- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est moi. Oui, ça va et toi ? Tu es à trois minutes de chez moi.
- Speaker #0
Ah, mais... Oh là là,
- Speaker #1
mais c'est beau, là. Ah oui, c'est magnifique. Donc là, on est derrière la place du minage. Oui. Ok, et dans cette petite courette d'Angoulême, il y a une ancienne chapelle. Wow, trop beau. Voilà, et donc là, c'est chez toi. Parce qu'avant, tu étais à côté d'Aubsine.
- Speaker #0
Oui, oui, j'étais vers la préfecture. Et là,
- Speaker #1
c'est à la fin de chez toi et ton atelier ?
- Speaker #0
Ouais, c'est tout. C'est plus grand et plus lumineux. Puis il y a la terrasse.
- Speaker #1
Ok, bon, écoute, on va s'installer, on va se poser. Il y en a vraiment partout de tes œuvres.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y en a qui sont stockées et il y en a qui sont au mur parce qu'il n'y a pas assez de place. Et en fait, je regarde ces toiles comme si ce n'était pas les miennes. Donc, je les accroche. Quand je les peins, c'est une sorte de... Pas de trance, mais je peins ça automatiquement, on va dire. Et du coup, je ne me rends pas compte que c'est moi qui ai fait ça. Donc, je les accroche au mur. Et enfin, je les regarde et je fais... Oh, j'ai mis ça. Oh, il y a ça. Donc, c'est la découverte, en fait. Donc, ce n'est pas de la... Oh, c'est génial. Est-ce que je peins ? C'est trop beau. Non, ce n'est pas ça. C'est juste... C'est tout.
- Speaker #1
cet univers-là, est-ce que toi-même, tu le qualifies ?
- Speaker #0
C'est assez compliqué, mais je vais quand même dire de base que c'est surréaliste, imaginaire, un peu enfantin. Il y a beaucoup de couleurs et beaucoup de noirs. Vraiment, là, pour le coup, j'aime autant le noir que la couleur. C'est pas mal d'animaux, des personnages imaginaires. Il y a un petit côté féerique, onirique. Voilà.
- Speaker #1
Est-ce que ça veut dire que s'il y en a autant dans ton... Salon, ta pièce à vivre, sur les murs, il y a même un meuble qui est peint en bleu et avec des personnages comme ça, un peu féeriques, un peu marins. Est-ce que ça veut dire que tu as besoin de cet univers-là pour vivre ?
- Speaker #0
Oui, je pense. Oui, parce que je me faisais la remarque il y a quelques temps, ce monde est quand même assez stressant. Et moi, j'ai besoin d'un univers artistique aussi pour adoucir ça. Et aussi avoir des œuvres d'autres artistes, c'est aussi important, pour vraiment adoucir ce monde qui est hyper compliqué, injuste. Et moi, on ne dirait peut-être pas, mais je suis remplie de colère. Je ne suis pas colérique, mais tout m'énerve, tout m'agace, tout est injuste. Et donc j'ai besoin de cette soupape artistique pour me détendre. Il y a d'autres choses, mais l'art fait partie de ça.
- Speaker #1
Quand tu étais petite, est-ce que c'était déjà ça ? Est-ce que c'était déjà comme ça ? Est-ce que tu t'en souviens ? D'abord, est-ce que tu te souviens de tes premiers dessins ?
- Speaker #0
Je m'en souviens, mais c'est facile parce que ma mère, elle garde tout. Et j'ai récupéré des dessins de maternelle. Et en fait, ils étaient déjà très colorés et avec des motifs proches de ce que je fais aujourd'hui, en un peu plus, on va dire, moins contrôlés. Et je me suis dit, mais en fait, il y avait déjà ça. J'avais déjà ce style. Alors que ce style, je ne l'ai pas trouvé tout de suite. Et oui, je dessinais tout le temps, je passais mon temps à dessiner. Couleurs, des personnages, des animaux. J'ai une fascination pour les perroquets.
- Speaker #1
Et dans ta famille, il y avait d'autres artistes ?
- Speaker #0
Pas du tout. Alors là, l'art dans la famille, on n'en entendait presque pas parler. Je n'allais pas au musée. Pas du tout à une éducation artistique, vraiment pas. Et en fait, c'est moi, à force de dessiner... C'est mon dessin, ma créativité qui m'a amenée vers les artistes, vers la culture artistique, en fait.
- Speaker #1
Et vers la culture en général.
- Speaker #0
En général, oui, bien sûr.
- Speaker #1
C'est à quel moment que tu peux te dire que tu vas devenir artiste ?
- Speaker #0
Mais c'était flou dans ma tête. Mais vu que j'aimais dessiner tout le temps, je me suis dit, je vais faire ça toute ma vie. Donc, je vais être dessinatrice. Et le métier d'artiste, je ne savais pas trop ce que c'était. Ça me paraissait flou, encore plus flou. que le juste dessiné mais il y a plein de contradictions j'aimais pas la BD alors que la BD c'est du dessin j'aimais pas parce que les BD que je voyais c'était très carré dans des cases tout parfait mais aujourd'hui j'aime la BD parce que en ayant fait des études de licence en plastique j'ai découvert la BD et j'ai découvert des BD beaucoup plus libres des auteurs indépendants donc j'ai vu une autre forme de BD qui me parlait plus je sais plus où j'en étais mais oui la BD Pourquoi dessiner à Pris et vers quel métier aussi parce que quand on est enfant il y a un entourage qui demande comment tu vas vivre Bah en fait pour rassurer tout le monde je pense parce que moi je disais pourquoi pas prof d'art plastique parce que ça rassurait mais moi je me disais prof ça m'intéresse pas c'est bien d'apprendre aux autres mais moi je voulais juste dessiner tout le temps donc je pense que c'est plus lié à un moyen d'expression Plus qu'un métier en fait. C'était un peu, là aussi c'était une sorte de soupape. Il fallait que je m'exprime à travers le dessin.
- Speaker #1
Quand tu dis que tu dessinais tout le temps, c'est vraiment tout le temps ?
- Speaker #0
Moi je suis fille unique, donc déjà je passais mon temps seule. Et du coup c'était à travers le dessin principalement, ou m'amuser dehors, parce que je vivais dans la nature. En pleine campagne, voilà. Je dessinais le matin, le soir, à l'école évidemment. Je ne lâchais jamais le dessin. Ou alors, après, j'ai regardé des dessins animés.
- Speaker #1
Est-ce que parfois, on me demandait d'arrêter de dessiner ?
- Speaker #0
Non, on ne me demandait pas. Mais vu que je les faisais un peu comme aujourd'hui, je dessine beaucoup et vite. Mes parents me disaient, mais tu ne t'arrêtes jamais là. Tu en as fait combien ? Mais ça les amusait. Mais ils ont commencé un peu à stresser quand ils ont compris que je n'allais pas lâcher. Mon idée d'en faire un métier.
- Speaker #1
Donc, ça a été quoi ton parcours ?
- Speaker #0
Moi, j'ai fait un bac L avec option art plastique. Après, une licence art plastique. Là, j'ai cru vouloir faire de l'illustration jeunesse. J'ai tenté ça. J'ai commencé à illustrer des petits contes. En fait, ça ne m'a pas plu du tout. Parce que c'était une sorte de contrainte. Donc, mon imaginaire... Je n'étais pas totalement libre. Je me suis rendue compte que j'aimais les livres jeunesse, mais je ne voulais pas en faire. J'ai fait cette petite formation à distance. Être artiste, c'est assez large. Alors qu'illustratrice jeunesse, ça rentrait plus dans un cadre. Je pense que j'ai voulu me rassurer aussi comme ça. Mais bon, ça ne l'a pas fait.
- Speaker #1
Pour toi, ce serait ça, être artiste ? Sortir du cadre, d'un cadre ?
- Speaker #0
Oui. Pour moi, oui, parce qu'artiste égale liberté. Moi je recherche une liberté dans plein de choses. Et le fait d'être artiste, enfin moi je travaille seule, je ne travaille pas du tout en équipe, ou alors c'est sur un court moment, pour des expos, expos collectifs, ce genre de choses. Mais liberté, vraiment, être toute seule, donc oui, sortir d'un cadre. Enfin ce cadre, on va dire, le cadre pour moi c'est quelque chose d'autoritaire, avec des règles, qui est ferme.
- Speaker #1
Oui, un cadre, ça peut être nécessaire.
- Speaker #0
Pas des contraintes qui viennent d'autres personnes ou d'ailleurs. Les miennes, il n'y a pas de souci. Parce que je suis libre de faire mon propre cadre.
- Speaker #1
Et t'as quel âge, Lise, si ça peut se dire ?
- Speaker #0
Oui, ça peut se dire. Là, j'ai 36, mais 37 en août.
- Speaker #1
Est-ce que t'as galéré ?
- Speaker #0
Alors, j'ai beaucoup galéré. Sur le point financier, sur le côté prendre confiance en soi. Souvent, on dit que l'art, c'est un métier thérapeutique, un peu comme de l'art-thérapie. Mais moi, ce n'est pas dans ce sens-là. C'est une thérapie pour prendre confiance en soi, oser parler de son travail. Ce n'est pas une thérapie au niveau expression visuelle. C'est une thérapie au niveau être plus sûr de soi, aller parler aux gens, prendre confiance.
- Speaker #1
La légitimité ou pas ?
- Speaker #0
Oui, aussi. Moi, j'ai toujours dit que je n'avais pas du tout le syndrome d'imposteur. En fait, si, je l'ai toujours eu.
- Speaker #1
Tu as les yeux qui brillent, là. C'est comme une révélation.
- Speaker #0
Il n'y a pas si longtemps que j'ai pris conscience de ça. Il y a peut-être deux ou trois ans. Tous les potes me disaient, le syndrome d'imposteur. Moi, je disais, non, je ne peux du tout ça. Si, si, en fait. Mais moi, je n'avais pas pris conscience de ça.
- Speaker #1
On peut le dire, aujourd'hui, tu as du succès ? De la connaissance ?
- Speaker #0
Oui. Petite reconnaissance. Après, je suis assez humble et je n'ai pas envie de commencer à dire « Waouh, je trouve une star ! » Mais oui, une petite reconnaissance. En tout cas, il y a des personnes qui viennent à moi qui me proposent des expos. En fait, je commence à avoir un CV intéressant, et notamment grâce à Angoulême.
- Speaker #1
En tout cas, quand on s'est rencontrés, tu es arrivée à Angoulême. Tu n'avais pas fait les expos que tu as pu faire maintenant. Non. C'est important de rencontrer un public et des gens qui aiment.
- Speaker #0
Ça me rassure, mais aussi parce que j'ai osé demander. À l'époque, je n'osais pas. Et en fait, je me suis rendue compte que... Enfin, moi, j'ai l'impression d'avoir de la chance là-dessus. Je demande, on me dit oui. Ben voilà, c'est réglé. Enfin, il n'y a pas besoin de monter des dossiers ou je ne sais quoi. Il n'y a pas de piston ou je ne sais quoi. J'ai juste demandé. Et voilà. Donc avant, j'avais sûrement peur de demander comme disent non.
- Speaker #1
On peut peut-être revenir justement sur le parcours. Illustratrice jeunesse ?
- Speaker #0
Voilà. Non. mais là du coup, contradiction encore j'ai pris l'option BD parce que tu n'aimais pas la base voilà et là t'étais où ? J'étais à Bordeaux il me restait encore 5-6 ans à Bordeaux avant d'arriver ici j'étais dans une envie de dessiner parfaitement donc pas du tout dans ce style quelque chose de très réaliste, figuratif et dans ma tête les BDistes dessinent hyper bien ... Donc j'ai dit, je vais prendre option BD. Alors que je n'aimais pas ça. Je ne sais pas ce qui s'est trop passé dans ma tête. Et là, c'est là où j'ai découvert la BD et toutes ces formes de BD différentes. Et je me suis dit, c'est génial. Donc j'ai découvert tout un monde qui est dingue. Et du coup, pas forcément des cadres, des cases parfaites. Enfin voilà, libre. Bon, alors j'ai fait cette formation. Donc ça m'a ouvert à la BD, voilà. Je n'ai pas eu forcément envie de faire de la BD. et l'illustration bah non donc là j'ai eu envie de bosser avec des enfants j'étais animatrice en maternelle et en fait je pense que c'est ça qui m'a un peu perdu illustration jeunesse livre jeunesse tout ça en fait c'est que j'ai quand même encore une âme d'enfant qui persiste et j'aime beaucoup les enfants et dessiner avec eux en fait c'est cette créativité là que je cherchais en pensant que c'était l'illustration jeunesse ah j'ai eu peur donc là c'est le
- Speaker #1
C'est le distributeur de croquettes. Et donc Albert, le chat, vient d'aller manger ses croquettes.
- Speaker #0
Là, voilà, j'ai bossé avec des gamins. Et c'est là où je me suis dit, en fait, ce que je veux faire, c'est être artiste. Donc ne pas rentrer dans un cadre spécifique du monde de l'édition ou autre chose. Et donc j'ai commencé à faire des expos. Mais toujours dans ce style très réaliste,
- Speaker #1
par contre. Mais comment on fait pendant ce temps-là pour payer son loyer ?
- Speaker #0
Eh bien du coup, c'était être animatrice. Voilà. Et à l'époque, j'étais en couple et on partageait le loyer.
- Speaker #1
Tu as trouvé ton équilibre comme ça. Avec les ateliers, ça avait aussi du sens. Et tu dessinais à côté.
- Speaker #0
Je dessinais à côté. Et en fait, au bout de trois ans d'animation, je me suis dit, c'est bien sympa. Mais là, j'ai envie de me lancer que dans le métier d'artiste, tout le temps.
- Speaker #1
C'est un métier pour toi, artiste ?
- Speaker #0
C'est ce qui me fait gagner ma vie. Donc, je dis que c'est un métier. Mais le mot métier est... pas péjoratif comme boulot. Enfin, là, je joue sur les mots, mais c'est ça. Et donc, après, j'ai eu droit au chômage et je me suis servie de ça pour commencer à me lancer. Et là, la galère a commencé. Voilà. Parce qu'on ne gagne pas sa vie tout de suite, parce qu'on ne sait pas quel prix mettre. Enfin, c'est compliqué, tout est instable. On ne connaît pas trop les prix. On ne sait pas où exposer. Donc, on doit aller se confronter aux gens. Notre style, mon style là, il était complètement... Je me cherchais.
- Speaker #1
À la base, c'était assez classique, tu faisais des portraits.
- Speaker #0
Par contre, avec des couleurs toujours vives. Les couleurs ont toujours été là.
- Speaker #1
Mais c'était quoi ? C'était plus...
- Speaker #0
Portrait, paysage, très réaliste. Mais ça fonctionnait, franchement, le résultat était bien. Mais je me prenais la tête, j'étais trop dans la perfection et du coup, j'exprimais rien. C'était très technique.
- Speaker #1
Quand on débute comme ça, qui vient dire là ? Est-ce que c'est toi-même qui t'as dit « Ah non, mais ça va pas, je cherche trop la perfection » ? Ou est-ce que t'as des gens autour de toi qui… ?
- Speaker #0
Ah non, c'est moi toute seule, parce que les gens autour de moi, ils aimaient bien ce que je faisais. Mais moi, je voyais que ça commençait à devenir trop une obsession. Il y avait plus de négatif dans la création que de positif. Puis je recommençais, je déchirais, je m'énervais. C'était purement technique. Il fallait que tout soit parfait. Ça n'allait pas, quoi.
- Speaker #1
Et comment t'as trouvé... Comment cette évolution s'est faite ?
- Speaker #0
Alors, j'ai fait pas mal d'expos. J'ai commencé... Alors, des expos perso. J'ai commencé à... Enfin, là, du coup, je suis allée beaucoup plus dans les musées. Alors, j'ai fait une licence en plastique. Donc, j'avais une... De la culture générale, histoire de l'art, tout ça. Donc, j'ai commencé à regarder beaucoup plus de documentaires, à me fournir de tous les côtés. Et... Et j'ai découvert la gravure sur bois. Plus les enfants, parce que les enfants, vu qu'ils sont remplis de liberté, ils m'ont un peu ouvert l'esprit là-dessus. Et c'est vrai que moi j'adore les dessins des tout-petits. Les pieux, ça pose pas la question, c'est beau, c'est pas beau, c'est une expression, ça sort comme ça. Et ça, ça m'a vraiment plu, je me suis dit je veux faire ça. Après, peut-être à travers ça, c'est une envie de rester enfant à quelque part, je m'accroche à ce truc.
- Speaker #1
Mais pas seulement parce que c'est... pas qu'un dessin d'enfant. Non,
- Speaker #0
c'est lié à l'enfance parce qu'il y a l'envie de s'amuser, d'être libre, de ne pas réfléchir vraiment profondément à ce que je fais, ce que je réalise. Donc, une sorte de spontanéité de l'enfance.
- Speaker #1
Par les couleurs, c'est hyper joyeux.
- Speaker #0
Et...
- Speaker #1
C'est assez jouissif comme ça. C'est vrai que quand on rentre dans ta peinture, il y a à la fois de la joie, mais avec cette profondeur et une richesse.
- Speaker #0
C'est vrai que mon travail, de par les couleurs, les gens peuvent se dire que c'est très joyeux, limite naïf. Mais moi je suis quand même quelqu'un de très sensible. Et comme ce que je disais au début, je suis en colère, j'aime pas l'injustice, il y a plein de choses qui m'agacent. Donc je pense que c'est peut-être ça aussi la profondeur. Il y a des personnages où on leur voit bien les dents, et c'est pas un sourire, coucou je suis content quoi. C'est vraiment une sorte de colère, de rage, peut-être cachée derrière un sourire. Après voilà...
- Speaker #1
Tout est mélangé.
- Speaker #0
Oui, oui. Je pense que c'est rempli de plein de contradictions, comme moi. Et plein d'opposés. La joie, la tristesse, le noir, le blanc, même si le noir pour moi c'est pas du tout triste, mais c'est plus profond qu'une couleur. Ça va peut-être étonner, mais si moi je devais choisir entre noir et couleur, je prendrais le noir. Déjà je m'habille soit en noir, parce que c'est une couleur qui est intense et que j'aime beaucoup. Donc voilà, il y a plein d'oppositions comme ça. J'ai plus d'émotions avec du noir bizarrement qu'avec des couleurs. Mais après, le noir, au niveau technique, ça crée le contraste, donc ça met en valeur les couleurs, mais les couleurs rendent le noir encore plus profond. Enfin, tout s'entremêle, en fait.
- Speaker #1
Quand on regarde ton travail, on ne pourrait pas imaginer que c'est le noir que tu préfères, mais il y a quand même souvent du noir, malgré toutes les couleurs.
- Speaker #0
Il y a quelques toiles où il n'y a pas de... J'aime bien faire des fonds noirs. Il y en a quelques-unes où il y a moins de fonds noirs, parce que le noir, quand je fais un fond noir, la créativité, elle arrive d'un coup. Alors que si la toile est blanche, là il se passe rien. Déjà je fais toujours un fond. Ou du bleu. Alors depuis quelques années, il y a beaucoup de bleu. Pourtant moi le bleu de base, c'est pas une couleur... En vêtements par exemple, à part les jeans ou quoi, mais c'est pas une couleur que j'aime. Mais en peinture, je trouve que c'est une couleur très lumineuse. Et ça aussi, ça m'amène une créativité. Mais il y a souvent des fonds noirs, parce que le noir, d'un seul coup, j'ai envie de créer le contraste. C'est comme si je voyais déjà des choses alors que je n'ai rien dessiné.
- Speaker #1
Est-ce que tu sais pourquoi tu es aussi en colère ? Est-ce que c'est en toi ou est-ce que c'est une colère dirigée contre le monde ?
- Speaker #0
C'est en moi et c'est une colère dirigée contre le monde. C'est la totale. Oui, j'ai mis du temps avant de comprendre que j'étais quelqu'un avec beaucoup d'émotions, parce que j'avais du mal à exprimer ça, parce que j'en ai tellement que ça déborde de tous les côtés. Il y avait une sorte de déni, parce que je rencontre plein de gens qui ont beaucoup d'émotions. Donc je me dis que je suis légitime de dire que moi aussi. Mais il y en a, ils vivent des choses pires, ils ressentent beaucoup plus fort, et je me suis dit, mais si je vais vers ces gens aussi, c'est pas un hasard aussi, ils viennent vers moi, c'est qu'on est sûrement très proches. Du coup, depuis gamine, oui, tout est très fort, tout est très intense, mais je me disais que tout le monde était comme ça, en fait, tout simplement. Bon, au fur et à mesure, je me rends compte que non. Et ce monde, oui, ce monde, il est injuste, il n'y a pas d'empathie, enfin, il y a des gens empathiques, il n'y a pas de problème, mais comment c'est dirigé, comme enfin De tous les côtés, il y a toujours quelque chose qui est injuste, qui ne va pas, qui est rempli de douleurs, de souffrances. La communication, c'est zéro. Moi, au fond, si je m'écoutais, je serais totalement dépressive. Mais j'ai cette force, je pense, de caractère qui fait que je préfère la joie, je préfère l'humour. Après, j'adore l'humour noir, ça ne sent pas de nulle part non plus.
- Speaker #1
C'est aussi ton art et ton travail qui te permettent de rester équilibrée, de canaliser tout ça ?
- Speaker #0
Ah oui, si je faisais un travail plus conventionnel... Oh là là, je serais aigrie. Je ne tiendrais pas le coude. Je ferais des burn-out tous les quatre matins, c'est sûr. Souvent, on dit que les artistes ont du courage. Peut-être. Mais les gens qui font des boulots qu'ils n'aiment pas, mais quel courage ! Je ne sais pas comment ils font. C'est impressionnant. Il y en a plein qui se pourrissent la santé, physique, mentale. C'est terrible.
- Speaker #1
Est-ce que tu trouves du sens dans ce que tu fais ?
- Speaker #0
Même si c'est toujours un peu compliqué parce qu'on n'a pas un salaire régulier. Il y a des mois où ça marche super bien ou des années où ça marche super bien. D'autres années, on retombe au RSA. Mais je ne fais pas ça pour rien. Je fais ça parce que ça me plaît, parce que je vois que ça fait du bien autour de moi. Parce que j'ai des retours des expos et les gens sont heureux.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'ils te disent les gens ? Qu'est-ce qu'ils t'ont dit lors des dernières expositions ?
- Speaker #0
Il y a des gens qui comprennent pas. pas trop, mais qui se rassurent en disant, il y a du travail, ok. Il y en a qui comprennent, alors, les gens adorent les couleurs, donc ils sont attirés par ça. En fait, ça les rend joyeux, ça leur fait du bien, parce que le discours, c'est toujours, on n'a pas assez de couleurs dans notre monde. Mais d'un autre côté, les gens ont peur aussi de la couleur. Ils n'osent pas, ils ont peur de se faire remarquer, mais en même temps, ils en veulent.
- Speaker #1
Alors, moi, je n'ai pas les moyens de m'offrir une toile de Lisbonne. À la dernière exposition, j'ai acheté une carte postale. J'ai l'habitude de marcher avec une amie le long des remparts. Tu vois, ça me touche au moment où j'en parle. Moi, je fais ce tour des remparts et il y a un passage particulier, enfin que moi, je trouve particulier, en passant devant l'église d'Aubzine. Et c'est incroyable parce que tu as peint... Ce passage avec deux personnes et j'ai l'impression que c'est moi avec cette amie. Il n'y a pas que nous qui faisons ce tour de rempart, il y en a d'autres. Mais c'est comme si, je ne sais pas, comme si l'imaginaire rejoignait la réalité.
- Speaker #0
Du coup, c'est génial parce que ça veut dire que tu te l'as approprié. Et moi, c'est ce que je cherche dans mon travail. Je peux donner des pistes et des explications, mais je ne vais pas faire une analyse. Et en fait, ce qui me plaît, c'est que les personnes s'y retrouvent.
- Speaker #1
Tu fais des séries ? T'as fait des séries pour rendre hommage à des artistes Si,
- Speaker #0
hommage aux peintres Angoulême, Le Royaume c'est le royaume des animaux Qui est à la médiathèque En fait vu que j'ai plein de thèmes Et plein d'envie je me suis dit je vais les classer Dans des séries ce sera plus simple pour moi La série musique que j'ai commencé La musique métisse
- Speaker #1
Partons sur la série de la ville Tes inspirations c'est quoi ? Tu notes des choses, t'as vu plein de gens Tu te promènes avec ton chien
- Speaker #0
Je vais me promener, mais ce n'est plus le cas là, vu qu'Elio n'est plus là. En fait, la série Angoulême, déjà, j'adore cette ville. Visuellement, elle est magnifique. Je m'y sens hyper bien, donc voilà, ça, c'est bon. J'ai vu à un moment, il y avait un concours de la mairie, mais il y a quelques temps, où ils proposaient de dessiner Angoulême. Et moi, je me suis dit, je vais faire ça, mais pas pour le concours, enfin, chez moi. Je vais faire une toile. et puis je me suis prise au jeu et j'en ai fait une série tout simplement et en fait je prends des photos quand je me promène pas toujours spécifiquement en pensant à une toile j'ai mon téléphone je fais une photo et j'ai un album photo balade en goulem et quand me vient l'envie de continuer la série je vais sur l'ordi, je choisis ce qui me donne envie sur le moment et puis voilà je me mets à peindre la vue quoi. Alors là je reviens un petit peu vers le réalisme où je me prenais la tête à l'époque parce qu'il y a quand même un minimum de perspective pour les toiles d'Angoulême. Moi, la perspective, c'est vraiment pas mon truc. Mais à force de dessiner, ça vient. Donc en fait, au début, je fais une toile assez académique, clairement, au feutre. Là, je fais un fond noir et je prends un feutre à marqueur genre bleu. Et là, je fais une sorte de croquis académique où je place vraiment les bâtiments.
- Speaker #1
Académique, ça veut dire que tu respectes...
- Speaker #0
Très réaliste, voilà.
- Speaker #1
...que tu vois.
- Speaker #0
Là, il n'y a pas d'amusement du tout. Donc voilà, et même je prends en photo ma toile parce qu'avec le recul, en regardant la photo, je vois plus ce qui ne convient pas qu'en regardant la toile. Il y a un recul qui fait que j'ai besoin de faire ça. Donc ça doit être le côté lacune en perspective. Et quand ça me convient, je passe à mon style et je commence un peu à déformer la perspective, mais sans que ça parte dans tous les sens. Et donc ce qui fait qu'au final, c'est une vue que les gens peuvent reconnaître. Et tout en faisant mon style. En fait, c'est comme si je customisais la ville. Et puis après, les personnages que je rajoute, ils viennent, c'est tout. Ou les chavs-souris. Pareil, souvent, je fais des toiles d'angoulême. La plupart, avec le ciel noir. Toujours pour ramener du noir, déjà, le contraste. Et une lune, parce qu'esthétiquement, je trouve ça beau. Et peut-être après, chacun verra de la symbolique ou pas. Mais elle est peinte comme si c'était en journée, en fait. Il y a juste le ciel qui est noir et la lune, mais c'est tricoloré.
- Speaker #1
Tu sais qu'on est dans un monde en joie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, on en a un petit peu parlé, mais je vais quand même te reposer la question. C'est quoi la joie pour toi ?
- Speaker #0
Elle se faufile dans plein de choses, la joie. La joie, c'est de faire ce que j'aime, donc ce métier-là. Mais ce que j'aime au sens large, la joie, c'est d'avoir des amis. La joie, c'est d'avoir une famille. D'avoir des animaux, d'avoir des gens à qui parler. La joie, c'est rire, la joie, c'est écouter de la musique. La joie, c'est d'être là, du coup, avec toi. La joie, je pense que c'est pour ça que je ne peux pas sombrer dans une... Je ne peux pas être une personne dépressive parce que je vois la joie partout. Partout. Il fait beau, c'est la joie. Il pleut, c'est la joie parce qu'il faut qu'il pleuve.
- Speaker #1
Même si tu vois le reste qui est sombre ?
- Speaker #0
À tout moment, il y aura toujours une... miette de joie qui fait que ça va prendre le dessus sur tout le reste qui est atroce. Et en fait, ça me fait un peu penser à dessin animé WALL-E. Le petit robot qui nettoyait la planète. C'est très sombre comme dessin animé, je trouve. Et à un moment, il y a une petite plante qui pousse. Voilà, c'est ça. Dès qu'il y a un petit truc qui ressort, une étincelle. Moi, ça, ça me fait repartir dans joie.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une photo qui te met en joie ?
- Speaker #0
Ah oui ! C'est une photo en tête d'une photographe qui s'appelle Viviane Maier. Elle était nounou. aux Etats-Unis. Alors là, j'ai vu un documentaire. La personne en elle-même n'avait pas l'air très sympathique. Elle n'aimait pas plus spécialement que ça les enfants. Elle a fait ça pendant 30 ans, il me semble. Mais elle faisait des photos. Et elle a pris en photo deux gamines. Et c'est vraiment ce qui me plaît là-dedans. C'est deux enfants qui ont, je ne sais pas, 5-6 ans. Il y en a une petite, un peu brune. L'autre, blonde, cheveux carrés. Et en fait, elle a le bras sur l'épaule de l'autre. Et la petite, elle regarde la fixe. Et la plus grande, elle regarde un peu au lointain. Et on sent qu'elle est prête à lui raconter quelque chose. C'est une sorte de malice. Genre, on va faire ça, etc. Et c'est vraiment ça qui me met en joie. Parce que c'est encore une fois la légèreté des enfants. La complicité avec les autres. Et aussi, sur la photo, on voit que c'est un esprit vif. Donc une sorte d'intelligence émotionnelle. l'intelligence tout court. cours et une curiosité. Il y a tout ça dans cette photo.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une musique qui, toi, te met en joie ?
- Speaker #0
Ah oui, alors là, ça a été très compliqué aussi de choisir. J'ai tout fait de Philippe Catherine au disco, Madonna. En fait, j'ai choisi une chanson, c'est Under Pressure, mais du duo Queen et David Bowie. Voilà. Parce que j'adore Queen et j'adore David Bowie.
- Speaker #1
Tu as fait aussi un concert dessiné, comme il y a à la BD d'ailleurs, en problème. un petit peu pareil donc est-ce que tu peux expliquer ce rapport à la musique donc il y a à la fois ce que tu as pu faire en direct mais toi aussi tu peux mettre une musique et c'est ton inspiration c'est ça,
- Speaker #0
bon moi je vis avec la musique constamment s'il n'y a pas de musique c'est des documentaires mais bon la musique tous les jours il faut que j'écoute de la musique et en plus de ça je me renseigne aussi, je regarde pas mal de documentaires sur les artistes les musiciens, enfin voilà je veux tout savoir
- Speaker #1
Tu en fais de la musique ou pas ?
- Speaker #0
Ben non, j'en fais pas. La série musique que j'ai commencé pour Musique Métis, il y a un moment que je l'avais en tête. Mais c'est pas si simple à traduire, parce que la musique c'est vraiment un ressenti. Alors du coup, il y a eu Musique Métis, je me suis dit, c'est l'occasion de commencer cette série que j'ai dans la tête depuis 5 ans. Et en fait, je voulais vraiment retranscrire un son, enfin une musique, à travers la peinture. Donc retranscrire les émotions. Et ça, c'est compliqué, quoi. Et en fait, le seul moyen que j'ai trouvé, c'était les couleurs, évidemment, mais c'était de façon abstraite. Donc des coups de pinceau, du mouvement, et tout en étant rapide, donc moi ça me convient parce que je dessine assez rapidement.
- Speaker #1
T'as besoin de cette énergie-là ? T'as besoin que ça aille vite ?
- Speaker #0
Oui, il faut que ça aille vite, comme ça c'est spontané. je réfléchis pas trop et ça sort de manière directe. Parce que c'est ça que je recherche finalement dans mon travail, s'exprimer le plus librement possible. Et que ça me plaise aussi, mais... Et donc la série musique... Je me suis dit je ne vais pas commencer à faire plein de toiles hyper abstraites. Même moi, c'est sympa, mais ça ne me paraissait pas assez suffisant. Donc j'ai fait un fond abstrait avec le son, en me lâchant totalement. Et au centre, j'ai fait un rond noir pour intégrer mes personnages. Il y a toujours la base, le rond noir. Tout autour, le fond est coloré selon ce que je ressens. Et mes personnages que je réintègre. Mais tout ça, quand même, je le fais en écoutant la musique en boucle.
- Speaker #1
Par exemple, sur Queen, tu as dû faire...
- Speaker #0
Oui, j'ai fait Rhapsody. Je ne sais plus les teintes, mais je crois que c'est plus dans les bleus, blancs, verts. Ben voilà, j'ai mis la musique, j'ai fait mon abstraction.
- Speaker #1
Tu faisais le soir, la nuit ?
- Speaker #0
Pas la nuit. Là, c'était début d'après-midi. Je ne sais pas, quand ça me vient. La nuit, non, non. Et puis la nuit, il n'y a pas la vraie lumière du jour et ça ne me va pas. Pour les couleurs, je ne suis pas... Non. Puis moi, j'ai besoin de la lumière, du soleil, c'est encore mieux. Et donc après, j'ai fait ce cercle. En fait, je commence à faire le cercle sur la toile. Je fais le fond coloré, abstrait.
- Speaker #1
Et donc là, on avait Queen, imaginez.
- Speaker #0
Voilà, on avait Queen. Donc là, il n'y a pas d'explication. Je prends le pinceau, je prends les... Tout de suite, je... Ah oui, si. Tout de suite, je vois quelle couleur il va falloir mettre. Ça a un terme. Il y a des gens... C'est la synesthésie, c'est ça. Un son égale une couleur pour certains. Et donc après, j'intègre mes petits personnages. Au final, en regardant, vu que je ne prends pas trop conscience de ce que je dis au début, que c'est moi qui ai fait cette toile, en regardant la toile, je me dis, mais en fait, ce cercle noir, on dirait un peu comme un cercle de vinyle. Et ça tombe bien parce que j'ai des vinyles. Et ces personnages au milieu, on dirait qu'ils sont limite là, ils dansent. Donc en fait, tout se complète.
- Speaker #1
J'ai vu que sur tes réseaux, je t'en parle parce que c'est noté, c'est une des premières choses qui est notée avant même dessinatrice, artiste coté. Oui. Alors comment on devient une artiste coté ? C'est quoi une artiste coté ?
- Speaker #0
Alors là, moi, l'expérience, c'est j'ai reçu un mail d'un commissaire priseur qui bosse à Drouot-Paris et Drouot-Lausanne. me demandant si je voulais être cotée. Là, je me suis dit, ça, c'est une arnaque. Je n'y croyais pas du tout. Mais je me suis dit, bon, j'ai quand même envie d'être un peu curieuse et d'être sûre que c'est une arnaque, on ne sait jamais. Et en fait, il y avait un numéro de téléphone, donc j'ai appelé. Et ce n'était pas une arnaque du tout. C'est le commissaire priseur qui travaille là-bas, qui est spécialiste antiquité, art contemporain, voilà. Et du coup, il m'a envoyé plein de papiers pour me prouver qu'il bossait bien là-bas et qu'il était... Comment on dit ça ? L'État, il est... Accrédité. Accrédité par l'État et tout. Enfin voilà, hyper sérieux. Et en fait, il m'a expliqué qu'on ne prend pas trop d'artistes vivants. Et je trouve ça dommage. Et en fait, il a découvert mon travail sur une galerie qui s'appelle Singular, une galerie en ligne. Et en fait, vu que c'est assez bien représenté, niveau visibilité, il a vu quand il est tombé dessus. Et en fait, la cotation, le principe de ça, c'est de... Alors, vu que c'est Drouot, c'est de pouvoir proposer ses œuvres en ligne aux enchères sur Drouot en ligne. Et en fait, il m'a aidé à mettre des tarifs. Enfin, là, on est dans le marché de l'art. Mais tel format égale tel tarif en moyenne. Alors là, ça devient flou.
- Speaker #1
En tout cas, c'est un accélérateur pour toi, non ? Qu'est-ce que ça t'a apporté d'être cotée ?
- Speaker #0
Alors, il y a des gens qui ne savent pas du tout ce que c'est. Ils m'achètent des toiles, c'est juste un coup de cœur. Je leur dis que je suis cotée, ils me disent « ouais, super » . Ou alors, ils me disent « ah ben, on a eu l'œil » . Et voilà. Sinon, oui, ça parle à des gens. Mais là, franchement, je n'ai pas eu plus de ventes grâce à ça. Je pensais, mais non, pas du tout. Mais pour moi, c'est un peu comme un diplôme. c'est un peu C'est une vitrine, c'est un peu une reconnaissance aussi.
- Speaker #1
C'est deux choses la reconnaissance et le fait de pouvoir vivre de son art.
- Speaker #0
La reconnaissance, là ça m'a fait plaisir, mais si j'ai pas de reconnaissance mais que j'en vis. Je suis heureuse, mais si j'en vis, c'est qu'il y a un peu de reconnaissance. Ça s'entremêle quand même. Après, moi, la reconnaissance, c'est pas j'ai envie d'être hyper connue. Mais bon, ça m'a quand même fait plaisir parce que c'est quelqu'un qui connaît le milieu artistique, qui connaît le marché de l'art. Je dis, ah bon, il a quand même détecté mon travail. Mais voilà, mais du coup, la quotation au niveau plus concret, donc c'est vraiment pour nous aider à mettre des tarifs sur tel format, machin. Moi, je sais qu'il m'a augmenté les prix de mes dessins, il m'a augmenté les prix de mes gravures, parce que j'ai tendance à mettre ça un peu...
- Speaker #1
À tout côté.
- Speaker #0
Voilà. Les toiles, il m'a dit, c'est bien, OK. Mais en fait, c'est que c'est une cotation sur trois ans. Parce que la cotation, ça veut dire tel artiste vend tel prix pour tel format. C'est surtout ça, pour les gens qui veulent vraiment avoir des précisions. Et donc, en fait, dans trois... Enfin, c'est pas dans trois ans, c'est bientôt, là. On va réévaluer la cotation, parce qu'entre-temps, j'aurais pu augmenter mes prix de toile. en fonction de la demande ou quoi. Donc ça a déjà un peu augmenté. Donc on va réévaluer ça, mais je serai toujours cotée, mais ça sera des nouveaux tarifs.
- Speaker #1
Est-ce que c'est difficile ? Est-ce que tu vis bien ? Est-ce que tu vis moyennement ?
- Speaker #0
Alors, un coup je vis bien, un coup je vis moyennement. Il ne faut pas assombrer, quoi. Ce n'est pas parce qu'on ne vend plus pendant une période que d'un seul coup, notre travail, il est nul et les gens n'aiment plus. Mais il ne faut jamais lâcher l'affaire, quoi.
- Speaker #1
Est-ce que des fois, c'est difficile au point de vouloir arrêter ?
- Speaker #0
Moi, je n'arrête pas. Mais certains dans ma situation, ils ont entendu qu'il serait arrêté. Ça, c'est sûr, dans les moments de crise. Mais non, moi, je n'arrête pas.
- Speaker #1
Tu ne peux pas faire autre chose.
- Speaker #0
Non. Et puis du coup, c'est un peu pour ça que je me suis remis à faire des marchés où là, je présente les mini-mosas, donc des prix un peu plus réduits, histoire d'avoir, quand il n'y a pas de grosses expos et des grosses ventes, histoire d'avoir toujours quelque chose. C'est des petites gravures entre 5 et 20 euros. Je brade plein de dessins, parce que j'en ai plein de dessins, donc à un moment, il faut les faire sortir. Il y en a certains que je classe et que là, j'encadre, ils sont au vrai prix. Et il y en a plein d'autres, c'est pareil, 10 euros, 15 euros, mais c'est des originaux. Ce qui permet à moi de me débarrasser, parce que moi, quand je vends 3 dessins, j'en ai déjà fait 20 derrière. Et au moins, ça permet aux gens d'avoir accès à des originaux, parce que je ne fais pas tellement de repro. Par les cartes postales, je ne suis pas trop en reproduction.
- Speaker #1
Lise Moza, ça vient d'où ? Est-ce que c'est Mona Lisa ?
- Speaker #0
Ça aussi, je l'entends souvent. Non, non, Moza, ça vient de Saïmo, ça vient de Basquiat. Jean-Michel Basquiat, au début, il signait Saïmo. Apparemment, Saïmo Old Cheat. En fait, il a commencé à faire des tags, il écrivait des phrases dans les rues de Brooklyn, New York ou d'autres rues, je ne sais plus. Et il signait Saïmo. Et en fait, moi, j'ai eu un déclic. Maintenant, il y a peut-être dix ans, quand je cherchais un nom, un nom un peu plus sérieux, parce que j'ai passé par Lise, L-I-I-Z, et je voulais un vrai nom.
- Speaker #1
Ton vrai prénom, c'est Lise.
- Speaker #0
Mais pas de Z, c'est un S-E. Et mon nom de famille, je ne voulais pas le prendre. Et donc du coup, j'ai vu un documentaire sur Basquiat. C'était dans la recherche de liberté, le passage du réalisme à autre chose, la gravure, les enfants, tout était mélangé. Et du coup, je vois ce documentaire de Basquiat. Je connaissais déjà le travail de Basquiat, mais voilà, simplement, je n'avais pas eu plus de déclic. Et en fait, ça a liberté, encore une fois, de faire ce qu'il voulait. Parce que son style, on appelle ça expressionnisme abstrait aux Etats-Unis. Voilà, il est assez libre, c'est très brut, il y a pas mal de crâne, il y a pas mal de mélange aussi avec du vaudou, c'est tout un truc. Mais en fait, c'est sa liberté, je me suis dit, lui il est super libre, pourquoi pas moi ? Et en fait, j'ai tellement eu un déclic, vu qu'il signait Saïmo et tout ça, moi je me suis dit, je vais inverser Saïmo, je vais prendre Moza, et voilà, tout simplement.
- Speaker #1
Moi je trouve vraiment Lise Moza, Mona Lisa. D'ailleurs, est-ce que je peux prendre une photo ? est-ce que tu peux me faire la pose de Mona Lisa ? je crois qu'elle monte pas ses dents quand elle sourit moi je trouve que tu as un petit côté Mona Lisa et donc Liz Moza même si tu es passée par
- Speaker #0
Basquiat c'est pour ça que j'ai fait une gravure de Mona Lisa parce que tout le monde me parlait de ça qui est très belle c'est dans ta série elle est aussi magnifique il y a quels artistes ? Hopper Basquiat évidemment Miro Van Gogh, Dali...
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu conseillerais, toi, pour aller faire un petit peu le tri quand on n'est pas, je ne vais pas dire pas doué, parce que ce n'est pas forcément ça, mais pas pro, mais qu'on a envie d'en savoir un petit peu plus ?
- Speaker #0
Il y a tellement d'infos. On peut acheter un livre sur la peinture, on peut acheter un, je ne sais pas, la peinture, on peut... À partir du moment où on aime un artiste, on peut acheter le livre ou se renseigner. Et là, déjà, ça va amener des ouvertures. Si les gens veulent découvrir la gravure, ils viennent à mes ateliers. En fait, je vais proposer des ateliers à la boutique Pima, rue de la Cloche Verte. C'est une boutique d'art et d'artisanat. Et en fait, j'y suis là actuellement. Mon travail y est jusqu'en septembre. Et en septembre, je vais proposer des ateliers. Ligne aux gravures sur le thème des animaux. Donc si les gens veulent voir, c'est plus facile à expliquer en vrai.
- Speaker #1
Des expositions ailleurs qu'à Angoulême, c'est possible ?
- Speaker #0
C'est possible.
- Speaker #1
C'est prévu ?
- Speaker #0
Peut-être bien, c'est en cours à Cognac, dans une librairie.
- Speaker #1
Pour l'instant, tu restes dans la Charente.
- Speaker #0
En fait, ça va s'écarter au fur et à mesure, je pense. Et en plus, quand j'ai envie de faire une expo, maintenant, j'ai de la chance, on m'appelle. Je fais « Ah ben c'est bon, je trouve une expo » . Donc oui, je vais bouger autour, mais tranquillement. Mais sûrement.
- Speaker #1
Et tu travailles tous les jours ? Tu peins tous les jours ?
- Speaker #0
Alors en ce moment, pas tellement. Parce qu'en ce moment, il y a plein d'expos, de marchés, créateurs et tout. Donc non, là, ça fait un moment que je n'ai rien fait. Mais s'il n'y a pas d'expo, s'il n'y a pas d'événement, je peins tout le temps. Ou je dessine tout le temps. Ça oui. Tous les jours, même si c'est qu'une heure. Oui, oui.
- Speaker #1
Comment tu vois la suite ? Comment tu imagines la suite ?
- Speaker #0
J'ai envie de dire pareil, mais en mieux. Mais... La suite, c'est que je vais continuer, je vais évoluer, je vais rencontrer encore plus de gens, le réseau va s'agrandir. Du coup, je vais déborder de Charente.
- Speaker #1
Mais tu restes à Angoulême ?
- Speaker #0
Ah oui, ça oui.
- Speaker #1
Tu te sens bien ici ?
- Speaker #0
Ah oui, super bien à Angoulême. C'est mon élément, Angoulême. J'ai mes amis, j'ai mes proches. Aucune raison de partir d'Angoulême. Zéro.
- Speaker #1
Bon, c'est chouette. Où est-ce qu'on peut aller voir ton travail ? Sinon, peut-être sur... Tout à l'heure, tu as cité Singular.
- Speaker #0
Oui, vous pouvez aller le voir, mais c'est juste une vitrine. Sur Instagram, Arlizmosa, L-I-Z-M-O-S-A. Sur mon site, c'est arlizmosa.wixit.com slash Lizmosa. Et Facebook, Lizmosa.
- Speaker #1
Là, pour terminer, si tu devais parler d'une œuvre qu'il y a autour de nous, ce serait laquelle ?
- Speaker #0
Bah, celle qui est sur bois, fond bleu, sur du bois, sur du médium.
- Speaker #1
Qui est là à côté de nous, sur ce petit mur.
- Speaker #0
Voilà, je sais plus comment elle s'appelle, mais c'est la série Mythologie. Je crois que c'est la déesse et le renard. Et en fait, j'ai représenté mon chien que j'ai perdu, qui ressemblait à un petit renard. Et donc l'art sert aussi à ça, à aider à surmonter des moments très compliqués. Et du coup, je rends hommage à ce chien. Et du coup, il devient de l'art. Du coup, il est en moi. Donc voilà. Il reste vivant. Voilà. Et du coup, je recrée de la joie grâce à ça.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Lise, pour ta joie.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci de m'avoir accueillie chez toi. Oui. À bientôt.