Speaker #0Bienvenue dans Un Temps pour Naître, le podcast qui explore la maternité dans toute sa richesse, du désir d'enfant au postpartum en passant par les tempêtes et les émerveillements. Je suis Edwige Caloc, accompagnante périnatale et thérapeute à Vannes en Bretagne et aussi en Visio. Et ici, je vous propose un espace de clarté, de douceur et de vérité pour vivre une maternité avec moins de pression et plus de sens. Bonne écoute ! Aujourd'hui, comme vous avez pu le voir dans le titre, on va parler d'un sujet tabou dont on parle trop peu, alors que je le vois en accompagnement, il concerne énormément de femmes. Peut-être que vous êtes enceinte, que vous venez d'avoir un bébé, et qu'au fond de vous, vous vous reconnaissez qu'il y a quelque chose qui ne colle pas sur le plan du bonheur, que vous ne vous sentez pas comme vous pensiez vous sentir. Vous vous disiez que vous seriez comblée, que ce serait une évidence. de porter la vie, de mettre au monde un bébé, que vous vous sentiriez vraiment heureuse de tout ça, et en réalité c'est un peu plus nuancé. Et puis parfois ça peut être lourd, ou au contraire un sentiment de vide, vous pouvez vous sentir déroutée par l'expérience. Si vous vous reconnaissez dans ces mots, j'ai envie de vous dire quelque chose d'important dès le début de cet épisode. Il n'y a rien qui cloche chez vous, ce n'est pas du tout anormal, simplement c'est important de se faire accompagner aux besoins. et de remettre l'église au milieu du village pour comprendre ce qui se passe. Alors déjà, j'aimerais commencer en parlant du mythe du bonheur maternel. Parce que quand même, on grandit beaucoup avec cette idée que la maternité est forcément un moment d'épanouissement intense. Soit on l'entend autour de soi, soit on se crée soi-même ce mythe, que d'être enceinte, devenir mère, ça devrait absolument nous remplir de bonheur. Et c'est ce qu'on voit autour de nous, en tout cas c'est l'impression qu'on peut avoir auprès des proches ou alors sur les réseaux. Les discours qu'on va entendre, c'est ce que renvoient beaucoup d'images, de récits et même des discours médicaux. Et bien sûr, ce bonheur existe. Et à l'opposé, on a les discours plus catastrophes qui existent depuis quelques années. On diabolise complètement le postpartum, on l'associe systématiquement à la dépression et ça peut faire extrêmement peur. Donc pour moi, ce qui est vraiment important de partager, c'est que c'est censé être un bonheur de vie, mais que ce n'est pas constant. C'est pas une fusée de bonheur permanente, que ce bonheur-là n'est pas automatique, on peut le ressentir chacune à sa façon et on peut rencontrer des difficultés et on peut ne pas être en difficulté mais ne pas ressentir un bonheur immense et se sentir déçu de ça. Quelle que soit l'image qu'on avait, soit un bonheur incroyable, soit au contraire la dépression et vraiment l'hécatombe, ce sont des images figées. Et la réalité de la maternité n'est pas aussi justement figée sur une image d'épinal. La réalité de l'expérience est plus nuancée. Et si vous faites partie des femmes qui pensaient être absolument épanouies par la maternité et que vous voyez que ce n'est pas exactement le cas, vous pouvez vraiment vous demander ce qui cloche chez vous, vous sentir en décalage, culpabilisé. Mais ce que je tiens à vous dire, c'est que ce que je vois vraiment souvent, ce que j'ai moi-même ressenti et ce que je vois... Dans mes accompagnements au cabinet ou dans des échanges que j'ai avec de nombreuses femmes, les émotions pendant la maternité, elles sont très contrastées. On peut par exemple aimer profondément son bébé et en même temps se sentir perdu avec lui. On peut être reconnaissante de vivre cette étape et ressentir de la tristesse. On peut avoir énormément attendu cette grossesse et pourtant ne pas se sentir si heureuse que ça quand elle arrive. On peut avoir aussi beaucoup d'anxiété. Un sentiment d'incompétence, une forme de déconnexion, de dissociation de l'expérience, comme si on ne captait pas vraiment ce qui se passe, ou même de la nostalgie de la vie d'avant. Tout ça, ça peut coexister, et ce qui est vraiment important de vous partager, c'est que ces ressentis-là ne disent rien de vous en tant que mère, ça ne parle pas de votre amour envers votre enfant. Ça parle de la transformation intense que vous traversez, et c'est carrément normal d'avoir tout plein d'ambivalence. On peut se demander pourquoi on ne se sent pas si heureuse que ça. Alors, il n'y a pas qu'une seule raison, ça dépend des situations, mais souvent il y a des raisons qui sont entremêlées. Je pense d'abord au décalage entre ce que vous aviez imaginé et ce que vous vivez réellement là, maintenant. On ne nous prépare pas vraiment à l'intensité émotionnelle de la maternité et à quel point ça peut changer entre avant et pendant la grossesse. Et puis, dans les accompagnements classiques, on parle beaucoup du bébé. de l'évolution de la grossesse, du côté médical, mais on parle très peu de ce que ça vient remuer à l'intérieur de soi. On ne se rend pas forcément compte à quel point ça peut nous bouleverser. Dans les raisons, il y a aussi la fatigue. Une vraie fatigue qui peut épuiser le corps, mais aussi les émotions. Et quand on est fatigué, tout devient plus difficile à traverser. Nos émotions, négatives en tout cas, difficiles, prennent plus de place. Je pense aussi à la solitude. Même si on se sent entouré, on peut ressentir un sentiment de solitude avec nos ressentis. Parce que justement, le fait de ne pas être absolument épanoui par sa grossesse, ce n'est pas facile à dire. Et donc... Ça peut créer un fossé avec l'entourage. Et puis parfois, on peut se sentir vraiment seul, même au premier degré, ne pas avoir assez de personnes autour de soi. Et moi, je observe que c'est vraiment un fléau. Aujourd'hui, on est à une époque où on a des grandes évolutions technologiques et pour autant, sur le plan humain, et en particulier pendant la maternité, on peut se sentir vraiment, vraiment seul. C'est bien pour ça que mon métier existe, notamment. Et puis, il y a votre histoire, votre passé, notamment, la maternité vient souvent réveiller des choses plus anciennes. Si vous avez des blessures, des peurs, des expériences passées qui n'ont pas forcément été apaisées à 100%, la maternité peut venir réveiller et amplifier. Et il y a votre vie en dehors de la grossesse, selon la stabilité que vous avez, vos relations interpersonnelles, amoureuses, familiales, votre stabilité professionnelle. Tout ça va venir influencer aussi votre vécu de la grossesse. Il y a votre tempérament. Par exemple, les femmes qui sont très speed et qui ont une grossesse qui est très sollicitante, par exemple avec beaucoup de nausées, de symptômes, ça peut être très invalidant et entacher le sentiment de bonheur. Et je pense également au timing de la grossesse. Si ça faisait vraiment peu de temps que vous essayiez d'avoir un bébé, peut-être que vous étiez dit que ça prend du temps chez beaucoup de personnes. Et en fait, la grossesse arrive vite et on peut avoir vraiment des difficultés à se réjouir de ce qui se passe. Et inversement, quand on met beaucoup de temps à tomber enceinte, quand ça arrive, on peut être tellement sur ses gardes, de ne pas y croire, de se dire « c'est ma chance, ce n'est pas possible » , et d'avoir peur qu'il y ait quelque chose de difficile qui se passe, qu'on est en rétention. Et bien sûr, si vous avez vécu des épreuves autres, la PMA, une grossesse qui s'est arrêtée, que ce soit vous ou des proches, ça peut vraiment freiner la sensation de bonheur. Et puis il y a certainement plein d'autres raisons qui peuvent expliquer qu'on n'a pas un sentiment très épanoui pendant la grossesse et après. Alors concrètement, qu'est-ce qui peut vous aider ? Parce que je ne vais pas vous laisser avec juste un constat que oui, on peut se sentir pas heureuse. Déjà, le reconnaître, c'est important. Et je dirais, pour aller un peu plus loin, c'est de mettre des mots. Sortez de votre silence intérieur, nommez ce que vous ressentez, même si ça vous paraît flou, même si c'est inconfortable et que ça vous paraît indicible. Vous pouvez déjà poser les mots de vous à vous-même et les poser à quelqu'un qui vous comprendra, que ce soit une amie, quelqu'un de votre famille ou une accompagnante périnatale ou un psychologue également. Ensuite, autant que possible, essayez de ne pas vous juger. Il n'y a pas de « comme il faut » pendant la maternité, surtout sur le plan des ressentis. Vous ressentez comme vous pouvez avec votre histoire, votre contexte, votre corps, etc. C'est important aussi de choisir avec soin les personnes à qui vous vous confiez. Je vous disais tout à l'heure à quelqu'un de votre entourage, mais toutes les oreilles ne sont pas aidantes. Il y a des personnes même que vous aimez qui n'auront pas forcément les mots délicats pour entendre tout ça et être vraiment aidant et bienveillant. Parce que tout le monde ne peut pas comprendre qu'on ne soit pas absolument épanoui pendant la maternité. Ou alors on peut vous faire des récits catastrophes d'autres personnes, ça ne va pas vous aider forcément non plus. Et pour parler de ma pratique, même si j'accompagne toutes les personnes qui traversent la maternité, du désir d'enfant au postpartum, même les personnes qui vont très très bien et qui sont très heureuses, il y a tellement de choses à partager, mais si vous ressentez ce décalage dans le sentiment de bonheur, évidemment vous pouvez vous faire accompagner. L'accompagnement périnatal, c'est un espace que je propose où vous pouvez déposer, vous faire comprendre. Mettre du sens dans ce que vous traversez, c'est très précieux. Alors, quand se faire aider ? Se faire accompagner n'importe quand. C'est vraiment super chouette d'avoir quelqu'un à ses côtés et on n'est pas obligé d'attendre de laisser un état dépressif, par exemple, s'installer. Mais si c'est le cas, si vous ressentez cette lourdeur qui dure dans le temps, c'est de plus en plus vide, si vous vous sentez seul, envahi ou dépassé, c'est important de ne pas rester seul avec ça. demander de l'aide. Ce n'est pas un échec, c'est une façon de prendre soin de soi, de son bébé, de son équilibre et de sa famille. J'aimerais que vous reteniez quelque chose de cet épisode, c'est que vous pouvez aimer profondément votre bébé et ne pas vous sentir heureuse tout le temps. Vous pouviez avoir fantasmé très fort la grossesse et ne pas extrêmement bien la vivre. Ça ne fait pas de vous une mauvaise mère, une mauvaise future mère. Ça fait de vous une femme qui vit quelque chose de profondément humain, mais c'est déroutant. Et c'est important de ne pas se laisser envahir par la honte, la culpabilité, le négatif par-dessus le négatif. Vous n'êtes pas seul. Et si vous ressentez le besoin d'être accompagné dans ce que vous traversez, c'est quelque chose que je propose en cabinet ou à distance. Que ce soit moi ou quelqu'un d'autre, vraiment sortez de votre silence. Ça aide énormément de pouvoir partager autour de soi. J'espère que mes mots vous ont apaisé, vous vous sentez reconnu, légitimé, moins seul. Dans cette grande ambivalence et peut-être cette déception de vivre la maternité de façon pas aussi chouette que vous l'aviez imaginée. C'est pas irréversible, croyez-moi. C'est pas parce que là vous vous sentez pas pleinement heureuse que ça va pas arriver, mais parfois il faut un petit coup de pouce pour débroussailler tout ce qui se passe à l'intérieur. Je vous remercie pour votre attention, n'hésitez pas à partager cet épisode aux femmes enceintes, aux jeunes mamans autour de vous, si on vous a à demi-mot ou complètement confier que c'était pas si facile. Voilà, il faut en parler, c'est pas binaire, ça veut pas dire qu'on est extrêmement malheureuse tout le temps, mais même si c'est une partie du temps, il faut qu'on puisse en parler, sans se faire le scénario catastrophe, mais juste rétablir la vérité, le juste milieu, et aller vers ce qui nous fait du bien sans culpabiliser. On se retrouve la semaine prochaine pour un prochain épisode. D'ici là, prenez bien soin de vous. Merci pour votre écoute. Si cet épisode vous a apporté quelque chose de positif, vous pouvez bien entendu le partager à une personne de votre entourage à qui ça ferait également du bien. Et si vous souhaitez me soutenir, je vous invite à mettre un commentaire, une note 5 étoiles sur votre application de podcast. C'est ce qui l'aide à perdurer et à rayonner. Quant à moi, je vous retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode et je me tiens disponible pour échanger et pour vous accompagner. A bientôt.