- Speaker #0
Pas mon... J'ai rendez-vous avec Florian Ferrier. Oui,
- Speaker #1
je suis là.
- Speaker #0
Ok, merci.
- Speaker #1
J'ai cherché Florian Ferrier. On a vu le premier étage à droite, mais... C'est bien celle-là,
- Speaker #2
la première ? Non, c'est la première. Non, après. C'est la première. Oui, oui. Merci. C'était perdu ? Oui. Alors, Florian,
- Speaker #0
je te remercie de m'accueillir à la Maison des auteurs. Comme le monde est particulièrement petit en Goulême, on s'est croisés à maintes reprises, depuis, je ne sais pas, 10, 15 ans. Croisés, mais juste croisés, on ne se connaît pas plus que ça. Je savais que tu travaillais dans l'animation, donc la fabrication de dessins animés qu'on connaît bien ici en Goulême. Je savais que tu étais scénariste de BD aussi, notamment d'Hôtel étrange avec Catherine Ferrier, ton épouse. Mais je ne savais pas que tu avais exercé de nombreux métiers de réalisateur à directeur de collection, créateur de séries, en passant par la pub aussi. Tu es également romancier. Donc j'ai lu tes deux derniers romans parus en 2023 et 2024. Étoiles Rouges et Les Vagabondes. Alors ça fait beaucoup de choses à découvrir. Et comme je trouve que ton parcours parle beaucoup d'enfance, même quand tu écris sur le rôle des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, je te propose qu'on commence par toi, ta propre enfance. Donc est-ce que tu peux me dire où est le début de toi, cette enfance ?
- Speaker #3
Ouh là là, l'enfance, c'est un sujet compliqué pour moi, mais j'ai eu une enfance, j'allais dire, à peu près normale, je dirais. Peut-être avec... tel que je l'analyse moi, beaucoup trop de liberté, c'est-à-dire à peu près aucun cadre à la maison. C'est une particularité de mes parents, c'est de m'avoir laissé absolument libre, de faire ce que je voulais.
- Speaker #0
C'était où ? T'as grandi où ?
- Speaker #3
J'ai grandi en Alsace principalement, puis dans les Vosges et puis ensuite on est parti en Polynésie française.
- Speaker #0
Tes parents, qu'est-ce qu'ils faisaient ?
- Speaker #3
Mon père est médecin, donc il est parti s'installer là-bas. Ça fait 45 ans.
- Speaker #0
Donc pas de cadre et en plus tu es parti assez loin.
- Speaker #3
Oui, j'avais plutôt 16 ans. Moi j'ai été élevé plutôt en Alsace et dans les Vosges. J'ai fait à peu près toute ma scolarité là-dedans.
- Speaker #0
C'est quand même un début de vie très à l'Est.
- Speaker #3
Très très à l'Est.
- Speaker #0
Ça m'a traversé quand je lisais tes romans. Oui, oui, oui. Je me demandais si cette origine et si ce fait d'avoir grandi dans cette région-là de la France et donc proche aussi de l'Allemagne, ça avait construit quelque chose en toi.
- Speaker #3
Oui, oui. Oui, forcément, l'Alsace, c'est quand même un peu les deux départements un peu bizarres de la France, qui sont passés successivement d'un côté à l'autre, sans jamais trop savoir s'ils étaient plutôt allemands ou plutôt français. Plutôt allemands, je crois, d'ailleurs, globalement. L'alsacien est quand même dérivé de l'allemand et pas du français. Voilà, ça reste une région qui est encore sous le concordat, qui a sa propre sécurité sociale et des règles dont l'Église et l'État ne sont pas séparés en Alsace, contrairement au reste de la France. Donc il y a quand même des particularités, j'allais dire géopolitiques et sociales. Moi, je me souviens quand j'étais petit, j'avais allemand obligatoire à l'école, catéchisme et tout ça.
- Speaker #0
Est-ce que vous aviez des origines alsaciennes ou pas du tout ?
- Speaker #3
Moi, oui, De partir de ma famille, de toute façon, mes grands-parents s'appelaient Empt. Donc, je ne sais pas d'où ça vient, mais en tout cas, ça vient d'Allemagne à un moment donné, quoi qu'il arrive.
- Speaker #0
Et tu ne sais pas d'où ça vient ? Tu n'as jamais fait de recherche ?
- Speaker #3
Je ne suis pas très racine ou truc comme ça. Moi, je ne me sens pas ancré dans les choses où... Mes racines, c'est plus ma famille proche que les origines et tout ça. Je ne crois pas beaucoup à tous ces trucs de génome, de génétique, de machin. Non, ça ne m'intéresse pas beaucoup. Ah oui,
- Speaker #0
c'est marrant que tu dis ça, parce que quand même, dans tes livres, moi, c'est ce qui m'a vraiment parlé, en fait. Une sensation que tes origines étaient vraiment de ce côté-là, ta curiosité pour l'Est. Je ne sais pas si tu t'en es rendu compte, mais en tout cas, quand on est lecteur...
- Speaker #3
Oui, oui, oui, mais ça m'intrigue. Comment dire ? J'ai fait quatre romans sur les femmes dans la Seconde Guerre mondiale. c'est parti de plusieurs constats pour moi d'abord effectivement le rôle des femmes on a très très peu parlé en littérature ou même en histoire alors qu'elles ont eu un rôle quand même en tout cas pour certaines très très important au sein des conflits et des rôles qui n'ont rien à voir avec le rôle des hommes et puis ensuite il y a quand même le côté Que sont au fond les Allemands ? Qu'est-ce que c'est que ce peuple ? Moi, c'est un truc qui me travaille énormément, parce qu'ils nous ont quand même foutu trois branlées consécutives, 70, 14, 40. Il y a un moment où il faut quand même s'interroger sur les rapports qu'on a avec ce pays. Et puis moi, je me suis aperçu que quand même, quand tu regardes dans nos programmes de littérature à l'école et tout ça, l'Allemagne, elle est quasiment absente. Et on sait que ça vient de ce truc-là. du fait qu'on ne lit pas de littérature allemande. Qui connaît, qui peut citer dix auteurs allemands aujourd'hui ? Ou alors on lit des Allemands qui se sont expatriés, des Allemands suisses ou des Allemands américains, mais des Allemands allemands, il n'y en a pas eu beaucoup.
- Speaker #0
Douana, le personnage des Vigabonds, qui était donc une écrivaine allemande exilée.
- Speaker #3
Oui, oui.
- Speaker #0
On va rester un peu sur ton enfance. C'est quoi tes souvenirs d'enfance liés à cette région ? parce que En faisant des recherches, j'ai vu aussi que tu parlais d'une écrivaine allemande qui a le même prénom que moi.
- Speaker #3
Elle est autrichienne. Je crois que c'est une de mes autrices favorites.
- Speaker #0
Alors, je suis allé faire des recherches à la médiathèque parce que ça m'a vraiment donné envie. Un des livres dont tu parles et que tu aimes beaucoup.
- Speaker #3
Le seul qui est connu, c'est Le Mur Invisible parce que c'est une sorte de roman. Enfin, il est annoncé comme un roman de science-fiction parce qu'en fait, Elle est isolée dans la montagne, dans un chalet. par un mur invisible sans savoir ce qui s'est passé autour mais elle ne peut pas le franchir mais en réalité c'est juste la vie d'une femme seule comment on survit avec un chien, un chat et une vache c'est tout donc ça n'a rien de science-fiction c'est même ultra naturaliste et voilà ça rappelle pour moi dans la pure lignée des romans naturalistes la science-fiction n'est qu'un prétexte de trois pages sur un roman de 350 pour dire qu'en fait elle est isolée elle aurait pu choisir un autre moyen Mais à cette époque, quand elle l'a écrit dans les années 50-60, il y avait quand même la guerre froide et la trouille que les Russes en viennent aux mains pour de vrai. Donc je pense que le fait qu'il n'existe plus rien autour de cette zone qui est délimitée par ce mur invisible dans les Alpes autrichiennes, c'est le prétexte juste à une histoire très très naturaliste.
- Speaker #0
Donc il y a un lien aussi avec ton environnement, c'est-à-dire que toi tu as grandi comme ça aussi dans des paysages ?
- Speaker #3
Ah ben moi oui, c'est plus la forêt, que ce soit l'Alsace ou les Vosges, encore plus. Moi j'étais entouré de forêts sur des kilomètres et je me baladais avec mon chien. Voilà, moi j'avais pas de copains, j'étais extrêmement solitaire, d'où le dessin, voilà c'est ce qui est venu.
- Speaker #0
T'avais des frères et sœurs ?
- Speaker #3
Ouais, j'avais une petite sœur mais avec un écart assez grand. plus de 7 ans.
- Speaker #0
Tu es un petit peu comme un aventurier de roman jeunesse, le garçon qui part avec son chien en pleine nature, puisque tu parlais de grandes libertés que t'ont laissées tes parents en plus.
- Speaker #3
Oui, on vivait vraiment, quand on était en tout cas à la période des Vosges, c'était à Meaux, je crois qu'il y avait une dizaine d'habitants à tout casser, un peu étalés sur des fermes et tout ça. On était vraiment isolés, et donc il a fallu que je me débrouille avec ça, pour passer... faire passer les journées. Moi, j'ai toujours dit que si j'avais été élevé à Paris, j'aurais été au bistrot avec les potes comme les autres et je n'aurais ni dessiné ni écrit. J'aurais trouvé d'autres activités. Le problème, c'est que quand il n'y a rien à faire, il faut bien se trouver... Voilà, la forêt. Moi, j'ai juste souvenir des forêts de sapins, qui sont des forêts vraiment sombres, où rien ne pousse en dessous. C'est que des aiguilles de pin, ça craque quand on marche. La lumière ne rentre pas, même en hiver, la neige n'y entre pas. C'est-à-dire, ça reste de la terre tellement... Ils sont plantés, serrés, et voilà. Pas de lumière qui passe là-dessous. Donc moi, j'ai vraiment souvenir de ça. Il n'y a pas de nord, de sud, de dessus, de dessous. C'est pareil de tous les côtés. On peut avancer pendant des kilomètres et le paysage ne change. Enfin, on est dans les bois. On n'est que dans les bois. Ça monte et ça descend. Les forêts vosgiennes sont comme les forêts allemandes. Ce n'est pas abrupt. C'est plutôt des collines. Et c'est planté. Il y a des arbres partout et sur des dizaines. plus que ça, même les centaines de kilomètres, c'est que des arbres. Donc effectivement, il y a un côté un peu inquiétant et en même temps un peu rassurant. On se sent au milieu de quelque chose. Oui, ça, je sais que j'ai peu de romans urbains. C'est sûr que c'est pas mon truc. D'ailleurs, j'ai énormément de mal à écrire sur la ville. En tout cas, j'ai besoin d'énormément de documentation. Alors que pour ce qui est la nature, je me... Je fais appel à mes souvenirs.
- Speaker #0
On sent ça, je trouve, dans tes deux romans. Bien que ce soit des sujets hyper difficiles, on parle de guerre, on parle d'un côté de jeunesse hitlérienne, d'un autre côté d'une femme tireuse d'élite dans l'armée, l'URSS. Et en même temps, dans ces batailles, dans ces fuites, il y a un côté très aventurier, presque léger, je dirais.
- Speaker #3
Mon projet, c'était quand même de me mettre dans la peau de ces gens-là. D'ailleurs, Étoile Rouge, je l'ai écrit à la première personne et au présent, parce que je ne voulais pas qu'il y ait de distance avec le récit. D'ailleurs, Les Vagabondes aussi, il est au présent, mais comme il y a deux personnages principaux, j'ai été obligé, entre guillemets, de me mettre à la troisième personne. Ce qui me plaît moins, j'aime bien la première personne et le présent. Mais effectivement, nous, on voit la guerre à travers l'histoire, c'est-à-dire qu'on sait dans quel camp il faut se ranger. On sait où sont les méchants, où sont les gentils. J'ai du mal avec ça, je ne me suis jamais reconnu dans ce type de choses. C'est pour ça que j'aime beaucoup, par exemple, Tova Jansson, les Moumines et autres. Il n'y a pas de gentils, il n'y a pas de méchants. C'est des gens, et ils sont tous un peu gentils et tous un peu méchants. Comme on est tous, ils sont tous un peu menteurs, un peu tricheurs. Parfois élégants, parfois pas du tout. Parfois ronchons, parfois joyeux. On est tous un peu comme ça. Et je déteste les héros qui font tout bien, qui prennent toujours les bonnes décisions. Les trucs, ça, ça ne m'intéresse pas du tout. donc effectivement la question que je me suis toujours posée c'est que les allemands pensaient être dans le camp du bien bien sûr ils pensaient pas être dans le camp du mal personne n'a envie d'être dans le mauvais côté de l'histoire donc tout ce qu'ils ont fait ils l'ont fait au nom du bien et c'est là que ça devient intéressant si on met des allemands dans un livre et qu'ils sont tous méchants comme on voit dans tous les films français où ils sont cons et battent plafond et attendent le bras toutes les deux secondes ok ça défoule mais ça n'a aucun sens au regard de la réalité quoi.
- Speaker #0
Le personnage qui m'est le plus resté après la lecture des Vagabondes, c'est Rudy, qui est le jeune garçon des jeunesses éclairiennes avec son lapin. Et on ne peut pas dire le contraire, il est extrêmement touchant, mais c'est assez dérangeant en même temps. C'est compliqué.
- Speaker #3
Rudy, c'est l'exemple type de la jeunesse qu'on a balancé dans le conflit à la toute fin, ce que j'appelle moi faire tapis. C'est-à-dire que l'Allemagne a vraiment mis... Tout sur la table, tout ce qu'ils avaient, les jeunes, les vieux, les garçons, les filles, enfin bon, tout ce qui pouvait servir à porter une arme, on les a mis au charbon. C'était le champ du cygne, comme on dit. C'est-à-dire, ça aurait pu se finir beaucoup plus tôt, évidemment. En novembre 44, ou même avant, on savait que c'était plié, l'histoire. Mais bon, il y a quand même eu cette résistance. Et ça qui m'intéresse, c'est de mettre dans la peau de ces personnages-là et de me dire qu'est-ce que... Qu'est-ce qui pousse les gens à aller au bout d'une idée qui considère plus grande que la personne, la fameuse communauté du peuple, c'est-à-dire on est tous ensemble contre l'ennemi. C'est intéressant comme point de vue, et d'arriver à changer la lumière, choisir de parler de gens qui n'ont pas choisi le bon camp. Tout ce qu'on peut dire si on regarde l'histoire et l'histoire maintenant contemporaine, on peut presque se dire que c'est la paix qui est un peu bizarre, que la guerre c'est l'élément essentiel à la vie de tous les peuples, que la paix c'est plutôt une espèce de parenthèse un peu bizarre, un peu qui tient sur pas grand chose, un peu bancale, un peu utopique, c'est-à-dire qu'on pourrait tous vivre en paix. J'ai pas l'impression que ce soit réellement possible. Et même quand on y arrive, 20-30 ans, on sent que les braises couvent partout, qu'il ne faut pas grand-chose pour que ça reparte.
- Speaker #0
Toi, avec tes livres, toujours cette enfance, je trouve, hyper présente et hyper abîmée. Parce que t'as Anna face à Ilse et une femme mûre face à une quasi-adolescente. Étoile rouge, c'est une jeune femme qui connaîtra jamais l'amour.
- Speaker #3
Mais oui, mes personnages sont tous... Ils sont tous liés à l'enfance. Beaucoup de mes personnages sont très jeunes. Même avant, dans une saison de Granit, l'héroïne a 16 ans. Déjà, elle est rafraîchie. Je raconte sa vie entre 4 et 24, c'est-à-dire le moment où ça s'arrête. Oui, c'est souvent des personnages jeunes. Ça m'intéresse plus que les personnages âgés. Même si dans Les Vagabondes, j'oppose deux personnages. En tout cas, mature et l'autre très jeune. Et justement, c'est la jeune qui est sûre de ce qu'elle fait et c'est l'adulte qui n'est pas du tout sûr de ce qu'elle fait là, de pourquoi elle le fait et de ses choix. Et c'est ça qui m'intéresse. C'est que je pense que plus on vieillit et plus on réfléchit. Je pense que quand on est jeune, il y a une partie comme ça de poker où on mise plus facilement tout ce qu'on a sur une idée ou sur un concept, un peu un coup de dé. Et on va un peu jouer les choses. On va jouer son avenir comme ça, je trouve ça intéressant, parce qu'on se trouve des justifications pour le faire. Voilà, c'est là où pour moi ça devient intéressant, c'est essayer de trouver les justifications qui font qu'on veut finalement rester un enfant quelque part. pour continuer à jouer le destin au dé.
- Speaker #0
Quand tu étais enfant, on va retricoter à l'envers. C'est quoi tes premiers souvenirs de dessin ? Et est-ce que l'écriture avait une place aussi quand tu étais enfant ou pas du tout ?
- Speaker #3
Non, l'écriture non, pas du tout, c'est venu après. L'écriture, elle est venue quand j'en ai eu marre de dessiner. J'ai dessiné presque 20 ans, 10 heures par jour, et j'en ai eu vraiment marre.
- Speaker #0
Enfant ? Tu dessinais quoi ?
- Speaker #3
Oh, enfant, j'ai dessiné pas mal de choses. J'ai dessiné beaucoup de... C'était ma période super-héros, Strange et tout ça. C'était mon époque. J'étais beaucoup là-dedans. J'ai beaucoup recopié de bouquins d'anatomie. Voilà, Vinci et autres. Ça, je crois que j'ai à peu près recopié toutes les pages. Voilà, dessin par dessin. J'avais du temps. Donc, entre ça et la forêt et mon chien, je crois que, oui, c'était à peu près 100% de mon occupation.
- Speaker #0
Et tu savais déjà ce que tu allais faire ? Ou est-ce que tu avais aussi une injonction, comme ton père était médecin ? Est-ce qu'il y avait une direction à prendre ?
- Speaker #3
Pas du tout, pas du tout. Ils m'ont laissé faire du dessin, même si je pense que, comme tous les parents, ils n'y croyaient pas trop. Ou en tout cas, ils ne me l'ont pas fait sentir, ni m'ont même plutôt poussé dans cette direction. À partir du moment où ils ont compris qu'il n'y en avait pas d'autres.
- Speaker #0
À quel âge tu t'es dit que ça allait être ton métier ? Et quel métier ? Qu'est-ce que tu disais ?
- Speaker #3
Peut-être 16 ans. Peut-être 16 ans parce que je me souviens dans le secondaire, on avait un super prof de dessin qui était vraiment bien, qui était aussi prof à Strasbourg. Et il avait fait venir Tom Ingerer une fois parce que c'était un de ses potes. Et ça, j'avoue que... Le papa des brigands. Oui, ça a été un des clics. Le personnage, même. plus que son boulot. Il y a énormément de bouquins de lui, même les livres adultes qu'il a écrits et tout ça, notamment justement son enfance, comme il dit à coup de claque dans la gueule, c'est-à-dire qu'à un moment, si tu parlais allemand en Alsace, tu prenais une torgnole à l'école, et puis après si tu parlais français, tu prenais une torgnole parce qu'il fallait parler allemand, donc lui il a connu ça.
- Speaker #0
Donc 16 ans, tu te dis que tu vas faire quelle étude pour...
- Speaker #3
J'en sais rien du tout parce que à 16 ans, je pars en Polynésie, donc là-bas, c'était vraiment le bout du monde, comme on dit. avec rien, il n'y a pas de cinéma il n'y a pas de bibliothèque, il n'y a que dalle donc il faut juste se débrouiller avec son imagination c'est bien en même temps c'est hyper flippant la mer c'est terrifiant l'océan c'est terrifiant on vient de la montagne là où j'étais dans quelques terrains qui sont tu regardes sur une île qui fait 15 km² quoi Et où, que tu regardes autour, il n'y a rien avant 7000 km. Donc ça te met quand même un peu la pression.
- Speaker #0
C'est une jolie carte postale, mais quand on y est...
- Speaker #3
En vacances, oui. Mais ça ne bouge pas, il n'y a pas de saison. Tu vois ce que je veux dire. C'est un endroit qui est un espèce d'encéphalogramme plat. Il n'y a aucun changement. De temps en temps, il pleut. Mais il n'y a pas de variation de température. Il n'y a pas vraiment de variation. climat. Il y a la saison des cyclones, mais ce n'est pas tout le temps. Donc,
- Speaker #0
ce n'est pas paradisiaque.
- Speaker #3
Si, ça l'est. Et en même temps, ce que j'aime, c'est ça. C'est comme ma forêt de sapins. Elle est à la fois flippante et à la fois rassurante. Et Bora Bora, c'était comme ça. C'était à la fois extrêmement effrayant et en même temps, oui, le paradis. Mais je crois qu'il n'y a rien qui soit ou tout, ou l'un ou l'autre. c'est comme mes personnages il y a un peu de tout dans chaque chose en tout cas il y a un peu d'effrayant dans les trucs chouettes il y a un peu de trucs chouettes dans les trucs effrayants c'est le principe des monstres qu'on retrouve dans
- Speaker #0
Hotel et Pranches par exemple Donc alors à 16 ans en Polynésie qu'est-ce qu'on fait, comment on prépare son avenir ?
- Speaker #3
Ben j'ai pas non j'ai pas préparé grand chose T'as pas fait ton bac ? Oui oui j'ai passé mon bac de justesse mais j'ai passé mon bac d'abord j'avais plus très envie et puis finalement j'y suis retourné Bac A3, littéraire, dessin. Je suis resté fidèle à ce que je voulais faire. Et puis après, j'ai présenté ici, comme je voulais faire, je me suis dit de la bande dessinée. J'ai fait le concours de l'AISI en 86.
- Speaker #0
D'accord, d'Angoulême. Tu as fait Polynesie,
- Speaker #3
Angoulême. D'abord Paris, puis après la Normandie, puis après Angoulême, parce que je suis rentré au mois de mars. Donc avant juin pour le premier concours.
- Speaker #0
Tu es rentré tout seul ou avec tes parents ?
- Speaker #3
Rentré tout seul, oui. 26 ou 27 heures de voyage. Oui, c'est loin. Oui, complètement largué. Waouh ! Les premiers jours à Paris. La lumière orange. Tu vois, il n'y a pas de nuit. En Polynésie, la nuit, il fait nuit noire. Il n'y a pas d'éclairage public. À l'époque, il n'y en avait pas. Donc, c'est la nuit noire. Il y a les étoiles. Le ciel, c'est incroyable. Tu arrives à Paris, tu ne vois pas le ciel. C'est orange. Toute la nuit, c'est orange. J'ai vraiment... Waouh ! J'ai failli faire demi-tour. Vraiment, j'ai failli faire demi-tour. Parce que le choc était quand même violent. Paris, c'est bruyant, ça pue. Et puis, il y a de la pollution lumineuse, atmosphérique en permanence. C'est incroyable. Tu n'as aucun répit.
- Speaker #0
Tu avais déjà grandi dans la nature. Et puis après, finalement, tu n'es pas resté très longtemps. Oui, en plus,
- Speaker #3
je me suis retrouvé chez des copains de mes parents qui habitaient une tour du 13e. J'étais au 15e étage ou un truc comme ça. Enfin, le truc, waouh ! Tu vois, sans transition, c'est-à-dire que j'ai quitté Tahiti le lundi et le mardi soir, j'étais dans l'appart à Paris. Après avoir fait juste de l'avion, c'est hyper flippant.
- Speaker #0
C'est le même temps qu'on a aujourd'hui, pourri. Oui, voilà, exactement, mois de mars. Donc, l'ESIC et l'école supérieure de l'image à Angoulême. Est-ce que tu savais ce que tu voulais faire ? Je veux dire, dessiner, oui, mais...
- Speaker #3
Je voulais faire de la BD au départ, c'est pour ça que je suis venu là. Et puis, ce qui est intéressant toujours quand l'entonnoir, quand ça se resserre, c'est que d'un seul coup, tu es avec des gens qui veulent vraiment faire ça. Parce que moi, pendant toute ma scolarité, j'ai croisé plein de gens qui voulaient dessiner. Et puis qui finalement, après le bac, ont fait autre chose. Ils n'ont pas eu soit le courage, soit la famille, soit le truc pour les aider ou pour les pousser là-dedans. Après, ils travaillent dans des banques. Tu vois ce que je veux dire. Est-ce qu'ils auront cette frustration toujours ? J'en sais rien. Mais moi, je ne voulais pas être un dessinateur du dimanche. C'est-à-dire faire ça comme un hobby. Mais après, j'ai croisé la route de l'animation pendant mes études. Et puis là, vraiment, en tout cas pour moi, ça a été la révélation. C'est-à-dire en fait, ça peut bouger.
- Speaker #0
L'animation, je précise toujours, parce qu'il est en blême, c'est évident. Oui, le dessin animé. Il y a tellement de choses pour deux personnes. Oui, le dessin animé. Voilà, la fabrication. Et là,
- Speaker #3
je me suis aperçu que les personnages pouvaient bouger. Enfin, je le savais avant, mais je l'ai vu, là, concrètement.
- Speaker #0
À l'école ?
- Speaker #3
Oui, Parce que Jean-Yves Rimbaud est venu recruter et...
- Speaker #0
Donc, Jean-Yves Rimbaud qui est le papa de... Des enfants de l'espace, de Wogi, etc.
- Speaker #3
Avec des très, très... très amis. On l'est devenu.
- Speaker #0
Toutes les années, fin des années 80 ?
- Speaker #3
C'est ça, début 90. J'ai fait mon service militaire et puis après, je suis parti à Paris avec Jean-Yves Rimbaud, notamment.
- Speaker #0
Dans l'animation, on peut faire des métiers différents ?
- Speaker #3
Plein.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux l'expliquer concrètement, qu'on voit bien ?
- Speaker #3
C'est un processus de création. D'abord, il faut une idée. Après, il faut écrire une histoire. Après, cette histoire, on en fait un storyboard. En parallèle, on crée les décors et les personnages, puisqu'il faut bien des personnages, donc il faut les dessiner. Il faut les mettre en couleur. Les décors aussi, il faut les dessiner, les mettre en couleur. Il y a des gens qui font ça, des gens qui font le noir et blanc, des gens qui font la couleur. Et puis, chacun est sur son domaine de compétences. Donc, forcément, meilleur que celui qui est bon au personnage et qui est moins bon au décor. On va le mettre au personnage. On va essayer quelqu'un qui est bon dans les décors, au décor, etc. Pour essayer d'avoir le meilleur truc au bout. Toi,
- Speaker #0
tu avais un... Moi,
- Speaker #3
j'ai fait du décor beaucoup au départ. Oui, j'ai fait beaucoup de décors, les décors principaux, notamment la créa des décors, puis les décors. Ensuite, j'ai fait du storyboard assez vite. Storyboard, ça veut dire que là,
- Speaker #0
c'est le découpage de l'histoire ? Voilà,
- Speaker #3
c'est le découpage de l'histoire en images. Donc là, tu dessines et tu dessines ? Les cadrages, oui, oui. Tu dessines et tout ? Oui, les décors et les personnages. Oui, c'est l'époque où on était papier. Il n'y avait pas du tout d'informatique encore. Donc voilà, il fallait tout faire papier. J'ai vu arriver Photoshop, etc. dans les studios à la mi-moitié des années 90. On avait déjà commencé, moi ça faisait déjà 6-7 ans que je bossais. Donc on avait déjà pris des automatismes qu'il a fallu changer. Mais tout ça, c'est de la bonne évolution. Photoshop a permis quand même d'aller beaucoup plus vite sur un certain nombre de tâches. Et quand on dessine sur un écran ou sur une tablette, enfin sur du papier ou sur une tablette, je ne vois pas trop la différence. Tu peux toujours revenir en arrière avec l'ordinateur. En dessin, quand tu as fait un trait, tu peux revenir en arrière. Tu peux gommer une fois ou deux, après le papier est foutu. Il faut que tu recommences. C'est pareil. Pour la couleur, si tu te rates à la couleur, il n'y a plus qu'à refaire le décor. Sur écran, ce n'est pas grave. Si on a raté la couleur, on en met une autre. Donc, il faut dire que ça a aidé. Même si au début, ça part un peu dans tous les sens. Après, on maîtrise au début. C'est un peu comme un animal sauvage Photoshop. On ne comprend pas trop ce qu'on fait. On ne sait pas s'arrêter dans une image. Puis à un moment, ça devient cohérent, ça devient concret. Et puis, on comprend ce qu'on fait. globalement l'informatique est partout maintenant on peut toujours dessiner à la main il n'y a pas de problème si on aime ça ça ne change rien dans le rendu en fait ce qu'on vit c'est un objectif ou alors après il y a les puristes qui aiment bien entendre crisser leurs plumes sur le papier, ça c'est autre chose ça c'est des marottes on a le droit, il n'y a pas de problème mais concrètement dans le travail Les outils sont tels aujourd'hui qu'on ne voit pas la différence entre un dessin qui serait fait sur papier ou un dessin qui est fait sur un écran. On peut choisir des buses, crayons, on peut choisir de l'aquarelle, on peut faire des trucs. Enfin bon, on peut avoir des résultats qui sont extrêmement similaires. voire même à s'y tromper. Dans l'objectif, pour moi, c'est un gain. Après, pour les puristes, c'est autre chose. Mais bon, quel que soit le domaine, les puristes restent les puristes.
- Speaker #0
Donc toi, tu as appris, appris, appris, appris en faisant différents métiers ?
- Speaker #3
Oui, moi, dans l'anime, j'ai fait à peu près tous les métiers.
- Speaker #0
C'est quoi tous les métiers ?
- Speaker #3
Je ne sais pas, j'ai fait de la création de perso, j'ai fait du turn, j'ai fait du lips, c'est-à-dire les bouches, les voix. Du turn, c'est quoi ? J'ai fait de l'animation, j'ai fait retourner les personnages en dessin. face, profil, trois quarts dessus les têtes, les corps pour que les animateurs ensuite aient des points de référence j'ai fait de la direction artistique, du storyboard de la direction de storyboard j'ai fait de la réalisation je suis passé par à peu près tous les jobs mais comme ça se faisait beaucoup dans les années 80 il n'y avait pas d'école, il y avait les Gobelins les Gobelins c'est l'école qui est à Paris oui c'était la seule aujourd'hui 40, 50, c'est différent. Il y a des cursus, des trucs. Nous, on arrivait et on apprenait sur le tas. Je n'ai pas eu un enseignement, quel qu'il soit, spécifique en animation avant.
- Speaker #0
Comment on en arrive à créer sa propre série ?
- Speaker #3
Je suis parti à la fois en écriture et en direction artistique sur le projet. Oui, le magicien, je l'ai vraiment pondu de A à Z, ce truc-là.
- Speaker #0
Ça parlait de quoi ?
- Speaker #3
C'était une espèce d'univers... rétro-futur urbain comme j'aime bien, très art déco et c'était très dans la veine de Batman à l'époque voilà qui avait un peu marqué, c'était en même temps à peu près et moi qui étais vraiment fan de Jack Kirby ou ce genre de dessinateur on avait envie de faire un truc avec Gaumont, un truc un peu grand quoi c'était je sais plus 26 x 26 ou même un peu plus, c'était beaucoup d'épisodes longs voilà avec énormément de personnages, de bâtiments J'ai dessiné les premiers décors, j'ai dessiné tous les persos, etc. Et puis après, on adjoint des gens au fur et à mesure dans l'équipe pour se muscler et puis arriver à faire un projet qui arrive à séduire un diffuseur, comme on dit.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu disais que tu ne dessinais plus ou quasiment plus ?
- Speaker #3
Oui, non, moi, je fais du storyboard. C'est tout ce que je fais.
- Speaker #0
Et quand on fait du storyboard ? On ne dessine pas quand on fait du stone ? Oui,
- Speaker #3
on dessine, mais moi, je ne clean pas. Je fais des roughs et après, il y a des gens qui clean.
- Speaker #0
C'est un dessin rapide, c'est ça ? Oui,
- Speaker #3
exactement. Moi, ce qui m'intéresse, de toute façon, le point commun de tous ces métiers, c'est la narration. C'est comment on raconte l'histoire qui m'intéresse. Une fois que moi, j'ai fait ça, je considère vraiment que mon boulot est terminé.
- Speaker #0
Mais tu as pris du plaisir quand même à dessiner dans ta vie ? Bien sûr,
- Speaker #3
énormément. Énormément. tellement dessiné, je me suis tellement pété les doigts. Ah non, mais c'est une époque où oui, on dessinait vraiment non-stop, toute la journée. Il fallait produire, produire, produire. Acquérir des automatismes, etc. Donc oui, j'ai beaucoup travaillé. Puis c'est du boulot très technique. Plus technique qu'artistique. Donc au bout d'un moment, faire des dessins techniques, tu vois, des heures, des années, des décennies, il y a un moment où tu n'as plus aucun plaisir à ça. Tu n'as plus aucun plaisir. Et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à écrire.
- Speaker #0
Et ton écrivain, après, elle dessine.
- Speaker #3
Oui, oui, oui. Elle dessine tout le temps. Elle adore ça. Mais elle, elle adore ça.
- Speaker #0
Le moment où elle met ses dessins au propre, je sais que c'est son moment préféré. L'ancrage, c'est son moment préféré. Je vois le truc se monte. Sur les tranches, quand on fait le découpage ensemble, on fait des ronds, des patates et des bâtons pour les bras et des trucs. Et quand je vois le truc fini, les milliers de trucs qu'elle ajoute dans le décor, les machins, il y en a... Waouh !
- Speaker #1
Surtout que les décors d'Hôtel Frangé sont très beaux. Oui,
- Speaker #0
mais c'est un plaisir que moi je n'éprouve plus. Mais justement, c'est pour ça que la collaboration marche bien. Elle fait ce qu'elle aime et moi je fais ce que j'aime. Donc c'est abouti et sincère parce que chacun est vraiment entièrement dans son rôle et dans ce qu'il aime faire.
- Speaker #1
Et comment il est né alors ce projet ? Tu t'en souviens ?
- Speaker #0
Oui, je m'en souviens. Ce projet est né quand je m'ennuyais dans mes premiers salons du livre en tant qu'écrivain jeunesse où je n'avais pas beaucoup de monde et je me suis mis à écrire ce truc-là. J'en ai fait un petit... Un roman, en fait, c'est un roman jeunesse au départ, que Catherine devait illustrer, et puis j'avais une copine, Virginie, qui travaillait, parce que moi j'aurais adoré faire une bibliothèque rose, ouverte, mais moi c'était mon truc, tu vois, d'être là-dedans, parce que c'est vraiment pour moi, tu vois, le truc jeunesse par excellence, quoi.
- Speaker #1
En lisant Les Vagabonds des Étoiles Rouges, j'avais envie de lire de toi un livre du type Club des Cinq.
- Speaker #0
Oui. Oui, j'en ai fait. Il faudrait que tu lises « Il fantôme pour un perdu » , par exemple, qui est un truc que j'ai fait au seuil jeunesse. Oui, c'est une sorte de club des cinq. Et j'adore ça, de toute façon. Mais pour moi, vraiment, la bibliothèque Rose, j'aurais adoré. Et puis Virginie m'a dit « Mais non, on ne fait plus de projets originaux, mon pauvre. » Elle m'a dit « Regarde ce qu'on fait maintenant, ce qu'on me demande de faire. » Elle me dit « Tu sais, ils prennent des dessins animés, puis ils adaptent les scénarios en livres. » Alors, tu as Cédric. Total Espies, machin, elle m'a dit je suis désolé, on fait plus ça on me demande de plus faire en fait voilà, ils font simplement de l'adaptation, tu vois, de script des épisodes de dessins animés, puis ils les mettent en petits romans, c'est comme ça que ça marche aujourd'hui, donc du coup on s'est retrouvé avec ce truc-là sur les bras, avec Catherine, on s'est dit bon qu'est-ce qu'on fait et Catherine elle m'a dit écoute, j'aimerais bien faire de la BD, donc adapte-le en BD, adapte le scénario en BD, enfin le roman. Du coup, j'ai adapté le roman en BD, on s'en est parlé, et puis voilà. Et puis on a trouvé un éditeur assez rapidement. Et puis Kat, elle est venue ici quand même deux ans, en résidence. Elle a fait le tome 1 et le tome 2 ici. Voilà, c'était son bureau. Après, Condam et Sfar, c'était leur bureau. Après, c'était le bureau de Catherine.
- Speaker #1
Ah oui, c'est chouette d'être là. On pourrait peut-être expliquer ce que c'est que la maison des auteurs en Goulême.
- Speaker #0
C'est un immeuble qui accueille, je ne sais pas combien, 30, 40 auteurs du monde entier pour des périodes très différentes en fonction de leurs projets.
- Speaker #1
Donc Hôtel Étrange, Marietta, Célestin, M. Snarf, M. Leclerc. et Kaki. C'est un univers merveilleux, pour commencer un étrange hôtel où vit tout ce petit monde-là. On rencontre des buvoglobines, des maugures, et puis, je ne sais pas si c'est vrai pour tous, mais il y a une recette. Bien sûr,
- Speaker #0
il y a une recette dans chaque.
- Speaker #1
Et on va voir que la recette, elle est donnée à la fin du... Oui,
- Speaker #0
la recette est très importante dans Hôtel Étrange. C'est un hôtel, donc voilà, il faut manger. Alors oui, c'est... plutôt une pension qu'un hôtel d'ailleurs. Donc toute cette petite équipe de cinq accueille des clients tout au cours de l'année qui viennent se reposer à l'hôtel et ils sont au service des clients.
- Speaker #1
Et Catherine, elle s'est emparée de l'idée ?
- Speaker #0
Oui, elle a dessiné les personnages et tout ça. On s'est dit où, quand, comment, pourquoi. Alors on a pensé à l'hôtel parce qu'on a un chalet de famille dans les Alpes et qu'effectivement il ressemble à ça. Un vieux chalet, bois, pierre. On s'est dit que c'est un endroit où on aime être, donc c'est un endroit qu'elle aimerait dessiner et où on se sent, nous, bien. C'est-à-dire la montagne, la forêt, la neige, ces centaines de milliers de fleurs l'été qu'il y a partout au printemps dans les champs. Que des couleurs et tout ça, ça nous parle beaucoup, ça nous met en joie.
- Speaker #1
Moi, ça m'a mise en joie aussi de le lire et de découvrir cet univers. Et j'ai effectivement cette image de plein de petites fleurs. plein de... C'est marrant ce que tu viens de dire parce que c'est pas une photo de la montagne avec les fleurs réelles.
- Speaker #0
C'est ça. Oui, oui, oui. C'est imaginaire. Donc tout est recréé, les dimensions, le gigantisme de la nature, évidemment. C'est le premier personnage de la série. Il n'y a pas de monde urbain, il n'y a pas d'électricité, il n'y a pas de méchants.
- Speaker #1
C'est des personnages qui pourraient faire peur, mais en fait... Voilà,
- Speaker #0
ils font peur parce que physiquement, ils font peur, mais il n'y a pas de personnages, entre guillemets, humains dans la série. De toute façon... Tout peut naître et prendre forme. On n'a aucun interdit là-dessus. Justement, on peut avoir une créature absolument horrible graphiquement et qui, en fait, comme le gros-gros, il veut juste essayer de chanter. Il a une voix tellement affreuse que, bien sûr, il fait fuir tout le monde. Et ça le rend triste, du coup, parce qu'il aimerait beaucoup participer à la fête de la musique, mais personne ne veut l'écouter parce que, d'abord, il est énorme et puis, en plus, sa voix, c'est impossible. Comment lui apprendre à chanter ? Ça, c'est le genre de truc qui nous amuse. Le principe d'Hôtel étrange, c'est que les cinq personnages voient le monde, cinq personnages principaux voient le monde chacun d'une manière différente.
- Speaker #1
Et il y a Kaki qui vit aussi ses... J'ai vu qu'il sortait d'Hôtel étrange et qu'il avait ses propres aventures.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Oui, ça, c'était une demande de Sarbacane. Et puis nous, on avait bien envie d'écrire... Des éditeurs ? Oui, oui, oui. On avait bien envie d'écrire des petits romans plus centrés sur Kaki parce que c'est vraiment la tornade, quoi. Dans le cas qui, il peut enchaîner effectivement les mauvaises décisions jusqu'à la cata intégrale. Et ça, c'est rigolo.
- Speaker #1
Et c'est facile de travailler en couple ?
- Speaker #0
Oui, très.
- Speaker #1
Tu me parlais de joie, puisque nous sommes dans un fond en joie. Alors effectivement, qu'est-ce qui te met en joie, toi, particulièrement ? Et c'est quoi la joie, peut-être ?
- Speaker #0
La joie, c'est compliqué, parce que pour moi, la joie, c'est difficile, la joie. Je ne suis pas comme ça, a priori. Très, très, très, très joyeux. Je suis plutôt solitaire, concentré sur mes trucs et tout ça. Donc la joie, ça ne se voit pas forcément sur mon visage quand je suis joyeux. La joie, pour moi, c'est un mélange d'exaltation et d'apaisement. Donc c'est deux trucs un peu contradictoires. J'éprouve parfois de la joie dans l'apaisement ou parfois, au contraire, dans le tourbillon. Je peux trouver de la joie dans des endroits très, très différents. J'aime qu'elle me surprenne, en tout cas. Ce n'est pas un truc que je cherche. Par exemple, tous les bouquins que je lis, c'est... Il n'y a pas un pet de joie dedans, quasiment. Je ne recherche pas ça du tout. C'est pour ça que quand ça m'arrive, j'aime bien être pris par surprise, par la joie. Parce que finalement, c'est peut-être comme ça qu'elle est la plus réelle ou la plus pure, je pense.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une photo qui te met en joie ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je pense que comme beaucoup de gens aujourd'hui, la photo est dans le téléphone. C'est toi qui as fait cette photo ?
- Speaker #0
Oui. C'est un feu ? Voilà, c'est un feu. Un feu de joie ? C'est un feu. dans la cheminée. Et ça, c'est un truc qui est à la fois fascinant et apaisant. Et ça, ça me met en joie, par exemple.
- Speaker #1
Toutes les petites...
- Speaker #0
Toutes les étincelles, tu vois, quand tu touilles dedans et tout ça, ça, j'adore. J'ai des fois du mal à le laisser tranquille. J'aime bien tisonner. Ça bouge et je trouve ça vraiment très intéressant. C'est le chalet de famille de Catherine. Moi, c'est vrai que cet endroit-là, je suis... On est à Hôtel Étrange et nous on s'est inspiré vraiment de ça. Tu vois ce sol en pierre, les murs en pierre et en bois. Ça c'est des endroits où je suis réceptif. Je ne suis pas du tout enfermé sur moi, je suis dans le présent. J'ai beaucoup tendance à être dans le futur, c'est-à-dire que je gamberge beaucoup, je suis toujours trois coups plus loin et c'est très fatigant. et il y a des endroits ou des moments où je suis... vraiment dans mon corps au moment où je suis. Et ça, c'est peut-être la joie, c'est ça aussi. Parce que ce n'est pas souvent que ça m'arrive. Donc, c'est un moyen de s'isoler et de se ressourcer aussi. C'est important, en tout cas dans nos boulots, où on doit quand même créer tout le temps quelque chose, avoir de nouvelles idées, les mettre en forme. Parce que les idées, ça ne suffit pas. C'est loin de suffire. Une idée, c'est à peine un début. Nous, que ce soit moi, Catherine, les artistes en général, on est quand même tout le temps obligés de produire de nouvelles idées pour vivre, tout simplement. C'est aussi fatigant. C'est vraiment épuisant. C'est ce que beaucoup de gens qui bossent, moi dans ma famille, tous les gens qui sont salariés ou autres, ne comprennent absolument pas ce qu'on fait, comment on le fait et pourquoi on le fait. Parce qu'il n'y a jamais un moment où, de même, ils doivent s'asseoir à une table et dire mais qu'est-ce que je vais produire pour gagner ma vie ? Et nous, c'est ça en permanence. C'est pour ça qu'il faut se ménager des zones refuge, des repos pour trouver de nouvelles idées et les mener au bout. Ça demande énormément d'énergie, énormément de concentration, énormément de lucidité aussi. Il ne faut pas se mentir sur son niveau. C'est difficile d'être honnête et lucide avec soi-même quand on est artiste. C'est pour ça qu'il faut... Moi, en tout cas, en roman, il me faut des relecteurs et tout ça. C'est-à-dire que je suis très mauvais juge, forcément, de ce que j'écris. Surtout en roman, il y a la différence, si tu veux, entre le temps de lecture et le temps d'écriture. Un roman, ça se lit en trois heures, ça prend des fois quatre ans à écrire.
- Speaker #1
Ce qu'on peut dire sur Étoiles rouges et Les vagabondes, c'est qu'à la base, à chaque fois, c'est un énorme travail de recherche et de documentation. Est-ce que tu peux en parler un petit peu pour dire comment tu as travaillé ?
- Speaker #0
La doc pour ces deux, trois romans, c'est dix ans accumulés de lecture. Rien qu'en bibliothèque, j'ai une bibliothèque avec que des livres là-dessus. Je ne sais pas, il doit y en avoir 200, 250. Juste sur ce sujet, après, je ne te parle pas des milliers de documents Internet, parce qu'il y a beaucoup de choses que tu ne trouves pas en livre, des choses très spécifiques. notamment sur les spoliations d'art et de bouquins, tu vois tous les états des lieux qui sont rédigés en français, anglais et russe, qui font 1000, 1200, 1300 pages, les rapports des services de spoliation allemands qui sont gigantesques, qu'on peut télécharger. En ligne, pareil, qui sont en trois langues, etc. J'ai des documents de plusieurs milliers de pages que j'ai dû bouffer pour avoir une idée claire de ce que je... Pas de ce que je voulais raconter, je savais ce que je voulais raconter, mais je ne voulais pas... Quand on se lance dans ce genre d'aventure, déjà l'air fraîchi, j'ai mis quatre ans à l'écrire, tu n'as pas envie que les gens ricanent en disant « Ah, mais n'importe quoi, il n'a pas assez bossé son sujet. » Si, si, j'ai bossé mon sujet. Tout ce que je raconte, je sais que c'est bon.
- Speaker #1
Dans ces trois romans-là, à chaque fois, on est dans la Seconde Guerre mondiale. Les femmes et la Seconde Guerre mondiale.
- Speaker #0
Déjà, j'ai réfléchi. Ce qui m'intéressait, c'était la spoliation des livres. On a beaucoup parlé de l'art.
- Speaker #1
La date arrivée, c'est un pavé. C'est un pavé,
- Speaker #0
il fait 700 pages. Le livre est fait. Voilà, exactement. On a beaucoup parlé d'art, des toiles, parce que les toiles, c'est visuel. On n'a pas parlé des livres. Pourtant, les Allemands ont piqué 30 à 40 millions de livres. Merci. pas rien, ils en ont détruit autant. Ils avaient un projet de remodeler vraiment la culture en Europe, c'est-à-dire en enlevant tout ce qui n'allait pas dans leur sens, en conservant tout ce qui allait dans leur sens. Et ils étaient, ils avaient le projet, enfin qui était déjà en route, de faire une bibliothèque, ça ça m'a beaucoup intéressé, pour les futurs cadres du parti, où il y aurait effectivement les livres des juifs, des communistes, des francs-maçons, c'est-à-dire des ennemis de l'État, pour que les cadres puissent bien comprendre de quoi on parle.
- Speaker #1
Comment on fait pour vivre, et c'est quoi l'obsession derrière ? L'obsession,
- Speaker #0
c'est de comprendre ce que c'est arrivé.
- Speaker #1
Je veux dire, au point... Parce que c'est quand même... C'est dix ans quand même de recherche, puis après d'écrire encore. Parce que comment est-ce qu'on a encore envie d'écrire ensuite, après avoir passé autant de temps dans cette documentation hyper lourde ?
- Speaker #0
Mais parce que j'avais vraiment envie de comprendre. Par exemple, moi, quand j'étais à l'école, je me souviens très bien, quand on parlait de la Seconde Guerre mondiale et par exemple des SS, moi, vraiment, les SS, c'était pour moi des garçons bouchés. Et puis quand tu rentres dans la doc, tu t'aperçois que c'est des juristes, des journalistes, des hommes politiques, des machins. Tu te dis mais attendez, moi je croyais que c'était des mecs qu'on prenait dans la rue avec des couteaux parce qu'ils étaient, mais pas du tout. C'est des doctorants. Et puis après, j'ai commencé à chercher et j'ai lu qu'il y avait à peu près 600 000 femmes allemandes qui avaient été en poste à l'Est après l'invasion de l'URSS. Tu te dis 600 000 ? Mais elles sont où ? Elles sont devenues quoi ? Parce que moi à Nuremberg, je n'ai pas vu une nana. J'ai vu de femmes nulle part. Oui, on a pendu une dizaine de gardiennes de camp, mais c'est toujours des gardiennes de camp, comme les gardiens de camp ont été pendus et comme tous les responsables de la Shoah ont été pendus ou emprisonnés, mais tous les autres. Mais tu vois, l'aspect intéressant aussi, c'est que pour les Allemandes à qui on avait dit qu'il faut se marier et faire des enfants, à partir du moment où on lance l'invasion de la Russie et tout ça, on a vraiment besoin de monde. Et là, les Allemandes, d'un seul coup, le parti change de ton en disant « les filles, allez-y » . Et les filles qui voulaient échapper au mariage, au mec et tout ça, qui n'avaient pas du tout envie de se marier, qui avaient envie de faire des carrières et qui voulaient être indépendantes, elles ont vu, logiquement, une opportunité d'échapper au carcan parce qu'on ne les emmerdait pas dans ce cas-là. Si elles voulaient être célibataires, elles pouvaient rester célibataires. Elles n'avaient plus d'injonction de se marier et tout ça. Donc bien sûr qu'elles ont sauté sur les postes et qu'elles ont accepté de partir en Pologne, en Tchécoslovaquie, et puis ensuite en Biélorussie, et puis en Ukraine, et puis machin. Et puis en plus, c'était des gamines de 18 à 20 ans qui avaient un pouvoir énorme sur les populations locales. Combien j'ai lu de témoignages comme ça d'enfants et de parents qui étaient à couteau tiré. De parents qui refusaient que les gamines aillent aux journées hitlériennes et les gamines y allaient quand même en cachette. Elles le racontent des filles qui planquaient leur uniforme à la cave en rentrant. Elles ne voulaient pas que les parents le sachent parce qu'elles étaient entre copines. Et puis elles régnaient quoi.
- Speaker #1
On va peut-être terminer la conversation comme on l'a commencé, c'est-à-dire sur mon questionnement de tes origines. Toi, tu me dis que tu ne crois pas à tout ça, mais je pense qu'on n'est pas tous obsédés de la même façon par des thèmes.
- Speaker #0
Comment c'est interprété ? Et puisque l'inconscient peut mettre sur le papier que toi, tu lis dix fois sans le voir et que quelqu'un, encore une fois, le lecteur, va lire et va voir immédiatement, c'est évident. C'est évident qu'il y a des choses dans les romans que je ne sais même pas que j'ai écrits. Enfin, je sais que je l'ai écrit, mais je ne sais pas ce qu'il y a derrière, en réalité. D'où ça vient ? Parce que ça vient comme ça. Et ça, oui, je pense que c'est semé de mines, comme on dit, et de trucs qui peuvent m'exploser si je marche dessus. Mais heureusement, je ne relis jamais mes livres. Une fois que le livre est terminé, pour moi, il est terminé.
- Speaker #1
Et c'est quoi le suivant ?
- Speaker #0
Le suivant, il est terminé. Il est terminé. Il paraîtra en janvier 2027 seulement, mais il est fini.
- Speaker #1
Et on ne peut pas en savoir plus.
- Speaker #0
Je dirais juste que c'est sur Adèle Schopenhauer, la petite sœur d'Arthur.
- Speaker #1
Le philosophe allemand, donc sa sœur.
- Speaker #0
Oui, sa sœur, qui était au moins aussi intéressante que lui, voire plus.
- Speaker #1
Mais tu restes en Allemagne quand même.
- Speaker #0
Encore une fois, mais plus du tout la même époque. C'est l'Allemagne des Lumières, là. C'est pas l'Allemagne des Ténèbres.
- Speaker #1
Une petite musique qui te met en joie ? Je crois que je t'ai pas demandé.
- Speaker #0
Une petite musique qui me met en joie... On est vers la lumière, là, donc. Ouais, on est... Je sais pas si c'est la lumière, mais... Ben, je sais pas. Moi, il y a beaucoup de classiques, mais je préfère... Ça restera toujours, pour moi, Sonic Youth, quoi, qui reste mon groupe, que j'écoute vraiment régulièrement. Et Kim Gordon, qui est mon... Voilà, mon héroïne absolue, icône. grande icône, elle a 72 ans elle sort un album là et elle est incroyable
- Speaker #1
Merci Florian au Télé 3 des épisodes à venir ?
- Speaker #0
Pour l'instant on a fini avec 4 on a fait 6 tomes et moins envie de dessiner mais ça reviendra peut-être,
- Speaker #1
qui sait on ne peut jamais savoir En tout cas c'est vraiment un plaisir d'avoir découvert cet univers Merci ce qui active les notifications. Votre abonnement soutient la chaîne car l'algorithme de YouTube propose en priorité les chaînes qui ont un nombre élevé d'abonnés. Votre soutien passe aussi par un pouce, vos commentaires et vos partages. Merci beaucoup et à très vite pour une nouvelle rencontre.