- Hélène Boiron
Et ce geste imposé d'aller chercher cette petite image ringarde que je vous disais du Sacré-Cœur qui était dans mon pare-soleil. Et là, il fallait que je le prenne, que je prenne cette petite image. Et c'est là où, quand je l'ai prise, je ne voyais même plus le visage de Jésus. Je ne voyais même plus... Alors avant, souvent, je le regardais comme ça. Mais là, non, non, je ne voyais que ce cœur et cette auréole de lumière autour du cœur qui, pour moi, m'a inondée de lumière. Et en même temps, c'est une lumière douce, mais tellement... Voilà, vous baignez dedans. et puis cet amour personnelle que j'ai vraiment ressentie. Et je me souviens que je disais, comment tu sais que je suis là ?
- Marie
Bonjour, je m'appelle Marie et vous écoutez Un beau jour, le podcast de Famille Chrétienne qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. Et dans cet épisode, je reçois Hélène Boiron, dans un témoignage très émouvant écrit avec Benjamin Coste, journaliste d'Un beau jour que vous connaissez bien. Témoignage qu'elle a intitulé « Coiffeuse au grand cœur » , elle raconte comment Jésus a fait irruption dans sa vie, elle qui n'était pas baptisée, un jour de 2006. Alors qu'elle était au plus bas, malade d'un cancer, le Christ lui a fait expérimenter son amour surabondant. Une expérience qui a radicalement changé la vie de cette femme qui était, comme elle le dit elle-même, un pur produit de ce monde et qui est devenue depuis lors citoyenne des cieux et enfant bien-aimée du Père. créant avec générosité l'association La Coiffure du Coeur qui coiffe gratuitement les sans-abri. Bonjour Hélène.
- Hélène Boiron
Bonjour Marie, merci.
- Marie
Merci d'être avec nous. Alors dites-moi, quel objet symbolique de votre histoire avez-vous apporté s'il vous plaît ?
- Hélène Boiron
J'ai amené la petite image qui a permis de changer ma vie. Voilà, qui a permis cette conversion, cette petite image, celle que je décris. qui est dans mon livre, qui est très kitsch et ringarde, que je regardais au début et que je mettais dans chaque voiture que j'achetais, comme si c'était un porte-bonheur. C'est Jésus avec son cœur. C'est Jésus avec son sacré cœur, oui, et qui tend ce cœur, qui nous donne son amour. Et là où j'ai baigné de son amour pendant je ne sais combien de temps, dans ma voiture, et qui m'a complètement bouleversée et transformée ma vie.
- Marie
Alors on va revenir sur ce moment fondateur de votre existence, mais alors au début vous n'étiez pas croyante, même si vous dites dans votre livre que bien que non baptisé, bien qu'élevé par des parents qui rejettent l'Église même, vous, c'est étonnant parce que Dieu a toujours quand même habité vos pensées d'une certaine manière et vous racontez ce moment un peu étonnant, à 7-8 ans vous vous souvenez d'une prière que vous adressez dans une chapelle.
- Hélène Boiron
Oui, même si mes parents n'étaient pas croyants, on rentrait quand même dans des églises, parce que les églises, c'était pour eux un lieu magnifique. Et donc, ça m'interpellait. Et c'est vrai que toute petite, quand on allait en vacances dans le Var, à ce moment-là, je n'y habitais pas encore, il y a une petite chapelle, la chapelle Notre-Dame-du-Mais, qui est tout en haut de cette colline. Et je me souviens être rentrée très discrètement. Il y a une vue magnifique. Donc, je crois que mon papa, il devait regarder la vue magnifique. Et moi, j'étais rentrée. Et j'étais allée prier tout doucement en disant, je me souviens, il faut que tu m'aides là. Il va falloir que tu m'aides parce que je sais que ça ne va pas être facile. Il faut que je m'en sorte. La vie était difficile. Je me rendais compte que peut-être j'étais maladroite, j'étais paumée toute petite. Et donc, peut-être que je manquais complètement de confiance en moi. Donc, je me disais, comment je vais faire moi quand même pour m'en sortir ? Voilà, avec mes petits mots d'enfant.
- Marie
Et c'est vrai qu'adolescente, ce mal-être que vous ressentiez enfant et aller un petit peu en grandissant, vous avez connu une période rebelle qui vous a fait prendre temporairement des voies de traverse. Mais heureusement, vous racontez que vous rencontrez un garçon bien, Charles, qui vous remet un peu dans le droit chemin et qui vous donne envie de vous en sortir, même si vous avez malheureusement raté le bac. Et qu'est-ce que vous décidez de faire ?
- Hélène Boiron
Mon père, de toute façon avec lui, il ne fallait pas non plus, c'était hors de question qu'on puisse redoubler ou glander comme il disait. Donc de toute manière, comme il avait des amis à la chambre des métiers ou à la chambre de commerce, il m'avait dit il y a des cours qui sont proposés, des cours du CEPROCO. C'est quoi le CEPROCO ? Le CEPROCO, c'est le centre de promotion de commerce qui donne en neuf mois, je ne sais pas si ça existe toujours, mais c'est pas que ça, qui donne en neuf mois le niveau Bac plus 2 ou 3, niveau IUT technico-commercial. Donc, c'était très bien. Il m'a dit, maintenant, tu n'as plus que ça pour essayer de t'en sortir. Je te mets là, tu ne rates pas ton année. Donc, je m'étais dit, c'est vrai que jusqu'à présent, on ne peut pas dire que j'ai réussi beaucoup de choses. Mais je vais essayer. Et là, j'étais à fond motivée. C'est là où j'ai rencontré d'ailleurs Thierry. Oui, c'est là où vous faites une très belle rencontre. Oui, c'était la rencontre. Comment expliquer ? Merci. On a commencé à nous appeler les amoureux, dès le début, parce que c'est vrai qu'on est complètement différents. Mais tout de suite, il y a quelque chose qui s'est passé. Et même si pour lui, il était venu un peu pour s'amuser pendant neuf mois, parce que Thierry, pour lui, tout était facile. C'est un homme brillant et moi qui ramais tout le temps. Donc, il ne s'imaginait pas que moi, j'étais hyper sérieuse et que je voulais absolument réussir cette année-là, qu'il était hors de question que je puisse m'amuser. et bien Quand je l'ai vue avec ses grands yeux bleus, je me souviens plus. Je trouvais qu'elle ressemblait à Clark Gable. Je comprends. Avec sa moustache, avec sa faussette. On avait fait un deal. Oui, moi, je veux bien qu'on reste ensemble. Mais tu m'aides. Il va falloir que tu m'aides dans telle matière, Parce que moi, il ne faut pas que je rate à la fin de l'année. Et vous avez eu votre année ? Oui, j'ai eu une mention. La première de ma vie. Et donc, à partir de ce moment-là, ça m'avait mis sur les rails. Et d'ailleurs,
- Marie
sur les rails professionnellement et puis aussi, du coup, dans votre vie de couple. Parce que vous dites que vous vous engagez avec Thierry. Vous vous mariez même religieusement.
- Hélène Boiron
Oui, alors ça, je n'étais pas baptisée, puisque j'ai été baptisée en 2017. Je suis tombée sur un père, un prêtre, qui m'avait dit, écoutez, il faut quand même qu'on se voit. C'était ma belle-mère qui voulait qu'on se marie à l'église, pour plein de raisons. Et en fin de compte, j'avais eu trois entrevues avec ce père au Mourillon. Et il avait dû se rendre compte qu'il y avait quelque chose de profond en moi, je ne sais pas. Et on avait parlé de certaines paroles dans l'évangile. Et donc il m'a dit, écoutez, j'accepte, vous allez pouvoir vous marier à l'église.
- Marie
Oui,
- Hélène Boiron
tant mieux.
- Marie
Et quels souvenirs vous en gardez de ce mariage ?
- Hélène Boiron
Un très, très beau souvenir, c'était cette petite église à Saint-Flavien, à Toulon. Et c'est vrai que c'est une église où on s'est mariés à côté de l'hôtel de Marie. Je me souviens, il y avait Marie derrière nous. C'était un moment où on a été transportés.
- Marie
Alors quel couple formiez-vous avec Thierry au début de votre mariage ?
- Hélène Boiron
On a toujours été très très unis, on a toujours tout fait ensemble. Et c'est marrant parce qu'on a toujours, même si on était très différents, on a toujours vécu les mêmes émotions, on va dire, en fin de compte. Bon, alors on était dans la grande distribution, et à ce moment-là, dans la grande distribution, c'était quand même des périodes où on devait travailler. On ne comptait pas nos heures, on faisait plus de 60 heures par semaine.
- Marie
Ah oui ?
- Hélène Boiron
Vous voyez, voilà, donc... Et on se gardait, le jeudi après-midi, je me souviens, pour essayer d'aller un petit peu en ville ou d'aller se faire un petit cinéma, un truc comme ça. Mais on était tellement proches, tellement uniques, que ça nous suffisait. Et donc, voilà, à un moment donné, moi, j'ai voulu, j'avais envie d'avoir des enfants. Parce que la grande distribution, il fallait que je fasse un choix. Je me rendais compte que moi, comme dans tout, il fallait que je me donne à fond. Et moi, ce que j'avais envie, c'était aussi de faire des achats, partir à droite, à gauche. dans le textile, moi j'étais à ce moment-là et donc la vie de famille à un moment donné, puis on est très sollicité quand vous êtes jeune, que vous êtes ça y est vous avez confiance en vous, que vous avez des résultats, vous êtes demandé, vous êtes sollicité et moi je me rendais compte que je me tenais à fond à ce moment-là Oui parce que vous dites dans votre livre que
- Marie
C'est rigolo parce que vous employez un peu peut-être des mots de la grande distribution. Vous dites qu'avec Thierry, vous étiez des bons produits de ce monde. Complètement. Ça veut dire quoi ?
- Hélène Boiron
Ça veut dire que du coup, on aimait consommer, on aimait paraître. On sortait, oui, on aimait faire la fête. On était demandés, comme tous les jeunes qui aiment les couples jeunes et tout ça. On allait un petit peu partout. On adorait danser. Thierry adorait danser, comme toujours maintenant d'ailleurs.
- Marie
Mais du coup, il y avait ce désir de fonder une famille. Et ça, ça rentrait un peu en contradiction avec ce rythme effréné de travail et aussi de fêtes.
- Hélène Boiron
Oui, aussi. Mais bon, on a beaucoup voyagé avec les enfants. On a réussi à... Moi, à ce moment-là, j'ai pris la congé parentale. J'avais pris trois ans. Et puis, juste après, je m'étais dit, non, moi, je ne peux pas recommencer la grande distribution. Je veux pouvoir donner tout ce que je peux à mes enfants. Je veux qu'ils puissent... Pour ne pas qu'ils fassent les mêmes bêtises que j'ai faites. Je veux qu'ils aillent à fond dans le sport. Moi, j'avais goûté un petit peu à tout. Donc, je m'étais dit non, hors de question. Pour moi, les études, ça a été difficile. Pour eux, si jamais c'est compliqué, je ferai tout pour qu'ils puissent faire ce qu'ils ont envie de faire et puis continuer leurs études.
- Marie
Vous avez souffert du manque d'accompagnement de vos parents ?
- Hélène Boiron
Oui, mes parents n'étaient pas prêts non plus. Ils n'ont pas fait de grandes études. Ils nous ont choyés, mais ils ne pouvaient pas nous accompagner dans les études. Et moi, ils ne se rendaient pas compte que j'étais cette adolescente, on va dire, révoltée, qui me révoltait de ce monde parce que je ne trouvais pas ma place, en fin de compte. Et donc, ils n'ont pas vu ce côté-là et ça m'a manqué. C'est ce qui a fait que du coup, moi, à l'école, en fin de compte, au lieu d'aller au cours, j'allais des fois au palais de justice pour écouter. Il y avait un procès, moi ça m'intéressait beaucoup plus.
- Marie
Ceci dit,
- Hélène Boiron
comme sorti, ça va, il y a pire.
- Marie
Bien sûr,
- Hélène Boiron
je me suis allée aux cours de maths, ça ne me plaisait pas du tout. J'allais à la pêche avec un copain. Ça, ce n'était pas forcément.
- Marie
Qu'est-ce que vous avez fait alors pour être plus présente auprès de vos enfants ?
- Hélène Boiron
Quand j'ai voulu reprendre la vie professionnelle, je me suis dit que la grande distribution, la gestion, les résultats, le stress, c'est bon. J'ai plus envie, ça me plaît pas. Moi, qu'est-ce que j'aime ? J'aime les enfants, j'aurais bien aimé être dans les maternelles, voilà. Ou alors, j'aime tout ce qui est créatif, tout ça, et j'aime bien la coiffure, moi j'aimerais bien rendre les jambes hautes. Alors bon, pour pouvoir faire maîtresse pour les petits-enfants ou même pour l'école primaire, il fallait passer l'école normale, plus trois ou trois enfants, c'était pas du tout mon cas. ou alors il y avait la possibilité de retourner à l'école, faire l'école de coiffure. Et c'est ce que j'ai fait, je me suis régalée. Je me suis retrouvée d'ailleurs avec des jeunes femmes à ce moment-là, pareil, qui faisaient une reconversion. Donc on avait des petites jeunes de 16-17 ans, et puis on avait des femmes comme moi qui voulaient apprendre un nouveau métier. Et c'est vrai que c'était tout de suite une passion. Et je me suis rendue compte que là, c'était facile. Et pas de problème. Et donc, j'ai très vite trouvé un travail dans un... un grand centre de convalescence où je suis restée pendant 25 ans. Il y a une maison de retraite à côté. Donc, il m'avait fait un énorme salon magnifique. Et comme ça, je pouvais coiffer et les personnes de la maison de retraite et les personnes de la maison de convalescence. Et je vais dire que je gérais mon temps comme je voulais.
- Marie
Ah oui, génial.
- Hélène Boiron
C'était génial. Et puis là, j'étais déjà au contact avec des personnes qui étaient dans le besoin parce qu'elles venaient en convalescence, c'est-à-dire qu'elles avaient eu un accident à parcours de vie. Donc, elles étaient fragilisées.
- Marie
Oui.
- Hélène Boiron
Et donc là, ça m'a... permis d'être au contact de ces personnes. Je me rendais compte que non seulement je les rendais belles, mais je leur apportais autre chose. Je me rendais compte qu'il y avait d'autres choses que de la compassion, de l'écoute. Je ne pouvais pas donner des conseils parce que je n'en avais pas donné, mais j'apportais mon écoute et je pense un peu ma bienveillance. J'apprenais à être auprès de ces personnes et beaucoup de patience avec ces personnes. Moi qui étais toujours tout feu, tout flamme, il fallait que tout se fasse très vite. Non, j'ai appris la patience aussi à ce niveau-là.
- Marie
Ça a été une très bonne école du cœur.
- Hélène Boiron
Oui, oui, humaine. Et avec les personnes de la maison de retraite, oui, les personnes âgées, voilà, moi j'ai pas une grand-mère. Et donc là, j'en avais plein.
- Marie
Plein de grand-mères. Et il y a un sacré coup de massue en 2006 que vous recevez quand vous apprenez que vous êtes atteinte d'un cancer. Ça n'allait pas du tout dernièrement ?
- Hélène Boiron
Non, à ce moment-là, il y avait beaucoup de choses qui étaient compliquées dans notre vie. Thierry venait de faire Il avait pris aussi une année sympathique pour pouvoir se lancer dans la bourse.
- Marie
Ah oui ?
- Hélène Boiron
Voilà, avec un ami, ils avaient fait, je ne sais plus comment ça s'appelle. Et puis en fin de compte, on a eu 2001, le 11 septembre, là où il y a eu énormément de... Enfin voilà, tout ce qu'il avait... Il faisait beaucoup de spéculations dans la bourse. Il ne pouvait jamais faire, bien évidemment. Il avait des programmes, voilà. Ils étaient en train de travailler sur un programme. Et donc à ce moment-là, ça a été la descente, le 11 septembre.
- Marie
Il y a les bourses qui se sont effondrées.
- Hélène Boiron
Voilà. Moi, je voyais la maison qui partait, je voyais tout qui partait. En hypothèque ? Oui, tout. Et je voyais mon mari qui partait, parce que ça le prenait de plein fouet. Et donc, il y avait ça, il y avait des... On va dire qu'avec la famille, il y avait quelques tensions, comme dans beaucoup de familles. Les enfants, j'étais à fond avec eux, mais c'était une période difficile.
- Marie
physiquement aussi vous ne vous sentez pas bien ?
- Hélène Boiron
C'est venu après, moi je me disais j'ai les enfants, il faut que ça se passe bien et puis mon mari qui n'avait plus du tout confiance en lui il perd des pieds, je me dis là je n'ai pas deux enfants j'en ai trois là, donc il faut que ça marche il faut que les affaires marchent il reprenait son travail, j'essayais de l'accompagner parce qu'on se remettait un petit peu dans tout ce qu'on avait appris dans la grande distribution, tu fais ça il y avait une ouverture de magasin, comment il faut faire on se mettait à fond tous les deux et souvent je disais maillot. Il faut que je sois forte. Mais les effets secondaires, après, quelques années après, on m'apprend que j'ai un cancer.
- Marie
Comment vous réagissez à cette annonce ?
- Hélène Boiron
Ça a été pour moi violent. D'abord, la manière dont on me l'a dit. C'était dans un couloir. Le radiologue qui me l'avait dit, il avait envie de vite le dire. C'était gênant pour lui. Et je me souviens de cette phrase où il m'avait dit « Madame Boiron, on peut tous partir. Des fois, on traverse, on se fait rembourser par un camion. » Et moi, je le regarde, et je ne comprenais pas. Je me disais, mais qu'est-ce qu'il me raconte ? Et je devenais sourde. Vous savez, ça me gonflait dans la gorge, et je devenais sourde. J'en ai toujours des acouphènes. D'ailleurs, je suis plus sourde, mais j'en ai des acouphènes. Et moi, j'ai dit, j'ai pris mes radios sous le bras, puis j'attendais, je voulais traverser, puis attendre le premier camion qui passe pour me réveiller de ce cauchemar. Ce n'était pas possible. Parce que j'adorais la vie, et pour moi, le cancer, j'avais peur. Comme beaucoup, quand on nous annonce ça, on ne sait pas par où on va passer. Et c'est vrai que je me suis retrouvée à une séance après de radiothérapie dans ma voiture, toute seule, à hurler, à dire mais pourquoi moi ? Mais pourquoi moi ? À crier mon désespoir et puis tout ce qui pouvait sortir en fin de compte. Vous criez à qui ? À Dieu sans savoir que je lui parlais. Mais c'est vrai que maintenant, je sais quand je lui parle intérieurement. Et là, je devais crier intérieurement tellement fort que je m'adressais à je ne sais pas qui. Et c'est vrai qu'il a répondu. de toute façon c'est bien marqué dans les évangiles qu'est-ce qui s'est passé dans la voiture à ce moment-là ? alors à ce moment-là j'ai vraiment eu cette alors que j'étais en pleine colère et peur et tout ça j'ai vraiment eu cette pensée imposée qui me disait je ne suis pas la mort, je suis l'amour. Alors là, ça m'a interpellée. Et je ne pouvais plus conduire. J'étais obligée de m'arrêter sur le bas-côté. Et ce geste imposé d'aller chercher cette petite image ringarde que je vous disais du Sacré-Cœur qui était dans mon pare-soleil. Et là, il fallait que je le prenne, que je prenne cette petite image. Et c'est là où, quand je l'ai prise... Je ne voyais même plus le visage de Jésus, je ne voyais même plus, alors avant souvent je le regardais comme ça, mais là, non non, je ne voyais que ce cœur et cette auréole de lumière autour du cœur qui pour moi m'a inondée de lumière. Et en même temps, c'est une lumière douce mais tellement, voilà, vous baignez dedans. Ce n'est pas facile de donner des mots parce que, voilà. Et puis cet amour personnel que j'ai vraiment ressenti et je me souviens que je disais, comment tu sais que je suis là ? Je comprenais qu'il m'aimait moi personnellement. et par ce geste de... où on voit qu'il donne le cœur, je me disais, je te donne mon cœur, je te donne mon amour. Et ça a duré je ne sais pas combien de temps. Et avant de le dire, je me suis dit, il faut quand même que je redémarre. Thierry m'attend à la maison. Juste avant, je pleurais et tout. Et donc, j'ai réussi à conduire. Je ne sais même pas comment je conduis, mais enfin, j'y arrivais. Et puis, quand je suis arrivée devant Thierry, à la maison, on a un grand jardin avec des grands arbres. Il était devant moi et il me dit « Mais qu'est-ce que t'as Hélène ? Tu ris, tu pleures ? » Oui, je riais, je pleurais, je riais. Et je ne sais pas pourquoi, je lui dis « Écoute, Thierry, tu es illuminée ? » Je lui dis « Non, non Thierry, je ne sais pas pourquoi, je suis lucide. » Et c'est à ce moment-là, en me disant « Je suis lucide » , que j'ai eu l'impression d'être tirée. Vous savez, tirée, Je voyais mes pieds très loin, alors qu'ils ne décollaient pas, mais j'avais l'impression. Je lui dis « Non, non, j'essayais de me retenir. » J'avais la crainte, j'avais comme l'impression qu'il ne fallait pas poser de questions, il n'y avait pas de réponse à donner. J'étais dans cet état-là, mais je voyais toujours mes pieds. Je me suis dit, je suis revenue dans mes pieds qui n'ont jamais décollé, on va dire. Et c'est là où j'ai dit à Thierry, écoute Thierry, il comprenait qu'il y avait vraiment eu quelque chose de fort, je ne suis pas folle. Il me dit, non, non, je sais Hélène, il se passe quelque chose. Je lui dis, écoute, tu prends les enfants, tu vas chez tes parents ce week-end. Moi, il faut que je sois seule, il faut que je sois... Ah oui ? Il faut que je... J'infuse. Donc très gentiment tiré à frilé. Il a dit, il n'y a pas de problème. C'était un week-end, il est parti. Et c'est vrai que c'est là aussi. À ce moment-là, je ne me rendais pas compte encore. Au moment où je revois cette scène où j'allais m'endormir. Et je lui repose encore cette question. Mais pourquoi tu as eu besoin de te faire crucifier par amour ? Il n'y avait pas d'autre moyen ?
- Marie
Parce que vous étiez sûre que c'était Jésus. Oui,
- Hélène Boiron
j'étais persuadée. D'ailleurs, sans le Sacré-Cœur de Jésus, je voyais bien que c'était Jésus. Donc je comprenais que c'était lui qui m'aimait personnellement.
- Marie
Et vous lui avez tout de suite demandé pourquoi ?
- Hélène Boiron
Mais je lui parlais sans savoir que je lui parlais quand j'allais m'endormir. Et là, par contre, j'ai vraiment eu cette voix qui n'est pas comme on se parle. On va dire peut-être des ondes très fortes. Cette voix qui m'a... C'était vivre. Et là, je me suis levée du lit et je savais, je regardais autour de moi. Je me suis dit, quoi, je vis vivre ? Tu vis ? Et voilà. Et j'ai mis dix ans. Je n'ai pas mis le chemin le plus court pour aller retrouver un vraiment.
- Marie
Oui, parce que du coup, Jésus vous a visité, il vous a redonné la foi en la vie. Il vous a totalement sorti de cette étape désespoir que vous aviez.
- Hélène Boiron
Oui, alors le cancer, c'était bizarre. Mais c'était plus ça le problème pour moi. Il fallait que je connaisse Jésus. Maintenant, mon temps était consacré à lui.
- Marie
Et oui, du coup, vous allez connaître une quête. tout à la limite pendant dix ans. Oui, parce qu'en fait, vous n'avez pas du tout toqué à la porte d'une église à la suite de ça. Vous avez cherché Jésus un peu partout, c'est-à-dire.
- Hélène Boiron
Oui. Alors bon, je faisais un peu des séances de sophrologie. Vous savez qu'avec la rhizothérapie, ça peut vous brûler autour la peau et tout. Donc, elle me faisait des soins. Et puis, je me souviens qu'après la séance, j'avais dit, mais qu'est-ce que je dois lire ? La Bible ? Parce que vous lui aviez raconté votre rencontre à la personne qui était aussi très spirituelle. Voilà, voilà.
- Marie
D'accord.
- Hélène Boiron
Et donc, c'était la seule personne vraiment à qui je pouvais parler de ça.
- Marie
D'accord.
- Hélène Boiron
Je la voyais de temps en temps et donc elle me dit non, mais là, ne commencez pas par ça. Commencez par, tenez, Conversations avec Dieu.
- Marie
C'est quoi ce livre, Conversations avec Dieu ?
- Hélène Boiron
C'est un livre avec Donald Walsh qui relate la vie de cet homme qui a justement été, qui a rencontré Dieu. et donc il crée son expérience donc moi c'était les premiers livres que j'ai parce qu'avant je disais toujours des livres de psychologie ou voilà et là je découvrais d'autres personnes qui avaient fait cette rencontre et donc c'est vrai que ça fait du bien de lire tous ces livres mais bon à la limite moi une fois que je fermais le livre ou des fois j'allais même pas jusqu'au bout parce que non c'était pas assez profond pour moi, non c'était pas Jésus moi c'était Jésus que je voulais connaître d'enculer Après, il y a eu le bouddhisme, parce que ça fait du bien, le bouddhisme. C'est zen, et c'est vrai que... Et pourquoi pas ? Je me souviens, on avait fait la route de la soie, avec tous ces gompas magnifiques, parce que j'avais vu ça aussi dans des reportages, et tous ces gompas bouddhistes très très beaux. Donc on a eu de... Voilà. Mais pareil, quand j'allais dans les gompas, je priais Jésus. sauf que Gélie n'était pas là et après le bouddhisme alors vous avez tenté quoi ? il y a eu Amma, c'était aussi une autre expérience c'est qui Amma ? je ne sais pas comment la définir c'est une bombe d'amour elle incarne l'amour elle venait au zénith à Toulon et en gros c'était marqué ma religion c'est l'amour c'est une femme indienne ? oui c'est un leader humanitaire qui donne sa vie depuis tout le temps Pourquoi ? pour pouvoir aider les pauvres et partout dans le monde. Et donc, elle faisait ses tournées. Maintenant, elle revient, je pense, un peu partout dans le monde. Elle fait des darshan, darshan où on vous serre dans les bras. Et donc, justement, on m'a dit, tiens, Hélène, toi qui aimes l'Inde, il y a Amma qui passe. Donc, c'est comme ça que j'ai connu Amma. J'allais dans ses bras. Et donc, j'ai adoré être dans ses bras. Et j'ai appris aussi le service. J'ai eu l'épreuve de la marmite avec Amma. C'est quoi ça,
- Marie
l'épreuve de la marmite ?
- Hélène Boiron
De la marmite. Quand elle venait, il y avait des files d'attente de plusieurs heures. Et si vous faisiez du service, c'était répertorié, c'était très bien, pour pouvoir servir les gens, parce qu'il y a tel monde. Donc vous avez des services de vaisselle, des services de nourriture. D'accord. Eh bien, vous vous notez et puis vous... Vous pouvez aussi avoir des moments, selon le temps d'heure de service, où vous pourrez passer plus vite dans les bras d'un marge. Des coups de fil. Des coups de fil. D'accord. Je n'en suis pas fière. Et donc, moi, je me suis dit, tiens, on va essayer de passer plus vite devant les autres. D'accord. Et donc, je me suis dit, tiens, pourquoi pas aller dans la cuisine pour pouvoir marquer. Je vais voir ce que je peux faire comme vaisselle. Sauf que j'étais arrivée trop tôt le matin, donc il n'y avait pas encore de vaisselle. Sauf qu'il y avait une bénévole, je la revois encore, qui était par terre en train de... d'essayer de récurer ces grosses marmites avec du lait qui était de la veille, qui était cramé. Quand elle m'a vue, elle m'a dit, tiens, toi, prends la marmite, tu la nettoies avant que tout le monde arrive. Et donc moi, je me suis mise avec son éponge toute bête à essayer de nettoyer cette marmite et je n'y arrivais pas. Et je me disais, mais bon sang, tout le monde va arriver, je ne vais pas pouvoir faire la vaisselle qu'il faut, je ne vais pas pouvoir pointer, je ne vais pas pouvoir passer dans les bras de man, tout ce qui vient d'idiots. Et à ce moment-là, je comprends, comme s'il y avait une voix qui me disait « Marie, cure bien, nettoie bien ta crasse. Allez, nettoie. » Et là, je me suis dit « Waouh ! » Je me suis dit « Bon, maintenant, tu ne fais pas ça par intérêt. Tu vas faire quelque chose, il faut épurer. » Et c'est marrant parce qu'à ce moment-là, j'ai trouvé une petite boule, vous savez,
- Marie
en fer.
- Hélène Boiron
Et là, j'ai nettoyé la marmite et j'en ai même demandé une deuxième. C'est là où j'ai commencé à comprendre que, bon, tu n'es pas là pour ça, mais tu es là pour servir, pour apprendre. Et puis, ça ne répondait toujours pas.
- Marie
Qu'est-ce qui vous manquait ?
- Hélène Boiron
Je voulais mieux connaître la vie de Jésus. Je me rendais compte qu'il y avait beaucoup de récits sur Jésus, mais ce n'était pas assez profond. Moi, je voulais tout savoir de Jésus. Dans tous ces livres-là, non. Vous avez tellement d'interprétations d'autres auteurs qui vont se mêler à ça. que vous n'avez pas la parole de Jésus. Moi, c'était la parole de Jésus, en effet. Je ne me rendais pas compte que c'était elle que je recherchais.
- Marie
Et comment vous l'avez trouvée alors ?
- Hélène Boiron
Eh bien, dix ans plus tard, on avait un rendez-vous. On est allé boire un café au Pont du Las dans ce quartier très populaire que j'aime beaucoup.
- Marie
De la Seine-sur-Mer ?
- Hélène Boiron
Oui. Non, de Toulon.
- Marie
De Toulon.
- Hélène Boiron
Et donc, on était allés en repérage parce que le lendemain, Thierry avait un rendez-vous. Donc, on était venus pour voir où était le cabinet du médecin. Et on prend un café et puis ça devait être l'heure de la messe, moi j'avais jamais pu écouter une messe auparavant. et les portes étaient ouvertes et j'ai dit tiens Thierry on va aller mettre un cierge et il me dit bah oui allez on y va et au moment où on rentre je me souviens encore je revois à l'intérieur de cette paroisse c'est tout en peinture orange, je dis bêtement on se croirait comme en Inde en Inde c'est lourd, encore bien sauf que vous aviez Jésus au fond et Marie et Saint Joseph devant
- Marie
La sainte famille était là. Et alors, qu'est-ce qui s'est passé dans cette église ? Et alors,
- Hélène Boiron
à ce moment-là, au moment où je suis rentrée, il y avait l'homélie du Père. Et il y avait aussi les textes. Les textes de... Les lectures. Et tout de suite, ça m'arrêtait. Parce que là, chaque mot que j'entendais répondait. Et je comprenais tout, à toutes mes questions. Ça me donnait... Je comprenais. Alors, l'homélie était aussi magnifique. Le chant, la chorale. Comme elle est toujours très belle, d'ailleurs, dans cette église. Et là, on se dit avec Thierry, c'est peut-être exceptionnel. C'est peut-être exceptionnel, on reviendra dimanche prochain pour voir si c'est... Et on revient le dimanche d'après et pareil. Et là, par contre, le père qui nous avait sûrement repéré, comme on repère souvent les nouveaux, peut-être futurs paroissiens, sur le parvis, il serrait la main à tout le monde. Et puis, je me souviens, il prenait toute la place. On entendait bien les bras. Vous ne pouviez pas lui échapper ? On ne pouvait pas, mais moi, je voulais, parce que je voulais qu'on me laisse tranquille. Oui, oui, oui. Alors Thierry, il y avait que la grande banane, il me dit « serre la main » . Et donc, bonjour. Et moi, tout de suite, je vois le père qui se tourne vers moi pour me tendre la main. Et je ne pouvais pas lui dire bonjour, j'étais tellement émue que les seules paroles qui ont pu sortir de ma bouche, c'était « il faut me baptiser » . Direct ? Direct, il faut me baptiser. alors oui il n'y avait pas de problème donc il m'a dit écoutez mettez-vous là à côté on va se donner rendez-vous à la Bastide et puis c'est là où il m'a parlé du cours Alpha des parcours Alpha où bien sûr j'avais envie de dévorer j'avais envie de rattraper tout ce temps perdu d'accord donc c'est là que vous avez commencé un chemin où j'ai découvert l'église catholique je l'ai découverte et j'ai compris que en fin de compte tout ce que j'avais fait m'avait beaucoup appris me permettait de comprendre d'autres cultures, d'autres religions, d'autres personnes. Mais ma voie royale à moi, elle était là. Elle n'était pas plus loin, elle s'arrêtait là. Et c'était là où j'allais enfin arriver à connaître la vie de Jésus.
- Marie
Et donc, vous avez finalement demandé le baptême.
- Hélène Boiron
Oui.
- Marie
Parce qu'il y a eu finalement ce très beau jour de votre baptême, Pâques 2017. Donc effectivement, dix ans après cette expérience dans votre voiture. Qu'est-ce que vous avez ressenti ce jour-là ?
- Hélène Boiron
C'est le deuxième plus beau jour de ma vie. Le premier jour, c'est dans ma voiture, quand je regarde cette petite image, où je rencontre Dieu, Jésus. Et le deuxième plus beau jour, en effet, c'est ce baptême où je baignais d'amour. Je ne me posais pas de questions, j'étais bien, j'étais guidée, tout le monde s'occupait de moi, et il y avait des chants magnifiques encore. C'était magnifique, c'est vrai, c'est difficile à expliquer. Il n'y a pas de mots d'ailleurs à expliquer quand vous êtes comme ça dans ce bonheur intense. Et bien vous savez que vous êtes au bon endroit et voilà. Là vous ne risquez plus rien.
- Marie
C'est à la bonne place. Voilà,
- Hélène Boiron
ça répondait à ma prière de quand j'étais toute petite. Ben oui, il était là. Et en quoi ça vous a transformé ce baptême ?
- Marie
Ça a transformé ma vie petit à petit. Ça n'a pas été d'un seul coup parce qu'on ne s'en rend pas compte. Mais c'est vrai que mon regard a changé et donc le monde a changé. Je ne voyais plus de la même manière, je ne regardais plus les mêmes personnes peut-être. Et donc je ne savais pas comment je pouvais redonner tout ce débordement d'amour que j'avais reçu, intense. Mais je me disais, je ne peux pas le garder pour moi, donc qu'est-ce que je sais faire ? Moi, je sais coiffer. Mais avant d'aller faire la coiffure, oui, avec Thierry, on s'était dit, écoute, allez, on va voir en quoi on peut être utile. Il y a des associations, il y a des amis de Jéricho qui font partie de toutes ces associations du diocèse, de l'Union du Var. Et donc, on s'était inscrits et on avait commencé à distribuer les repas. C'était très sympa. D'ailleurs, c'est une très belle association. Mais moi, j'étais frustrée.
- Hélène Boiron
Pourquoi vous étiez frustrée ?
- Marie
Parce que j'aime le contact, j'aime prendre le temps et d'échanger. Et beaucoup de personnes, malheureusement, quand ils viennent pour demander à manger, ils viennent rapidement, ils baissent les yeux, ils prennent et ils partent.
- Hélène Boiron
Oui, et puis la maraude elle-même, elle va vite. Et ça va vite, mais il y a beaucoup de monde, il y a énormément de monde à servir.
- Marie
Et moi, je disais, moi, j'ai besoin de plus d'échanges, de plus de contacts. Et c'est comme ça que, avec l'or droit, j'avais dit, écoutez, avec mon ami, Moi, je sais coiffer. Je sais que ça se fait ailleurs. Si ça te dit, avec mon autre ami aussi, on va essayer de voir si on peut apporter mes services de coiffure. Et puis toi, qui as un tel côté sociable, je savais qu'il n'y avait pas de problème avec l'or.
- Hélène Boiron
Oui, c'est comme ça que vous avez fondé la coiffure du cœur. Ce sont des coiffeurs bénévoles qui coiffent gratuitement les personnes de la rue. C'est vous qui l'avez lancé avec votre ami. Vous installez comme ça des chaises, tout un matériel, et puis vous vous proposez des belles coupes et un moment d'échange aux personnes de la rue, c'est ça ? Oui,
- Marie
tout à fait. Oui, oui. Je dois dire qu'on fait ça une fois le soir, une fois par mois, dans les centres-villes, parce que c'est dans les centres-villes que ça se passe. Et pourquoi le soir ? Parce que c'est là où les coiffeurs vont arrêter de travailler, parce que c'est dans la journée du travail. Et puis c'est le soir où les personnes sont le plus isolées, le plus seules. On dit que l'isolement est la source de toutes les pauvretés. Je ne sais plus qui est-ce qui disait ça. Et donc, c'est vrai que des personnes comme, vous voyez, une dame qui s'appelle Pauline. On lui demandait, mais depuis combien de temps vous n'avez pas été chez le coiffeur, madame ? Et elle disait, moi, la dernière fois que j'ai mis les pieds dans un salon, j'avais 16 ans. J'en ai 68. 50 ans.
- Hélène Boiron
Donc, vous voyez, la coiffure du cœur, elle s'adresse à des personnes comme ça. qui n'osent plus, qui n'ont pas les moyens, c'est même fini, ils n'ont pas envie, ils ne se rendent même plus compte. C'est des personnes aussi des fois qui n'ont même pas... Moi c'est ça qui m'a beaucoup touchée, c'est ces femmes qui ne veulent plus ressembler à des femmes pour se protéger. Donc ils vont vous demander de leur couper complètement les cheveux, de tout ça, de s'en les dire, même des fois certaines qui vont prendre des poids. Ou alors, il n'y a pas longtemps, je voyais cette petite Élodie, on a fait une série qui s'appelle Parole de rue, on a commencé une série pour leur donner la parole, pouvoir permettre à des personnes, à d'autres, de changer leur regard. Et elle expliquait que son enfance avait été assez difficile. Elle avait fait un stage aussi en psychiatrie. Et là, elle se retrouvait à peu près à 25 ans dans la rue avec un copain.
- Marie
À 25 ans dans la rue ? Oui.
- Hélène Boiron
Et elle disait, mais vous ne pouvez pas vous rendre compte ce que c'est que d'avoir un toit ? De jamais avoir peur ? Et que le moindre centime, c'est de l'or ? Et quand vous avez des personnes comme ça, ça vous touche ? Moi, ça ne peut pas me rendre insensible. La coiffure du cœur, elle est là non seulement pour, bien évidemment, rendre ces personnes belles, mais aussi pour leur redonner conscience, leur redonner cette estime de soi, ce cœur à cœur. Puis même des fois pour les aider à trouver un job. Parce qu'il y en a aussi qui nous disent, pas que des jeunes, et dans quelques jours j'ai un entretien, tu peux me rendre présentable. Ah oui, génial. Et bien oui, on y met tout ce qu'il faut là, bien évidemment. ça leur rend une dignité c'est énorme,
- Marie
ça les transforme et puis des fois un bénéficiaire d'un soir va être un bénévole d'un soir, parce qu'on a besoin de quelqu'un pour resservir le café, pour passer le balai ils sont tout contents on leur redonne, on leur fait comprendre qu'ils sont très importants à nos yeux qu'ils comptent, et ça c'est souvent je le dis d'ailleurs vous avez apporté un autre objet mon bus en fétiche et bien moi je le trouve magnifique Merci. Il y a des grosses têtes de tigre et des gros... Il y a un veuble,
- Hélène Boiron
il y a des grosses fleurs, il y a un cœur, il y a un mou. Il y a de tout. Oui, c'était une anecdote. C'était à Tarbes, au début aussi, d'une maraude. Je me souviens, il ne faisait pas très chaud. Et il y avait un gaillard là. Au début, on n'avait pas nos sièges qu'on a maintenant. C'était un petit tabouret brillant de camping, vous savez, vous le mettez là. Et lui, je me suis prouvé qu'il ne tombe pas par terre. Il me regarde, et puis très costaud, basané, il avait une grosse balade sur la joue. Il me regarde et me dit, tu ne vas pas me rater toi. Je dis, non, il n'y a pas de raison. Et donc, je lui fais la coupe. Et puis quand je le regarde, c'est ça, ce qui est bien, c'est qu'en tant que coiffeur, on peut se permettre de donner des compliments ou d'avoir ce contact, de pouvoir toucher un petit peu. Et donc je lui dis, écoutez, est-ce que vous êtes beaux ? Et puis alors le blouson, il est encore plus beau. Et il me regarde, et puis il me dit, il l'enlève, avec son t-shirt dessous, et il me dit, tiens, ça c'est pour toi. Direct. Je lui dis, mais non, mais je n'ai pas dit ça pour toi, pour ça. Et les amis de la coiffure du camp me disent, si, si, là, tu ne peux pas refuser, il y a des titans, tu ne refuses pas, tu lui prends. Alors je le regarde, et puis, ben oui, je l'ai accepté. J'ai vu que ces personnes qui n'ont rien, c'était leur manière des fois de pouvoir nous dire merci, donner même le peu qu'ils avaient, ils nous le donnent. Donc il est toujours avec moi. Ce bleson est toujours avec vous.
- Marie
Est-ce que vous diriez qu'aujourd'hui, du coup, avec Thierry, vous étiez des bons produits de ce monde et maintenant vous êtes des bons produits du ciel ?
- Hélène Boiron
J'espère. J'espère parce que c'est vrai que j'ai découvert... Ça m'a permis d'exercer aussi la douceur. Vous savez, il nous dit qu'il faut être humble et doux de cœur. Je suis doux et humble de cœur. Il nous montre comment l'être. Eh bien moi, j'ai appris dans la rue, alors que ce sont des personnes qui ont des vies cabossées, difficiles. Le monde de la rue, ce n'est pas un monde facile. Mais au contact de ces personnes, vous avez la douceur dans un regard. Un regard parce que vous ne pouvez pas le juger, parce que vous, de toute façon, vous n'étiez pas non plus là, attention. Et donc, vous avez la douceur d'un sourire, la douceur d'un silence et la douceur d'un geste aussi. Un geste, la minute lingette qu'on a mis au point. Oui,
- Marie
ça, c'est très beau.
- Hélène Boiron
Une minute lingette qui sent un petit peu le bébé. Parce qu'il n'y a pas d'alcool. Et puis, c'est notre manière de pouvoir enlever tous les petits cheveux qui vont rester dans le cou. Et c'est une minute de caresse. Et ça, écoutez, moi, je sais que ça me transforme à chaque fois. Et non seulement pour eux, c'est un très bon moment, mais pour nous aussi. C'est vrai que c'est là où je dis, moi, dans la rue, j'ai trouvé les clés du bonheur. Dans la rue.
- Marie
Alors, quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui cherche du sens à sa vie ?
- Hélène Boiron
Eh bien, de oser. Oser sortir de son confort, oser aller à la rencontre. Les rencontres, c'est une grande richesse. On ne sait pas du tout l'effet qui se coule qu'il va y avoir. Vous allez faire quelque chose, vous allez rencontrer quelqu'un que jamais vous ne l'auriez rencontré autrement, que ce soit même avec un bénévole. Mais oser, si vous le pouvez, sortir de là où vous êtes pour pouvoir apporter. On a tous des talents, tous des talents. Des fois, on a l'impression qu'on ne sait pas faire grand-chose, ici. Moi, c'est la coiffure, mais un cuisinier, il va faire un super gâteau, un fleuriste, il va pouvoir offrir des fleurs, un comptable, un prof, il va pouvoir aider à remettre à niveau quelqu'un. On peut tous apporter quelque chose et donc c'est oser aller vers l'autre et apporter ce qu'il sait faire.
- Marie
C'est talent.
- Hélène Boiron
Oui, c'est talent.
- Marie
Est-ce qu'il y a un livre qui vous a particulièrement éclairé dans votre histoire, votre chemin vers Jésus et que vous voudriez recommander aux auditeurs ?
- Hélène Boiron
Il y en a plusieurs. ça c'est difficile comme question il y a le livre de Sainte Thérèse de Lisieux qui m'a énormément émue l'histoire d'une âme de Sainte Thérèse de Lisieux qui j'avais jamais vu comment on pouvait écrire d'une manière aussi innocente et belle d'amour et Madène Delbray moi j'ai toujours eu besoin aussi d'avoir des modèles un peu de devoir peu importe, enfin c'est pas peu importe ce qu'il disait mais de voir les convictions de ces personnes la force qu'ils avaient pour aller jusqu'au bout de leur conviction. Jusqu'où ils pouvaient aller. Et moi, ça me permet aussi de me dire, bon, est-ce que ça, je peux le faire ? Il y en a qui en ont tellement fait. Tiens, regarde, elle, elle a fait ça parce qu'elle était à fond. Cette femme qui, en fin de compte, a été dans ce monde athée et communiste et qui a pu évangéliser.
- Marie
Quelle est votre prière préférée ou celle qui vous a rejoint, aidée dans votre recherche ?
- Hélène Boiron
La prière de Mère Thérésa, d'ailleurs, parce qu'elle est devenue notre Notre devise, Mère Thérésa, notre modèle, le modèle de la coiffure du cœur.
- Marie
Est-ce que vous pouvez nous la lire alors ?
- Hélène Boiron
Oui, je veux bien au contraire. Quand je suis blessée, donne-moi quelqu'un à consoler, Seigneur. Quand je suis affamée, donne-moi quelqu'un qui ait besoin de nourriture. Quand j'ai soif, envoie-moi quelqu'un qui ait besoin d'eau. Quand j'ai froid, envoie-moi quelqu'un à réchauffer. Quand je suis blessée, donne-moi quelqu'un à consoler. Quand ma croix devient lourde... Donne-moi la croix d'un autre à partager. Quand je suis pauvre, conduis-moi à quelqu'un dans le besoin. Quand je n'ai pas le temps... Donne-moi quelqu'un que je puisse aider un instant. Quand je suis humiliée, donne-moi quelqu'un dont j'aurai à faire l'éloge. Quand je suis découragée, envoie-moi quelqu'un à encourager. Quand j'ai besoin de la compréhension des autres, donne-moi quelqu'un qui ait besoin de la mienne. Quand j'ai besoin qu'on prenne soin de moi, envoie-moi quelqu'un dont j'aurai à prendre soin. Et quand je ne pense qu'à moi, tourne mes pensées vers autrui.
- Marie
Amen, elle est magnifique.
- Hélène Boiron
Elle est magnifique.
- Marie
Elle n'est pas très connue, celle-là.
- Hélène Boiron
Non, c'est vrai.
- Marie
Elle est belle.
- Hélène Boiron
Elle est très belle.
- Marie
Ma toute dernière question, c'est si vous aviez le Seigneur Jésus en face de vous, qu'est-ce que vous lui diriez vis-à-vis de votre histoire ?
- Hélène Boiron
Oui, comme ça, je lui dirais, donne-moi un cœur encore plus gros, que je puisse t'aimer encore plus. Je ne sais pas aussi bien t'aimer. Merci beaucoup Hélène. Merci.
- Marie
Merci pour votre écoute et merci d'être toujours plus nombreux à écouter Un Beau Jour, à vous abonner, à partager cet épisode sur les réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. Pour découvrir d'autres témoignages de feu, vous pouvez bien sûr écouter les autres épisodes du podcast, mais aussi lire chaque semaine nos rencontres dans le magazine Famille Chrétienne. Et enfin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne. Toussaint, Maman Prie, Sexo. prières catholiques et d'autres encore. Encore merci et à dans 15 jours pour un nouvel épisode.