. Et donc, je revenais. J'ai commencé un peu à prier de mon côté, à prendre le signe de croix, déjà. Je me trompais de sens. J'ai appris les prières. Je vous salue, Marie, notre Père, sous ma douche en chanson, parce que c'était plus facile de les retenir. Et Camille,
- Benjamin Coste
elle est où, elle ? Elle n'est pas avec vous, à ce moment-là ?
- Zoé Müller
Alors si Camille elle est avec moi les dimanches, mais moi j'y vais plus en fait, enfin j'y vais un peu plus, parfois elle y va le matin ou dans une autre église, donc en fait assez vite finalement je me retrouve seule, et c'est pas un problème et je pense même que c'était bon justement. Voilà donc en même temps ce gros sentiment de paix à la messe, et à la fois toutes les souffrances de ma vie qui remontent, parce qu'en fait je découvre que cette spiritualité, je mets pas du tout le mot Dieu parce que ça me fait encore un peu peur, mais en tout cas elle est au même endroit, au fond de mon cœur, que mes blessures. Donc, puisque je mets le nez dedans, il y a tout qui remonte. Donc, année à la fois difficile et en même temps, cette paix à la messe. qui me permet d'avancer sereinement.
- Benjamin Coste
Sur votre parcours de foi, qu'on est en train de décrire étape par étape, il y a un autre lieu. Cette fois, on quitte Paris, c'est Paris le Monial. Et là, il y a une nouvelle rencontre qui se passe. Est-ce qu'on peut dire que c'est l'approfondissement de cette première rencontre vécue à la messe ?
- Zoé Müller
Peut-être très rapidement dire comment je me suis retrouvée à Paris, parce que c'est assez merveilleux. Je rentre chez mes parents athées après cette année scolaire. Je ne retourne plus à la messe parce que je ne me voyais pas mentir le dimanche matin pour quitter ma famille. Je n'y retourne plus. Je retourne dans ce qui faisait ma vie avant, les sorties, le regard des autres, etc. Mais en fait, j'ai commencé un stage en orthophonie et ma maître de stage revenait d'une session de parallélmonial. Et donc, elle avait un sourire sur les patients que je n'avais jamais vu. Elle était rayonnante. Et je me suis dit, mais ces gens sont fous, ils partent en vacances ensemble. Ça me paraissait dingue qu'elle puisse partir une semaine avec des gens qu'elle ne connaissait pas dans un lieu perdu en Bourgogne. Et quelques jours plus tard, Camille me propose d'aller à Paray-le-Mognal. Alors là, je me dis, en deux jours, en une semaine, on parle deux fois d'un bled paumé en Bourgogne. Il y a peut-être quelque chose, on y va. Et donc voilà, j'arrive à Paray-le-Mognal au départ, mais je me sens pas du tout à l'aise. Parce que je vois 3000 jeunes de mon âge, tous habillés pareil. Là, je découvre aussi un petit peu. Les codes du milieu social qui va avec, les bermudas de couleur pour les garçons, les jupes à fleurs pour les filles, tous les prénoms aussi que je découvre, Sixtine, Eclantine, etc. Donc voilà, je ne me sens pas tout à fait à l'aise.
- Benjamin Coste
C'est rendez-vous en terrain connu pour parodier une émission à succès.
- Zoé Müller
Exactement. Et donc presque que ça m'enferme un peu parce que je ne me sens pas comme tout le monde. Je ne me sens pas du tout exclue. Au contraire, je trouve les gens hyper rayonnants. qui s'intéressent à moi de manière hyper belle, hyper profonde. Je ne comprends pas trop d'ailleurs pourquoi ces gens sont autant gentils. Je me retrouve à la cantine à déjeuner avec des gens que je ne connaissais pas du tout. Il y a un peu tout ça. Et à la fois, je sens que mon cœur se ferme parce que je ne comprends pas tout. Et j'arrive pour faire ma première adoration. Alors, je ne savais pas du tout ce que c'était. Mais on me dit, tu verras, il y a Jésus, vas-y. Donc moi, je rentre dans cette chapelle. On me dit Jésus est là, Jésus est où ? Je vois rien. Les gens m'ont menti en fait. Je vois juste un truc blanc au fond de l'église. Je comprends plus tard que c'est le site exposé, etc. Toujours est-il que j'en ai profité pour dire à Jésus, écoute Jésus, ça fait un an que je vais à la messe. Ça fait un an que je comprends rien. Je ne sais pas qui t'es, mais en fait si t'existes, je veux te rencontrer. Si t'existes, je veux que ça change ma vie. Je ne veux pas que tu sois des histoires, des peintures, des... Quelque chose qui se transmet de génération en génération. Enfin voilà, si t'es quelqu'un, en fait, tu me le montres maintenant, quoi. Donc je vais pas laisser trop le choix, le pauvre. Et également, on nous avait proposé de prier « Change mon cœur de pierre en cœur de chair » , Ézéchiel 36. Donc moi, je savais pas tout à fait, mais je sentais que j'avais mon cœur qui s'était endurci avec le fou, avec plein de choses. Voilà, donc je lui dis ça. Jésus, je veux te rencontrer. Change mon cœur de pierre en cœur de chair. Change mon cœur de pierre en cœur de chair. Une demi-heure après, je descends de la chapelle. Je marche, pour ceux qui le connaissent, c'est la chapelle Saint-Jean, à Paris le Monial. Je me retrouve face à la prairie. Et en fait, là, en une seconde, je comprends que tout est vrai. Je comprends que, en fait, Jésus, il est mort, ressuscité, il y a 2000 ans. Je ne sais pas du tout comment il a fait, c'est son problème. Ça ne me regarde pas, mais toujours est-il qu'en fait, à ce moment-là, il est à côté de moi. Personne d'autre, en fait, c'est lui. Je comprends qu'il est vivant, je comprends qu'il m'aime d'un amour hyper... personnelle, qui me connaît mieux que moi-même. Et en fait, justement, vous me posez la question, est-ce que c'est une autre rencontre ? Ou un approfondissement. En fait, je pourrais dire que c'est passé d'une sensation de paix à la messe à quelqu'un. Je ne vois rien, je ne sais pas, une apparition ou que sais-je. Mais de la même manière que si je ferme les yeux, je sais que vous êtes en face de moi. Eh bien, de la même manière, je pouvais savoir que Jésus était là. Je dirais que c'est vraiment l'âme, en fait. L'âme qui retrouve celui qui l'a créé. C'est ça que... Ce n'était pas étrange pour moi de vivre ça. Parce qu'en fait, j'ai compris à ce moment-là que mon âme savait. Là, je l'utilise le mot âme à postériori, mais je sais qu'en fait, elle savait. Elle a juste retrouvé celui qui était là depuis toujours. Finalement, je pense qu'il faudrait changer le mot rencontre. Ce n'est pas une rencontre, c'est une retrouvaille. Des retrouvailles, j'adore. Je n'avais jamais utilisé ce terme, mais c'est des retrouvailles.
- Benjamin Coste
Qu'est-ce qu'elle va changer dans votre vie, cette rencontre ? Est-ce qu'au retour de Paris le Moyen-Âge, il y a des mouvements plus profonds qui se vivent ?
- Zoé Müller
Là, on peut dire que c'est assez radical, en fait. Parce que du jour au lendemain, je rentre à Paris. Je veux être plus qu'avec des gens qui ont rencontré Jésus. Je m'inscris dans des groupes de prière, de la communauté, notamment de l'Emmanuel, parce que c'était un peu la continuité. Je me fais des amis dans la foi. Et en fait, plus je découvre combien je suis aimée par Dieu, par la Bible, que j'essaye, bon an, mal an, d'ouvrir. C'est un peu nébuleux au départ, difficile en tout cas à comprendre. Plus je le découvre à travers la messe, à travers les amitiés que je me forge. Et plus je comprends qu'en fait, j'ai la grande liberté d'être... moi-même puisque je suis totalement aimée par ce Jésus que j'ai retrouvé. Et donc, je change de style vestimentaire. Pas pour faire comme tout le monde, mais juste pour être à l'image de mon cœur. Parce qu'avant, on peut dire que je m'habillais pour le regard des autres. Et là, je choisis des vêtements qui montrent ma valeur. Avant, j'écoutais des musiques qui provoquaient du désespoir, de la colère. Maintenant, je cherche des musiques qui montrent la beauté. Avant, je voulais plutôt attirer à moi. Maintenant, j'ai vraiment envie de découvrir les autres. Il y a eu tout un changement de paradigme.
- Benjamin Coste
Et assez rapide alors. Assez rapidement.
- Zoé Müller
Comme à chaque fois que vous changez, vous nous l'avez dit tout à l'heure. J'allais à l'église tout le temps, j'ai changé d'amis. Donc ça a été assez radical. Et il y a notamment une chose, c'est qu'en fait, dans la Bible, j'ai découvert qu'il était écrit « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers » . Et moi, je voulais tout le temps être première au foot. Donc comment est-ce que je fais pour être dernière ? C'est une inversion totale de la face du monde qui a pris bien deux ans à infuser.
- Benjamin Coste
Un des témoignages précédents que vous avez pu donner vous expliquait que notamment vos parents ont pu être un peu inquiets de ces changements assez radicaux, s'inquiétant d'une possibilité que vous soyez tombé dans une secte ou autre. Et je crois qu'il y a une jolie histoire avec vos parents à ce sujet-là. Oui,
- Zoé Müller
c'est vrai. Donc je rentre de Paray-le-Monial et j'aime bien dire que quand on rencontre quelqu'un, un garçon, une fille, on le présente à nos parents quand on est prêt, quand on est sûr, etc. Et moi j'ai rencontré Jésus, j'étais prête, j'étais sûre. Et donc je leur ai dit, voilà, papa, maman, j'étais pas à Lyon avec des amis, j'étais à Paray-le-Monial avec des catholiques. Ah oui,
- Benjamin Coste
parce qu'ils n'étaient pas au courant.
- Zoé Müller
Voilà, je leur avais pas dit. Et en fait, je leur ai dit, ben en fait, c'est vrai. C'est très bizarre, mais c'est vrai, Jésus existe. Je suis arrivée un peu avec mes gros sabots. Donc ils ont eu peur, comme vous l'aviez dit. Ils ont cru que j'étais dans une secte, parce que du lendemain, j'allais tout le temps à l'église, je ne parlais plus que de ça. J'ai changé d'amis, donc ils ont eu un petit peu peur. Mais au contraire d'une secte qui enferme, ils ont vu que j'étais beaucoup plus épanouie, beaucoup plus serviable à la maison. En fait, ça a été une vraie transformation de ma personnalité, presque. En tout cas, de mes défauts. même si j'en ai toujours plein, mais je veux dire, en tout cas, ça m'a fait grandir. Et c'est ce qui a fait se poser notamment des questions à ma maman. Parce qu'elle m'a dit, ma fille, je la connais. Si elle a changé comme ça aussi en aussi peu de temps, c'est qu'il y a forcément un truc. Et donc, elle est allée voir à Paris un prêtre assez rapidement, en qui j'avais confiance. Moi, je l'attendais dans un café pendant qu'elle était à son entretien. Et donc, une demi-heure passe, trois quarts d'heure, une heure. Et là, j'ai très peur. Soit c'est la catastrophe, soit ça se passe très bien. Et puis je la vois sortir, et plus elle s'approche, plus je vois qu'elle pleure. Et donc elle me tombe dans les bras, puis elle me dit Zoé, c'est le premier jour du reste de ma vie.
- Benjamin Coste
Wow.
- Zoé Müller
Ouais. Après, il y a eu quelques drames, on peut dire, dans la famille. Donc, c'est un peu éteint, la spiritualité. Mais je l'ai emmenée dans plusieurs endroits. À chaque fois, elle pleure. Là, elle est allée à Pâques toute seule, à la messe. Elle m'envoie plein de photos de Jésus quand elle passe à côté. Elle veut vraiment découvrir ça. Et elle est trop heureuse. À la maison, ils veulent tout le temps que je dise le bénédicité. Mais pas juste une prière récitée. Merci Seigneur pour tel truc, tel truc. Ils sont trop heureux. Mon frère me demande aussi où est-ce qu'il peut aller à la messe. Mon ancienne belle-sœur, une amie de la famille, on peut dire maintenant, s'est fait baptiser et je suis sa marraine de baptême.
- Benjamin Coste
Donc, c'est l'effet boule de neige. Il y a eu votre propre changement en entraînant tout un tas d'autres autour de vous. Oui,
- Zoé Müller
exactement.
- Benjamin Coste
Suite de cette rencontre, de ce changement profond, vous avez décidé de passer cette fois une année. Vous mettez en parenthèse vos études d'orthophonie, si je comprends bien. et vous prenez une année pour passer 12 mois à Cap Mission, cette école d'évangélisation à Montpellier qui est aujourd'hui fermée. Pourquoi ce choix ? Qu'est-ce que vous attendiez finalement de cette parenthèse que vous offriez à ce moment-là de votre vie ?
- Zoé Müller
Déjà, moi je n'ai pas voulu aller dans cette école. J'ai senti un espèce d'appel de Jésus à faire ça. J'ai découvert... Cette école, un rassemblement de jeunes chrétiens, il y avait un stand, je me sens attirée pour aller discuter avec les gars qui le présentent. Et puis à partir de ce moment-là, je rencontre que des gens qui ont fait Capnicio, plein de signes, plein de trucs, et forcée de constater que c'était le désir que j'avais. Mais Jésus est juste venu le révéler par plein d'événements. Et donc j'ai fini par dire, OK Jésus, oui, oui, oui, je te suis, allez, on y va. Donc je me retrouve cette année de césure, pendant un an à Montpellier.
- Benjamin Coste
Et donc, l'idée, c'était de, je ne sais pas, souvent, quand on a vécu une conversion forte, on se dit, maintenant, je veux, comme on l'avait fait avec la Bible, j'ai envie de mieux connaître la Bible, j'ai envie de mieux connaître cette foi, finalement, qui est mienne désormais. C'est ça le moteur, le ressort, ou il y a encore autre chose que j'ignore ?
- Zoé Müller
Oui, en fait, c'était ça, parce que j'avais beau m'être engagée dans plein de groupes de prière, dans plein de... J'étais aussi très vite allée faire de l'évangélisation, parce que j'avais tapé sur Internet ou parlé de Jésus. Parce que moi, si on ne l'avait pas dit, je n'aurais pas cru. Donc, il fallait à mon tour que j'en parle à tout le monde. Voilà, donc j'avais quand même pas mal d'engagement. Mais je sentais que ce n'était pas suffisant pour vraiment comprendre qui était Jésus. Je sentais que je l'aimais, je sentais qu'il m'aimait. Mais j'étais hyper triste de me dire, mais je ne te connais pas, quoi. Je n'avais jamais eu d'enseignement, de cours. Et donc, voilà, c'est quand même ça le moteur principal que j'ai découvert, m'habiter. C'est, je veux te rencontrer Jésus, je veux savoir qui t'es, je veux qu'on passe tout ce temps-là ensemble.
- Benjamin Coste
Ok. Vous allez vivre cette année, une année largement bénéfique pour vous. Vous en ressortez finalement le bilan. Aujourd'hui, pareil, avec un tout petit peu de recul, quel a été le principal bénéfice de cette année passée à Montpellier avec d'autres jeunes catholiques ?
- Zoé Müller
C'est difficile de donner un bénéfice, parce que c'était la plus belle année de ma vie. Parce que s'arrêter pendant un an, se laisser regarder par le Christ, c'est merveilleux. Je ne sais plus, je crois que c'est Saint-Augustin ou je ne sais plus qui dit... regarde le Christ et tu te connaîtras toi-même. Je ne sais plus exactement, mais en tout cas, en regardant Jésus, parce qu'on avait 45 minutes d'adoration tous les matins, et plus je le regardais, plus j'apprenais à me connaître. Et donc, ça m'a permis aussi de décanter ma foi. Elle était tout feu, tout flamme, et elle s'est plutôt vécue dans le quotidien, dans la fidélité. Parce qu'en fait, il y avait une grande conversion, mais après, c'était aussi quelque chose à choisir. Donc je dirais... Le principal bénéfice, c'est ça, c'est d'avoir appris une vie chrétienne. Ce que c'est que de vivre en paroisse, parce qu'on animait le chapelet, on animait les messes. Il y avait toute une vie aussi paroissiale dans le diocèse. Donc voilà, qu'est-ce qu'une vie aussi ancrée dans l'Église, dans la foi ? Une vie avec les frères et sœurs ? Parce que vivre alors qu'il y a tel ou frère et sœur de communauté qu'on a du mal à supporter. Comment ça s'incarne cette foi, cette rencontre avec Jésus ?
- Benjamin Coste
Comment elle s'assoit dans notre vie quotidienne, comment elle s'incarne, comment elle prend racine.
- Zoé Müller
Exactement.
- Benjamin Coste
Alors, il y a beaucoup de plus belles expériences de votre vie, parce que vous venez de dire que Cap Missio, c'était l'une d'entre elles. J'ai lu aussi que vous avez marché sur le chemin de Compostelle en mendiant. Racontez-nous, de la même façon, qu'est-ce qu'il fait ? Moi, ce qui m'intéresse, c'est de comprendre à chaque fois qu'est-ce qui vous met en marche vers une nouvelle expérience.
- Zoé Müller
Saint-Jacques, ça a été à la fin de Cap Missio. J'avais découvert combien Dieu suffisait, combien Dieu était le centre de ma vie. Et donc, dans la Bible, il est écrit « Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez, ni de quoi vous vous vêtirez » . Et en fait, je me suis dit « Mais est-ce que c'est vrai, quoi ? » Est-ce que je peux fonder toute ma vie sur cette parole qui dit « Ne vous inquiétez pas, Dieu pourvoit » .
- Benjamin Coste
Vous avez mis un peu le bon Dieu au défi ? On peut dire ça comme ça ? De façon un peu provocante, bien sûr.
- Zoé Müller
Oui, je pense qu'on peut le dire. Est-ce que j'ai besoin de voir pour m'être en situation de n'avoir rien ? Est-ce que tu peux me combler ? Ça a été aussi merveilleux de partir de n'avoir rien. de me laisser faire, d'apprendre à me laisser faire par l'Esprit-Saint. Au départ, j'étais vraiment avec mes certitudes, avec mes petites idées, je vais toquer à la porte des gens. En fait, je me suis rendue compte que ça ne marchait pas, donc il fallait faire autrement. Voilà, donc ça a été un apprentissage aussi, je pense, de... On peut dire, j'ai réalisé ça rapidement, mais de un peu contrecarrer parfois le péché originel qui fait qu'en fait, on n'a pas confiance en Dieu. On a peur de Dieu, on le fuit quelque part. Et là, c'était de se dire, en fait, je veux apprendre à avoir confiance en toi, à savoir que tu veux mon bien. Et voilà, donc c'était merveilleux. pour un tas de raisons.
- Benjamin Coste
Cette rencontre avec le Christ dans le Saint-Sacrement, recevoir dans l'hostie à la messe, c'est quelque chose qui est resté essentiel pour vous. Comment le décrire, cet apport quotidien de cette fréquentation du Christ ?
- Zoé Müller
Moi, je vois de manière assez manifeste que, dès que je m'éloigne de la messe, de l'adoration, mon caractère reprend ses droits et je deviens dure, je deviens... beaucoup plus recroquevillées sur moi, moins ouvertes, moins prêtes à me donner. Et en fait, c'est vrai que c'est une véritable nécessité d'assister au sacrement, d'aller adorer et également d'en parler aussi avec les autres. Je vois que ma foi, elle s'est beaucoup construite sur le témoignage. J'en ai beaucoup parlé dans des jobs étudiants. Je prie avec les gens à côté des plantes. Quand je travaillais dans une jardinerie, à la BU, il y avait le surveillant. qui avait vu qu'on avait une petite icône avec une amie, qui est venue nous poser plein de questions, dans les covoiturages. Donc il y a vraiment eu cette nécessité de parler de ma foi et aussi de la partager entre amis. Et là, je me rends compte qu'en cette fin d'études, qui est un peu difficile, parce que j'ai des mémoires à rendre, un quotidien d'étudiante qui termine ses études, la prière, elle en prend un petit coup. Et ce qui me relève, c'est vraiment d'avoir des amis profondément chrétiens. Ce week-end, on a pu prier ensemble, faire une louange de 45 minutes avec les amis. J'ai eu une amie qui m'envoie « Zoé, l'Omélie, elle était incroyable, pour telle et telle raison, je crois qu'il faudrait qu'on fasse ça, ça » . C'est vraiment toute cette vie de fraternité, on se pousse les uns les autres à aller adorer, à prier. Après avoir découvert ma vocation, la chemine avec un garçon, à chaque fois il me dit « viens, on prie » , etc. C'est aussi l'entourage qui est vraiment nécessaire.
- Benjamin Coste
Et ça, vous pensez que c'est des bonnes résolutions qui vous sont propres et essentielles pour vous, ou finalement qui peuvent s'appliquer à... qui devraient s'appliquer à tout chrétien ?
- Zoé Müller
Je vais être assez radicale, oui, elle doit vraiment être pour tous les chrétiens, en fait. En tout cas, moi, personnellement, j'ai besoin de donner du temps à Jésus pour qu'il me transforme. En fait, il ne me transforme pas si je ne lui donne pas de temps. Il ne m'apprend pas à mieux aimer, à mieux me donner, si je n'ai pas cet espace-là où lui peut me transformer. J'ai beau faire tous les efforts du monde, je fais encore le mal. Dans Saint-Paul, on ne veut pas faire le bien qu'on voudrait faire, mais on fait le mal. Et donc c'est nécessaire, je trouve, pour se laisser transformer. Et donc ça passe par des choses très concrètes, de se dire dans ma semaine, quand est-ce que je vais à la messe, quand est-ce que je vais à l'adoration, quand est-ce que je n'ai pas fait une retraite spirituelle ces derniers mois, bon ben allez, j'en programme une. Jésus est continuellement là, dans notre âme, et qui demande simplement à ce qu'on saute. tourne vers lui et on peut très vite oublier cette présence-là. Moi, la première, mais les sacrements permettent de vraiment le retrouver lui et de se sanctifier.
- Benjamin Coste
Merci parce que cet dernier bout de réponse me permet d'enchaîner avec nos quatre questions finales qu'on pose à chacun et chacune des invités de ce podcast. La première que je voulais vous... poser Zoé, c'est qu'en fait il y a peu vous étiez encore une néophyte vous êtes finalement toute jeune dans la foi, or croire par exemple que Jésus se rend présent à nous dans un morceau de pain ça n'a quand même rien d'évident quel conseil vous donneriez à ceux qui ne sont pas familiers de l'adoration pour justement se rendre familier de ce mode de prière quand on n'arrive pas à Se tenir en présence du Seigneur quand on sent que finalement c'est un peu vide, qu'on a l'impression de ramer dans ce mode de prière. Est-ce que vous, vous auriez un, deux, trois petits conseils à donner pour découvrir tout ce qui fait la saveur de ce moment vécu avec Jésus dans l'adoration ?
- Zoé Müller
Moi, ce qui m'aide quand je ne ressens rien, et d'ailleurs, quand je ne ressens rien, je me dis « enfin Seigneur, tu me fais confiance, tu sais que je n'ai plus besoin de petites sensations pour me faire venir, et au contraire, qu'enfin, tu as confiance au fait que je t'aime toi, et donc tu n'as plus besoin de me donner des choses » . Donc, c'est évidemment jamais simple de rien ressentir. Et la fois, moi, ce qui m'aide beaucoup, c'est les paroles que Jésus a données aux différentes saintes, en fait. Qu'est-ce qu'il a dit à Marguerite Marie ? Mon cœur brûle d'amour. pour toi et pour les hommes. À Sainte-Faustine aussi, il y a quelque temps, j'allais un petit peu plus à la maison latin, et donc dans le missal, il y a une phrase pour agrémenter nos prières, et c'est quand il dit à Sainte-Faustine, je suis là, c'est vraiment moi, je désire que vous y croyez, etc. Voilà, en tout cas, c'est vraiment ces petites phrases que Jésus a données aux saints et aux saintes, et qui permettent, je trouve, de se réancrer dans sa présence.
- Benjamin Coste
Donc finalement, on se plaint souvent que le Seigneur nous... parle pas, mais en fait, il a déjà beaucoup parlé à d'autres, et donc finalement pour nous.
- Zoé Müller
Tout à fait. Il a déjà en fait quasiment tout dit, quoi. Et aussi, peut-être dernier truc, un peu se taire aussi. À l'adoration, moi, parfois, je me dis, mais tu te tais, là ? Enfin, je lui raconte plein de trucs, etc., mais quand est-ce que je l'écoute ? Et là, juste, je le regarde et je lui dis, mais merci, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, je répète son nom. Et puis parfois, j'ai des petites phrases comme ça qui me viennent, des petites choses qui me permettent de réajuster ma vie. Vous savez aussi,
- Benjamin Coste
je vous avais demandé de préparer avant votre venue un livre qui serait votre livre de chevet, qui est votre livre de chevet, que vous lisez, que vous relisez régulièrement. Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
- Zoé Müller
Alors, c'est le livre de Thérèse Delizieux, Histoire d'une âme.
- Benjamin Coste
Pourquoi ce choix alors ?
- Zoé Müller
En fait, ça a été assez fou pour moi, qui ai toujours voulu faire des grandes choses, un petit peu spécial, du foot, partir en mendicité sur les chemins de Saint-Jacques, prendre une année de césure. Enfin voilà, moi, je voulais être religieuse au fond de l'Inde. Enfin, je ne sais pas, j'avais des grandes idées comme ça. Et en fait, quand j'ai découvert avec Sainte-Thérèse que ramasser une aiguille dans une botte de poing de pain de foin, dans une botte de foin, ça avait beaucoup... Enfin, ça... C'était plus grand, ça avait beaucoup plus de fruits que tous les plus grands apostolats. Là, j'ai découvert quelque chose de radical, en fait. La radicalité de l'ordinaire. Comment est-ce que, alors, je cuisine en mettant de l'amour ? Comment est-ce que je prends le métro et que je me dis, ok, je bénis les gens ? Comment est-ce que, quand mon Vélib fonctionne pas, je pète pas un câble ? Et au contraire, justement, je reviens dans la présence, etc. Et donc, voilà, c'est vraiment cette radicalité, parce que je sens qu'il y a une radicalité en moi, mais cette fois dans l'ordinaire. Et voilà que nos vies, elles portent du fruit dès lors qu'on, dès lors en tout cas personnellement, que j'accepte de consentir aux événements avec amour.
- Benjamin Coste
Est-ce que vous pouvez également, Zoé, nous dire quelle est votre prière préférée et si vous voulez bien nous la lire ?
- Zoé Müller
Donc, ma prière préférée, c'est une poésie, en fait, de Thérèse de Lisieux, toujours. Donc, c'est mon chant d'aujourd'hui. Ma vie n'est qu'un instant, une heure passagère. Ma vie n'est qu'un seul jour qui m'échappe et qui fuit. Tu le sais, ô mon Dieu, pour t'aimer sur la terre, je n'ai rien qu'aujourd'hui. Ô je t'aime, Jésus, vers toi mon âme aspire, pour un jour seulement reste mon doux appui. Viens régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire, rien que pour aujourd'hui. Que m'importe, Seigneur, si l'avenir est sombre, te prier pour demain, Oh non, je ne le puis. Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre, rien que pour aujourd'hui. Si je songe à demain, je crains mon inconstance. Je sens naître alors en mon cœur la tristesse et l'ennui. Mais je veux bien, mon Dieu, l'épreuve, la souffrance, rien que pour aujourd'hui. Pain vivant, pain du ciel, divine Eucharistie, ô mystère sacré que l'amour a produit, viens habiter mon cœur, Jésus. Ma blanche hostie, rien que pour aujourd'hui.
- Benjamin Coste
Dernière question, Zoé, pour finir cet entretien. Je vais vous demander de faire un petit effort d'imagination, si vous voulez bien. Et si à ma place, c'était le Christ qui se tenait devant vous, qu'est-ce que vous aimeriez lui dire ?
- Zoé Müller
Oh là là ! Il y a plein de choses qui me viennent. Déjà, là, s'il était en face de moi, je lui dirais combien je l'aime. Vraiment, le regarder, son regard. Son sourire, voir ses gestes. Vraiment, juste d'abord, je pense que je le regarderais avant de lui parler. Je me réjouirais de sa beauté. Moi, j'ai trop hâte de le voir. De voir tout qu'il dit de lui, qu'il est Dieu, tout qu'il dit, combien il nous aime. Et après, je lui dirais je t'aime, Et surtout, je veux te faire confiance. Je crois que c'est vraiment ça. Je veux te faire confiance et du coup, d'accepter que Jésus, que tu m'amènes à droite, à gauche, que je sois une espèce d'hostie que tu trimballes un peu partout et qui me rapproche tout le temps de lui. C'est trop bien comme exercice.
- Benjamin Coste
Merci Zoé, vraiment. de m'avoir fait confiance pour le coup et de nous faire confiance et de vous être livré à ces réponses concernant votre itinéraire personnel. Je ne précise pas, une toute dernière question. Vu que ce podcast va paraître en pleine Coupe du Monde, j'avais envie de vous demander votre pronostic.
- Zoé Müller
Je pense que la France va gagner. Je pense que clairement.
- Benjamin Coste
Rendez-vous à la fin de la Coupe du Monde pour savoir si ce pronostic était le bon. Merci beaucoup Zoé, en tout cas vraiment, de ce temps partagé. Et merci à vous d'être toujours plus nombreux à écouter Un Beau Jour. Donc je vous encourage à vous abonner, à partager cet épisode sur les réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. Pour découvrir d'autres témoignages aussi incroyables que celui de Zoé, vous pouvez bien sûr écouter les autres épisodes d'Un Beau Jour et lire aussi chaque semaine la rubrique Rencontres dans le magazine Famille Chrétienne. Et enfin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne, Toussaint, l'histoire de témoins de la foi racontée par Bénédicte de Lelys, Maman Prie, Sexo et d'autres encore. Merci encore pour votre écoute et rendez-vous dans 15 jours pour un nouvel épisode.