- Speaker #0
Musique Je vais commencer par te rappeler rappelé deux, trois trucs. La première fois que je t'ai vue, donc ici au FFA, Festival du Film Francophone d'Angoulême, c'était lors d'une soirée et j'ai vu un grand garçon tout agité, exubérant, plein d'énergie. Et on m'a dit, ah oui, c'est François, l'attaché de presse. Et tu sais, comme s'il y avait un A majuscule à attaché de presse. Bon, voilà. On ne s'est pas parlé, je ne t'ai pas parlé. Et puis, d'année en année, parce que moi, j'habite Angoulême, donc. Le festival revient et donc je te voyais toujours assez vif et toujours gesticulant. Et voilà, je t'ai croisé de loin. Et puis l'année dernière, je vois que tu présentes un film. Je me dis tiens, l'attachée de presse fait un film, je vais le voir. Et je ne sais pas pourquoi, mais j'espérais ne pas être déçue. Voilà, parce que je t'avais vu, tout ça, je t'avais croisé. Et puis donc je vois Barbès, l'Itole Algérie. Je me prends une bouffée d'énergie, une bouffée d'émotion. d'humanité, de beauté et d'amour. Et là, j'ai une envie irrésistible de te faire un câlin. Et je sors de la salle. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais il y avait plein de gens. Je pense que je n'étais pas la seule, en fait. Il y avait plein de gens comme ça. Il y avait une émotion, vraiment, moi, que j'ai sentie à la fin du film. Et voilà. Et donc, c'était fascinant. Je me suis dit, ah, ce garçon que je vois comme ça depuis des années et qui a une certaine personnalité, mais en même temps, on se demande qui il est vraiment et tout ça, a fait ce film, ce premier film. Incroyable, moi j'ai trouvé de... je sais pas si on peut dire maîtrise, mais moi il y a plein de choses que j'aime pas dans le cinéma, mais je trouvais vraiment que là tout était beau.
- Speaker #1
Qu'est-ce que je peux dire moi après tout ça ?
- Speaker #0
Bah tu vas en dire des choses, parce que là je fais un petit peu comme ça une intro, mais après c'est toi qui va parler, parce qu'évidemment j'ai plein de questions. D'abord, pourquoi François, pourquoi Hassan ?
- Speaker #1
Alors c'est très simple, moi quand je suis... quand j'ai démarré à travailler comme attaché de presse, de s'appeler Momo, Hassan, Zoubir, on trouvait même pas où dormir, moi je vivais dans les squats. Et je suis rentré chez un distributeur qui s'appelait Jacques Létienne et je suis rentré comme coursier. Ce qui était extraordinaire quand tu étais coursier à l'époque, c'est pas du tout la même chose qu'aujourd'hui. C'est-à-dire que si j'avais un pli à amener à quelqu'un, on le donnait en main propre à la personne. Et du coup j'ai connu plein de monde, du jour au lendemain je suis passé attaché de presse et là on m'a dit, oui mais tu comprends, il y a un problème, il faut que tu changes ton prénom, euh Ouais si vous voulez. Et en fait ma grosse angoisse c'est n'oubliez jamais que je suis un Algérien.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux le dire ? Est-ce que tu es né en France ou pas ?
- Speaker #1
Alors je suis né en France, j'ai vécu en Algérie.
- Speaker #0
T'as vécu combien de temps en Algérie ?
- Speaker #1
Une dizaine d'années.
- Speaker #0
Donc ça veut dire que t'es né en France mais que tes parents ils sont repartis avec toi en Algérie c'est ça ? Voilà,
- Speaker #1
avec nous parce que j'ai des frères et soeurs. On est quatre garçons et une fille. Et en fait j'ai commencé très... c'était vraiment le hasard.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui était le hasard ?
- Speaker #1
Je suis coursier.
- Speaker #0
Tu ne veux pas qu'on parle de ces premières années ? Parce que je pense que tout a un sens et que ton film, après c'est comme une boucle.
- Speaker #1
Comme je sais que tu as aimé mon film, mon film me ressemble énormément. Je suis très pudique. À partir du moment où c'est moi, je suis pudique. Et je n'ai pas envie de parler de la misère. Comment faire une misère ? C'est grâce à cette misère que je suis là aujourd'hui et de ce que j'ai fait. En fait, c'est une misère bonheur me concernant. Ce qui est intéressant, c'est que quand tu es gamin, tu ne te rends pas compte. Donc tu vis les choses. Et en fait, ça ne m'a absolument pas gêné. Je vais juste te donner un petit exemple pour que tu comprennes. Quand je vivais dans les squats et qu'il y avait des cafards, je trouvais ça normal de vivre avec des cafards. Pourquoi ? Parce que j'ai toujours vécu avec des cafards et des souris. Donc ça ne me gênait pas.
- Speaker #0
Ça, c'était les squats à Paris ? Oui.
- Speaker #1
à Paris. Donc à partir du moment où on a compris ça, pour moi c'était la vie normale, c'était ça la vie. Donc il n'y a pas une once de seconde où je me suis dit je suis dans la misère. Non, loin de là. Je me suis même senti un privilégié.
- Speaker #0
Mais j'entends, mais c'est pour ça que je trouve que c'est important de parler de ça aussi. C'est pas pour que tu sois montré le côté victime ou misère, mais pour montrer plus la trajectoire. Et là on sait pas en fait, on sait pas d'où tu viens. Vraiment. On vient tous de quelque part, enfin de l'enfance, on vient de l'enfance pour moi. Et les enfances elles sont particulières, il y en a des chanceuses, il y en a des moins chanceuses. Moi j'estime aussi qu'avoir une enfance pas chanceuse ça peut être un sacré bon départ dans la vie.
- Speaker #1
Pour moi j'ai eu une enfance chanceuse.
- Speaker #0
Mais elle était comment cette enfance chanceuse ? Quand tu dis que c'était la misère, ça veut dire quoi ?
- Speaker #1
La misère c'est juste... Quand je dis la misère, j'étais juste sur un problème matériel. Mais je n'étais pas sur un problème affectif. Moi il se trouve que... Je crois. Je crois, je ne suis pas sûre. Je pense que j'ai été aimé par mes parents. Mais j'ai un doute. Mais je le comprends aujourd'hui quand j'ai 56 ans. Avant ça m'a jamais trotté dans la tête, ça m'a jamais... Donc j'ai envie de me dire, ouais, j'ai été aimé, j'ai pas été aimé. Pour moi c'est pas grave.
- Speaker #0
T'as des enfants aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'ai une fille, ouais, qui a 17 ans.
- Speaker #0
Est-ce qu'avec ta fille tu t'es posé la question différemment de ton enfance ?
- Speaker #1
Pas du tout, parce qu'à partir du moment où... Moi je suis un Algérien, c'est-à-dire que je suis sur des impulsions de vie et je ne reviens pas en arrière.
- Speaker #0
Donc on ne sait pas comment tu arrives à Paris, on ne sait pas... On s'en fout. On s'en fout ? Bon d'accord, ok. Et dans ce squat, tu vis avec qui ?
- Speaker #1
Mon frère et ma soeur.
- Speaker #0
Ok. D'autres personnes ou pas ? Ton frère et ta soeur, ils sont plus grands que toi ? Oui,
- Speaker #1
je suis plus petit moi.
- Speaker #0
Tu as 10 ans ? Et eux, ils ont quel âge ?
- Speaker #1
Non, moi j'ai 12... Je crois que c'est ma sœur que je vis derrière qui en a 13, mon frère 14, voilà.
- Speaker #0
Et là ça veut dire les services sociaux, l'école ?
- Speaker #1
Non, rien du tout. Mon frère et ma sœur allaient à l'école, moi non, parce qu'il y a longtemps que j'ai cru que j'étais un sans-papier. Et en fait, comme j'étais né en France, il faut savoir que les accords avant 67, je crois que c'était en 65, à partir du moment où on est né... Sur le sol français, on est automatiquement français.
- Speaker #0
Donc vous faisiez votre petite vie en enfant ?
- Speaker #1
C'est très délicat parce que ni ça me met mal, ni ça me met bien, c'est passé. Comme on dit en arabe, l'idjaz mat, ce qui est passé est mort.
- Speaker #0
Mais est-ce que c'est passé plus depuis que tu as fait ton film ?
- Speaker #1
Non, parce que je pense que je suis, pour moi, tout ce que j'ai vécu. J'étais dans la normalité parce que je n'ai pas connu autre chose. C'est après que j'ai connu autre chose. Et en fait, je remercie la vie, je remercie Dieu, je remercie l'univers, je remercie les anges.
- Speaker #0
Qui encore ?
- Speaker #1
Je remercie moi. D'avoir été au bout d'un truc où je ne sais pas où aller, mais je suis arrivé au bout. Et le bout est assez joli.
- Speaker #0
Comment tu fais cette rencontre ? qui va quand même changer ta vie. Comment tu passes du squat à autre chose ?
- Speaker #1
C'est très bête, en fait. Quand j'étais dans un squat, j'ai commencé à travailler comme plongeur dans un restaurant. Après, j'étais serveur. J'ai fait un peu de mannequinat. J'étais repéré dans la rue pour des photos. Ensuite, j'ai travaillé comme coursier. Et en fait, du jour au lendemain, il y a eu un problème avec l'attaché de presse. qui lui avait disparu, le film sortait, je me retrouve à une avant-première de film et là on s'aperçoit qu'il manque la copie du film et là je vais voir un des patrons et je lui dis mais vous savez qu'il y en a une sous mon bureau ? Ah ouais, ok. Et ensuite je me souviens, à l'époque, quand il sortait des films, il y avait un groupe qui s'appelle Philippe Aki, qui était à l'époque Paris Match, Paris Scope, Playboy, lui, ok. qui est un énorme groupe et les distributeurs se battaient tous avec Paris Cop pour avoir la couverture qu'on achetait. Simplement, tout le monde la voulait. Donc il y avait ce qu'on appelle des options. Donc quand, par exemple, un mec faisait la demande, il pouvait se retrouver en dixième option. Pourquoi ? Parce qu'il est arrivé un peu en retard. Et un jour, on était vraiment sur la merde dans un film, pour un film. Je discute avec le mec qui fait les partenariats avec qui j'avais sympathisé. Je me souviens qu'il s'appelait Yves Chanel. Rien à voir avec la maison Chanel. Et là, le mec appelle mon distributeur, Jacques Lettienne. Et là, il lui dit... Vous voyez, je viens de voir, donc c'était Hassan avant d'être François. J'ai vu Hassan, est-ce qu'il fallait que vous êtes en galère ? Vous savez quoi ? Je vous mets en première option et je vous l'offre. Et là, Jacques-Alain Ténémba, il m'a dit, putain mais en fait... Tu vends très bien les choses et tout, tu passes à tâcher de presse. Je dis ok. Et là il m'a donné un film et il m'a dit si ça se passe bien, tu continues, sinon tu fais autre chose. Et en fait j'avais compris le mécanisme parce que c'est moi qui portais les plis à tout le monde, les concours, les affiches, à Télé 7 jours, à Tartampion, etc. Et du coup je connaissais tout le monde et du coup j'ai fait un film. Le premier film s'appelait Blast Fighter, l'exécuteur. J'avais 15 ans et demi, le film était interdit au moins de 18 ans. Et c'était un film d'action. Voilà le point de départ.
- Speaker #0
C'est quoi le travail d'attaché de presse,
- Speaker #1
vraiment ? Si je vais être extrêmement vulgaire, je dirais que nous sommes des vulgaires vendeurs de films. Quand vous voyez Michel Drucker avec des vedettes, ils font appel à des gens qui font le même métier que moi, qu'ils appellent des attachés de presse pour les avoir.
- Speaker #0
Donc on a besoin des attachés de presse pour vendre les films ?
- Speaker #1
On ne peut pas faire autrement.
- Speaker #0
Tous les attachés de presse ne sont pas aussi visibles que toi ?
- Speaker #1
Oui, mais moi je suis très à part. Moi je suis un garçon qui aime la vie, je suis un franco-algérien. On a des impulsions, on joue avec la vie, on joue avec les codes, on a envie de se marrer. Et surtout, je pense qu'on est des gens extrêmement heureux, aimants, passionnés. Ce qui donne un peu cette folie, et d'ailleurs ce qui me fait beaucoup rire en tant qu'attaché de presse, c'est que les gens ont une espèce de fantasme me concernant. Et en fait, je pense que je suis beaucoup plus raisonnable que beaucoup de gens et beaucoup plus simple que beaucoup de gens. Et beaucoup plus clean. Je ne bois pas une goutte d'alcool. Contrairement à ce que tout le monde pense, parce que je gesticule beaucoup. Je ne bois pas d'alcool. Je ne prends pas de cocaïne. Oui, je fume des pétards. Oui, j'aime bien fumer un pétard le soir. Après, c'est le seul truc que je... Le reste ne m'intéresse pas et je suis même contre.
- Speaker #0
C'est vrai que ce n'est pas forcément l'image...
- Speaker #1
Ah non, mais tout le monde est persuadé que je sors en boîte jusqu'à 6h du matin. D'abord, j'ai passé l'âge, première chose. Et deuxième chose... J'aime la tranquillité, justement je suis tellement agité la journée que j'ai besoin d'un sas de décompression le soir et j'ai besoin de voir un film, d'écouter un peu de musique, de filmer un petit pétard, de me retrouver avec moi et moi-même. Et surtout je suis plutôt quelqu'un d'extrêmement speed dehors. Mais j'ai une vraie lenteur à la maison, ce qui est assez étonnant parce que je suis tout le contraire à la maison. Je suis là, je suis content, je me pose, alors je peux m'exciter de temps en temps, mais voilà.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose qui est plus français, quelque chose qui est plus algérien ?
- Speaker #1
Je pense que c'est vraiment une histoire de personnalité que de religion ou de pays. Après, l'algérien peut être extrêmement impulsif. Et pour le côté français, je dirais le côté bélier. Fonceur. Fonceur.
- Speaker #0
C'est pas pareil, impulsif et le côté fonceur ?
- Speaker #1
Non, impulsif, on démarre à une chose. Fonceur, il la termine.
- Speaker #0
Quand tu étais enfant, est-ce que le cinéma était dans ta vie ou pas du tout ?
- Speaker #1
Pas du tout. En fait, mon rêve de cinéma, tu vas rigoler, hein. Mon rêve de cinéma a toujours été Bud Spencer, Terence Hill, Jackie Chan, Bruce Lee, Max Pecas. Max Pekas pour dire c'est un metteur en scène qui faisait deux enfoirés à Saint-Tropez, des choses comme ça, des bidasses, je ne sais pas quoi, et le cinéma indien. Et pour moi le cinéma c'était ça. Je ne savais pas que Fellini existait, que Hassan Guérard allait faire un film, qu'Abdelatif Kéchiche va faire La graine et le mulet, voir La vie d'Adèle. Pour moi ça n'existait pas, je n'aimais que le cinéma d'horreur, d'action.
- Speaker #0
Mais est-ce que tu allais dans les salles de cinéma ?
- Speaker #1
Non. Alors les salles de cinéma, j'ai commencé à les faire en France, à Paris. D'ailleurs ce qui était vachement bien, c'est que, bon moi j'avais pas d'argent, ce qui était extraordinaire à Paris, c'est qu'on avait des cinémas où tu voyais deux films, un film karaté, un film cow-boy, pour un franc. Et j'adorais aller, je voyais, je restais toute l'après-midi là-bas. Et c'est comme ça que j'ai vu...
- Speaker #0
Donc là t'avais quel âge ?
- Speaker #1
Oh j'ai commencé à 12 ans à aller au ciné. Mais au ciné parce que je voulais voir des films d'action.
- Speaker #0
Oui mais c'est des films et c'est un autre univers, c'est aussi échapper à la réalité. D'ailleurs est-ce que tu as fait un film ? Maintenant tu es réalisateur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu es attaché de presse réalisateur ou tu n'es plus que réalisateur ou tu continues à être attaché de presse ?
- Speaker #1
Ah non moi je suis attaché de presse tout court. Ah oui. J'ai du mal à...
- Speaker #0
Gros syndrome de l'imposteur.
- Speaker #1
Voilà, j'ai du mal à assumer. Tu peux pas te dire du jour au lendemain, même si t'as fait un film, je suis un réalisateur. Je sais même pas comment ce film a été fait.
- Speaker #0
Derrière, enfin avant ce film, il y a quand même quoi, 30 ans de boulot d'attaché de presse ?
- Speaker #1
42 ans.
- Speaker #0
42 ans. Et donc ça veut dire qu'en tant qu'attaché de presse, évidemment tu vois les films, tu portes les films. Est-ce que t'as déjà vendu des films que t'aimais pas ?
- Speaker #1
Ah oui, et je crois que c'est là où je suis le meilleur. Parce que comme t'es désinhibé, t'es complètement détaché, tu sais, je pense que déjà le... d'être attaché à ça, c'est déjà connaître extrêmement bien son produit. A partir du moment où on connaît les défauts, il faut se servir des défauts qui deviennent des atouts. Donc à l'arrivée, ils sont mieux défendus que les bons films.
- Speaker #0
Toi, ton film, c'est un produit ?
- Speaker #1
Je pense.
- Speaker #0
Non, je ne peux pas croire ça. Ce n'est pas un produit, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de faire un film aussi beau. Mais peut-être, si ça se trouve. Peut-être que je m'illusionne.
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je pense que... J'aurais été l'attaché de presse de mon film, je suis dans un produit. Je fais un film, je pense que c'est plus profond que ça. Mais en même temps, il est vendu comme un produit. Je veux dire, on est obligé de le marketer, on est obligé de le sortir en salle, on est obligé de... Et ça, c'est ces gens qui marketent et qui font la presse, eux ont des produits. Donc, comme j'ai effectivement ce syndrome de ne pas savoir, de ne dire... En fait, c'est quand je rencontre des gens comme toi, je me rappelle que j'ai fait un film. Pourquoi ? Parce que ça n'a jamais été un rêve, ça n'a jamais été... C'est arrivé à un moment donné, j'ai dit tiens, pourquoi pas ?
- Speaker #0
Alors oui, ça, ça m'intéresse parce que je me suis questionnée sur le pourquoi pas qui arrive quand même au moment du Covid. Tiens, est-ce que c'est pas parce qu'il y a le Covid qu'il s'ennuie, qu'il n'a plus de boulot, que tout d'un coup il est confronté à lui-même, à son histoire, son enfance, parce que c'est quand même un film... Le personnage est trop simple.
- Speaker #1
Elle est vachement bien ta question.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Je vais reprendre ce que tu disais au début. J'ai vu un mec qui est complètement agité, qui part dans tous les sens. Donc ça veut dire que je n'aime pas m'emmerder. A partir du moment où on ne peut plus travailler, je ne travaille pas, personne ne travaille. Donc il faut retrouver ce qu'on appelle des repères et un rythme. En rythmant mes journées, d'aller à Barbès, d'abord ça revenait à ce que moi je suis un blédard, quand même, un franco-blédard. Parce que je tiens vraiment à dire que je suis vraiment français et je suis vraiment algérien. J'ai pas 60 et 40, j'ai 50-50 et je suis très fier. Et en fait c'est un truc très con. Je voyais plein d'histoires et ça me fascinait. Et un jour j'en parle à une amie qui me dit, viens on fait un scénario.
- Speaker #0
Tu voyais plein d'histoires dans le quartier, à Barbès, c'est ça ?
- Speaker #1
En fait tout ce que tu vois dans le film, je l'ai vu. Et j'ai dit tiens, pourquoi pas... Je te le dis, je l'ai pris un peu par-dessus la jambe et quand j'ai fait ce script, j'ai jamais cru que le film se ferait. Mais ça m'amusait d'aller au bout d'un script pour quelqu'un qui n'a pas été à l'école. Je crois que ma première fierté, c'était d'avoir sorti un script. Et je crois que c'est la plus grande fierté que j'ai eue sur le film. Ensuite, j'ai été un peu dépassé par les événements. le film se fait Le film se finance.
- Speaker #0
Et ça s'est fait comment justement ? C'est des gens autour de toi qui t'ont soutenu, aidé, accompagné ? Il y a les co-scénaristes.
- Speaker #1
Il y a les co-scénaristes et après ça se joue sur un scénario. À partir du moment où je ne connais rien et que je ne sais absolument pas écrire, Audrey Divoine qui m'a poussé à faire le film, j'étais son stagiaire. Donc j'ai appris.
- Speaker #0
Stagiaire entre guillemets.
- Speaker #1
Oui, stagiaire entre guillemets. Bien sûr parce que c'est quand même moi qui racontais l'histoire. parce que c'est quand même quelque chose, c'est un chemin que moi j'ai fait. Donc j'ai fait le stagiaire avec Audrey, l'assistant avec Rachid Benzine, on a sorti une première version, et j'étais un petit peu mûr quand je suis arrivé avec Peter Deruzis. J'ai adoré travailler avec lui, d'ailleurs le prochain je l'aurai écrit avec lui. Et avec Peter, je crois que j'étais mûr.
- Speaker #0
Tu me disais que ta grande qualité c'était d'être insouciant, mais est-ce que c'est pas aussi de travailler beaucoup et d'apprendre ? Est-ce que tu rattrapes pas des choses aussi ?
- Speaker #1
Non, parce qu'il y a un truc qui est génial chez les autodidactes, c'est que sur un regard, on a appris. On n'a pas besoin d'explications, on n'a pas besoin de... On a juste, un autodidacte a juste besoin d'avoir un mécanisme.
- Speaker #0
Je pense que ce n'est pas accessible à tout le monde, mais il faut aussi être intelligent et avoir la capacité à intégrer des choses et à comprendre.
- Speaker #1
Dès qu'on met un challenge, j'adore ça. Ça m'amuse. Je pense que je ne me suis pas rendu compte... Je me souviens du premier jour du tournage où il y a... Un machino qui s'appelle François, qui est une merveille, qui vient me voir et qui me dit « Ça va, Hassan, t'as bien dormi ? » Je lui dis « Oui, et toi ? » Il me dit « Non, mais tu vas tourner ton premier film ? » Et je le regarde, je lui dis « Dis-moi, on est dans la merde, ok ? » La journée, elle va passer, une seconde par-ci, une seconde par-là, on va arriver en fin de journée, à l'arrivée, on aura fait ce qu'il y a à faire. On va pas s'affecter à l'essai de notre sort, bien, on fonce et on verra bien ce qui se passera. C'est bon, c'est bon, c'est pas bon, c'est pas grave, mais au moins, elle l'aura fait. Voilà le principe. Mon principe à moi dans la vie, c'est d'essayer. En fait le truc c'est que moi je suis un affectif. Comme je dis toujours, les films c'est des histoires d'amour sans cul. Parce que je pense qu'on fait du cinéma, enfin je pense que, ça je l'ai compris avec mon film, je pense qu'on fait du cinéma entre autres pour des gens comme toi, donner un peu d'émotion, un peu de joie et d'avoir un vrai échange. Si le film est comme ça aujourd'hui c'est grâce à mes années attachées de presse. Parce qu'il faut savoir que quand tu es attaché de presse, on a toujours des problèmes, donc on est toujours action-réaction, donc on va très vite. Donc on y va, et des fois quand on sait que c'est bien, on ne veut pas réfléchir plus. Pourquoi ? Parce qu'on va traîner tout autour pour arriver à changer sur un truc qui est moins bien. Moi je pars du principe qu'il faut faire confiance à son intuition. Et à partir de ce moment-là, j'ai fait le film comme ça. Je crois que jamais un réalisateur a fait comme moi, être sur le plateau. Ne jamais avoir le scénario dans les mains. Pour justement laisser la possibilité d'improviser. Toi qui as vu le film, je vais te donner juste une scène. Alors une didascalie, quand tu fais un script, t'as toujours la description de la scène. Un jour, je tourne une scène, il goûte la shorba, il la recrache, on va chez Hadria. On fait deux prises. Je suis en dessous de la caméra et là je dis « Oh putain, qu'est-ce que c'est de la merde ! »
- Speaker #0
Donc ça c'est le personnage, il faut peut-être qu'on replace le personnage principal.
- Speaker #1
Premier jour de ramadan avec son neveu.
- Speaker #0
Malek.
- Speaker #1
Malek et Ria.
- Speaker #0
Tu sais que j'ai pas revu le film depuis un an.
- Speaker #1
Oui, moi non plus.
- Speaker #0
J'ai pu l'oublier.
- Speaker #1
J'ai juste pas envie de le revoir.
- Speaker #0
Donc la scène ne te plaît pas ?
- Speaker #1
C'est pas qu'elle ne me plaît pas, je trouvais ça plat. Et c'est très drôle parce que quand tu es réalisateur sur un tournage, t'es... C'est pas un an, t'es Dieu. donc personne ne bouffetait, il n'y a que le comédien principal avec qui j'ai
- Speaker #0
Sofiane Zermani avec qui j'ai adoré travailler Et qui est excellent et qui est beau et qui joue...
- Speaker #1
C'est normal c'est un Algérien comme moi Et euh... je sais plus ce que je voulais te dire
- Speaker #0
Bah la scène ça le faisait pas,
- Speaker #1
personne mouflait Et à un moment donné il y a So, alors moi je l'appelle So Il y a So qui est arrivé, enfin Baba c'est comme une toile qui l'a écrit Et je me lève, sourit tout fort, je sais pas ce qui me prend Et je leur dis, donc je vous confirme que c'est de la merde. Khalil, viens me voir. Khalil, c'est Riyad, dans le film. Le gamin.
- Speaker #0
Qui est magnifique aussi.
- Speaker #1
Qui est génial.
- Speaker #0
C'est vraiment la pureté. Je trouve que là, c'est le passage de... Même si, voilà, il va y avoir des... On peut pas raconter, mais il va y avoir des bêtises, de la violence.
- Speaker #1
Il est comme ça dans la vie. Il est très pur.
- Speaker #0
Et ce qui est dingue, c'est que même la scène finale... Je trouve qu'il y a de la pureté qui traverse.
- Speaker #1
C'est plus de la poésie. Bref, je termine et là je lui dis, viens me voir. Là je m'aperçois que Khalil Ben Garbia est un très bon comédien et il peut improviser, ce qui n'est pas le cas de tous les comédiens. Je lui dis, viens me voir, tu es algérien. Tu sais faire la chorba et le nœud de l'histoire c'est grand-mère qui t'a appris à faire la chorba. La chorba c'est la soupe. Et là il lui dit, et là t'as un seau qui arrive. Et moi qu'est-ce que je dis, qu'est-ce que je dis ? Toi tu démarres tes deux premières phrases et tu le suis. Vous improvisez. Ok. Et là ça démarre. Il goûte la chorba, il recrache. Elle est dégueulasse. Il dit mais pourtant, un mot c'est toi qui l'as faite. Maintenant c'est une chorba en boîte. En boîte. En boîte à la bocca. en boîte, comment moi Algériens, tu sais que nos grand-mères nous ont tous appris à faire la shorba et toi le premier jour du ramadan tu me fais manger une shorba en boîte l'autre il regarde, qu'est-ce qu'il fait ? Goûte ? Non, elle est dégueulasse, goûte à la bâca Non, mais goûte à la bâca Il goûte et il recrache et c'était horrible ce jour-là parce que la scène est géniale parce qu'ils se sont surpris mais comme on était un film fauché on n'avait pas prévu de deuxième t-shirt donc je ne pouvais pas faire une deuxième prise Et en fait la première était bonne et je me suis servi de ça.
- Speaker #0
Ah oui, le cinéma ça tient ça aussi, au budget. Mais c'est un film qui est traversé par le vivant en fait.
- Speaker #1
Ça c'est toi qui le dis,
- Speaker #0
c'est pas moi. Il peut rien dire,
- Speaker #1
il ne sait même pas que c'est lui qui l'a réalisé. Tu sais que la première fois que j'ai vu le film, j'ai jamais cru que c'était moi. Je me souviens j'ai pleuré la première fois que je l'ai vu. J'étais là, waouh !
- Speaker #0
J'ai fait ça. T'as pleuré quand même, la première fois que tu l'as vu.
- Speaker #1
Oui mais pas du tout par rapport au film. C'est à dire que je ne croyais pas. Et ça revient à ce qu'on disait au syndrome de la posture. Je ne croyais pas que j'avais fait un film. Et ce qui a été extraordinaire, c'est que deux heures après, je redeviens attaché de presse. Et là, j'ai un recul pour monter le film. J'ai eu deux monteurs magnifiques, Monica et Joseph. Et j'avais très peur de dire, je vais revoir les images, les mêmes images tous les jours. Bordel, je ne vais jamais m'en sortir. Bref. Et en fait, ça ne m'a pas gêné. Par contre, le jour où le film est sorti, je n'ai plus jamais voulu le revoir. Plus jamais. Quand je revois cette bande-annonce, je me dis qu'est-ce que c'est mauvais, mais tu ne peux pas enlever...
- Speaker #0
Forcément, si tu veux améliorer, il faut que tu passes à autre chose maintenant, à un nouveau projet.
- Speaker #1
Ce qui est génial, c'est que...
- Speaker #0
Mais pour un... Excuse-moi, je te coupe parce que je veux te le dire quand même pendant que j'y pense. Pour un premier film, tu sais souvent il y a des premiers films et les réalisateurs, ils ne savent pas trop où ils vont, ils essayent plein de choses. Et moi ce que j'ai aimé, c'est qu'il y avait vraiment des parties pris fort et que c'était beau. Par exemple, j'ai lu que tu n'aimais pas les champs contre champs, moi je déteste ça. C'est aussi pour ça que j'aime ce film, parce que comment il est filmé, comment c'est vivant, comment la caméra bouge et tout ça. Tout ça, tu l'as voulu. Ce n'est pas du hasard.
- Speaker #1
En fait, ça, c'est un brief entre le chef opérateur et moi. Qu'est-ce que tu veux ? Je voudrais qu'on soit en plan fixe à l'intérieur. C'était l'appartement. Simplement, je voudrais que la caméra soit au rythme des pas de Malek ou du personnage qu'elle suit, mais qu'elle soit au même rythme. C'est ce qui donne l'énergie du film. C'est aussi idiot que ça. Après, quand je parle de contre-champ, c'est parce que j'ai coupé une scène avec Eie Aïdara, qui était vraiment un petit truc, c'est le seul truc que j'ai coupé avec elle, parce que c'est tellement incroyable. Mais ça ne marchait pas, ça faisait trop. Et en fait, il y a un moment donné où on lui annonce quelque chose, il rentre dans l'appartement, il se retrouve tout seul, il regarde. Bref, et elle, elle sonne, et elle va aller le voir, et elle lui dit « je suis avec toi » , et en fait on me dit « oui, mais... » Il la prend dans ses bras, il fait un champ contre champ, et je dis, il en est hors de question. Hors de question. Je ne suis pas en train de faire un téléfilm, je vais bien le faire quand je fais un téléfilm, mais pas ça. Hors de question. Ah non, mais tout le monde ne marchera pas, et là, le chef opérateur, qui a été Amine Berrada, qui a été extraordinaire, extraordinaire. Amine, tout le monde est là, on dit, on ne le laisse pas faire, il dit, il fera ce qu'il veut, mais je suis sûr qu'en plus ça marche. Et là, j'entends tout. Et on vient voir, on me dit oui mais il faut que tu fasses un champ de contre-champ, je dis même pas en rêve. Même pas en rêve. J'aime pas l'idée du fixe, j'aime pas. En tout cas ça s'y prêtait pas, je peux aimer le fixe, mais là en tout cas ça ne s'y prêtait pas et je lui dis, écoute mets-toi à côté de la caméra, parce que j'avais du mal à expliquer aux comédiens, donc je jouais les scènes, je jouais et là je prends So dans mes bras. Donc ne jamais dire pour moi, ne jamais dire le dialogue à un comédien parce qu'il risque de prendre ton intonation et que alors moi je ne suis pas comédien donc je pense que mon intonation n'est pas bonne. Donc je lui disais blablabla, je le prends dans mes bras, je le pince, il se tourne un peu et là je dis Louis, Louis c'est le pointeur, c'est celui qui fait le point sur l'image. Je lui dis on a démarré sur qui ?
- Speaker #0
Le point c'est le net ?
- Speaker #1
Le net. et là je lui dis t'es comment te dire Louis t'as le point sur qui au départ il me dit sur So et après il me dit sur toi donc on a pas besoin de champ contre champ et je me souviens que toute l'équipe a applaudi et d'ailleurs je me souviens j'avais une script extraordinaire j'adore tu vois mon sorcière comme ça souvent des fulgurances parce qu'on était le deuxième jour de tournage il dit tu vas nous faire ça tout le film et t'as fait ça pendant
- Speaker #0
tout le film Bon bah toi, t'as été directement dans la phase j'expérimente et je sens les choses Et j'y vais,
- Speaker #1
c'est comme ça que j'ai fait
- Speaker #0
Je sais pas si t'y as pensé, j'aime bien demander aux invités s'il y a une musique, une chanson qui les met en joie
- Speaker #1
Alors en ce moment, oui Et c'est quoi ? Il y en a deux, non il y en a trois Il y a une chanson qui s'appelle que j'adore, que j'ai découvert il y a pas longtemps Elle me met en joie C'est Bilal, je ne sais plus comment, c'est une chanson arabe. Merde, j'ai oublié le titre. Celle qui me met vraiment en joie en ce moment, c'est Bilal. Mince, il est où lui ?
- Speaker #0
On cherche, on cherche.
- Speaker #1
On cherche sur le...
- Speaker #0
On cherche après, sinon tu m'en diras si ça te revient, on notera.
- Speaker #1
Alors, il y en a un que j'adore, c'est Reda l'Italiané, c'est-à-dire Reda l'Italien. Il y a, j'écoute en ce moment aussi un truc hallucinant, D'où elle n'y part. C'est elle qui a fait la chanson de Barbie.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
ok. Avec Pierre Demaer, que je ne connaissais pas. Ah oui. J'adore sa voix. Il y a la chanson de Barbie qui me donne toujours... Voilà. Il y a ça. Il y a Dua Lipa que j'adore. J'adore sa voix, elle. Voilà, Dance the Night de Dua Lipa.
- Speaker #0
Après moi, il y a Reda l'italiani, Va bene, ça s'appelle. Va bene, via ruti, va bene. Il y a, et celle dont je suis dingue en ce moment, pas normal que je ne la retrouve pas celle-là. Elle doit être quelque part, mais où, je ne sais pas.
- Speaker #1
C'est pas grave, déjà, deux ou trois chansons, c'est bien. D'ailleurs, c'est quoi la joie pour toi ?
- Speaker #0
La vie.
- Speaker #1
Toute la vie, tout le temps, du soir au matin ? La vie,
- Speaker #0
mais même avec les galères, ça fait partie de la joie. Je t'ai répondu.
- Speaker #1
C'est bien, ouais. J'ai un peu envie d'avoir la recette magique pour se dire...
- Speaker #0
C'est un truc, une image, un coup de musique, t'écoutes je sais pas quoi, tu peux être en joie dans la seconde. Ou alors rencontrer des gens qui sont là, qui te sourient, qui te... voilà.
- Speaker #1
J'avais envie qu'on parle de l'église Saint-Bernard, c'est important l'église Saint-Bernard.
- Speaker #0
Très important, je sais pas comment je peux te donner mais il y a des QR codes ou des choses comme ça où on peut nous verser de l'argent. C'est une église qui se retrouve à Barbès.
- Speaker #1
C'est une histoire que tu avais avec l'église avant même de faire le film ?
- Speaker #0
Je suis bénévole à l'église jusqu'à aujourd'hui, depuis le début du Covid. C'est très très important pour moi de pouvoir donner à manger aux gens, comme moi on m'a donné quand j'étais gamin. J'aime l'idée de cette solidarité. Je ne sais pas pourquoi, mais tu parlais de joie, ça me met en joie de les voir. J'adore mes bénéficiaires. J'ai un gros problème, je ne sais pas dire non. Donc moi, on m'explose en 10 minutes, pendant que les autres, ils mettent 3 heures. Parce qu'ils vont tous la cocher moi mais moi je peux pas servir tout le monde dans les 10 tables. Et c'est un truc très con, c'est parce que je leur donne un petit truc en plus quand ils demandent. Ils se sentent aimés et surtout je les fais rire. L'idée c'est de pas montrer, pas leur faire comprendre qu'ils sont en train de mendier. Et l'idée, ce que j'essaye de faire avec eux, c'est nous sommes dans un échange. Voilà.
- Speaker #1
Donc ça aussi on le voit dans le film.
- Speaker #0
Ah ben c'est même... Il y a même les vrais bénévoles du film. Il y a mes binômes dans le film.
- Speaker #1
Il y a Clotilde Courreau, mais il y a aussi les vrais bénévoles à côté.
- Speaker #0
Quand tu vois le film, Clotilde Courreau a une assistante. C'est la vraie Clotilde. D'ailleurs, Clotilde, qu'est-ce qu'elle m'a fait rire. On tourne la scène de l'extérieur, de donner à manger. Elle se barre, elle se change. Comme tous les comédiens, à partir du moment où ils ont terminé, un peu plus tôt que les autres, ils reviennent. Je lui dis, bon, je vais embrasser mon petit réel d'amour. Elle vient m'embrasser, je dis, oh, t'es trop mignonne de me faire un petit calage. J'en ai besoin et je suis fatigué. 80 personnes aujourd'hui c'est trop. Ouais bon maman, moi, San, je vais rentrer. Tu vas où ? Bah je rentre, on a fini de tourner. Oui, oui, t'as fini de tourner ? T'as vu ce que t'as fait là aujourd'hui, tout l'après-midi, avec des caméras ? Dans une demi-heure, tu vois pas le monde là ? Elle me dit oui, c'est qui ? Bah on refait exactement ce qu'on a fait. Et là elle me regarde et elle me dit, sur ce film, on est dans l'ordre schizophrénique. Je lui dis, c'est à peu près ça. Mais tu pars pas. Et elle, elle est d'une telle générosité. Oh génial ! Bon, je retourne dans la loge, je dis à Vercors dans la loge, bah rien, je vais laisser mon sac. Regarde ton sac. Et bien on les serre, ils attendent.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on peut le voir le film aujourd'hui, quand il s'affiche ? D'abord, succès.
- Speaker #0
Je t'ai même étonné. Parce que chaque premier film, tu fais moins de 50 000, j'ai fait 100. Donc j'étais assez content. Le public était incroyable. Incroyable. Si j'ai une chose à retenir, c'est vraiment les débats que j'ai faits. J'adorais rentrer une demi-heure avant la fin, quand il y a l'annonce. J'adorais entendre dans la salle « Oh non ! Oh non ! » Pour ça, je rentrais, je ressortais.
- Speaker #1
Est-ce que tu as eu des accueils différents selon les origines des gens ? Moi, ce que j'ai aimé dans ton film, c'est que c'est Barbès, ça parle de tes origines, mais c'est universel, il y a des thèmes qui sont…
- Speaker #0
C'est un film binational.
- Speaker #1
J'ai trouvé que la façon de filmer Paris, elle était… Un groupe, c'est vrai qu'il y a eu le Covid, mais quand même, c'était les plans, même mon martre. Je ne sais plus parce que ça fait un an que j'ai vu le film, mais à un moment donné, je me suis dit, il n'y a pas mon martre derrière. Je ne sais pas, c'était vraiment...
- Speaker #0
J'aimais bien l'idée du dôme d'une église, descendre et trouver quatre musulmans en train de prier en bas. Parce que moi, ce que j'appelle, prenait la paix. Et pour moi, c'était important de faire ça parce que, comme il le dit dans le film... Tel gamin qui arrive d'Alger et qui dit « Ah, des musulmans dans une église ! » Et là, la réponse, j'y tenais vraiment que ce soit un Algérien qui la fasse et qui lui répond « Ça reste la maison de Dieu. » Et dans le Coran, de toute façon, je pense que vous lisez le Coran, vous lisez la Bible, après la Torah, je n'ai pas lu, non plus même la Bible, je pense que tout le monde dit la même chose avec des mots différents. Et à un moment donné, un lieu sacré est un lieu sacré. Donc je n'ai pas de problème avec ça. Après, moi je suis 200% musulman. Je suis très respectueux des gens croyants, que ce soit des chrétiens, que ce soit des musulmans, que ce soit des juifs, je ne sais plus comment on dit. Je suis même très fier de ça, que chacun ait... C'est un religion mais on a tous la même croyance à l'arrivée qu'est la croyance de Dieu. Point. Et puis à un moment donné, il faut arrêter d'aller juger tous ces gens-là. La religion, on la fait pour soi, pas pour les autres. Et c'est comme on dit chez moi, c'est entre toi et Dieu.
- Speaker #1
Mais si on ne croit pas, on peut aussi aimer le film.
- Speaker #0
On peut aimer le film parce qu'on peut avoir un minimum de générosité. On peut aimer le film par rapport à la solidarité et par rapport aux gens. Parce que le problème de Barbès, c'est que... Beaucoup de caméras sont rentrées, ont montré la merde. Il n'y a pas que ça. Et ce qu'on montre la merde dans Barbès, elle est dans tous les quartiers, dans le monde entier.
- Speaker #1
Mais c'est comme quand on parle des banlieues aussi.
- Speaker #0
Voilà. T'en as quatre qui foutent la merde et c'est les vingt autres qui prennent derrière. Tu comprends ?
- Speaker #1
T'as rencard là ?
- Speaker #0
Oui. Mais vas-y, vas-y.
- Speaker #1
Juste pour terminer, parce qu'un attaché de presse, c'est hyper pris, hyper occupé. C'est quoi le... Ouais, il faut que tu répondes.
- Speaker #0
Oui, chérie. Alors nous on avait dit départ 18h15 des Bardines, moi je pars à 18h du palais avec Makita et Abdelmalik. Vous avez... Ouais ? Bah nous on est au palais là et j'attends que... On va partir à moins quart et on part ensemble bien sûr, avec plaisir. Voilà, nous moi je suis au palais là, ok ? Ok super, t'inquiète ils sont même pas en bas encore et on est dans les temps, t'inquiète pas, ok ? C'est pas la peine de courir, bisous, ciao.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui se passe maintenant monsieur l'attaché de presse ?
- Speaker #0
Nous sommes en train d'organiser le tapis bleu pour le film Furcy de Abdelmali que je vous conseille vraiment de voir et sur lequel je suis extrêmement fan.
- Speaker #1
Vous restez attaché de presse mais est-ce que vous avez des envies de film ?
- Speaker #0
Je reste attaché de presse parce que j'adore mon métier et en fait j'ai compris que je pense que c'est après ce film là, j'adore défendre les gens. Euh... Faut que je sois convaincu. Ça c'est la première chose. La deuxième chose... Allez, je vais te l'annoncer en exclu. Il risque d'y avoir un deuxième film.
- Speaker #1
Y a des chances.
- Speaker #0
Y a des chances. Le titre du film, je vous le donne en exclu. Personne l'a encore.
- Speaker #1
C'est sûr de toi.
- Speaker #0
Ah sûr.
- Speaker #1
Tu peux le donner. Oui.
- Speaker #0
La femme du bus 83. Démerdez-vous avec ça. Très intrigant. Ce sera le mot de la fin.
- Speaker #1
C'est déjà écrit ou tu vas l'écrire ? Je suis en plein dedans. Si tu as le titre...
- Speaker #0
J'ai plein dedans. J'ai la fin, j'ai le début, j'ai pas le milieu.
- Speaker #1
Voilà, donc on n'a pas le thème non plus. Il y a une femme, il y a un bus.
- Speaker #0
Voilà, c'est déjà pas mal.
- Speaker #1
Oui, c'est déjà pas mal. Pour terminer, tu m'as dit ce que c'était pour toi ce rendez-vous en Goulême. Tu es là depuis le début, toi c'est la 18ème...
- Speaker #0
Moi c'est la 17ème fois que je viens.
- Speaker #1
C'est important ce rendez-vous ? Ça représente quoi pour toi ?
- Speaker #0
Moi je trouve que ce festival est très très malin. Se servir. Des gros stars pour des avant-premières, pour pouvoir faire découvrir un cinéma d'auteur en compétition. Je dis bravo Dominique, bravo Marie-France. Et c'est ce qu'on appelle aimer le cinéma. Et ce que j'aime dans ce festival, c'est qu'il n'est pas sectaire. Il peut aimer des films très pointus, comme il peut aimer des films extrêmement populaires. J'aime les films populaires et j'aime les films d'auteur. Ce sera le mot de la fin.
- Speaker #1
Très bien. Merci Hassan. Donc je t'appelle définitivement, c'est Hassan ?
- Speaker #0
Hassan.
- Speaker #1
Merci beaucoup Hassan.
- Speaker #0
Merci.